Chapitre 139 : vingt-sept ans après

C'est l'anniversaire d'Esteban et tout le monde est réuni à l'ombre dans le parc du Clos, à la lisière du bois.

Mélusine a dressé en quelques coups de baguette une grande table à la nappe immaculée entourée de chaises garnies de confortables coussins et Tina et Léolie ont apporté quantité de victuailles tandis qu'Albus s'occupait de faire jouer quelques instruments en fond sonore, que Maman suspendait des ballons et des serpentins dans les airs et que Cérianthe emballait les derniers cadeaux.

- Qui a envoyé ce paquet demande-t-elle en tendant une boîte qui s'agite toute seule.

- Je crois que c'est Gudrun, répond Albus.

Je me sens un peu désœuvrée au milieu de tout ce monde qui s'activent.

Séverine et Adrian sont partis avec Esteban faire une promenade en ville même si connaissant la perspicacité de mon dernier petit-frère, il ne doit pas être dupe cinq minutes.

Enfin, je dis petit-frère, pour être honnête, je considère mes demi-frères et sœurs davantage comme mes neveux et nièces.

On forme clairement une famille un peu particulière.

Avec Harry, on a parlé bien des fois de quitter le Clos-La-Rive, mais je sais que cela peinerait beaucoup Maman, et si cela n'aurait probablement pas suffi à nous retenir, le fait que je verrai bien moins souvent Albus et Severus a pesé dans la balance. Ce qui a achevé de nous décider, c'est la fusion entre nos enfants et ceux de Maman et Severus. Je sais que Harry a toujours rêvé d'avoir une famille nombreuse, et le Clos la lui a offerte. La famille Weasley était un peu son modèle de famille idéale. Alors certes, le Clos n'a rien à voir avec le Terrier, et mes « parents » ne ressemblent en rien à Molly et à Arthur. Mais on a finalement fait notre cocon ici.

Ludivine et Harry s'entendent d'ailleurs très bien et ont finalement développé une complicité presque plus grande que la mienne avec ma mère.

Quoi que la maternité nous a indéniablement rapproché, et ce, d'autant plus que nos grossesses sont arrivées à peu près à la même période.

Je n'avais certainement pas prévu d'avoir des enfants. Cette question était restée en suspend après notre mariage et on était marié depuis presque trois ans sans qu'Harry n'ait ramené le sujet sur le tapis.

Cher Harry... toujours a pensé à moi avant son propre bonheur...

Et puis un jour, il y a eu un accident. Quand je l'ai découvert, je suis allée voir Severus et je lui ai demandé une potion pour avorter. Il a refusé. Il m'a dit de ne pas faire ça, du moins pas avant d'en avoir parlé à Harry.

Sur le moment je trouvais ça fort de café quand lui-même freinait des quatre sabots devant Ludivine qui piaffait pour avoir des enfants.

Mais il avait raison, bien sûr...

Je suis donc aller trouver mon mari et lui ai annoncé la nouvelle, et quand j'ai vu son sourire qui faisait quatre fois le tour de son visage et ses yeux étinceler de bonheur, je n'ai pas trouver le courage de lui dévoiler mon intention première. Lui a eu un instant de doute inquiet en voyant mon manque d'enthousiasme.

« - Tu... tu veux le garder, n'est-ce pas ?

- Bien sur, ai-je répondu »

Sans doute pas très convaincante... mais je ne pouvais pas me résigner à doucher sa joie.

C'est comme ça que je me suis retrouvée maman. Honnêtement, les choses ont très mal commencé. J'ai manqué faire une fausse couche.

On était partis en excursion, Harry Maman et moi et j'ai perdu les eaux deux mois avant le terme. C'est Maman qui nous a tiré de là. On ne pouvait pas transplaner, c'était beaucoup trop dangereux et c'est finalement Eolia qui m'a transporté jusqu'à Sainte-Mangouste pendant que Maman apposait tous les sorts auxquels elle pouvait penser pour sauver mon bébé.

La survie de notre fille tient un peu du miracle. Et c'est en hommage à Maman et à Eolia qu'on l'a nommé Léolie-Ludivine et que cette dernière est sa marraine.

Lorsque Harry a posé la question d'avoir un deuxième enfant, nous avions déjà trois bambins à la maison, et j'avais compris, tout comme Severus, que mon mari et Ludivine, n'avaient pas l'intention de s'arrêter là et que la maison allait être transformée en nurserie pendant quelques années. Je me suis donc faite une raison. Je ne suis certainement pas la mère la plus maternelle qui soit, toujours à faire des câlins comme Ludivine, ça c'est plutôt le rayon de Harry. Mais enfin, je n'ai pas traumatisé mes trois gamins et notre relation est certainement plus normale que celle que j'entretiens avec ma propre mère, donc je pense ne pas m'en être trop mal sortie.

Au loin, je vois Harry et Severus qui arrivent avec les invités. Il y a Ron et Hermione avec Rose et Hugo bien sûr, il y a Neville et Luna avec Ermeline et le petit Franck, il y a Draco et Astoria avec Scorpius et Cassiopée, il y a Louise-Gabrielle, il y a Gudrun, voûtée par les ans, dernière vétérante de l'époque de Camille et Albus.

C'est un moment d'embrassades générales, le tas de cadeaux pour la majorité du petit dernier de la famille grossit encore un peu, avant que ce ne soit bientôt l'heure du retour de la star du jour.

Tout le monde entreprend de s'installer autour de la table et Franck commence déjà à picorer dans l'assiette avant que son père ne le retienne.

Neville m'impressionne. Son enfance n'a pas dû être des plus faciles non plus, la guerre a certainement participé à forger son caractère, et il y a dix ans il a perdu Hannah, se retrouvant à devoir assumer tout seul l'éducation d'Ermeline. Heureusement, celle-ci était sur le point de rentrer à Poudlard, je m'en souviens très bien parce que c'est l'année où Cyrian est rentré au collège lui aussi. Et malgré cette perte, il est resté le même homme toujours positif, attentif aux autres, faisant de son mieux en tout et pour tout, et affrontant la perte avec beaucoup de courage. C'est à cette période qu'il a quitté son poste d'auror pour rejoindre l'équipe de Poudlard. Mais il s'est remarié il y a quelques années avec Luna. Et c'est pour ça qu'il est souvent des repas de famille, puisque Luna est la marraine de Mélusine. Ces deux dernières sont d'ailleurs en grande conversation sur la toute prochaine intégration de Mélusine au département des Langues-de-Plomb et Luna est en train de lui raconter toutes les rumeurs les plus folles qui courent sur leurs activités supposées.

Heureusement, Severus n'est pas à portée d'oreilles. De toute manière, lorsque Luna est là, il se tient toujours soigneusement à l'écart. Il préfère parler avec Draco, qui se retrouve généralement aux mêmes occasions puisqu'il est le parrain d'Esteban. Et Cassiopée, la fille des Malfoy est très proche de Séverine et d'Esteban. D'après Severus, ils sont toujours fourrés ensemble à l'école.

Je parcours l'assemblée du regard.

Louise-Gabrielle discute avec Gudrun et Albus en français.

Je ne peux m'empêcher de scruter le visage de mon grand-père. Je lui trouve la mine très fatiguée même s'il arbore toujours la même expression placide et satisfaite.

Il a quitté Poudlard il y a un an. C'est Severus qui a pris sa suite à la dernière rentrée. D'ailleurs Blaise a alors accepté de quitter son poste d'auror pour devenir professeur de DCFM et directeur des Serpentards. C'était le dernier de ma génération au bureau des aurors, si on excepte Harry qui est commandant maintenant.

Albus m'avait déjà proposé ce poste de DCFM, mais j'avoue que j'apprécie de travailler non loin de Harry, et je trouve qu'il y a bien assez de membres de la famille Dumbledore comme cela à Poudlard. Cela va finir par devenir une institution familiale.

Je préfère faire morfler les petits jeunots qui tremblent (de peur ou d'excitation) à l'idée d'être sous les ordres du Survivants, et qui découvrent que cela va être une partie de plaisir après être passés entre les mains de la fille de Voldemort.

Non, je plaisante, je ne suis pas si cruelle. Mais c'est vrai que je ne suis pas tendre et que j'ai une certaine réputation dans les couloirs du Ministère. Harry se moque un peu de moi et dit que j'aime ça quelque part. Et comme je lui envois de nouvelles recrues bien formées au moral d'acier, il ne s'en plaint pas.

Trois silhouettes se dessinent sur le chemin qui contourne le manoir et je vois Adrian agiter les bras.

Esteban rigole un peu en embrassant tout le monde.

- Alors, à partir de quel moment as-tu su ce qui se tramait ? Demanda Draco en rendant son étreinte à son filleul

- Le mois dernier, répondit Estaban, quand Harry a dit à Severus qu'il t'avait invité avec un plaisir suintant de sa voix.

- Potter ! S'exclama Severus tandis qu'un éclat de rire s'élevait de l'assemblée.

- Mais tu n'étais même pas là ! Protesta Harry.

- Non, j'étais derrière la porte.

- Tu parles d'un auror, maugréa Severus.

- Ne t'inquiète pas Harry, renchérit Draco. Je bondis également de joie à chaque fois qu'Astoria t'invite au manoir.

- Je n'en doute pas, répondit ce dernier en lui rendant son sourire hypocrite.

Léolie et Cérianthe sont assises à côté de moi, et j'écoute ma demi-soeur parler de ses dernières rencontres insolites. Elle est tout juste sortie de Master et est actuellement toute nouvelle stagiaire zoologiste, rentrant de 6 semaines en Patagonie.

J'aime beaucoup Cérianthe. Elle me fait rire. Par certains côtés, elle ressemble beaucoup à Severus. Elle est notamment aussi entêtée et courageuse que lui. Elle a un tempérament un peu lunatique et colérique mais ça ne dure jamais, contrairement à son père elle n'est pas rancunière, et elle aime tout le monde. Ce qui l'a conduite à rencontrer des gens que son père réprouvait avec un certain dédain, notamment Rolf Scamander auprès de qui elle a été introduite grâce à Xenophilius Lovegood. A cette occasion, Severus a bougonné un « Cette gosse m'aura décidément tout fait » mais n'a pas cherché à dissuader sa fille, sachant d'avance que cela ne mènerait à rien d'autre qu'une engueulade explosive.

Je dois dire que personne ne sait mieux faire sortir de ses gonds Severus que Cérianthe. Ça fait beaucoup rire sous cape Harry d'ailleurs qui regarde toujours les disputes entre les deux avec un intérêt déplacé... enfin jusqu'au jour où Severus lui a demandé s'il voulait aussi les popcorns... Harry a alors fui en riant. Il évite de prendre partie dans ces cas là. Comme il est le parrain de Cérianthe, Severus a tôt fait sinon de le tenir responsable des frasques de sa filleule. Il s'est plaint une fois que Harry s'était vengé de ses années à Poudlard en transformant sa fille en sosie de James Potter.

- Kécile, appelle Adrian, tu viens, on va faire une partie de paint-ball !

C'est Harry qui nous a initié à ce jeu moldu que Ron et George Weasley ont très vite adapté en version sorcière. Les balles se jettent à la manière d'un sort avec la baguette et il y a par exemple certaines balles qui poursuivent leur cible, d'autres qui visent des parties très spécifiques de l'anatomie, certaines enfin qui font subir des métamorphoses temporaires.

Sans surprise, Severus, refuse de jouer, et préfère s'asseoir à côté d'Albus et de Gudrun pour regarder le spectacle.

On décide de former les équipes entre parrains et filleuls. Je me retrouve donc avec Adrian. Il est adorable, mais il ne vise pas très bien. En même temps, il veut être médecin, spécialiste en potions, ce qui rend Severus très fier, mais ne nécessite aucune compétence de duelliste. Heureusement je suis réputée être redoutable à ce jeu là. Harry et Cérianthe forment aussi une équipe de choc. Severine qui se retrouve délaissée par son parrain a récupéré Ron et devrait bien s'en sortir. Hermione et Cyrian sont clairement désavantagés mais jouent le jeu. On peut déjà parier que Luna et Mélusine seront les premières à sortir. Rose et Hugo se mettent ensemble, et Neville prend Ermeline avec lui. Scorpius et Astoria se retrouvent, et Cassiopée observa avec circonspection Louise-Gabrielle qui a accepté de se mettre avec elle. Elle ne devrait pas, sous ses airs un peu guindée, la française est une excellente duelliste. Albus accepte de se poser en arbitre.

Vous imaginez le massacre : vingt sorciers lâchés dans un parc avec des balles de peintures ensorcelés.

Une heure plus tard, on est à peine reconnaissables et dans les minutes qui suivent, il faut une pluie de sorts pour nous faire retrouver un état présentable.

On s'est avachi dans les chaises ou carrément dans l'herbe, encore rouges et échevelés, et Dina nous a amené des jus de citrouilles.

Esteban et Cérianthe se chamaillent gentiment pour savoir qui a gagné. Cérianthe maintient à raison qu'elle et Harry ont battus son frère et Draco, mais celui-ci lui assène que c'est son anniversaire. Ce dont elle se fiche éperdument. Cérianthe est bonne perdante, mais elle est mauvaise gagnante...

L'après-midi s'achève tranquillement et petit-à-petit, les uns et les autres commencent à envisager de prendre congé. Ce qui veut dire qu'il faut encore une bonne demi-heure avant que les premiers se lèvent réellement pour partir. Ce sont Neville et Luna qui ouvrent la marche, aussitôt suivis par Draco et Astoria et Hermione et Ron qui décident de partir tous ensemble plutôt que d'obliger Ludivine à les raccompagner au portail à chaque fois, car en bonne française, elle n'envisagerait pas un instant de laisser ses invités repartir tous seuls.

- La prochaine fois, pourquoi ne viendriez-vous pas avec Narcissa ? Propose Ludivine au Malfoy. Cela lui ferait peut-être plaisir, non ?

Je sais que les deux femmes ont lié à défaut d'une amitié, une certaine cordialité l'une envers l'autre durant les quelques visites de Ludivine au manoir Malfoy. Maman m'a dit que Gwendoline Grunt, la nécromancienne qui lui a permis de rester en vie, était une cousine de Narcissa. Je trouve que c'est un drôle de sujet pour briser la glace, mais ça les regarde.

- Je lui transmettrai l'invitation. Cela lui fera plaisir. Elle ne voit plus grand monde. Mais malheureusement, on ne peut pas laisser mon père sans surveillance.

- Il commence à être un peu dérangé, souffle Astoria. Une fois, je l'ai surpris à marmonner tout seul en arpentant le dernier étage comme si Voldemort était encore en vie.

- Son état ne s'arrange pas alors ? Je demande, plus par pitié pour le couple qui doit le garder sous son toit que par égard pour Lucius lui-même.

- Il s'améliorerait peut-être s'il avait une baguette et le droit de pratiquer un minimum la magie, marmonne Cyrian. Il est réduit à l'état de Cracmolle, bien sûr qu'il perd la tête.

- Etre destitué de sa baguette était une des contreparties pour le sortir d'Azkaban, dit Hermione péremptoire.

- Et crois-moi, si j'avais eu mon mot à dire à l'époque, il y serait resté, gronde Harry, pas pour la première fois...

- Ça va faire bientôt trente ans, vous pourriez pas lui lâcher un peu la grappe non ?

Il y a un silence entre nous et bientôt ceux qui sont pris dans leurs propres conversations sont réduits au silence par l'exclamation de Harry.

- Lui lâcher la grappe ?! Est-ce que tu t'entends parler, Cyrian ? C'est un criminel. Ce salopard a tué des gens, a aidé Voldemort ! Il n'a même pas ce qu'il mérite. Crois moi, si je ne le savais pas hors d'état de nuire, jamais je ne t'aurais laissé toi et tes sœurs mettre un orteil chez Draco.

Harry est furieux, et je pose ma main sur son bras pour le réconforter et le calmer. Cyrian affronte un moment son père du regard puis estime qu'il vaut mieux se taire et laisse tomber le sujet.

Je sais bien que Cyrian apprécie de passer du temps chez Draco et que Harry prend sur lui pour ne rien dire de voir les deux hommes se rapprocher. Cyrian travaille au ministère dans son service ce qui a clairement contribué à les rapprocher. Mais moi non plus je ne vois pas d'un bon œil que Lucius se rapproche de mon fils.

Cyrian a toujours été un peu compliqué. Je suis bien obligée de dire qu'il est plus sournois que les autres. On a dû assez rapidement le surveiller. Mais pas à la manière de Ludivine et Severus de surveiller Cérianthe. Les frasques de la Gryffondor ne portaient pas vraiment à conséquence. Je parle plutôt moralement. Je ne comprends pas bien d'où cela lui vient. Surtout avec Hermione comme marraine, il a toujours été entouré de personnes avec un fort sens moral comme Harry ou Hermione. Je veux dire, même moi ou Severus quand il y a des drames autour de nous, quand on entend parler de morts, de tragédies, ce qui arrive avec le travail de Harry, je ne peux pas dire que cela nous touche, mais on ne s'en fout pas... On n'a pas cette espèce de nonchalance négligée et dédaigneuse que Cyrian est capable d'avoir. Je suppose qu'il se donne un genre comme ça... Albus et Severus ont raison dans ces moments là de dire qu'il fait penser à Draco lorsqu'il était plus jeune. Sauf que lorsque celui-ci avait 21 ans, la vie ou plutôt la guerre, s'était déjà chargée de le ramener les deux pieds sur terre et de lui remettre les idées en place.

Alors j'ai demandé à Draco de l'aider à réaliser qu'il ne pouvait pas conserver cette indifférence ostentatoire, garder cette froideur chirurgicale face au malheur des autres. Cyrian aime beaucoup Draco, et il travaille sous ses ordres au service du Département des Relations Internationales, j'imagine qu'il finira par comprendre l'utilité de montrer de l'empathie au moins par diplomatie. Je ne m'explique vraiment pas cette lacune. Car Cyrian est brillant, extrêmement brillant.

Je veux dire, aucun de mes enfants n'est stupide.

Léolie travaille au service des oubliators et est très douée en métamorphose et sortilèges. Séverine aussi, et envisage de devenir auror comme son père. Mais Cyrian a un cerveau hors du commun. A côté de son travail, il mène par correspondance une licence d'Histoire de la Magie et une licence en Runes Anciennes, avec quelques conseils de Maman.

Alors évidemment, je ne suis pas très surprise quand un peu plus tard, alors que les invités viennent de partir et que les enfants se dispersent, Harry me dit :

« Je me demande comment ce gamin peut être aussi intelligent d'un côté, et complètement à côté de la plaque à d'autres moments... ».

Leur relation est un peu tendue depuis quelques années. Je crois que Cyrian assume assez mal d'être d'un côté le fils du Survivant et de l'autre le petit-fils de Voldemort, et comme il l'a découvert récemment, l'héritier de Serpentard. Et ça porte un peu sur les nerfs de Harry, et moi je suis prise entre deux feux, comprenant l'un et l'autre.

Le paroxysme a été porté il y a quelques mois, quand Harry a vu apparaître le nom de Cyrian dans un rapport du bureau des aurors. Ce n'était pas grand chose en soi, juste une algarade dans un pub et Cyrian n'a même pas participé. Il a juste été mentionné comme étant avec les jeunes qui se sont battus. Non, ce qui a vraiment mis Harry dans une colère noire, c'est que les jeunes en question n'ont pas très bonnes réputation, deux d'entre eux sont des fils de Mangemorts, un peu plus âgés que Cyrian, en tout cas suffisamment pour qu'il n'ait pas pu les rencontrer à Poudlard. Je n'ai pas beaucoup apprécié, et Harry encore moins. Ça et de voir apparaître le nom de son fils dans un rapport...

La famille s'est dispersée, on est rentrés à l'intérieur et on est sur le point d'aller se coucher, quand Albus alpague Harry.

- Harry, mon garçon, est-ce que je peux te parler ?

Après un regard interrogateur, je les suis.

- Je suis un vieil homme, Harry, et comme toutes les vieilles personnes je m'accorde la prérogative de me mêler de ce qui ne me regarde pas.

- Vous voulez parler de Cyrian, dit Harry avec une mine bien trop sérieuse.

Albus hoche la tête.

- Tu sais, parfois, Cyrian me fait penser à Tom Jedusor lorsqu'il était plus jeune. Un Tom Jedusor qui n'aurait pas dévié, qui n'aurait pas déjà été perverti, qui n'aurait pas brisé son âme bien sûr. Extrêmement brillant, assumant difficilement qui sont ses parents, attiré par la puissance...

- Albus, le tableau que tu brosses là n'est pas heureux... je ne peux m'empêcher de maugréer.

- Pourquoi donc ? Il aurait pu l'être si Voldemort avait eu une chose : l'amour de ses parents. Avant d'être un mauvais sorcier, c'était d'abord un brillant sorcier. Et un enfant seul.

- Cyrian n'est pas seul !

- Non, bien sûr, mais ce que je veux dire c'est qu'il ne faut pas oublier que pour empêcher quelqu'un de mal tourner, l'amour reste encore la meilleure solution.

- Donc vous êtes en train de me dire que je suis trop dur avec Cyrian.

- Disons que la plus grande fermeté ne doit pas s'opposer à l'expression de l'affection et de l'amour que tu as pour ton fils.

- Tu as essayé de parler à Cyrian ? Je demande à Albus.

- Je ne suis pas la personne la mieux placée. Recevoir la leçon du vieil arrière-grand père n'est à mon avis pas la meilleure façon de convaincre un jeune plein de convictions et d'idéaux...

Harry reste un moment songeur avant de se lever et de remercier Albus avant de quitter la pièce.

J'embrasse mon grand-père sur la joue avant de le suivre.

Je pense trouver Harry dans notre chambre, mais en réalité, par la porte entrebâillée, je réalise qu'il est dans la chambre de Cyrian, et je l'entends lui dire doucement.

- Je n'ai pas plus choisi d'être le Survivant que tu n'as choisi d'être le fils du Survivant. Je ne veux pas que ce poids nous sépare.

Et il attire Cyrian dans une étreinte qu'ils n'avaient plus partagée depuis longtemps.