Chapitre 140 : In Paradisium

C'est le premier matin des vacances de Noël, lors de la dernière année de Poudlard de Séverine et Esteban.

La cuisine du Clos est animée alors qu'on prend son petit-déjeuner. C'est dimanche, Kécile ne travaille pas, Ludivine non plus et Severus s'est accordé la journée hors de Poudlard majoritairement déserté. Seul Harry a déjà quitté le manoir pour partir au Ministère, surchargé en cette période des courses de Noël qui fait généralement sortir les malfrats en tous genre de leurs cachettes.

- Passe moi les crêpes, Esteban s'il-te-plaît, demande Adrian. Papa, tu peux me donner la confiture ?

- N'as-tu donc pas appris durant tes études que le sucre est une drogue ? Persifle Severus.

Adrian, hausse les épaules, fataliste.

- Je pourrais te renvoyer le sort avec ton café.

- Toi au moins, tu n'as pas besoin de ça pour envisager d'être aimable le matin, ajoute une voix goguenarde.

- Léolie ! Proteste Adrian, je n'ai pas dit ça !

- Parce que tu es trop gentil... dit cette dernière avec un sourire taquin.

- Miss Potter, je n'ai pas besoin que vous remplaciez votre père ou Cérianthe quand ils ne sont pas là.

Et chacun sourit en imaginant déjà la réaction de cette dernière qui se serait sans doute dressé poing en l'air pour crier « Gryffindor team ! » juste pour le plaisir de faire rouler les yeux à son père.

Ludivine rentre dans la pièce et dit :

- Mon chéri, le courrier vient d'arriver, il y a une lettre pour toi de Draco, et Cérianthe nous a écrit, elle devrait arriver le 23. Je me suis dit qu'on pourrait la rejoindre à la Place Escamotable histoire de sortir un peu dans Paris.

Sa proposition suscite un vent d'approbation chez les plus jeunes.

- Et Mélusine ? Demande Adrian.

Elle devrait arriver ce soir, elle fait des heures supplémentaires aujourd'hui pour tenter de boucler la phase d'un projet afin de pouvoir le laisser en attente pour les vacances.

- Pas de courrier de Cyrian ? Demande Kécile.

- Non, dit Ludivine en secouant la tête. J'imagine qu'il sera là au plus tard le 24...

- Oui, mais il pourrait nous tenir informé. Je n'ai pas envie d'avoir à courir après mon fils au Ministère pour avoir de ses nouvelles, ronchonne-t-elle.

- Tu sais, entre le boulot et son double Master, il doit être légèrement occupé, il n'avait pas l'air de penser aux vacances dans la dernière lettre qu'il nous a envoyé, commente Séverine. Qui est-ce qui veut encore des crêpes ? Lance-t-elle à la cantonade.

Personne n'est intéressé par la dernière survivante, aussi elle se sert, mais Ludivine demande.

- Papa a déjà mangé ?

Kécile secoue la tête.

- Non, si toi non plus tu ne l'as pas vu, c'est qu'il n'est pas encore descendu.

Ludivine a une moue d'incompréhension et quitte la cuisine pour voir si elle ne doit pas monter son petit-déjeuner à Albus dans la bibliothèque, dans laquelle il s'est sans doute perdu.

Mais elle ne le trouve pas dans la bibliothèque.

- Il est encore dans sa chambre, et fait totalement inhabituel, encore couché.

- Papa, ça va ? Demande-t-elle en s'approchant du lit.

Il lui adresse un sourire fatigué mais ne répond pas.

- Tu es malade ? Il faut peut-être qu'on t'emmène te faire examiner si tu ne te sens pas bien.

- Ça va aller, Ludivine, dit-il doucement.

Il lui prend la main et murmure « Tout est normal ».

Ils échangent un long regard et Ludivine s'agite brutalement.

- Est-ce que tu souffres ? Je vais aller demander des potions à Severus. De quoi as-tu besoin ?

- De rien. Juste de toi, ma chérie.

- Papa... souffle-t-elle.

L'heure est venue.

Ludivine essuie vivement un paquet de larmes qui dévale sur ses joues avant de venir s'allonger contre son père, l'enserrant d'un bras, le visage enfoui dans ses cheveux au creux de son épaule.

Ils restent longtemps comme ça, Albus caressant parfois d'un geste fragile la main de sa fille qui l'entoure. Ces derniers instants qu'il voudrait faire durer, cette dernière étreinte qu'il veut laisser gravée dans la mémoire de son enfant, et une larme lui échappe malgré tout à l'idée de la laisser. Mais il ne regrette rien. C'est la vie.

- Ludivine ?

La voix de Severus résonne dans le couloir du second étage.

Celle-ci se relève à contre-coeur, serre une dernière fois la main de son père avant de sortir rejoindre son mari.

- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda-t-il aussitôt alertée par sa tristesse.

- C'est la fin, murmure-t-elle.

Severus a un mouvement pour aller dans la chambre d'Albus, mais elle le retient.

- Je peux faire quelque chose ?

- Il ne veut pas.

Il a un mouvement d'humeur mais Ludivine resserre son emprise.

- On doit respecter son choix, Severus. Ce n'est pas à nous de décider, aussi dur que ce soit de le laisser partir.

- Je peux aller le voir au moins ?

Ludivine acquiesce.

- Bien sûr, juste... ne le harcèle pas, s'il-te-plaît. Si ce sont ces dernières heures, il ne les voudrait pas troublées par une dispute. Il mérite mieux que d'avoir à se battre pour faire accepter qu'il n'a plus la force de continuer.

Severus acquiesce sèchement. Mais au lieu de pousser la porte, il la prend contre lui et la serre très fort un bref moment. Ce n'est qu'après un rapide baiser sur ses cheveux blonds qu'il la libère et se détourne pour aller voir Albus.

Ludivine descend lentement au rez-de chaussée. Elle va devoir annoncer la nouvelle. Elle pense d'abord aux absents et décide de leur envoyer un message pour leur laisser la possibilité d'arriver à temps pour un dernier adieu. Elle sait que Mélusine et Cérianthe ne lui pardonneraient jamais d'avoir laissé mourir Albus loin d'elles.

Et puis il faut parler à ceux qui sont là.

Léolie, Adrian, Séverine et Esteban, réduits à un silence impuissant. Kécile, raidie par un sentiment d'horreur.

Cette fois-ci, la fille de Voldemort qui a manqué perdre tant de fois son grand-père sait qu'aucun miracle n'interviendra au dernier moment.

Elle monte quatre à quatre les marches du grand escalier et trouve Severus qui quitte la chambre.

Albus tend la main vers elle quand il la voit et elle s'en saisit pour la porter à ses lèvres.

- Maintenant tu n'es plus toute seule, mon enfant, dit-il doucement. Ça va aller.

Elle retient les protestations de souffrance, les suppliques d'encore un peu de temps. Elle hoche la tête à travers ses larmes, mais n'a pas confiance en sa voix pour répondre, et reste juste là, dans ce qui lui paraît une veillée mortuaire, jusqu'à ce que ses enfants et leurs cousins ne passent timidement la tête par la porte.

Ils se relaient tous au chevet d'Albus. Les enfants tentent d'alléger un peu l'atmosphère, maladroitement, sachant que leur présence et leur complicité est le dernier cadeau qu'ils peuvent offrir à leur grand-père.

Vers midi, Harry débouche en trombe du Ministère. Il échange un regard avec Kécile en la croisant dans l'escalier avant de grimper lui aussi quatre à quatre les marches de cristal.

Cyrian arrive peu après, très pâle.

- Papa est au courant ?

Kécile hoche la tête.

- Il est déjà auprès d'Albus.

Kécile le laisse monter seul. Elle ne peut pas rester là-haut à attendre le dernier souffle. Dans le petit salon, elle trouve Severus qui fait les cents pas, et vient se poster près de la fenêtre.

Les nuages gris qui s'amoncellent depuis deux jours dans un air sec commencent à lâcher leurs premiers flocons. Ce sera sans doute un Noël blanc. Dans certains pays, le blanc est la couleur du deuil.

A l'étage au-dessus, Cyrian est resté près de la porte, incapable de s'approcher alors que Léolie est venue se serrer contre lui. Harry est près du lit et fixe la silhouette aux yeux clos si paisible, les yeux secs, l'esprit embrouillé par des souvenirs.

Adrian et Esteban s'éclipsent pour laisser les Potter entre eux et rejoignent les autres dans le petit salon après un échange de regards désemparés.

Mélusine est la suivante à passer les grandes portes, la mine un peu affolée, paniquée à l'idée d'arriver trop tard.

Il fait déjà nuit, mais il n'est pas encore très tard, la lumière qui baisse vite a été absorbée par le ciel cotonneux, lorsque Cérianthe arrive enfin, ayant traversé la moitié du globe en quelques heures, les cheveux en bataille. Mais elle est étonnamment calme.

Albus a rouvert les yeux et sourit aux à ses arrières-petites-filles.

On les laisse ensemble pour ne pas fatiguer davantage le vieil homme et donner un peu d'intimité aux jumelles.

Ludivine se lève enfin du matelas où elle est assise à côté de son père depuis des heures. Elle l'embrasse, lui murmure qu'elle l'aime une dernière fois et quitte la pièce avec un dernier regard et un dernier sourire tremblotant.

Elle sort marcher dehors dans le parc, appréciant la piqûre du froid après l'atmosphère étouffante de la chambre.

Elle lève un peu le visage pour l'offrir à la douceur des flocons qui tombent sur ses joues, et enveloppée dans une épaisse cape, marche dans la neige qui commence à blanchir la pelouse. Ce serra un Noël blanc, qui accompagnera de sa pureté l'élévation de l'âme de son père.

Elle se retourne en entendant des pas derrière elle. Kécile l'a rejointe. Et elles marchent l'une à côté de l'autre, n'ayant jamais eu autant besoin de se passer de mots qu'en cet instant.

- Tu arrives à le laisser partir plus facilement que moi, murmure enfin Kécile.

- Malgré tous les désastres de sa vie,finalement ses dernières décennies ont été remplies de bonheur et d'amour. Je sais que c'est pour ça qu'il part serein.

Elles ont atteint la roseraie dont les branches épineuses et nues commencent à supporter la poudreuse.

- Et puis je sais qu'il ne part pas complètement. Maman ne m'a jamais complètement quittée. Je sais qu'Albus ne nous laissera pas totalement non plus. Et notre famille continuera à faire vivre son souvenir. Et pouvoir penser à ses derniers instants sans chagrin et sans amertume, ça aidera à garder ces souvenirs plus vivants et plus heureux. La mort n'a pas à être quelque chose de tragique. Laissons le partir en paix.

Et alors que Kécile lève les yeux vers la fenêtre de la chambre, le chant bien reconnaissable de Fumsec s'élève dans l'air et Kécile sent les larmes dévaler ses joues alors que son esprit se convulse pour accepter la vérité. L'oiseau tourne un moment au-dessus du manoir dans un chant d'une beauté et d'une tristesse qui déchirent et consolent à la fois et finalement s'élève dans les airs en s'éloignant jusqu'à n'être plus qu'un point avant de disparaître dans le blanc des nuages et de la neige que Ludivine suit du longtemps du regard, une unique larme coulant sur sa joue au-dessus d'un sourire.

Non loin de là, autour d'une tombe en marbre blanc, au milieu du givre ont éclos des roses, qui vinrent embrasser de leurs lourds pétales immaculés le nom de l'être disparu et aimé.


Et voilà, c'est fini... Si vous êtes arrivés jusque là, soyez gentil de laisser un mot, ça fait toujours plaisir.

12 ans se terminent pour moi, de nombreuses années également pour certains lecteurs que je remercie.

J'ai imaginé une suite à cette histoire: comme vous l'avez vu, j'ai introduit des éléments avec Cyrian.

Mais il a toujours été question que cette histoire qui commence avec l'Introït du requiem de Fauré, se termine avec le In Paradisium (dernier mouvement de l'oeuvre) avec la mort de Dumbledore.

La suite devait être écrite du point de vue de Cérianthe. Mais j'ai décidé d'arrêter là et de me consacrer mes projets persos, un premier roman que je vais essayer de publier et un second dont le premier jet est terminé sans parler de tous les autres qui attendent dans leur tiroir...

Alors voici un résumé de ce qui se passe: Cyrian est assez proche de Draco et va régulièrement au manoir Malfoy, mais personne n'a réalisé qu'il passe du temps avec Lucius, qui finit par lui retourner l'esprit avec son héritage de Serpentard et son grand-père Lord Voldemort.

Un groupe néo-mangemort va donc se reconstituer autour de Cyrian et commencer à semer la terreur en Grande-Bretagne. Cyrian joue double jeu et voit son père se débattre contre ses propres partisans. Jusqu'au jour où Harry et son équipe mènent à bien une opération d'infiltrage de grande envergure et une série d'arrestation qui va faire éclater la vérité. Harry dévasté et fou de rage en même temps, doit envoyer son propre fils à Azkaban. Mais pour Kécile, de par sa propre histoire, c'est encore plus terrible et elle se sent terriblement coupable. Elle ne s'en remettra jamais complètement. Ses deux filles et tout le reste de la famille resteront très soudés dans l'épreuve, se rapprocheront même encore plus et feront le maximum pour la soutenir. Harry aura plus de mal les premiers temps, n'avouant pas un profond sentiment de culpabilité et d'échec et se sentant incapable d'aider Kécile à surmonter cette épreuve. Le temps, la famille et même le soutien de Severus lui permettra de retrouver le chemin du dialogue avec sa femme et d'éviter que son couple ne vole lui aussi en éclat.

Kécile rendra régulièrement visite à Cyrian à Azkaban pour tenter de garder le lien et comprendre ce qui s'est passé. Léolie et Séverine viennent aussi voir leur frère. Harry mettra des années, lorsque Cyrian commencera a exprimer des regrets. Il mourra néanmoins entre les murs d'Azkaban.