Rachel était à table avec sa fille Lisa. Cela faisait quatre mois, vingt jours, huit heures, vingt-quatre minutes et cinquante-deux secondes qu'elles avaient dit au revoir à Hans qui partait en mission au Moyen-Orient. Elle était très inquiète comme à chaque fois. Elle était inquiète pour deux car Lisa, du fait de son jeune âge, n'avait pas conscience du métier à très hauts risques de son père. Rachel redoutait chaque jour de voir les aumôniers de l'armée débarquer chez elle, signifiant la mort de Hans. Chaque soir ou presque elle en faisait des cauchemars. Il la contactait dès qu'il le pouvait, dès qu'il avait le temps afin de prendre des nouvelles et de la rassurer. Cela faisait près de deux semaines qu'il ne l'avait pas contactée. Elle se disait qu'il était simplement suroccupé par sa mission, pour se rassurer. Lorsque Lisa réclamait son père, elle la prenait dans ses bras et lui disait que son papa était parti loin pour sauver le monde. Alors qu'elle était en train de porter une fourchette à la bouche, elle entendit sonner à la porte. Elle l'ouvrit. Sur le pallier se tenaient trois hommes en uniforme.
« -File dans ta chambre Lisa. Exécution. dit-elle précipitamment. »
Elle tourna sa tête vers les trois militaires. Elle craignait ce qu'ils avaient à lui dire.
« -Mme Cuddy-House ? demanda l'un d'eux.
-Euh... Oui... ? Répondit Rachel d'une voix peu assurée.
-Votre compagnon Hans Friedrich a disparu en mission. Son avion a été descendu alors qu'il combattait. Nous n'avons rien retrouvé. Nous pensons qu'il est mort. »
Rachel tomba à genoux et en larmes. Son monde était en train de s'écrouler. Son Hans était disparu. Elle ne voulait pas y croire.
« -Il n'est pas mort ! Il n'est pas mort ! Vous mentez ! Vous mentez ! Pleurait-elle. »
SON Hans ne pouvait pas être mort. Ce n'était pas possible. Juste pas possible. C'était strictement impossible. Il leur avait promis, à elle et leur fille, de rester en vie. En plus, c'était un formidable combattant dans les airs, un excellent pilote, il ne pouvait donc pas être mort. Et puis...Comment allait-elle pouvoir expliquer cela à Lisa qui était encore si jeune ? Devait-elle lui expliquer ? Ou le lui dire seulement plus tard ?
« -Pouvons-nous entrer ? demanda l'un des soldats ? »
Elle leur fit signe d'entrer, encore incapable de parler suite au choc émotionnel. Ils allèrent s'asseoir à la table du salon. Elle était, en quelque sorte, sur pilotage automatique. Elle venait de perdre le repère principal de sa vie. Celui qui lui permettait de redécouvrir l'amour à chaque fois qu'il rentrait. Et là...Il ne reviendrait sans doute plus jamais.
« -Madame, commença le plus haut gradé, tout d'abord, au nom des Etats-Unis, nous voulons vous exprimer nos condoléances. Le major Friedrich était l'un des meilleurs pilotes de l'US Air Force, un combattant d'une grande intelligence et doté d'un grand leadership. Il survolait une zone de combat lorsqu'il a été engagé dans un combat aérien. Après avoir fait plusieurs victimes ennemies, son avion a été touché à un endroit critique. Il a néanmoins décidé de rester au combat pour protéger ses camarades car, d'après son dernier contact radio, il n'aurait de toute façon pas eu le temps de quitter la zone de combat. Il a, selon un membre de son escadron, décidé de servir d'appât final. Il a manifesté une grande bravoure au combat ».
Elle hocha simplement la tête pour essayer d'intégrer toutes les informations. Hans avait donc joué son rôle de protecteur jusqu'au bout. Il avait toujours voulu protéger tout le monde, y compris au péril de sa propre vie. Il avait donc choisi son devoir avant sa famille... Pouvait-elle être surprise ? Non. Il le lui avait toujours dit. Il lui avait toujours dit qu'il ferait tout pour rester en vie mais que s'il n'avait pas d'autre solution, il se sacrifierait plutôt que de tenter une fuite impossible.
La discussion continua brièvement, on l'informa que l'Armée se mettait à sa disposition et qu'elle toucherait une pension. Mais elle s'en fichait de l'argent. Elle voulait juste SON Hans que la guerre lui avait arrachée.
Après le départ des militaires, Rachel monta dans la chambre de leur fille. Celle-ci, voyant sa maman triste, la serra contre elle.
« -C'était qui les Monsieurs qui sont venus ? demanda Lisa.
-Des...- elle chercha ses mots – des amis de Papa.
-Et ils t'ont dit quoi ?
-Que Papa n'avait pas de bobo.
