CHAPITRE 5 : CALIFORNICATION

OUF ! Enfin rentrée chez-moi.. Enfin, chez mes connards de parents, vivement que je me tire d'ici, même si les goûters préparés avec soin par Alfred (ndlr majordome) me manqueront.

J'avais écouté les Red Hot sur le chemin du retour, même si leur musique n'avait pas pu détourner mes pensées de ce ténébreux joueur de mandoline…

Je m'affalais dans mon lit, prête à m'endormir quand, en repensant à toute ma journée, je me rappelais soudainement de la punition de ODF ! J'avais oublié d'aller chez Brian.
Je fouillais la poche de ma veste et en sortais un papier où il avait griffonné son adresse avec un petit plan pour trouver sa maison. Il dessinait vraiment comme un enfant, c'était ridicule mais mignon.
J'allais me dépêcher quand je me souvins que ce n'était que Brian le nerd et qu'il pouvait bien attendre une star comme moi, qui n'allait pas faire ces trucs de clochards.

Finalement, j'arrivais enfin devant la maison de Brian dont la porte était fermée. J'ai donc décidé de lancer des cailloux sur une des fenêtres pour le faire sortir, tout en criant son nom.
Sa mère, clope au bec et effrayée, sortit de sa maison, puis m'invita à entrer.

"Bonjour, tu dois être Hope, je suppose ? Tu sais, la prochaine fois, tu peux sonner… me dit-elle en me montrant la sonnette. En effet, j'aurais pu sonner, mais en avais-je eu envie? Non, et je ne fais que ce dont j'ai envie. Elle me servit un verre de limonade, que j'acceptais volontier: "Bois, mon enfant, me dit-elle en me regardant avaler ce breuvage doré à grande gorgées, d'une manière quelque peu dérangeante, avec du recul. Puis elle reprit : Je vais t'appeler Brian: BRIAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN, TON INVITÉE EST LA !"

Soudain, le Korn (ou peut-être était-ce Limp Bizkit ? Je ne sais pas, je n'arrive pas à différencier tous ces groupes de merde), qui faisait office de fond sonore depuis mon arrivée s'arrêta brusquement. S'en suivirent des pas lourds et lents, qui longeaient le plafond jusqu'à résonner dans l'escalier de marbre. C'était Brian, qui avait l'air bien ravi de me voir. Il ne me regarda même pas dans les yeux, et pointa le haut de l'escalier du doigt. Le message était passé. Je suivais d'un pas résigné ce phasme vivant.

La surprise fut totale, alors que j'entrais dans sa chambre: des murs noirs, ornées d'étagères sur lesquelles étaient soigneusement entreposés des centaines de livres, une, deux, trois, six lampes à lave ? La fenêtre, en face de la porte, était grande ouverte. Une brise légère me fit trembler de froid:

"Un peignoir ? Me dit-il timidement en m'en tendant un, rouge avec des petits éclairs dessus. Il était beau, ce peignoir. En plus il m'allait bien.

A mesure que je pénétrais dans la pièce, je remarquais une guitare assez étrange, près de son lit.

Ouah ! Qu'est-ce que c'est que ce truc là?

Euh… Non mais… c'est rien. Dit-il, complètement affolé. Mmmh… quel comportement étrange.

Ouais mais c'est pas toi qui décide, laisse-moi voir !

NON ! "

Je saisis violemment l'instrument pour le regarder de plus près… C'était une guitare dont la forme et la couleur ressemblaient à une Gibson SG, mais n'en était absolument pas une. Elle était d'un rouge... spécial… Mais ce qui était le plus étonnant étaient sans doute les 6 petits sélecteurs placés à la place des potards de tonalité et de volume. De plus, aucune marque n'était inscrite sur la tête de la guitare. Toute ces observations, en suivant le même procédé que Sherlock, ne pouvaient me mener qu'à une seule conclusion : Cette guitare avait été fabriquée à la main, un modèle unique, par Brian lui-même peut-être ?

Je n'eus le temps de lui dire que ce travail était remarquable, qu'il m'avait arraché la guitare des mains:

"On n'en parle plus. Jamais.

Je ne pouvais m'opposer à lui, tant il était devenu imposant d'un coup. Serrant le poing, sans un regard en ma direction, il me dit d'un ton sec:

S'il te plaît Hope… n'y touche pas. Nous sommes là pour réviser, alors révisons.

Mais nous sommes à la rentrée, que veux-tu bien réviser ? Nous n'avons eu qu'une seule journée de cours !

Certes l'ancêtre. "

Il se dirigea vers son bureau, sur lequel s'entassaient des bouquins sur les mathématiques, et commença à griffonner sur son cahier. Les minutes furent si longues qu'elles paraissaient des heures. Assise sur son lit, j'en profitais pour contempler sa chambre, une fois de plus. Je remarquais un tourne-disque dans le coin, près de sa penderie. Je m'y avançais, et remarquais des vinyles de Prince et David Bowie… Il avait du goût en matière de musique, à défaut d'en avoir vestimentairement parlant. De retour sur son lit, j'entendis enfin sa voix rompre le silence:

"C'est juste que… Cette guitare, je l'ai construite avec mon père. C'est la seule avec laquelle j'ai jamais joué et je ne jouerai jamais. Elle est très chère à mes yeux, donc comprend que je ne veuilles pas que n'importe qui la touche sans raison.

Je fis mine d'acquiescer avec un "mmh". Il se tourna vers moi.

Tu veux que je te montre quelque chose de cool?

Qu'est-ce que c'est ? Tes six lampes à lave ? il avait l'air déçu.

Couche-toi sur le lit, au lieu de raconter des bêtises. Il s'avança vers ses lampes, qu'il alluma une par une, dans le silence le plus total. Il alla ensuite près de sa porte, et éteignit la lumière pour de bon.

Il se coucha près de moi sur le lit, et je pouvais voir ses pieds en dépasser de bien 20 centimètres.

Qu'est ce que tu fous là ?

Bon sang, tais-toi et regarde."

Il pointa en direction du plafond.