PARTIE I: SEVERUS
Chapitre 01 : Rendre possible, l'impossible.
« Si ce jour-là, j'avais mesuré un seul instant, les conséquences de mes actes, si dans mon obsession de te garder sur Terre, j'avais pu deviner les événements à venir, mon erreur de l'utiliser lui, pour te sauver toi, à travers lui, par de-là le lien que je créais à mon insu, je n'aurais rien changé. Rien modifié ou désiré différent. Mon égoïsme dictait ma ligne de conduite. Te sauver en dépit de tout et malgré tout. Qu'importait et qu'importera toujours les sacrifices des autres, leurs sentiments mis à mal ou trompés, mon vœu unique, c'est toi.
Toi, toujours toi ».
14 Juin, 1998.
Severus Snape à genoux devant Voldemort.
Harry Potter, observateur, en secret. De sa position il ne pouvait rien entendre des mots dits, mais les images suffisantes pour comprendre, Harry sourd, devina terriblement.
Le cauchemar de sa naissance était sur le point de retirer sa vie à Snape.
A cette seconde, le gong eurêka retentit dans sa tête. Eclairé d'un coup, il prit conscience de toute la portée de cet homme dans sa vie. Leurs disputes, leurs colères, leurs regards, leurs non-dits.
Pourquoi ?
Pourquoi son cœur devait-il se manifester maintenant, alors que le mot Fin se précipitait avant Début ?
Caché dans un recoin de la cabane Hurlante, Ron et Hermione remuèrent derrière lui pour tenter de comprendre la situation, mais immobile, il résista. Les yeux douloureux, les barrières érigées l'année dernière s'effritèrent peu à peu devant le spectacle horrible déroulé à quelques mètres de lui. Snape sous l'emprise du Doloris.
Au final, il ne resta plus rien. Sauf... des larmes. Des larmes qu'il croyait taries depuis la mort de Dumbledore. Des larmes qu'il s'était promis ne plus verser, pour personne. Mais tout était différent. Il avait mal au ventre, il avait mal au cœur, quelque chose venait de se briser.
Cet homme, qu'il avait renié comme d'un traître des années durant, était tout à l'inverse. Des apparences, Snape l'avait protégé au péril de sa vie. Insensible, il avait veillé à sa survie. Et désormais, il était à terre. Faible, et… sans défense. Cet homme là, il ne le détestait pas. Du moins, il ne le détestait plus.
Quand ? Impossible de répondre.
La haine avait disparu, remplacé d'un sentiment tout aussi violent qui s'irradiait dans sa poitrine. Un sentiment s'insinuant profondément à engluer son âme et d''une nature dont il se croyait immunisé car promis à l'autre. Ses pensées concentrées à délier le comment du pourquoi, Voldemort lança l'irréparable. Ce sort, lui-même lancé sur Malfoy en 6ème année et qui avait failli lui coûter la vie.
Seulement, observer Snape se répandre de son sang par les nombreuses blessures parcourant son corps ne l'aida pas à aller mieux. Il devait agir. Le sorcier maléfique, responsable du sort mortel transplana, ne laissant que son rire en écho sinistre dans la pièce. Inquiet, Harry regarda le corps anéanti, cherchant la solution secourable permettant de lui sauver la vie quand d'une hallucination macabre, une autre image s'interposa. Que Merlin lui vienne en aide, une ombre flottait par-dessus Snape. La main au cœur, le visage penché, le fantôme parlait des mots qu'Harry n'écouta pas, quand rehaussé droit sur lui, se fixant invisible à son regard, un sourire se dessina avant de disparaître. Complètement.
Harry s'imagina entre le rêve et le cauchemar.
Pas le temps de retrouver son souffle, il passa à l'offensive. Déterminé, il s'approcha de l'homme dont la vie ne tenait plus qu'à un fil.
- Snape, supplia-t-il, la voix tremblante. Snape, réveillez-vous !
Les aiguilles du temps défilèrent, sans autre changement que la mare de sang élargie en lac sous le corps du Professeur.
De leur côté et extirpés de leur cachette, Ron et Hermione, se savaient pas quoi faire. Paniqués dans cet instant, ils restèrent à l'écart, plus concentrés par les cris ourdis en provenance du ciel dehors, annonçant le rappel au combat. Qu'importait cependant le reste du monde pour Harry maintenant. Délaissé sans réaction, il s'imprégna du regard noir ébène. Le noir insondable disparaissait, loin, comateux. Snape, comme pris d'un vertige tenta de murmurer mais il échoua, avant de fermer les yeux.
NON ! s'écria Harry intérieurement. NON ! Pas maintenant. Pas comme ça. Pas encore.
Il refusait la défaite.
Il pleurait, inconsolable.
Quand d'un miracle, tout l'espoir reprit sa place au milieu du désespoir.
Tandis qu'il sentait le cœur de Snape s'éteindre inéluctablement, il se mit en gestes d'un sort inconnu. La baguette de Snape entre les mains, il se taillada le poignet, coula son sang entre les doigts, puis dirigé vers la bouche du condamné devenu livide, il mêla leur Essence de Vie. Une Essence de vie dont il n'avait aucune prescience soit dit en , les pouls entrèrent en résonnance. Harry, stupéfait, perçut chaque veine sous la peau du Professeur, une lutte pour la vie mais d'un cri il s'affola en pire. La température de l'homme avait chuté, proche de la mort. Non ! Ne pas se décourager et continuer.
Il n'était pas seul.
Guidé inconsciemment par un pouvoir venu d'ailleurs, Harry persévéra, maintenant la pression de sa main, telle de la glue sur du papier. Des mots dansèrent dans son esprit, récités et chantés d'une voix étrangère et instinctivement persuadé qu'ils étaient sa dernière chance, il les répéta, chuchotant les mots magiques pour lui sauver la vie.
Hermione sa voisine et pressentant que quelque chose n'allait pas, essaya de le retenir, de le ramener à la réalité, mais il éluda. Sa réalité dans cet instant, c'était Snape. Il fit son mieux pour le garder en vie tandis que la magie opérait via ces mots qu'il ne connaissait pas. Etrange, dans un dernier effort, l'homme à terre résista, désireux désespéré de se soustraire de cette étrange magie, quitte à mourir. Harry l'en empêcha. Plus têtu et fort, il l'immobilisa de toute la hargne d'un sauveur. Finalement, leurs sangs reliés, ils se mélangèrent à n'en être plus qu'un. Harry extrapola. C'était sa propre vie qui se déversait pour le sauver, c'était de lui que venait le pouvoir fantastique de le maintenir en vie.
Une erreur, mais les erreurs n'étaient pas la préoccupation d'instant et le ciel ne s'en formalisa pas.
Ne pas penser. Agir et être sûr du résultat.
Une lumière les enveloppa, à les unir, une lumière plus éblouissante chaque seconde, presque aveuglante. Puis... plus rien. Plus de mot dans la tête, plus de contact sur la peau, le silence se fit assourdissant. Le noir, aveuglant. Juste un mot « merci » entendu au loin et les ténèbres tombèrent sur la terre. Combien de temps s'écoula, Harry l'ignora. Après un moment semblé durer des heures, il fut crié dans son sommeil.
- Harry... Harry...
Hermione et Ron penchés sur lui, priaient un signe. Signe qu'il assentit en ouvrant les yeux. Mais tout de suite, son attention se reporta vers cet homme perdu à ses côtés. Il était figé. Ne respirant pas.
Non !
Harry se dégagea des bras amis.
Son cœur, que son cœur batte toujours, je vous en supplie !
Une seconde... deux secondes... puis trois... il vérifia... mais... oui, il battait. Lentement, et irrégulièrement, mais la percussion du cœur frappait sa vie. Soulagé, il l'entoura de ses deux bras. La tête posée sur son épaule, le garçon expira à nouveau. Il était vivant.
Hermione, hébétée par sa surprenante métamorphose, le rappela à l'ordre. La bataille faisait rage dans les enceintes du château, l'infirmerie était certes hors d'atteinte pour le moment mais il fallait combattre. Vaincu, Harry reposa l'homme délicatement sur le sol froid. Inspiré, il sortit la baguette de la poche de son pantalon, puis relevé et le feu au cœur, il quitta les lieux, jurant de toute sa vie revenir ici après la fin. Ron et Hermione sur les talons, il se dirigea en toute hâte vers Poudlard. Il était grand temps d'en finir, Voldemort devait mourir aujourd'hui et maintenant.
Arrivé au château, il ignora les gens alentours. Hermione lui exposa le sujet de Neville et Naguini, il oublia, tout concentré qu'il était sur son objectif. Escarpé dans tous les sens, il repéra sa proie déjetant des Avada Kedavra un peu partout dans le Hall de l'école. Harry cria. Voldemort se retourna, le duel commença.
Les sorts sortirent en rafale impérissable des deux baguettes. Les minutes passèrent sans que ni l'un ni l'autre ne prenne l'avantage. De longues minutes probablement, si bien qu'Harry finit par s'égarer l'esprit ailleurs. Vers Pré-au-lard. Pour dire vrai, il ne prêta plus attention à la bataille. Le combat final engagé sur son ordre, le laissa complètement de marbre. Aucun intérêt. Tout s'écoula sans qu'il n'en fût bouleversé. Autour, certains de ses proches mouraient sous l'assaut des Mangemorts, mais imperméables, ses pensées n'allaient qu'à l'être unique: Lui, encore et toujours lui.
Je vous en prie, si dans le ciel on veille à mon bonheur, gardez-le en vie pour moi.
Harry avait tort. Le Ciel ne veillait pas à son bonheur, le Ciel voulait sauver la Terre.
Voldemort tout à coup,lâcha prise. Faveur à Griffondor malgré des forces amenuisées, le mal allait perdre. Le dernier acte achevé, le sommeil allait tomber, mais il arrivait au bout, la lumière proche d'être touchée.
Par pitié, je ne veux pas vivre demain si demain signifie vivre sans lui.
Pas de pitié pour le Ciel, pas de vie pour demain.
De nouveau, des larmes, Harry pleurait sans savoir.
Voldemort, imbu, s'en attribua tous les mérites, pensant que Griffondor souffrait des éraflures insignifiantes qu'il avait réussi à lui porter, ou des mots qu'il prononçait dans le seul but perfide de le pousser au doute.
Harry avait peur. Terrifié malgré tout de survivre maintenant pour vivre demain sans que le Professeur ne soit sauvé hier. Peur qu'après, il ne lui resta plus rien. Peur qu'en donnant la vie à son courage, qu'en prononçant trois mots surgis d'ailleurs, Snape disparaisse à jamais pour l'éternité.
Puis, ce fut la fin.
Voldemort, magistral, fit l'erreur de le citer au milieu d'une de ces tirades nombrilistes. Son prénom: Severus, qu'il n'avait jamais eu la chance d'édicter en sept ans, cette infâme créature se permettait sans remords de le cracher par cette fente immonde lui servant de bouche. Il continuait, et salissait cet être irremplaçable. Harry révolté, hurla.
- MENSONGE ! Jamais, le professeur Snape n'a eu dans l'idée de me livrer. Il n'a pas trahi. Il ne m'a pas trahi. J'ai cru... C'est vrai. Je l'ai bafoué toutes ces années, mais en dépit de tout et malgré tout, il a veillé sur moi. Le seul dont il se soit servi, c'est VOUS ! Il n'est pas dépourvu de sentiments humains. Il connait la valeur d'une vie, et sait combien c'est dur de perdre un être cher. Je ne t'autorise pas Tom Jedusor à dire du mal de lui. Tu n'en as pas le droit. Je ne t'en donne pas le droit !
Un éclair traversa les yeux adverses. Ce patronyme récité haut et fort, ce patronyme qu'il avait eu tant mal à effacer de l'esprit de la communauté magique…. il était plus en colère que jamais, et c'était bien fait. Harry n'avait plus peur. La peur d'avoir peur était stupide et elle n'apportait rien pour vivre demain. Sept années à apprendre et combattre. Sept longues années où les nuits ne furent peuplées que des pires horreurs dont cette « chose » était capable. Et aujourd'hui, enfin, Harry était en mesure d'y faire face. Pourtant, son esprit refusa de se focaliser ailleurs que sur Snape. Une fois de plus, il s'interdit d'imaginer l'irréparable. Il devait en finir et crier à l'aide. Il devait...
Voldemort l'interrompit. Pensant profiter de son inattention, il choisit cet instant pour balancer son sort de mort.
Erreur fatale, Tom ! La baguette de Sureau, cette baguette légendaire, que tu croyais tienne, ne l'a jamais été. Jusqu'au bout, tu auras fait la bêtise de négliger les détails du monde magique. Et ce sort, que tu as des milliers de fois prononcés se retourne contre toi. Tel est pris qui croyait prendre. Cette fois, c'est fini. Tu n'es plus. Fini...
Comme présagé, le corps du Griffondor, d'avoir déployé trop d'énergie, exigea sur le champ d'être envoyé chez Morphée. Harry résista, luttant et refusant, il n'avait pas le luxe de se laisser aller. La cabane hurlante, Snape attendait. Il s'était juré. Mais la fatigue gagna.
Rhaaaaaaa, saleté de corps ! Traître ! Ne me lâche pas maintenant ! Je dois... Hermione. Ron. Je vous implore tous. Sauvez Snape.
Le professeur McGonagall se précipita vers son élève, effrayée qu'il ne soit mortellement blessé par son combat. Une aubaine, vite !
- Snape, murmura Harry les paupières plus que jamais lourdes et fatiguées. Le professeur Snape... dans... hurl... il... danger... sauvez...
Trop tard. Morphée l'avait conquis avant qu'il n'ait la chance de s'expliquer.
Le corps du sauveur dormit des heures interminables, tandis que son esprit resta continuellement vif et réveillé, priant pour la survie du Professeur. Ne voulant pas céder par crainte d'oublier ce sentiment nouveau et fabuleux qui n'en finissait plus de grandir à l'intérieur de lui.
Snape. Lui, pour toujours. A jamais.
Il força son corps à réagir.
Debout !
Il s'ordonna.
Ses yeux papillonnèrent avant de ressentir la lumière.
Aller, encore un effort.
Le soleil apparut. Éblouissant comme à chaque nouveau jour. Un peu hagard, Harry observa des ombres alentours. Curieux, il fouilla, humant de tous les côtés l'être désiré. Des voix s'interposèrent dans un brouhaha disgracieux, il s'insurgea.
Que diable ! Taisez-vous ! Si, ce n'est pas lui, je ne veux rien entendre.
Malheureusement, il eut beau se concentrer au maximum, il... il... il n'était pas là... Il s'effondra. Déversant ses cris et ses larmes sans la moindre pudeur. Le visage haut, il appela son nom et supplia jusqu'à la déchirure que quelqu'un, n'importe qui, daigne enfin lui répondre.
- Snape. Snape. Snape ? Où... Où est-il... Je vous en conjure... ne me dites pas qu'il est... Rhahhhhhhhhh...
- Vivant ! lui objecta une voix venue de droite. Oh, Harry, il est vivant !
Il reconnut la voix d'Hermione. Vivant avait-elle dit ? Et par deux fois! Il chercha le visage de l'amie fidèle dans la foule. Trouvé. Il plongea son regard dans le sien. Ses yeux emplis de larmes ne mentaient pas. Non, elle... Il était vivant.
Dieu soit loué !
Les autres voix arrêtées sur son cri, revinrent en force. Pas grave, il savait désormais. Il était vivant. Snape était vivant et c'était tout l'important. Il se rallongea et s'endormit, avec la certitude cette fois que demain, il y aurait « demain ».
Quelques jours plus tard, prétextant la nuit pour n'avoir personne alentour et lui tenir la main, ou l'interroger sur sa bonne santé ou tout autre comportement complaisant à son égard, Harry quitta son lit. Difficilement certes car encore endolori des derniers combats, mais avec effort il réussit à se hisser hors de sa chambre et s'envoler vers le seul endroit où il priait être mené.
Hermione, en visite avec Ron tous les jours, l'avait renseigné, lui informant après enquête approfondie que l'homme en noir reposait dans une autre chambre, à l'étage en dessous. Sainte Mangouste, avait été l'endroit pour leurs deux corps meurtris après que l'infirmerie de l'école, détruite, eut été reconnue inapte en l'état actuel des choses. Ce qui arrangeait radicalement le jeune Griffondor.
Sans se faire remarquer, se faufilant discrètement entre les mailles de la garde nocturne, il emprunta l'escalier, accélérant inconsciemment le pas en imaginant sa destination rêvée. Une porte, deux portes... trois... quatre... et celle de toutes les promesses apparut. Heureux, il caressa du bout des doigts l'étiquette sur laquelle prônait l'identité du patient, avant de s'infiltrer sans frapper. Ses yeux se tatouèrent sur l'homme endormi. Un pas, deux pas, et d'un réflexe, il posa la main sur son cœur afin de contrôler sa vie.
Bombom… Bombom… Bombom...
Oui... Il était vivant. Respirant par à-coups, mais vivant. On avait dit au sauveur que Snape était sorti d'affaire à un détail près que son esprit s'était plongé dans un sommeil infini.
Le coma n'était pas l'important.
Léger, Harry s'assit sur le rebord du lit. Penché en avant, il aborda le professeur sans le toucher quand tout proche de son oreille, les trois mots tant éprouvés se rappelèrent à sa mé d'obstacle. Plus de peur de mourir, il se risqua.
- Professeur. Professeur Snape…je... je vous ai-aime.
L'instant suivant Harry pleurait. Encore, et encore, et encore… Epuisé, il s'allongea, se rapprocha. Profitant de cette promiscuité inopportune, il entoura Snape maladroitement de ses deux bras. Il était brûlant comparé à son dernier souvenir, agréable moment.
Soulagement bordé de crainte, en cet instant, Harry Potter ne savait plus rien, sauf ces trois mots qu'il murmura sans discontinuer.
Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime...
Harry ne pouvait rien comprendre de ses sentiments. Aveugle et sourd, il interprétait mal ses ressentis et ses désirs. Des émotions qui ne lui appartenaient pas. Parce que le ciel avait promis, parce que le ciel était tombé, défiant à perdre la raison la Destinée du monde pour sauver la Terre, tout se mélangeait. Mélangé le cœur des uns, mélangé hier et demain.
Le Ciel avait sauvé la Terre.
