Chapitre 02 : Morphée et Harry Potter

« Je n'ai eu de cesse depuis le jour douloureux de notre séparation, de fouiller le trésor insoupçonnable sur cette terre et dans le ciel. Le trésor d'une magie capable d'exaucer mon vœu, quitte à risquer l'interdit. Ce garçon, que tous appelaient sauveur, était ma chance la plus à même de réussite, je n'ai pas hésité. Il pouvait mourir ou dépérir, en toute sincérité, je n'en avais strictement aucun souci. Mais parce qu'il m'avait permis de te sauver la vie, je me devais d'intervenir. D'autant que tu l'avais protégé toutes ces années. Le protéger, c'était dans mon esprit aliéné et isolé du reste du monde, te protéger toi. Veiller à la pleine réussite de ton si preux combat, que tu n'aies pas agi en vain. Aider à cicatriser pour qu'un jour enfin, tu puisses te pardonner.

Te pardonner ».


3 Octobre, 1998.

Allongé dans son lit, Harry s'agitait d'être aujourd'hui.

Dérangé dans son silence par le bruit sourd des pas montant les escaliers, il s'emmitoufla la tête dans les couvertures et pria pour ne plus rien entendre.

Une porte ouverte, la sienne, il ferma les yeux. La lumière du couloir filtrant dans sa chambre et se reflétant en ombre sur le mur, il implora charitable le retour de Morphée.

- Harry !

Il supplia plus fort, espérant convaincre l'intrus, enfin l'intruse serait-il préférable de dire, qu'il dormait toujours. C'était Hermione qui était chargée de le soutirer de sa nuit tous les matins.

- Harry !

Répéter les mots, mêler les gestes, elle le secoua avec l'énergie habituelle de celle qui sait comment réveiller les morts mais insoumis, obstiné à faire croire du contraire, il remua, grognon.

»Harry, il faut te lever. C'est l'heure ! Tout le monde est en bas pour le petit déjeuner, et dans moins d'une heure, nous partons pour Poudlard.

Poudlard.

Il se figea, ce fut trop tard.

Hermione, la main arrêtée à l'identique, devina son faux-semblant. Légèrement vexée, elle le flagella d'une petite tape sur le dos, presque une caresse. Puis elle s'en retourna.

Brave et douce Hermione. Cela faisait plus de trois mois que tous les jours, elle s'évertuait avec la passion d'une amie à être son réveil matin. A maintenir en promesse, ce contact réel entre Harry et le reste du monde, elle l'obligeait à se lever et avancer demain. Parce qu'elle s'inquiétait de son comportement.

Depuis son arrivée au terrier, Harry restait prostré dans l'ancienne chambre de Percy, se coupant du monde sans volonté de vivre maintenant. Cette chambre, que madame Weasley avait eu la gentillesse de lui donner, justifiant à un Ron en colère un besoin d'intimité vital suite aux derniers évènements, était son volume de survie. L'unique endroit où il parvenait à respirer sans souffrir le martyre.

Il s'était passé tellement de choses dans un laps de temps si court, qu'il avait fallu toute la patience d'un ange pour veiller sur lui.

Voldemort était mort, il n'en revenait toujours pas. La guerre finie, la paix signée, mais dans son cœur tout avait dégringolé à cause d'un seul. Snape ! et rien qu'à prononcer son nom, les images du dernier combat resurgirent, défilant à vive allure dans l'ordre décroissant. Remontant le temps, telle la Terre tournoyant au passé, il revécut sa fin du monde, une deuxième fois… quand son Professeur, son âme damnée, son Oxygène, son tout, baignait rouge, couché dans la Cabane hurlante où Tom l'avait laissé pour mort. Un horrible cauchemar trop réel, il continuait de douter du miracle inexplicable advenu pour le sauver. Pourtant, il avait réussi, il le savait, tout comme il se souvenait son cœur battre à Sainte Mangouste, ainsi que sa chaleur définissant sa vie. Mais cette nuit-là, tout s'était mal fini et d'un écho malsain, la bouche salivée de colère et de haine, il se remémora.

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Harry dormait tranquille.

Réfugié dans la chambre interdite, il rêvait le réveil à deux, tout en priant Merlin que l'homme à ses côtés sorte rapidement de son profond coma pour rattraper la lumière et aspirer demain. Il était détendu, agréable et protégé. Acceptant de fermer les yeux, l'instinct avait laissé sa place à la tranquillité, oubliant la méfiance pour profiter l'instant présent. Il était si serein dans cet espace modeste et étroit que le pire comme d'un scénario évident, survint sans voir venir.

Baissé la garde et lové dans le cou Serpentard, quatre bras étrangers et puissants l'arrachèrent sans sommation de son étreinte, tirant de toute leur force pour le dégager. Harry, privé de sa magie manqua l'échappatoire, sans possibilité de fuir l'attaque inattendue. Bienheureux cependant, Griffondor était sa maison. Hargneux, il s'entêta, se débattit avec la volonté du désespoir, refusant catégorique d'être éloigné de Snape. Eludées les phrases incohérentes parvenues difficilement à son esprit, il balança de tous les côtés pour les déséquilibrer avant de se figer, statufié. Au milieu du tumulte, des mots se répétèrent comme un psaume entre les lèvres des assaillants. Harry, écouteur malgré lui, se paralysa.

Potter… Calme… Fou… traitre…Mangemort…

- Mangemort ? Non ! s'écria Harry pour lui, incapable d'amener cette insurrection à sa bouche. Il n'est… il n'est pas…

Il essaya, en vain. Tandis que ses larmes comblaient le vide de son silence, les bras l'amenèrent jusqu'au couloir. Emprisonné par un corps inconnu, Harry sentit sur son visage d'autres mains, plus fines, moins rêches, forcées à lui ouvrir la bouche et lui ingurgiter il ne sut quelle potion.

Potion !

Ce mot irradia son désir de l'être cher. Mais à peine eut-il le temps de la réflexion que cette substance au goût douteux lui était résolument enfoncée dans la gorge, l'effet escompté fut immédiat. Catapulté du jour à la nuit, il s'endormit, laissant son corps aux mains des agresseurs et ses larmes se tarir chez Morphée.

Trois jours furent nécessaires avant que la Déesse du sommeil ne consente enfin à le libérer. Endolori, engourdi, c'est douloureux et brumeux qu'il s'extirpa de son monde.

Perdu dans un nouveau décor qu'il ne connaissait pas, il chercha le pourquoi du comment, il réfléchit et repensa hier, mais si sensible était son crâne, comme un tambour ayant tapé sans interruption durant des heures, il fut sans réponse.

Heureusement, Hermione, qui s'était juré être son bouclier, fut la première présente pour le seconder. D'un grand sourire, elle l'accueillit et avant même que les questions n'arriment à ses lèvres comme un assoiffé après la traversée du désert, elle enserra sa main dans la sienne et lui relata les faits manquant au trou de sa mémoire.

On l'avait transféré dans un autre bâtiment de l'hôpital.

Une décision arbitraire dont même ses proches n'avaient pas été prévenus. En effet, quelle peur pour Hermione et Ron en découvrant sa chambre vide au matin de leur visite. Madame Weasley, avait paraît-il, jouer de sa voix pour exiger des explications. Au final, on leur justifia en termes clairs et concis que d'une mésaventure fâcheuse, quand retrouvé par une infirmière affolée dans un endroit où le Sauveur du Monde Sorcier n'aurait pas dû être, il fut voté pour sa sécurité qu'une autre chambre devait lui être assignée. Loin, très loin de la précédente.

Harry, n'en revint pas.

Stupéfait qu'on mène le tapis de son devenir sans lui demander son avis, il fut sans réaction, une véritable statue de sel.

Un intervalle avantageux dans lequel Hermione s'intercala. Alerte et encrant son regard au sien, elle s'efforça de le décrypter, sondant son esprit afin d'élucider l'énigme inachevée. Intelligente, elle défiait les arguments précaires des Médicomages sans la moindre hésitation. Impartie, elle souhaitait Sa version de l'histoire.

Hélas pour l'histoire, dès qu'Harry se risqua à souffleter du bout des lèvres son nom à « lui », son corps se contracta, terrorisé et bouleversé. Spasmodique, il n'arriva plus à respirer. D'une aide secourable la jeune fille se précipita pour le réconforter. L'encadrant avec tendresse contre son cœur, elle l'invita au calme, essuyant de quelques caresses ses larmes qui d'une mauvaise habitude réapparaissaient au pire de son ressentiment.

Sanglots, cris, et… larmes, voilà tout ce qui restait au sauveur après tous ces combats.

Maladroit, il bégaya son besoin inexprimable d'être au côté du Professeur, son désir incontrôlable de vérifier sa vie, mais d'une fontaine immensurable il s'effondra, concurrençant Trevi et son célèbre monument(1). Hermione, son soutien de chœur, médita en l'écoutant. Intriguée, elle pensa les pièces du puzzle étrange qui semblait se construire dans la tête et le cœur de son ami. Si naturellement elle compatit à son malaise, partageant sans retient sa tristesse, elle ne put s'empêcher de prédire que quelque chose n'allait pas. Un sentiment ambigu s'empara de sa conscience, comme au souvenir de la Cabane Hurlante.

Harry, n'était plus tout à fait Harry.

Ce dont ne se soucia absolument pas Madame Weasley présentée dans la suite. Spectatrice de l'état dépressif du Griffondor, elle se jeta sur son lit sans même réfléchir. Sans prendre le temps de se défaire de ses multiples sacs, elle évinça l'amie à grands bras pour voler sa place et l'entourer de toute la chaleur d'une maman. Malheureusement, si l'étreinte fut plus rassurante car plus grande et surtout plus maternelle, tout empira. Incontrôlables les soubresauts, aigus les cris, inconsolables les larmes, Harry sombra dans la mélancolie. On appela à l'aide, inaptes qu'étaient les deux femmes à trouver la solution, quand d'une obsession maladive une potion relaxante lui fut prescrite.

Drogué, il replongea chez Morphée.

Ainsi, se déroula le temps vers demain.

Harry se réveillait, paniqué, en larmes, on le calmait, médicaments remplis sur la table de son chevet. Dormir, dormir, c'était l'unique action autorisée dans sa survie. Un état comateux provoqué par des mixtures abjectes qu'il avait horreur de prendre et dont il ne voulait surtout pas devenir dépendant, mais isolé sans magie pour se défendre, dans cette chambre exilée du reste du monde et décorée de rien d'autre qu'un lit blanc et d'une table de chevet toute aussi blanche, comment simplement supposer un non ?

A l'opposé de son cœur, ses blessures physiques se cautérisèrent, ne resta que quelques cicatrices de ci de là sur son corps amaigri par un manque évident de volonté à se nourrir.

Invariablement, on lui rendait visite.

Tous les jours, les groupes procédaient l'un derrière l'autre, telle une colonie de vacances en sortie au zoo. Tous essayaient d'attirer son attention, désireux d'exposer sa représentation du nouveau monde après la mort de Voldemort. Des cacahouètes balancées comme à un singe, Harry s'en fichait éperdument. Il pensait à l'être cher, sans avoir le droit de prononcer son nom sous la contrainte d'être drogué en double.

Il fut touché d'apprendre la mort de Percy, un des frères de Ron, plus encore en lisant le chagrin dans les yeux de Madame Weasley lorsque son mari l'annonça. La guerre était finie, mais les plaies qu'elle laissait en héritage, guérissaient difficilement. Si tant est qu'elles puissent être guéries un jour.

Une mauvaise nouvelle ne s'abordant jamais d'une seule, Hermione rapporta d'autres pertes. Des élèves qui pendant la bataille finale avaient donné jusqu'à leur vie. Seamus et Cho étaient morts au combat. Harry ragea, malheureux, mais rien de comparable quand la mort de Tonks quelques jours plus tard fut avoué juste avant que le soleil se couche. Jugé fragile, personne n'avait osé jusque là confier cette vérité.

Ils avaient eu raison.

Penser Remus défait par la perte de sa femme et abandonné tout seul avec un enfant sur les bras, démolit toute la volonté d'Harry de ne plus se lamenter. De ne plus rien ressentir, ni rien montrer. Il avait mal, affreusement mal pour son ami, un parent. Ce n'était pas juste, il explosa, déversant ces larmes réfractaires de le quitter. Une différence cependant marqua l'expression de son monde pluvieux et gris. Cette fois, pas de potion pour le contraindre à se taire. Pas de bras pour le terrer telle une camisole sur le dos d'un fou. Non, rien. Rien d'autre que le soutien d'amis en pleurs partageant sa douleur. Une douleur commune.

Commune…

Était-ce donc la seule exception entre hier et maintenant ? Avaient-ils seulement paniqué devant ses autres crises parce qu'ils ne comprenaient pas ? Etait-ce la raison de ces drogues ? Juste par manque de… compréhension ? Etait-ce là, toute la signification de leur amitié ?

Harry était dépité et en colère.

Au final, personne ne cherchait à le comprendre. Tous jouaient le rôle du protecteur mais aucun ne fouillait véritablement la solution de sa guérison. Ils le détournaient, lui proscrivaient secrètement penser ailleurs. Ils refusaient d'imaginer la cause responsable de son état catastrophique chaque fois qu'il le mentionnait lui.

Pourquoi ?

POURQUOI ?

Harry voulait hurler, mais préméditant raisonnablement sa fin, il se força du contraire. Remus continuait de le hanter. Remus, rejeté du monde, perdu l'être le plus cher à son cœur, il devait souffrir pire que la mort. Il se demanda dans cette seconde si Sirius de sa prison, détenait le trésor pour le réconforter ou si on lui avait même informé de la mort de sa cousine.

Au final, tout le monde s'abîmait au jour du nouveau monde, personne d'épargnée ou de vraiment heureux. Harry invita Merlin dans sa grande mansuétude à le bénir de sa magie pour transplaner et arrimer la direction de ces deux êtres inégalables. Mais dans le fond, qui y'avait-t-il à dire, Tonks était irremplaçable et seul le temps permettrait au loup-garou d'éponger la plaie dans son cœur. Du temps, et Teddy son fils. Quant à Sirius, ne restait qu'à prier le ciel que le Ministre reconnaisse enfin son innocence.

Secoué, Harry ferma les yeux et appela Morphée en supplique. Dormir, c'était oublier, or oublier était indispensable au sauveur pour espérer demain.

Les jours suivant défilèrent comme en répétition d'une représentation d'un concert, le soleil se levait inexorablement après chaque nouvelle nuit.

Changement important, Harry recommençait à se nourrir. Même si la faim le laissait toujours sans ressenti, son poids atteignait les limites du supportable, tous ses mouvements étaient pénibles et se lever était pire que la douleur. Ajouté, qu'il avait détesté son image en s'admirant dans le miroir au matin de se débarbouiller seul pour la première fois. Les yeux enfoncés, les joues creuses et la peau sans couleur, accentuant par la même la cicatrice sur son front qui malheureusement n'avait pas voulu mourir avec son créateur, il était affreux. Alors, il mangeait. Sans appétit et non sans rejet au début, mais il mâchait et avalait, forcé.

Une entreprise que Madame Weasley félicita des deux mains. Ravie de le voir reprendre goût à la vie selon son expression, elle s'empressa de lui cuisiner d'amour toutes sortes de plats. Plats qui dans la contrainte du sauveur, étaient sans la moindre saveur.

Harry remerciait la maman de Ron, il comprenait sans être ingrat qu'elle faisait son maximum pour lui être agréable, et ce, en dépit du deuil éprouvé.

Lorsque sonna d'imprévu, le jour du départ.

Sans s'y attendre, un Médicomage encore jamais vu, débarqua un beau matin, tandis qu'Harry picorait son petit déjeuner sous l'œil toujours aussi comblé de madame Weasley, ainsi qu'Hermione qui bouquinait dans un coin. Celui-ci, scrupuleusement épieur du dossier Potter et attentivement observé par six yeux dans un silence de mort, déclara d'une seule tirade que Ste Mangouste ne pouvait désormais plus rien pour lui. Qu'il pouvait rentrer. Avec bien sûr, tout un tas de prescriptions à suivre à la lettre.

Les deux femmes s'enchantèrent, euphoriques à cette nouvelle.

L'exact contraire du Griffondor. Débarrasser sa chambre était aussi heureux pour elles que malheur ne l'était pour lui. Il était vrai qu'il étouffait de se sentir enfermé entre ces quatre murs, infiniment étriqué dans ces senteurs si assimilables à la mort, une puanteur, mais il était plus vrai encore qu'il hésitait à se séparer d'ici.

Snape était là, intensément relié à Morphée qui refusait de le quitter.

- Non ! hurla Harry, intérieurement. Non ! Non ! Non !

On ne lui laissa pas le choix. De même que l'on ne lui laissa pas le choix quant à la destination de son nouvel asile. Il fut décidé, sans même prendre compte de son avis qu'il irait vivre chez les Weasley, Molly Wesley affirmant sourire aux lèvres qu'elle veillerait sur lui.

Foutaises !

Il ne voulait pas, Harry refusait. Ste mangouste était le dernier maillon l'unissant encore au Professeur de Potions continuellement scellé dans son monde du silence, et bien qu'aucune approche n'eut été possible depuis l'incident si dramatique selon tout le monde, il ne désespérait pas réussir réchapper à ses gardes encore une fois.

Mais d'une mauvaise blague jouée et rejouée, on ne lui permit aucune objection. On lui ordonna d'un coup de baguette magique de vider les lieux, le bannissant une deuxième fois de sa bouée de sauvetage. Il se noyait et personne pour l'y aider, excepté encore et toujours cette maudite potion relaxante qu'il jura du tréfonds de son âme être la dernière de toute sa future vie. Personne pour écouter et se convaincre qu'on ne devait pas plus l'éloigner de lui, et tout fut terminé.

Réveillé au terrier avec toutes ses affaires, il n'avait même pas été autorisé à faire ses adieux.

Les traitres !

Isolé dans une chambre, plus accueillante de par son aspect: un lit boisé, une grande armoire assortie, un grand bureau embarrassé de toutes sortes d'objets et reposé près de la fenêtre, des murs, non plus blancs mais rouge et or couleurs des Griffondors, des étagères remplis de livres en tous genres dont il n'avait que faire à cette instant précis ; il eut la nausée.

Curieusement, ce soudain trop plein de confort fit ressortir ses craintes et de coutume prise depuis des semaines, il éclata en sanglots. Avec l'envie oppressante de se retrouver dans la chaleur de cette petite chambre du 3ème étage de Sainte Mangouste. Le cloître de Severus Snape.

- Avait-il des visites ? se demanda Harry éploré.

Pas le temps des réponses. Ses larmes le trahirent. Madame Weasley, alertée par ses lamentations s'ébaucha en mistral dans la pièce avant de voleter jusqu'à lui pour le sécuriser entre ses bras. L'instant suivant, débordée, elle cria Ginny d'un S.O.S distinct et fort qu'elle lui rapporte le flacon de liquide bleu posé sur le plan de travail de la cuisine.

C'était compter sans lui.

Même privé d'oxygène, Harry se rappela sa promesse. Il était absolument hors de question que quoi que ce soit de potionnique ne lui soit ordonné. Adieu Ste Mangouste mais adieu l'Aphasie qui le définissait là-bas. Revanchard, il se soustrait comme peut du bercement enfantin de Molly -puisque c'était ainsi qu'elle priait être nommée depuis des années-, et de toute la force de sa voix fragile, il hurla.

- JAMAIS ! JAMAIS PLUS, JE NE BOIRAI LA MOINDRE POTION !

Il fut récompensé.

Molly, apeurée de ce qu'il pourrait faire à lui ou aux autres, jura sincère et sur Merlin que jamais plus elle ne l'y contraindrait. Soulagé, il respira, faisant mourir sa dernière crise pour renaitre en survivant.

A partir de là, Morphée ne pointa le bout de son nez qu'après qu'il l'ait au préalable acceptée et demandée.

Les potions comme promis, rejoignirent les oubliettes, enterrées profondément dans le jardin avec les gnomes pour unique compagnie.

Cependant, être lucide plus que les quelques heures quotidiennes habituelles, exigeait une modification d'approche avec le reste du monde. Vivre maintenant, c'était affronter sans broncher toute la maisonnée, et il n'était de secret pour personne que les Weasley étaient une famille nombreuse à l'accueil indiscutable, les visiteurs conséquents tous les jours. Alors Harry, heureux ou pas, joua les sauveurs modèles devant les invités, s'obligeant à répondre aux questions les moins personnelles et à converser demain.

Un après-midi, ce fut Remus qu'il intercepta discuter avec Mr Weasley dans la cuisine mais trop froussard de sa réaction ou de la sienne, il resta dans l'escalier, ne quittant sa position qu'après son départ. Tout de suite, il regretta sa lâcheté, il s'en voulut d'avoir permis à la porte d'entrée de se fermer sans qu'il n'ait dévalé les marches en courant pour stopper l'ami précieux et le retenir avant la fin. Sauf qu'il était terrorisé, effrayé de devoir confronter cet homme si jeune marié et déjà veuf.

Harry n'avait pas sauvé Tonks.

Pour le reste, c'est Hermione qui se désigna pays neutre entre lui et les autres.

Harry soupçonnait Ron de l'avoir appelée en secours, ne sachant plus du tout quoi faire de son comportement. Ron avait bien tenté à plusieurs reprises d'animer son meilleur ami, de le captiver en quelque façon, mais ce dernier taciturne, -ne rétorquant que par de simples affirmatifs et négatifs-, il avait abdiqué aussi sec. Rejeté le Quidditch et rejeté tout, le rouquin était désabusé. Déjà qu'il lui en voulait de squatter la chambre de son défunt frère. Peut-être qu'inconsciemment il le rendait responsable ? Dans tous les cas, Harry n'en avait que faire. Il n'avait pas choisi d'être ici, et il refusait que qui que ce soit lui mette cet état de fait sur le dos, meilleur ami compris. Le sauveur ne rêvait qu'à une chose, l'hôpital où Snape patientait dans son noir.

Ce pour quoi Hermione veillait, sans poser la moindre question, sans exprimer son ressenti. Attentive, elle restait à ses côtés en véritable gardienne visible et invisible. Une gardienne qui est là sans être là et qui protège en silence, sans rien attendre en retour. Une amie.

Le temps défila, conduisant à une certaine habitude. Le mois d'Août arriva avant qu'on ait réalisé Juillet, les lourdes chaleurs furent célébrées.

Hermione et Ron méditèrent leur devenir à la rentrée, leur 7ème année ayant subi l'avortement en faveur d'une quête plus héroïque. Pour sa part, Harry n'avait qu'une prière. Qu'il se réveille enfin. Qu'il sorte des ténèbres où il était plongé depuis le 14 juin, jour de la chute du plus grand mage noir que le monde sorcier ait connu.

Merlin l'écouta, il fut exaucé.

Un matin, moment rare où tout le monde était réuni pour se sustenter des denrées délicieuses cuisinées par la matriarche Weasley, Coq, le hibou toujours aussi stupide de Ron, livra la gazette du sorcier, non sans atterrir au préalable dans le bol de céréales intouché du sauveur. Harry s'en empara et consulta les gros titres. Une bénédiction.

La Une annonçait la fin de son coma.

Lui, l'objet de ses rêves les plus fous, revenait parmi les vivants.

Severus Snape avait survécu… vaincu… Vainqueur.

Harry ne comprenait rien de ses sentiments. Il endurait demain sans connaître le serment d'hier. Persuadé de son cœur, il se leurrait dans un rêve qui n'était pas le sien. Parce que le ciel avait juré sauver la terre, quitte à briser les interdits et surpasser la ligne infranchissable. Parce que le ciel avait mêlé leur vie, sans prescience du résultat demain, tout était trompé.

Le Ciel avait choisi la Terre.