Chapitre 03: Cauchemar éveillé.

« Au jour de ton procès, je n'étais pas là. Ailleurs, mon corps rebelle, répudiait à se lever, cloué dans un lit que je maudissais de tous les mots. Mais peut-être était-ce raisonnable et mieux ainsi, car je n'aurais pas supporté de te découvrir enchaîné et accusé face à une audience en prière de ta condamnation. Véhéments le jury et tous ces humains donneurs de mauvaises leçons, j'aurais probablement usé de magie mortelle pour te libérer. Alors je l'ai envoyé lui, un être détesté dont la voix porterait fort et pleine cible ton innocence. Un être dont la mission était de taire à jamais toutes ces mauvaises langues qui avaient ne serait-ce qu'un jour oser remettre en cause ton honnêteté. Tous criaient traître à ton nom, j'ai décidé qu'ils clameraient plus fortement toute ton intégrité et ton opiniâtreté à faire le bien. Tu étais sauveur, au titre plus respectueux que celui désigné à sa naissance.

Tu es Sauveur ».


Harry, soulagé d'apprendre le réveil du professeur, se retrouva l'instant suivant aux portes d'un nouveau cauchemar. Déliées les lignes du journal de ses deux billes attentionnées, relus plusieurs fois les caractères gras et majuscules du titre de l'article, il manqua peu d'oublier de respirer face à la gravité de la situation. Selon les détails croustillants de la presse, Snape, les yeux juste éclos, avait subi la force de quatre Aurors, qui envoyés du Ministère l'avaient chassé, fers aux poings, barres aux pieds, avant de le transporter à Azkaban, point final de sa destination.

Le chef d'accusation ?

Traîtrise envers le monde sorcier et Assassinat en la personne d'Albus Dumbledore.

Harry, immobile, se raidit si bien que le papier se froissa entre ses doigts, tel le dernier souffle d'un mourant, tandis que le restant de son corps se mit à trembler.

Hermione, installée à ses côtés, et témoin de son changement d'humeur, lorgna rapidement son visage avant de s'égarer minutieusement sur la Gazette. Puis, avec douceur éternelle, se refusant à le brusquer en pire, elle se pencha et lui subtilisa des mains l'objet évident du délit. Un Choc. Contaminée à son tour, la jeune fille se retrouva copieuse de l'état catastrophé du sauveur en prenant acte des mêmes faits, affirmant ainsi à ce dernier que le rêve soupçonné et espéré n'était rien. Lorsque Ron s'immisça avec moindre délicatesse que le Crapaud de Neville. Sortant le nez de son bol léché et récuré, celui-ci s'étonna de l'expression presque effrayée de son amie, du rose Hermione était plus que blanche, or comme stupide il n'était pas totalement, il devina un problème dans les nouvelles du jour, et guidé par son instinct, il vola de ses doigts léchouillés et collants le journal. Parcouru la Une, ses yeux s'écarquillèrent à s'en faire décoller la rétine quand sa bouche, maîtresse de son ressenti, partagea l'entier paragraphe au reste du monde, faisant dans ce geste profiter toute la tablée.

« Nouveau retournement dans le Monde Sorcier.

Après plus d'un mois de coma, Severus Snape, ancien Professeur de Potions et de Défense contre les Forces du Mal à l'école de Poudlard, revient d'entre les morts.

On aurait pu croire que les Médicomages se seraient évités la lourde peine de le maintenir en vie, en vus des derniers éléments incriminant ce Traître à la solde de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, mais il faut croire que non.

Fort heureusement, l'un de mes contacts au sein même du Ministère, m'apprend ce matin-même que la justice compte bien demander à ce Mangemort des explications quant à son comportement durant ces dernières années.

Les Aurors ont même d'ors et déjà mis aux arrêts ce désormais n°3548. Il se retrouve incarcéré à la prison d'Azkaban en attente d'une date pour son procès.

Il va s'en dire que notre communauté n'imagine pas d'un gallion qu'il en ressorte « innocenté » avec toutes les charges pesant sur lui, dont les dernières en date sont : Bras droit de vous-savez-qui et Assassinat en la personne de notre très regretté directeur de Poudlard, Albus Dumbledore.

Soyez donc rassurés, amis du Monde Sorcier, il n'est pas né le jour où Severus Snape pourra revoir la lumière du jour.

Signée: Rita Skeeter, votre dévouée Reporter ».

Un silence de mort s'abattit dans la cuisine.

Tout le monde, tu dès les premières lignes du discours, aucun n'osa donner la suite, trop tiraillés qu'ils étaient entre l'envie de crier Ô joie, croyant comme la majorité à la culpabilité de Snape, et le besoin presque vital de se faire minuscules pour disparaître dans l'un des trous de souris du Terrier. Ils avaient l'intime conviction que la Bombe Pottérienne était sur le point d'exploser. Une bombe qui luttait cependant, Harry obsédé de se contenir, s'autorisa seulement à se remémorer chaque mot déversé avec dédain par le rouquin, tout en priant que quelqu'un, n'importe qui, fasse diversion pour le désamorcer, mais celui que le Sauveur déconsidérait dans cet instant ne put s'empêcher d'empirer la situation et évidemment le pire arriva.

- Pouah ! s'exclama Ron inconscient en claquant d'un geste vif le journal sur la table. Que nous voilà bercés d'une bonne nouvelle ! Ce sale traître va enfin avoir ce qu'il mérite.

- RON ! le reprit précipitée Hermione, la voix aigüe.

- Quoi Hermy, j'ai raison non ? Ce bâtard graisseux ayant tué et menti toutes ces années, va être reconnu pour ce qu'il est vraiment : Un Enfoiré de Mangemort !

Le sauveur sentit son sang glacer sous les dernières diatribes de Ron mais n'en remarquant rien, celui-ci continua tout innocent.

»Ben quoi Hermy, pourquoi tu me regardes comme ça ? Tu étais pourtant d'accord avec nous quand on en a parlé.

D'accord ? releva intérieurement le sauveur.

L'aveu de trop.

Tout se déroula au ralenti. Hermione, alertée, vira lentement dans sa direction quand découvrant l'horrible vérité sur le visage contrit, Harry, stupéfait, s'écarta, buste en arrière. Avant qu'elle ne puisse se confondre en excuses, mimant déjà les mots sur les lèvres frêles, il éclata, libérant son volcan sans remords.

- Vous saviez ! Vous SAVIEZ ! C'est pour cela que vous sembliez si gênés à chaque fois que je prononçais son nom. Vous saviez son sort s'il venait à quitter Morphée. Vous saviez et vous n'avez rien dit !

Il hurlait, fixant d'un regard noir la précieuse amie dont il ressentait la trahison plus fortement qu'eux tous réunis. Il l'imaginait son alliée la plus proche toutes ces dernières semaines, or d'un revers de médaille rouillé, il subissait son tort. Sa douleur se renforça.

- Harry, essaya Hermione pour se défendre tout en le rassurant. C'était pour ton bien. On a cru, j'ai cru…

- Cru ? Bien ? trancha celui-ci aussitôt, alors qu'un geste d'elle arrivait sur lui. « Et depuis quand êtes-vous habilités à décider de ce qui est bon pour moi ? Bon sang… depuis des semaines, je lutte pour paraître ce que VOUS voulez que je sois. Oui madame. Non Madame. Oui. Non… Et dans mon dos, vous m'poignardez ? C'est vous les traîtres !

Harry cracha les mots avec toute la haine dont il était capable. Un dégoût écrié qui raisonna dans l'esprit simple de Ron. Incompréhensif de la scène et abasourdi par l'accusation, il s'exprima sans réfléchir.

- Par Merlin Harry, mais Sainte Mangouste a raison, tu es complètement dingue !

- Hahaha… dingue, hein » ? relança le fou hilare tout en défiant l'autre de son regard pour lui adresser rancœur et dépit. Dingue ? Qui sait ? Après tout, j'ai encaissé plus que mon quota de doloris juste avant que j'en finisse avec mon pote Voldy. Juste avant qu'il ne me démontre en rires sarcastiques combien il avait pris son pied à chacune de mes souffrances et ce depuis le jour de ma naissance. Alors oui j'suis peut-être bien complètement dingue mais cela ne change en rien votre trahison commune.

Autour, des chaises crissèrent, annonçant la probable objection des autres témoins face à un tel réquisitoire, mais le sauveur était si emporté par sa rage qu'il n'écouta pas. Les mots se bousculaient en lui avec la force d'un torrent, emportant tout sur son passage. Aucun vent contraire et d'aucune nature que ce soit n'aurait pu contrer sa déferlante en cet instant. Il fallait qu'il sorte de son crâne tout ce qui lui pesait trop lourdement depuis longtemps. Quitte à tout détruire, comme si dans ce moment Harry n'était plus réellement maître de son corps. Telle une marionnette, il semblait manipulé par un esprit rebelle et perturbateur, impardonnable et surtout particulièrement sensible de la protection de Severus Snape. Un Dragon du Ciel.

» Mais tu sais le plus drôle dans tout ça ? poursuivit-il aussi révolté. C'est qu'la souffrance la plus dure qu'il m'ait faite ressentir envers et contre toutes, c'est quand je l'ai vu lancer ce sort vers Snape. Bien plus que lorsque j'apprenais qu'il était l'assassin de mes parents. Des parents qu'après tout, je n'avais connu qu'un très court instant dans ma vie. Bien plus aussi, qu'au jour de la mort de Cédric en 4ème année. Bien plus enfin, que tous ces cauchemars où j'ai témoigné ses tortures à mort sur un nombre incalculable d'innocents. Oh oui, bien plus… Mais, il n'a pas douté que sa dernière supplice aurait tant conséquence sur ma santé mentale, comme tu le dis si bien ! Comment aurait-il pu simplement soupçonner que le meurtre de son plus fidèle Mangemort provoquerait une brûlure si grande dans mon cœur ? Tel un tisonnier enfoncé en pleine poitrine sans que je ne puisse rien faire d'autre qu'endurer cette insupportable douleur. Non ! Comment aurait-il pu ? Il est resté dans le noir jusqu'au bout. Jusqu'à cet instant où mon cœur lui a explosé en pleine figure aux dernières minutes de sa misérable existence. Snape a bien fait son boulot, hein Ron ? S'efforçant de jouer les enfoirés comme tu l'as si justement relevé. Et tout ça pour quoi ? Hein ? Juste pour qu'on le déteste ? NON ! Pour que JE le déteste. Que je le déteste, que je le haïsse si fort que quoi qu'il puisse arriver, jamais je ne viendrais remettre en doute ce que tout le monde estimait : Snape le Mangemort. Le Traître parmi les Traîtres…

Harry pleurait à chaudes larmes. Ces larmes qu'il retenait depuis le début de son long monologue le trahirent avec l'innocence d'un enfant, le montrant une nouvelle fois sans défense et pitoyable quand ne sachant plus quoi dire pour se faire comprendre, il se tourna vers Hermione dans un S.O.S. désespéré.

»Merde, Hermione ! Je pensais que t'étais mon amie. Que tu ne me cacherais jamais rien, surtout après ce que nous avions traversé ces douze derniers mois. Que peut-être, tu avais compris ma douleur. Que tu… Rhahhhh… Saletés de larmes » !

Il rageait.

- Harry, murmura celle-ci en l'arrimant d'une main sur la sienne. Harry, pardon. Je ne savais pas comment te le dire. Tu semblais si fragile, si renfermé, si touchable, au point que la moindre émotion risquait de t'éloigner trop loin de nous. Oh, Harry, pardon, pardon, pardon… Hermione, désolée, pleurait. Je ne sais pas quoi te dire d'autre… Je…

- Ils vont le tuer… », conclut Harry tout à coup effaré de la réalité. Ils le pensent coupable, ils vont le tuer !

Le silence suivit, tous les yeux rivés sur les deux âmes éplorées.

Harry, impuissant ignorait comment convaincre toute une assemblée de l'innocence de Snape, ni en preuves, ni en mots, ajouté que sa partie la plus lucide ne s'expliquait toujours pas cette certitude. Il avait de lui-même frappé l'homme du mot coupable durant sept ans -si aisé était l'étiquette de Mangemort imprimée en lettres rouges-, mais en discernant son corps, étendu dans la cabane hurlante, en sang et à l'agonie, Harry avait su. Su et compris que la haine portée avec acharnement si longuement n'avait été que le résultat de « son » travail à lui et que Dumbledore, bien que toujours tué de ses mains, avait eu raison de lui accorder sa confiance.

Naïf le Potter ? Ha, Stupide, oui ! Stupide de s'être laissé dicter par des émotions dont il était l'auteur. Et son cœur. Ce cœur tout aussi stupide qui s'était rappelé à lui juste au pire moment de son existence...

Comment peut-on passer de la Haine à l'Amour en l'espace d'un instant ?

Harry n'en savait rien.

Alors qu'il croyait aimer la douce Ginny, avec qui il pensait faire sa vie, paf, une flèche en plein cœur l'avait foudroyé. Et là, sans même pouvoir mettre un semblant d'explication sur toutes les émotions qui le submergeaient depuis des semaines, on voulait le lui enlever. Lui assassiner. Il avait eu temps de mal à le maintenir en vie.

Non, non, non. Pitié ! Merlin, n'importe qui, par pitié !

Quand venus d'ailleurs, d'un écho mélodieux, les mots ourdis dans la lutte de le garder en vie rechantèrent leur psalmodie: « merci », « courage ». Comme il se rappela l'ombre entre-aperçue au dessus de son professeur mourant. Une ombre souriante et bienveillante.

Un ange ? se demanda-t-il. Un démon se réjouissant de sa future victime ?

Une question sans réponse.

C'est dans cet état de profonde confusion que le sauveur essaya de transplaner pour aller… il ne savait où, mais qu'importait où plutôt qu'ici, dans cette cuisine où tous les regards où transpirait la peur étaient figés sur lui.

Peur qu'il ne fût en effet entièrement fou. Comment le grand Harry Potter pouvait-il prendre la défense de son professeur honni, tout en sachant que Griffondor et Serpentard s'étaient toujours insupportés au point de ne serait-ce que rester dans une même pièce sans y être contraints.

Il présuma de ses forces et de sa magie.

Plusieurs mois avaient dit les Médicomages aux parents de Ron. Plusieurs mois qu'il lui faudrait pour retrouver toute son énergie. Or là, il était trop à sec pour seulement espérer transplaner à un mètre devant lui.

Par conséquent, il s'effondra littéralement sur le carrelage de la cuisine, entendant les cris déjà loin de tous les secours. Il sentit vaguement qu'on le portait jusque son lit mais il décida que sur l'instant, il en avait marre de lutter et donc, il permit à sa nouvelle meilleure amie Morphée de le garder près d'elle.

Le lendemain fut difficile.

Cet effort vain de magie l'avait épuisé au-delà d'une simple carence en vitamine C et son compte d'heures de sommeil n'améliora rien. Excepté peut-être l'entrée folle d'Hermione au moment où il quittait sa chambre. Telle toupie dansant sur son axe à vive allure, la jeune femme fonça droit sur lui pour l'aborder tandis qu'il ouvrait la porte menant au couloir.

- La date est arrêtée, débita-t-elle à bout de souffle en lui tendant le journal. C'est pour le 14 Août !

La panique submergea Griffondor qui malhabile laissa tomber le journal à terre.

- Mais c'est… bégaya Harry sitôt ébroué par l'affolement de son amie.

- Demain, je sais, s'empressa-t-elle d'ajouter en sautillant d'une jambe sur l'autre tout en ramassant le papier. C'est une affaire qu'ils désirent probablement réglée au plus vite. Surtout si l'on escompte que cela fera deux mois jour pour jour que Voldemort est trépassé.

Harry l'examina, un peu dans le brouillard, tentant au mieux de comprendre le sous-entendu quand l'eurêka teinta l'horreur en solution.

Un anniversaire ? Ils veulent fêter la Mort de cette immondice par le meurtre de Snape ?

Non ! Hors de question !

Harry rua intérieurement. Les poings serrés il était prêt à en découdre pour empêcher l'innommable. Il avait prié Merlin à l'aide pour la sauvegarde de l'homme deux mois plus tôt et par miracle il avait été exaucé. Il était donc inconcevable de les laisser détruire tant d'efforts. Les yeux déterminés et la foi au cœur, il se fit le serment de changer la donne dans la Balance mortuaire du Professeur.

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- Harry, sermonna la voix impétueuse d'Hermione au travers de la porte. Cette fois, tu n'as plus le temps, lève-toi !

- Mmh…

- Harry, radota-t-elle, cognant durement sur la barrière de bois. DEBOUT !

- Mhhoui, moui… j'arrive…, assentit-il enfin, bougon.J'arrive, Hermione.

Sous le rythme des pas éloignés de la jeune fille redescendant les escaliers, Harry obligé dans son action, balança les couvertures étouffantes qui atterrirent au pied de son lit, puis position dorsale, il s'étira les bras pour se motiver. Il se concentra pour se lever, poussant des mains sur le matelas quand happé par sa mémoire, il retomba aussi sec, avant d'être rapatrié au passé.

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Ce fameux jour du 14 Août, il faisait une chaleur caniculaire.

Harry, éreinté, n'avait pas réussi à fermer l'œil de la nuit, trop excité et nerveux à l'idée du procès. Il avait réussi à convaincre - jouant de cris, de pleurs, et de toute autre chantage, comme son statut de sauveur du monde sorcier-, les pontes du ministère de le laisser y assister. De même qu'Hermione, dont le soutien moral était indispensable à son bon équilibre. Quant à Mr Weasley, il avait été chargé de les mener à bon port, -au cas où il leur serait venue l'idée soudaine de s'enfoncer dans des endroits interdits du ministère comme en 5ème année-, mais il avait surtout été désigné pour veiller personnellement sur Harry Potter. La crise de l'avant veille ayant rendu tout le monde légèrement suspicieux quant à son possible mauvais comportement en plein tribunal, il avait été voté à l'unanimité qu'un chaperon capable de s'opposer si nécessaire devait lui être assigné.

Que craignait-il que je fasse ? ironisa Harry amer. Avada-Kadavériser tout le monde ?

En entrant dans la pièce circulaire déjà pleine à craquer, Harry crut défaillir.

Le procès du siècle, avaient-ils écrit dans la presse.

C'était peu dire à en croire touts les spectateurs bien plus nombreux que dans les souvenirs lointains du procès du fils Croupton. Des curieux innombrables et variés et assurément V.I.P si l'on se référait à l'ostentatoire de leurs robes. Harry ne reconnut de visage que celui du professeur McGonagall, située dans la tribune d'en face et qui d'un léger signe de la tête, le salua au loin. Il ignorait sa position, ses pensées, mais probablement que comme les autres, elle attendait « un coupable » de la part du juré. Il se crispa à cette évocation. Et il faisait si chaud, ajoutés des journalistes mal curieux lors de leur arrivée, que le sauveur se sentit de mal en pire. C'est donc, en suant à grosses gouttes et serrant fermement la main d'Hermione, scrutatrice attentionnée de sa personne, qu'il prit place sur le banc réservé au nom des Weasley. De leur siège, ils étaient en pleine ligne droite sur le banc des accusés.

A peine le temps de trouver son aise que la Cour présidée par le Ministre lui-même - Le ministre, hein, autant dire qu'il était déjà condamné - exigea le silence et ordonna l'entrée de Snape dans la salle.

Harry fut coupé dans sa respiration, se virant de toute sa force sur la porte destinée. C'est à son apparition seulement que tous les chuchotements cessèrent pour être remplacés du mot silence tel celui qui en devient assourdissant dans la montagne.

Snape était entouré de deux Aurors, dont Kingsley. Harry concentra toute son attention sur lui.

Il avait maigri depuis la dernière fois. Ses vêtements, dont cette affreuse cape noire l'emmitouflant jusqu'au cou, étaient trop grands. Pas étonnant en un sens si l'on jugeait son coma prolongé. Ses cheveux avaient poussé, rendant encore plus sévère son visage. Visage aussi pâle que celui des spectres de Poudlard.

En découvrant ses yeux, toujours aussi sombres et impénétrables, le sauveur sembla lire l'indifférence totale, ni angoisse, ni peur ne transparaissait du Professeur en dépit des évènements en cours. Comme si… comme s'il acceptait déjà demain. Que sa condamnation lui était déjà donnée sans qu'il ne fût surpris. En résumé, il s'était condamné.

Mais pourquoi ? Pour qui ? se questionna Harry inquiet.

Snape était droit, stoïque, les chaînes entravant son cou, ses poignets et ses pieds ne parurent pas le gêner dans ses déplacements, et même si les gestes étaient moins vifs du une fois de plus à sa longue hospitalisation, il ne courba jamais l'échine. Son siège, enfin occupé, il scella son destin. Harry ne le quitta plus dès ce moment.

De sa position, le jeune homme percevait tout le profil droit du Potionniste, mais ses cheveux cachant le peu à observer il ne voyait en toute objectivité quasi rien. Toutefois, il ne put détourner les yeux ou risquer de voir ailleurs, car il priait intérieurement que Snape finisse par sentir sa présence et daigne enfin lui faire un signe. De même, il ne prêta qu'une oreille inattentive à tous les chefs d'accusation cités. Lui-même, ne paraissait pas s'en soucier. Du moins, pas avant que le nom de Dumbledore ne soit prononcé. Harry discerna dans cette annonce, un léger tressaillement de sa bouche. L'évocation de ce souvenir lui était douloureuse.

Tout ensuite, se déroula vitesse grand V.

Les témoins défilèrent, répétant à peu de mots près, la même chose: Coupable ! Traître ! Assassin !

Leur nombre était au-delà du raisonnable et Harry devina beaucoup d'entre eux d'avoir menti à la barre. En effet, sans exit du caractère discret et antipathique du « Mangemort », il était inconcevable que ce dernier ait permis l'approche d'autrui dans son intimité. C'était contradictoire et peu crédible et cela discrédita pour beaucoup tous ces fanfarons dans le cœur du Griffondor, bien que de même discordance il n'était pas normal que Snape n'oppose rien. Et pourtant il ne réagit pas. Enfermé dans une bulle très loin de cette salle d'audience, il ne tiqua même pas lorsque les membres de la Cour le questionnèrent au sujet des Mangemorts encore en fuite.

Les Mangemorts encore en fuite, percuta Harry mal content et compressant au plus fort la main de son amie. Il y avait donc encore des Mangemorts en liberté ?

Le nom de Malfoy fut cité.

Pourquoi une telle information lui avait-elle été épargnée ?

Un nouveau mensonge qui encoléra le sauveur. Mais pas suffisamment pour faire disparaître sa crainte augmentée à mesure de l'avancée du procès.

L'accusation concluait son plaidoyer et Snape qui n'avait rien réfuté ou objecté, pas un seul mot pour sa défense, muet qu'il était resté depuis le début, Harry pressentait évidemment que ce « coupable » réclamé à la majorité absolue, allait tomber. Cet homme allait être condamné pour le restant de ses jours si rien ne surgissait pour faire basculer l'opposé.

Alors, il pria, incapable d'autre chose. Incapable d'exprimer par des mots ce que son cœur avait appris ce jour du 14 juin.

Merlin, Merlin, s'écria-t-il silencieux. Merlin ou qui que ce soit, je vous implore encore une fois. Ne laissez pas mourir cet homme.

Il continua, allant jusqu'à supplier la voix étrangère et secourable qui l'avait aidée dans la cabane hurlante. Celle-là même qui lui avait permis de sauver Snape avant que son dernier souffle ne tombe. Ange ou démon, il désirait son apparition, ici et maintenant. Or, au moment exact où le verdict allait se rendre, au moment où Harry réfléchissait tout espoir anéanti, un miracle. Un nouveau miracle fit son apparition dans les grandes portes de la salle, tout le monde s'écriant de stupeur.

Harry comme tous, se centralisa vers cette inopportune interruption, quand un rêve dont il n'avait aucune conscience émergea sous ses yeux. De tous, jamais ô grand jamais il n'aurait un jour pensé revoir le visage, si ce n'était peut être aux heures de sa mort. Vu cependant l'état de sa main douloureuse, Hermione ayant soudain serré plus fort pour ne pas dire broyer, l'illusion était réelle.

Dumbledore… Dumbledore entrait dans la salle.

Ce même Dumbledore que tous pensaient mort, Harry le premier pour avoir assisté à son meurtre, s'approchait à grands pas vers la Cour. Vers « lui », dont l'étonnement abasourdi était aussi déconfit que l'assemblée générale. Ses yeux changèrent d'expression, et sans vraiment comprendre leur lecture, c'était bien la première fois depuis le début de la séance qu'il paraissait aussi décontenancé.

Avait-il pensé qu'un rêve ou un cauchemar venait l'anéantir ?

Dumbledore, ignorant ce fracas étonné progressa. Une progression qui apparaissait difficile. Il était fatigué, comme s'il s'éveillait d'une nuit trop courte mais ne s'en préoccupant pas et profitant d'un silence interminable, sa voix s'éleva.

De son côté, le bouleversement d'Harry était trop brusque, il s'évapora du présent, ses pensées abandonnées au blanc. Il n'écoutait plus.

Dumbledore était… « vivant » ?

Harry ne pouvait pas comprendre. Il n'était qu'un pion sur l'échiquier du monde. Ses certitudes, ses croyances, ses ressentis heureux et malheureux, tout était décoloré et coloré par un peintre qui n'était pas lui. Du blanc au noir, du noir au blanc, cette obsession pour Severus Snape et son besoin vital de le sauver n'était que la couleur du ciel tombé pour la terre. Trompé la tour, gardé la tour, parier en fou et déplacer les pions sur le plateau, le ciel avait porté l'estoc des survivants. Déjouer la mort et jouer la vie, pour qu'hier n'existe pas et que demain soit aujourd'hui.

Le Ciel avait gagné la Terre.


Coucou tout le monde. Je suis un peu comme Dumbledore à la fin de ce chapitre, vivante, survivante je dirais. Je ne m'étalerai pas mais sachez juste que j'étais malade ces derniers mois. Mais bon, ça semble fini donc j'ai couru à mes écrits en espérant retrouver un rythme de parution plus décent. A vite !

SssnappeD++