Aller hop, je continue mon chemin, un chemin sur lequel je m'amuse beaucoup.^^
Chapitre 5 : Une rentrée pas comme les autres.
« Je n'avais pas peur de cette école. Je la détestais. Je répugnais son symbole visant à dessiner l'idéale paix du monde, l'utopie d'union de tous les êtres, quand la simple différence provoquait l'Armageddon. Il n'existe pas d'Harmonie sur cette Terre, les erreurs et les guerres n'apprennent rien à personne, et il est vain et mensonge d'instruire le contraire. Quelle ironie abjecte que les nouvelles mesures appliquées au château, imposer l'hétéroclisme tout en jouant l'invisible, il était prévisible que le chaos suivrait. Mais il n'a pas écouté et la nature s'est déchainée. Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours maudit les Hommes, je rêvais leur extinction, jusqu'à toi. Tu es mon exception.
Tu es ma différence ».
Le trajet, d'une vieille habitude durement acquise des années durant, un héritage, s'éprouva dans la folie et le déferlement empressé de tout le conviviat familial Weasley. Dans une allure haletante, chacun des membres se transporta en catastrophe à King's Cross, courant dans les rues londoniennes sans ménager ni effort ni souffle et ce depuis leur apparition dans une des cheminées magiques.
Oooooooh… Mr Weasley avait bien tenté de convaincre sa femme de s'essayer à sa nouvelle voiture moldue -trafiquée façon Sorcière, mais catégorique et rigide, elle l'avait rejetée, indésireuse d'être marquée hors la loi dès le premier jour de cette nouvelle rentrée. C'est donc avec difficulté - les valises lourdes et encombrantes - et dans une confusion générale que le trio inséparable, ajouté de Ginny, parvinrent jusqu'au Poudlard Express in extrémis avant l'heure du départ.
Franchi le quai 9 3/4, Harry, Ron et Hermione, ébaudis, se figèrent. Ils avaient présagé la foule dense et nombreuse -raison logique au surplus d'une septième classe à l'effectif doublé-, mais contre toute attente ce fut pire que présomption, tous les calculs étaient à refaire.
- Non mais vous avez vu ce monde ! s'écria Hermione en peine de se faire entendre.
- Euh... c'est moi ou les premières années sont plus grands que nous au même âge, suivit Ron dérouté.
- A mon avis, se risqua Harry les yeux partout. Sont pas si jeunes. On dirait que certains ont notre âge. Et… wooooh… j'ajouterais que y'a pas que des humains non plus.
Il venait d'être dépassé par un être incroyable. De par sa taille, il valait au moins Hagrid.
- Bon assez discuté la compagnie, montez dans ce train avant qu'il ne parte sans vous.
- Mais m'man, tenta de se défendre Ron. Tu as…
- Que nenni, tu montes dans ce train Ronald Weasley et pour une fois, tu ne m'interromps pas.
Câline, Madame Weasley serra Ginny, Hermione, Harry et Ron, dans un geste d'adieu tout en les poussant vers les marches du dernier wagon.
- Et tachez d'être sages ! Même si cette année je vous aurai à l'œil, ne put-elle s'empêcher d'enchérir, un sourire espiègle esquissé sur le visage.
- Quoi ?
Trop tard pour Ron, le Poudlard siffla le signal de départ. Quitté la gare et éloigné de la ville, le train, doré de son beau rouge flambant neuf, se fraya un chemin dans les campagnes refoulées du monde, marquant son itinéraire d'un nuage blanc qui observé au loin se confondait avec le beau ciel bleu que la fin d'été offrait en ce début de matinée.
Restés bras ballant dans le couloir avec leur robe à moitié mise, les trois amis, après ouverture d'un grand nombre de portes, décrochèrent la cabine vide de leur destination. Ginny de son côté, avait déjà rejoint ses copains dans un autre compartiment du wagon.
Installés à leur aise, s'étirant sur les banquettes dans des positions contorsionnistes dans le cas de Ron, Harry se demanda où pouvait bien avoir atterri les autres Griffondors de sa promotion quand d'un appel subliminal, Luna – bien que Serdaigle-, Neville et Dean s'intercalèrent. Ouvrant les doubles battants, les trois nouvelles têtes patientèrent l'autorisation d'entrer. Harry le premier les invita la joie au cœur. Les retrouvailles joyeuses et harmonieuses, chacun alla de larmes et de rires pour exprimer tout le bonheur qu'il ressentait à se trouver ici. Même le rappel inévitable des amis morts au combat, dont Seamus pour ne citer que lui n'effaça pas leur bonne humeur d'être réunis. Bien-évidemment et rapidement, c'est Dumbledore qui fut au centre de toutes les discussions. Le Ressuscité comme le nommait la Gazette, et l'innocent Snape puisque l'un n'allait plus sans l'autre. Un Snape habilement évincé par Hermione, consciente qu'elle était de l'anxiété prédominante suée dans le cœur de son meilleur ami. La tension artérielle de ce dernier ne cessait de grimper crescendo à mesure du train les ramenant à Poudlard.
Neville, plus pragmatique, manifesta sa surprise concernant l'étrange multiplicité variée des passagers du train. L'hétéroclisme dont il avait pu juger en arrivant au quai le laissait pantois. Le débat fut relevé. Chacun s'interrogea et supposa tout et n'importe quoi, analysant le plus logique au plus abracadabrantesque sans qu'aucune certitude n'en ressorte à la fin. Une distraction. La cloche du contrôleur annonçant l'approche de la gare de Préau-lard, retentit sans que personne n'ait eu à se plaindre de l'ennui ou de la longueur du trajet normalement interminable.
Arrivés dans le quartier connu et reconnu, tous les élèves passés la troisième année se hissèrent dans les calèches de l'école. Les Sombrals, guides dans la nuit tombée, étaient vus de la majorité désormais, et peu se risquèrent à élever la voix sur le chemin les conduisant au château, signe solennel de cet instant. Un château aussi prestigieux et splendide qu'antan. De loin ou de près, il ne témoignait aucune trace des derniers combats. Chaque pierre était à l'identique reconstruite. Seule particularité notable, la grande plaque gravée en granit ornant le mur d'entrée et sur laquelle on pouvait lire tous les noms de ceux tués au combat. Un silence surpassa l'horizon, tous les élèves saluèrent d'un dernier hommage tous les vaillants combattants, des amis pour la plupart, des êtres irremplaçables.
Harry ne put contenir son émotion à la lecture de cette liste incalculable. Il s'efforça comme peut, dignement il espérait, de garder ses larmes profondément enfouies à l'intérieur de lui quand il repéra avec un pincement au cœur les noms de Percy, Tonks, Seamus et Cho. Obstiné, il releva la tête. Il refusait de tomber en tristesse un jour comme celui-ci, un jour heureux. On lui avait appris que les morts n'aimaient pas qu'on s'apitoie de leur sacrifice de héros et têtu d'aller dans leur sens, il se força. Chacun avait agi selon son cœur, son devoir accompli au moment où celui-ci devait s'accomplir et seule la chance avait penché la balance de vie à trépas. Il fallait en conséquence profiter et remercier sa vie.
C'est dans cet état d'esprit, révérencieux et empli d'une gratitude infinie qu'Harry franchit les portes de la Grande Salle accompagné par tous ses amis survivants. Une entrée fracassante. Les discussions stoppées nettes, tout le monde se retourna pour observer le Griffondor sinistrement embarrassé. Il n'aimait pas qu'on le scrute en animal de Zoo.
Comment avait fait Snape pour rester stoïque dans la salle du tribunal ?
Harry observa la table des professeurs. Personne. D'une déception légère, il regagna la table de sa maison, Ron et Hermione sur les talons. Cette dernière, en véritable inquisitrice signala les proportions agrandies des murs et du mobilier. Même la table des professeurs semblait plus large sur l'estrade. Confirmation officieuse en un sens de la venue d'étudiants autres que leur fameuse 8ème classe. Intrigués, les discussions parlementèrent. Ils étaient curieux et trépidaient du déroulement de cette rentrée pas comme les autres. Quand, inopinément, les grandes chandelles expièrent leur dernier souffle de vie, remplacées d'une ambiance tamisée et secrète de par l'éclat des étoiles du plafond magique.
Ebauche du début des festivités, l'ouverture des portent fit la place à un silence retentissant.
Chaque élève confortablement sis à sa table épia le débarquement des professeurs. Le directeur Dumbledore en tête – qui selon Harry avait meilleure mine qu'à sa dernière apparition – marcha, entouré par les directeurs des quatre maisons. Le professeur McGonagall, le professeur Flitwick, le professeur Chourave et… Merlin soit loué, le Professeur Snape.
Le professeur Lupin, annoncé dans leur lettre comme nouveau professeur de défense contre les forces du mal se présenta dans la suite. Ralenti, il s'attarda brièvement dans le regard d'Harry. Sourire triste et il continua sa route. Harry en eut le cœur bouleversé. Il s'en voulait de sa lâcheté envers Remus, mais bien décidé à retourner son courage dès le lendemain par une visite importune dans son bureau, il contrit sa douleur. Finalement, il se réconforta en offrant toute son attention à Snape. En fait, il ne discerna que lui dès l'instant ou il passa à un mètre de sa position. Ce fut comme si son cœur avait décidé de lui faire jouer toute une symphonie à lui tout seul, tellement les rythmes résonnés dans sa cache thoracique, étaient forts et irréguliers.
Il constata qu'à l'image de Dumbledore, la santé de l'homme en noir se portait radicalement mieux qu'au jour du 14 Août. Ses cheveux retrouvés leur commune taille (1), son poids plus lest et son teint comme de normal, -aussi pâle que dans ses souvenirs-, Snape paraissait aller bien. Toutefois, il aurait pu comparaître dans n'importe quel autre état, la seule chose qui importait pour Harry, était qu'il soit là. Bel et bien là. Vivant et libre. Et toujours sur l'invocation de son cœur cognant ses tambours, il ne le quitta plus des yeux de toute la soirée.
- Soyez les bienvenus, prit la parole Dumbledore en maître de cérémonie et majestueux au milieu de ses pairs.
Debout et grand devant sa chaise, l'homme à la barbe légendaire, le Ressuscité de Merlin, gagna en une phrase l'attention parfaite de tous ses élèves.
» C'est le cœur éclairé de mille flambeaux que j'annonce officiellement la réouverture de l'école de Poudlard. Je sais combien vos derniers mois de survie ont été difficiles, parés de doute et de terreur mais soyez certifiés que le soleil, vainqueur, a recouvré tout le feu de sa vie et qu'il brille dans le ciel et sur terre. Heureuse notre survie, fêtons la vie d'aujourd'hui et demain. Sans mentir, ni plus se cacher. Aussi dures les épreuves, avançons à l'unisson pour effacer le mot regret dans l'avenir. Un avenir radieux et significatif de notre monde en tout. Au-delà du monde humain, par delà les frontières de notre vie sorcière. Ne craignons plus de voir par-dessus nos murs et osons l'exploration de notre communauté. Une communauté qui prend son origine ici et maintenant. Dès cette année, l'école devient la maison de tout être magique désireux d'apprendre et d'étudier. Que soient bannis les privilèges au privilège du choix. Que tombent les barrières entre toutes les espèces. Fragile est la paix et difficile est la guerre, mais rester prostré dans sa méconnaissance des autres n'est pas la solution. Aidons-nous, tenons-nous la main en ces temps passablement difficultueux et heureux. Accueillons-nous les uns les autres pour qu'aujourd'hui oublie hier et que demain brûle éternellement de l'espoir qui nous guide aujourd'hui. Je vous demande humblement un tonnerre d'applaudissements pour vos nouveaux camarades. Soyez les bienvenus !
Les bras levés au ciel, le directeur donna le signal de départ. Un cortège conséquent et unique se précipita au milieu de la salle. Des êtres magiques fabuleuxescortés des premières années habituelles défilèrent parmi les étudiants des quatre maisons. Il y en avait de toutes les couleurs, un festival dans le regard émerveillé du sauveur.
D'un même pas, presque au garde à vous, cette assemblée distincte se dirigea vers l'estrade où se languissaient le professeur McGonagall et le traditionnel Monsieur Choixpeau pour la répartition.
- La répartition, considéra Harry d'un réveil virulent. Mais ça va prendre des heures !
Des heures passées vitesse grand V.
C'était merveilleux de découvrir les différences et les similitudes. Il y en avait d'indescriptibles, bien qu'en toute franchise un simple moldu n'aurait rien dénoté dans leur allure générale. Des vêtements plus excentriques certes, et quelque étrangeté inusuelle pouvait prêter à la féérie des contes, mais au final ils paraissaient tous affiliés au monde humain. Une énigme.
Le Choixpeau magique s'amusa de toute cette multitude. Chantonnant, s'exaltant, il distribua les élèves à la manière d'un chef d'orchestre. A droite, à gauche, au milieu, Poussouffle, Serpentard, Serdaigle, toutes les maisons devinrent des notes de musique dans sa bouche tordue de légende. Unanimes et enthousiastes, il fut remercié en chœurs, acclamé d'une même dièse. Tous acceptaient les nouveaux amis particuliers. Même Serpentard le visage expressivement heureux était bien aisé de compter parmi ses membres des personnalités par forcément en adéquation avec les coutumes du parfait et du sang pur.
Quand se présenta un garçon reconnaissable pour Harry. Celui remarqué sur le quai de gare, celui aussi grand qu'Hagrid.
Les cheveux châtain clair, poussés jusqu'à hauteur d'épaule et légèrement onduleux, les yeux d'un bleu océan, il rejoignit la chaise avec la timidité d'un enfant allant à l'école pour la première fois. Nerveux, même sa taille de géant et la présence certaine qu'il dégageait ne suffirent pas à le tranquilliser. Il était anxieux, assurément, effrayé du déroulement de la cérémonie. C'est d'un équilibre précaire qu'il s'installa pour être couronné du célèbre Choixpeau. A peine ce dernier posé, Griffondor se glorifia comme sa nouvelle maison. Des hourras et des applaudissements éclatèrent de la table des Griffondors et Harry le plus attentif, discerna du rouge sur le pourtour des joues du jeune homme. Un jeune homme ému. Ecarté de la scène, il mena ses pas innocemment vers le sauveur assis en bout de table –Harry avait eu dans l'espoir insensé qu'à cette place, Snape aurait un angle meilleur sur sa personne-.
- Bon… bonjour, bégaya le nouveau Griffondor, incertain avec sa voix de baryton tout en se positionnant en face. Je m'appelle Sacha. Sacha Popolonov, en-enchanté !
Il joignit le geste, tendant sa grande main à sa voisine de droite, Hermione.
- Enchantée, s'enchanta tout sourire celle-ci en s'emparant empressée de cette main. Hermione Granger.
- Ronald Weasley, succéda le rouquin en saluant par-dessus la table. Mais tout le monde m'appelle Ron.
- Et moi, c'est Harry, Harry Potter !
Harry, bon dernier et imitateur consciencieux de ses amis l'honora de même entrain, tout en préméditant avec dédain une réaction survoltée comme à chacune de ses présentations. Il fut démenti. Seuls une risette gênée et une main serrée maladroitement dans la sienne rebondirent à ses mots.
- Euh, si c'est pas indiscret, enchaîna Hermione toute émoustillée par la rencontre. Te serait-il possible de nous dire d'où tu viens ? Je suis curieuse de tes origines. Nous n'avons pas l'habitude de part nos régions exposées aux villes moldues de témoigner des êtres tel que toi par ici, et encore moins dans notre école.
Une curiosité qui déclencha le sourire du sauveur. Hermione, invariablement en quête des connaissances, restait insatiable à jamais.
- Je suis originaire du Nord Est, répondit Sacha un peu retranché, tête basse, maladroit. Mais d'où exactement je ne saurais le dire, pardon.
Maladivement timide en plus d'être gêné.
»Vois-tu, on m'a trouvé alors que je n'étais qu'un bébé dans les hautes montagnes du Pays Froid. J'ai été recueilli par les hommes d'un spectacle ambulant. Ils espéraient faire fortune de moi comme d'une attraction à la mode. Et c'est sous leur bienveillance que j'ai grandi.
Envolée la joie dans le regard d'Hermione, crispé le cœur de Harry. L'un et l'autre, sagaces de la définition réelle du mot « attraction » se dévisagèrent une brève seconde avant de se mordre la langue. Mal à l'aise, ils n'écoutèrent la suite du récit qu'avec appréhension mêlée de la crainte d'avoir deviné le pire en conclusion. Sacha, lui, avait besoin d'évacuer les dernières traces de son stress et par la bouche il sortit tout. Le bon et le mauvais.
- Il y a quelques mois, lors d'une représentation, un accident s'est produit. Maladroit ce fut ma faute, j'ai bousculé un client désireux de venir taquiner la bête comme disaient mes Maîtres. Je n'ai pas fait exprès ! Malheureusement d'avis contraire il a tenté de se venger, il a cherché à me frapper. Oh, j'avais l'habitude des coups et j'me contrefichais pas mal de son acte, mais en voulant m'atteindre, il a balayé d'un coup de pied mon ami Misti ! Misti… », précisa Sacha, le visage à la fois triste et en colère. C'était comme mon petit frère. Il était aussi petit que je suis grand. Veillant sur lui pendant plus de trois ans, j'étais chargé de son éducation. Misti était gentil et très petit. Fragile …
Voix lente et rauque, Sacha sentit les larmes lui monter aux yeux.
»Le client l'a projeté avec la force d'un butor si bien que Misti si léger a volé avant d'atterrir contre la porte. Et Misti… Misti est tombé sur le grand clou oublié dans le bas… Misti… a été recouvert de rouge ! Partout du rouge de sang recouvrant son petit corps tout innocent… Je l'ai appelé… J'ai crié… mais… jamais plus mon petit frère n'a rouvert les yeux… L'homme, fier de son méfait s'est vanté, rétorquant que c'était bien fait pour lui. Qu'un monstre nain n'avait pas sa place dans son passage et belliqueux d'achever son premier geste, c'est à dire s'occuper de moi, il a avancé. J'ai perdu tout contrôle. Un sentiment violent s'est emparé de mon esprit. Si puissant à en faire mal. Si douloureux était de supporter l'étau ressenti plus bas. Là, ici…
Sacha mit la main sur son cœur.
» Que finalement, j'ai tout déversé. Tout recraché. Une lumière est apparue et l'homme sur le point de me frapper est tombé… Comme Misti, il n'a plus bougé. Pour la suite, je ne me souviens de rien. Juste des cris, des larmes, des cris encore, de tous les côtés. Des regards… j'ai pris peur, si peur… je me suis mis à trembler. Trembler si fort à en perdre la raison. Un mal plus destructeur m'a possédé et tel un volcan j'ai explosé. Je me voyais mourir, disparaître du monde quand d'un miracle quelqu'un s'est dressé sur ma route… Une inconnue m'a sauvé, la douleur s'est envolée. Chaleureuse, elle m'a serré fort, très fort dans ses bras et apaisé, j'étais réconforté. C'était la première fois qu'on me tenait si fort, qu'on m'entourait à l'infini. Tranquille, j'ai fermé les yeux, bercé par les mots qu'elle murmurait en rimes à mon oreille. Des mots dont le sens m'échappe encore aujourd'hui mais dans cet instant je m'en fichais éperdument. Lorsque j'ai repris conscience, j'étais ailleurs. Evadé dans un lieu méconnu. Ma protectrice à mon chevet, les semaines ont défilé. Puis est venue l'heure des révélations… »
Sacha s'entortilla les doigts, les emmêlant les uns aux autres, absorbé dans ses souvenirs. Il continuait ses confidences comme libéré d'un poids. Il vidait toute l'histoire sous le regard concentré de ses nouveaux camarades.
La suite de la répartition leur fut dans ce moment complètement inexistante.
« Après un cauchemar particulièrement terrifiant, reprit le géant la voix douce et narratrice. Ma gardienne inattendue qui ne cessait de rester à mes côtés jour et nuit m'a rassuré. Jamais plus je n'aurais à vivre dans cet horrible endroit, elle m'en fit la promesse. Elle m'a appris ma différence. Ma différence non par ma taille mais ma magie. « Sacha tu es magique, d'une magie capable de te défendre contre tout individu voué à te faire du mal » Elle m'a expliqué que la tristesse et la colère endurées en assistant à l'assassinat de mon petit frère, étendu dans son sang, m'avaient ouvert à mon vrai moi. Je n'ai su que répondre, un peu choqué. Côte à côte, nous avons marché des heures durant au nouveau lieu de mon exil. J'ai découvert un paysage magnifique tout de vert et de collines. Tant mieux m'a-t-elle dit. Que je sois bien ici car ici était ma maison désormais. Une maison pour être moi-même, une maison pour vivre différent. « Exceptionnel tu es Sacha » J'étais stupéfié. Comme d'une lecture exacte de mon âme, ses mots étaient ceux que j'avais désespéré un jour d'entendre. Elle m'a sauvé, nourri, protégé. Pensant à mon avenir, elle m'a confié à deux gardiens.
« Ici se trouve une des réponses au mot bonheur, ils sauront veiller sur toi »
Un couple âgé et gentil. Chaleureux, ils m'ont offert de partager leur vie, leur foyer, sans rien exiger de moi en retour. Une chambre pour moi seul, des repas chauds tous les jours, j'ai accepté sans l'once d'une hésitation. Lorsque sonna l'heure des adieux. Evaporée ailleurs, ma nouvelle amie m'a quitté. De son séjour n'est resté qu'une lettre. Signée de sa main et que je devais remettre à un certain Dumbledore si j'avais le vœu d'en apprendre plus sur le monde de la magie. C'est comme ça que j'ai atterri ici. Alors Hermione, pardonne-moi si je ne peux pas réellement te dire d'où je viens, ni t'expliquer qui je suis, mais ma présence ici signifie peut-être les réponses.
Terminé, il plongea ses yeux bleus tout étoilés dans ceux de la jeune fille, déterminé. La détermination laissa sa place à la surprise. Dans le regard d'Hermione, il ne vit que larmes, larmes chaudes et abondantes. Interpelé, il caressa naturellement son visage du bout des doigts.
Avait-il dit quelque chose de mal ? Avait-il fait une mauvaise chose ?
Sans le laisser plus loin dans ses réflexions, Hermione, toujours bouleversée par la longue confession de son nouvel ami, elle en était certaine, le prit chaleureusement dans ses bras, si petits par rapport aux siens. Un geste qui accentua l'intrigue de Sacha. Ne sachant comment réagir face à cette détresse, il se pétrifia lorsque le rassurant elle déclara, émue.
- Tu vas voir ! Poudlard est le meilleur endroit au monde.
- Hermione a raison. Tu ne seras plus jamais seul ici ! On est une famille, hein… surtout les Griffondors, ajouta Ron tout aussi perturbé.
- Ouais… Bienvenu chez toi, conclut Harry nostalgique. Il savait exactement ce que pouvait ressentir Sacha dans un endroit dont il ignorait tout il y a encore quelques semaines. Lui aussi avait été ce garçon maladroit et timide. Lui aussi avait été sauvé.
La répartition finie, le directeur se releva. Il éventa des deux mains ciel et terre –paumes vers le bas-, exigea quelques minutes de silence puis s'éclaircissant la voix, il recommença à parloter en infini gardien de ce moment à écrire dans les livres d'histoire.
- Mes enfants, un peu de calme s'il vous plaît, aborda-t-il heureux des sourires coloriés sur les visages de ses élèves. Je pressens toute votre excitation mais accordez-moi encore le temps de quelques mots pour vous. Merci.
Le silence s'installa dans la grande salle, toutes les têtes attirées au centre de la table des Professeurs.
»Comme annoncé, c'est une année extraordinaire qui se profile à l'horizon. Je ne doute pas que chacun d'entre vous saura accueillir comme il se doit tous nos nouveaux amis. Certains sont issu de l'autre bout du monde alors ne les décevons pas. Personnellement, je suis honoré. Que ce voyage dans l'inconnu soit le début d'une grande aventure ! Apprendre les uns des autres, notre richesse d'âme ne pourra se tisser d'or que si nous laissons nos cœurs juger par-delà les apparences trompeuses qui ternissent parfois notre regard. Nous sommes différents et pourtant si semblables sur terre… Retenez bien ceci mes enfants. Mais j'ai confiance en vous, alors pour ne pas m'attarder plus longuement dans mon interminable prologue et avant de quérir votre repas, passons aux dernières mesures mises en place cette année…
Les yeux du directeur pétillèrent avec plus d'intensité, malicieux de ce qui allait suivre.
» Vous conviendrez qu'avec le nombre important d'étudiants que vous êtes… », déblatéra-t-il, espiègle. L'enseignement va sembler compliqué, et ce, aussi compétents soient tous vos professeurs. Ce en quoi un nouveau corps a été créé. Mesdemoiselles, Messieurs, accueillez chaleureusement vos nouveaux… Professeurs Assistants !
Les grandes portes ouvertes pour la troisième fois ce soir, une petite dizaine d'individus s'engagea dans l'allée principale.
En tête et reconnaissable entre tous, Firenze le centaure. Nul besoin d'être devin pour savoir qu'il assisterait le professeur Trelawnay dans la lourde tâche des cours de divination. Dumbledore ne manqua pas de le représenter. Suivirent tous les autres, en file indienne et scrupuleusement rangés devant l'estrade des professeurs pour faire face aux élèves.
Ron, légèrement endormi et le ventre affamé, discerna un visage des plus familiers. Et alors qu'Harry n'avait pu soupçonner son meilleur ami plus horrifié qu'au moment de la lettre de Poudlard reçu en début de septembre, il fut contraint de reconnaître que celui-ci le surprenait encore.
- Non, non, non, paniqua le rouquin, totalement épouvanté.
Epouvanté était le mot juste. Ron avait perdu toutes ses couleurs.
»Je vis un cauchemar ! Harry ? appela-t-il à l'aide en lui attrapant précipitamment la manche de sa robe.
Il tira dessus comme un noyer essayant désespérément de s'accrocher au secouriste qui tente de le sauver.
» Harry ! Réveille-moi, je t'en supplie ! Ça ne peut pas… ce n'est pas… ma mère au milieu des convives, hein ?
- Désolé Ron, mais s'il s'agit d'un rêve, je crains fort que nous soyons prisonniers du même, car je vois en effet ta maman qui… ah … qui nous fait signe de la main.
- Ah, s'exclama Hermione rappelée à sa mémoire. Ça explique ses mots juste avant notre départ de King's Cross. Souviens-toi Ron, « cette année je vous aurai à l'œil » !
- Voici Molly Weasley, introduit Dumbledore comme pour confirmer les craintes de Ron qui finit par se convaincre avec labeur qu'il ne rêvait pas. Elle a généreusement accepté de prêter mains fortes au Professeur McGonagall pour ses cours de Métamorphose.
Une nouvelle ovationnée pas des hourras, ce qui acheva le pauvre Ron tombé de son banc. Suivi au loin par Ginny, apparemment tout aussi choquée que lui. Des rires éclatèrent de partout, Dumbledore éleva la voix.
- Madame Chourave sera collaboratrice du professeur Herbert Berry, qui a bien voulu remettre ses gants de Botaniste pour aider celle qui fut son élève autrefois.
Ce nouvel assistant était vieux, très vieux, dans sa vieille robe verte rapiécée. Déséquilibré, il avait toutes les peines du monde à se déplacer porté de sa canne semblée tout aussi vieille et instable que lui. Chaque pas, il figurait tomber et se briser. Mais son sourire sincère était si innocent que les élèves, aussi bien les professeurs parvinrent à se retenir de courir pour lui venir en aide.
- Madame Maxime, que certains ont connu lors du tournoi des trois sorciers, assurera avec le professeur Flitwick, les cours de Sortilèges, continua Dumbledore, sans se soucier des réactions.
Un comique de situation. Le professeur Flitwick était aussi petit que Madame Maxime était grande. Les cours promettaient d'être récréatifs.
»Le professeur Binns sera secondé par notre très adorée fantôme Mimi Geignarde !
Des fous rires en échos éclatèrent aux quatre coins. Si le professeur Binn's était connu pour être des plus soporifique, Mimi était l'exact contraire. Harry, s'émerveilla. Cette année peut-être enfin, suivrait-il les cours d'Histoire de la Magie avec passion.
» Hagrid partagera ses cours avec le Professeur Arthur Pandragon. Il nous vient directement de Beauxbâtons. J'espère que vous apprécierez le nouveau programme de Soins aux Créatures magiques.
Lorsque le professeur Pandragon fit un pas en avant pour se présenter aux élèves, des cris hystériques s'ourdirent jusqu'à dix lieux à la ronde. Des filles survoltées sifflèrent dans toutes les directions. Etrange, constata Harry penaud en se bouchant les oreilles.
Etait-il beau ? Avec sa longue robe gris clair brodée de fils bleu ciel, ses cheveux argent flottant au vent alors qu'il n'y avait aucun vent, et ses yeux d'un bleu presque transparent… Dans tous les cas, il fallut à Dumbledore force et puissance pour se redonner du silence et entamer la dernière partie de sa surprise qu'il salivait d'avance.
Fixant les grandes portes, décidément le centre de toutes les attentions ce soir, il virevolta en direction du Professeur Snape, sourire aux lèvres, avant de fixer les portes à nouveau. Severus, jusque là en retrait de toutes ces nouveautés loufoques auxquelles il refusait de participer, décrypta l'attitude de son directeur. Stupéfixé, il augura talentueusement que la chose qui se tramait à un mètre lui était destinée. A lui et lui seul. Furibond, il se rehaussa fougueusement et de sa voix toujours aussi tranchante au besoin, il accusa.
- Albus ? Vous ne m'avez pas fait cela n'est-ce pas ? Rassurez-moi ! Vous n'avez pas eu l'affront de me flanquer d'un…
Le regard sombre, il lorgna le groupe constitué des professeurs assistants, un mépris évident dans toute l'expression du visage.
- Un assistant ? proposa Dumbledore, en parfait régent de la situation. Voyons Severus, vous ne pensiez tout de même pas enseigner les Potions à tous ces élèves sans être au minimum assisté !
Appuyé délibérément le mot, une grimace tendue se crayonna sur les traits ingrats du Potionniste. Snape serra les poings sur la table pour se retenir d'étrangler son Directeur qui avait réussi, non sans mal, à le convaincre de reprendre son poste.
- Albus ! augmenta-t-il sur un ton qui se voulait menaçant. Je vous préviens, si …
Trop tard, sa tempête débaroula sitôt l'entrée du dernier invité. La dernière pour être précis, une jeune femme traversa le centre de la pièce. Habillée de grandes bottes en cuir lacées entièrement jusqu'aux genoux, un short tombant juste au dessus et chauffée d'un manteau trois quarts à capuche lui recouvrant le visage, l'apparition refléta plus du fantôme ou de la mort qu'autre chose.
Sans se préoccuper d'alentour, la Mort donc, avança droit devant, faisant tomber son couvre-chef à hauteur du nouveau quatuor Griffondors. Harry en perdit son sourire. Lui, sensiblement appliqué dans la contemplation de Snape depuis le début, remarqua tout de suite une métamorphose. Cette même métamorphose douloureuse enduite dans la cour du tribunal. Une expression de malheur affichée une seconde brève et succincte, Snape se liquéfia avant de se repeindre de son air impassible habituel. Harry troublé, se retourna machinal vers l'origine du problème. Elle, nouvelle assistante, elle nouvelle ennemie.
Intrigante de prime-abord, de par ses cheveux tout noirs de jais, coupés court et coiffés comme l'un des personnages de jeux vidéos tant adulés par son cousin Dudley – c'est-à-dire dans tous les sens et de toutes les tailles-, Harry eut presque peur en contemplant la couleur de ses yeux. Ron, retrouvé ses esprits, non sans une bonne vingtaine de claques de la part d'Hermione, tenta même de se dérober, reculant en vain. Rouge et jaune, des yeux vairon. L'œil droit aussi rouge qu'un rubis, l'autre aussi doré que l'or le plus pur. Etrange, dérangeant inéluctablement et respirant toute autre chose que de l'humain. Harry oublia comment penser, il négligea la vie, sa vie, happé dans un tunnel tout noir qui refusait de le maintenir ici quand rabattu sur terre par le demi-sourire de la jeune femme, il cligna des yeux comme au sortir d'un mauvais rêve. Suspect, il étudia Sacha. Il souriait au centuple.
- Pardonnez mon retard Professeur, s'excusa la nouvelle assistante au directeur, le timbre parfaitement neutre. Trop de soleil aujourd'hui, voyager de nuit était prudence et mère de sûreté pour éviter d'être vu.
- Vous êtes toute excusée. Votre attention s'il vous plait ? haussa le directeur à l'attention de ses élèves. Je vous présente celle qui assistera votre Professeur de Potions, le Professeur Yenyeli !
Le professeur Yenyeli se pencha vers l'avant, bras collés le long du corps en salut pour toute l'assemblée.
»Sur ce, que le repas… commence !
- Tout compte fait cette année promet d'être intéressante, raisonna Ron en se remplissant abondamment de tous les plats juste servis.
- Oh oui alors ! s'extasia Hermione, surexcitée. Tiens Sacha tu devrais goûter ceci c'est délicieux.
- Mer-merci.
- Harry tu en veux ?
- Non merci 'mione, se contenta Harry grognon sans quitter des yeux l'estrade.
Le Professeur Yenyeli et le Professeur Snape se fixaient d'une drôle d'obsession, perdus dans un monde où il n'avait pas la clef. Il n'aimait pas cela. Quand son estomac indifférent de son assombrissement, cria son mécontentement d'avoir faim. Harry, le ventre incontrôlable donna tout l'intérêt à son assiette. Il picora les mets les plus délicieux avec envie, puis le nez parfumé d'odeurs inexprimables, il enfourna, l'écume aux lèvres sa première bouchée. Hermione avait raison. La cuisine de Poudlard même après sept ans restait la meilleure qu'il n'ait jamais goûtée.
Mieux valait pour Harry d'oublier maintenant, car maintenant fêtait les retrouvailles du Serpent et de la Lune. Parce que le ciel était tombé sur terre, sonnées les cloches au loin, préméditée la prophétie pour demain, pompé le sang d'immortel dragon, brillait mortelle la Lune du Serpent. Tous les dieux du ciel avaient signé cet instant mais le Ciel seul avait forcé maintenant. Demain n'existe pas mais demain est une prière. Que soit réunis Ciel et Terre !
Le Ciel a recouvré la Terre.
(1): J'ai pas pu m'empêcher de me demander si Severus allait chez le coiffeur, ou s'il ensorcelait sa baguette pour jouer les coupe-coupe ?
