Yop !
La suite avec un peu de retard. Mais je me suis perdue dans les détails et mon envie de m'attarder dans les ressentis des persos. Tous les persos et du coup bah d'une correction j'ai doublé en mots le chapitre de base. A ceux qui pensaient connaître par coeur ce premier cours, vous allez relire d'un jour nouveau.^^
Bonne lecture.
Chapitre 08 : Premier cours de potions.
« Tu as toujours été bon pédagogue. Et je crois sincèrement que malgré ton dénie et ta monomanie d'excommunier l'incapacité chez tes élèves, enseigner était réel plaisir pour toi. Une vocation sans faille que j'ai observée avec concentration toutes ces années, épiant chacun de tes gestes, admirant l'étendue de tes connaissances avec estime et envie. Savoir quoi faire de sa vie n'est pas aussi aisé que le commun des mortels le laisse supposer. Surtout quand le mortel n'est pas de même signification pour tous. Les journées paraissent longues et ennuyeuses quand l'ennui attrape l'esprit, le temps infini. Il m'est arrivé d'oublier l'intérêt porté sur le ciel et la terre, évaporée l'ambition d'occupation, et sans toi pour me rappeler l'envie de découverte, je disparaissais. Toutefois, il suffisait que ton portrait se redessine, que tu surgisses dans mon périmètre et tout de suite, l'animation m'habitait à nouveau. Tu es mon loisir le plus obnubilant, ma distraction la plus sacrée.
Tu es mon intérêt sur Terre ».
Dans les sous-sols du Château, tous les 7èmes année inscrits au cours de Potions attendaient sagement assis sur les inconfortables sièges des pupitres, pas un ne manquait à l'appel. Durement instruits depuis toujours que le redoutable Maître de la Maison Serpentard sévirait avec la rectitude légendaire qui précédait à sa réputation, personne n'avait osé pointer le bout de son nez avec ne serait-ce qu'une micro seconde de retard. Beaucoup s'épouvantaient du premier cours. La météo sondée au dîner de la veille estimait houle et tempête dans les cachots. Les impressions ressenties avaient laissé comme un arrière goût de salpêtre prêt à exploser à la moindre secousse, et si certains Griffondors prétentieux y décelaient l'opportunité rêvée de vengeance et de franche rigolade, la majorité avait le trouillomètre à zéro.
Harry, était partagé entre l'excitation et la défiance. Agité sur sa chaise, son cœur s'entrechoquait à faire mal quand ses jambes nerveuses étaient parées pour s'enfuir. Un dilemme.
Les cloches mirent fin à l'équation.
Sonné 8h00, avec la précision d'un tireur d'élite, le Professeur de Potions si redouté déboula -dans une envolée de robes toujours hypnotiques- der-chef dans la pièce avec dans son dos et à un pas, son Assistante aussi indéfinissable que lui. Tous les deux tout en noir, tous les deux inabordables et aussi accueillants qu'une porte de prison, la température chuta de dix degrés et les élèves à l'unanimité se poudrèrent de blanc, devenant aussi livides que des fantômes javellisés.
- Debout, tous et tout de suite ! déclama d'une voix régulièrement acerbe le Professeur Snape en faisant face à sa horde d'étudiants.
Une marée se dressa garde-à-vous devant lui.
»Nul besoin je présume de mentionner à votre commune ignorance les différences que le ciel dans sa mansuétude perfide nous prédestine pour cette année. Vous êtes nombreux, excessivement nombreux et pareillement stupides, à fortiori des connaissances inexistantes pour la moitié d'entre vous, je soupèse mes mots mais c'est une mission impossible qui s'essouffle dans les voiles du bateau sur lequel nous sommes tous embarqués. Conseillé, Dumbledore a exigé remaniement et patience mais si je me gage comme d'un pari fou de vous modéliser, il va s'en dire que pour le reste je vogue contre-courant. Pagayez vers mes collègues pour la conciliation et l'indulgence. Votre degré est paraît-il admissible et exempte de mon adhésion alors qu'il soit écrit en lettres capitales qu'il est absolument hors de question que j'adapte mon programme pour un seul d'entre vous. Vos aspics sont pour juin et que Merlin m'en préserve, je m'indispose d'avance de revoir vos têtes l'an prochain. En conséquence de quoi et même si je doute de vos capacités réelles, éclairé des notes déplorables que j'ai de ma main encrées par le passé, employez-vous c'est un ordre à atteindre un niveau disons… correct, puisque je ne dois guère m'attendre à mieux. Dans cette optique, placez-vous par binôme, un ancien élève aidé d'un nouveau et je dis bien ancien et nouveau. Sur ce, exécution ! claqua-t-il de ses talons sur le sol.
Tous obéirent dans un silence de mort, informés que même les mouches étaient proscrites ici.
- Impressionnant, applaudit Yenyeli quand toute la classe eut le dos tourné et chacun pressé de se fouiller un voisin acceptable et potentiellement ami.
Interpellé, l'homme l'observa. L'expression admirative arborée sur le visage de la jeune femme lui procura la sensation de mille victoires et d'un rictus léger au bord des lèvres, il enchérit.
- Ce ne sont là que les prémices d'un jeu plus grand. Tu n'as rien vu de mon talent.
- Soit, montre-moi, je suis toute ouïe !
Un pas de géant, elle se rangea à ses côtés. Elle trépignait, ranimée par son désir inassouvi de témoigner Severus dans l'entreprise de son travail. Elle avait souvent rêvé l'espionner dans son royaume, orné de sa couronne de Professeur de Potions à l'école de Poudlard –or maintenant que l'occasion était servie sur un plateau d'argent, elle comptait déguster avec la lenteur et le délice réservés aux mets les plus grands. L'apéritif avait éveillé ses papilles, salivées par ce premier tir de foudre du Serpentard et par la déesse lune, elle était persuadée qu'il ne trahirait pas l'espoir qu'elle privilégiait pour le dessert. Du piquant et du salé, il ne décevrait pas.
Pendant ce temps, les élèves après moult débats achevèrent de se sélectionner.
Hermione désigna Sacha pour son association. Ambitieuse de le guider avec toute l'étude dont elle était capable et curieuse de découvrir ses dons encore in-découverts, elle avait joint son rang avant d'en être commandée. Quant à Sacha content des directives, il souriait jusqu'aux oreilles. Il partait être son voisin de choix de cœur pour un an, un joli cadeau du ciel. Un cadeau empoisonné pour Harry et Ron. Pas assez vifs de décision, trop lents de déplacement, le constat risible à la fin de cet inattendu suffrage était qu'ils n'avaient plus le choix. Tous les autres placés et couplés à convenance, il s'avéra que le profil unique subsistant sur leur chemin était eux deux, réunis et liés à la seule table laissée libre -leur table du début en fait-. Sans autre issue et dépités, ils se rassirent sur la même chaise qui les avait unis au premier cours de leur première année. La boucle était bouclée.
Une plaisanterie anecdotique que ne manqua formellement pas Severus Snape.
- Mais regardez qui s'amusent du hasard, ironisa-t-il sournois et colorié du mépris attribué à la Maison ennemie. Par delà les circonstances inhabituelles imposées de ma voix, les Griffondors Siamois que voici sont inséparables. Même muni du couperet le plus tranchant, impossible de les décapiter. Prions Merlin que votre grande aventure, que dis-je ? votre quête de sauver le monde vous ait mis suffisamment de plomb dans la tête pour combler le vide sidéral qui souffle à travers vous. Oui, prions tous les dieux du monde de l'honneur de votre écoute durant les cours. Pour ce qui est de les appliquer je n'expecte hélas, aucun miracle.
Touché, le poison mortel se déversa dans les veines des deux accusés qui tout à coup malaisés auraient voulu êtres invisibles. Ron, menton cloîtré dans le cou, grimaça et maugréa tout le bien meurtrier qu'il vouait à cette chauve-souris des cachots. Harry, à l'opposé téméraire et fou, leva haut le visage, fixant son regard dans la mer noire du Professeur porté à un mètre de sa position. Pas de colère pour le sauveur, pas de cri vengeur dans son cœur, non ! Il était prévenu d'avance du verbe cinglant demeuré dans la bouche de cet homme. Toutefois, une forme de déception l'habita. C'est cela, il était déçu d'être considéré comme hier, comme ce sempiternel Potter qu'il nommait avec morgue et dégoût à la manière d'un aliment qui rien qu'à l'odeur donnait la nausée. Ne lui avait-il pas sauvé la vie dans la cabane hurlante ? Etait-ce si pitoyable d'espérer de la reconnaissance, ou mieux du respect maintenant ? Dans tous les cas, il avait mal et il regretta ne pas avoir suivi son corps lui suggérant de s'évader très loin d'ici avant qu'il soit trop tard.
- Un problème Mr Potter ? piqua le Potionniste avisé que le Griffondor dans sa constante impardonnable le défiait. Ou n'est-ce qu'une simple aberration génétique qui vous pousse à m'infliger l'horrible esquisse de votre face d'idiot. Cela suffit, baissez la tête ou je vais battre le record d'expulsion en cette dernière année.
Touché encore, le ton abrupt et le noir impénétrable du Professeur suffirent à faire redescendre Harry sur terre. Vaincu, il courba l'échine, fermant les yeux avant de répondre modestement.
- Je n'ai aucun problème Professeur Snape, excusez-moi.
Potter, Potter, Potter ! Il a que ce nom à la bouche, mâchonna-t-il proche de muter de déception à la colère.
- Fort bien alors n'oubliez pas votre rang et cessez cette attitude privilégiée de sauveur durant ma classe ! Acharnez-vous plutôt d'apprendre à votre ami la délicatesse ou je crains fermement que les fioles sur lesquelles il décharge sa frustration depuis plusieurs minutes ne provoquent quelque catastrophe -il se racla la gorge- N'est-il pas Mr Weasley !
Patatrac, Ron, surpris, se mélangea les mains et les pinceaux. Badaud et déstabilisé, le bout de sa baguette cogna plus brusquement l'une des fioles qui trainait à sa hauteur. Choquée, celle-ci bascula, glissa, chuta et se fracassa dans un bruit de verre aigu au bout du pied du Professeur Snape surgi inopinément en face de lui.
- 5 points en moins pour Griffondor ! siffla l'homme discourtois avant de sitôt virer dans l'autre sens.
Satisfait, il délaissa l'étourdi Ron et sa gaucherie. Réhabitué à humilier les Griffondors, il rejoint la table sise exceptionnellement en bas de son estrade avec la légèreté du champion qui descend dans l'arène pour recevoir les acclamations de toute la populace. Habile, il s'organisa. Magistral, il s'attela dans la préparation de la Potion prévue ce premier jour. Quand dubitatif, il se retarda.
- Au fait, s'adressa-t-il à son assistante naturellement cassant. Tu n'as pas oublié comment composer les potions, rassure-moi !
- Cela dépend, argumenta Yenyeli de ce petit air malicieux. C'est quelle potion ?
Les yeux de l'homme roulèrent 360° si exacerbé il était par cette attitude continuellement en répartie de la sienne. Elle n'allait définitivement par l'épargner.
- Potion Vivemémoire, Mademoiselle de la Lune. Vu l'ébauche sombre peinturlurée par Merlin et son descendent le plus fidèle, ajouté de l'indécrottable inaptitude dans laquelle s'accroche certains élèves… -il lorgna en direction des Griffondors-. Je l'ai pensée indispensable à notre survie aussi bien mentale que physique. Alors je réitère : as-tu mémoire de son apprentissage ou dois-je ordonner seul ?
Yenyeli sourit, redoublant l'agacement évident perçu chez Serpentard dont le regard s'apparentait à deux dragons objectivés de brûler d'un feu de dieu cette bouche tordue et amusée de sa mauvaise humeur.
Le Ciel, diablotin, ne pouvait s'empêcher d'importuner la Terre.
Le Serpent, vengeur, se promit de mordre la Lune.
Finalement, tandis que Severus salivait de mots répréhensibles, sur le point d'expulser la bile qui s'accumulait péniblement au fond de la gorge, Yenyeli indulgente et infiniment respectueuse des limites imposées par cette homme, serra les lèvres et salua discrètement en signe de reddition. Le coupant dans son élan, elle envahit son espace avec la célérité d'une rafale avant de se mettre à l'ouvrage. Faraude de démontrer à son nouveau collègue sa capacité d'assister, la jeune femme se plaça d'autorité devant le grand chaudron. Elle rassembla rapide et sûre tous les ingrédients affectés à la potion, puis l'un après l'autre elle en versa la quantité exacte dans le récipient en fonte.
- 3 ongles de Griffon, énuméra-t-elle voix haute et professorale. 2,5 cl des eaux des marées, 15g de poudre de mandragore, 2 branches de cannelle, 0,2 cl de sang de dragon, 1 œil de triton, 3,8g de poudre d'écailles de sirène, 4,6 g de poudre d'Armoise, 0,01cl de sève de chaîne, 1 demie pierre de Crabe de feu, 1 queue de Licheur, 7 feuilles de chou Mordeur de chine, 2 scarabées pilés, 2 racines d'asphodèle…
Concentrée, elle récita la leçon, sous l'œil appréciateur de Severus qui se félicita désénervé de la conservation de son savoir. Non sans une pointe d'irritation cependant -et dessinée au dessus de ses yeux- quant au procédé de la méthode. Les élèves aussi scrutaient avec audience et soucis, sueur froide coulait le long de leur dos. Il était de notoriété publique sorcière que les distinguées potions de Maître Serpentard s'orchestraient avec la méticulosité orfèvre du joaillier le plus distingué de toute l'Angleterre. Dextérité, Mesure, Discipline et Organisation étaient mots d'ordre pour en venir à bout sans risquer la fin du monde ou le courroux de Severus Snape. Dans ce cas, comment allait sortir vivante leur nouveau prof en balançant sans discontinuer tout à la fois et sans un feu sous le chaudron ? C'était courir à la mort, s'offrir ouvertement au génie de la souffrance avec en cadeau d'adieu leurs misérables carcasses tuées dans la foulée. Véritablement, cette femme était un mystère des plus dangereux.
Une nouveauté profane tout droit descendue du Ciel.
Yenyeli, sans se troubler de la tension émise alentour et sellée au sérieux de sa recette, incorpora du bout de ses doigts agiles et délicats l'ultime élément. De là, elle laissa sa voix faire le reste. D'une voix venue d'ailleurs, grave et à la tessiture plus proche de l'animal que de l'humain, elle conta dans une autre langue le sort recherché. Un langage inconnu. Un charabia qui d'une merveille extraordinaire se mit à prendre vie entre ses lèvres. Des lettres se formèrent dans les airs, puis des mots, tous coloriés d'un rouge de sang avant de se bâtir en phrases et finalement en ligne unique. Une chaîne dont les maillons étaient un alphabet nouveau des plus originaux. Une chaîne qui dansait et lévitait sous la magie de Yenyeli. Vivante et soumise elle s'enroula autour de son bras gauche quand l'autre main traçait avec l'index un signe du même rouge et d'abord trivial sur le rebord du chaudron. Quand les deux entrèrent en collision – la main tatouée collée sur le symbole- une lumière vive rayonna et tout fut terminé. Sous le regard stupéfixé de l'entière classe, ébahie par ce tour de magie inexplicable.
- Potion Vivemémoire, certifia Yenyeli d'un sourire au Professeur.
L'homme était sans voix, aussi estomaqué que ses élèves. Excepté qu'il était Maître de ses émotions. Impassible, rien ne transparut sur son visage. Il déglutit, avant de se pencher sur la mixture, sceptique et persuadé de n'y puiser qu'une masse indescriptible. Son tort. Soufflé ! Voilà ce qu'il était en constatant de son œil d'expert une perfection semblable aux potions baptisées de ses mains. Mais l'avouer était inconcevable, grand mal lui aurait pris de seulement penser à louanger devant tout le monde quelqu'un de louange-able, et surtout pas elle qui parvenait terriblement à miner le masque dont il se parait au quotidien. Froid et insensible, tel était le reflet choisi pour sa survie. Obstiné, il arbitra dans ce sens.
- Moui… passable, maronna-t-il légèrement enroué en remplissant un flacon du liquide pour en analyser minutieusement la couleur en pleine lumière. Trahison de sa voix, ses mots sortirent graves et hésitants. Même voilé de son linceul en noir, ce drôle de phénomène qu'était Yenyeli passait outre et la suite empira tout.
- Passable ? pointa cette dernière vexée. Elle est parfaite ! Aussi parfaite que si elle était signée de ton nom.
- Oui et bien c'est à moi d'en juger !
Cette fois, sa bouche flûta à la manière d'un serpent enflammé.
- Toi et Salazar serait-il bon de préciser car cela vous arracherait la langue de juger vrai, n'est-il pas ?
Deux pierres noires aussi aiguisées qu'une lame de rasoir tuèrent la bonhommie maligne de l'assistante avant de taillader plus sec tous les élèves qui ne perdaient pas une miette de la conversation.
- Vous avez bien profité ? exsuda-t-il sévère et intraitable. Cette petite démonstration vous a plu ? Alors au travail ! Vous avez le reste de l'heure pour me soumettre un résultat cent fois meilleur.
D'un coup de baguette magique il livra les instructions sur le tableau et ce fut le signal de départ. Un départ exécuté au pas de course. Les chaises crissèrent et les étudiants d'un ras de marée se bousculèrent dans les armoires.
Oubliés seuls, l'homme et la femme s'accordèrent du temps pour se dévisager.
La Terre observatrice coupable du Ciel.
Yenyeli, attentiste, lui souriait toujours. De ce sourire qui s'amusait naïvement et de cette bouche qui parlait étonnement sans vœu de faire mal quand elle s'ouvrait pour lui. Elle imitait sa façon d'être. Elle prenait plaisir à relancer ses mots, à rebondir sur des cases en noir et blanc quand l'homme initiateur déplaçait les pions avec la même envie de faire échec et mat et de sortir vainqueur. Une complicité inhabituelle.
Si dans cet instant, Severus avait reconnu la musique jouée par le piano de son cœur, il aurait compris. Il aurait assimilé l'évidence. Que Yenyeli lui avait manqué et leur complicité pire encore. Que fortifié que la partie allait durer toute une année, il avait loisir de préparer ses coups, de méditer sa stratégie pour reprendre le dessus et faire mouche à son tour. Mais l'homme écoutait Salazar et influencé par le fil conducteur d'un autre problème, il para comme à son habitude, impassible et mêlé d'une certaine virtuosité cynique.
- Un instant… tança-t-il à une brise de la toucher.
Lui devant, elle à côté dans l'autre sens, un face à face un peu décalé, un croisement sensationnel du Ciel et de la Terre.
»J'avais oublié la singularité de ta magie, elle diffère tellement de celle narrée dans nos livres sorciers que j'ai cru voir naître une autre toi. C'est vainement spectaculaire, excentrique mais tu sembles maîtriser alors je concède à tes petits tours de passe-passe. Ta Potion mérite en effet plus qu'un passable. Cependant ! Comment comptes-tu enseigner quoi que ce soit avec une magie pareille ? Es-tu donc toujours inapte à user d'une baguette ?
L'attaque était consacrée pour blesser mais Yenyeli n'en fit aucun ombrage. Aussi indifférente que Serpentard, elle se contenta d'hausser les épaules avant de rétorquer nonchalamment.
- Je suis apte en effet à me servir d'une de vos choses –ses yeux dédaignèrent la baguette de Severus- Mais comme confessé au passé, cela exige de moi une concentration décuplée, cela m'épuise et je n'aime pas cette sensation de fatigue inutile. De plus… comment veux-tu que ma mémoire se grave de tous les mouvements circulaires, croisés ou autres indispensables à l'élaboration de tes Potions ?
- Mais j'y parviens sans aucune difficulté que je sache !
- Et voilà qui justifie que tu sois Maître et de mon cas simple assistante, répliqua-t-elle au tac au tac, affichée de son éternelle espièglerie.
»Ce qui d'ailleurs répond à ta question. Dussè-je te rappeler qu'un Maître a vocation d'enseigner tandis que l'assistant et bien ma foi… assiste. Alors si tu veux bien m'excuser je vais me contenter de cette direction et de ma plus grande compétence, t'assister. Avec toute l'excentricité baroque qui se diverge dans ma magie.
Elle l'abandonna. Menant ses pas au fond de la salle, elle s'éclipsa aussi inabordable qu'à son arrivée, puis installée dos au mur, elle se cantonna à la surveillance des 7èmes année.
- Sale petite Lune impertinente, pensa le Maître des cachots en gagnant la chaise de son bureau. Ce n'est pas longue que cette année se présage d'être, mais infiniment longue !
Trois rangs plus bas, Harry accompagné de Ron et les bras chargés de tout le nécessaire à Potions retrouva son espace de travail. Malheureusement, sitôt rassis, il oublia comment se concentrer. Un instant d'égarement, la tête relevée en direction du Professeur et il était déporté dans une autre galaxie. Contrairement à l'assistante qu'il évitait comme la peste. Quoi ait pu dire sa raison, quoi ait pu rassurer Sacha la veille au soir, il ne parvenait pas à s'y faire. Quelque chose clochait avec cette femme. Sa voix, sa manière d'être d'indifférence des autres et ces yeux rouge et jaune qui suintaient comme d'un parfum de mort dès qu'ils venaient à croiser les siens, c'était comme se sentir devant l'ennemie. Mieux valait s'effacer et s'habiller d'insignifiance. Surtout qu'elle avait le culot de discourir avec Snape sans la gêne ou la retenue que celui-ci assignait sur le reste du monde. Harry n'aimait pas cela. Elle était privilégiée et lui un oublié. Que Merlin lui pardonne il pensa pour la première fois qu'elle n'aurait pas dû être là. Sans savoir ou sans connaître il aurait voulu qu'elle n'apparaisse jamais ici.
Mais le Ciel se fichait pas mal des tribulations du sauveur. Le Ciel était tombé pour la Terre, apparu ici que pour lui, cet homme au masque noir, ce chevalier au cœur de pierre. De cette même pierre ornée dans un cœur de dragon. Et employé à sa contemplation, Harry ne se douta pas un seul instant que le regard à deux couleurs était braqué sur lui. Ni que pareillement à son ressentiment, la femme se dispersait dans des pensées dont elle n'avait aucune prescience de leur portée ou signification.
Absent, Harry regardait l'objet du trouble inopérant de son cœur.
Le professeur, absorbé par un tas de copies où son nez se plongeait scrupuleusement, assidu à sa tâche, régnait de sa hauteur. Cette image cadrée de son cuir chevelu gras, procura l'admiration chez le jeune homme. Snape en cette fin d'après-guerre et reconnu innocent, était un reflet respectable qui s'exhalait dans l'application de cette lecture parue passionnante. Plus rien d'autre n'existait. Enfermé dans sa bulle, il était inaccessible.
Une allégorie Griffondor dont se serait bien passée Ron, son voisin. Bougon, il était à des années lumières de se soucier du portrait Snapien quand il s'évertuait péniblement à des préoccupations mille fois plus vitales. Il se désespérait face à cette potion inintelligible comme il se consternait d'échouer à sortir Harry de son absurdité distraite. Et las de réfléchir en vain, amenuisé d'essayer de décrypter l'écriture illisible de la chauve-souris sur ce tableau situé trop loin et énervé de son manuel tout aussi indéchiffrable que le reste, il jeta et tournoya tous les ingrédients dans le chaudron, s'imaginant probablement aussi inspiré que l'assistante dans sa démonstration.
Une erreur.
Mal stimulé, le chaudron se mit lentement mais sûrement à vibrer, à glouglouter de l'intérieur, à gémir sa vomissure sur le point d'être crachée. Il fallait reculer et fuir mais Harry scotché sur Snape ne décela rien du tout. Pas avant de distinguer un peu étonné la levée précipité de l'homme qui se rua droit sur lui avec le noir de la mort entièrement peint sur le visage.
A côté Ron, épeuré, tenta dans une idée lumineuse d'arranger les choses. De sa baguette, il envoya un sort prié sensé. Mais ce pauvre Ron aurait dû laisser ses mains bien tranquilles le long de son corps. Sa magie folle propulsa le chaudron dans les airs. L'objet vola, vola, haut, très haut, se retourna quand dans la chute inévitable il menaça de s'écraser sur son meilleure ami.
Une situation qui fit mouche. Harry, affolé, murmura sa baguette à l'aide mais tout fut trop tard. Pas le temps d'action adéquate, il ne dût sa survie qu'à la promptitude efficace des deux professeurs réagis au quart de tour. Harry, in extrémis fut poussé et tiré violemment par Snape et Yenyeli. Scellés de corps, ils évitèrent d'un cheveu le désastre avant que dans leur hâte ils ne soient emberlificotés et que démunis de lieu pour se retenir, ils chutent lourdement. Tous les trois. Harry fut plaqué au sol par deux corps, une masse de cheveux noirs lui cacha une partie du visage et un souffle chaud caressa son cou.
- Potter ! s'époumona le possesseur desdits cheveux.
Harry percuta sa position à ce timbre de voix. Il réalisa le poids anormalement pesé sur sa poitrine et son identité. Paniqué, son cœur se mit à battre au-delà de la vitesse limitée.
- Son souffle, songea-t-il, sans bouger.
Tétanisé, il ne fit aucun effort pour se dégager mais Snape plus virulent et pressé de se débarrasser de l'horrible Griffondor transformé en guimauve se releva aussitôt, se dépatouillant habilement de la masse inerte de l'élève.
- Encore et toujours Potter, continua le Professeur de Potions vindicatif enfin debout. Ne pouvez-vous ne serait-ce que pendant un cours, m'épargner votre inaptitude à penser et cesser de disperser le peu de raison dont Mère nature vous a pourvue ? Vous êtes légitimement l'élève le plus stupide dont j'ai eu l'immense malheur d'être en charge durant toutes mes années de professorat. Un cas désespéré, voilà ce que vous êtes, et si Dumbledore n'avait pas veillé à vous adjoindre à cet enseignement pour répondre à vos souhaits d'avenir, soyez assuré que vous seriez éjecté à l'autre bout du monde et hors de cette classe sans un seul mot pour recommandation.
Harry, à grand-peine, étouffa son verdict coupable.
Embouti, il n'osa même pas jeter un œil en direction du Serpentard. Saigné dans son âme par la vélocité invariable dont Snape usait pour l'humilier et le haïr, il préféra éluder et se focaliser sur son corps. Vérifier si ses membres étaient ressortis indemnes du plongeon. Une inspection de courte durée. L'assistante bloquait l'expertise. Allongée perpendiculairement par-dessus lui au niveau de ses cuisses, elle restait inerte depuis la chute. Emportée par le lest supérieur de Severus, elle s'était retrouvée prise en sandwich entre les deux.
- Pro-professeur, bégaya Harry soucieux de la voir sans réaction.
Aucune réponse, à l'excepté de soubresauts assimilables à des spasmes.
»Professeur, répéta-t-il en se pliant en deux. Aidé des avants-bas, il prit appui sur le sol, se releva comme peut.
Toujours rien.
» Profes…
- Yenyeli ! coupa Severus plus ferme et subitement remué par la situation. Buste en avant, il posa la main sur l'assistante, tracassé qu'elle n'ait subi dégât plus grave lorsque percutant son mal il se figea. Le regard marbré par l'ébullition d'un volcan de ténèbres.
- N'ose même pas, menaça-t-il intérieurement les dents serrées. Par Salazar je te le jure si…
Salazar ne l'aida pas.
Yenyeli, encouragée par la main chaude qui inconsciemment refusait de la lâcher, trouva la force pour se remettre sur pieds, au grand soulagement du sauveur qui imita sa poussée pour recouvrer son altitude. La suite ne fut qu'une succession de sorts voués mortels.
Les deux mains au visage, l'assistante ne disait rien, ne montrait rien, cachait tout, mais tout était aussi clair que de l'eau de roche. Dans sa rigidité maladroite et son air de démon, elle chevrotait, se contenait, s'évertuait de respirer pour tuer l'esprit vilain si près de s'exprimer quand incapable de tenir plus longuement, amplement dominée par le pouvoir irrémissible de la folie dont sont victimes bons nombres de vies tous les jours, elle perdit son combat et autorisa l'éclosion de sa joie maintenant. Explosant le silence des cachots par la chaleur vive et vivante de sa voix, elle éclata d'un fou rire assourdissant et totalement malvenu dans ces lieux condamnés par la morosité et l'impavide de son propriétaire. Un Propriétaire soufflé pour la deuxième fois. Statufié de ce son perdu d'écoute plus de deux ans auparavant.
Une stupéfaction qui ne dura qu'une demi-seconde.
Toujours sous l'emprise de sa légende, lucide et à jamais immuable. Offusqué par l'attitude éhontée et intrépide de son assistante, il planta son regard assassin dans le sien et sans mot dire la condamna pour se permettre telle déviance comportemental durant Son cours.
- Qu'est-ce qui te faire rire, arrête ça ! persiffla-t-il sans la moindre douceur.
Yenyeli à bout de souffle, inspira, expira, à la fois embarrassée et continuellement contaminée par son sourire chantant.
- Pardon Severus. Oh par la lune pardonne-moi, insista-telle le plus sincèrement du monde. Mais si tu voyais l'image qui est tienne actuellement, tu te gausserais comme moi, y trouvant quoi rire avec ou sans l'assentiment de Maître Salazar.
- Cela j'en doute, méprisa-t-il, rebuté. Il avait l'envie folle de lui coller la bouche pour la calmer avant de la torturer à sa manière et l'obliger à se repentir pour aujourd'hui et demain.
Une réaction déformée dans l'esprit de Harry.
En retrait, les mots de l'assistante émoustillaient sa curiosité. Intéressé par l'excuse qu'elle distribuait pour être pardonnée, l'appel surpassa sa peur. Audacieux, il prit son courage à deux mains et examina le professeur. Lentement, au ralenti, la tête vira à droite et se paralysa. Effrayé en catastrophe, il arbora le nouvel accoutrement du plus détesté de Poudlard avec la certitude que demain n'existerait pas.
Snape, gardien au moment de l'impact fortuit du maudit chaudron, avait reçu les éclaboussures de la préparation plus que ratée de Ron. Conséquence, ses robes noires toujours sans défaut, étaient constellées de la palette entière d'un peintre du printemps. Partout, toutes les couleurs. Une représentation terrifiante et comique à la fois. Et ses cheveux, ébouriffés, mal coiffés, suintaient de cette odeur infecte de potion qui égalait les relents abjects sentis dans les anciennes toilettes de Mimi Geignarde. Cependant, si l'allure générale prêtait à rire ou à pleurer, aucun élève ne s'aventura de réagir ou de publier une seule syllabe. Les foudres tonneraient sur terre s'ils osaient seulement respirer. Seule Yenyeli cassait le silence obligatoire. Elle défiait ouvertement Maître Serpentard dans sa propre maison et chacun voyait sa mort arriver.
Une exagération.
Jamais la Terre ne sanctionnerait le Ciel par la violence. Pas consciemment ou plus clairement, pas physiquement. Blessures des mots, blessures du cœur mais toujours le Serpent veillait à ce que la Lune brille d'or au milieu de la nuit.
Yenyeli non plus, n'était pas prompte de se railler aveuglément de Severus. Elle faisait son maximum pour se restreindre, pour éteindre cette fièvre qui perdurait en elle, si déférente était sa position face à cet homme, mais c'était difficile. Trop longtemps son rire était demeuré mort dans son âme esseulée et tout de suite elle manquait de force pour terrer ce bonheur éphémère. A bout, elle changea de tactique. Entêtée et apprise que la distance pouvait aider, elle s'écarta de l'homme en noir pour se poser sur le rebord d'un pupitre semblé inoffensif. Inoffensif que de mot. Merlin, décidé de jouer ses propres cartes transforma ce lieu d'exile jugé inoffensif en terrain miné. Sans même que le sauveur n'ait eu le temps de reprendre sa place une détonation assommante retentit à l'endroit exacte ou l'assistante avait échoué.
La faute à qui ?
La faute à Londubat.
Neville Londubat, qui d'un mauvais génie avait choisi cours de potions pour cette dernière année dans l'espoir insensé d'augmenter ses chances de grande école en Botanie, avait commis l'invraisemblable. Horrifié par l'expression du sombre professeur, si angoissé d'être jeté dans la fausse aux serpents, il avait perdu ses moyens. Sa main fermée, s'était rouverte et les restes d'ingrédients d'une malchance coutumière avaient fini dans son chaudron. Tous, en une seule fois. Une réaction en chaîne imprévue et le récipient bien malheureux avait explosé dans un brouillard opaque couvrant la moitié de la classe.
Le nuage de fumée dissipé, Severus chercha son assistante, inquiet secret de la trouver touchée encore. L'inquiétude muta en soulagement et le soulagement se coloria d'exultation. Repérée au centre du fracas, le visage du Serpentard se dessina d'un sourire. Un rictus insidieux qui laissa à penser qu'il jubilait. A croire que Salazar lui vendait gratuitement l'opportunité de sa revanche.
- Ah oui effectivement… s'égaya-t-il vicieux en s'avançant sur Yenyeli. Face à face et les deux bras croisés, il surplomba de son ombre impériale l'assistante.
»Si mon image rivalise d'un tant soit peu la tienne présentement, je pourrais peut-être, et je dis bien peut-être, y trouver quoi rire et même y cueillir certain plaisir. Et Salazar je suis certain serait mon plus fervent supporter pour l'occasion. Tel est pris qui croyait prendre Yenyeli que cela te serve de leçon.
Victoire !
Yenyeli muette, épia silencieusement l'homme promené sur le ridicule de son nouvel accoutrement.
Stupéfaite, elle n'en croyait pas ses yeux. Le ciel l'avait trahie pour désigner vainqueur un serpent au besoin évident de vengeance. Alors qu'elle espérait se détendre, la bêtise de Neville l'avait maquillée pleine figure. Recouverte d'un magma sans nom, on lui prouvait son tort de s'être risquée à rire de cet homme protégé par la facétie de Salazar. Sauf que du multicolore, c'était un vert fluo qui bariolait son neutre noir. Surprise, elle ne sut que regarder de son regard à deux couleurs la prétention de Severus qui ne cessait de se plonger en elle pour apprécier tous les contours de ce retournement propice dans leur partie à deux. Appréhendant son déguisement, elle ne trouva même pas mot pour se défendre. Sa bouche ne s'ouvrit que pour soupirer sur une mèche de cheveux gluante qui chatouillait ses lèvres. La moue narquoise du Professeur s'agrandit. Il écumait abondamment du bout de sa langue l'effet que procurait le miroir loufoque de sa nouvelle assistante. Sans le témoignage du reste de la classe, il aurait imprimé ce moment d'une pierre de feu dans son carnet à souvenirs. Fort heureusement, il lui restait sa mémoire. D'une mémoire assez particulièrement bien rangée et peinte d'un tiroir tout à fait à part quand il s'agissait d'y garder les couleurs de Yenyeli.
L'instant suivant il était impénétrable, dégradé uniquement par le rappel immuable de l'idiot sans nom à qui l'on devait tout ce capharnaüm. Inflexible d'admonester celui terré de peur derrière son assistante, il punit de sa voix délicieusement incisive et devant toute la classe.
- 20 points en moins pour Griffondor pour la potion plus que ratée de Mr Londubat. Et 50 autres points pour notre équipe de choc, signa-t-il vers Harry et Ron. A cela j'ajoute une heure de retenue pour Mr Potter, que ma nouvelle assistante se fera une joie de surveiller puisque son rôle réside à m'assister !
Deuxième victoire, la pique lancée sur Yenyeli renvoyait élogieux ses déclarations du début du cours. Et puisqu'il prenait malsain plaisir et jouissait de mener le jeu, il interrompit leur duel maintenant. Interdisant toute contre-attaque, il tonna la cloche de trêve qui se chante dès le coucher du soleil dans toutes les guerres, et imbu d'être en tête jusqu'au bout, il s'engagea vers son bureau. Vif, il attrapa ses affaires, annonça la fin du cours, puis majestueux et sans même un sortilège prononcé il effaça toutes les préparations restées aux tables des élèves.
- Rédigez-moi trois parchemins sur les effets de la potion Vivemémoire, exigea-t-il de l'ensemble de la classe et patienté à la sortie. Et si un seul d'entre vous ne me présente pas une potion presque respectable à la fin du prochain cours, le ou les incapables se verront collés pour les deux prochains mois. Quant à vous Mr Potter, n'oubliez pas ! Ce soir, 18h, et n'envisagez même pas d'être en retard. Vous savez ce qu'il vous en coûtera sinon !
Il disparut, dans un mouvement de cape parfait si l'on faisait fi évidemment des taches de couleurs qui contrariaient l'ensemble.
Dans la seconde suivante, tous les élèves se précipitaient à l'extérieur, bienheureux de ressortir vivant d'ici et remerciant Merlin pour cet adieu émergé avant l'heure officielle sur cette île de la mort où plus d'un avant eux avait péri.
- Pardon Harry, s'excusa Ron en lui donnant une petite tape à l'épaule et prêt à partir. Tu es puni à cause de moi.
- Ne t'en fais pas, contredit le sauveur un peu perdu.
Fixé sur l'endroit d'où Snape l'avait sermonné, Harry ruminait. Calme, il n'avait pas réfuté l'annonce de sa sentence. Tête en l'air durant tout le cours, c'était légitime qu'il soit châtié avec la dureté légendaire du Serpentard. D'un autre côté, Ron n'avait pas aidé et qu'il soit seul à écoper d'une punition, c'était comme un opprobre que Merlin lui réservait continûment. Encore et encore… Snape ne montrait du doigt que lui, comme si sa seule existence suffisait à satisfaire les penchants clairement sadiques de cet homme. Il était mal embarqué pour se faire apprécier. Mal embarqué ou plus exactement tout l'inverse. Une conclusion amère qui cogna à l'intérieur de son corps comme une massue de dix tonnes sur un pot de terre.
Une douleur dont ne fit aucune analyse Hermione arrivée à la vitesse d'un détraqueur sur sa proie.
- Non, mais qu'est-ce qui t'a pris de te muter en rêveur, accusa-t-elle les mains ceinturées autour de ses gros livres qui tanguaient sous la pression de sa colère. Je connais tes intentions Harry mais par Merlin contrôle-toi et évite ce genre de mauvais comportement ici ou je ne donne pas cher de ta peau. Harry tu m'écoutes, dis ?
- Je t'écoute Hermione, grogna Harry pas du tout ravi de se faire semoncer, encore. Je t'entends cinq sur cinq mais moins fort s'il te plaît.
- Tu es collé dès le premier jour. Que va penser le professeur McGonagall en apprenant la nouvelle, tu peux me le dire ? Ah ciel qu'ai-je fait pour mériter deux amis aussi stupides je me le demande. Je vous aime toi et Ron mais parfois je vous déteste tout autant. Harry, tu ne m'écoutes plus là.
Harry avait fermé les yeux. Clos dans le noir, il suppliait être sourd. Une piètre doléance. Ron énervé s'intercala. Il rouspéta sur la jeune fille pour lui imputer l'ordre de se taire. Il avait mal au crâne mais Hermione haussa le ton et Sacha bon public ne put cacher son sourire. Ces nouveaux amis étaient bien étranges dans leur manière de se montrer leur attachement mutuel. Tous les trois se chamaillaient comme chiens et chats et c'était drôle d'être premier témoin.
- Ils sont partis pour s'entretuer tu crois ?
Sacha se retourna. Yenyeli l'avoisinait, observant la scène en spectatrice attirée par l'odeur du sang proche d'être répandu.
- Je ne pense pas, répondit-il rieur en plongeant ses beaux yeux bleus dans ceux de l'assistante.
- Ah, dommage se navra-t-elle désenchantée.
Harry se réveilla et clôtura la dispute.
Rouvert les yeux, il se solidifia, tétanisé par cette voix à la connotation de mort. Il en était certain, cette femme venait d'insinuer son appétence de les voir morts et enterrés six pieds sous terre. Brave, il entreprit de l'espionner mais sitôt son regard calé au sien il se mordit la langue jusqu'au sang. Visage impassible mais Rouge et Or à l'intensité issue d'ailleurs, il aperçut une brève seconde son spectre d'outre-tombe. Un avertissement, une menace ou une prémonition, dans tous les cas il se mit à trembler avant d'expirer son air de rescapé. Sauvé in-extrémis, il fut soulagé de lire l'assistante plus focalisée par le géant qu'elle ne lui inspirait l'envie d'autopsier son cas.
- Alors Sacha dis-moi, détourna Yenyeli imitatrice de la curiosité humaine. Comment se porte ton regard après ce premier cours ? Es-tu content d'être là ?
- Hum… Sacha, suspendu, joua les philosophes, des étoiles plein les yeux. Je contemple un joli paysage dans l'horizon de Poudlard, oui. Il y a tant de choses à apprendre. J'ignorais que de quelques herbes on pouvait détenir pouvoir si grand, c'est juste… magique. Par contre, cet enseignement est quelque peu… particulier, non ? Deux explosions quasi d'un coup, il faut que je m'habitue mais sinon j'ai adoré. Tout, du début à la fin.
Yenyeli, scrutatrice, lui redonna son sourire. Elle réalisa qu'il était plaisant de découvrir quelqu'un au milieu d'une première fois. Sacha n'avait jamais connu l'école avant aujourd'hui, c'était son tout premier jour et il respirait la vie.
- Dis, Yenyeli ?
- Mmh…
Asticotée, Yenyeli loucha avant de re-soupirer sur la mèche poisseuse et rebelle qui s'amusait en se collant à ses lèvres.
- Cela paraît périlleux d'enseigner. Il la désigna du doigt, elle et sa nouvelle couleur. Tu ne redoutes pas d'être blessée ou n'as-tu pas l'envie de repartir loin d'ici ?
- Jamais !
Ferme et absolue, l'assistante contra à la vitesse de la lumière, sentie insultée. Remettait-il en cause sa promesse solennelle ? Bien sûr que non. Sacha se rappelait simplement son désir solitaire quand ils avaient été tous les deux. Toujours elle s'éloignait quand d'un détour en ville, la foule barricadait la route. Prévenant, il craignait qu'elle finisse par tomber malade avec tout ce monde ici à faire du bruit alors qu'elle n'aspirait qu'au silence. Mais Yenyeli avait du mal avec les autres. Les mots se dénaturaient et lui résonnaient aussi désaccordés que des notes de musique interprétées sans talent.
Sacha, décontenancé, se retint de justesse de faire un pas en arrière et Yenyeli alerte nuança sa voix avant de poursuivre plus tempérée.
- Ce monde est gorgé d'imbéciles, je te l'accorde Sacha. Elle se força à sourire pour ne pas l'effrayer. La tâche est ardue, si ce n'est utopique mais je savoure ma chance d'être ici, dans cet endroit précis. Son regard engloba la classe. La classe de Severus Snape et de nul autre que lui.
»Mes espérances sont comblées pour hier. Pour demain, je n'attends plus rien. Toutefois je serais bien stupide de ne pas profiter du temps imparti que m'offre le ciel dans sa générosité maintenant. Alors Carpe Diem !
- Stupide ? détacha un Griffondor atterré par la déclaration et oubliant la position de l'interlocutrice. Vous voulez dire complètement folle… Faut vraiment être cinglée pour se faire l'assistante de Snape et par-dessus le marché aimer et s'en vanter.
Le Ciel, s'éclaira d'un rouge de sang avant de se fendre sur terre.
- Ronald Weasley, fulmina Hermione, scandalisée du langage irrespectueux employé à l'égard d'un professeur et outrée de l'offense hautement jetée vers le Maître Serpentard. Retire tout de suite ce que tu viens de dire et excuse-t…
Trop tard. En une fraction de seconde Yenyeli occupa l'espace vital du rouquin, leurs deux visages séparés que par un souffle de vie.
- Folle, ponctua la voix animale réapparue. Une voix de Dragon. N'y-a-t-il pas qu'un fou pour juger d'un autre fou ? Modérez vos propos Mr Weasley, contenez vos pensées et muselez votre bouche ou je fais le serment inviolable de vous apprendre ce qu'il en coûte de braver le respect immensurable que mérite Severus Snape. D'instant, je juge votre conduite d'inqualifiable mais dans ma bonne humeur je ne vous condamne que de sursis. Cependant prenez garde, si je témoigne nouvelle infamie entre vos lèvres je vous frapperai avec le châtiment d'un dragon ressuscité après avoir été banni du ciel et enchainé dans les limbes de l'enfer. Devinez donc quel sera son état d'humeur en revoyant la lumière ! Alors ? Je ne vous entends plus. Vous n'avez rien à redire ? Répondez ! Votre stupidité humaine m'a-t-elle comprise ?
- Ou-oui, bafouilla Ron épouvanté par ce Rouge et Or à un doigt de le fusiller et s'imaginant face à un dragon qui n'a jamais connu la mort mais qui déjà suffisamment redoutable se ferait un régal de le manger tout cru. Alarmé, il chancela, incapable de bouger, proche de tomber, ses jambes métamorphosées en coton via l'attaque inattendue et ostensiblement préjudiciable de l'assistante. Je vous demande pardon, implora-t-il en pitié. A vous et au Professeur Snape, je ne recommencerai plus je vous le jure.
Yenyeli recula, le libéra. Ses affaires sous le bras, elle s'élança vers la sortie, sans un mot pour les autres, sans un geste pour Sacha, avant d'un rappel amer s'attarder.
- Au fait Mr Potter ? qualifia-t-elle à un pas de la porte. Sa voix était aussi neutre qu'hier. Votre retenue, consentons du lieu. Disons… –elle fit d'un regard le tour de la pièce. Ce soir dans cette même salle, pas d'objection ?
- C'est parfait Professeur, assentit Harry mal à l'aise et pas du tout envieux d'objecter quoi que ce soit après cet entrefaite presque mortel. 18h ici, c'est noté ! Même si j'ignore comment sortir vivant de notre tête à tête, ajouta-t-il après qu'elle ait eu quitté les sombres et humides cachots.
Le silence, dans la suite, domina les quatre Griffondors partis les derniers.
Engagés côte à côte vers leur prochain cours –Métamorphoses- aucun n'osa commenter ce qui venait de se passer. Encore sous le choc de l'objurgation de cette femme pressentie aussi vénéneuse qu'un serpent, personne ne parlementa les impressions après ces deux heures enfermés dans ce sinistre lieu. Ron le premier avait du mal à avaler, il était blême et marchait d'un pas après l'autre pour ne pas se ramasser sur la terre, quand redoré par son inéluctable turlupinade, impatient de souligner le drôlesque au milieu de la tempête, il s'accorda pour dire que tout compte fait, le cours avait été sympa. Sinon comique si on gardait en tête l'apparence clownesque affichée par Snape à la fin.
- Harry, allez avoue… rehaussa-t-il dans un éclat de rire moqueur. C'était grandiose, Griffondor a dû se marrer de là-haut.
- Ron, cela suffit ! protesta Hermione fatiguée par la bêtise de ses deux camarades. Tu devrais avoir honte de toi. Et réprimander Harry. D'ailleurs Harry, si ton approche consistait à retenir son attention et bien soit rassuré, le Professeur Snape ne t'a pas loupé. Ni elle non plus soit dit en passant. Ni Ron. Vous êtes tous les deux marqués à l'encre rouge, je ne vous félicite pas.
- Ooooh, ça va Hermione, calme-toi à la fin. On ne fait que s'amuser. On ne fait rien de mal. Bon ok. L'assistante est flippante et je n'aimerai pas être à la place d'Harry ce soir mais qu'est-ce que c'était drôle. Un bouquet garni à la Griffondor, tu n'es pas de mon avis Sacha, tu ne dis rien !
- Ah non, contra Hermione hérissée en faisant barrage de son corps. Laisse Sacha en dehors de tout cela et ne lui inspire surtout pas tes mauvaises manies. Sacha n'est pas comme vous, il est plus timoré et plus respectueux des règles et des autres. N'est-ce pas Sacha que ces deux là sont des idiots !
- Hey ! s'offusqua Ron susceptible. C'est toi maintenant qui le prends à partie, tu n'as pas le droit !
- Sacha ?
Sacha avait ralenti, enclos dans une sorte de mutisme.
»Sacha ? répéta Hermione délaissée sans réponse et oubliant les protestations du rouquin. Tu vas bien ?
- Je vais bien Hermione… bredouilla Sacha égaré dans ses pensées mais rappelée par la voix douce de son amie. En fait, je réfléchissais. Vous avez tort au sujet du Professeur Snape.
Il s'arrêta, les trois autres aussi, étonnés et attentifs.
»Il n'est pas comme votre image d'homme inhumain et nocif le montre. Il est… inaccueillant certes, impossible à déchiffrer, plutôt froid et autoritaire mais cela ne contredit pas ses qualités de professeur. Et c'est un bon professeur, personnellement je l'aime bien.
Stupéfixés, les trois Griffondors au diapason firent volte-face. Médusé, Ron faillit tomber en s'emmêlant les pieds dans le tapis.
- Répète ! ordonna-t-il incertain d'avoir bien entendu. Snape –bon- professeur ? Tu déconnes mec, ou alors les vapeurs de Potions t'ont déjà grillé les neurones.
- Mes neurones vont bien, je te remercie Ron, répliqua sèchement Sacha mécontent. En toute franchise, j'avais peur ce matin. Après la description négative que unanimes vous aviez projeté de cet homme mon tambour de la vie tapait son vœu de s'enfuir au plus vite très loin d'ici. Mais je suis rassuré désormais. J'ai vu de mes yeux vus sa manière d'appréhender les autres et j'affirme sans le moindre doute qu'il est bon professeur.
Six yeux comme d'un fusil en joue le vrillèrent tel un docteur sur un patient diagnostiqué dérangé.
- Vous pensez que j'ai tort ? demanda-t-il affermi dans sa position, les deux yeux plaqués sur ses amis et en particulier Ron. Vous qui jugez sans savoir, vous qui vous moquez à défaut sans lire vraiment, vous m'estimez déraisonné et fou ?
- Ce n'est pas cela, réconforta Hermione en lui prenant la main. Tu n'es pas fou on le sait et tes pensées sont libres d'opinion, je te le jure. Mais tu dois nous comprendre. Le Professeur Snape n'attire pas la sympathie. Il engendre tout le contraire et ce depuis bien avant qu'un seul d'entre nous ne soit né. C'est comme ça, il n'aime pas les Griffondors et quelque part les Griffondors lui rendent bien. Il n'y a rien de foncièrement méchant quand Ron dévalorise son titre ou rigole de ses déconvenues.
- Mais vous avez tort Hermione, continua le géant de sa voix de baryton, inflexible, têtu et presque triste de ne pas parvenir à délivrer toute l'émotion qui vibrait dans son cœur. Il a protégé Harry tout à l'heure, mettant sa vie par-dessus la sienne. Cet homme n'a pas la couleur du démon, j'en suis certain. Quand on protège quelqu'un de par sa vie, on est forcément bon. Toujours !
Stupéfaction totale dans les couloirs. Harry, Ron et Hermione, percutés par les mots vrais de leur nouvel ami tombèrent à la renverse avant de remonter à la surface éclairés d'un jour nouveau.
En effet, Snape avait protégé Harry. Ce matin et sept années durant, alors qui étaient-ils pour médire de son mauvais tempérament ?
Harry se flagella intérieurement. Crier si fort qu'il l'aimait et dans le même temps accepter tout le mal qu'on pouvait souffler sur lui, il n'était pas digne. Et deux yeux Rouge et Or flashés dans sa mémoire accentuèrent ce ressenti mué coupable.
Nouveau silence.
Les quatre amis, alignés, avancèrent préoccupés. Refroidis par ce chemin méconnu entrouvert par Sacha, ils réfléchirent leur jugement écrié sur Snape toutes ces années. Merlin, pouvait-on d'une rumeur lancée plus de vingt ans auparavant se tromper à ce point sur un homme apparu si coupable que génération après génération, l'histoire se répétait et se contait à l'identique. Snape était-il si méritoire de l'estime lancée par l'assistante dans les cachots et était-il plus honorable que sa légende épouvantable laissait à supposer ? Harry voulait y croire quand son cœur hurlait sans doute combien cet homme était inestimable. Le cœur d'Harry était le cœur du Ciel, et le Ciel depuis longtemps connaissait Severus Snape. Ses bons et ses mauvais côtés, tous mélangés pour naître cet homme irremplaçable et unique. Un Soleil pour la Lune.
Il suffit parfois d'une voix pour penser autrement. Pour grandir différent. Sacha dans son innocence avait pointé du doigt l'erreur de tout un monde. La Terre avait beau être sèche, être craquelée dans son cœur, délavée sous la pluie, noircie par le temps, elle n'en restait pas moins indispensable pour survivre d'hier et vivre demain. Le Ciel avait crié, maudit, frappé de mort les condamnés mais personne avant maintenant n'avait écouté, ni désiré entendre. Le Ciel ignorait comment dicter les mots pour protéger la Terre mais protéger la Terre était son vœu le plus cher alors qu'importait au final qu'il ne resta qu'une voix. Fluctuation des gens, résonance des sens, si dans le cœur du Ciel vibre le sourire colorié de la Terre alors brille le Soleil sur la Lune.
Le Ciel a parlé pour la Terre.
Voilà, fiu !
Bon je pense avoir torturé d'un peu de trop de plaisir Serpentard mais en même temps je crois que tout le monde en a pris pour son grade, non ?!
SssnappeD++
