Coucou,
Comme annoncé la dernière fois, j'ai lu et maté pas mal de choses. Mais me revoilà avec un chapitre où j'ai terriblement peiné. En fait toute la partie "retenue d'Harry" a dû être entièrement changée pour coller au ton nouveau et définitif souhaité dans cette histoire. Donc à ceux qui avaient déjà lu au passé et penseraient peut-être relire la même chose, détrompez-vous^^
Sur ce, je vous laisse à votre lecture !
Chapitre 09: Silences tamisés au milieu de la lune.
« Je sais aujourd'hui mon ressenti concernant cette rencontre à deux. Je l'ai répugné. Lui. Je l'ai foncièrement haï, vomi. De pire, j'ai honni cette partie de moi qui l'encourageait sourire aux lèvres. Il pleurait avec facilité déconcertante. Des mots pour toi. Il les exprimait haut et clair dans l'écho humide de ce lieu avec l'espoir si infini qu'ils te parviennent que j'ai renié sa chance d'être né. J'ai prié intérieurement son silence, qu'il taise ces mots de cœur ressenti avec sincérité et désir. Mais comment font-ils ? Comment font tous ces humains pour s'exposer, mettre à nu des sentiments tenus secrets par sainte Raison. Ils peignent des émotions d'une telle force destructrice, capables en un instant anéantir Ciel et Terre, sans crainte, tout en affirmant devant tous, étrangers bienvenus- qu'avec ou sans retour, ils sont Raison. Hypocrites ! Menteurs ! Tous autant que vous êtes à radoter tous les jours la même chose. Vous ne savez rien, vous ignorez tout. J'ignorais tout.
On avait trompé ma définition sur ces trois mots, obligée d'hurler et répéter cette déclaration mensongère si souvent, j'avais juré ne plus jamais les déclamer. Pour personne. Par la lune, si j'avais su, si j'avais eu cette capacité humaine à ressentir exclusivement pour moi dès le début, j'aurais gardé précieux ces quelques mots, je les aurais terrés dans le coffre-fort de mon cœur. Et à toi seul, j'aurais confié la clef, l'unique clef menant jusqu'au tréfonds de mon âme. Hier, aujourd'hui, demain, ces mots chantonnent ici avec la voix d'un soprano, dans ce trésor à qui tu as donné la vie, ils dansent de toutes les couleurs pour toi et exclusivement pour toi.
Tu es mon cœur ».
La matinée était finie.
Comme d'une libération, tous les élèves s'étaient précipités dans la grande salle sitôt midi carillonné dans les murs de l'école. Assis communément selon les groupes naturellement formés, chacun parlait ses impressions des premiers cours pendant que des mains pleines et frénétiques, ils remplissaient leur bouche des mets servis pour déjeuner. Un brouhaha tonitruant. Tout le monde et en même temps partageait ses sensations, ses anecdotes, ses rires. Les sourires égayaient les tables quand les ventres nourris grondaient contents leur accord d'être ici. Une bouffée d'air frais bienvenue après tant de combats.
Un bruit indifférent pour Harry et Ron.
L'assiette à peine touchée, le verre à moitié plein, les deux Griffondors se distinguaient de la majorité. Voguant à contre-sens, isolés, taciturnes et muets, ils ressassaient silencieux la dernière heure jugée désastreuse pire que celle des Potions. Harry, le visage fermé et louchant lamentablement sur ses lunettes glissées au bout de son nez, était préoccupé par son manque de magie, quand Ron dans un registre différent était stupéfié du comportement de sa mère durant le cours de Métamorphoses. Les deux réunis, c'était un portrait nature morte. Aphones et en dehors d'instant présent.
- Mangez ! ordonna Hermione en les pointant de sa fourchette et déjà lasse de leur simili caprice.
Aucune réponse.
» Mangez je vous dis.
- Pas faim, rétorqua au bout d'un moment le rouquin en un soupir dépité.
- Pas faim ? La fourchette tomba sur la table.
C'était indéniablement une première que d'entendre Ron nier sa faim. Habituellement médaillé d'or imbattable du plus gros mangeur. Monsieur je mange et je re-mange dès l'occasion rêvée, gobant n'importe quel bien comestible innocemment égaré à hauteur de ses lèvres, que Merlin leur réservait-il encore ? Mais Ron n'avait que faire des plats goûteux disposés à son regard et il s'indifférait du choc de son amie. Terrassé, il revivait en boucle son cauchemar depuis plus de deux heures, sans capter l'espoir d'une issue de secours.
Sa mère. Son inimitable mère.
Dans l'exaltation du réveil et l'agitation des Potions, il avait oublié que Métamorphoses rimait cette année avec sa mère. Raison ou déraison, le glas était tombé en franchissant le dernier couloir le menant sur l'échafaud. Un coup dur, ingérable, de la bile en bouche. Paniqué, il avait tenté de s'évader, faire demi-tour, désireux d'éviter le fléau qui lui pendait au nez mais il avait échoué. Rattrapé par la dextérité d'Hermione qui des deux mains dans le dos l'avait poussé pour avancer. Ron connaissait le caractère prépondérant de sa sainte mère, il était parfaitement instruit de ses réactions imprévisibles et redoutables, mais même en s'imaginant d'avance les conséquences, rien ne l'avait préparé à une telle déconfiture, et en pion de Merlin balancé sur l'échiquier, il admettait aujourd'hui qu'il existait en ce bas monde punition plus sévère qu'une journée entière de cours de Potions.
- Ecoute Ron, ce n'est tout de même pas la fin du monde, rouspéta Hermione témoin irritée.
- Pas la fin du Monde ? releva celui-ci en la fixant de ses grands yeux estomaqués. Bien sûr que non c'est pire. J'ai subi la pire humiliation de toute ma vie !
- Tu exagères. Ce n'était pas si horrible.
- J'exagère ? -Le ton monta d'un cran. Vexé, Ron repoussa son assiette avant de se pencher en avant d'un air menaçant-. Où est-ce que j'exagère exactement ? Réponds-moi, c'est une question à choix multiples. 1 : Quand mon adorée mère excitée par la réussite de mon premier sort m'a embrassé tout en me souffletant des félicitations démesurées, déclenchant par la même le four rire général. 2 : Quand mon inestimable mère encore s'est écriée telle une furie que ma conduite jugée inattentive faisait honte au nom des Weasley. Ou 3 : Quand remise à sa place par McGonagall en personne qui s'insupportait de son caractère impulsif pourtant sien depuis toujours, ma déesse mère toujours s'est repliée le rouge aux joues. Ah non. J'oubliais, c'est tout à la fois quand enfin consciente de son comportement inapproprié, elle s'est complainte en excuses devant tout le monde, non sans ajouter des désolée mes poussins à notre attention, Ginny et moi. Alors, Hermione, si c'est dans cette optique que j'exagère, alors OUI, J'EXAGÈRE ! hurla-t-il en tapant du poing sur la table et à moitié debout.
- CE N'EST PAS LA PEINE DE CRIER ! renvoya Hermione de même aplomb. Toute la vaisselle trembla tout autour. Et arrête de déconsidérer ta mère comme d'un caillou pointu dans ta chaussure. Si les Professeurs l'ont l'engagée comme enseignante, c'est qu'elle est qualifiée. D'ailleurs, si tu ne t'étais pas complaint en maugréant dans ta barbe du début à la fin, tu aurais constaté avec fierté que la deuxième heure s'est déroulée sans accroc. En ressortant, toute la classe s'est félicitée d'avoir Molly Weasley comme assistante, moi la première. Ses conseils sont déjà louangés et sa patience adorée. N'en déplaise à son rejeton de fils indigne.
Hermione après un début certes chaotique, considérait Madame Weasley comme une aubaine à son apprentissage. Via ses préceptes aussi théoriques que pratiques, elle était parvenue dès le premier essai à métamorphoser son livre en petit arbre – un arbuste -, lui redonnant ainsi sa nature d'origine, et c'était un exploit pour elle qui peinait la plupart du temps dans cette matière.
»Elle était juste stressée, continua-t-elle en colère et fervente défenseuse de la maman de Ron. Mais quoi de plus normal après tout. Faire face à ses enfants méprisants et à une classe tout aussi imbécile dans son comportement avec un nouveau professeur n'a pas dû alléger l'angoisse évidente des premières fois. Tu ne tiens pas ta sensibilité que de ton père je te signale. Mais si malgré tout tu souhaites mourir de faim, et bien soit Ron. Je m'en contre-fiche ! Quant à toi, adressa-t-elle d'un doigt accusateur vers le sauveur emmuré dans sa position. Cesse de te morfondre d'un rien. Les Médicomages ont prédit ta guérison magique longue et difficile alors pour une fois dans ta vie, apprends la patience. Sur ce, j'en ai fini. Végétez donc dans votre assiette si cela vous chante, je n'ai guère de temps à perdre avec deux adolescents plus capricieux que des gamins justes grands pour le jardin d'enfants.
Enervée, elle rassembla ses affaires, se releva, resserra les boutons de sa robe, puis sous le regard stupéfait des voisins alentours elle s'élança vers la sortie et quitta la salle plus pressée qu'une toupie tournoyée vive allure. Sacha réfugié à la Bibliothèque dès son repas achevé, l'attendait probablement avec tout un tas de livres à découvrir, ce qu'elle comptait parfaitement faire dans la dernière demi-heure qu'il lui restait.
Harry et Ron, repliés à leur mauvaise humeur se retrouvèrent comme deux ronds de flan à leur tablée. Ruinés, hébétés, dépossédés de la moindre réaction, ils se dévisagèrent un instant, ignorant après une telle semonce comment se sortir du mutisme dans lequel ils avaient sombré. Finalement d'un comme un accord tacite, les deux en synchronie parfaite agrippèrent fourchette et couteau et l'appétit remonté vivement des talons au cri désespéré de leur ventre, ils attaquèrent viande et légumes dans un concert dissonant. Plus affamés que des morts de faim, ils avalèrent bouchée après bouchée, les joues garnies et rebondies sans mâcher, ni saliver. Déglutissant, la trachée engorgée, il s'en fallut d'un cheveu qu'ils s'étouffent et recrachent mais acharnés, ils continuèrent jusqu'à risquer de se rendre malade. Encore et encore ils dévorèrent comme si c'était le dernier repas d'un homme proche d'être fusillé, et dès l'assiette saucée entièrement d'un gros morceau de pain, ils sautèrent sur le dessert. Ingurgitant d'une traite yaourt et gâteau au chocolat. Deux Griffondors un peu idiots en un sens mais si maladroits, c'était leur manière singulière de donner raison à Hermione et de faire pénitence. Ron reconnaissait s'être comporté médiocrement avec sa mère. Il avait alourdi sa tâche au lieu de lui offrir le soutien inconditionnel qu'un fils devait à sa mère. Et Harry convenait que si manger ne résoudrait en rien sa pénurie magique, l'action aurait le mérite de recharger ses batteries déchargées depuis sa tentative ratée d'un sort en Métamorphoses.
A l'heure des cloches retentissant le retour au travail, les deux amis, rassasiés et légèrement nauséeux –verdâtres de couleur de peau- eurent juste le temps pour courir essoufflés rejoindre Sacha et Hermione et s'excuser, vraiment navrés de leur attitude stupide aussi désagréable qu'un Serpentard levé du mauvais pied. Hermione les accepta la joie au cœur, ravie que ses paroles aient pour une fois porté leur fruit quand le géant sourire aux lèvres signa du chef qu'il avait déjà tout oublié.
Cependant, si Ron fut ragaillardi pour le reste de la journée et les jours suivants, Harry plus perméable, fut rapidement atteint encore. Cogné par son incompétence arbitrée incurable, il se cloisonna dans des fortifications malheureuses d'enfant maudit depuis sa naissance. Même l'après guerre ne lui permettait pas de jouir de sa vie convoitée depuis si longtemps. Alors que tous s'adaptaient dans l'application des conditions particulières régies par le directeur, -professeurs, assistants, anciens élèves, nouveaux, chacun gagnait ses marques et s'intégrait volontiers sans peine- le sauveur du monde, à l'écart, s'enfonçait inexorablement dans de sombres pensées. Il voyait noir, tout en noir. Confortablement assis dans un fauteuil de leur salle commune, entouré de ses amis, il bûchait sur les premiers devoirs. L'esprit s'évertuait d'aller de l'avant mais le cœur était figé, obnubilé par son inaptitude continuelle de ne plus réussir à lancer le moindre sort. Sa faible magie avait modulé ses cours actifs en des cours purement théoriques. Maussade, il réprouvait cet état de fait. Être impuissant lui déplaisait et le rendait aigri de tout. Les professeurs, complaisants, avaient bien tenté de le rassurer, de lui expliquer dans toutes les langues qu'au passé, certains sorciers avaient souffert du même mal. Que vivre demain et attendre étaient le meilleur des remèdes, mais Harry, suspect, se laissait submerger et excédé, ce souci devenait le centre de son nouveau monde.
- Et si Voldemort en mourant m'avait privé de ma magie, réfléchit-il en rongeant sa plume innocente. Si pour toujours, ma place de sorcier en était réduite à ce rien défini aujourd'hui. Pire. Si j'étais devenu un… Cracmol ?
- Harry… s'exaspéra Hermione, attentive de ses réactions. En face, elle décryptait l'horreur sur son visage. Arrête de t'inquiéter et de te fabriquer l'inconcevable. Ta convalescence prend du temps alors par Merlin je t'en conjure envoie tes craintes mourir aux oubliettes et concentre-toi maintenant.
- Ouais, s'immisça Ron en se vautrant dans son siège. Il se lassait déjà des devoirs longs et pénibles dont ils avaient récoltés après une seule journée. Oublier la magie a du bon crois-moi. A ta place je profiterais pleinement ces vacances pour m'amuser et vivre ma vie. Non, mais t'as vu cette pile de dossiers que je me coltine pour goûter ! –du bout des doigts il effleura la tranche épaisse des parchemins disposés devant lui, timide, lorsque réfractaire, il poussa le tout sèchement d'un revers de la main. Toutes les feuilles volèrent avant de chuter sur la terre- Ahhh, je n'en peux plus, une pause, j'ai besoin d'une pause.
- Vraiment Ron, tu ne changeras jamais, blâma Hermione qui condamnait la fainéantise de son ami. Accroupie, elle se mit en acte de tout ramasser.
- Encore heureux et merci du compliment.
- Ce n'était pas un compliment.
- Si tu n'y vois pas d'inconvénient, je vais dire que oui.
Entêté, revêche, Ron sans même un regard compatissant ou gracieux pour la jeune fille qui s'occupait généreusement d'arranger ses bêtises, s'enfonça de plus de confort dans son trône. Les bras croisés derrière la nuque, il délaissa plumes et parchemins et décida de s'octroyer du bon temps. Hermione, relevée, vit rouge. Encolérée, elle reposa énergiquement le tas de copies sur l'établi avant de se projeter vers l'avant. Une main, elle agrippa le col de Ron, l'autre elle tira et autoritaire, elle l'obligea becs et ongles à se remettre au travail, sous peine de le transformer en un crapaud plus baveux et idiot que celui de Neville. Le rouquin résista, elle insista, un combat s'engagea. Sous le regard arrondi d'Harry éberlué par cette représentation inespérée. Un ricanement discret, Sacha pareil auditeur ne pouvait s'empêcher de rire en se cachant la bouche. Ce fut suffisant pour éclairer le monde obscur du sauveur. Distrait, il négligea ses tracas et aussi rieur et animé que dans une cour d'école, il accompagna le dernier Griffondor et s'amusa longtemps de ce spectacle offert de bon cœur par Merlin.
Certaines choses en effet restaient immuables de part le monde et il se félicita que ses plus vieux amis soient taillés dans cette même pierre. Inchangeable. Quand la petite aiguille de l'horloge approcha le chiffre six, Harry était détendu, l'esprit ouvert vers demain. Sauf qu'Hermione, d'un pense-bête infaillible le réexpédia à sa mauvaise humeur en lui rappelant qu'une retenue aspectait sa présence dans les cachots. Patatrac, adieu sourire, bonjour triste mine, Harry se renfrogna dans ses sombres pensées. Ejecté de son siège, il sentit le sol se fissurer sous ses pieds. Il avait un mauvais pressentiment. Revoir l'assistante en Potions, seul, ne lui augurait que le désir de fuir. Mais il n'avait pas le choix et forcé, il s'obligea à faire un pas, puis deux. De leur côté, Hermione et Sacha concilièrent enthousiastes de vagabonder vers la bibliothèque. Ils s'étaient bien trouvés ces deux-là, assortis à la perfection. Aussi adorateurs des livres et des études qu'assurément venait le jour après la nuit. Quant à Ron, bien que dépréciateur de cet endroit considéré comme le plus épouvantable de Poudlard, quand les pages et les rangées lui tournaient la tête comme l'une des danses tortueuses endurée en quatrième année-, choisit de les accompagner. Il refusait de demeurer dernier dans leurs quartiers.
Séparés et distribués avec cible dans l'école, les quatre Griffondors se saluèrent à la sortie des escaliers, aussi indisciplinés qu'au premier jour. Un dernier signe de la main, un dernier regard, des « bonnes chances » lancés avant de ne plus se voir et Harry, abandonné, se dirigea vers sa potence. Le pas lent, presque immobile, il s'écoula vers la salle des Potions où devait l'y attendre cette femme au regard de démon. Fier d'honorer sa maison et de faire de preuve de bravoure, il s'enhardit cependant, priant que l'amertume suppurée en bouche instamment soit le résultat indigeste de son déjeuner pantagruélique qui lui procurait des aigreurs d'estomac, et non l'inspiration néfaste perçue plus tôt. Devant la porte, il frappa. Trois coups parus inaudibles via les doutes percutés par son cœur. De l'autre côté, elle était là. Il espéra être oublié mais…
- Entrez, l'accueillit la voix redoutée et redoutable.
Sabordée l'occasion d'évasion, Harry, expira tout l'oxygène de son corps pour le remplacer par un air de courage. Affermi, il poussa les fers et selon l'invitation requise, entra. Tout de suite, son cœur se cabra. Les yeux rivés sur l'assistante sise au bureau du professeur de Potions, l'esprit embrumé, il conjectura un mirage abracadabrantesque et absurde. Une hallucination. L'image d'elle superposée par-dessus la sienne à lui à cette place réservée, répercuta l'étrange écho d'une disparition dans son esprit impressionnable. Elle effaçait l'existence de Snape pour se substituer maîtresse d'un lieu qui n'était pas le sien. Un portrait flou, insensé, Harry secoua la tête et ferma les yeux avant de les rouvrir. Une erreur. Le regard rouge et jaune s'infiltra désagréablement dans le sien, déversant ses couleurs mystérieuses et intenables. Il eut un haut le cœur et sans pouvoir lutter, tandis qu'elle quittait l'estrade pour l'aborder, le tableau aliéné s'imprima irrévocablement pour ne plus s'estomper. Cette femme représentait la mort dans le cœur de Harry.
- Je… je suis en retard, bégaya-t-il en implorant intérieurement qu'elle reste loin.
Une prière inutile.
- Non, vous êtes à l'heure, nia l'assistante incolore à sa hauteur.
Harry, modestement, leva les yeux pour la regarder. Ecrasé, il eut le souffle coupé. Oppressé par l'ascendance envoûtante et suprême qu'elle dégageait, tout son corps vibra sa faiblesse d'être mortel. De taille légèrement plus grande que lui, elle paraissait le dominer de plusieurs mètres de haut.
»Alors Mr Potter… proféra-t-elle sans s'inquiéter de l'effet engendré chez son élève. -Elle continua de le pénétrer longuement de son double regard. Péniblement. Plusieurs longues et interminables secondes où Harry manqua peu d'oublier comment respirer quand finalement dépassé, elle le négligea pour s'acheminer vers le fond de la classe. Harry soulagé, inhala tout l'oxygène-.
»Habitué comme vous l'êtes de ces lieux si je m'en réfère à la réputation qui vous précède quand je sais de source sûre qu'elle est fondée, vous saurez peut-être me conseiller dans une entreprise somme toute nouvelle pour moi. Quels étaient les sévices infligés par le professeur Snape quand vous étiez collé sous sa juridiction ?
-Sévices, se répéta Harry méditatif et les yeux agrandis.
Est-ce que l'assistante espérait le punir autrement que par quelque tâche ingrate ou humiliante ? Désirait-elle lui faire mal… physiquement ? Inquiet, il se retourna, fit un pas et s'arrêta. Elle n'avait pas cessé de le scruter de loin, s'imprégnant profondément à travers lui comme pour creuser un terrible secret. Acculé, il se retint de justesse de ramper.
- Alors Mr Potter, persista-t-elle agacée d'être dépourvue sans réponse. Je m'impatiente.
- Ah euh… oui… bredouilla Harry malaisément en baissant les yeux. Il ne parvenait plus à faire face, il se sentait en danger et précipité de se sortir de cette situation, il livra sans objection. Je récurais les chaudrons sans magie, Snape jugeait…
- Professeur Snape !
Un sifflement aigu, une sanction, la tonalité de l'assistante chuta d'une octave, Harry tressauta. C'était une mise en garde, il releva la tête et se prépara à l'attaque, de celle subie par Ron le matin-même. Mais rien. Fixement ancrée dans sa position à quelques mètres de distance, elle ne bougea pas. Sans ciller, les traits inexpressifs, la peur d'Harry augmenta.
- Pro… professeur Snape, se corrigea-t-il la voix disparate.
Il se détourna, rappelé à l'ordre de par sa position d'élève. Il n'avait d'autre privilège que de nommer Snape par son titre lorsque son cœur à l'opposé et contrariant rêvait d'autre chose.
En face, Yenyeli aussi imperturbable apparaissait-elle aux yeux du sauveur était à l'antipode de sa sérénité journalière. Elle luttait péniblement contre ses mauvais démons. Elle bataillait des souvenirs au passé quand le présent manifestait une envie inguérissable de vomir. Il était là, à deux mètres d'elle, inoffensif et transi. Il parlait avec sa voix de sauveur quand ses yeux verts, trop verts, brillaient les vestiges d'une époque révolue mais qui pourtant persistait à faire de Severus un prisonnier à perpétuité.
Dans toute sa résolution, ses décisions inébranlables, elle n'avait pas prédit si tôt et pour longtemps de se cloîtrer en tête à tête avec le rejeton Potter. Encore moins dans ce cadre où partout elle sentait l'odeur de Severus, où partout les effluves potionnistes aliénaient sa perception des choses. Quelle ironie perfide. Toute la journée, elle avait redouté cet instant, nié les heures en espérant, idyllique, s'esquiver. Choisissant presque de se bâtir une porte de sortie au dernier moment. Sauf que lucide, elle avait concédé que c'était une chance louée par la grâce divine de la lune. Plus vite elle en finirait avec Harry Potter, plus vite viendrait le terme de sa mission. Alors elle était là, l'esprit tourmenté, indisposée par ses pensées. Happée au passé, mélangée au présent quand disparaissait l'avenir. Elle ignorait quoi supposer de ce garçon. L'indifférence confluait dans le carmin de ses veines mais brulait d'un feu indestructible le cri de vengeance au sein de son être tout entier. Quoi ressentir de ce sauveur du monde quand elle ne ressentait rien pour elle. Tout s'entremêlait, s'entrechoquait. Elle décelait son embarras, son médiocre désir d'être apprécié des autres quand elle captait clair son antipathie et l'étrange et inopportune envie d'être accepté par Severus. Deux voix en total désaccord se mirent à discuter dans son crâne. Silencieuse, elle écouta, tout en s'assurant que la ligne sécuritaire entre elle et cette élève héritier des Griffondors se maintenait égale.
- Vas-y tue-le ! Fils de Potter, sang de Potter, engeance assassine et abjecte, anéantis-le !
Yenyeli tressaillit, il lui serait si aisé d'ôter la vie de cet humain. D'une seule main elle pourrait…
- Non Yenyeli, ne l'écoute pas. Ce garçon est précieux à Severus, tu dois veiller sur lui, protège-le !
Yenyeli respira, elle n'avait pas le droit, Harry Potter était un choix dans sa mission.
Une psychose. Une sorte de folie l'ébranlait à perdre la raison. Depuis plus de trois mois, deux voix antagonistes prédominaient dans son égo pour s'exprimer sitôt une discordance jouée en examen. Tel que maintenant avec cet enfant. Si la plupart du temps il lui était aisé de les oublier, de nier leur existence, -les assimilant à toutes ses autres voix envahissantes- elle devait reconnaître que là tout de suite, c'était difficile. Leurs cris assourdissaient sa capacité d'analyse et ballotée droite/gauche, elle penchait désespérément du mauvais côté de la balance. Un souffle de plus, et elle serait perdue. Heureusement, l'image de Severus était son réconfort et sa force de volonté. Aussi en inspirant abondamment ses odeurs qui flottaient tout autour, elle entérina les voix et concentrée à mener à bien sa mission, elle ferma son esprit. Entièrement. Elle compta : un, deux, trois et le vide institué, elle le rouvrit. Ciblée sur Harry qui épiait dans l'autre sens pour tenter de la fuir, elle médita sa réponse. Récurer les potions sans magie. Tout à fait Serpentard, Severus avait l'art et la manière de se distraire tout en se présentant le même aux yeux du monde : inaccessible et ingrat. Amusée, sa bouche se tordit d'un sourire. Elle entrevoyait dans son imaginaire l'expression impassible de l'homme quand intérieurement il jubilait son génie Salazar.
Encore une fois, elle inspira, expira, rassérénée par cette entrefaite si comparable à son bien le plus précieux. Severus, infiniment était son rayon de soleil. Le corps réprimé et encellulé dans une cage aussi carcérale que l'île d'Azkaban, elle déclara l'officiel de la séance.
- Bon Mr Potter, commença-t-elle en fouillant dans les placards. Harry, interpelé l'inspecta. Le ton avait changé, moins rêche, moins terrifiant, il se confondait avec celui ourdi par tous les professeurs habituels. Bizarrement, il fut rassuré.
»Si en toute honnêteté je suis tentée de vous punir similairement, j'avoue que vous voir crapahuter à quatre pattes pendant deux heures m'épuise terriblement. En conséquence de quoi, j'élude les chaudrons et laisse au Maître son châtiment privilège.
La tête ressortie des ténèbres, les bras chargés d'ingrédients, elle aborda le pupitre du premier rang. Elle se débarrassa, déversa tout et d'un geste de la main, le convia ici.
Harry, immobile se contenta de la contempler. Mystérieuse, elle s'éclairait tout à coup d'une lumière nébuleuse. Inquiétante, son ombre miroitait de plus de lourdeur dans le regard de Harry. Un clair de lumière perçait d'une fenêtre nouvelle. L'assistante, claustrophobe, insupportée de ces cachots assimilables à un tombeau, avait sans l'assentiment du Serpentard ensorcelé le mur le plus proche. Une ouverture artificielle donnait désormais sur l'extérieur, et à cette heure tardive du jour, les rayons de la lune y filtraient.
- Aucune directive précise ne m'a été confiée pour votre cas, argumenta-t-elle pour combler leur silence. Aussi j'estime naviguer à ma façon. Venez ici, commanda-t-elle en désignant un siège. Vous trouverez là tout ce dont vous avez besoin pour accomplir votre devoir. Les consignes, à défaut du tableau sont lettrées dans votre manuel, alors au travail. Vous avez tout le temps imparti à votre punition pour perfectionner la Potion enseignée ce matin et dans laquelle vous vous êtes lamentablement ridiculisé, même Griffondor devrait en convenir, n'est-il pas !
Harry s'empourpra, le rouge aux joues. Piqué dans son amour propre et froissé d'être révoqué à sa stupidité parfois inaltérable, il s'avança. Muet, il retira sa robe, s'installa ouvertement quand le regard abêti de fioles et du chaudron, il demanda.
- Euh, je fais quoi au juste ?
- Potion Vivemémoire Mr Potter, rétorqua Yenyeli en le lorgnant d'en face. Vous abhorrez les potions je le sais, quand elles sont mon loisir providentiel et ami. Alors échinez-vous sur celle-ci, détestez-la autant que vous détestez les autres, faites qu'elle vous déteste si cela peut vous réconforter mais surtout, amusez-moi !
D'ac-cord.
Le ton jouait peut-être son hymne de professeur ordinaire mais les mots chantaient aussi sadiques que Serpentards. Démon ou pas, Harry admit qu'en punition cette assistante équivalait le professeur de Potions. A la différence tangible et catastrophique qu'elle n'avait aucun complexe pour exsuder limpide son malsain plaisir. Déconfit, il soupira avant d'être lesté du poids du monde. Il aurait préféré récurer tranquillement de fond en comble tout le matériel de la pièce que de se risquer désormais dans une action qu'il ne maitrisait pas. Il avait raison, cette assistante souhaitait sa mort.
Yenyeli recula d'un pas, puis deux avant d'heurter le bord de la grande table au bas du bureau et sur laquelle elle s'appuya. Assise pour longtemps, elle croisa les bras sur sa poitrine et afférée aux gestes maladroits de son élève, elle patienta sous la lumière diffuse de la lune qui dans sa semi rondeur faisait croire qu'elle souriait.
Harry retourné, constata qu'il tremblait, les doigts fébriles sur sa baguette. Prescient du cliché magistral qu'elle devait figurer, il n'osa pas la dévisager de son air de supplié qui ignore tout. Fière et victorieuse, elle devait jouir comme Snape dans son indécrottable manière douée de le rabaisser plus bas que terre. Il s'attela à sa potion. Il ouvrit son livre à la bonne page et commença à lire. A peine deux lignes et il recommença. Le langage potionniste lui semblait aussi étranger qu'un hypogriffe tentant de parler à son dresseur pour se faire comprendre. Un dialecte compliqué et dangereux. Il s'appliqua, conscient qu'au moindre faux pas, l'assistante allait le frapper verbalement, voir physiquement si ses pressentiments se confirmaient. Le temps passa, s'éternisa dans ce silence entrecoupé par le bruit du papier et les clapotis baveux du liquide indescriptible. Harry assidu, suivit à la virgule près les explications de l'auteur, inapte à spéculer ou élaborer cette recette illisible. Il avait les mains moites, le nez pollué et les lunettes enfumées par les vapeurs qui ressemblaient à un appel de détresse jeté au loin tellement elles s'envolaient haut vers le ciel. Aveugle, il tourna, retourna. Il pria Merlin de lui souffler les réponses quand il ne savait strictement rien de sa préparation. Un pouf miraculeux, tout se coloria. Le mélange s'homogénéisa en un magma d'aspect comparable à celui animé sur l'ouvrage et ce fut terminé.
- Potion Vivemémoire passable Mr Potter, surgit l'assistante qu'Harry n'avait pas vu revenir. Courbée au dessus du récipient, elle analysa vivement son contenu. Passablement respectable oserais-je dire pour copier le Professeur Snape, mes félicitations.
Harry était abasourdi. Et épuisé. C'était bien la première fois si l'on faisait fi évidemment de sa sixième année où il avait triché, qu'il réussissait sans l'aide d'Hermione à parfaire une potion sans exploser tout le périmètre alentour. Estomaqué, il palpa la petite fiole remplie entre ses doigts pour s'assurer de sa réalité.
- Tâchez donc de réitérer l'exploit au prochain cours, l'encouragea sans grande conviction Yenyeli en emportant les restes d'ingrédients à leur place d'origine. Cela nous évitera peut-être à tous les deux d'être piégés dans une situation aussi compromettante que celle percutée maintenant.
Elle touchait ses limites.
Harry, à demi comateux par sa performance spectaculaire, profita de cet instant pour mieux l'examiner. Détecter un signe anodin ou déviant apte à contrecarrer cette sensation vénéneuse qui coulait dans ses veines depuis la veille au soir. Malheureusement, tout se dégrada. La présence expulsée autour d'elle, impérieuse, plus souveraine que celle notée chez la plupart des professeurs, plus solennelle que celle perçue chez la majorité des Hommes, le bascula par dessus bord. Harry plongé dans l'inconnu vit noir, il vit rouge. Mort, sang, Harry avait peur. Cette femme le terrifiait quand dans le comble le plus grotesque, il l'enviait. Elle communiquait avec Snape comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. Sans barrière ni tabou, son cœur voulait la chasser. Tout de suite. Quelles étaient leurs relations à tous les deux, il devait savoir ou son cœur allait éclater à force de tambouriner pour avoir ses réponses. Fou, et guidé par les conseils avisés de Remus, Harry osa l'intouchable.
- Vous l'aimez ?
Un pot se fracassa sur le sol, détonant en un millier d'étoiles. Yenyeli au ralenti vira à 180°. Le visage impavide se forgea d'une expression intense et lumineuse, le rouge et or plus vif qu'au firmament, plus enflammé qu'un volcan en pleine irruption. Le corps contracturé, elle marcha, doucement, dans les débris de verre répandus à ses pieds. En proie à un cauchemar, elle avança vers l'ennemi.
- Qu'avez-vous dit ? exigea-t-elle du venin sailli du tréfonds de son âme.
La voix avait repris sa tonalité périlleuse, grave et imbattable, une voix de Dragon. Harry, angoissé rétrograda d'un pas avant de se reprendre. Non, pas question. Il percevait le danger mais son cœur téméraire continua de clamer.
- J'ai… j'ai… deman-dé si vous- l'aimiez, insista-t-il à demi-voix et plus nerveux qu'escompté. Par-ce que moi… je-l'aime !
Yenyeli se statufia. La main instinctivement posée sur le front, elle se retint de tomber. Elle avait le tournis, le monde virevoltait à l'envers. La lumière s'évaporait, le noir s'obscurcissait, la cécité recouvrait son regard. Les voix, délivrées de leurs chaînes complotèrent au milieu de nulle part.
- Aimer ? s'imposa la voix belliqueuse. Cet héritier d'horreur a le culot et en son nom d'articuler les mots tabous… Tue-le, tue-le, tue-le, TUE-LE !
Yenyeli leva l'autre main, allongea le bras, avide d'étrangler le coupable qui énonçait l'imprononçable prohibé.
- Yenyeli, non ! hurla l'autre tempérée. Arrête, tu n'as pas le droit, il ne te pardonnera pas tu le sais.
Yenyeli abandonna. Assombrie et l'esprit vaincu, elle dévia son regard tout en serrant les poings. Elle devait se contenir, disconvenir des mots entendus ou elle allait commettre l'irréparable.
Le Ciel rouge et nuageux, allait se fendre sur terre.
La Terre, sans fenêtre pour voir, était séparée de la Lune.
Les nerfs aussi distendus qu'un élastique arrivé eu terme de sa vie, son visage se déforma encore. La bouche se contracta en une grimace névrosée, son regard se voila d'un linceul mortuaire, et un grondement sourd jaillit de sa gorge. Tout s'extériorisa en un son grave et aigu. Un rire de démon.
- Aimez, avez-vous dit ? -elle ricana avant d'un pas l'envahir pour brider le haut de son pull et l'amener face à face-. Que connaissez-vous de ces mots Mr Potter ? Vous- désigné sauveur parce que né protégé et grandi protégé, comment osez-vous parler de ce mot sans couleur, REPONDEZ !
Harry regretta l'imprudence de son cœur. La voix n'avait plus rien d'humain, elle allait le tuer. Son instinct hurlait de fuir mais il était coincé. La pression instaurée par l'assistante le clouait au sol. Impossible de remuer, ses jambes étaient coulées dans des sables mouvants. Essayer de bouger c'était s'exterminer. Toutefois, sa bouche libre et rebelle, et régente de son cœur tourmenté depuis des semaines ne craignait pas d'être tuée et se crucifiant, elle récita son refrain.
- Je ne sais pas justement. -laborieux, il entoura de ses deux mains le bras dominateur pour se tenir- Je ressens. Je me fie à mon cœur. J'aime… Severus Snape, mais je doute. Il me déteste, il me déteste ! serina-t-il, les yeux humides. Mais vous il vous accepte, alors je vous DETESTE TOUT AUTANT !
Vérité.
Incompréhensible vérité, imprévue vérité. Triste vérité.
Les mots puissance invincible du monde, frappèrent plus cruellement que toutes les armées réunies.
Harry, le cri au cœur confessait d'un jet cruel et amer qu'il la détestait. Sans la connaître ni vérifier ce bien vanté par Sacha il éructait tapageur sa haine. Lamentable et pathétique, les larmes roulèrent en torrent le long de ses joues.
Un silence, deux silences, Yenyeli l'observa. Elle maudissait ses larmes et ses cris. Incapable de se protéger, assujettie par son pouvoir d'absorber le cœur des autres, elle encaissa. Les sentiments du Griffondor la transperçaient dans son inexistence, annihilaient sa flamme insignifiante pour créer un halo de ténèbres. Il l'aimait, à n'en pas douter, le rouge de son regard le voyait. Son cœur impassible, sans valeur, le ressentait. Pourquoi ? Comment par la Déesse Lune une telle ineptie avait-elle pu se produire ! Quel était ce jeu macabre envoyé sur sa ligne destinée maintenant ? Potter éprouvait quelque chose pour Severus, lui ce fils damné aux yeux si identiques à ceux de cette hérétique traitresse du cœur du Serpentard. Mais par le ciel pourquoi ? POURQUOI !
Ding-dong, 20h, Harry fut sauvé.
Ecroulée au royaume d'oubli, au bout du compte l'assistante capitula. Assommée par ces aveux, elle se leurra dans son indifférence. Une goutte d'eau noyée dans un lac d'émotions sans fin. Incapable de se débattre, elle plongea dans les abysses et se dilua. Engloutie d'inexistence. Là où elle vivait, il n'y avait pas d'issue.
- Allez-vous-en Mr. Potter, ébruita Yenyeli la voix impénétrable. Asséchée, elle n'avait plus la force de combattre. Sortez d'ici, nous en avons fini. Elle le relâcha, s'éloigna, avant de partir dans l'autre sens pour s'enfermer dans la lumière de la lune qui continuait de chauffer froide dans la nuit tombée. Le visage fixé au ciel, elle se barricada, recluse dans son monde de non-vie.
Le Ciel, séparé en deux, oubliait la Terre.
La Terre, sans se douter, était en train de perdre la Lune.
- Pro… professeur, appela Harry inconsciemment.
Elle s'évaporait, emportée loin, très loin dans un monde inconnu. Harry, mauvais public, se remémora subito le geste de Sacha, la main portée sur son cœur. Il épia le sien, avant de le comprimer avec douleur. Il avait mal, affreusement mal. Il ne comprenait pas mais il souffrait de cette apparence quasi invisible de l'assistante.
» Pro…
- Il suffit, sortez ! réclama-t-elle brisée et pressée de le voir disparaître. Vous qui ne comprenez rien, disparaissez.
- Je…
- Si mal jugé Severus Snape. Détestez dîtes-vous ? –un ricanement sévère, un son, un seul - Blasphème, il ne vous déteste pas et ne vous a jamais détesté. Le ciel peut témoigner, la terre peut se déchirer, cette homme vous protège depuis si longtemps que Chronos lui-même ne sait plus compter. Encore et encore… il met en péril tout ce qu'il n'arrive pas à construire. Il se condamne quand vous vivez et survivez. Êtes-vous stupide à ce point ? Protéger corps et âme un reflet qui n'est pas le sien n'a pas cette consonance détestable que vous portez à tort sur lui. Allez Mr Potter… Allez en paix et jubilez ! il ne vous déteste pas, quant au reste je ne veux plus rien savoir.
Harry, désorienté fit demi-tour et s'évapora.
- Attendez ! l'apostropha une dernière fois l'assistante à la sortie. Votre baguette.
Harry, silencieux, revint sur ses pas, enserra l'objet oublié et sans plus l'inventorier de quelque manière que ce soit, il s'en retira. Vite et très loin d'elle. Il se sentait à la fois coupable et comblé.
Yenyeli, isolée, referma la porte qui retentit sourde et obscure au milieu de sa solitude. La main collée sur le fer froid et sans vie, elle raisonna, absorbée de quelque trouble, imprégnée d'une chose inaccessible.
- Aimer… -un murmure, un supplice-. Mot blanc immaculé. Mot défini si multiple et contradictoire qu'il en devient dérisoire. Comment peut-il d'un simple cri se parcourir de tant d'émotions par la bouche de ce Potter ? –les gonds se mirent à trembler, frappé d'un poing tumultueux- Aimer, aimer, aimer… ressentir et éprouver au royaume des Hommes, est-ce une capacité d'unique ? Un facteur né d'individu, de personnalité ? Aimer, aimer… est-il possible de par ça résumer tout un cœur ? Aimer est-il un acte appris, transmis, retransmis ou n'est-ce que la conséquence hasardeuse d'une chance heureuse au moment de venir à la vie, que l'on m'explique, je suis perdue.
Yenyeli était lasse, émotionnellement et physiquement. Proche de rompre, ses jambes qui n'avaient plus la force de la supporter fléchirent et elle tomba à genoux là où son existence se transformait en un songe irréel. Une chimère. Elle avait froid, excessivement froid dans son lieu solitude. Même la lune, infinie mère protectrice, était impuissante dans cet instant. Les ténèbres cupides, l'envahirent et pendant quelques instants, Yenyeli disparut complètement de la surface de la Terre. Ne laissant derrière elle que l'écho inaudible d'un appel interdit, un rêve utopique.
- Severus…
De l'autre côté, Harry bouleversé sans comprendre avançait sans regarder devant lui. Il avait dépassé les limites imposées entre un professeur et un élève. Il avait franchi la frontière inabordable de cette femme parce que son cœur têtu l'avait exigé. Résultat : il n'avait aucune réponse et sa peur dans cette seconde du temps était remplacée par une âcreté indéchiffrable. Ce regard brusquement vide exposé en adieu lui remémorait celui de Cédric en quatrième année, juste avant que Voldemort ne lance l'irrémédiable. Un regard de condamné qui continue d'avancer malgré tout parce qu'il n'existe qu'un chemin pour l'espoir liberté. Edictés les élans de son cœur, affirmés ses sentiments haut et clair, il se sentait plus criminel qu'un assassin repenti quand les mains entachées de sa victime, il prend conscience du mal qu'il vient d'accoucher. Cependant, la seconde est éphémère et dans la suivante il établit que son signal d'alarme avait raison de s'emballer la concernant. Cette femme était dangereuse et imprévisible, il continuerait de s'en méfier.
Réfléchi, il longea le dernier couloir. En face l'émoi de son cœur se profila entouré d'une aura plus orageuse qu'une tempête du désert.
- Vous êtes en retard ! vitupéra Snape la cape volant au gré de son déplacement.
- Pardon, récita Harry comme une leçon.
- Où est-elle ?
- Qui ?
- Qui, qui… radota le professeur énervé. Mais mon assistante bien sûr, qui d'autre ? Décidément Potter votre stupidité s'accroit à chacune de nos rencontres.
- Ah… euh… d'accord, accorda celui-ci étourdi. Attaqué encore, son vocabulaire le faisait passer pour un idiot. Il se mordit la langue.
- Alors je vous écoute !
Harry haussa les épaules.
- Je l'ai quittée il n'y a pas cinq minutes au lieu de votre classe alors elle doit…
Il fut interrompu.
L'épicentre de sa quête résolu, Snape évinça la parlotte Griffondor pour continuer sa route et partir à la poursuite de ses cachots. Un débordement qui secoua le cœur effarouché du sauveur. Récalcitrant d'être complice des retrouvailles entre l'assistante et le professeur, il se retourna et la main orientée droit sur l'homme pour le retenir, il expulsa la première chose qui lui traversa l'esprit.
- Merci.
Snape, l'oreille sensible se figea, stupéfait. Suspicieux, il vira le cou à 90° pour lorgner du coin de son œil noir l'élève étrange qui venait de l'arrêter. C'était bien la première fois qu'il témoignait autre chose que du mépris chez Griffondor.
- Qu'avez-vous dit ?
- Merci, recommença Harry instruit du scepticisme évident sué chez l'homme. Pour ce matin merci.
Apparemment, il entendait parfaitement bien. Maître Serpentard plus confusément, s'époustoufla avant d'être aiguillé vers sa revanche. Il n'aimait pas être surpris, surtout pas par Potter. Altier et fourbe, il se redora de son inébranlable légende et la voix emprunte de son sarcasme virtuose, il répartit.
- Ohh, mais ce fut un plaisir que d'éviter au sauveur du monde sorcier les dégâts que son incompétence en potions aurait pu lui causer. Que dis-je un privilège que Merlin soit loué, Hourra ! Maintenant si vous voulez bien m'excusez, conclut-il en se rhabillant de sa cape, asocial. Je suis inspiré d'ailleurs et je n'ai que faire des ressentiments idiots d'un sauveur en quête de reconnaissance. Gardez vos mercis et étudiez, cela m'épargnera peut-être cette atmosphère Poussouffle qui se dégage présentement de votre misérable personne. Et dépêchez-vous de rejoindre votre table ou je vous colle pour les deux prochains mois.
Là-dessus, il s'éclipsa, encoléré et enchéri d'une impression d'avoir perdu son temps.
Seul, Harry, déçu du comportement inabordable du professeur de Potions, grinça des dents avant d'obtempérer et de se diriger comme ordonné à son diner.
Cette première journée était une très mauvaise journée.
A quelques mètres, Severus, rallié sa classe plus promptement qu'un détraqueur jeté sur sa victime, garda ses bonnes manières et s'imposa à l'intérieur sans claironner la note de son apparition.
- Yenyeli ! s'échauffa-t-il en faisant durement tressaillir la porte sur le mur.
Remonté, il sillonna l'allée principale tel un cavalier au galop quand cueilli son bureau, il explora une photographie d'exception. Yenyeli, assoupie. Profondément installée dans son fauteuil, à recomposer consciencieusement chaque objet, elle s'était endormie, la tête couchée sur le bois familier de son propriétaire. Severus, sur le champ, s'allégea, l'esprit tranquillisé, le cœur sécurisé. Il affectionnait cette vision. La reproduction de leur passé commun lorsqu'elle acceptait Morphée au seul son de sa voix. Son presque paradis d'époque.
La seconde guerre n'existait pas. Les cicatrices n'existaient pas. Pas de marque, pas de regret, pas de douleur, si ce n'était la promesse d'un adieu inévitable. Ils étaient deux êtres à n'être qu'un quand deux cœurs survivaient pour voir demain. Mais la ligne avait changé. Mutée, elle avait décidé le chemin sombre des mutilés. Emportant, inexorablement, ces jours heureux qu'il avait cultivés au champ de sa compagnie. Son épi de blé inimitable et unique. De même, que son sourire innocent qu'il adorait sacrement en secret. Dès leur début, elle avait tout accepté de lui. Ses défauts, tous ses défauts, ses mauvais penchants, son inhumanité à la période de sa vie la plus noire. Jamais, elle n'avait jugé son cas ou médit du mal de lui. Jamais.
- Je t'ai fait souffrir, se reprocha-t-il nostalgique. Incapable de te protéger, je t'ai abandonnée dans ta douleur. Pourtant tu es là, aujourd'hui, à me parler tes mots que je ne comprends pas. A écouter ma voix que tu ne rejettes pas. Je suis privilégié, mais je ne le mérite pas. Je ne te mérite pas.
Chuchoteur, il se pencha, attiré d'une mèche mutine qui dans la lumière tamisée de la lune illuminait le visage intime de son étoile d'autrefois. D'un doigt il l'éloigna, doucement, glissant sur Yenyeli telle une brise légère qui s'amuse à chatouiller les feuilles des rois de la forêt. Taquin, il piqueta du bout de son ongle le rond de la joue, plusieurs fois, étudiant le replet bondissant de la peau fine et blanche. Inspiré, il serpenta vers la bouche, tirant tendre la lèvre inférieure avant de tenter l'invasion. Un peu de salive s'écoula au coin, il l'endigua pour tout de suite et machinal la porter à sa bouche et lécher de sa langue de serpent le goût qu'il connaissait si bien. Contenté, il s'accrocha à l'épaule et présomptueux de la réveiller, il secoua, tout en se demandant –espérant- si comme au passé il était toujours l'unique pour l'approcher et la toucher tandis que ses yeux étaient fermés. Plusieurs fois, il remua mais malcontent de la voir sans réaction, constatant que la douceur n'amenait rien, il s'impatienta. Son côté Serpentard indubitablement règne en lui, il changea de méthode et attaqua différent.
- Yenyeli ! nomma-t-il en la ballottant tel un prunier un jour de grand vent. Adieu délicatesse, vive fermeté. Mais tu vas réagir ?
- Mmh… gémit le corps endormi.
- Debout ! hurla-t-il contre elle.
Yenyeli sursauta. Réveil désagréable et criard, elle chercha l'origine du mal quand deux billes noires l'incendiant de gauche, elle se courrouça.
- Non, mais ça va pas bien. Bramer ainsi dans mes oreilles tout en gaulant mon corps comme une noix sur son arbre. Et puis, qu'est-ce que tu fiches ici ? Tu n'étais pas parti manger ?
- Justement, confirma Severus le sourire sadique aux lèvres. J'étais à table, prêt à déguster le mets de mon choix quand constatant l'absence répétitive et intolérable de mon assistante, je n'ai eu d'autre instance que de quitter les lieux pour partir à sa recherche.
- Je n'ai pas faim, marmonna Yenyeli en se détournant pour fuir et retrouver Morphée.
- Cela m'est égal, riposta-t-il indiscutable. Hier soir, tu n'as rien mangé. Ce matin non plus. Ce midi, toi comme moi nous sommes contentés d'un simple morceau de pain parce que les dégâts monstrueux des 2èmes années nous volaient toute autre option. Alors par Salazar, tu vas m'écouter et suivre mes recommandations. Il est hors de question que tu passes une nouvelle nuit sans victuailles. Ton ventre vide réclame d'être nourri. Debout !
Impérial, il tira le siège, s'empara de sa main, serra fort, et sans autre sommation, il tracta pour sitôt les entrainer tous les deux vers la sortie. Direction, la grande salle.
- Arrête Severus, grogna Yenyeli en essayant en vain de se dégager. Relâche-moi. Je n'ai plus à t'obéir depuis longtemps. Je ne suis plus une enfant à qui tu peux dicter ta loi. Je suis fatiguée, pour ne pas dire éreintée par tous ces gamins plus stupides les uns que les autres et je ne souhaite qu'une chose, DORMIR ! D'ailleurs, j'ignore la folie qui t'est passée par la tête le jour où tu as accepté d'enseigner… mais tu vas arrêter à la fin, râla-t-elle alors qu'il accélérait.
- Je sais.
Un mot, Un souffle. Un silence.
»Je sais depuis longtemps que tu as dépassé l'âge d'être considérée comme une enfant. Nous le savons tous les deux. Mon corps sait. Maintenant, il se rappelle… -sa main se resserra douloureusement sur la sienne- Je me souviens et je ne sais que trop, radota-t-il, amer et… malheureux ?
Silence encore.
Les derniers mètres ne furent ponctués que par le claquement des chaussures sur le sol dur des couloirs interminables. Les mots du plus âgé les replongeaient dans la boîte d'un passé où la clé refusait d'être tournée. Ne pas rouvrir, pas maintenant.
Le Ciel, soumis au bon vouloir du Serpent, grêlait invisible sa peine.
La Terre, sèche et aveugle, rêvait de la chaleur de la Lune.
Accédés à l'extrémité de la dernière galerie, Severus, continûment emmêlé fermement leurs deux mains, à se fondre à n'être plus qu'une, déverrouilla les grandes portes d'un sort sans baguette et sans ralentir, s'engagea dans le réfectoire magique de Poudlard. Précipité, un peu chaotique mais infiniment maître de la situation, il gagna la table à l'autre bout. Faisant fi du choc unanime pressenti chez l'ensemble de l'auditoire, il les guida jusqu'à l'estrade, puis à leur siège. Il se faufila sans gêne derrière les autres professeurs, qui explorateurs étudièrent l'attraction formidable. Révéler le professeur de Potions, main dans la main avec une femme avait de quoi surprendre, piquer la curiosité quand l'esprit présumait le rêve. Comme la captive n'apparaissait pas d'humeur complice, ni proche de rendre les armes. Allaient-ils se battre avant le dessert ?
Jamais le Serpent ne songerait à combattre la Lune. Même au bord d'un gouffre sans fond, éternellement leur respect mutuel veillerait à les garder unis.
A bon port, Severus bigla brièvement son regard assassin en direction des élèves. Il les foudroya et leur imputa silencieux de retourner à leurs prérogatives primaires ou leur vie allait s'engager sur une ligne bien plus courte que prévue. Réduite à néant s'ils ne s'exécutaient pas tout de suite. Terrifiés, ils s'inclinèrent, les chuchotements s'interrompirent et le maître des cachots satisfait, reporta sa surveillance vers l'étoile à ses côtés.
- Maintenant, tu vas manger, lui intima-t-il en lui remplissant l'assiette de tous les plats servis pour diner.
- Tout ça ? hoqueta Yenyeli déroutée. La quantité astronomique versée sur son compte formait comme une mini montagne pas très appétissante.
- Mange !
- Voyons Severus…. atténua Dumbledore diverti par la situation. Son sourire surpassait le dessus de sa barbe.
- Je ne vous ai rien demandé, l'éjecta l'interpelé en le fusillant de son sombre regard. Admirez plutôt votre tarte au citron et vaquez à des occupations où je n'ai pas ma place, merci d'avance.
- Mais Severus, intervint Remus en renfort et voisin de Yenyeli. Tout cela paraît … exagéré n'est-il pas ? –les sourcils arque boutés, le loup-garou ne s'imaginait pas ingurgiter pareille quantité de nourriture sans risquer l'indigestion.
- Voyons cher collègue, négocia à son tour le Professeur Pandragon de son ton condescendant. Cette jeune demoiselle ne pourra jamais venir à bout…
- Suffit ! s'écria le Maître des Potions exacerbé par leur comportement mêle-tout.
Une semonce improductive et naïve. Les professeurs et assistants s'immiscèrent insolemment. Effrontés, ils parlementèrent avis et conseils à contre-vœu des prescriptions Serpentardes. La patience fragile de l'homme en noir s'émoustilla, dangereusement. Cahoté dans tous les sens, dans toutes les directions, il menaçait de tuer tout le monde lorsqu'à une braise de l'explosion véritable, une petite voix protectrice l'anesthésia.
- C'est délicieux, susurra Yenyeli après une bouchée et indifférente des revendications alentours. Les autres ne l'intéressaient pas, les autres n'existaient pas dans son monde. Severus seul avait sa place aujourd'hui. D'un coup de fourchette, elle se resservit.
»Vraiment délicieux. -encore un morceau, un autre, elle goûta et regoûta avec précaution tout ce que cet homme prévenant avait choisi pour elle. Pianissimo, elle saliva les saveurs, elle testa les textures, les associations surprenantes et grisantes, un artifice de sensations en bouche - Oui, délicieux, certifia-t-elle indéniable. Son regard à deux couleurs s'implanta dans une mer noire sans fond en reconnaissance. Elle fut acceptée et gardée. Scrutateur, Severus épiait chacun de ses gestes, écoutait chacun de ses mots, elle, toute entière.
» Merci Severus.
Embarrassée, elle se crispa d'un sourire. D'instinct l'ange gardien de toutes ses réactions, l'homme l'enveloppa à moitié de sa cape pour les couper du monde et ne pas être vus. Une larme insolite fuyait le doré singulier, ravisseur, il la vola du pouce, déférent et content. Yenyeli surprise, -c'était une émotion qu'elle ne connaissait pas- allait objecter, tenter de se justifier mais de ses doigts couverts par dessus ses lèvres, il l'intercepta. Sans jamais rompre leur connexion, accroché tel un aimant à son hétérochromie nouvelle à laquelle il devait s'acclimater, il prohiba ses mots. Severus devinait l'émulation tourbillonnante de ses pensées. Il savait son ressenti d'instant quand elle ignorait tout. Eprouvé au passé, il pouvait se ressentir à l'identique.
Partager un repas est anodin pour la plupart des gens. Un acte habituel, répétitif, parfois barbant ou d'une corvée monotone. Mais quand cette routine n'existe pas, quand l'usuel est rare et précieux, parce qu'étranger avant la première fois venue beaucoup trop tard dans une vie, le trouble est logique, normale conséquence. Ces moments s'impriment d'exceptionnel et l'émotion incontrôlable déborde de la rivière de la vie. Les repas de Yenyeli rimaient solitaires et sans saveur depuis des mois.
- Merci Severus, merci…
Communion de leurs deux âmes, il l'entendait haut et clair. Union de leurs deux cœurs, elle comprenait que son obsession de la gaver n'était finalement que le reflet de son désir de lui redessiner cet instant.
»Merci.
Nul besoin d'autre mot pour le Ciel et la Terre, ils étaient le début et la fin, l'alpha, l'oméga, deux moitiés d'un même tout. Deux, un, complets dans cet espace du temps. Le premier pas des retrouvailles, le premier vers indispensable pour contrer la prophétie.
La Lune, entourée d'un Serpent, s'inclinait protégée,
Le Serpent, caché sous la Lune, se faisait chevalier.
Plus bas, Harry, témoin minutieux de la scène, continua de se demander quelle ambiguïté reliait cet homme et cette femme pour que le premier, froid et insensible d'apparence laisse entrevoir sa part d'humanité. Même elle, se transfigurait brusquement approchable et supportable. Sauf que son cœur toujours refusait cette promiscuité de leurs deux êtres. Incommodé, malade, il improuva leurs relations, quelque soit leur forme de relation et d'une moue grincheuse, il enfourna sa cuillerée de légumes dans la bouche et se motiva intérieurement.
- Severus Snape, je désire ardemment passer vos barrières et par Griffondor je mettrai tout en œuvre pour y parvenir.
Les barrières du Serpentard étaient le privilège exclusif de la Lune. Harry pouvait supplier Merlin de tout le courage de sa vie, jamais, il ne réussirait à séparer le cours de leurs deux vies. Il n'avait pas sa place car cette place était trompée d'une erreur de la Lune au moment de sauver son Soleil. Deux destins apparus séparés au jour de la vie, deux cœurs croisés pour ne plus se lâcher au milieu de la nuit. Deux fils, rouge et noir, entrelacés, tissés l'un par-dessus l'autre au passé, s'effilochaient aujourd'hui pour se découdre demain. Ciel et Terre se composaient de deux, distincts et semblables à la fois. Parce que le Ciel avait son serment inavouable, rendu coupable et ressenti impardonnable, le Serpent recherchait la Lune. Le Ciel avait relié la Terre au fil de sa vie mais cette vie était la sienne alors destin de l'un, destin de l'autre, ils étaient condamnés à ne former plus qu'un.
Le Ciel, fil rouge éternel de la Terre.
Fini, j'espère que cela vous a plus, j'avoue qu'à force de lire et de relire je n'ai plus le recul pour juger ici. J'espère aussi qu'il n'y aura pas trop de coquilles, n'hésitez pas à les relever, je suis loin d'être infaillible^^
A très vite,
SssnappeD++
