Coucou tout le monde,
J'arrive plus tard que prévu mais en toute honnêteté j'ai profité de l'été enfin réveillé dans ma région pour me balader et larver. Ne m'en tenez pas rigueur j'ai bien bossé sur ce chapitre et ajouté plein de petites choses pour mieux comprendre l'histoire. Enfin j'espère. Bonne lecture !^^
Chapitre 10: Nuit obscure veillée par la lune.
« Chaque jour sur Terre, les cauchemars viennent me hanter, me tourmenter. Les ténèbres m'habitent, cohabitent depuis le jour de ma naissance. Ils peignent le tableau du monde, je me le représente via leur entière existence. Ils sont mes yeux sur la terre, ils sont ma voix dans le ciel, et j'aurais difficulté laborieuse à m'y retrouver si tout à coup la pleine lumière les remplaçait. Ils font partie de moi, ils me définissent. Et m'amputer d'un bras ne serait pas plus douloureux que si j'avais l'affront soudain de les oublier, de les abandonner. Alors, prendre peu à peu conscience, qu'il pouvait les témoigner durant la nuit, m'a démolie. J'étais trahie.
Mal étudié l'entière conséquence de la magie taboue utilisée pour te sauver, il a profité de ma faiblesse pour pénétrer mon souvenir, et observer de son regard de sauveur, ce qui aurait dû être ton privilège exclusif. A toi. Il n'y avait jamais eu que toi, capable et autorisé à venir errer dans mon esprit. C'était magique, chaque fois, tu apportais un soleil chaleureux et rassurant. Tu sais, quand j'analyse, certains sommeils sont restés très loin de mes cauchemars. Le rêve dans ce qu'il représente de plus fantastique régnait dans nos étreintes à deux. Avec toi, tout contre moi, je n'ai jamais eu à craindre Morphée ou ses ténèbres. Je rêvais dans tes bras.
Tu es mon rêve. »
Aucune lumière dans cet endroit inexistant, aucune échappatoire dans ce lieu sans nom, les pas hésitants d'Harry Potter n'éclataient rien du silence assourdissant ici.
- Où suis-je ? questionna-t-il en un refrain désagréable.
Il errait depuis longtemps ou récemment, le temps indéfini transparaissait éternel au milieu de cet espace inexplicable. Réveillé dans les ténèbres il ne savait plus quand, il cherchait sa porte de sortie. Désorienté le sens aigu du plus jeune poursuiveur de sa génération, il était perdu. Avant, arrière… en haut, en bas… n'existaient pas. Sans repère, l'horizon, aveugle. Impossible dans ces conditions d'anonyme d'être assuré de la direction. Avancer, tourner en rond sans conscience, errer au hasard, la seule chose dont il était certain, c'était cette sensation de n'être nulle part. Totalement seul dans un lieu inexistant. Un néant dans tout son être, un sentiment d'isolement et d'oubli là où personne n'avait sa place.
Il n'aimait pas cela, il avait peur. D'une peur grandie dans ces ténèbres qui l'engloutissaient plus fortement à chaque respiration. Un poids lesté dans sa poitrine plus lourdement à chacun de ses pas.
- Où suis-je ? répéta-t-il optimiste condamné. Ohé ! il y a quelqu'un ?
Pas d'oracle. L'écho de sa propre voix ne perça pas dans ce non-monde. Cette nuit sans l'espoir d'un soleil, un trou noir, avalait tout. L'atmosphère pesait excessivement aux yeux du Griffondor. Chaque foulée exigeait de lui un effort asservissant. Une lutte. L'air péniblement irrespirable, il étouffait quand l'impression d'avoir marché des heures était proche de lui rompre les jambes. Cependant, instinctivement, il ne s'arrêta pas, il ne ralentit pas. Quelque chose lui signifiait qu'il ne devait à aucun moment risquer la pause, ni faire demi-tour. Sa seule chance de survie consistait à aller droit devant, encore et encore…
Hélas pour le courageux sauveur, dans un espace de temps plus tard, minutes ou heures il ne différenciait rien, il s'effondra, accablé sur le sol tout aussi noir et glacé que le reste. Les nerfs à vif, il pleura. Des larmes solitude. Infiniment seul ici, personne ne viendrait pour le sauver. Retiré du reste du monde, toute chaleur était prohibée dans cet endroit, interdite dans son cœur. Dorénavant la Solitude se jurait d'être sa meilleure amie. Son unique amie… La Mort elle-même amorçait son voyage, une visite pour sa destinée. Un soulagement. Que la mort frappe vive en plein milieu de son cœur, son agonie serait finie. Adieu douleur, adieu Ténèbres, adieu sentiment d'inexistence. Quand tout espoir anéanti, toute motivation détruite, se préparant déjà à recevoir la Faux qui le mènerait à son tombeau, une lumière trancha sur le reflet de ses lunettes. Interpellé, il releva la tête, concentré. Il discerna au loin une toute petite source étincelante. Rasséréné, il poussa des jambes et pourchassa ce qu'il interpréta comme son salut. Malheureusement, plus il espérait aboutir, plus le salut s'éloignait. Cette source d'espoir se moquait de lui et déformait sa perception des choses dans cet endroit curieux.
- Cela suffit ! s'énerva-t-il à bout, la voix écorchée. Par pitié, que quelqu'un m'entende, je n'en peux plus.
Il fut récompensé.
La lumière chatoya luminescente. Elle virevolta dans une direction, puis une autre, une autre… et s'arrêta. Harry, oubliant toute réflexion et faisant abstraction de ses jambes douloureuses se rua pour l'attraper. A hauteur, il essaya de la toucher, désireux de réchauffer son corps où chaque molécule frôlait le zéro absolu, mais à peine son doigt l'effleurait qu'elle reprit son tango avant de s'écraser et de se dissoudre dans le sol. Etonné, Harry le fixa un moment, aspirant à lire au travers et retrouver la lumière quand la peur s'empara de son âme. Le sol sous son regard exorbité se mit à bouger, à se modifier. Entièrement. Une scène se dessina devant ses yeux. Une peinture sur une toile où le paysage semblait vivre et respirer. Une fenêtre s'ouvrant sur un autre monde. Interloqué, il s'approcha, se plia, visionna pour tenter de comprendre l'intérêt de cet orchestre surprenant lorsque l'horreur l'imprégna. Tétanisé, il se figea.
Ce nouveau monde entraperçu n'avait rien d'un rêve, c'était un cauchemar horrible.
Dans un lieu tout aussi désert que le sien –une clairière peu clairsemée par la discrète lune nocturne dévorée par un ciel orageux- un enfant ventre à terre succombait. Dans une mare de sang plus grande que son corps, il gisait quasi inconscient. Harry, secoué, eut des hauts le cœur. Une blessure béante, déchirée du milieu de la colonne vertébrale jusqu'à l'épaule droite suintait épouvantablement. Une sorte de protubérance donna l'idée infâme que l'épaule avait été délibérément et violemment retournée sur son axe. Harry mit la main à sa bouche pour se retenir de vomir.
- Mort, songea-t-il les larmes aux yeux. Il est mort.
Faux. L'enfant était vivant.
Un bruit au-delà des fourrages à droite perturba le désert du nouveau monde avant de rencontrer droit devant l'être abandonné. L'état d'alerte pour que le corps inconscient se réveille et hausse le visage. Harry n'en revint pas, l'enfant survivait toujours. Tandis que désormais se figurait en face de lui un autre personnage qui de par sa carrure définissait un homme grand et bien bâti.
- Hum… maugréa l'homme impérial au milieu du silence. Encore de la bouffe, le ciel est généreux ce soir. Moi qui avais justement une petite place pour mon dessert, ça tombe bien. Il se caressa le ventre d'un air en appétit avant de sortir un couteau de la poche arrière de son pantalon. La lame, rutilante brilla sous un rayon de la lune.
Harry, comprit et paniqua. De retour sur le petit être en plein centre de la scène, il devina sans hésitation ce qui allait suivre, l'enfant brutalement changé en festin d'une bête affamée. Il supplia Merlin intérieurement. Qu'il sauve cet enfant quand éternellement attiré par son visiteur, celui-ci souriait. Un vrai sourire que l'astre de nuit éclaira une seconde brève. Harry fut choqué, sans mot.
- Vous voulez me manger ? interrogea l'enfant d'une voix fluette et grésillante. Il toussa, cracha plusieurs fois du sang.
- J'en ai foutrement l'envie, en effet, accorda la voix éraillée au dessus.
- Être mangé c'est mourir, n'est-il pas ?
- Manquerait plus que tu survives ! –l'homme tournoya son couteau entre ses doigts avant de le pointer vers le bas- Bien sûr que tu vas mourir, je sentirai ta vie passer entre mes mains. Il se lécha les babines avant de se tancer d'un rictus pervers, ravi de son gain inespéré. L'enfant, crachota encore son rouge de vie, un instant muet avant de s'exprimer d'un soupir… soulagé ? selon le regard attentif d'Harry.
- Vous…êtes… un mangeur de chair… -deux quintes de toux plus laborieuses diminuèrent le débit de ses mots-. Mais, rassurez-moi, ça ne sera pas… douloureux, je ne veux plus souffrir.
Le prédateur sourit sardonique, se déguisant en un démon vicelard et content. Un pas en avant et il s'accroupit, réduisant l'écart entre lui et sa proche victime à une simple brise.
- Ta souffrance ne dépend que de toi, proféra-t-il de sa voix descendue d'une octave. Harry en était certain, il jouissait du spectacle. Laisse-toi faire bien gentiment et tu n'auras pas le temps de sentir ma lame te pourfendre et mes crocs pénétrer ton cœur. Mais montre-toi stupide et débats-toi pour tenter de m'échapper et tu hurleras durant des heures avant que je ne consente à te tuer. Un jeu du chat et de la souris ou une mise à mort royale, à toi de choisir !
- Achevez-moi ! s'empressa d'élire l'enfant en pitié. Que tout finisse ici et maintenant.
- Amen !
L'homme se rapprocha, ouvrit la bouche et dévoila des dents plus acérées que les crocs d'un fauve du désert. De sa main libre, il agrippa sa proie consentante au cou et la tira vers lui pendant que le couteau avançait sur le cœur.
- Merci. –un signe de reconnaissance sincère et le sort était jeté-. Merci. L'enfant perdit conscience, sombrant dans un profond sommeil et laissant l'autre à son repas composé de nul autre que sa pauvre carcasse comateuse.
Le point culminant dans le cœur de Harry.
- NONNNN !
Affolé, il tambourina le sol, souhaita briser le tableau et sortir cette victime de ce cauchemar. Mais même cogné ses poings jusqu'au sang, rien n'y fit. Sans recours, l'ombre de l'homme grandit, recouvrant entièrement l'innocent de toute son infamie. La mort allait frapper.
- Fuis ! Sors-toi de là ! Merlin, Griffondor, aidez-moi !
Aucune réponse, aucune aide, Harry s'époumona à rien.
L'instant suivant, le ciel nuageux éclaira plus grand la lumière tamisée de la lune. Ronde, aussi majestueuse que son ami soleil, elle embrasa le lieu de mille rayons de feu, balayant tout sur son passage et dessinant les détails du paysage aux témoins de sa réapparition. Harry, focalisé à dévisager le désormais monstre pour lui, patienta de pouvoir capter ses traits de coupable mais au moment même où il touchait au but, le sol regagna son entière obscurité. La porte du nouveau monde se clôtura avant la fin de cette histoire. Et Harry, de nouveau seul dans les Ténèbres.
- Non ! Attendez, continua-t-il de scander haut et fort tout en grattant le parterre de ses deux mains comme si d'un miracle il pouvait creuser sa vision. Ce n'est pas fini.
- …ry…
Harry, à genoux dans un monde inconnu et dépourvu de la moindre lumière, était désespéré, abattu.
- ….rry…
Découragé, il attendait sa mort. Il n'y avait plus d'espoir pour lui demain, il se ressentait dans cet instant comme s'il n'avait jamais existé, quand d'une voix criant son nom encore et encore, il fut expulsé in extrémis du néant.
- Harry ! tonna Ron en le secouant. Harry réveille-toi, tu m'entends ?
Harry, en appel d'air et tiré brusquement des Ténèbres se réveilla en sursaut dans son lit. Souffle court, les doigts cramponnés aux draps, il but à gorge déployée tout l'oxygène pour respirer. Passant de l'obscurité à la lumière, c'était comme revenir du royaume des morts en une fraction de seconde. Voler d'un monde à l'autre à la vitesse de la lumière. Vivre, mourir, ressusciter et tout cela dans un grain de sable identique. Une douleur pour le corps, un choc terrible pour l'esprit. Perdu entre rêve et réalité, entre conscient et inconscient, Harry chercha sa place, fouilla sa position. Entouré de ses compagnons de chambrée, Ron en première ligne, Sacha de l'autre côté, il réalisa péniblement l'instant présent.
- Un… un cauchemar, réussit-il à expirer entre deux aspirations. Troublé toujours, il observa ses mains, les retourna dans un sens, puis dans l'autre. Pas d'écorchure, pas de sang, il était sauf. J'ai fait… un cauchemar, radota-t-il pour se convaincre. Si réel, si palpable… si sensible… Quand rappelé qu'au passé ses rêves de Voldemort n'avaient rien eu du mot rêve, il se cabra et réfuta l'illusion. Persuadé d'une prédiction proche ou actuelle, il se rebiffa, catégorique.
- NON ! hurla-t-il à l'attention de Ron en lui empoignant le bras. Un enfant va mourir, il faut l'aider !
Le rouquin sans mot dire, le dévisagea.
Harry divaguait ? Encore ?
Il avait l'impression de revivre hier. Il hésitait à considérer Harry comme sain d'esprit maintenant. Les derniers mois flottaient l'aliénation et la maladie dans son crâne. Ron doutait de la santé mentale de son meilleur ami quand l'écho de ses hurlements accrochaient les murs en souvenir. Mal à l'aise, il détourna le regard pour fuir et se dérober avec douceur. Un repli qui résonna d'un tambour traître dans le cœur de Harry. Comprenant que Ron ne lui serait d'aucune aide, esseulé, il réfléchit l'autre main bienfaitrice lorsque le visage directorial se crayonna dans sa mémoire.
- Dumbledore. Il faut que je vois Dumbledore.
Pressé, il se débarrassa de ses couvertures, s'extirpa de son lit et tout en se dégageant de ses veilleurs ahuris, il visa la sortie. Mal présumé ses forces cependant, l'épuisement physique percuté dans ce monde totalement noir le laissait dans la réalité aussi las et sans vie qu'un bébé au jour de sa naissance. Fébrile sur ses jambes, flagada et l'énergie à zéro, il saisit le bois de baldaquin pour s'empêcher de tomber. Il se reprit sitôt. Volontaire, il éluda et s'obligea. Focalisé sur l'endroit de son désir, le visage levé haut, il lutta contre son corps et lui ordonna d'avancer. Finalement, assuré d'un équilibre suffisant pour filer droit, il se hâta dehors tandis que derrière lui, on serinait son nom pour le retenir.
Ron, infiniment inquiet et coupable et responsable, s'élança à sa poursuite. Il gagna la salle commune une seconde trop tard, le tableau de la grosse dame se referma sur le sauveur avant qu'il n'ait eu l'espoir de l'aborder. Il réfléchit un instant, chercha la stratégie la plus à même de réussite quand inspiré il se dirigea de l'autre côté. Hermione était la solution pour secourir Harry. Sauf qu'aussi raisonné et précipité il était, le malheureux Ron omit que les garçons étaient proscrits du dortoir des filles, et les escaliers magiques en gardien solide se dérobèrent sous ses pieds. D'une cascade magistrale, il se retrouva à faire l'amour avec la terre, les fesses en l'air, le visage plaqué au sol et les membres entremêlés dans tous les sens.
- Outch, grommela-t-il en se remettant ridiculement dans une assise plus confortable. Il se tripota le front d'une main, une petite bosse était en train de naître, il se titilla l'arrière-train, persuadé d'être récompensé d'un énorme bleu demain. Puis une, deux, il se remit debout.
- Ronald Weasley !
Ron tressaillit, effrayé par le ton autoritaire et plein de reproche qui le menaçait subitement. Il obliqua la tête au ralenti, redoutant l'irrémédiable. Hermione, en robe de chambre serrée, les cheveux décoiffés tel un épouvantail après toute une journée de grand vent régnait en haut de la rambarde d'escalier.
- Qu'est-ce que tu fiches ici ! gronda-t-elle en descendant les marches habitée du courroux des gens gênés dans leur sommeil. Il est plus de 2h du matin. N'as-tu donc aucune pudeur pour oser ainsi passer l'interdit et te risquer d'aventure dans nos chambres. Je ne t'imaginais pas comme cela Ron, tu me déçois.
- Tu te trompes Hermione, se justifia le jeune homme en s'étirant la mâchoire rendue douloureuse dans sa bascule. Pardon mais…
- C'est Harry, trancha Neville à sa rescousse.
- Harry ?
L'inquiétude s'afficha dans la voix d'Hermione.
- Oui Harry, confirma Ron à sa hauteur. Il a fait un cauchemar qui l'a laissé hystérique au réveil et le voilà en route pour le bureau du directeur.
- Quoi ? Explique-toi !
Le rouquin s'exécuta. Il exposa à la Griffondor réveillée et intéressée, la nuit agitée du sauveur. Son profond sommeil contrarié de cris, de soubresauts et de larmes. Un cauchemar interminable comme si…
- Comme si Harry était prisonnier d'obscurité, argumenta Sacha gravement sans les regarder, ses poings de géants fermés avec angoisse. D'une nuit éternelle, parfois on ne peut échapper. Quand l'âme se dérobe au corps et que le rêve devient réalité. Harry n'arrivait pas à s'éveiller, à s'évader, impossible de quitter Morphée.
Le silence tomba dans la pièce.
Les mots du plus grand chantaient terriblement un couplet de la mort. Ils n'aimaient pas cela. Harry serait-il en danger ? Son esprit aurait-il été blessé à la disparition de Voldemort ? Une faille ? Le Harry d'aujourd'hui était-il le Harry d'hier ? Hermione la première mit un terme définitif à cette macabre discussion. Philosophe, elle préféra s'en tenir aux faits et ne pas spéculer du pire. Après plusieurs longues minutes à méditer, à analyser, elle déclara que si au milieu de son bouleversement Harry avait réclamé l'aide de Dumbledore alors tout irait bien. Se confier au sorcier le plus sage et le plus puissant était raisonnable et par conséquent rassurant. Harry malgré son apparence parfois folle avait eu raison. Si l'on s'en référait à ses rêves prémonitoires des dernières années, il était judicieux d'alerter la haute autorité plutôt que tergiverser bêtement dans des mains incompétentes. Ils votèrent donc, après léger débat, de guetter son retour, installés confortablement au chaud devant la cheminée. Le silence accompagna les rouge et or. Sacha le plus à l'écart se contenta de les observer les uns après les autres avant de se distraire des flammes ondoyantes dans l'âtre. Ce feu rythmait tel un métronome ses sombres pensées. Les genoux repliés au cou, un mauvais pressentiment embrumait son cœur. Dormir, rêver, ne pas se réveiller, Sacha depuis toujours craignait le monde de l'obscurité.
Pendant ce temps, Harry traversait couloir après couloir. Reniant la souffrance de ses muscles endoloris par son cauchemar, il s'acheminait vers la grande tour. L'image de cet enfant ne cessait de le hanter. Son cœur était son guide. Faisant fi de tout, il galopait, se détourant le point d'arrivée mentalement lorsque longé la dernière galerie son ascension fut stoppée nette. Butant durement contre un obstacle inattendu qui le déséquilibra, il chuta lamentablement sur la terre.
- Potter !
Harry se liquéfia.
»Indécrottable Potter, incurable Potter, même la nuit vous ne m'épargnez rien. Par Salazar, je ne suis même plus étonné, poussez-vous et relevez-vous !
Harry cessa de respirer. L'obstacle inattendu s'appelait Severus Snape. Le Maître de la Maison Serpentard qui en toute probabilité était de ronde cette nuit là. Le jeune homme, éberlué, rouvrit les yeux pour le regretter aussitôt. En collision frontale avec le Professeur de Potions, presque nez à nez, il ne témoigna que deux pupilles noir ébène désenchantées et aussi glacées qu'une pierre forgée au milieu de la Sibérie hivernale. Intimidé, il baissa la tête et appréhenda son aire d'atterrissage. Snape, par réflexe habile avait amorti l'accident, encore. Fesses à terre, jambes écartées, une main posée derrière lui pour contenir le poids de leurs deux corps, l'autre s'animait pour se dépêtrer du rouge et or involontairement pendu à ses basques. Rejetant, se redressant, l'homme bousculait Harry loin de son périmètre tout en verbalisant sec et cassant sa manière de voir les choses.
- Vraiment Potter, vous ne cesserez jamais de faire de ma vie un enfer, persiffla-t-il autoritaire. –Debout et libéré de sa charge, il épousseta ses robes de plusieurs petites claques tout en s'assurant de sa sécurité-. Par Merlin que vous arrive-t-il donc encore pour que vous chargiez aveuglément tel un butor piqué malencontreusement par une aiguille à coudre. Êtes-vous malade ? La mort a-t-elle sonné à votre porte à une heure jugée indécente, ou n'est-ce que la réponse logique à la bêtise qui vous caractérise quotidiennement ? Et bien Mr. Potter, sauveur précieux de notre monde, je vous écoute. Parlez !
Harry ne parla pas. Cogné trop fort par la situation, cent mille volts électrisaient le courant de son centre nerveux, le rendant aphone du présent et malheureusement, un peu bêta. Excepté que sa mémoire n'occultait pas le portrait mortuaire de l'inconnu enfant et ravivé, et paniqué, il se jeta sans sommation sur le maître des cachots. Un geste que jamais auparavant il n'aurait songé de près ou de loin à réaliser. Complètement pris au dépourvu, l'homme se figea, se tétanisa, assiégé pour la deuxième fois d'une masse insupportable dont la chevelure hirsute lui mangeait la moitié du menton. Le sauveur, harponné solidement à la cape légendaire tel un pêcheur à son poisson, flashait l'enfant proche d'être tué et effrayé, il trembla. Ce qui n'arrangea rien du choc Serpentard qui les bras ballants résistait entre l'envie saine d'avada-kédavrariser son envahisseur ou moins radical de l'envoyer en mode recommandé –ficelé et assigné du sceau aller simple sans retour- à plus de cent kilomètres à la ronde.
- Professeur… Professeur Snape, implora Harry désemparé et des larmes plein les yeux. Pitié…
Pitié ? Le descendent de Salazar qui dépréciait ce mot saisit l'importante crise anormale dans laquelle s'effondrait Griffondor. Le surprendre supplicié et pleurant était aussi peu habituel que l'extraordinaire voyage d'un veracrasse soudain envieux d'aller manger dans le champ à salades de son voisin quand son jardin en était déjà rempli. Snape, à contrecœur, soupira intérieurement. Il aurait gratifié sa chance si pour une fois Merlin l'avait exempté du carton d'invitation.
- Un rêve… un enfant… reprit Harry entre deux sanglots. La mort… un homme… l'enfant… Dumbledore…
Le professeur, perpétuellement sans réaction appropriée face la détresse inappropriée du rejeton Potter- après tout, Serpentard était sa maison et de ce fait réconforter les autres était la dernière chose qu'il avait apprise, surtout lorsqu'il s'agissait des Griffondors-, admira de l'autre côté l'un des double-rideaux, tout en s'acharnant à se soustraire des griffes de l'animal. Mais Harry ne bougea pas, Harry ne desserra pas. Il avait peur, il redoutait l'irréparable et impatienté qu'on accorde du crédit à son ressenti, il déballa, d'une seule tirade soufflée du cœur, tout le contenu de son cauchemar.
Si au début, l'impassible Snape ne comprit pas un traître mot du charabia imbuvable du sauveur, plutôt occupé à se dégager vivement de sa prison, l'argument de l'enfant blessé et vu condamné dans la révélation de sa description, éveilla étonnamment son intérêt. Ses yeux ténébreux indifférents se nuancèrent d'une lumière plus vive. Viré au centre, il se plongea avec audience dans le visage noyé de son élève quand il se préparait au sort de Legilimens pour déraciner ses réponses. Finalement, très attentionné, il écouta tout le récit. Feignant l'imperturbable quand sa poitrine battait plus fort et plus vite que de coutumes. Ce rêve pour Severus Snape n'avait rien d'un rêve.
- Je vous en supplie professeur, termina Harry parvenu au bout de son histoire. Croyez mes dires quand je suis persuadé que cet enfant est en danger de mort. Quand ? je l'ignore… mais il faut agir. S'il vous plaît professeur je ne mens pas.
Snape savait pertinemment qu'il ne mentait pas mais la réponse énoncée au sauveur fut à l'opposé des attentes requises par ce dernier. Promptement et fermement, il s'arracha du filet rouge et or, il recula d'un pas, puis la voix emprunte de cette régularité impavide qui alimentait sa légende, il résuma.
- Un cauchemar, vous êtes la victime d'un cauchemar manifeste Mr. Potter, retournez vous coucher.
- Quoi… non ! nia haut et fort Harry outré. Vous avez tort, je sais j'ai vu. Tout comme Voldemort au passé, j'ai…
- Bon sang Potter, éructa Snape la voix subito penchée dans les aigus et excité par l'irrespect envers Lord Voldemort. Même mort, le Serpentard ne tolérait pas que son nom soit souligné avec désinvolture. Cessez vos jérémiades voulez-vous et admettez ne pas détenir toutes les vérités du monde. Vous n'avez rien d'exceptionnel quand bien même vous vous tarez d'être la clef miracle à tous les problèmes. Ici, que cela plaise ou déplaise à votre égo surdimensionné, il n'y a rien à résoudre si ce n'est un mauvais rêve à la Griffondor, alors assez de non. Suffit le mais. Faîtes demi-tour et laissez Dumbledore tranquille.
Harry était sans voix. Révolté mais sans voix. Snape démolissait sans ménagement toute l'assurance de sa raison. Acerbe, tranchant, il retournait la situation à son avantage pour profiter de l'occasion et l'humilier encore. Complètement ruiné, il se transmuta en fontaine et inonda ses yeux à l'infini. Mais Harry ne comprenait pas, il ne pouvait pas deviner le tourment actuel dans lequel se débattait le professeur depuis plusieurs minutes. Severus Snape était perturbé, contrarié de ses révélations.
Le Ciel, sans prévenir, éblouissait en noir la Terre,
La Terre, aveugle, ne trouvait plus la lumière de la Lune.
- Comment ? pensa silencieusement Severus l'esprit brimbalé dans tous les sens. Comment est-ce possible ? Par tous les sorciers du monde c'est incohérent.
Farouchement, il désirait des réponses. Muet, il s'évertua de décrypter l'explication notable justifiant l'invraisemblable. Potter n'avait pas relaté un cauchemar, ni même une prémonition mais plus mystérieux, un souvenir. Un souvenir au lointain passé qui avait réuni deux êtres qui n'auraient jamais dû se rencontrer. Un souvenir perturbateur auquel Severus n'avait plus eu accès depuis longtemps quand de toute manière il ne l'avait entièrement regardé qu'une seule fois. C'était absurde, ridiculement absurde que le sauveur en ait subi la présence aujourd'hui. Par Salazar, Severus était dépossédé d'une autre pièce du puzzle entrelacé et il détestait cela.
- Potter, séchez vos larmes ! gifla-t-il irrité. Il perdait patience de cette situation tardive interminable. Ce débordement émotionnel, toutes ces pleurnicheries de Poussouffle commencent à fatiguer. Vous êtes fatigué, je suis fatigué, finissons-en ! Votre esprit n'a rien de divinatoire, il est juste naturellement perturbé, rien d'alarmant. Franchement, si nous devions revendiquer notre aptitude prémonitoire dès l'instance d'un mauvais rêve, Sainte Mangouste serait débordée et nous jugés plus fous que des moldus criant à la magie en pleine assemblée de ces gens qu'ils nomment des scientifiques. Retournez dormir Potter et occultez toute cette imagination extravagante et crétine.
Harry, sans protester, renifla dans sa manche de son pyjama. Atone, il se frotta plusieurs fois les yeux pour faire barrage à la mer de ses tourments. C'était indéniable qu'il ne contrôlait rien de ses émotions mais si Snape était las, l'élève était frustré. Ce cauchemar qu'il lui sommait d'oublier chantait son hymne à la mort dans sa tête et évinçait toute sa capacité d'insensible. Toutefois maintenant, il valait mieux s'emmurer et se conformer à la voix suprême. A vouloir triompher, il risquait de s'attirer les foudres du Serpent et être empoisonné.
- Et quinze points en moins pour Griffondor, ajouta vindicatif le Professeur de Potions en conclusion.
- Mais professeur… retrouva soudain la parole Harry, offusqué. Plus de larmes, plus de vision, juste un sentiment intolérable d'injustice.
- Il n'y a pas de mais qui tienne. –la langue Snapienne fusa plus vite qu'un sort sorti de sa baguette- Dépassement du couvre-feu, course dans les couloirs, vous enfreignez les règles effrontément quand vous suivez continuellement votre stupidité. Alors je vous préviens Mr. Potter, encaissez humblement ma rectitude ce soir ou subissez demain une punition plus méritée.
- Je… pardon.
Harry était vaincu, il s'excusa du chef pendant que l'homme en noir sans plus se soucier d'être entendu ou obéi se détourna et s'en retourna prestement à son point d'origine. Adieu Griffondor, enfin, et bon vent !
Seul, les Ténèbres couvrirent le cœur de Harry. Il avait froid, les bougies disséminées aux quatre coins du château n'éclairaient plus l'allée de son retour. Abandonné par Merlin lui-même, sans baguette, lancer un Lumos avec sa magie certes malade et non viable, était impossible. Demi-tour, il se porta vers les quartiers de sa Maison. Plus intrigué qu'une énigme écrite par Arthur Conan Doyle et le cœur plus appesanti que du béton armé. La signification de son rêve le préoccupait. S'il convenait amer et sceptique qu'il n'était pas l'horoscope funèbre conjecturé au départ, il restait persuadé qu'un sens caché et plus profond que sa stupidité réchappait à son discernement. Cet enfant qu'il ne connaissait ni d'Eve, ni d'Adam avait forcément une explication rationnelle. Surgir dans son esprit endormi si cruellement ne pouvait pas répondre que d'un désir sinistre de fêter Halloween en avance cette année. D'un autre côté, jamais vu son visage en détails, comment affirmer qu'il ne le connaissait pas. Une différence radicale d'avec la voix de l'homme désigné comme le bourreau. Cette voix grave et emprunte d'une menace constante et sadique lui semblait rudement… familière. Quelqu'un cher à son cœur détenait l'épilogue à ce mystère. Un ange-gardien du même sang que le sien surveillait son chevet. Lily, observatrice en secret de son fils, terrée dans cet instant dans l'obscurité d'une galerie parallèle, savait comment réconforter son descendant, voulait sécher ses larmes. Mais à ce stade, elle ne s'autorisait que la contemplation des pions bougés sur l'échiquier de Destinée. Harry allait souffrir, se tromper, être désillusionné mais c'était l'unique chance pour que la Terre ait l'aubaine heureuse d'embrasser sa Lune. Un pas en avant pour détruire la Prophétie demain.
Refranchi le tableau de la grosse dame qui l'accusa de tous les mots -insupportée d'être dérangée dans son sommeil jugé réparateur et indispensable à sa voix de diva-, les réflexions d'Harry furent interrompues. Ses amis noctambules l'accueillirent en chœur, des questions parlées du bout des lèvres. Touché, surpris, le garçon les rassura. Il répondit en hâte sans jamais taire son sourire. Il refusait d'être le centre de nouveaux soucis. Egoïste néanmoins à garder pour lui seul sa rencontre avec Severus Snape, il l'évita et mentit. Il inventa qu'après s'être calmé, il avait songé différemment et prit conscience que son rêve n'avait d'autre valeur qu'un simple rêve, et rien d'autre d'important. Si Ron et les autres burent d'une traite son discours, Hermione, maligne et intuitive avala de travers. Se retenant de contredire, de déposer oralement ses suppositions, elle pressentit que quelque chose n'allait pas dans la voix légèrement terne du sauveur quand également elle savait qu'il n'hésiterait pas à se confier au besoin. Pas après toutes ses semaines à veiller sur lui. Sacha aussi, remarqua l'omission volontaire de son nouvel ami mais peu curieux de la vie privée des gens en général, il scella sa bouche avant de rejoindre son lit.
Finalement, bordé et apaisé dans la touffeur de ses grosses couvertures, Harry, assoupi par les ronflements de la chambre, apprivoisa de façon plus aboutie l'image impénétrable du Professeur de Potions. Même en larmes, celui s'obstinait à le déconsidérer de la pire des manières, toute discussion était la porte ouverte à sa disgrâce verbale. Harry reconnaissait que lui rentrer dedans n'avait pas aidé sa plaidoirie mais tout de même. Il finissait par se demander comment son cœur pouvait si ardemment hurler son désir de cet homme quand dans son esprit il le décrivait si souvent comme une personne indigne de confiance et de confidences. Quoi qu'il puisse dire, l'autre n'en avait que faire et piétinait avec ténacité toutes ses bonnes résolutions. Comment dans ce cas, dénicher le chemin menant jusqu'à son cœur ? Harry était peut-être maso mais il voulait arriver jusqu'à son cœur et toucher ce sentiment d'exception qu'une brève seconde il avait entraperçu dans la cabane hurlante.
Harry Potter avait tort de s'imaginer ce mirage.
Severus Snape au moment de sa mort annoncée n'avait ressenti qu'un visage au milieu de ses Ténèbres tombées. Le visage de la Lune éclairant demain son arrivée vers le Ciel. Et ce sentiment favorisé au regard du sauveur ce jour-là, ce lien spéculé particulier avec l'homme Serpentard n'avait été que la réponse du Ciel obsédé de secourir la Terre. Harry n'avait pas d'intérêt pour la Terre. Tout au plus une mission tenue à cœur au passé mais désormais terminée, ne sonnait que le mot regret vers demain.
Le Serpent détourné, parviendra-t-il encore à entourer la Lune ?
Une question sans réponse maintenant. Harry s'endormit paisiblement quand à l'autre bout du château, au fin fond des quartiers Serpentard, quelqu'un refusait Morphée. Réveillée en sursaut au temps identique à Griffondor, Yenyeli transie et en sueurs avait quitté son lit pour se recueillir au coin de sa fenêtre. A côté d'elle, tournait son Phonographe à pavillon (1) qu'elle emportait partout avec elle. Un cadeau d'antan qu'elle chérissait et qui avait l'incroyable pouvoir de calmer ses voix. Beethoven actuellement berçait son âme. Ses démons étaient plus forts au milieu de la nuit. Or si la plupart du temps, elle contrôlait, parvenait à les tenir aux fers, sa présence ici, dans ces murs de pierres froides et sans vie, bouleversait tout. Ajouté que la perte de la moitié de sa magie il y a quelques mois quand l'autre moitié s'écoulait continûment de son corps, remettait en cause toutes ses capacités. C'était comme si à chaque nouveau soleil, elle devait réévaluer, modifier les mesures, calibrer la pression de ses sens, moduler, s'adapter tout le temps et tout refaire. Une gymnastique pour l'esprit, un sport extrême pour son âme. Mais c'était le prix à payer en sacrifice de son vœu alors elle l'acceptait et remerciait tous les jours la lune pour ce bonheur éphémère. Un compte à rebours cruel, une séparation proche et définitive mais son cadeau pour la vie. Severus était sauvé, pour aujourd'hui et demain.
Recroquevillée sur elle-même, le regard perclus dans le berceau nostalgique de l'astre jaune et nocturne, Yenyeli chuchota un prénom ami. Plusieurs fois « Raia'rii, Raia'rii… » mais l'ami précieux ne répondait pas. Il n'était pas là, sûrement parti en chasse dans d'autres contrées. Recluse, accompagnée de la déesse lune et de cette symphonie au goût d'étoiles (2), elle ne ferma jamais les yeux. Demain, elle serait fatiguée et les cours seraient difficiles mais tout cela aurait tôt fait de disparaître en récoltant le visage impassible et d'abord inaccessible du Potionniste Serpentard. Severus Snape était son énergie d'éternité, un pur concentré de vitamine C.
La Lune, ombragée, s'abreuvait assoiffée d'un Serpent,
Le Serpent, venimeux, nourrissait inconsciemment la Lune.
Le lendemain, l'après-demain, les jours suivants… défilèrent pour les 7èmes année aussi prestissimo qu'un train à grand vitesse pour un enfant qui l'emprunte la première fois. Chronos manipulait ses notes de temps avec la célérité d'un magicien virtuose. Les yeux aveugles, hypnotisés, ne voyaient plus rien du jour ou de la nuit. Tout se mélangeait, se ressemblait. L'esprit se dissociait du corps, le corps se transformait en un robot qui se répète. Les professeurs, parfaitement réappliqués dans leur rôle, multipliaient les devoirs longs et difficiles. Ils accaparaient les heures de loisir sans ménager les plus faibles, dispensant aux anciens comme aux nouveaux élèves toute leur théorie d'érudit. Le sauveur, débordé, n'eut plus la force de ressasser sa mauvaise nuit ou ses contradictions « amoureuses ». Heureusement, du positif ressortit de cette captivité scolaire. Ne plus compter demain, oublier le mot souci alloua un regain dans sa magie. Tellement inattendu, imprévu qu'il s'en émerveilla, sincèrement heureux de pouvoir rejouer de sa baguette sans risquer le coma. Evidemment, ce n'était pas de cette magie qu'il savait être sienne avant juin, mais c'était suffisant pour le convaincre qu'avec patience son statut de vrai sorcier finirait par lui être réhabilité. Un soulagement incalculable.
Puis se présenta Novembre, les fantômes peu sortis au jour de fête au milieu de cet emploi du temps surchargé. Un vent nouveau. Pour la première fois depuis un an et plus, les élèves dès la 3ème année purent se rendre à Préau-lard. Un week-end désiré et impatienté par tout le monde, un vrai week-end de détente, des vacances.
Ron, surexcité, comptait et recomptait toutes les sucreries qu'avec son argent de poche, il espérait s'acheter. Haletant, il rayait chaque jour d'une croix rouge immense sur le calendrier moldu donné par sa meilleure amie en début d'année. Sacha, avait le cœur transporté. Découvrir une facette inexplorée de ce monde affectionné crescendo étirait ses lèvres d'un sourire ineffaçable. Innocent, ses yeux brillaient de cette curiosité qu'ont les enfants lorsqu'on tourne la page d'un nouveau livre. Une esquisse qu'Hermione se surprenait à estimer. Attachée au géant comme une voile sur le mat d'un bateau, la Griffondor ne cachait pas son enthousiasme de l'imaginer le visage ébloui au moment de fouler le cœur du quartier incomparable. Une expérience inoubliable. Quant à Harry, il était le plus bouillant du groupe. Incapable de tenir en place, les yeux rivés sur l'heure, il priait Merlin d'accélérer le temps. Remus au sortir du dernier cours avait convenu d'un rendez-vous commun dans le meilleur café du village, avec à la clef une sacrée surprise.
Quand chanta les cloches du samedi en question, quand sonna le réveil habituellement strident, l'humeur générale valsait d'un air de fête. Joyeux et auréolé de plusieurs couleurs. Habillés rapidement, quittés les chambres au pas de course, personne ne s'attarda au petit déjeuner. Ils auraient mille et une occasions de gourmander dans les boutiques alors hors de question de se remplir le ventre inutilement.
Au milieu de leur voyage, ils croisèrent subrepticement dans la foule, le professeur Yenyeli. Harry d'un réflexe vital bifurqua à contre-sens, la bouche âpre de cette apparition indésirée qui déclinait le thermomètre de son euphorie d'instant. Un comportement adopté tout à l'inverse par Sacha. Trainant du pied, il étudia la jeune femme avec curiosité étrange. Depuis quelques jours, elle se révélait exténuée. Epuisée durant les cours, instable sur ses jambes quand bien même il n'y paraissait rien lorsqu'elle évoluait aux côtés du Professeur Snape. Sacha crut déceler en elle un fantôme. D'une blancheur maladive, le rouge de son œil droit s'intensifiait, plus terrifiant d'apparence mais surtout plus assimilable à la mort. La main au cœur, il pria que le soleil généreux dans le ciel maintenant réchauffe son corps et la repeigne de quelque nuance de vie.
A Préau-lard, dans un hourra général, Harry, Ron, Hermione et Sacha se séparèrent du groupe Griffondor. Laissant les autres vaquer à plaisir, ils entamèrent en quatuor leur longue et passionnante aventure. Droite, gauche, toutes les devantures passèrent au crible de leur attention. Boulimiques, aux aguets de toutes les nouveautés, profitant sans jamais se repaitre, ils visitèrent tous les coins et recoins des rues. Fertiles, chacun dépensa quelques pièces d'or pour se gâter. Rapporter un souvenir de ce moment Liberté. Une paix revendiquée et célébrée. Si bien que la matinée se termina bien avant qu'ils n'aient le souffle de dire Abracadabra. Les yeux partout et les mains pleines à craquer, ils rejoignirent Remus avant de se rendre compte que leur estomac avait faim.
- Et bien et bien… s'exclama une voix chaleureuse dès leur irruption dans le café. Si Merlin m'avait prédit que je témoignerai mon filleul adoré plus resplendi qu'un bourgeon à l'aube d'un nouveau jour après tant d'années à ne regarder que du noir, je l'aurais menacé de diffamation en public. Fort heureusement, ce divin avait raison, qu'il soit remercié pour notre destinée.
Harry, rata le battement de son cœur. Cette voix, reconnaissable entre toutes, moqueuse, généreuse et assurément Griffondor il n'en existait qu'une seule au monde. Lentement, il releva la tête, craintif d'être la cible d'un écho fantôme, quand confirmé la réalité par son regard, il laissa tomber tous ses paquets et se précipita dans les bras ouverts de l'homme patienté depuis des heures.
- Sirius, murmura-t-il le visage enfoui dans le cou du dernier maraudeur et les joues rougis par ses larmes de bonheur. Si tu savais comme tu m'as manqué.
- Tu m'as manqué aussi bonhomme, renvoya le dernier des Black, l'émotion à fleur de peau tout en comprimant l'étreinte contre son cœur de survivant. Tellement manqué.
Enfermés l'un dans l'autre, le temps soudain, gela. D'un grand Stop, les deux êtres s'efforcèrent de se garder. Epeurés qu'un inopportun puisse ternir ces retrouvailles, aucun des deux ne s'écarta avant longtemps. Harry pensa tandis que sa poitrine se répercutait contre celle de son parrain, que le soleil avait bien fait de réchauffer le ciel de cette journée à la connotation magique.
- Je suis véritablement heureux d'être en vie, s'accorda-t-il silencieux comme un merci. Heureux…
Les retrouvailles de deux êtres séparés ont le pouvoir de mille cœurs unis à l'unisson. Eloigné, déplacé, voguant au gré du vent, navigant au gré des marées capricieuses de la mer destinée, un cœur qui doit se retourner dans l'horizon se créée une blessure inguérissable. Un vide irremplaçable. Les souvenirs ne suffisent pas à taire la voix qui crie derrière pour un retour et demi-tour. Et c'est bien pire pour deux moitiés d'un même cœur. Quand un devient deux et qu'on perd tout repère, respirer est une souffrance au quotidien. Regarder, un suicide pour l'âme, marcher, une survie pour l'esprit. Submergé, le Ciel a lâché la Terre hier. Parce que les mots ont rompu les liens du corps, parce que les actes ont trahi la foi de l'âme, Ciel et Terre se sont séparés. Et aujourd'hui, même réunis, n'être plus qu'un défie la loi d'apesanteur. Ne reste au Serpent qu'à voler demain pour retrouver la Lune.
Le Ciel sans se l'avouer, n'aspire qu'à tomber dans les bras de la Terre.
(1) Ancêtre du tourne-disque lui-même ancêtre du lecteur CD lui-même grand-frère du mp3.
(2)Il s'agit de la 9ème Symphonie de Beethoven, l'Ode à la joie.
Bon, le prochain chapitre ne sera pas pour cette histoire, je retourne martyriser Harry dans 7 jours avant l'apocalypse mais après oui. Alors à très vite lecteurs qui lisez et appréciez cette fanfic. Bye bye :)
