Coucou tout le monde,
Cela fait longtemps que je n'ai rien posté, rien publié. Mais comme je l'ai toujours dit, aucune de mes histoires n'est abandonnée et puisque celle-ci me manquait beaucoup, voici la suite. Bonne lecture.
Chapitre 11: Aveugle: voir au-delà des apparences.
« C'est difficile de trouver du réconfort quand perdu, sans chemin pour se guider, un désert se dessine tout autour. Il y a des endroits sur cette terre où même l'aiguille du nord est déréglée. Les cinq sens déboussolés, l'instinct reste la seule échappatoire. Cependant, l'instinct peut tromper, trahir. Il peut induire l'erreur irrémédiable qui mènera au tombeau quand l'esprit exigeait l'asile. Un simple refuge. N'y a-t-il aucun secours pour l'enfant innocent qui crie à l'aide ? Pourquoi restent-t-ils sourds ? Une main s'élève dans l'horizon. Mais, comment s'y fier quand dans le passé, celle terrée dans le dos a porté un coup pire que la mort ? L'exil fut ma définition, mais de nulle part tu as tendu la main. Secourable au milieu du néant, tu t'es interposé, telle l'Oasis au milieu du désert, tu as redonné l'espoir à mon voyage en solitaire. Tu es l'Oasis, l'asile… la confiance que mon instinct malade a eu raison de m'inspirer. Hier, aujourd'hui, demain…
Tu es mon refuge. »
Sirius et Harry, n'avaient que faire des complaintes alentours. Evanouis dans leur monde et collés sans gêne en plein du milieu du passage, ils faisaient abstraction du reste du monde, feignant les clients ambitieux d'entrer qui sifflaient et vilipendaient derrière eux. Remus, intervint. Chef de file improvisé, il suggéra la table du fond que par hasard programmé il avait réservée quelques jours plus tôt.
- Bonne idée, s'empressa d'approuver Ron la voix étouffée.
Debout, les bras chargés de paquets, dont ceux de son meilleur ami qu'Hermione avait ramassés et ajoutés aux siens, il fatiguait.
- Oh, pardon, s'excusa Harry en découvrant la tête du fils Weasley cernée par les colis.
- Je te pardonne si tu me débarrasses.
Incapable de tenir plus longtemps, il lui rendit ses biens, ignorant éperdument les siens tombant dans la foulée. Plus léger, il tapota du pied droit sur le sol, tuant la crampe qui le fourmillait depuis plusieurs minutes quand déséquilibré et gauche, il loupa de peu une chute, rattrapé in extrémis par le soutien inattendu du géant dans son dos.
- Allez, par ici la troupe, guida Remus en conclusion et égayé par l'entrefaite. Cela lui rappelait les maraudeurs. C'est au fond, suivez-moi.
A cette instance, Sacha un peu distant et instruit de ne pas avoir sa place dans la complicité de ce cercle apparenté à une famille, voulut prétexter son désir de rentrer au château, mais Hermione, l'œil vissé à son regard l'intercepta.
- Si je reste, tu restes aussi, affirma-t-elle en lui prenant le bras.
Il protesta quand l'expression têtue de la jeune fille termina de le convaincre du contraire. Il se promit silencieusement de se faire le plus discret du monde et se laissa mener. Le quatuor était formé et officiellement scellé.
Confortablement installés, -ôtés les manteaux et déchargés des achats-, chacun passa commande de son déjeuner, si affamés et assoiffés étaient-t-ils après toutes les émotions de la matinée.
- Faites-vous plaisir, c'est moi qui régale, proclama Sirius avec fierté non simulée.
Ron ne se fit pas prier. Il scruta scrupuleusement la carte du menu, de long en large et en travers. Tout lui faisait envie. Indécis, il désigna du doigt à la serveuse une véritable liste d'aliments, presque l'équivalent des courses pour une semaine.
- Ça, ça, ça et ça. Et encore ça, s'excita-t-il sans plus savoir quand s'arrêter. Oh, et encore ça !
La serveuse, dépourvue, clapota sur son crayon, l'écriture chaotique. Hermione, se consterna de l'inconvenance du rouquin, honteuse et incommodée à cause de lui. La bienséance exigeait de la tenue, de la rigueur. Ne pas paraître un mort de faim en public et ne surtout pas profiter de l'obligé, en l'occurrence ici Sirius. Mais peu hardie à ternir ce moment heureux, elle musela sa bouche, prenant sur elle et réclama modestement son plat.
- Ne sois pas timide, parla Remus pour Sacha, perçu indisposé devant sa carte longue et compliquée. Choisis tout ce qui te semble bon.
- Je… euh… pardon, se dégrada le dénommé en s'emmêlant les doigts. Je n'ai pas l'habitude… je… j'ignore quoi prendre, c'est…
- Ne t'en fais pas, trancha Hermione à sa rescousse et au final pas si muselée qu'escompté. Elle haussa les épaules. Avec toute la nourriture que Ron a ordonnée, il y aura bien un bout pour toi. Ou même plusieurs. Alors laisse tomber cette carte et picore à l'occasion directement dans son assiette. Il va finir obèse s'il mange tout cela alors surtout ne te prive pas. Dis-toi que tu lui viens en aide. Mieux ! que tu fais preuve de charité.
Un silence naquit dans l'assemblée, autorisant une mouche audacieuse à voleter d'un bout à l'autre de leur zone, quand Sirius radicalement distrait par ce discours, éclata de rire. Un rire franc et jappeur qui réchauffa les cœurs. Il avait oublié la répartie brillante de cette sorcière. Ron, apparut lui, ratatiné. Encaissant raisonnablement la chose à son compte, il fit mine de se sentir coupable. Avant de sitôt s'afficher comme au précédent. Rappelé à l'ordre par son estomac, il s'agita sur sa chaise, trépignant sa dégustation. Une absurdité contradictoire qui finit de divertir l'Animagus, le mieux sis pour témoigner la confusion du fils Weasley. Son hilarité grimpa si haut dans l'atmosphère qu'il en contamina les autres convives qui l'imitèrent et rirent à gorge déployée. L'anxiété de l'effacé Sacha fut aussitôt gommée.
Le repas, fut ponctué d'histoires drôles et de délibérations moqueuses. Des anecdotes sur la rentrée principalement. On raconta les fous rires retentissant en cours d'Histoire de la Magie. S'attardant sur Mimi Geignarde, assistante discutable, qui chantait façon sirène les faits historiques les plus dramatiques des derniers siècles quand le Professeur Binn's sans cesse coupé, ne parvenait plus à placer une seule syllabe de ses longs monologues rébarbatifs et barbants. On aborda les éclats en cours de Sortilèges qui selon Harry étaient les plus rocambolesques.
- En fait, expliqua-t-il entre deux bouchées de pâté à la viande. Madame Maxime est tellement grande qu'elle cache le Professeur Flitwick dès qu'ils confrontent un sort à deux. Il se perd dans ses robes, elle le cherche dans ses jambes, et à chaque nouveau cours, le premier se figure agrandi, surélevé par des échasses quand la deuxième essaie tant bien que mal de se faire plus petite. C'est franchement drôle et on spécule dans les couloirs, misant sur qui sera le plus grand d'ici Noël.
- En revanche, nuança Hermione plus terre à terre en piquant sa fourchette dans une rondelle de carotte. Il n'y absolument rien de récréatif durant les cours de Soins aux Créatures Magiques. Toutes ces filles qui piaillent dès l'apparition du professeur Pandragon, c'est exaspérant. Les qualités d'Hagrid sont minimisées et son enseignement détourné. Non mais je vous jure, augmenta-t-elle hors d'elle en tapant des coudes sur la table, sa carotte chancelante. On dirait des gamines devant une glace en plein mois d'août. Ah… si seulement Hagrid pouvait asseoir son autorité.-dépitée, elle mangea son légume- Tenez, je vous parie tout l'argent de la banque de Gringotts qu'il descend des Vélanes.
- Des Vélanes, releva Harry abasourdi avant de mâchouiller un morceau de son brocoli. Mais les Vélanes ne sont-elles pas exclusivement des filles ?
- Absolument pas, nia-t-elle catégorique. Et je m'en vais prouver à toutes ces hystériques combien leur comportement est provoqué, ensorcelé et pas naturel.
- Ah… il n'y a plus de Bierraubeurre.
- Ron !
Le gourmand Ron se fit magistralement gronder. Sa manière très personnelle de s'incruster dans la conversation tandis que sa bouche était pleine, ses mains attelées à trancher la viande, à saucer, à préparer l'autre bouchée… lui valut un coup de coude si bien senti qu'il en toussa, s'étranglant au passage.
- Bon sang, gémit-il en se frappant la poitrine du poing pour faire descendre un bout de haricot coincé dans la trachée. Hermione, tu veux me tuer ou quoi ?
- Et toi, tu veux définitivement te faire passer pour le dernier des goujats ? Tiens-toi mieux ! tu nous fais honte.
- Mais, j'ai soif, se défendit-il le plus innocemment du monde.
- Bois ta salive.
- Ola, ne vous disputez pas, temporisa Sirius en arbitre de cette communauté.
A l'opposé des affres houleuses d'Hermione, celui-ci était charmé et un spectateur satisfait. Enchanté des détails en couleurs servis en représentation pour ce repas au goût acidulé de retrouvailles, un rien l'amusait. Son incarcération infinie dans la prison d'Azkaban avait fait de la majorité de sa vie un silence éternel seulement entrecoupé de cris d'agonie et de fous qui continuaient de résonner dans sa tête. Alors, cet instant de grâce des plus banals, ce partage entre amis longtemps séparés, le ravissait et il en redemandait. Il avait besoin de vie pour oublier, de beaucoup de vie. Le regard fixé sur son filleul et l'oreille consciencieuse, son supplice battait moins fort dans son cœur, un piano pianissimo. Remus l'avait prévenu. Harry semblait souffrir du syndrome du survivant. Un signal d'alarme qui noircissait le tableau de son vœu devenir. Aussi, l'entendre avec insouciance se confier de ses premiers jours à Poudlard, l'espionner manger et inspecter la joie dessinée sur son visage de jeune homme quand ses meilleurs amis se chamaillaient pour des broutilles, le réconfortaient et l'imperméabilisaient de tous les à-côtés. Sirius était bien présentement. Tout simplement bien. Il priait secrètement un coup de baguette magique capable de lancer un Stop et de photographier ce cliché d'une « normalité » du quotidien. Un retour à la réalité. Toutefois et plus complexe, son ressenti était à double face, telle une pièce constamment lancée en l'air. En effet, si la perspective de la disparition de cette scène à la tonalité vive l'oppressait fondamentalement, il était tout autant épouvanté de se trouver ici. Dans un lieu qu'il avait beaucoup de mal à ré-apprivoiser, à palper et à considérer comme autre chose qu'un fantasme de vieux fou. Un rêve de prisonnier martyrisé. Un paradoxe inavoué et coupable. Sirius Black terrait ses doutes derrière son sourire charmeur et une nonchalance d'ancien maraudeur mais dans le fond il transpirait d'un mal-être inguérissable.
- Allez, je vais nous chercher de quoi ravitailler, conclut-il d'un clin d'œil malicieux à Ron.
Motivé, il se levait lorsque Sacha se proposa. Repu, l'estomac lourd, ce dernier trouvait là l'occasion idéale pour s'éclipser et dégourdir ses grandes jambes comprimées par une table peu adaptée. Harry, Ron et Hermione d'un même élan lui dégagèrent l'accès et il s'évapora vers l'avant du café. Tout de suite, tandis que les trois autres Griffondors se replaçaient, Hermione fut bousculée un peu trop fortement par l'impétueux Ron pressé de son repas de Pantagruel. Elle fut carrément poussée dans les bras de Remus Lupin qui vivement l'empêcha de s'affaler avec humiliation sur la banquette. Cette soudaine promiscuité avec son Professeur de Défenses contre les Forces du Mal, donna très, très chaud à la jeune fille. Le visage haut, elle heurta deux billes miel, le sang comme brûlé au tisonnier lui monta aux joues. Elle savait les lycanthropes plus chauds que les humains et le regard parfois hypnotique, mais être confrontée physiquement à cette vérité lui tourna légèrement la tête.
- Pardon, se confondit-t-elle maladroitement la voix anormalement fluette. Elle rampa, se redressa et quitta les bras qui l'entouraient en support.
Remus se contenta de lui répondre d'un sourire.
A une distance éloignée proche, Sacha qui appréciait être debout, eut une surprise. Yenyeli, assise au comptoir, buvait un thé glacé. Curieux, il l'étudia. Son allure générale, isolée et sombre, respirait une atonie somnolente et foncièrement insensible des autres. Seule et anodine, elle ne paraissait rien attendre du monde tout en laissant entrevoir dans un minuscule trou de souris l'expectative. L'espoir de quelque chose ou plus exactement de quelqu'un. Cette esquisse bancale surmontée d'une barrière infranchissable donna mal au cœur au jeune homme et secouant la tête pour s'en défaire, il l'apostropha.
- Coucou !
- Sacha, l'accueillit Yenyeli monotone en portant son verre en célébration avant de le porter à sa bouche. Ses yeux étaient cernés mais aussi éclairés qu'un phare au milieu de la nuit. Alors cette journée, tu t'amuses ?
- Beaucoup, oui, merci. Hermione, Harry et Ron sont avec moi, ainsi que le professeur Lupin et si j'ai bien tout compris… le parrain d'Harry. Hum… un certain Sirius Black ou un nom avoisinant. J'ai parfois du mal avec les noms tu sais.
De la douceur aux ténèbres, le regard de Yenyeli brusquement se voila. Un linceul sépulcral, et son aura modifié propulsa tout obstacle à la ronde à dix mille lieux de son point d'origine. Sacha compris.
- Black… Black est ici, dénota-t-elle mal aimable et la langue aussi vénéneuse qu'un reptile.
Dépourvu, il hésita. Désorienté par ce changement de caractère jamais vérifié sur elle avant aujourd'hui, il recula d'un demi-pas.
- Yenyeli, qu'est-ce...
Clang ! Le verre explosa. Il se tétanisa, avant de s'affoler à la vue du sang.
- Yenyeli, tu es…
- Ah, te voilà !
Le jeune Griffondor sursauta, suspendu par une voix qu'il reconnaissait sans la moindre hésitation. Il avait certes du mal avec les noms mais les voix se marbraient dans son esprit dès la première note, tel un refrain ineffaçable. Doucement, il se retourna.
- Tu as passé commande ? Ce pauvre Ron se dessèche à vue d'œil c'est affreux.
Il ne répondit pas. Il visionna Yenyeli du coin de l'œil, puis Sirius, et une petite chanson dans sa tête fredonna une catastrophe imminente.
- Bah alors, insista l'homme en fronçant les sourcils. Tu ne réponds pas ? Oh, tu as rencontré une amie. Tu nous présentes ?
- Euh…. c'est-à-dire que…
Sacha ne souhaitait pas spécialement se perdre dans les présentations d'usage, il avait plutôt le désir raisonnable de s'envoler loin, très loin d'ici. Tout de suite. Avec Black sous le bras et Yenyeli parfaitement seule. Il avait appris au passé à respecter sa solitude presque vitale parfois. Un égard qui survola de très haut Sirius Black, si empaqueté dans ses manières de gentilhomme.
- Mais par Merlin, vous êtes blessée ! s'exclama-t-il compatissant et altier. Sans permission, il se faufila, sortit un mouchoir de sa poche et l'offrit en garrot à la femme inconnue. Une bonne action dont Griffondor aurait dû l'abstenir.
- Ne me touchez pas ! imputa Yenyeli gravement, le corps tendu et le visage rivé au bar avant qu'il n'ait dépassé ses frontières.
La voix plus acérée qu'un couteau, Sirius se figea lorsque deux yeux pénétrèrent son champ de vision. La stupéfaction s'imprima sur ses traits Griffondor. Jamais de sa vie, il n'avait découvert couleur si étrange, ni même essuyé une haine si claire et farouche qu'en un éclair, il devinait sa mort arriver.
- Sirius Black, je présume, engagea l'assaillante égale en quittant sa chaise, mesurée et ralenti. Elle le força à faire marche arrière. Hautaine, elle le lorgna de la tête aux pieds, telle une énigme infâme à résoudre lorsque re-tatouant son rouge et or sur ses pupilles maudites, elle résuma, avec l'estime allouée à un cadavre en décomposition qui n'aurait même pas l'utilité de servir d'engrais au lendemain.
-Voici donc à quoi ressemble le fameux Sirius Black… Par la Déesse lune, qu'elle misère ! Les Hommes font vraiment grand cas d'un rien du tout et si vous voulez mon avis l'insignifiance vous irait mieux à ravir.
- A qui ai-je l'honneur ?
Piqué, Sirius n'avait plus rien de courtois. Il était aussi froid qu'un glaçon trempé dans de l'azote liquide. Il n'admettait pas l'insolence injustifiée d'une étrangère et son côté rebelle lui interdisait de se laisser démonter impunément. Il s'échauffait comme chaque fois que quelqu'un l'attaquait.
- Une anonyme… lui accorda Yenyeli indubitable. Qui s'indiffère de votre honneur alors d'un conseil avisé, laissez mon nom anonyme se forger et retournez d'où vous venez !
- Voyez-vous cela… -il s'esclaffa et accosta, menaçant. Elle ne l'intimidait pas, au contraire, elle l'aimantait.- Si vous permettez, je suis seul juge de mon cas alors éclairez-moi de votre identité je vous prie. Que je puisse m'amuser à mon tour.
- Sirius ?
Harry, survenu au milieu d'une tempête et vêtu de son manteau s'immobilisa avant de se reprendre.
»Professeur ?
- Professeur ? tiqua l'Animagus en dévisageant drôlement son filleul.
- Professeur Yenyeli, Assistante en Potions, acheva Remus qui suivait Harry, accompagné de Ron et d'Hermione. Ils étaient tous rhabillés.
Yenyeli sauta sur l'occasion. C'était une aubaine que cette intermission. Ce groupe à la rescousse d'un homme qu'elle avait déjà tué mille fois dans son esprit, anesthésia la bile qui lui remontait de l'estomac. Le poing crispé, elle inspira. Puis expira, tentant d'ensevelir l'ébullition volcanique qui s'écoulait dans le réseau de son corps. Suffisamment délassée, elle déposa l'argent pour sa boisson et le verre involontairement brisé, et d'une évasion propice elle se déporta vers la sortie. Elle avait besoin de se libérer d'ici, de fuir cet homme à la connotation meurtrière et tout de suite. Un acte très mal reçu par le dernier des Black. Il n'en avait pas terminé avec elle et machinal, il fonça avant d'oser la tirer par le bras.
- Hey ! je vous ai posé une question, enragea-t-il plus têtu qu'un âne bâté.
- Et je vous ai ordonné ne PAS ME TOUCHER ! s'opposa-t-elle en se dégageant si violemment qu'il fut soufflé, marqué une nouvelle fois par un retrait inévitable. Percuté de plein fouet par un halo destructeur, il régressa d'un mètre et tituba. Pas impressionné d'accord mais vigilent tout de même.
- Yenyeli…
Sacha. Amical, réservé et préoccupé de son entaille qui gouttait du rouge par terre, il s'intercala.- Ta main… il faut...
- Ne t'en fais pas, lui interdit-elle d'avancer. Sa voix n'était plus qu'un sifflement pénible, une corde de violon pincée trop sèchement au point d'être désaccordée. Automate, elle exhiba la paume de sa main. La plaie se refermait comme par magie pour ne laisser qu'une fine cicatrice et du sang séché sur la peau. Sacha fut sans voix, elle s'en alla. Et chuta. Dévastatrice, la foudre se tara de son souhait et fendit définitivement son ciel aujourd'hui. Frôlé la poignée de porte, elle s'effondra, genou à terre, et le cœur assommé d'un mal indescriptible.
- Non, persiffla-t-elle les dents serrées en se comprimant la poitrine des deux mains et suffoquant telle une locomotive lancée à pleine vitesse.- Pas maintenant. Par la lune, pas maintenant. Mais la lune s'embarrassait très peu de ses revendications dernièrement. Elle la mettait à l'épreuve, encore et toujours, étirant le fil mince et fragile qui lui restait pour accomplir sa promesse. Un cri, à l'extérieur retentit. Puis un autre, et un autre… Courageuse, Yenyeli se releva et se prépara mentalement à affronter la tristesse d'un cœur pur et perdu. Deux pas, elle était dehors, chassée de près par tous les Griffondors.
- Que se passe-t-il ? s'égosilla Harry étourdi du vent de panique débattu tout autour.
- Un monstre, répliqua un passant qui prenait ses jambes à son cou.
- Quoi ?
Un doigt désigna un point précis dans l'horizon et son cœur loupa sa cadence. A quelques mètres de leur position, un être à quatre pattes de presque cinq mètres de haut traversait la grande rue. Tous les villageois de Préau-lard fuyaient dans l'autre sens, paniqués et aux abois. Stupéfixé, Harry le détailla. Subjugué par cette apparition tout droit sortie d'un livre au genre épouvantable et terrifié sur place, incapable de réagir, il ne put que regarder. Au bout du compte, il recula, si… inhumaine était cette chose.
Des jambes d'une taille astronomique. D'une largeur presque égale à celle du bassin d'un homme, celles arrières étaient couvertes d'un pelage dru et noir montant jusqu'au flanc tandis que celles du devant, toutes aussi puissantes par leur musculature impressionnante, étaient velues jusqu'aux coudes. Deux plus grandes, deux plus petites. Deux pour se tenir debout, deux autres pour fustiger l'ennemi. Derrière des sabots, devant des mains dont les griffes épinglées profondément dans le sol sonnaient la mise en garde : n'approchez pas ! La peau, aussi sombre que du charbon révélait tout le circuit sanguin filant à plein régime. Une poitrine nue et imberbe, un cou aussi redoutable que celui du plus imposant des taureaux. Une longue crinière de feu sur le dos, des yeux couleur de l'argent qui brillaient. Deux cornes, asymétriques et pointues sur le front. Et comme si cela ne suffisait pas au cauchemar dans lequel Harry s'imaginait être la proie, des cris stridents s'échappaient d'une gueule surpuissante. Ouverte en grand, on distinguait nettement les crocs affilés qui n'attendaient qu'à transpercer la chair. Une bête, un animal féroce, sauvage déambulait en plein jour et c'était comme un retour en arrière. Être replongé dans l'horreur de la guerre. Harry, apeuré, serra son cœur.
- Bon, on s'y prend comment ? interrogea Black, le premier réactif. Baguette en mains, buste penché vers l'avant, il était paré au combat-. Il semble immunisé contre les sorts.
De l'autre côté, des sorciers téméraires, s'acharnaient à lancer tous les sorts. En vain, l'animal encaissait bien, même blessé, il ne faiblissait pas. Une question et une constatation qui révulsa Yenyeli dont la sérénité à peine contrôlée était sur le point de faillir, un fétu de paille embrasé d'un volcan. Inapte à contenir ses mots, elle cracha à nouveau.
- Toutes ces années à Azkaban ne vous ont pas suffi ?
- Je vous demande pardon ? s'indigna Sirius, abêti.
- Attaquer l'innocent qui plus est un élève, même dans votre monde c'est se condamner à la peine capitale. Oh… votre sort m'importe peu, mourrez, souffrez, je m'en fiche mais je ne vous laisserai pas l'attaquer lui. Jamais.
- Un élève ? répéta Ron halluciné. Vous voulez me faire croire que cette chose étudie à Poudlard ?
Yenyeli le fusilla de son regard, cogné, il se retrancha contre Hermione.
- Elle a raison Sirius, attesta Remus en se calant devant le quatuor en présage d'une attaque éventuelle. Il parlait calmement bien que très légèrement perplexe. Tu te souviens ? Je t'ai évoqué les mesures exceptionnelles entreprises cette année par Dumbledore. Et bien, il fait partie de ces nouvelles mesures, à l'excepté qu'il est sous sa forme réelle et qu'il n'aurait jamais dû s'y trouver. Qu'est-ce qui a pu se produire ?
- C'est évident ! -Yenyeli continuellement réprouvait avec sévérité, si âcre était sa bouche quand tout son corps frémissait d'une colère difficilement cernable.- Il est effrayé. On lui a fait peur. Quoi, qui ? je l'ignore mais cela a déréglé son pouvoir et voilà le résultat.
- Effrayé ?
Ron, comme fréquemment ne pouvait s'empêcher de débiter ses pensées. Rampant, il suppliait Merlin pour un repli immédiat.- Effrayé ? Alors qu'il épouvante à lui tout seul Préau-lard. C'est une blague !
- Humains stupides, s'emporta l'assistante excédée. Un pas en avant, elle progressa à la rencontre de la bête. Saletés d'Humains stupides. Quand apprendrez-vous à voir par-delà votre cécité. De cette stupidité aveugle qui fausse votre jugement des autres et du monde. Soyez maudits, tous autant que vous êtes.
- Hey ! aboya Sirius d'un geste instinctif pour la retenir. Curieusement et sans explication, il se morfondait de la voir trainer au devant du danger.
Yenyeli, insaisissable n'en avait évidemment que faire. A cet instant dans son esprit colorié de ténèbres n'irradiait qu'une petite flamme luttant pour sa survie. Cet enfant pas comme les autres, ce petit prince aux yeux de la beauté du monde qui errait sur le chemin des souvenirs et canalisant ses forces, elle avança. Discrètement mais sûre d'elle, elle aborda avec respect et douleur cet être blessé dans son corps, meurtri dans son cœur et noyé par un sentiment de terreur. Il pleurait, à n'en pas douter, c'étaient des larmes qui coulaient par ses cris. Prudent, il la repéra, se cabra, plus transi que jamais quand dans un geste d'auto-défense, il chargea. Elle fut plus vive et contra, bâtissant un mur invisible entre lui et le reste du monde.
- Qui t'a mis dans cet état ? réfléchit silencieusement Yenyeli. Accroupie, sa main collée au sol et cerclée de lumière rouge avait tracé un signe sur la terre afin de délimiter un périmètre suffisamment grand pour les contenir tous les deux. Tranquillement elle se releva, traversa sa propre magie et les clôtura.
- Cette sphère… édicta-t-elle à l'intention de son élève. Sa voix n'était que douceur. Elle n'existe que pour toi. Te protéger toi et jamais eux. Je ne suis pas ton ennemie.
Deux prunelles luminescentes l'examinèrent avec l'intensité d'une étoile, analysant la véracité des propos. Acceptée, elle poursuivit.
- Tu as peur, n'est-ce pas ? Si peur et seul en cet instant. Et dépassé par tes pouvoirs, rester toi, tu as oublié.
Un grognement triste lui donna raison.
- Aladiah de la Coline de l'Aurore, murmura-t-elle en souriant. Quel beau prénom qui est le tien.
Interpelé, il lui prêta toute l'attention. Personne hormis sa famille proche n'avait le privilège d'épeler dans l'entier son nom. Aladiah seulement était connu par la majorité.
- Ne me repousse pas s'il te plaît, le sollicita-t-elle en s'inclinant déférente pour donner du poids à ses mots. Je suis venue pour t'aider. -elle approcha, plus près, jusqu'à n'être plus qu'à un pas.- Tu es blessé… Elle le toucha, se posant telle une brise sur une feuille d'arbre par dessus une plaie ouverte et suintante. Saigné de corps, saigné de cœur, il était sans défense, il se figea, sans reculer cependant. Bercé par le soupir en échos harmonieux et empathique de cette assistante qui paraissait le comprendre. Puis, la magie opéra. Pour guérir, Yenyeli coula un peu de sa magie et l'entaille comme sur sa propre main, se cicatrisa, endiguant le saignement et supprimant la douleur. Une première victoire.
Pendant ce temps, à l'extérieur, Sirius le plus proche contemplait abasourdi la scène. Sourd des dialogues il n'avait que ses yeux pour comprendre. Et ces yeux scrutateurs décelaient la démarche sacrée que cette assistante interprétait pour cette chose monstrueuse. Un solo de notes précises et virtuoses instrumentalisé par une volonté farouche d'apaiser. Oui, d'apporter la paix. Chaque mouvement allégé était comme une mélopée. L'homme cessa de respirer quand l'animal se courba, tête en avant pour quêter la chaleur bienfaitrice de celle qui était venue le sauver.
- C'est bien, l'encouragea Yenyeli en lui ouvrant les bras. Je viens à toi, toujours, et ensemble nous allons nous souvenir. Il faut que tu te rappelles Aladiah de la Coline de l'Aurore, c'est important mais n'oublie pas, -une main sur le front, au milieu des deux cornes, l'autre sur son propre cœur.- Tu n'es pas seul alors qu'importe ta douleur ou la souffrance de ton âme, je suis avec toi. Je vais t'aider. Je veux t'aider et c'est à deux que nous allons tourner l'aiguille du temps. A l'envers, un tour, deux tours, voilà, accepte-moi. Souviens-toi Aladiah. Souvenons-nous de ce qu'il s'est passé. Meminisse ! (1)
Un mot invoqué dans une langue passée et une lumière jaillit, connectant leurs deux âmes.
Yenyeli, chef d'orchestre, absorba les derniers instants d'Aladiah juste avant sa transformation. Le spectacle auquel elle assista ne fit qu'accroitre sa haine des Hommes et son désir enfoui profondément de les voir annihilés. Jusqu'au dernier. Le dragon se réveillait et un feu cuisant consumait tout l'oxygène. Des voix venues d'ailleurs débitaient autour d'elle et à l'intérieur et un instant bref et concis, elle s'égara. Heureusement, elle n'était pas seule, Aladiah la reliait sur terre dans cet instant, et décuplé sa magie elle reprit l'avantage. Aladiah était le seul qui comptait, là devait être son unique pensée.
S'envolant dans son esprit, elle parcourut sa ligne destinée passée quand amère elle s'en voulut d'avoir eu raison. Elle vit de ses yeux vus ce que son cœur empathique avait enregistré au premier cri. Un enfant arborant les couleurs de Poufsouffle. Un enfant délaissé quelques instants par des amis fort peu recommandables au milieu des rues bondées du village. Un enfant effarouché et négligé qui avait sombré dans l'abyme. Comment l'en blâmer quand l'enceinte de son existence maintenant était une extravagante nouveauté par rapport à hier ? Aladiah entrevoyait à peine le monde particulier des humains. Errer librement parmi eux était comme marcher sur une plaque de glace formée du matin. S'il baissait sa garde, il tomberait dans l'eau gelée et mourrait.
Seul, il avait fouillé, se recroquevillant dans un coin refoulé du village. Une cachette pour se consoler et se retirer de ce monde suant d'un sentiment de malaise, lorsque déboulé de nulle part, un homme l'avait barré. Vêtu tout de noir, capuchonné et mauvais, il s'était dressé sur sa route tel un flash de ténèbres percé dans la lumière de la lune. Une ombre néfaste qui d'une main à l'épaule et souligné d'un sort informulé avait envahi sa tête dans le but pernicieux de lui remémorer les plus tristes et pénibles moments de sa jeune vie. Un choc pour Aladiah. Sans défense, il avait tout revu.
Il avait revu sa mère, assassinée des années auparavant par une bande de jeunes sorciers en quête de sensations fortes. Sa petite sœur des années plus tard, son troupeau d'appartenance et ses amis… décimés cruellement par des Mangemorts parce que coupables d'avoir dit non au Mage Noir. Refusant formellement de faire serment de mort sur les faibles et les plus démunis. Aladiah avait couru pour survivre. Tout jeune, un bébé, son père l'avait caché et protégé tandis que les gémissements martelaient son crâne et que les massacres de son clan se perpétraient à quelques mètres. Ne pas pleurer, ne pas crier, ne pas être repérés, Aladiah et son père avait tu leur tristesse. Impuissants, ils avaient contenu leur colère et leur désespoir de vengeance vaine. Des larmes, des complaintes et du sang, voilà ce qui avait régi toute son enfance et quand enfin la paix avait régalé l'été faste dernier, la peur d'Aladiah était restée accrochée à son cœur, une maladie incurable. Ensuite, Dumbledore était venu, ressuscité, et avec lui une offre privilégiée d'appréhender l'autre côté du miroir couronné d'un masque d'humain. Motivé par la sagacité de son père, Aladiah avait dit oui, rentrant à Poudlard dans un état de stress désastreux.
Si au début, il s'était plu, ébloui par leur diversité, curieux de leurs intrigues vastes et variées, il avait rapidement déchanté. Beaucoup de ses camarades qui au grand jour jouaient les gentils, critiquaient par derrière les êtres différents tel que lui. Dès cet instant, Aladiah avait compris une chose essentielle. Autres que les armes de fer ou de magie, l'Homme savait blesser avec les mots. Des mots, plus tranchants que des lames de rasoir, plus insurmontables et fatals qu'un sortilège de mort. Leurs cicatrices étaient indélébiles. Touché et malheureux, Aladiah pour se préserver avait cessé de parler, enterrant sa voix dans son petit cœur chamboulé. Ne plus parler, ne pas pleurer, refuser de crier, tout avait défilé à une vitesse folle dans son esprit, omettant complètement les moments heureux, ses souvenirs les plus précieux de vie. Cet homme étranger, avait frappé exactement sur le bouton de sa géhenne et conséquence irrémédiable, une vague d'apocalypse avait dérivé son âme vers une île gouvernée par l'instinct de survie. Enflammée, incontrôlable, sa phobie l'avait dominé et avec elle, le sort maintenant sa forme d'Homme aux yeux de tous. Se croyant en péril, sa magie avait pris les devants et hurlé son devoir de gardienne, veillant sur lui quitte à tout détruire. Adieu le masque, il avait recouvré son apparence d'origine, c'est-à-dire un Minotaure des plaines assez grand et fort pour venir à bout de n'importe quel ennemi. Et ce n'est sûrement pas au retour de ses amis, paniqués et s'écriant au monstre et à l'aberration qu'Aladiah, désorienté et troublé avait eu la moindre de chance de résister. Cette apparence était la sienne, le vraie et il l'aimait mais Dumbledore avait refusé de l'imposer à ses élèves dès le début, retardant l'échéance de vérité sur tous les nouveaux êtres comme lui qui vivaient désormais à Poudlard. Et une chose en entrainant une autre, cette situation avait échoué là où elle était actuellement.
Yenyeli, dégoûtée par cette lâcheté du Directeur, un choix qu'elle n'avait pas cautionné à l'heure de son embauche, s'échina résolument à ramener le Minotaure sur le droit chemin. Le contraignant à se rappeler la sensation éprouvée avant sa métamorphose pour en inverser le processus. Après, elle les déconnecta. Les yeux dans les yeux, elle transmit réconfort et entraide au garçon, l'incitant implicitement à comprendre qu'il était sauf. Mais c'était difficile pour cet être craintif à la confiance inexistante. Il se méfiait quand son instinct réussissait tout de même à la juger sincère. Exilée… comme lui, il lâcha prise et se laissa emmener. Il fut récompensé. Le ciel s'obscurcit. Les nuages gris remplacèrent le soleil et la pluie s'abattit sur la terre. Un signe divin, une coopération de Mère Nature en personne, Aladiah fut rasséréné, tranquillisé. A l'intérieur de cette barrière qui prohibait toute intrusion, même celle de l'intempérie, il se plongea dans les pupilles rouge et or et commença à oublier sa peur. Précautionneusement, il harmonisa sa magie, et épaulé de Yenyeli qui avait joint son énergie à la sienne, il se métamorphosa. L'instant suivant il n'était plus qu'un enfant d'à peine onze ans aux cheveux rouges et aux yeux blancs argentés dont la nitescence avait disparu. Entièrement nu, frêle et en sang il n'était plus qu'un innocent au regard aveugle des humains, un cœur pur à préserver.
Epuisé et les yeux plein de larmes, il s'écroula. Yenyeli le réceptionna et l'enlaça aussi chaleureusement qu'un nouveau né. Il était sauvé, par la Déesse lune, merci. De quelques mots, elle désenchanta sa magie et le mur s'effrita avant de s'évaporer complètement.
- Ça va aller, chantonna-t-elle en une comptine bienveillante. Aladiah tressautait contre elle tandis que la pluie arrosait leurs deux corps éreintés. Ça va aller. C'est fini. Là… tout est fini…
Elle poussa sur ses jambes, lestée d'Aladiah et résolut de rentrer au château quand le ciel pour la première fois aujourd'hui souffla un vent de refuge. Plusieurs pops éclatèrent, les renforts. Severus en tête, il fila droit sur elle.
- Je te déserte d'une matinée, une seule et voilà dans quel état je te récupère, dénonça-t-il aussi impassible que de coutume à l'exceptionnelle différence que ses lèvres tremblaient. Du rouge de sang parcourait Yenyeli, un délire pour le maître des Potions.
- Severus … s'il te plait, renvoya-t-elle exténuée et le sourire timide, si heureuse et soulagée elle était de le rallier maintenant. Cet enfant a besoin d'un médecin.
Il n'écouta pas.
- Cela t'amuse ? Est-ce ta manière macabre de tester mes nerfs ? Un jeu pour évaluer ma capacité à endurer ton obsession continuelle de te fourrer dans les situations les plus critiques ?
- Severus… réitéra-t-elle sans force pour contredire Serpentard quand elle percutait son angoisse. Une ombre coupable dans son cœur sans couleurs.
- Ou n'est-ce qu'une idée inspirée par ta stupide lune ! Regarde-toi, tu tiens à peine debout, j'aurais mieux fait te consigner. T'enfermer dans tes quartiers et…
- Severus !
Severus se censura, enfin appliqué vers Yenyeli qui avait tonné son nom en désespoir de cause. Noir d'encre contre rouge et or, il s'ancra dans son regard et l'écouta.
- S'il te plaît, le pria-t-elle une dernière fois. Cet enfant nécessite des soins urgents. Or je te serais gréée si tu voulais bien l'emporter. Tu sais que je ne peux pas me déplacer comme vous, alors pour moi… s'il te plaît…
- Tu es blessée.
- Non. Ce sang n'est pas le mien. Aladiah… -elle dévia sur le garçon à demi-endormi dans ses bras- Il va mal. Il a mal… Severus je t'en conjure.
Un seconde longue perdura et…
- Donne-le-moi.
Yenyeli explora Severus, il lui tendait les bras, elle le remercia du chef et s'aligna devant lui.
La Lune, reconnaissante, se prosternait sur la Terre,
Un Serpent, charitable, portait secours à la Lune.
Ciel et Terre unis dans cet instant pour protéger un enfant innocent.
Yenyeli, humblement, lui remit Aladiah dans les bras, délicatement, prenant bien garde de ne pas le bousculer quand celui-ci remua. Désespéré il s'agrippa à sa manche et la supplia muet de ne pas partir.
- Ne t'inquiète pas, l'amadoua-t-elle en souriant du coin de la bouche. Le professeur Snape est un ami précieux à qui je confierai ma vie, tu n'as rien à craindre avec lui, je te le jure.
Aladiah, conforté, s'écarta avant de couler dans les bras du Professeur de Potions. Détendu, il s'endormit. Severus considéra Yenyeli. Sa petite étoile qui même en pleine débâcle réussissait à converser de mots qui affectaient sa légende d'imperturbable. « Un ami précieux à qui je confierai ma vie », il déglutit avant de se détourner, effaré par cette possible véracité.
Yenyeli en face s'ennuya d'un détail. La mine contrite, elle creusa droite et gauche à la recherche d'une bonne âme. Elle pêcha Harry Potter et pesta, irritée d'être astreinte de s'en remettre à ce sauveur du monde qui de par sa simple existence provoquait en son for intérieur un sentiment prépondérant d'Armageddon. Mais elle n'avait pas le luxe d'épiloguer quand le temps défilait sans compter, et il était le plus près alors elle abdiqua. A contrecœur râleur, elle l'employa.
- Prends Potter avec toi.
- Comment ? s'empourpra Serpentard incertain d'avoir bien entendu.
- Potter ! appela-t-elle aussi agréable qu'une porte de prison. Sa voix sortait avec difficulté. Cessez de jouer les espions et finissez d'approcher s'il vous plaît. Je vais vous confier une mission : veiller sur Aladiah le temps que je parvienne au château. Du fait des circonstances, précisa-t-elle à l'adresse de Severus. Dumbledore aura besoin de son équipe pour aplanir la situation et réparer les dégâts de sa stupidité ici. Toi le premier, or il est hors de question qu'Aladiah reste seul. J'ai promis.
- Mais… réfuta l'homme obstinément.
- Potter ? -coupant court à ses contestations, elle ne parla qu'à Griffondor.- Je compte sur vous, ne me décevez pas.
- Ou…oui, bafouilla Harry qui ne comprenait rien à rien si ce n'était que l'assistante l'avait choisi par dépit et non par envie. Je ferai de mon mieux.
- Posez votre main ici et laissez le Professeur Snape amarrer l'ascension.
- Viens avec moi ! discontinua Serpentard caustique, il s'impatientait déjà d'être alourdi de deux gamins sur les bras. Je peux t'emmener à la place de Potter, tu le sais. Qu'est-ce que tu comptes faire précisément pour me soumettre à ta place dans cette exubérante aventure ? Où est-ce que tu vas, réponds-moi.
- Je te rejoins, dérouta Yenyeli en le regardant droit dans les yeux. Vite. Alors maintenant va. Tu m'entends Severus, Va ! s'obstina-t-elle en le poussant gentiment du plat de la main. L'homme couvert d'un rouge et or très légèrement plus sombre que d'ordinaire, et battu froidement par la pluie qui ne s'arrêtait pas, interpréta l'urgente évidence qu'elle lui imposait quand il était dépouillé de sa réponse. Dépossédé allègrement du dernier mot quand son esprit tournait à cent à l'heure pour prédire le spectre qui tourmentait son assistante, il se résigna. De marbre, telle une statue de pierre, il obéit et transplana.
Harry, sur les conseils commandés de l'assistante, laissa la barre de navigation à Snape, honnissant de toute manière ce moyen de transport sorcier qui lui donnait la nausée. Cependant et contrairement à son expérience rare et passée, une divergence s'institua. Le transplanage normalement rapide s'éternisa. Un périple au ralenti dont les images se contorsionnaient pendant que la distance les séparant du château ne se réduisait pas. Fait plus bizarre, Harry qui tenait fermement la main de l'enfant, se voyait parcourir le chemin. Il marchait aux côtés de Snape dans un paysage proche du mirage. Puis, l'horizon s'estompa et un noir de ténèbres peigna toute sa toile. Harry paniqua, pris au piège. La sensation d'enfermement et de désespoir perpétrée dans son dernier cauchemar ressurgit avec l'aliénation d'un fou. Il avait peur. Il avait froid. Il était seul. Et peu à peu, il se dématérialisa de son âme. Des voix clamèrent au milieu des ténèbres. Hommes, femmes, enfants, tout se mélangeait. Un vacarme tonitruant, un Requiem des trépassés oubliés.
Harry, déboussolé, entendit des mots.
« … qui es-tu, quoi es-tu, tu veux bien être mon amie » ? « tu m'appartiens désormais ne l'oublie pas » ! « Avoir peur, mais qu'est-ce que c'est… est-ce une chose qui fait mal » ?
Harry, troublé, ourdit des cris.
« par pitié ne me faites pas de mal » « un enfant… arrêtez… ce n'est qu'un enfant sans défense, laissez-le vivre je vous en supplie »
Malheureux, il sonda quelques éclats de rire.
« … pas la peine de courir, tu ne m'attraperas pas… » « Ne vous éloignez pas trop les enfants, c'est compris » ? « Promiiiiiis… »
Et encore des cris, beaucoup de cris.
«… Nonnnnn… papaaaaa » ! « Je ne veux pas mourir… j'ai peur… » « par le ciel aidez-nous, sauvez-nous » ! « Avada Kedavra » !
Puis, énormément de larmes.
« Maman… m'man… ouvre les yeux… s'il te plaît, ne m'abandonne pas… ne me laisse pas tout seul… » « A quoi bon survivre si tout le monde autour de moi meurt » ?
Harry, submergé, fut envahi de restes de fantômes. Déversés violemment en plein centre de son cœur. Il avait mal, terriblement mal, cumulant leur chagrin et leurs maux. Tous, ensemble, partout. Dépassé par l'évènement, il ne discerna même pas l'étincelle de lumière éphémère qui scandait son nom. Le fantôme enchanté de sa mère affluée ici pour l'aider. Lily avait embrassé la détresse de son fils mais c'était trop tard maintenant. Vaincu, il fut pris de vertiges et fléchit, se décrochant de la main qu'il n'arrivait plus à serrer. Dans une tentative inutile, il se boucha les oreilles, désireux de tous les faire taire, mais trop faible il sombra, abandonnant tout espoir de pouvoir revoir la lumière du jour. Il n'y a plus de lumière pour les morts oubliés. Pour les âmes damnées.
Heureusement, Severus Snape, talentueux, pressentit l'étourdissement du sauveur et lui porta secours. L'instant d'après, ils étaient devant les grilles du château. Harry, vidé, trébucha avant s'étaler tout du long. Son professeur eut beau l'appeler, le secouer, il ne recevait plus rien. Si ce n'étaient ces voix au loin qui tenaces et vicieuses l'attiraient dans leur monde. Un monde de ténèbres et de morts.
« Un nom ? Je ne crois pas en avoir… » « Nous sommes tous différents tu sais, et bien souvent c'est de nous que les hommes ont peur » « Tiens, je te présente, ma nouvelle trouvaille… » « Si je ne peux pas t'avoir, personne ne t'aura… » « Tu t'es encombré d'une enfant… quelle drôle d'idée » « Sale traître, immonde immondice, je vais te tuer… »
« Qu'importe… quand viendra l'heure de ma mort, personne ne me pleurera… personne… »
Il existe dans le cœur des gens des tonalités différentes. Un passé, deux passés, personne de par son vécu n'a la même perception du monde qui l'entoure et dans lequel il essaie de se débattre en vain. De survivre. Harry Potter vivait le cœur du Ciel mais il n'en savait rien quand inéluctablement il n'avait pas conscience des autres. Parce que le Ciel avait su décrypter la Terre, puisant derrière le masque la vérité, la signification inhérente de sa sévérité et que la Terre avait vu au passé l'esseulement triste de la Lune, le ressenti d'Harry était dénaturé. L'apparence est un trompe-l'œil, l'invisible un sentiment. Il faut ressentir pour voir et ne surtout pas se fier qu'à son regard.
Le Ciel, clairvoyant, a regardé la Terre.
(1) Veut dire en latin se rappeler d'un événement passé.
Je pense m'attaquer au prochain chapitre la semaine prochaine, en attendant vous pouvez toujours me laisser un tit mot ici ou sur ma page facebook si vous désirez des nouvelles en direct. Le lien est sur mon profile, bye bye++
