Coucou tout le monde,
Plusieurs changements avec l'arrivée de ce chapitre.
Le titre. V'oui encore je sais mais pour ma défense n'oublions pas que normalement le choix du titre (tout comme le résumé d'ailleurs) est la dernière chose que l'auteur est censé dire. Bon, d'habitude j'avoue que j'ai moins de mal et que souvent mon premier choix reste le bon mais je dois trop m'investir ici, trop vouloir que tout soit parfait. Ce qui est impossible en soi mais tant pis.
Au final ce que était "Des Larmes à n'en plus finir" est devenu "Le Ciel pleure sur la Terre" qui lui-même s'est transformé en "Ciel et Terre: un petit Prince a décroché la Lune". Cette fois mon esprit me chuchote que je tiens le bon. Du coup, j'en ai profité pour réécrire le résumé, plus fun plus rentre dedans sans pour autant tout dévoiler^^.
Voili, voilou, sur ce je vous laisse à votre lecture et à ceux qui pensaient connaître ce chapitre, oubiez tout ou presque, ce n'est plus tout à fait le même.
Ah, j'ai failli oublier l'IMPORTANT: On découvre ici pour la première fois une langue nouvelle, Yenyeli s'exprime différemment avec son animal de compagnie. Bon dans l'absolu cela ne change rien à la lecture mais pour bien marquer la chose, sachez que le texte concerné sera en GRAS. Sur mon doc perso j'ai carrément changé de police mais comme ce n'est pas possible ici, je tente de trouver une alternative. :p
PARTIE I : SEVERUS
Chapitre 12: Pleure le ciel sur la terre
« Quand la pluie tombe, c'est le ciel qui pleure sur la terre. Une tempête emportée, c'est la colère du ciel qui gronde dans le monde. Pour autant, est-ce qu'un vent inexistant, un bleu sans nuage ou un temps ordinaire signifient un ciel heureux ? Le ciel s'indiffère parfois, souvent, dépité par la terre, son autre soi, et tous ses habitants.
Il n'y a de place que pour l'indifférence dans la totale obscurité. Tout le reste est mort. Inaccessible mes larmes, méconnue ma colère. Le bonheur ? ce mot n'existait pas. Mais, tu es arrivé. Impassible imperturbable, ouragan tourbillonnant, larmes silencieuses, tout à la fois dans ton armure en noir. D'inconscience, j'ai recueilli l'extrême contraste qui te compose, mimant ce même comportement en priant la lune te ressembler. Comme un écho dans les ténèbres, je voulais être ton miroir. Or, vouloir, était déjà en soi une nouveauté immesurable. Tu m'as appris la démesure. Severus, tu es mes larmes débordantes intarissables, ma colère destructrice impardonnable, mon bonheur éphémère inestimable. Seule, mon entière indifférence s'oublie à tes côtés.
Tu es ma démesure. »
- Malchance d'opportunité, Harry est tombé.
Soupir silencieux en échos.
- Professeur ?
Note noire sans musique au piano.
- Professeur Dumbledore vous m'entendez ? Harry est à l'infirmerie dans cet instant mais j'ai manqué de le rallier.
- Il pleut.
- Comment ?
Debout devant sa fenêtre arrondie, le Directeur nostalgique explorait l'horizon. Son fantôme Griffondor intrigué, se plaça à ses côtés et engloba l'extérieur pluvieux. Au nord, flottait une ombre orageuse, un ciel menaçant qui frappait sur terre en une pluie forte et puissante.
- Le Ciel pleure sur la Terre, déplora-t-il pessimiste et songeur. Nous échouons aujourd'hui ma chère Lily.
- Non ! contesta celle-ci très légèrement affolée par cette prévision. Nous essayons à peine.
- Mais Harry… nous n'avions pas prévu Harry aujourd'hui.
- A l'identique, nous n'avions pas présagé l'accident au village.
- Ni ses conséquences désastreuses, constata le vieil homme obscurci, ses yeux bleus ternes et sans vie. Sa voix sortait comme un message de mauvais augure, grave et formel, il fit face à sa complice.
»Le Ciel a usé sa magie. Tout se dégrade, le temps s'accélère, le temps est compté mon enfant. L'ombre grandit et la prophétie s'avère plus destinée qu'elle ne l'était hier.
- Je sais, affirma spontanément Lily triste et coupable. Et mon fils souffre de notre échec j'en suis consciente. Pourtant il reste de l'espoir. Regardez ! conféra-t-elle en indiquant de ses yeux verts le ciel dehors. Par-delà les sombres nuages, la lumière continue de briller. Le Ciel espère encore gagner la Terre.
- Mais ce n'est peut-être qu'un souvenir ? conjectura Dumbledore incertain et inapte à regarder plus loin. Il doutait de leur aptitude à réécrire l'histoire quand le hasard modifiait le sens des coïncidences. Une étoile déjà morte il y a longtemps ?
- Le Ciel survit Dumbledore, persista Lily inéluctable. La Terre vit. Les ténèbres ne peuvent pas sortir victorieuses. Elles ne doivent pas. Certes, tout se complique et il faudra redoubler d'effort mais je continue de croire que c'est possible.
- En attendant tout est mélangé, relança l'homme en allant à son bureau. Le logo d'un grand journal était posé près de sa plume. Une dépêche lancée par la Gazette sitôt le premier cri du jeune Minotaure au village. Contrarié, il brûla le feuillet d'un coup de baguette magique et regarda les cendres tomber dans la poubelle.
»Les sentiments, les ressentis, les rêves, et les cauchemars, tout se confond. Le dragon commence à s'éveiller.
- Le Serpent veillera sur le Dragon Dumbledore. Il protègera la Lune.
- Peut-être mais à quel prix ? –Dumbledore, déplacé de l'autre côté, caressa Fumseck endormi sur son perchoir- La prophétie promet le sacrifice du Ciel et de la Terre mais ne dit rien à propos d'Harry. Harry est fort, son cœur est pur mais ressortira-t-il encore indemne après tout cela ?
- Je veillerai sur Harry. -Lily s'attrapa le cœur- Je ferai en sorte que son esprit comprenne avant qu'il soit trop tard. Je veux aider Severus. Je lui dois et même s'il n'a pas conscience de son choix de cœur, je le soutiens et lutte pour sa survie. Leur vie à tous les deux. Harry au final comprendra j'en suis certaine. Il me pardonnera. Aujourd'hui, le cœur qu'il ressent n'est pas le sien, il faut rendre au Ciel ce qui lui appartient et que la Terre aveugle découvre le secret inavoué.
- Un vœu à deux… réfléchit le directeur à mi-mot. Un vœu d'être deux maintenant et demain quand hier n'existait plus rien. Le Ciel et la Terre…
- Sont deux cœurs à n'être plus qu'un !
Aplomb incontestable dans la voix de son ancienne élève, l'homme la contempla de son regard prospecteur. Même morte et invisible, elle n'avait pas changé. Aussi tenace et résolue qu'hier, aussi sûre d'elle concernant demain. Admiratif, il lui sourit, sa barbe cachant à peine ses lèvres agrandies quand ses yeux pétillaient à nouveau de la malice de Merlin.
- Vous avez raison, allégua-t-il influencé en signant oui de la tête, ses petites lunettes tombées en bas de son long nez. Il reste de l'espoir pour le petit Prince et son étoile, alors blanchissons les ténèbres. Rompons le fil rouge et recréons demain. Renaissance de leur vie, ils sont deux êtres à n'être qu'un.
xXxXxXx
A quelques lieues éloignées du même ciel, l'obscurité tel un nuage de fumée brouillait les sens d'une étoile. Une pluie fine lassait le corps de la Lune. Le monde d'en haut miroitait la désolation du monde d'en bas. Comme un écho ourdi par une mine au reflet de lumière discontinue qui ne sait plus comment briller. Des palpitations de cœur déréglées et malades. Echouée sur la terre, l'étincelle de Yenyeli s'estompait au profit d'une flamme funèbre. Dos au mur, assise sur le sol sale d'une ruelle délabrée et déserte, elle s'évertuait à se garder en vie. Plus de souffle pour respirer librement, plus de force pour se battre franchement, le combat s'auditionnait perdu. Un dragon blessé qui ne parvient plus à voler. Cependant, la victoire se réfléchissait dans le regard aux deux couleurs. Sclérosée, privée d'oxygène, Yenyeli entrevoyait le bout du tunnel. Les deux mains portées contre son cœur, sa vie se dégradait, s'érodait tel le rocher frappé par les remous puissants de la mer. Une brûlure s'enflammait à l'intérieur de son corps comme de la braise collée aux parois de ses poumons certes, mais ce n'était qu'un mal éphémère. Quelques sévices anodins reçus en châtiment. Un délire. Elle avait bravé les limites imposées par sa nouvelle condition, elle avait embrasé sa magie, l'ordonnant de se montrer forte et suprême devant Aladiah, alors cette punition aussi redoutable pouvait-elle se faire endurer présentement, elle l'acceptait sans rechigner. Un prix dérisoire selon son opinion très personnelle du coût précieux de la vie, bien qu'en toute honnêteté elle aurait préféré s'en passer. L'éviter quand sa capacité de contrôle de soi se dépravait chaque seconde. Et désormais, il lui fallait attendre. Patienter sans se plaindre des dégâts engendrés dans son corps. Lentement, dans ce débat d'oxygène toxique lancinant. Espérer que son âme vidée de toute son énergie se maîtrise. Que la partie incontrôlable de sa définition se redessine d'une barrière infranchissable. Ne pas laisser le noir déborder à l'intérieur de son esprit. Refouler le rouge séditieux de s'écouler hors de ses veines. Et bâillonner ses voix avant qu'elles ne fassent d'elle une marionnette à la raison perdue. Mais c'était conflictuel au milieu de ce village discordant. La peur, la colère retentissaient à volume extrême dans Pré-au-lard. L'angoisse des humains continuait de croître en une absurdité sans fin. Un vent de panique étourdissant, Yenyeli ne s'entendait plus elle. Son silence était envahi, aboli, et lorsque son esprit par chance la préservait d'extérieur, d'autres voix chuchotaient vicieuses à son oreille.
« Humains sans valeur et stupides, étrangle-les de tes mains Yenyeli. Libère-toi de ton mal et tue-les !
« Tuer n'est pas ta solution aujourd'hui. Yenyeli, hier déjà la mort t'a condamnée alors ne l'écoute pas et bats-toi, tu as promis.
Ses petites voix qui partageaient sa vie. Une épreuve de les tenir au fer, muselées et enfermées dans une cage privée de lumière. Et cet air qui refusait continûment d'alimenter son cœur… découragée, elle se mit à prier. Que la lune suppurant en elle une mélancolie inexplicable élève son endurance et son courage. Résister, absorber, et se calmer quand un sentiment de fureur déferla dans sa tête. Elle avait délibérément absout Severus de son périmètre plus tôt. Elle l'avait rejeté avec abnégation, si obsédée d'opprimer ses soupçons. Têtue de lui épargner du souci, elle avait feint de faire bonne figure en face de lui avant de dévier de sa route pour s'échapper dans l'autre sens. Décliner le retour direct vers Poudlard quand profondément elle n'avait eu que le désir vrai de se laisser choir contre lui et d'être déportée loin, avait exigé d'elle bien plus qu'un peu d'oxygène. Dire non à ce Serpent et évincer toutes ses questions c'était comme se priver des rayons du soleil, se condamner au désert blanc du pôle le plus froid. Pourtant, un peu plus et Severus l'aurait vue. Il aurait deviné son malaise et sa détresse physique et c'était hors de question. Jamais ! Elle culpabilisait de sa faiblesse.
Depuis des jours déjà, elle se sentait faillir, épuisée des cours, laminée par une contradiction vivace qui se diffusait subrepticement dans le château. Trop de monde, trop de voix, trop de cœurs. Elle luttait au quotidien, se galvanisait de potions, se couvrant de son masque d'imperturbable, et forcément que l'imprévu d'aujourd'hui avait été la goutte. La brise soufflant la dernière flammèche d'une bougie à la cire presqu'entièrement fondue. Son corps protestataire avait dit stop et il menaçait dans cette seconde du temps de la laisser dépérir, exactement ici, sous une pluie interminable. Tout partait à volo, Yenyeli n'était plus reine de son destin quand elle l'avait défié effrontément au passé. Les paupières lourdes, elle somnola, le soupir saccadé.
- Bah alors ? La lune t'es tombée sur la tête ?
Echo fantôme, elle rouvrit les yeux. Une ombre flottait à quelques pas. Des cheveux volant au vent, une silhouette élancée, c'était une image originaire du passé. Un instant de bien-être succinct, elle ressemblait à l'amie chère et irremplaçable qui avait disparu prématurément de son existence il y a déjà longtemps. Tita…Le cœur de Yenyeli se resserra, happée par quelque chose qui n'existait pas. Qui n'existait plus.
- Mon p'tit Rubis des bois, déclara tendrement l'image floue en se penchant pour lui présenter une main secourable. Réveille-toi !
Elle ne réagit pas, dévisagea attentivement cette hallucination accueillante au sourire innocent et charmeur. Etait-ce la réponse de la lune ?
- Non, ne te rendors pas. Là, respire, ça va aller.
La voix se dédoubla, Yenyeli interpellée, força son regard. L'image se déformait. Deux images se superposaient, se mélangeaient quand tout à coup, un flash l'éblouit. Le temps qu'elle retrouve ses esprits, l'illusion apparue rêve se transforma en cauchemar et tout sentiment de bien-être s'évapora.
- Respirez, là ça va aller…
Yenyeli, les yeux écarquillés dans deux pupilles indésirables, se statufia. Quel diablotin pernicieux s'amusait encore à ses dépends du ciel ? Ce n'était pas la lune protectrice qui avait intercepté son appel mais le trou noir d'une aliénation. Sirius Black, à genoux à une vingtaine de centimètres la touchait pour vérifier son pouls quand de l'autre main il manipulait maladroitement une baguette qui ne lui convenait pas du tout. Réactive négative, elle le supplanta violemment du plat de la main et se cabra. Sur la défensive, elle se cramponna au mur de briques la rage au ventre et d'un effort non raisonnable se releva. S'il y avait bien une personne dans ce bas monde qu'elle réprouvait de confronter ici et maintenant c'était cet homme. Instable physiquement et moralement, elle n'avait pas la lucidité de refreiner cette part d'elle adoratrice de la mort humaine, aspiratrice de sa mort à lui. Cette existence Griffondor qui ravivait une douleur au passé quand le présent précipitait une tempête dévastatrice dans chaque atome de son corps. Sirius Black était haï et plus encore alors pour se gager d'une once de regret demain, mieux valait écourter leur rencontre maintenant. En effet, Black était le bouc émissaire idéal. Le moyen immédiat et habile de déverser un trop plein d'émotions contenues, la solution pour soulager des maux durablement comprimés dans l'empathie de son cœur. Ce cœur qui ne valait rien si ce n'était de ressentir les autres. Exclusivement les autres.
Petites voix coloriées noires chantaient une sentence funeste.
Impures voix désaccordées instrumentaient une musique céleste.
Le dragon enragé, se libérait des entraves du Ciel.
« C'est cela Yenyeli, laisse-toi aller, tue-le. Et dévore son cadavre en trophée »
« Tu ne dois pas tuer Yenyeli, tu ne dois plus. Tu…
« Oh la ferme ! Black n'est pas innocent, il ne fait pas parti du contrat alors autant se réjouir pour une fois du sang offert généreusement à notre commune envie. J'ai faim, j'ai soif, TUE-LE » !
« Non ! Même Severus ne te pardonnera pas, tu ne dois pas Yenyeli, résiste je t'en conjure »
Yenyeli, muette, écouta le débat intérieur de sa folie monstrueuse lorsqu'une fêlure grinça dans un coin réprimé de son crâne. Une porte scellée et à l'affut se déverrouillait. La chambre forte des ténèbres de son inexistence. La peur s'empara de son âme, sa bonne conscience était en train de perdre et c'était mauvais. Pressée, elle fouilla droite et gauche une sortie de secours tandis que son cœur pompait au ralenti, toujours avide d'oxygène. Au bout du compte, la douleur vainquit et elle courba l'échine, toussant et s'étouffant.
- Hey, accourut Sirius le cœur sur la main. Sa voix transperça dans les ténèbres comme un cri d'appel à l'aide, une inquiétude démesurée à son égard, la porte continua de se dérouler, la clef jetée aux oubliettes. Vite. Une issue, c'était maintenant qu'il fallait décamper. Black, insouciant déposa une main brûlante sur son épaule.
- Ne me… touchez pas ! rembarra-t-elle avec sévérité et le regard dénué d'humanité. Reculez !
Sa voix s'extirpa en un soupir à peine audible. Un sifflement dangereux néanmoins. Elle tourna à gauche avant de trébucher. Ses jambes comme des poteaux, elle embrassa la terre avec humiliation. Sirius, égal, se figura chevalier servant avant de l'aveugler d'un nouveau flash désagréable qui faisait danser ses paupières comme des feux de détresse. La porte était moitié ouverte.
- J'ai dit… reculez ! fulmina-t-elle en le poussant plus fort tandis qu'elle retrouvait son altitude. Et baissez… cette… baguette. C'est inutile… et vain. Votre magie est trop détraquée et… irrégulière pour espérer m'atteindre.
Elle recula avant lui, presciente du péril mortel s'instituant dans son esprit. Elle tituba encore, se rattrapa à un couvercle de poubelle trainé dans le coin et recommença l'évasion. Sa voix la plus vicieuse se moqua, riant d'avance de la toile funeste en train de se peindre de ténèbres. Si Black faisait un seul pas, Yenyeli imaginait que trop justement la défaite de son combat.
Mais l'ancien prisonnier était obtus et de surcroit Griffondor, alors évidemment il n'obéit pas. Trempé jusqu'aux os, il la dévisageait abasourdi se débattre contre l'invisible et contre lui. Sirius depuis plusieurs minutes était anxieux, affolé par le tableau s'affichant dans le cadre de sa vision. Cette étrangère au ton vindicatif et au teint plus pâle que la mort apparaissait dans la souffrance d'un mal incurable. Son pouls filant se détériorait et sa température rivalisait avec celle des gens sans vie. Une alarme d'urgence pour Griffondor. Sirius était terrorisé. Effrayé qu'elle claque là, à moins d'un mètre de sa position quand comble d'ironie macabre il serait le témoin récidive de son impuissance à aider les autres au moment décisif. Intolérable constatation, il s'acharna à faire un pas en avant, répéta l'invocation de sa magie qui depuis tout à l'heure s'enlisait dans un simple sort de chaleur. Et il supplia. Que les renforts quémandés d'un S.O.S vers le ciel se dépêchent et se révèlent hier avant demain.
- Je veux vous aider, argumenta-t-il doucement en se postant comme son miroir pour ne pas la brusquer d'avantage.
- M'aidez ? éructa Yenyeli outrée en s'esquivant. Vive, elle le dépassa et rampa quand sa voix nourrie par sa colère se renforça. Vous ! un mendiant du passé, un chien errant la queue entre les jambes dans une cage qui ne sied guère à votre suffisance meurtrière, vous escomptez vous métamorphoser en apprenti héros ? Par la lune, se gaussa-t-elle en se cognant le front d'une main ramollie. Je suis le jouet d'une nouvelle facétie du ciel. Black, re-cu-lez !
Ses pupilles dilatées ne transigeaient pas mais Black ne recula pas. Pire il contrecarra. Guidé par le feu de son sang, il lui barra la route, la plaqua contre le mur et la bloqua de son corps. Ce n'était pas qu'un simple avertissement qu'elle semonçait à son encontre, il comprenait sans comprendre. Il distinguait le précipice qui séparait cette femme du reste du monde, mais son instinct mué fou il y longtemps le persuadait de se jeter dans le vide. Quand dans le même temps il bouillait intérieurement. Il était insulté, méprisé, accusé à tort, souillé, et à bout il attaqua.
- Vous êtes pathétique, vrombit-il en affermissant sa prise sur ses bras. Désobligeante et cruellement pathétique, Mademoiselle l'Assistante en Potions qui me parait plus faible qu'un nouveau né juste sorti du ventre de sa mère. Bon sang, assimila-t-il sarcastique en un sourire mauvais. Vous devez vous entendre comme larrons en foire avec ce cher et tendre Snape. –une insulte vulgaire- Presque affublé du même titre, forcément le même sang, n'est-il pas ! Cependant, je n'ai que faire de votre commandement quand de mon point de vue vous ne tenez même pas debout. Hors de question que vous trépassiez en ma présence alors que vous le consentiez ou pas, vous allez m'accepter et me suivre bien genti…
- Je ne suis PAS faible, se révolta l'assistante d'un cri perçant impardonnable.
Quelle hérésie pour Griffondor que de bander son arc en direction du Serpentard. On ne vise pas la Terre quand le Ciel d'immortel veille sur sa sécurité. Le Serpent est intouchable et la Lune impraticable. La flèche de Sirius fut brisée. La porte des ténèbres pleinement ouverte, que soit libéré le dragon maître du Ciel-
»Misérable reste d'existence, vos péchés n'ont pas grâce à mes yeux. Je récuse votre permis liberté et exempte votre facilité d'oublier le passé. Inexcusable, inexcusable, vous êtes INEXCUSABLE !
L'ancien prisonnier hoqueta, totalement déconfit, déconcerté par ce changement brutal dans l'altercation. Une hallucination ? Par Merlin qu'on le réveille la voix qui avait parlé n'avait plus rien de comparable à l'Homme et l'aura dégagée par cette femme exsudait une odeur de cadavre. Un gargouillis, guttural, émané du tréfonds du néant, un feulement de dragon. Sirius avait froid, refroidi par l'atmosphère chutée de dix degrés, de la buée s'échappait d'entre ses lèvres. Tout était froid, tout était noir, tout était… mort. En face, une ombre. Du noir. L'assistante, tête baissée, les cheveux dégoulinant sur le visage, ne bougeait plus, ne parlait plus. Une statue de glace. Lorsque s'anima une simple ligne courbe aussi grande qu'un croissant de lune. Un sourire de démon. Stupéfixé, l'homme s'écarta de deux pas de géant. Trop tard, une vague rouge luminescente le propulsa à plus de dix mètres vers l'arrière. Sirius vola dans les airs avant de retomber lourdement sur la terre.
Clac, clac… l'ombre avança, muette.
Clac, clac, pas un seul bruit ne perturba le refrain des talons mesurés martelant le sol détrempé. Acculé, il s'appuya sur les coudes pour se plier en deux. Son dos lui faisait mal, son corps était choqué mais plus que tout, il avait peur. Des frissons partout, il suait froid quand son cœur tétanisé loupait son rythme de la vie. Sa baguette dans la main droite, il songea une seconde brève à se défendre avant de renoncer, prescient de l'inutilité de son action.
Clac, clac, l'ombre s'approchait, l'accostait, le visage levé haut, il n'osa plus bouger.
» Ces humains, persiffla le dragon acerbe en un discours de vendetta. Stupides, abjectes. Une aberration. Du sang en sacrifice. L'innocent réclame vengeance. N'approchez pas, approchez ! Ne touchez pas, touchez ! Monstres de foire, assassin ! Et ça se plaint, et ça gémit quand ça n'écoute rien. Prévenir ou mourir, stupide qui choisit la voie du sang et bienvenue dans les ténèbres. Nous n'avons que faire de là-haut de la sollicitude du bon samaritain, disparaissez de mon inexistence car je ne pardonne pas.
Sirius, cessa de respirer. Scrutateur, il entrevit une couleur dans le portrait inamical. Une pupille rouge pleinement fendue, du rouge aussi rouge que du sang. Elle brillait, aussi lumineuse qu'une étoile dans la nuit à l'exception que cette étoile était morte, pas d'âme à l'horizon. Un vide rouge et sans vie. Puis, un cri foudroyant tonna dans le ciel, un feu de dragon, Yenyeli n'entendit pas. Le Ciel peinturluré en rouge allait s'abattre en foudres sur la terre.
La Lune ombragée était cachée des rayons du Soleil,
La Terre éloignée, n'avait pas connaissance du tumulte de sa Lune.
Un monde séparait dans cet instant Ciel et Terre.
Sirius, démuni étudia, détailla. L'ombre était dénaturée, indescriptible, il ne chercha plus à s'enfuir. Cette œil écarlate ancré à son regard semblait tout voir, tout prévoir d'avance de ses intentions. De ses émotions. Il était fait comme un rat. Elle se pencha, parée à asséner son coup quand tout autour des pops éclatèrent. Les médicomages, pensa immédiatement Sirius mais contre toute attente c'est une aide providentielle amie qui se présenta pour le sauver.
- Bon sang Sirius, la prochaine fois que tu aspires à te carapater, préviens. J'ai mis du temps à te trouver dans l'aventure. On a un problème. L'ami d'Hermione est tombé. Le jeune Sacha est à l'infirmerie, il a convulsé après ton départ.
- Sa… Sacha ?
Remus Lupin pila. Net.
- Pro… professeur ? bégaya-t-il surpris de découvrir l'assistante en Potions au centre de la scène. Tapie dans l'ombre, il avait cru une illusion, un épouvantard transformé en voile de la mort. Hésitant, il cligna des yeux.
- Sacha, avez-vous dit ? réitéra celle-ci la voix s'harmonisant. Neutre, certes sèche et cassante mais humaine. Apostropher le prénom de Sacha avait suffi à balayer d'un coup de vent puissant ses ténèbres. Les forçant à retourner derrière la porte pour se clôturer de sceaux infranchissables. Ses yeux s'éclairaient, le sourire de démon effacé, et l'ombre du dragon replongée dans le coma.
- Et Severus, et Aladiah ? enchaina-t-elle l'esprit à cent à l'heure.
Rêve passé ? Réalité demain ? Où se situait sa réalité maintenant ?
- Sirius ? appela Lupin subitement inquiet. Son ami gisait à terre, blessé- Tu vas bien ? Que se passe-t-il ?
Réactive encore, Yenyeli rétrograda avant de s'implanter dans le regard haï de Sirius Black figé dans sa position.
- N'approchez pas, commanda-t-elle à l'adresse du Professeur qui objectivait de les rejoindre pour se poster aux côtés de son meilleur ami, tel un bouclier humain.
Celui-ci écouta et s'arrêta tout en avivant l'intensité de ses sens. Il lorgna Sirius, puis l'assistante, et Sirius encore, prêt à en découdre. Yenyeli le remarqua et sourit sardonique, écœurée par ce spectacle de bons sentiments quand on lui avait rapporté qu'à une autre époque l'un n'avait pas hésité une seule seconde à accuser l'autre de meurtre. Affligeant.
- Vous non plus n'approchez pas ! -Les médicomages ne songèrent même pas à désobéir- Je vous avais explicitement prescrit de ne pas m'approcher, proféra-t-elle à l'attention exclusive du dernier des Black. -ses yeux vairon, habités par la vie étaient aussi fervents et durs que de l'acier trempé- Témérité, stupidité, vous en avez goûtés à mes dépends, soyez damné aujourd'hui et demain. Votre nom accroît ma colère Sirius Black, ma colère exacerbe ma puissance alors d'un conseil avisé gardez vos distances. Restez très loin de ma ligne destinée.
Un dernier regard dur et mortel et elle se détourna, marchant proportionnellement au rythme de son cœur. Elle traversa l'autre rue, passa devant deux médicomages transfigurés et se volatilisa dans le dédale le plus isolé du village.
- Sirius ! se précipita Lupin à son chevet. Mais que s'est-il passé, dis-moi !
Sirius sans répondre tenta de se relever. Il se loupa. Son corps le trahissait. Un corps en manque, ses mains tremblaient. Des spasmes. Il se retourna et se cacha. Ses doigts se tordaient, il les tapa contre le sol pour les calmer. Puis, il patienta, ignorant irrespectueusement les médicomages ambitieux de l'ausculter et escamotant gauchement la présence sincère et chaleureuse de Remus. Distrait, il considéra son paysage. Sombre, pluvieux, l'eau coulait sur son visage en ru intarissable. Un fantasme malsain se construisait dans son esprit. Cette femme qu'il ne connaissait pas. Cette femme qui salivait des mots à vous trancher les veines l'avait démoli. Fixé sur l'invisible, il repensa au coup d'éclat. Cette antipathie dévastatrice brandie telle une épée de Damoclès, l'avait laissé sans voix. Un temple dénué de la moindre information. Cette assistante était un mystère à la tonalité périlleuse. Un mystère dont curieusement et probablement inspirée par l'aliénation de son âme égarée, il avait l'envie folle de résoudre.
- Sirius, allez viens ! l'encouragea Lupin en lui tapotant dans le dos. Tu vas finir par chopper la mort ici, tu es mouillé.
L'animagus rit, amusé par cette annotation. La mort, il était persuadé l'avoir défiée à l'instant même. Ses tremblements plus mesurés, il épingla la main amicale avant d'être tracté.
- Retournons au café, il faut que je te raconte. Et que tu m'expliques l'apocalypse ici.
Sirius, debout et le sourire discret, signa oui du chef et s'engagea sur le chemin inverse. Côte à côte, après que les médicomages -définitivement appris qu'ils ne servaient à rien ici- eurent transplané dans d'autres directions, les deux hommes se résumèrent cette journée. Une journée qui au lever du jour avait prédit un auspice plus séduisant et cordial par la fenêtre. Une belle journée de retrouvailles, quel gâchis !
- Du soleil au matin, philosopha Sirius en inspectant le ciel avant d'entrer de la café. De la pluie après-midi… on dirait que le ciel pleure sur la terre.
xXxXxXx
Pendant ce temps dans l'entre du château aux pierres plusieurs fois centenaires, s'organisait le rapatriement des élèves. Démoralisés par le spectre de la guerre d'hier clairement présente dans les esprits, l'agitation et le malaise se lisaient sur toutes les lèvres d'aujourd'hui. Une voile terne et gris se déployait dans les couloirs. Un rappel dégrisant que la vie ne tient qu'à un fil. Mince et fragile, un privilège éphémère. Tous les professeurs, les Maîtres de Maison particulièrement, dirigeaient efficacement les manœuvres de répartition des tâches. Ils cantonnaient les jeunes sorciers dans leur quartier, encadraient les autres dans la grande Salle et jonglaient entre tout le monde. Il fallait répondre aux attentes de chacun, désamorcer les litiges bénins quand les tensions jetaient de l'huile sur le feu. Tandis que Dumbledore, en retrait occultait volontairement les explications précises. Inabordable, il déambulait dans les boulevards préoccupé d'une tierce chose. Observateur cependant, il ralentit le pas en découvrant une fille familière à la mine chagrinée et prostrée dans un coin sombre d'un renfoncement désert.
- Ne vous en faîtes pas Mademoiselle Granger, amadoua-t-il, arrêté à sa hauteur. Mr. Potter ne risque désormais plus rien. Quant à Mr. Popolonov, il est entre les mains les plus habiles et gardiennes qu'il m'ait été de rencontrer durant ma longue vie. Allons, ne vous en faîtes pas, augmenta-t-il de son sourire condescendant légendaire. Occupez-vous l'esprit ailleurs ! Tenez, les enfants sont effrayés là-haut, je vous confie la responsabilité de ceux de vos couleurs. Mr Weasley ? –Ron, aussi déprimé qu'Hermione fixait les yeux dans le vide l'une des statues représentants un ancien champion de Quidditch.
»Accompagnez votre amie voulez-vous et ensemble rassurez vos cadets. Mademoiselle Granger ? insista le vieil homme du ton attentionné d'une réponse allant dans le même sens quand les deux interpellés se terraient dans leur silence. Je peux compter sur votre appui ?
Celle-ci, la tête rentrée dans le cou, le visage bouffi, les cheveux en bataille et la robe débraillée, renifla. Elle assentit d'un petit « oui » à la demande et s'essuya les yeux d'un revers de manche pour se remotiver. Une réponse satisfaisante pour le Directeur qui s'éloigna et sollicita à l'autre bout le Professeur McGonagall. Leur discussion vue d'extérieur parut grave et tendue.
Dans cette agitation d'adultes compétents, un seul nom manquait à l'appel. Le Maître de la Maison Serpentard. Severus Snape, en prise farouche avec un détestable Griffondor aussi lourd et comateux qu'un poids mort à quelques étages plus haut. Et pleurard par-dessus le marché. Harry Potter, réveillé en sursaut de son cauchemar, pendait à ses basques comme de la bave de crapaud sur une feuille de nénuphar.
- Professeur, ne partez pas, suppliait-t-il le regard fou en s'accrochant à ses capes plus fort qu'un grimpeur à son crampon de sécurité.
- Potter, suffit ! cingla Snape intempérant en l'éjectant à pleines mains. Il l'envoya crument valser en plein milieu de son lit de malade. Express, il recula, butta contre un tabouret, se reprit et fusilla le Griffondor d'une mer noire.
Une heure déjà qu'il s'emmurait avec hostilité dans cette infirmerie à l'infirmière outrageusement absente. Soixante longues et fastidieuses minutes à couver le rejeton Potter tandis que celui-ci ferraillait sans fer contre l'ennemi indécelable. Quelque saugrenuité énigmatique indéchiffrable. Une énigme qui justifiait de sa présence ici. Il avait perçu comme du brouillard en le touchant durant le transplanage. Snape, dubitatif, se demandait quelle étrange extravagance avait fomenté le sauveur pour se rendre intéressant encore ? Pour se couronner de projecteurs toujours ? De même qu'un mauvais pressentiment lui hérissait les poils au souvenir de l'infortune dans les couloirs la dernière fois. Similairement équivalente à celle-ci, il y avait un lien unique mais… ksss ! sa langue claqua de ne déceler aucun prémices de réponse. Potter, interrogateur et mouillé le considéra. Hagard et rehaussé de cette couleur émeraude insupportable. Une corde sensible, l'homme se commanda la fuite en protection. Eminemment, il se retourna avant d'être attaqué en grippe par le garçon inconsolable. Son instinct se révolta, rua, fortement tenté de lancer le sort extrême et définitif en représailles quand bien même la haute autorité désapprouvait l'action mortelle. Toutefois, au paroxysme de ce martyre -pas seul, ne me laissez pas seul, ne cessait de larmoyer Harry-, une vision en rouge et jaune s'éclaira dans son esprit. Pas Griffondor, c'était l'apparition fantôme de son assistante. Choqué, Snape se figea. Il cilla des yeux, tout avait disparu. Indiscutable il s'arracha des bras collants de son élève lorsqu'une nouvelle fois en le frôlant un éclair rouge et or l'aveugla de l'intérieur. Impassible, il lorgna Potter, continuellement en larmes et en prière dans son lit. Chercheur, il étudia son comportement « bizarre», il analysa les pièces du puzzle quand sans la moindre explication logique deux pièces s'emboîtèrent. Clac, A dans B, Potter et Yenyeli. Passé, présent, il y avait une connexion tangible entre les deux. Parfait, parfaitement parfait sauf qu'il n'avait strictement aucune idée du trait d'union de cette connexion. Retour à la case départ.
Il fut convaincu néanmoins que perdurer dans cette caverne des fausses merveilles, dans cet havre de la maladie mal odorante qui lui donnait la nausée pourrait le prémunir d'autres indices. Faignant donc de céder à la supplication en jérémiades du Griffondor, il lissa sa cape et s'installa modestement sur le tabouret avant de croiser les bras sur la poitrine. Le regard noir pénétrant, il s'implanta sur le patient. Inquisiteur, il s'employa à tirer avantage d'une situation mauvaise pour s'immiscer dans son esprit avec l'espoir farouche de compter plus de figures géométriques susceptibles d'amener au résultat final de l'équation. Un problème à inconnues multiples. Faire rentrer un rond dans un carré était la mission du Serpentard.
Il constata ensuite et avec désagrément constant que son assistante si pressée de se débarrasser de sa personne plus tôt n'était toujours pas là pour le relever, le seconder et qu'en plus de Potter, on l'avait chargé du jeune minotaure, ainsi que comble perfide du ciel, Mr. Popolonov. Irascible, il prémédita sa vengeance, se jurant sentencieusement de la persécuter avec malice jusqu'à l'entendre gémir sa reddition. Le Serpent n'appréciait pas d'être dupé par une Lune. Même la sienne. Mais, la Lune n'était pas là. Le Ciel dans ce moment voguait dans une sphère qui ne permettait plus le filtre de la Terre.
Le Ciel en berne, s'enfonçait dans les méandres sur terre,
La Terre solitaire, trépignait des rayons de la Lune.
Il aurait pourtant fallu de peu pour que le Serpent puisse ramper jusqu'à l'anneau lumière de sa Lune.
Yenyeli, exilée du village courait la mort aux trousses pour regagner ses couleurs. Chambardée par sa perte catastrophique de contrôle, estropiée par le cri du monde en général, -la porte était scellée mais le cœur empathique encaissait incessamment les autres-, elle crapahutait à bout de souffle sur le chemin des oubliés.
Aladiah sans relâche s'écriait dans sa tête, Severus ondoyant s'émotionnait à cause d'elle, Black et Lupin, Sacha et tout le monde, un vacarme tonitruant l'assommait telle une enclume jetée du haut d'une tour. La tête lourde et sonnée, ne lui restait qu'à courir. Cavaler au galop, éviter et sauter les obstacles en priant que la destination balisée d'une démarche pataude la conduise dans la demeure du silence, un lieu neutre et sûr que rien ni personne ne franchirait sinon elle. Imprudente, elle traversa toute la distance séparant Pré-au-lard de Poudlard dans un espace de temps record. Ne se souciant absolument pas du vent et de la pluie fouettant inlassablement son corps. Contre vents et marées, elle ne faiblirait pas. Courir, courir, courir… et oublier. Excepté peut-être…
- Raia'rii ! criailla-t-elle d'un seul coup dans une langue étrangère, la langue héritée de la moitié de son sang, la langue officielle de sa magie. L'appel rebondit par-delà les cieux et le temps. Raia'rii S'il te plaît montre-toi, réponds-moi. Crie du ciel sur la terre, je n'entends plus ta voix.
La terre était meule et glissante, elle s'envasa et tomba. Elle s'effondra sur la terre, se noyant dans un bain de boue gluant et putride, un reflet piteux de son âme polluée. Elle n'était qu'un déchet non recyclable, une infâme créature délétère et sournoise, une anomalie amerrie par erreur sur une mer déchaînée. Elle…
Elle se pétrifia. Ses mains, ensevelies dans la terre subissaient le fruit récurrent de sa folie. A genoux, trempée et glacée, ses doigts étaient rouges. Couverts du rouge de sang. Du sang trempé du noir de mort, coloriés de ténèbres. Une masse noire et visqueuse telle une deuxième peau fit vœu de conquête. Poignets, bras, épaules, cette couverture vivante avait faim de son corps défaillant. Yenyeli, factieuse, se braqua. Réactive, elle exclut pâtir plus longuement de cette chose sans nom. Elle ferma les yeux et psalmodia son chant de raison.
- Ce n'est qu'une illusion… une illusion…
Son cœur s'emballa, elle l'éclipsa et persévéra plus solidement.
- Une illusion, une illusion, une illusion…
Un cri rauque s'écrasa du ciel sur la terre. Par la déesse lune enfin. Elle rouvrit les yeux, le noir et le rouge s'en étaient allés. Ni une ni deux, elle se rétablit, s'y reprenant à deux fois avant de parvenir à se dé-patauger de son bain. Attentive, elle scruta l'horizon, droite gauche, gauche droite… trouvé ! Son regard posté vers la forêt interdite, elle s'y précipita. A la lisière du bois, Raia'rii sortit énorme et inapprochable entre les arbres parus minuscules. Accueillant, bienveillant, protecteur… il était l'ami précieux du ciel sur la terre. Avenant, il baissa son énorme tête ras du sol, étirant son long et large cou aux écailles luisantes. Sans hésiter elle se jeta sur lui de ses bras trop petits. Sur la pointe des pieds elle embrassa sa chaleur ininflammable éternelle. Bien aise, elle s'empaqueta dans ce cadeau de la lune avec le contentement d'une enfant qui est de retour chez elle après une longue absence. Raia'rii, animal noir majestueux aux ailes géantes, rare et sacré, était ce qui ressemblait le plus à une famille. Sa vraie famille, le lien d'avec son passé.
- Merci, gratifia-t-elle en un soupir soulagé et content. Elle se réchauffait contre lui, sa peur s'atrophiait au rythme de son cœur.
- Tu n'as pas répondu tout à l'heure, grésilla l'animal immobile et inquiet. Sa voix était un râle grave à la sonorité mélodieuse qui faisait trembler la terre. Tu étais perdue loin de moi, tu as disparu hors de moi. Qui t'as privé du regard de la lune ?
- Je n'ai pas entendu, certifia Yenyeli préventive et sincère. Tout est trop dur ici. Trop compliqué. Mes calculs sont erronés Raia'rii, je n'y arrive pas. Des cris, des larmes, partout résonnent comme un tombeau. Et ces humains qui ne voient rien, qui ne comprennent rien. Et ce Ppppo-po-po… Potter ! par la lune j'ai failli le tuer quand j'ai juré le protéger. Quelle absurdité !
Un grain de sable coula la marque du temps. Sensible, Raia'rii captura mentalement son âme-sœur. Il essuya tristement les tremblements de son corps dérangé avant de prononcer son verdict.
- Allons-nous-en ! Rentre avec moi maintenant et quittons cet endroit de parias.
Yenyeli se raidit. Secouée, elle dénoua lentement ses bras et rampa. Le visage blanchi levé haut, elle observa la mâchoire surpuissante de la bête. Elle pénétra son regard, s'immergeant dans deux fentes aussi rouges qu'un rubis né de la larme meurtrie d'une étoile.
- C'est simple, persista-t-il de ses yeux plus brillants que la lumière de la lune au milieu de la nuit. Ajournons notre quête, il n'est pas trop tard pour toi demain, je…
- Non.
Négation simple et précise dans la langue des Hommes, Yenyeli objecta tandis que sa bouche s'esquissait d'un trait fin au parfum de tristesse.
»Severus n'a pas quitté ses ténèbres. Potter n'a pas recouvré son pouvoir. Demain n'existe pas. Seul compte aujourd'hui et maintenant. Je ne vais nulle part Raia'rii, pardonne-moi.
Un pardon difficile. Révolté, il se redressa sur ses pattes, impérial et dangereux. Si amer des choix obsédés de son cœur, il vomit.
- Tu donnes ta vie pour cet humain !
- Je ne donne ma vie pour personne, y compris lui tu le sais.
- Utopie aveugle, mensonge inconscient !
La conversation tournait au vinaigre. Le couple était deux fortes têtes à la langue reptile. Le plus réfractaire des deux grondait, sa longue queue serpentine repliée giflait l'air de colère. Autoritaire, il ouvrit la gueule, prêt à hurler sa rage quand vaincu par le regard à double couleur qui ne pouvait même pas pleurer, il avorta et claqua ses dents de sabre aussi fermement qu'une morsure dans le vide.
- Yenyeli, atténua-t-il accalmi après une note de silence pensive. Tu sacrifies demain, tu jettes au feu notre liaison à deux.
- Rectification ! –elle était plus détendue et sereine, son timbre sortait affectueux et gentil. Raia'rii, grognait, vitupérait, mais il apaisait de son pouvoir sa folie- J'ai déjà sacrifié ma part de toi et chaque seconde je la sens qui s'arrache de mon corps. Cependant, je ne regrette pas, cela aussi tu le sais, tu pressens via notre connexion sacrée mon irréductible toupet.
- Je ressens combien tu souffres oui, accorda-t-il sceptique et têtu en crachant avec acidité sur la terre. Mais plus singulièrement je sais, aussi vrai que la lune a besoin du soleil pour briller, à quel point tu ignores tout de toi.
- Cela c'est ta faute, tu refuses de m'apprendre.
- Ce que tu ignores ne s'apprend pas, il se découvre tout seul.
Intriguée, elle l'inspecta. Du coin de l'œil, elle appréhenda l'anagogie inhabituelle qu'il lui soumettait lorsque ne décryptant rien du tout si ce n'était l'assiduité de cet être millénaire, elle soupira et grommela.
- Tu parles encore en énigme, même pas un indice de la lune, tu n'es pas drôle.
Raia'rii jubila. Maître de la conversation, il étendit son cou, la gueule tout prêt de son oreille, puis expirant de la fumée via ses narines aussi grosses qu'une main d'homme, il crépita tout bas.
- L'indice se tient en deux mots, de même que la solution : SeverussS Sssnape !
Yenyeli tressaillit. Télescopée par ce ton où les consonnes se diluaient avec espièglerie insolente, son cœur rata sa cadence et son corps refusa de bouger. Que sous-entendait Raia'rii exactement ? Severus ? Oui Severus était le tout et l'objectif de sa promesse mais…
- C'est cela ton problème Yenyeli. Tu abuses du mot « mais » quand tu prédis pour toi.
Cette fois, elle répliqua, ramenée énergiquement sur terre.
- Arrête de lire dans mes pensées, se fâcha-t-elle du même idiome que le sien, un doigt accusateur appuyé durement dans sa direction. Je n'aime pas cela tu le sais.
- Ohhhh mais j'essaie, s'amusa le coupable fier en contournant rapidement l'index pour se caler à un centimètre de cette bouche friande de jouxtes verbales. Je m'acharne avec résistance et envie mais tu penses si fort aujourd'hui que je t'entends de la lune. Tu es épuisée, vidée, mais plus que tout tu empeSSstes !
- Je te demande pardon ?
Raia'rii indifférent la renifla avant de reculer de trois mètres, le dégoût profondément ridé sur les traits durs de son portrait.
- Depuis tout à l'heure je fais de mon mieux, exposa-t-il en coupant la respiration de son nez. Mais ton odeur excite mes nerfs et je suis perturbé.
- Manière amicalement charmante de me remonter le moral, je te remercie, s'indigna l'assistante un peu vexée du dénigrement physique et verbale de son âme-sœur. Elle se sentait comme ce pestiféré de…
»Black ! s'exclama-t-elle d'un eurêka soufflé au cor à l'autre bout du monde pendant qu'elle se répugnait pire que lui. Nom tabou, nom honni, nom coupable, inexcusable ! sa voix en un quart de tour se modela pour ne suer que venin et mépris.
- Encore Black !
Raia'rii trémoussa des narines.
- Black comme le Sirius Black de son passé ?
- Lui-même. –ses mains se crispèrent, les poings serrés et frustrés-. On s'est accrochés au village. J'ai manqué d'un rien de le tuer.
- Manquer seulement ? –l'animal était déçu-. Ma chère et tendre petite lune, tu t'attendris sur la terre.
- Oh ne te moque pas s'il te plaît, le rabroua-t-elle sèchement. D'autant qu'en vérité on m'a contrée à la dernière seconde. Quelqu'un est apparu pour le sauver !
Un reproche.
- Qui ?
Elle réfléchit. Instantanément elle revécut la scène, positionnant comme sur un jeu d'échecs les pions à la bonne place quand stupéfaite par l'ironie du ciel qu'elle n'avait pas enregistrée avant maintenant, elle éclata d'un rire sinistre.
- Par la déesse lune, tu ne vas pas me croire.
- J'ai foi en toi, étonne-moi.
Elle se tourna, le regarda droit dans les yeux et annonça.
- Un loup. C'est un loup qui a pointé le bout de son museau pour le sauver.
- Voyez-vous cela ! plaisanta-t-il avec effronterie non feinte. Raia'rii s'égayait, mutin. Il comprenait l'importance de cette race dans la vie de la lune. Et donc ?
Yenyeli pencha la tête, pantoise.
- Essst-ce que je dois le… mangGger ?
- Qui cela, le loup ?
- Sssirius Black !
Par-dessus la raillerie, Yenyeli interpréta aisément son sérieux véritable. Ses babines salivaient de goûter cette homme, cet humain dont il ne ferait qu'une bouchée. Raia'rii détestait les humains. Ouverte, elle étudia la proposition opportune. C'était fort alléchant de déposer entre ses griffes acérées le devenir de l'horrible bonhomme. Draconien, très douloureux, sa mort serait certaine et sa vie plus qu'un mauvais souvenir. Oui mais voilà, les souvenirs avaient la dent dure la concernant et objectivement c'était présomptueux que de risquer la mésaventure.
- Non merci, déclina-t-elle absolument. Elle haussa les épaules. Il va t'empoisonner or je tiens à toi, ne l'oublie pas.
Elle lui sourit, un clin d'œil malicieux et gentil. Touché, il s'avança, collant le bout de sa gueule allongée contre son front, puis respirant au rythme de leurs deux cœurs réunis, il conclut solennel et d'une tendresse sans pareille.
- Tu es mon cœur Yenyeli, toi, n'oublie pas.
Le débat était clos, les mots suffisamment édictés un silence durable et calmant s'installa entre les deux amis. Dans cette même position, ils se figèrent pour longtemps, le temps comme marqué sur pause. Affamée, elle se nourrissait de sa force, gardien il l'alimentait de sa vie. Consciencieux, il s'appliquait à taire ces voix passées et présentes qui jouaient du tambour dans sa tête. Mais l'esprit de la femme était contrariant et longtemps plus tard bien que trop tôt à son goût elle déconnecta leurs deux âmes.
- On m'attend au château, chuchota-t-elle le visage tourné vers le bâtiment gris arrosé de la pluie. Raia'rii… j'aurais dû venir plus tôt, pardon.
- Inutile, nia dans un souffle brûlant l'animal qui souriait à pleine dents. A la prochaine lune, je saurai te faire payer au centuple cette négligence coupable.
Yenyeli, les joues rougis du feu de son ami lui rendit son sourire. Un vrai et grand sourire complice. Elle remercia sa patience et sa dévotion sans faille. Il suffisait qu'elle l'appelle d'un cri de son cœur pour qu'il surgisse et lui offre sa vie. Dès l'instant où il l'avait sauvée, Raia'rii s'était fait le serment de veiller. De ne jamais la quitter, qu'elle ne soit plus jamais seule ici ou là-bas, avant ou demain. Et c'est ensemble qu'ils gagnaient le ciel. Tandis qu'elle l'abandonnait, le cœur en émoi de cette séparation, elle s'impatienta de leurs retrouvailles. Parcourir le ciel lui manquait. Le ciel était leur domaine, bien plus que ne l'était la terre, et ce n'était que lorsqu'ils volaient réunis qu'ils se sentaient libres et… vivants.
xXxXxXx
Franchi les grilles du château, l'assistante en potions emprunta l'une des portes dérobées de l'école, insoumise d'accéder par l'entrée principale où devaient grouiller des élèves en panique et voraces d'explications qu'elle n'avait absolument pas le vœu de confier. Son objectif détouré, elle convergea vers l'escalier réservé au personnel et grimpa les marches jusqu'au deuxième étage. Elle longea la galerie, bifurqua dans un couloir mal éclairé et petit, déplaça d'une main habile une pierre pour s'ouvrir un passage secret, puis remontant toute l'allée cachée du regard de tous, elle ressortit devant l'entrée de la salle médicale. Enseignée par Serpentard au passé et personne alentour pour zyeuter, elle pénétra sans frapper. Un vent glacial reçut son audace, la pièce était vide et sans vie. Une autre porte campait au fond, plus discrète, plus à même de procurer tranquillité et repos à des patients sujets de toutes les convoitises. Elle s'y mena. La poignée dans la main droite et continuellement sans s'annoncer, elle poussa et se paralysa, heurtée par l'énergie de deux âmes assemblées qu'elle n'avait pas prévues. Pas ici, pas maintenant. Le pas feutré, elle se fraya un chemin silencieux. A droite, un rideau. Elle leva le voile doucement et se choqua encore. Severus, assis, endormi, et à un mètre de lui, Potter, bien réveillé qui l'épiait en cachette. D'un désir même plus maquillé ou celé, il voulait le toucher. Par le ciel ! Sans se rendre compte de son geste, la main de Yenyeli se leva, un étau contracté et préparé à étouffer la vie de l'humain. Des mots de mort murmurés à l'oreille, elle se réveilla. Elle referma sa main, baissa son bras et se retrancha. Son coude cogna contre un bocal en verre. Le temps que le rideau retombe, elle put apercevoir le sauveur s'empresser de faire semblant de dormir. Probablement apeuré d'être pris en faute d'un comportement interdit et suspect.
Bien-entendu que c'était interdit. Prohibé par le Ciel, condamné par la Lune, la Terre était exclusive de sa Lune quand bien même celle-ci devait admettre d'intégrer Potter dans sa promesse de sauver l'âme de la Terre.
Métissée, Yenyeli se départit du point de son ancrage et s'égara de l'autre côté. Sacha l'interrompit. Le géant Griffondor assis dans son grand lit ne dormait pas. Le visage assombri, les traits tirés, il était remué et perplexe. D'un index posé sur la bouche, elle lui imposa le silence. Elle l'aborda et de simples directives muettes, le força à se coucher. Elle percevait sa peur, son désarroi, et plus étrangement et nouveau sa colère mais argumenter dans cet instant précis était au-dessus de ses forces. Loin de ses moyens d'examen. Tout comme lui, elle aspirait à une trêve. Sacha s'inclina. Compréhensif, il s'allongea et ferma les paupières. Satisfaite, elle se faufila entre son lit et l'autre, celui où un jeune garçon un brin tremblotant dans son sommeil attendait. Affectueusement, elle caressa son front. Il était chaud, fiévreux un peu, elle chuchota un mot et sitôt Aladiah ne trembla plus et sa fièvre s'envola. Yenyeli cala une chaise entre ses deux élèves, dos au mur avant de s'y avachir lourdement. Enfin, cette journée désastreuse était terminée, la nuit planait à l'extérieur. Elle étudia le ciel d'un œil rêveur, la pluie partait pour tomber jusqu'à demain. Bercée par l'eau tapant contre les vitres, elle s'assoupit, résista, sommeilla plus fort quand Morphée arriviste l'enferma dans son pays. Dès ce moment l'infirmerie magique se barricada, offrant de grâce aux cinq individus entremêlés d'un même fil destiné, un répit nécessaire et mérité. Laissant pour quelques heures, toutes les larmes se tarir.
Le ciel est capricieux, indomptable. A grands flots il se répand, submerge d'une pluie diluvienne ce qu'il n'a pas l'envie de préserver demain. Yenyeli avait bu les remous de la terre, telle une éponge elle avait aspiré le torrent de sa peine. Inépuisable le puits de la Lune, insubmersible le désir du Ciel, c'est un buvard d'encre noire qui se noie aujourd'hui sur la terre. Le Ciel est rempli du déluge de la Terre, la Lune est piquée du venin d'un Serpent. Ne réveillez pas l'eau qui dort sous la Terre ou le Ciel en colère déversera son tonnerre. Le Ciel est un liquide inflammable et la Terre le combustible de son âme.
Le Ciel a absorbé la Terre.
Vala, fini pour aujourd'hui. J'suis toujours joignable sur ma page facebook dont l'adresse est sur mon profile. Hum... ah oui ?! ... En fait non, à la prochaine les lecteurs. Au fait, vous avez le droit de laisser un mot, là juste en dessous du chapitre dans la grande case vide, c'est pas interdit. (^_^)
