Chapitre III : Recherche de l'Exactitude

Journal de Bord de Florence, entrée 1.

Je raturais, ma plume grattant le papier.

Journal de Florence, entrée 1.

Je raturais, rempli ma plume, puis fit face au carnet vierge que Tyraël avait bien voulu me donner, prenant une inspiration avant de reprendre.

Journal, entrée 1.

J'eus un sourire.

Lorsque je suis arrivée à la Nouvelle-Tristram il y a déjà deux semaines, je ne savais pas trop à quoi je m'attendais, au final. En fait, je suis même arrivée comme une conquérante arrogante, se vantant de connaître tout les recoins du village.

Enfin, village… Labyrinthe véritable serait plus approprié. Car si dans le jeu je n'avais accès qu'aux deux rues principales, avec la place centrale du téléporteur, la Nouvelle-Tristram se trouve en réalité être immense par rapport à ce que je m'imaginais, bien que la plupart de ses rues soit à présent désertes, ses anciens occupants ayant soit fuis - Comme un certain maire…- soit péris au fil des jours. Heureusement, je n'ai pas trop le besoin de l'explorer, étant donné que je passe le plus clair de mon temps à lire les livres que Cain m'a assigné.

Ce vieux fou est impitoyable. Dès qu'il a su que je ne connaissais rien ou presque sur la magie alors que manifestement selon lui j'avais quelque capacités, il a décidé de me gaver de diverses lectures. Et que je te donne le Traité des Runes tome 1 à lire, et que je te donne l'Essai sur la magie des Arcanes pour t'amuser, et que je te passe Découverte pas à pas de l'alchimie en guise de lecture du soir pour te "détendre"... Manifestement, dans Sanctuaire, le mot "détente" n'existe pas. Ou plutôt, pas dans le vocabulaire de Deckard Cain.

A ces cours, Lorath Nahr y assiste aussi. Le membre éminent des nouveaux Horadrims est bave presque à l'idée même de respirer le même air que l'une de ses idoles. Je les vois souvent d'ailleurs discuter de théories de magie avancée, et même si je n'y comprends strictement rien la plupart du temps, ça me fait plaisir de voir que Deckard a enfin trouvé dans son entourage quelqu'un aimant lire - autre que Léah qui l'a surtout fait pour lui faire plaisir et sauver le monde.

Sinon, en plus de mon entraînement magique, je suis aussi des cours d'escrime avec Lorath. Même s'il a l'apparence d'un jeune homme un peu insouciant face au grand et imposant Tyraël, j'ai découvert avec lui les joies des bleues couvrant mon corps à cause de coups d'épées en bois. Lorsque j'ai dit à mon professeur que c'était de la torture à ce stade, il s'est contenté de rire en me disant qu'un démon, lui, n'aurait sûrement pas du bois en guise d'armes.

Quand j'ai rétorqué qu'un démon n'aurait sûrement pas d'épées du tout, il a rit un bon coup pour reprendre l'entraînement quelques secondes plus tard.

Tyraël et moi, cependant, avions une relation beaucoup plus… formelle. Ce n'était pas tant que l'ange était intentionnellement froid vis à vis de moi, c'était plus qu'il l'était avec… tout le monde. Il restait la plupart du temps à la place centrale, observant le téléporteur pensivement, ou alors on-ne-sait-où. Les seules personnes pour lesquelles je l'ai vu montrer ne serait-ce que l'ombre d'un signe de chaleur étaient Lorath et Cain, bien sûr. Les deux restaient d'ailleurs souvent enfermés dans la chambre de Tyraël, à discuter de je-ne-sais-quoi. La seule chose que je remarquais, c'était qu'à chaque fois Cain en sortait plus troublé qu'en entrant et que Tyraël, lui, en semblait plus triste encore.

Mais bon. N'ayant pas d'argent, j'ai dû accepter la charité de Cain, qui a obtenu sa propre maison grâce à Tyraël qui lui a tout simplement donnée - j'appris qu'en réalité il s'agissait de Léah qui en avait hérité, hors elle-même avait indiqué sur son testament qu'elle léguait tout au Nephalem. En parlant de ce dernier, d'ailleurs, je n'en ai toujours pas vu l'ombre. Il semblerait qu'il se soit volatilisé, comme par magie. J'ai interrogé Tyraël à ce sujet, et il m'a dit que si il y avait en effet eu un Nephalem qui avait combattu Diablo puis Malthaël, celui-ci avait décidé de se retirer à la campagne loin de tout après les événements, trop troublé pour continuer le combat, afin d'élever son troupeau de vaches. Je n'ai pas pu m'empêcher de partir dans un fou rire, me demandant silencieusement qu'est-ce que Sanctuaire avait avec les vaches… Et les poneys. Le Nephalem avait cependant donné un moyen de le contacter à Tyraël, au cas où.

J'ai demandé ce moyen à l'ange et il s'agissait en réalité d'une adresse à laquelle je pouvais envoyer une lettre.

J'étais… incertaine sur si je devrais ou non contacter le Nephalem. Que pourrais-je lui dire, de toute façon ? "Cher Nephalem, saviez-vous que dans mon monde vous êtes un personnage de jeu vidéo que j'ai eu le plaisir d'incarner ? Alors, dites moi, vous êtes quelle classe ? Barbare, Sorcier, Fêticheur, ou je ne sais quoi d'autre ? J'ai personnellement une préférence pour les Sorciers, répondez moi vite !" ou encore, peut-être "Cher Nephalem, je viens d'une réalité alternative dans laquelle Adria s'est réincarnée, est revenue à un Tristram à l'époque où celle-ci n'était pas en ruines dans cette réalité afin de pouvoir faire revivre Diablo. Je suis désolée pour le dérangement, mais on aurait un poil besoin de vos compétences de Deux Ex Machina de personnage niv. 70 parangon je ne sais combien car c'est potentiellement la fin de tout le boulot que vous avez fait ces derniers mois. Voilà voilà, à bientôt j'espère ! XOXO".

Au final, je n'ai toujours rien écrit et encore moins rien envoyé.

J'ai averti Tyraël de la menace planant sur Sanctuaire cependant, et même si l'ange était inquiet à l'idée d'une Adria plus puissante que jamais aux côtés d'un Diablo qui allait bientôt revenir en scène, il m'expliqua que ni les armées des cieux ni celles des mortels n'étaient prêtes à combattre un seigneur primordial et que la seule chose que nous pouvions espérer était qu'ils ne remarquent pas le portail menant aux Vieilles Ruines, ou en tout cas pas avant que nous ne soyons prêts. Je lui ai demandé s'il allait informer les anges et il m'a tristement répondu qu'il n'avait plus de contacts avec les cieux depuis la mort de Malthaël - soit par des différents comme avec Impérius soit car cela était trop douloureux et ramenait de nombreux sujets dont il préférait ne pas parler comme avec Auriel. Au final, Tyraël était devenu un homme solitaire, rongé par le chagrin.

Je ne sais pas trop quoi faire, cependant, maintenant. J'ai l'impression de ne pas avancer et c'est on ne peut plus frustrant. Cain dit que je fais des progrès immenses dans ma compréhension de la magie pour quelqu'un qui ne l'avait jamais étudiée mais en attendant je ne suis toujours pas capable de faire quoique ce soit de concret, Lorath a beau m'expliquer que l'enseignement de l'escrime prend du temps, je ne fais que me lamenter des jours qui passent sans progrès apparent et malgré le fait que Tyraël ne soit pas particulièrement impliqué directement dans ma vie, dès que nous discutions je ne pouvais m'empêcher de me rappeler à quel point cet ange/homme était un héros face à moi, qui ne suis au fond qu'une geek ayant fantasmé sur eux.

Bon, c'est tout pour aujourd'hui.

Je soupirais, soufflant sur les dernières lettres pour faire sécher l'encre puis je refermais doucement le carnet, observant la couverture en cuir marron un moment avant de décider de quitter la chambre de C- notre chambre, pour rejoindre l'auberge où l'on trouvait régulièrement à cette heure-ci Haedrig. Le forgeron était en effet assis à l'une des quelques tables, son apprenti assis à côté de lui, le nez plongé dans sa bouillie d'avoine. Alors que je m'assis à côté d'eux, Haedrig me demanda d'un léger sourire, "Alors, tu as donc enfin quitté tes bouquins, petite ?"

Même si le fait de me faire surnommer "petite" par un forgeron me dérangeait pas mal, j'ai finalement accepté le surnom car il est vrai que je suis jeune et… moins grande que la plupart des habitants. Donnant un sourire au forgeron, je répondis, "Oui, je prends une pause, là, mais ne le dis pas à Deckard, je suis censée m'entraîner jusqu'au coucher du Soleil !

-Je ne dirais rien, m'assura-t-il d'un clin d'œil. Qu'est-ce que tu lis ?

-En ce moment, Cain veut que je travaille les charmes. C'est selon lui le meilleur moyen de commencer la magie."

Haedrig se fit pensif, grattant sa barbe naissante, avant de marmonner, "C'est la partie la plus simple, je pense. Tu as du mal ?

-...Oui. Je suis incapable de faire quoique ce soit avec mon soi-disant "potentiel magique". J'ai du mal à croire que j'en ai un d'ailleurs, après toutes ces tentatives.

-Ne désespère pas, tu y arriveras. Mais sur quoi as-tu du mal avec les Charmes ?

-La pratique. Je comprends la théorie, mais dès que je me retrouve à faire quoique ce soit de concret, je suis perdue."

Le forgeron soupira profondément. Il finit sa chope de bière d'un trait, se releva et déclara tout en se dirigeant vers la sortie à son Apprenti, "Tu peux finir de manger et prendre ta pause maintenant !"

Lorsque Haedrig et moi quittâmes l'auberge, il se plaça face à son enclume et prit deux marteau entre ses mains. Il m'en tendit un sans lâcher un mot et, perplexe, je pris l'objet entre mes mains. Se tournant alors vers l'enclume, Haedrig prit ce que je vis comme étant une vieille épée émoussée avant d'allumer un feu magique pour assouplir le métal. Le Maître-Forgeron commença alors à frapper la lame, donnant des coups précis, une flamme brûlant dans ses yeux alors qu'il essuyait la sueur de son front de temps à autres, la chaleur du feu étant étouffante. Alors que je fixais l'épée, je la vis se déformer, coups à coups se transformant en un nouvel objet. Haedrig ne parla pas et notre silence installa une atmosphère comme mystique autour de la forge et de cette épée sur l'enclume qu'il modifiait, perfectionnait. Je sentais en moi une certaine chaleur alors que j'observais Haedrig travailler. Cette chaleur s'intensifia de façon assez paradoxale lorsqu'il éteignit le feu et que je pus voir la lame comme neuve.

"Cette épée est magique, me dit Haedrig calmement. Serais-tu capable de me dire quelles capacités elle a donc ?"

Fermant mes yeux, posant ma main sur le pommeau, je sentis en effet une sensation m'envahir, une intuition me donnant les caractéristiques de l'épée.

"Elle peut enflammer les ennemis, murmurais-je à voix haute finalement."

Le forgeron acquiesça, retirant l'arme de l'enclume, la lustrant d'un coup de chiffon pour ensuite la poser avec les autres épées. Il prit alors une dague endommagée, la posa sur l'enclume, alluma le feu et se tourna vers moi. "A toi.

-Pardon ?!

-Transforme cette lame classique en dague magique. Tu peux le faire, si tu te concentres suffisamment sur ce que tu veux transmettre à la lame. Mets y toute ton âme, et ça devrait fonctionner."

Clignant des yeux quelques fois, lançant un regard au marteau que j'avais dans ma main gauche, je finis éventuellement par soupirer, donnant un petit coup hésitant à la dague qui avait déjà prit une teinte rougeâtre.

Le métal ne se plia pas d'un poil et Haedrig ricana, "Il va falloir utiliser un peu plus de force, petite. Mets-y toute ton âme."

Toute mon âme, toute mon âme… Plus facile à dire qu'à faire.

Posant ma main droite sur l'extrémité de l'enclume afin d'avoir un appui, je lançais alors avec toute ma force le marteau sur la dague, la voyant alors se déformer légèrement sous mes yeux. Je lançais un regard à Haedrig alors que celui-ci, pensif, marmonna, "Continue. Et n'oublie pas, si tu ne mets pas tes sentiments et de toi-même dans cette dague, tu ne pourras jamais arriver à rien."

J'acquiesçais. Me tournant vers la dague, je continuais, tentant de susciter chez moi tout mon être pour le projeter dans chaque coups que je donnais. J'y plaçais ma haine absolue envers Adria, ma peine face au décès de ma mère, mon désespoir face à mon incapacité actuelle, ma joie face aux visages de mes nouveaux amis, ma détermination face à mon apprentissage de la magie et enfin, l'ardeur de vivre qui brûlait en moi, consumant mon être à chaque instants.

La dague se transforma alors sous mes yeux. Haedrig éteignit rapidement le feu avant de se tourner vers mon travail. Personnellement, haletante, je trouvais qu'au moins l'apparence extérieure de la dague était réussie. Elle était comme neuve, et je remarquais que le pommeau contenait un trou en son centre, comme pour…

Placer une gemme ?!

Mon Dieu, j'avais créé une arme à enchâsser !

Malgré la fatigue intense que je ressentais, j'attendis tout de même avec impatience l'opinion de Haedrig qui marmonna, "Remarquable, pour un premier essai.

-Qu'est-ce qu'elle peut faire ?

-Voyons voir… Elle augmente tes dégâts magiques, particulièrement ceux de foudres, elle augmente aussi ta vitesse, ta défense, et régénère un peu ta vie à chaque secondes. Vraiment, c'est remarquable pour un premier essai.

-Pas vraiment, j'ai juste frapper sur un bout de métal…

-Ne te dévalorise pas, et ne dévalorise surtout pas mon art. Forger une arme, ce n'est pas taper un bout de métal. C'est transformer de la matière première en quelque chose de bien plus puissant et fonctionnel. Cette arme auparavant n'avait aucunes capacités magiques. C'est toi qui les lui a données, grâce à ta magie."

Je fronçais des sourcils, surprise par son explication, "Mais je n'ai pas l'impression d'avoir utilisé la magie.

-Les livres de Cain ont beau être excellents d'un point de vue théorique, ils oublient tous de mentionner une chose. La magie, ça vient de là, dit-il en enfonçant son doigt là où mon cœur se trouve, et non de la tête. Tes pensées peuvent t'aider à contrôler ta magie, mais à la vérité, ce qui fait vraiment si tu vas réussir ou bien échouer un sort, ce sont tes sentiments et leur intensité.

-Comment je peux le contrôler, alors ? Comment fais-tu pour créer l'arme parfaite ? Les sentiments, ça ne se contrôle pas."

Le forgeron rigola un bon coup avant de poser son marteau et de ranger le mien. Il répondit, "La magie est liée aux sentiments, mais elle est à différencier de ceux-ci. Pour créer l'arme parfaite, je dirais qu'il faut être dans une constante recherche de l'Exactitude. Est-ce que tu comprends ce que je veux dire ?"

Je secouais ma tête de droite à gauche, incapable de trouver une explication.

"L'Exactitude, c'est le moment où tu es en parfait équilibre entre ta magie, ton contrôle d'elle, et ton objectif. C'est quelque chose d'impossible à atteindre parfaitement, mais c'est un objectif que je me fixe tout de même, car s'en rapprocher n'est pas impossible.

-Comment vous savez autant de choses sur tout ça ? La magie et comment on l'utilise ?

-On me l'a enseigné quand j'étais jeune. Mon grand-père était chancelier, après tout et en tant que noble j'avais le devoir de recevoir une certaine éducation.

-Je vois. La dague… Vous allez la vendre ?

-Bien sûr que non, c'est toi qui l'a faite ! Je te l'offre, petite.

-Mais…

-Ne discute pas, elle pourrait peut-être te servir un jour."

J'acquiesçais vaguement, observant silencieusement le forgeron avant de revenir à moi, le saluer, puis retourner dans la chambre de- notre chambre à Cain et moi. Bon sang, arriverais-je un jour à considérer ce lieu comme autre chose que l'endroit où j'envoyais le Nephalem piller les journaux intimes du dernier des Horadrims ?

Et le lieu où il est mort, de surcroît.

A l'intérieur, entrant dans la partie "chambre" des lieux, je vis deux lits se faisant face l'un à l'autre. M'approchant du mien, j'ouvris le tiroir de la table de chevet pour y glisser ma dague. Un sourire passa sur mes lèvres. Ma dague… Faite de mes propres mains.

Maman serait fière.

Décidant de ne pas pousser cette réaction plus loin afin d'éviter le elle n'est plus là pour être fière, je pris la Baguette d'Apprenti que Cain m'avait achetée pour deux pièces d'or. Me tournant alors vers le livre sur lequel je devais travailler, Introduction aux charmes pour jeunes sorciers et sorcières, je l'ouvris à une des nombreuses pages cornées pour voir le sort proposé.

Trait de feu :

Le sortilège Trait de Feu est un sort utilisé depuis les temps anciens par les clans de l'Est. Il est extrêmement pratique pour toutes sortes d'actions et, même si sa puissance est limitée, il a l'avantage de ne pas trop coûter en mana et d'être assez simple à réaliser.

Pour exécuter ce sort, il faut se placer face à la cible et prononcer le mot "Ignis" avec conviction. Si vous utilisez un bâton, le frapper au sol peut-être utile. Si vous utilisez une baguette, alors il est judicieux de faire un arc de cercle vers la cible.

Nous rappelons que ce sort est fortement déconseillé d'utilisation dans l'enceinte de bâtiments, particulièrement ceux en bois.

Je pris une inspiration. Cain m'avait créé une cible faite de bois et nous avions rapidement découvert que toute la maison était protégée de la plupart des dégâts magiques existant. Ainsi, ce fut sans crainte que, me tournant vers la cible me narguant, je me positionnais avec assurance sur mes pieds, prenant une grande inspiration avant de canaliser l'ensemble de mes sentiments comme je l'avais fait pour la dague puis, lorsque je sentis cette boule d'énergie sur le point d'exploser en moi, je déclarais avec confiance, pointant ma baguette vers la cible, "Ignis !"

Ce fut avec émerveillement que je vis un mince filet de flamme être projeté de ma baguette pour atteindre le mannequin. Certes, rien de comparable face à l'excellent sort que mon personnage dans Diablo II pouvait faire, mais tout de même…

J'avais réussi.

Me ruant vers le village, en quête de Cain, je le trouvais en compagnie de Tyraël dans le dédale du village. Me tournant vers eux, je m'exclamais, "Cain, Cain, j'ai réussis !"

Les deux hommes m'observèrent arriver, un sourcil relevé face à mon enthousiasme.

Courant vers eux, je m'arrêtais à quelques centimètres, essoufflée. Finalement, je lâchais, "J'ai réussis mon premier sort, Cain ! J'ai enfin réussi !"

Le vieil Horadrim eut un sourire, "Vraiment ? Quel sortilège as-tu accompli ?

-Trait de feu ! J'admets qu'il n'était pas aussi puissant que ce à quoi je me serais attendu, mais la cible s'est enflammée brièvement !"

Tyraël commenta calmement, "Après seulement quinze jours d'exposition à la magie, il est remarquable que tu sois arrivée à produire un tel sort. Cela ne montre que ta puissance.

-Haedrig m'a beaucoup aidé, vous savez et les livres de Cain ont été d'un grand soutien, marmonnais-je.

-Haedrig ? Cain demanda.

-Oui, le forgeron. Il m'a… montré comment je pouvais utiliser ma magie."

Cain acquiesça, visiblement pensif au vu de cette nouvelle. Le vieil homme passa une main sur son menton imberbe, se tournant vers Tyraël, un sourire passant sur son visage alors qu'il lâcha, "A plus tard, Tyraël."

La gorge de l'ange se noua visiblement alors que son visage prenait une expression ressemblant à une grimace. Il était clair qu'il ne savait pas encore comment gérer les manifestations physiques de ses sentiments si humains alors qu'il marmonna de sa voix grave, "A bientôt, mon ami."

Il fit volte-face, sa cape verte formant un arc de cercle, El'Druin, son épée, scintillant légèrement.

Cain commença alors à marcher vers sa- notre demeure, bon sang il fallait que je m'y fasse ! de son pas lent habituel, commençant à parler, "Pendant de nombreuses années lors de mon apprentissage des arts horadriques, j'ai été frustré de la lenteur de ma progression. A dire vrai, j'étais même l'un des plus lents. J'ai rapidement compris cependant que, alors que mes camarades étaient motivés par leur haine des Enfers, je l'étais personnellement par un motif moins… honorable. J'avais soif de connaissances."

Un sourire passa sur mon visage tandis que j'observais Cain. Il me faisait penser à un philosophe grec, qui s'amusait à se balader dans Athènes et à parler à des gens de philosophie alors qu'ils n'avaient rien demandé. Socrate, peut-être ? Sans doute, me dis-je, alors que Cain plaça ses mains dans son dos, lui donnant maintenant un air de Monsieur Spock.

Mon Dieu, je dois vraiment arrêter de regarder des séries.

Remarque, dans Sanctuaire, je doutais qu'ils aient du Wifi. Je me retenais de ricaner à la pensée.

Pendant ce temps, Cain continuait à parler, de toute évidence ignorant de mon moment d'inattention, "...comprends que peu de choses dans ce monde, malgré mon âge, mais j'ai appris une chose, au gré de mes voyages. Il faut une motivation aux gens. Plus que la soif de la connaissance, plus que la quête du Bien et du Mal… Je me demande quelle est la tienne."

J'affichais un regard amusé à Cain, alors que je le précédais pour ouvrir la porte de la chambre, "Je trouve que le désespoir et la vengeance sont tout deux d'excellents moteurs."

Cain haussa un sourcil, prenant déjà place à son bureau. Commençant à sortir ses cartes et ses livres, il répondit, "Quelqu'un de désespéré n'aurait pas essayé de sauver Tristram de Diablo. Et quelqu'un aspirant à la vengeance n'aurait pas la patience de suivre mes enseignements.

-La vengeance est un plat qui se mange froid, Cain, rétorquais-je sèchement.

-Je ne connais pas ce proverbe, vient-il du futur ? Au-delà de cela, ceux qui sont prêts à dédier leur vie à la vengeance sont sans doute des monstres sans coeurs, dont toute humanité a été retirée suite à un événement les ayant brisé. Tu ne m'as pas l'air d'entrer dans cette catégorie. Tu es en colère, oui. Mais tu n'aspires pas à la vengeance. Ou, en tout cas, ce n'est pas ce qui motive tes actions."

Je lançais un regard noir au dos de Cain alors que celui-ci commençait à écrire un énième bouquin - sur les voyages temporels, m'a-t-il dit.

Grognant mon mécontentement, je me laissais tomber dans mon lit avant de prendre l'un de ces bouquins de charmes, plongeant dans la lecture assez facilement.

Note de l'auteur :

Voilà, j'espère que ça vous a plu ! Je pense pouvoir poster le prochain chapitre d'ici deux semaines.