Chapitre 13 ; Frustrations et colères… couleurs primaires !
« Primaires ou secondaires, les couleurs se définissent par celui qui regarde. Mon monde sur terre est peint de couleurs primaires. Excessives, repérables au loin, impériales, immuables, je les vois. Toutes, tout le temps et quand je ferme les yeux, ce sont les ténèbres qui colorent le ciel. Avec toi, tout est différent. Être à tes côtés, c'est se mêler au rouge et noir, au jaune et blanc, au bleu, et tout à la fois, et tout en même temps. Mélangé, nuancé… tu es comme l'Arc-en-ciel qui relie ciel et terre, quand le soleil et la pluie s'entremêlent. Tu as crayonné mon monde de milles couleurs. Tu es le pont visible au milieu d'invisible.
Tu es mon Arc-en-ciel. »
Déclinée la triste journée, derrière soi la drôle de journée. Plus de cris, plus de débat, Morphée berçait entre ses bras tous les enfants même les plus grands, chaque être est un enfant quand il se sent perdu et démuni d'une situation dans laquelle il n'a pas d'emprise. Le château calme en apparence, avait sonné le mot repos pour tous les habitants. Séchées les larmes dans le ciel, la terre absorbait doucement les débordements du monde belliqueux. Et le silence, unique note autorisée à être jouée d'une baguette Maestro, apaisait la confusion emprunte de panique. Le soleil couché, la lune avait percé de son croissant doré le monstrueux orage avant qu'il n'éclate. Reine dans le ciel, elle éclairait telle une veilleuse dans la chambre d'un bébé les esprits agités, elle récoltait leurs mauvais rêves. Qu'ils se transforment en rêves des merveilles ! Union du ciel et de la terre, les dieux priaient leur paix éternité. Une paix instable cependant et une âme en colère et impatiente força les portes du royaume céleste pour mettre son grain de sel dans le fil du destin. Dusse-t-il avoir le goût de souffre au lieu de mer.
Discrète et pas de loup, une silhouette invisible se matérialisa dans l'arrière pièce de l'infirmerie. Rythmée par la respiration des endormis, elle se faufila en direction d'un homme inaccessible. Grande et féminine, noble et élégante, elle ressemblait à une Vénus aux cheveux auburn. Une Jézabel tentatrice. A priori une humaine, provocatrice et désirable. Sur ses deux jambes galbées nues jusqu'aux cuisses, elle frôlait l'indécence. D'un autre côté et à y regarder de plus près, le visage dur et les prunelles jaunes qui exprimaient l'envie de tuer n'engageaient pas de l'approcher. Ni l'ombre d'animal de la lune qui flottait à ses pieds sur le carrelage immaculé. Son ombre. Un détail pas anodin qui révélait sa nature réelle et sa magie d'illusion. C'était une enfant de la lune qui venait de descendre sur la terre. L'esprit obnubilé par sa mission, cet animal indomptable approchait sans tabou le Maître des Potions. Sa raison d'apparition, elle se posta en face de lui et l'étudia tandis qu'il embrassait Morphée, le corps moitié avachi contre sa chaise. Teint de malade, nez long et tordu, lèvres très fines, cheveux gras, carcasse maigre et déguisé comme un curé, il n'inspirait que le rejet.
- Toujours aussi laid, déclara-t-elle en déglutissant vertement.
Sa voix grave que personne ne pouvait percevoir transpirait l'antipathie et le mépris. De la rancœur difficilement contenue filtrait d'entre ses lèvres, voire une pointe de détestation dirigée vers le professeur.
»Même béni d'un rayon de lune au milieu de la nuit vous ne m'inspirez pas Contemplation. Nausée, dégoût, votre face de serpent jaunâtre et disgracieuse s'accorde parfaitement à la définition du mot hideux. Toutefois, il existe quelqu'un qui pense différemment. Une personne qui vous décrit avec admiration et vous modèle de tous les adjectifs attraits au beau. Quelqu'un qui…
En pause, ses yeux s'égarèrent. Méditative, elle perça de ses pupilles étrécies le rideau qui isolait du reste du monde. Elle tenta de lire au travers, s'attardant sur un point particulier quand rattrapée par la réalité et vaincue, sa bouche se crayonna d'une ligne de regret. Mélancolique, elle se corrigea.
»Non. Pas une personne. Un être fantastique et très précieux qui vous observe depuis toujours avec magnificence et un respect inégalable. Vous ne la méritez pas Professeur Snape ! toujours aussi indigne physiquement et moralement de mon petit Rubis des bois, vous ne méritez pas ce que le ciel vous octroie. Mais cela vous le savez déjà, n'est-ce pas ? –elle détailla les paupières closes de l'homme une seconde sans pour autant attendre de réponse- Comme hier, vous savez avec justesse tout le tort et l'hérésie qu'est votre relation. Et moi, je ne vous aime pas.
Une vérité franche et libératrice, le fantôme n'eut pas besoin de se forcer, contrairement à la suite qui déforma sa voix en un hurlement rauque plein de tristesse.
- Vous avez brisé le cœur de mon âme-sœur et quelque part je ne vous pardonne pas. Pas plus hier que demain mais je n'ai pas mon mot à dire quand l'univers entier sait qu'elle vous a choisi. –écoulement d'amertume, les mains serrées et le corps figé, l'enfant de la lune souffrait d'être obligée de l'avouer- Ses sentiments résonnent de votre nom professeur. Vous, vous, vous, vous, vous ! serina-t-elle comme le refrain d'une mauvaise chanson. Toujours et encore vous alors forcément je n'ai pas le choix. Pour l'aider elle, bien sûr que je dois vous aider vous. Indissociables vous êtes désormais, inséparables vos deux destins sont intimement liés. Vous l'ignorez mais de votre capacité à rester en vie dépend sa chance de vivre demain.
Quelqu'un gémit dans son sommeil, la confession de la jeune demoiselle fut suspendue. Intriguée, elle baissa la tête. La main d'un gamin s'accrochait à la cape du Serpentard tel un bébé à son doudou. Espiègle, sa bouche se tordit, d'avance amusée par la réaction de l'homme quand il amorcerait en guise de réveil ce qui pendait pathétiquement à ses basques. Une conjecture qui eut le mérite inattendu de la distraire, elle ricana.
- Ce mioche est persuadé de vous aimer, s'adressa-t-elle continuellement à Snape tout en désignant du menton la tête du sauveur qui remuait dans son sommeil.
Harry, terrorisé par ses cauchemars avait changé de position au cours de la nuit, balançant son oreiller au pied du lit afin de cueillir n'importe quel soutien du professeur. Un bout de cape salie de boue et il s'était rendormi.
- D'un amour signé d'un grand A. Cela serait assez mignon si le mignonnet n'avait pas l'air si niais. Ou vous si repoussant. Dans tous les cas son ressenti est une conséquence imprévue. Une aubaine que je vais m'empresser d'exploiter à vos dépends. Mr. Du Serpent qui pense si mal tout savoir vous manquez de clairvoyance dans cette histoire. –sa voix se transforma en un sifflement bas- Certes, vous n'êtes pas totalement idiot, vous êtes pourvu je dois l'admettre d'une certaine forme d'intelligence supérieure à un humain normal, surtout si l'on ajoute à votre liste de défauts que vous êtes né sorcier. Avec du temps vous finirez par relier entre elles les pièces du puzzle jusqu'à former la solution de l'équation. Seulement voilà, du temps il n'y en a pas. Elle, n'en a plus. Aussi, parce que je refuse la prophétie je vais user de ma magie et accélérer les choses.
Une seconde, son regard jaune dévisagea avec dédain Harry en prise d'un mauvais rêve, la seconde suivante, elle souriait d'une oreille à l'autre. D'un sourire étrangement malsain qui maquillait ses beaux traits d'enfant de la lune en une petite diablotine.
- Ne me détestez pas plus qu'hier vile Serpentard, mais l'idée dont je m'apprête à donner vie risque fortement de vous déplaire. L'idée est un peu sale. Vous serez humilié, souillé, senti possiblement violé mais honnêtement c'est le cadet de mes soucis. Je viens de vous le dire on a plus le temps. Le vieux barbu et votre copine d'enfance trépassée veulent prendre des gants et nuire à personne. Une fin heureuse pour tout le monde, Pouah ! cracha-t-elle révoltée. Yenyeli souffre depuis longtemps et personne n'en a rien à faire, et surtout pas cette barbe à papa datant du siècle dernier. Alors au diable les maniques et tant pis si ce gamin Potter est amené sur l'échafaud. C'est la route la plus rapide et directe pour que vous réalisiez le lien entre cet avorton et mon petit Rubis. Parce que oui Professeur vous avez raison, il existe bien un lien entre elle et lui. Yenyeli elle-même ignore encore ce qui empoisonne l'esprit du garçon mais ce n'est pas nouveau. Elle a toujours été très lente quand il s'agit de ses sentiments personnels. Comme vous d'ailleurs, humain incapable de se laisser guider par son cœur.
Touchant la fin de son long monologue, prête à mettre un terme à cet acte singulier, elle se pencha vers l'avant. Une main posée en cône autour de la bouche, elle s'avança vers l'oreille droite du Serpentard. Toujours affichée de son sourire sadique, elle paracheva son discours tout en actionnant sa magie.
- Votre corps ne peut se tromper, il réagira le premier et même s'il vous inspire phobie et haut-le-cœur au commencement, vous finirez par l'écouter et le comprendre. A percuter que votre désir et le sien ne sont que le résultat de votre vœu le plus cher. Et moi de là-haut, je vais épier. Peut-être qu'une part de moi jubilera de vous voir pédaler dans la semoule. Ne jugez pas cela comme une quelconque vengeance de ma part mais dans mon monde, l'instinct primaire guide le cœur. Et puis reconnaissez que ce sera une maigre punition que de vous regarder voir à l'envers et réagir de travers. Cela vous fera un peu les pieds de souffrir votre incompétence à voir ce que vous refusez d'accepter. Parce qu'après tout, si Yenyeli en est rendue là aujourd'hui, à ce point de non retour funeste, c'est entièrement à cause de vous. Vous avez pris la place du Soleil dans sa vie parce que vous le vouliez et non par devoir comme vous le croyez.
Sa voix devint une simple bise et ses mots une déclaration solennelle.
»La Lune est en train de mourir seule dans l'ombre du Serpent, elle rêve de son p'tit prince, alors réveillez-vous fissa et sauvez votre étoile. Cueillez votre rose Severus Snape car désormais vous êtes le seul et l'unique à pouvoir faire qu'elle brille au firmament. Rappelez-vous, vous l'avez déjà fait par le passé, inconsciemment d'accord mais vous avez déjà accompli l'exploit miraculeux de la sortir de ses ténèbres alors une fois encore… recommencez !
Résonance tel un écho d'appel, l'enfant sauvage de la lune donna un coup de pichenette sur le front du professeur et disparut.
Sitôt ce dernier s'agita. Des images floues derrière les yeux, il remua sur son siège avant de se réveiller en sursaut. Le poil hérissé et le cœur battant à cent à l'heure, il s'arracha du monde des rêves et percuta durement la terre. Dans le brouillard, il oublia un instant l'endroit où il était et même qui il était. Un sentiment de malaise intense perturbait le contrôle de ses pensées, il avait la nausée. Severus Snape dans ce moment n'était plus maître de lui, la tête lui tournait. Puis, d'un flash blanc étourdissant tout lui revint. L'appel d'urgence à Pré-au-Lard, les lamentations des élèves, le minotaure en sang, les cris, l'hystérie générale et… Yenyeli. Il réagit, se redressa le dos bien droit sur son séant et les yeux grands ouverts, il chercha l'assistante. Pas d'assistante en vue. Il pêcha en guise de salut l'horrible vision d'un Griffondor cramponné à sa cape. Sacrilège !
L'homme avait pour l'exception oublié Griffondor et voilà qu'un carillonneur machiavélique lui sonnait l'alarme Souvenir. Effarouché, il se cabra tel un étalon noir bravant l'ennemi avant de tirer sur sa robe pour se mettre à l'abri. Une geste précipité et mal accordé, -le corps très raide et lourd, et courbaturé après des heures sur une chaise branlante- il s'en fallut d'un cheveu qu'il reçoive l'uppercut de la terre. La main d'Harry au même moment tomba comme un poids mort dans le vide avant de balancer, puis de cogner contre le lit. Il ronfla plus fort, tenu fermement par Morphée. Une maigre compensation pour le revêche Serpentard. Il aurait préféré qu'il soit brusqué et piétiné par une horde de cognards tellement il répugnait sa simple présence actuellement. Comment cette idole des crétins du monde sorcier avait-il osé se suspendre à sa lanterne Serpentarde et par audace équivalente dépasser ses frontières ? Un flux saumâtre jaillit dans ses veines, créant dans son esprit l'infâme illusion d'être assigné en soumis. Lui, soumis d'un Griffondor, doublé d'un Potter. Il vomit sur son âme, révulsé par cette promiscuité abjecte. Il devait s'évader. Tout de suite. Talons ancrés sur la terre ferme, il poussa sur ses jambes et se releva. Et retomba. Entravé par une gêne obscène entre ses cuisses. Stupéfait, il se regarda. L'effroi s'inscrivit sur son visage. Par Salazar, quel démon avait entrepris de palper la partie la plus intime de son anatomie pour que celle-ci lève l'étendard de la luxure avant que le jour lui-même ne pointe son appendice jaune à l'horizon ? Une forme disgracieuse déformait avec inconvenance les plis de la fermeture de son pantalon.
Blasphème ! Sans réfléchir, il fusilla Potter du feu noir de ses yeux, -débandant aussi sec- qu'il meurt sur le champ car forcément c'était sa faute. Tout était toujours sa faute, sans exception aucune. Snape rumina, son humeur vivement fauchée de flèches empoisonnées. Baguette tapie dans sa cape, il résista à grand peine d'user du sort mortel quand il se remémora qu'il ne serait pas très avisé d'assassiner le sauveur du monde sorcier devant témoins.
Témoin ? ce mot le sortit de son phantasme de bourreau.
Assuré de sa position géographique tandis que la lune jouait les prolongations, miroitant comme un essaim de lucioles dans l'infirmerie, il choppa la clef de sa sortie. C'était le moment idéal pour décamper. Profiter de l'éternelle absence de l'infirmière pour rejoindre sa tanière froide et humide dans les sous-sols du château. Tout en préméditant un détour en direction des appartements d'une assistante délictueuse. Il faisait vœu de lui enseigner à cors et à cris son règlement très personnel. Il n'était pas garde-malade et jamais plus celui d'un Griffondor alors qu'à l'avenir elle prie le bon samaritain ailleurs que dans ses capes.
Résolu, il se releva, réussit à tenir droit un moment sans les bras. Puis, s'applaudissant mentalement pour cette prouesse, il voleta furtivement à l'extrémité du rideau qui retomba tel un voile de fantôme derrière lui. Naturellement, son regard dépoussiéra l'enceinte. L'inespéré portrait de Yenyeli le dérouta et ses poumons mirent une seconde supplémentaire pour se remplir.
Assise sur une chaise, assoupie, elle reposait précairement entre deux lits. Une image un peu à l'écart de tout, de tous, Severus eut un léger pincement au cœur en réalisant qu'aujourd'hui encore l'étoile de la lune semblait totalement seule et délaissée. Son étoile abandonnée. Quand Salazar revanchard analysa le sourire de la chance. Une occasion rêvée se présentait juste à ses pieds, le saluant comme un monarque. Sceptre royal en main, il étudia avec attention cet hommage rendu. Offrande accidentelle ou prédiction du ciel, se manifestait sous les traits de sa précieuse assistante l'immunité à sa mauvaise humeur cumulée. En effet, comme souligné plus tôt, elle était l'ordonnatrice l'ayant conduit à se transbahuter le Griffon geignard et ronronnant alors qu'il soit signé qu'il ne l'épargnerait pas. Pas maintenant que sa tête était sur le point d'exploser.
Effréné et impérial, le Potionniste se prépara à l'abordage. Une mine dangereuse, il mit le cap vers ce rocher retiré qui somnolait innocemment lorsque sur le point de jeter l'ancre et de toucher le port, il intercepta un courant d'air bizarre. Un frisson venait de parcourir le corps de Yenyeli. Tout de suite, une lance d'incendie noya le feu de sa colère. Evaporé le discours discourtois prévu, l'inquiétude seule dicta ses gestes. Buste en avant, main prévenante, il frôla le visage pâle et se figea.
Froide. Yenyeli était plus froide qu'un glaçon. Crise d'angoisse dans l'esprit Serpentard, il poussa la caresse, tâta le front. N'omettant pas qu'entre les lèvres légèrement bleuies s'échappait un trait de nuage préoccupant. Moite et tiède, Severus pesta de constater qu'elle avait de la fièvre. Réactif, il scruta droite et gauche en quête d'une couverture. En vain, il déboutonna les deux accroches maintenant sa cape et d'une habileté maitrisée, il l'en drapa du cou jusqu'aux pieds, tel un linceul. Puis, jugeant le siège très inhospitalier, il infiltra son périmètre solitude, passant les bras dessous son corps pour la porter. Yenyeli transie, s'emmitoufla directement contre lui, sollicitant machinalement sa chaleur d'homme et plus encore. Imperturbable, il amortit, l'accueillant comme une évidence où se mêlaient concupiscence et exigence. Un Serpent amant d'une Lune, un brin possessif qui se souciait de sa santé. Il se demanda à cette instance du temps s'il était encore l'unique bateau privilégié à pouvoir accoster cette île déserte tandis que ses yeux étaient fermés par le sommeil. Sans réellement se l'avouer, il espéra que oui. Sans jamais l'appréhender, il supplia de l'être jusqu'à la fin des temps lorsque se relevant, il vacilla, ébranlé par le poids plume calé entre ses bras. Yenyeli n'avait jamais été très lourde par le passé, mais s'il avait certes remarqué sa minceur prononcée dès la rentrée, il avait mal prédit sa perte. L'homme grimaça, indisposé par cette maltraitance déplorable qui lui procurait un goût de citron en bouche. Il était le détenteur du mot Adieu, l'architecte ayant planifié leur changement de direction. Leur séparation, c'était sa faute, aussi était-ce possiblement sa faute si Yenyeli après tant d'aventures en solitaire, se profilait d'un corps meurtri et lessivé. Coupable, il resserra son étreinte, créant une corde solide pour l'enfermer dans sa prison de chair. Une prison confinée noire d'où il lui serait impossible de s'échapper, une cage dorée pour sa sécurité. Délire éphémère. Absurde déraison. Le professeur têtu, misanthrope et distant vis-à-vis des sentiments jeta le miroir imaginaire et revint rapidement sur terre. Parce que Salazar l'interdisait, parce que son sang le rejetait, parce que sa longue mission l'avait transfiguré. Dénaturé l'esprit et scellé le cœur, ne restaient que l'âme et le corps subconscient pour considérer la vérité et accepter l'émotion consolidé au centre de sa vie depuis qu'il avait fait la connaissance d'une petite étoile.
En lutte de ses contradictions, il fit demi-tour. Yenyeli ballottée fit tomber quelque chose. Magie sans baguette, l'objet rectangulaire flotta vers la main du magicien. Coup d'œil succinct et il l'identifia. C'était le livre préférée de sa petite étoile. Le Petit Prince d'Antoine de Saint EXUPERY dont la reliure de cuir bleue nuit rehaussait les belles lettres d'Or. Un présent de sa part pour fêter un anniversaire. L'homme dominé par son âme ferma les yeux et se remémora le visage réjoui de la Lune au moment de déballer son trésor. (1) Un écrin gardé envers et contre tout. Si préservé qu'il paraissait aussi neuf qu'au premier jour. Il la serra plus fort, de même que l'ouvrage lorsque sans pouvoir l'expliquer il souhaita avoir le courage de tirer sur son col pour y glisser la main et vérifier que sa marque avait subsisté. (1)
Le Ciel endormi avec le petit Prince, rêvassait d'un Serpent,
La Terre ailée des rayons de la Lune, dégelait un Dragon.
Un moment immobile, à penser mal et se laisser distraire, le normalement imperturbable Serpentard contempla le cadeau tombé du ciel qu'il trouvait bien entre ses bras. Une seconde, deux secondes, il imprima physiquement ses formes, si familier était le corps de femme de Yenyeli. Une seconde, deux secondes, il jaugea son souffle, si paisible maintenant, régulier… quand recevant un de ses spasmes continûment gelés, il l'emporta dans la pièce principale. Il songea brièvement l'enlever jusqu'à l'abri de ses quartiers mais le risque de choir sur un curieux malotru, élève ou autre, était trop grand. Il était l'indifférente chauve-souris laide de Poudlard, digne représentant de sa Maison. Le vert était sa couleur primaire, aussi il n'était pas question d'afficher sur un panneau luminescent les failles qui l'habitaient et le définissaient réellement. Une faille particulière et de ce fait et par logique, il décida de l'évacuer ici, dans l'une des nombreuses couches inoccupées. Délicat, il l'allongea sur le dos. Respectueux, il rangea Le Petit Prince dans la poche revolver de son manteau. Prévenant, il ferma le manteau jusqu'au dernier bouton, ajouta par-dessus la cape qu'il lui confiait volontiers les couvertures chaudes mises à disposition, puis, ignorant le bouleversement qui s'opérait à l'intérieur de lui, il se retira. Il échoua, bloqué à moitié. Yenyeli, inconsciemment trahie, emprisonna sa main dans la sienne pour la cacher près de son cœur. Son corps parlait pour elle. Insupportable était leur désunion. Plus déchirante qu'une amputation, elle rattachait un bout de l'homme vêtu de noir à son fil de la vie. Une action que celui-ci avait coutumes d'avant, une image souvenir. Ses lèvres se contractèrent en un sourire tordu, coloriées de cette note chagrine qu'ont les gens quand ils sont frappés par le remord. Pressé de se débarrasser du battement sourd dans sa poitrine, il se dégagea de cette alliance tout en vivant dans un coin refoulé de son esprit l'idée fugace qu'un anneau doré et échangé aurait été d'un bel effet autour de ce doigt qui refusait de le lâcher.
- Absence éphémère avant les retrouvailles, évoqua-t-il au creux de son oreille. Sa voix était déformée, plus rauque et retenue qu'il l'avait soupçonnée. Dors tranquille Yenyeli, je reviens.
Vérité. Il n'avait pas l'intention de la quitter longtemps, juste une obligation furtive. Il avait besoin de son remède pour faire tomber la fièvre.
- Pour autant, ne te crois pas tirée d'affaire, petite idiote qui n'a toujours pas appris comment veiller sur elle. Tu me dois des explications pour ta conduite d'hier et d'autres pour ton état maintenant. Confession, je t'attends. Auquel cas, impossible d'éviter mon venin, prépare-toi.
Vertige incontrôlable, il balaya avec son doigt quelques mèches brunes sur son front. Caresse timide mais ambitieuse, il y déposa un baiser aussi séduisant qu'une brise un soir d'été. La promesse était scellée, il s'écarta. En route pour ses cachots où l'y attendait sa réserve à potions. Accompagné par le silence, il déserta finalement l'infirmerie. Sans se douter qu'il n'y remettrait pas les pieds comme escompté.
v*v*v*v*v*v*
Beaucoup plus tard, avant l'aurore et l'au-revoir de l'étoile du berger, Yenyeli émergea. Pendant que la lueur de la lune s'effaçait lentement par la fenêtre, retardant comme un signe du destin l'apparition dans l'horizon du trait d'union entre le ciel et la terre, ce point de jaune qui fait que le monde n'est plus qu'un, la jeune femme s'émancipa des liens perfides du dieu Hypnos. Avec un brouillard au dessus de la tête qui lançait des éclairs et une sensation de moiteur partout sur elle, son esprit s'éveilla mieux que son corps.
Les paupières closes, elle avait mal au crâne. D'une douleur aiguë et lourde tel un étau ferré sur une plaque de fer. Une migraine carabinée qui l'empêchait de réfléchir et penchait son humeur vers négatif. Elle grelottait, elle avait chaud, la gorge sèche et la nausée, et dans un lit qu'elle ne connaissait pas, il ne pouvait y avoir de réveil plus laborieux. Elle se passa l'envers de la main sur le front. Brûlant, trempé, elle soupira très fort sans pour autant parvenir à soulever sa frange qui lui collait à la peau.
- Bravo ! se disputa-t-elle, dépitée et énervée contre elle-même. Tu vois ce qu'il t'en coûte de puiser dans ta magie pour te mêler d'histoires d'humains ? Tu es malade et bonne pour une cure de potions. Pathétique…
« Ouais, pathétique, répéta vivement l'une de ses petites voix vindicative. Mieux aurait-il fallu tous les tuer pour te nourrir de leur sang. Tuer, tuer, tuer, tuer, tuer… et t'aurais même gagné du temps pour ton preux chevalier qui, soit dit en passant, doit te détester à l'heure qu'il est. Tu lui as posé un lapin, honte sur toi.
« Non, contredit l'autre voix plus gentille. Protéger était la solution. Le Dragon ne peut survivre s'il fait couler le sang des innocents et Aladiah est innocent. Néanmoins, c'est vrai que Severus ne sera pas content. Manqué le point de rendez-vous et affichée plus faible qu'une enfant, il va gronder et persifler. »
- SUFFIT ! leur gifla Yenyeli magistrale.
Sa migraine empirait et sa fièvre grimpait. Elle ne supportait pas si tôt leurs remontrances, ni leurs bons conseils quand elle savait pertinemment que ces maudites voix avaient raison. Faible, encore et toujours faible, voilà comment elle se déployait sur la terre. Un oiseau aux ailes brisées. Battre du vide pour s'envoler mais invariablement retomber et s'écraser la tête la première. Elle était faible et Severus dépréciait cela. N'avaient de valeur à ses yeux que les puissants, les endurants.
Déprimée, elle roula sur le côté et tira haut les couvertures pour se cacher avant de les redescendre. Le tissu entre ses doigts n'était pas fait de laine ou de coton. Plus fin et satiné, c'était la mue d'un serpent. Un beau et grand Serpent à la peau noire, Yenyeli embarrassée se crevassa la lèvre jusqu'au sang avant d'en arracher un bout qu'elle recracha très loin. Ainsi donc il l'avait trouvée. Et transportée dans cette pièce qu'elle reconnaissait désormais. Severus veillait sur elle, son mal-être amplifia. Une boule de feu qui n'avait rien à voir avec les symptômes d'une fatigue maladive la traversa de part en part aussi précisément que la balle d'un tireur d'élite. Perturbée, elle ferma les paupières lorsqu'une étincelle sortie de nulle part l'aveugla dans l'obscurité l'obligea à les rouvrir. Secouée, elle toucha sa tempe gauche. Chaud, doux, il y avait comme un courant électrique qui tourbillonnait à cet endroit, un film protecteur surprenant. Comme si le Soleil dans sa grande mansuétude était descendu sur la terre en plein milieu de la nuit pour la bénir d'un trait de lumière doré. Un cocon agréable et ami l'entourait, un filet de sécurité aux mailles les plus fines d'où elle ne risquait plus de tomber. Alors pourquoi en parallèle de ce paisible ressentiment une massue de dix tonnes la cognait de l'intérieur aussi violemment qu'une tête de bélier contre une porte blindée ?
Bang, BANG ! Elle n'eut pas la réponse.
Un ancien élève particulièrement cavalier prit d'assaut le refuge médical et l'expatria à l'autre bout du tunnel. De ce long et pénible tunnel où se terrait son ombre démon, cette partie d'elle-même refoulée qui avait soif de sang. Stupéfixée et les yeux ronds, elle tendit l'oreille et écouta ce qu'elle priait être un cauchemar.
Sirius Black, pied au plancher et poings serrés tentait à sa manière agréable de franchir le fort des rescapés.
- Black, n'avancez- plus ! avertit l'infirmière en le bravant avec audace.
- Reculez, vous ! riposta celui-ci surexcité. Je n'ai que faire de votre permission ou de votre ton autoritaire. J'exige de le voir, MAINTENANT !
- Hors de question. Les visites sont interdites maintenant, revenez plus tard.
- Je reste, poussez-vous.
- Non.
Indiscipliné, il la poussa, elle tangua, il en profita pour la faire valser comme ces tourniquets dans les grands magasins et entra. Une pièce vide le défia, il se retourna et grogna.
- Où est-il ?
Madame Pomfrey indifférente, l'ignora. Le centre de gravité stabilisé, elle se déplaça avant lui, le doubla et campa. Obstinée, elle bâtit avec son corps un mur impénétrable entre cet impertinent mal-élevé qui osait élever la voix et le chemin menant à la porte du fond. Courageuse, les mains sur les hanches, elle le darda de seulement oser transgresser l'interdit implacable qu'elle représentait.
- Cessez tout de suite ces enfantillages, somma-t-elle du ton d'une mère qui fait la leçon à son fils. Vous n'êtes pas dans les gradins d'un terrain de Quidditch au cas où vous ne l'auriez pas remarqué. Le calme prévaut par ici. Or, vous débarquez sans prévenir, chaussés de vos bottes mal décrottées et tempêtez à tout va tel un caprice d'enfant gâté, vous n'avez pas honte ? Je conçois que vous soyez inquiet et que vous débordiez d'un peu trop d'envie de bien faire mais je le répète Mr. Sirius Black : Dans cette demeure où je dicte ma loi, il est formellement interdit de CRIER ALORS INUTILE DE FAIRE LA GROSSE VOIX, VOUS NE PASSEREZ PAS, EST-CE QUE C'EST CLAIR ? édicta-t-elle en fautant à son tour, s'écriant à perdre haleine dans toute la pièce et au-delà.
- Sirius… arbitra Remus plus tempéré. Ensemble depuis la veille, il craignait que la situation dégénère.
- QUOI ? éructa le chien fou en faisant volte-face.
- Je…. –le loup hésita, ébaudi par cette colère intenable qui se dirigeait maintenant contre lui mais l'esprit brave et tenace il délivra le fond de sa pensée- Poppy a raison. Baisse le ton s'il te plaît. Pense à Harry.
Les yeux gris de Sirius flamboyèrent et sa rage s'exalta.
- Mais je ne fais que cela ! Penser à Harry. Une nuit blanche à ne penser qu'à lui. Comment oses-tu supposer le contraire ? Quant à mon ton et mes mauvaises manières c'est sa faute à elle, se défendit-t-il en désignant de ses deux mains l'infirmière aussi farouche que lui.
Remus ne protesta pas, muet par ce regard animé où transparaissait un mal plus profond. De la frustration. Sirius relaxé, recommença à provoquer l'infirmière. Plus têtu qu'un âne bâté, il revendiqua son droit de passage comme dans Robin des Bois.
Une attitude fâcheuse, Yenyeli que personne n'avait discernée, vit rouge quand son sang atteignait la température d'ébullition.
L'être impardonnable était de retour. Manqué l'opportunité de l'occire hier, il réapparaissait plus insupportable et coupable aujourd'hui. Une malédiction. L'infâme créature se répercutait tout autour comme une cacophonie, elle rêva de se fracasser le crâne contre un mur pour assommer son mal récurrent et lui avec. Le Dragon n'avait pas la patience d'ange ce matin. Fébrile, il prévoyait sa renaissance bientôt, des flammes noires étaient sur le point d'être allumées sur le monde. Yenyeli anxieuse, se concentra, elle chercha une zone paisible dans le labyrinthe de ses pensées, une issue de secours. Rien de salutaire ne se montra. Sa voix la plus fanatique éclata de rire, elle tourbillonna et tout se mélangea.
Au même moment, Black montra les dents et Poppy l'imita.
Campés sur leur position, aucune des deux parties ne voulaient concéder un seul centimètre du terrain miné sur lequel ils s'enlisaient. Pas une miette offerte au canard curieux(2). Entêtés, ils tonnaient, vitupéraient, gesticulaient. Buste en avant, les jambes pliées, ils intimidaient l'adversaire tel deux fauves en rut se battant pour avoir le dernier mot et gagner le trophée de la belle. Quand Black interpréta le débat inutile. Impétueux, il stoppa les arguments et dégaina son épée magique. Changeant de stratégie, il brandit sa baguette et ferma le clapet de la vieille femme plus obtuse que Cerbère le gardien des enfers. Outrée, elle essaya de contrer mais expéditif, il la surclassa et influencé par son ADN félon, il prononça un sort d'attaque puissant. Vaincue, elle survola l'infirmerie avant d'atterrir par une chance inouïe dans un grand lit. Remus dépourvu se précipita à son aide tandis que Sirius enfin libre de ses mouvements, arpenta à grands pas l'autoroute de la victoire.
Une victoire éphémère. A peine entrevu le trou de serrure de sa destination qu'une force invisible le brida, stoppant net son évolution. Bang, il heurta de plein fouet un mur sans formes. Etourdi, il rebondit, virevolta. Instinctif, il tendit le bras pour saisir un appui mais sa main se referma sur du vide. Inévitablement, il tomba.
- Impertinent humain, s'éleva une voix inamicale, calme et terrible à la fois. Présomptueux et dément, mais où donc pensez-vous être ? Crier, exiger et frapper… tel est donc votre règne demain ? Insignifiante petite chose vous ne valez rien. Vous n'avez pas le droit d'être ici. Reculez et allez-vous-en!
Remus, le bras en soutien pour l'infirmière s'immobilisa, l'échine dorsale dérangée d'un frisson. Son regard confus, agrandi, rencontra celui de Poppy qui eut la même réaction. Une seconde, ils s'interrogèrent quand à l'unisson leur tête s'orienta à droite. Yenyeli, quittée son fourreau de draps attestait finalement de sa présence. Bancale et fléchie, sa main droite à plat sur le sol commandait sa magie. L'autre, plus défaillante harponnait le dosseret au pied du lit. Un pilier pour ne pas s'effondrer. Une balise pour ne pas se noyer et demeurée frêle devant l'étranger. Au contraire de ses yeux verrons qui embués de fièvre pointaient la carcasse de Black comme une tête nucléaire sur un avion de chasse dans le monde moldu. Prêts à tirer au moindre signal d'alarme. L'homme, mal disposé, retarda la confrontation. Froidement, il se releva, tapota ses fesses pour nettoyer la poussière. Flegme, il marcha d'un pas vers l'avant, étudia en plissant les yeux l'odieux mur transparent qui lui barrait la route. Analyse rapide, il ne décela aucune faille. Impossible de le contourner, de l'éviter, il s'intéressa à l'assistante en colère. Curieux, il la dévisagea, de haut en bas, de bas en haut, ranimé par sa décision folle d'hier : résoudre l'énigme qu'elle représentait. Comme d'une chanson apprise par cœur, il était déjà capable de différencier sa voix de celles des autres et même d'en interpréter certaines nuances. Celle de ce matin par exemple était certes cassante mais elle n'avait rien de l'animal mortel qui avait juré prendre sa vie la veille. Là, elle était accessible et… faible. Un brin moqueur, il se paya le luxe de sourire avant d'être rappelé à l'ordre par la vision de son filleul. Le visage détendu recouvra sa férocité, les traits s'épaissirent et la langue Griffondor se délia pour faire face au Dragon.
- Brisez votre sort !
Le Dragon d'un malicieux effet de miroir se contenta de sourire, Sirius se révolta.
- Êtes-vous sourde, Miss l'assistance Salazar ? j'ai dit : BRI-SEZ VO-TRE FOU-TU SORT !
Attendre et Pourparler étaient dissous dans l'esprit de cet homme. Exténué et éloigné de sa plus grande responsabilité, sa patience était à bout. Craqué l'élastique de la raison, brisées les chaînes d'allégeance. Il avait juré protéger Harry mais toujours il était spolié et empêché. Pire, c'était le rival Serpentard, ce sale sous-fifre aux cheveux gras qui avait pris sa place, jouant les anges-gardiens auprès du fils adoré de James.
- Ne t'en fais pas, avait chuchoté Remus la main à épaule après lui avoir rapporté le malaise d'Harry. Après l'avoir convaincu d'attendre demain pour foncer à son chevet. Severus était là, il veillera sur lui.
- Foutaises ! s'emporta-t-il en abattant les deux poings sur le bloc de glace incassable. Comment espérais-tu me rassurer Moony en étiquetant le nom ennemi. Snivelus n'a pas le droit de voler qui je suis. Il n'a plus le droit.
Pam ! Il tapa.
PaM. Il tapa plus fort.
PAM. Lentement, durement, incessamment comme sur un tambour mais l'obstacle ne céda pas. Les lèvres pincées, il bourrina, tourmenté par de sombres pensées. Sirius était amer et souffrait. En réalité, il s'en voulait, pour tout. Il s'accusait pour hier, maintenant et demain. L'unique espoir dans son lamentable reste de vie c'était Harry. Harry, Harry, Harry… Il devait voir Harry et tout de suite. Heureusement, Griffondor eut pitié de sa détresse. Appel heureux entendu dans le ciel, Harry, réveillé par tout ce raffut se dévoila de l'autre côté de sa prison de verre. Interloqué, il passa une tête timide dans l'entrebâillement de la porte et sauva l'esprit dérangé d'Azkaban.
- Hey! l'interpella ce dernier aussitôt rassuré. Viens là mon bonhomme que je touche de mes doigts ta réalité.
Harry obéit. Yenyeli recula, le mur s'effrita et mourut. Les deux Griffondors affranchis s'embrassèrent et toute la pièce refléta d'un instant de lumière.
- Pardon Sirius, s'excusa maladroitement le sauveur en se pressant contre lui. Je suis parti sans te dire au-revoir.
- Hey ! le consola Sirius anesthésié par la chaleur de son filleul. Pas la peine de t'excuser, je n'ai jamais pensé mal ton départ.
- Mais tu criais.
- Parce que j'étais inquiet. Pour toi. Moony m'a informé de ta perte de connaissance. De ton exil chez l'une des filles d'Hippocrate. Harry ? appela affectueusement Sirius en lui massant doucement le dos. Tu vas bien ? Que s'est-il passé, tu t'en souviens ?
- Non, mentit au tac au tac Harry à demi-mot. Je… je ne m'en souviens pas, pardon. Mais je vais bien, s'empressa-t-il d'ajouter en sentant Sirius se raidir. Il avait dû oublier d'être convaincant. Je vais parfaitement bien.
L'homme méfiant les sépara pour l'examiner. Yeux dans les yeux, il considéra son expression, fouillant dans ses prunelles vertes une meilleure réponse, Harry essaya pour l'amadouer de sourire.
- D'a…d'accord, accepta au bout du compte Sirius en l'attrapant par le cou pour le chérir à nouveau contre sa poitrine. Prescient d'un malaise, il n'insista pas et se détendit, faisant mine que tout allait bien. Alors on en parle plus Harry mais tu promets que tu vas bien, n'est-ce pas ? –il secoua le haut de son crâne avec sa grande main, comme un père soucieux envers un fils ambigu– Tu promets ?
Harry réticent attendit quelques secondes avant d'assentir d'un « Mmh… » incertain. Hélas, il ne pouvait guère promettre plus. Comment aurait-il pu s'appesantir sur ces étranges phénomènes ? Harry ne possédait aucune réponse et pas spécialement ravi de passer pour un fou comme ça avait pu être le cas lors de sa connexion avec Voldemort, il lui semblait préférable de ne rien présenter du tout.
- Au fait ? dénota Sirius pour changer de conversation et alléger l'ambiance. Il était attentif du malaise provoqué involontairement dans l'esprit du héros. Bienveillant, il désirait lui changer les idées, tout en étant préoccupé d'autre chose. Il est où ton gardien venimeux ? Il n'était pas censé garantir ta sécurité ?
- Comment ? demanda Harry penaud en se dégageant. Ses lunettes lui glissèrent sur le bout du nez, il les replaça.
- Monsieur du Serpent, précisa le plus grand en scrutant droite et gauche, sur le qui-vive de voir débarquer un serpent. Snivelus, il est passé où que je lui cause de deux mots face à face ?
Mauvais inspiration pour le dernier des Black, les yeux du jeune Griffondor s'agrandirent, affolés et… brisés.
- Harry ?
Harry victime d'un retour en arrière se figea dans le regard gris de son parrain. Catapulté au passé, il revécut le théâtre navrant ayant conduit à la fracture de son cœur. Spectateur inquisiteur, il avait tout vu de l'échange privé entre le Ciel et la Terre.
Il s'était réveillé au moment du départ Serpentard. Bras ballant, tête pendante, torticolis et fourmis dans les pieds, il avait lâché Morphée à temps. Juste avant d'emboutir la terre. Echappée bienheureuse pour une suite malheureuse. Une ombre derrière le rideau retentie comme une invitation, il avait bougé. Debout sur la pointe des pieds et guidé par sa curiosité, il avait discrètement épié dans un trou de souris le tableau d'interdit avant de s'en mordre les doigts. Télescopé en un temps record du rêve au cauchemar. Snape, si déférent, si doux avec cette femme étrangère. Maso, Harry n'avait pu se contraindre d'en rester là. Obstiné, il avait suivi le couple jusqu'à l'embrasement de la porte pour se faire plus de mal. Et quelle atroce douleur en témoignant de la scène finale. Subjugué par l'impossible, il avait contemplé avec un détail remarquable, aussi précis qu'un peintre, les lèvres habituellement si pincées et inaccessibles, s'ouvrir aisément pour épouser avec une tendresse sacrée une assistante anonyme. Elle, elle, tout pour elle. Fresque irréelle, conte grotesque, il avait eu le cœur brisé. Baiser innocent, il avait touché un secret. Un interdit, un lien que l'avenir le condamnait d'avance à ne jamais cueillir autrement que via ses rêveries burlesques et romanesques. Des fictions, des phantasmes, des songes. Songe mensonge, disait le proverbe. Maudit ! la jalousie avait remplacé la douleur, la colère avait dévoré la jalousie. Colère contre cette Yenyeli méconnue pour ne pas dire inconnue qui osait lui dérober ce qu'il considérait comme lui appartenant de droit. Severus Snape était à lui et à lui seul.
Retombé dans la réalité, Harry pivota. Au ralenti, il se posa sur cette femme décriée, détestée qui regardait de ses frontières fermées. Prudent, il l'inspecta. Alerte, il épingla la cape qui ne lui appartenait pas mais qu'elle portait sur le dos comme d'un bien personnel. Son cœur réactif bondit, rebondit. Mâchoire crispée, muscles bandés, il rugit intérieurement. Désapprobateur, il s'appliqua à la rabaisser du regard, errant de ses yeux rouge et or à la cape plusieurs fois d'affilée tel un tic nerveux. Croisement des sens, démêlés avec les sentiments, il laissa son cœur s'exprimer. Tristesse, jalousie, colère, toutes unies fortement pour combattre l'étrangère et renier jusqu'à sa simple existence. Elle n'existait pas, elle n'était qu'un fantôme, une chimère, un de ces dragons légendaires qui n'apparaissaient que dans l'imagination des enfants moldus. Oui, voilà, elle était le personnage abstrait d'un conte de Grimm. Et il s'arrêta là. Encore suffisamment raisonnable à ce stade de l'histoire pour se complaire aux convenances instituées par le Professeur Dumbledore. Au bon comportement que lui imputait son statut d'élève à Poudlard, il chassa vivement sa folie pour penser différemment. Pas d'insubordination envers un professeur quel qu'il soit, assistante comprise, il rejeta son désir de se jeter sur elle pour la défigurer et ferma les yeux.
Quand il les rouvrit, une nouvelle idée avait germé dans son esprit Griffondor. Honneur à sa maison et pressé, il s'excusa auprès de son parrain et ami qu'il laissait en plan pour la deuxième fois. Puis, niant les protestations de Madame Pomfrey qui lui déconseillait de partir contre avis médical, il quitta les lieux.
Clang !
Porté claquée derrière lui, un froid polaire tomba sur tous les convives. Sirius sensible exigea de savoir pourquoi.
- Il se passe quoi ici ? –un silence résonna dans la salle- Qu'est-ce qui vient de se passer ici, radota-t-il en faisant volte face vers l'assistante en Potions. Vous et Harry, vous m'expliquez ou je dois vous arracher les réponses.
C'était une menace, il fit deux pas en avant. Yenyeli le regard jusqu'ici dans le vide l'avisa, l'intensité de son œil rouge doubla. Sur la défensive il se tempéra, rétrograda. Il était conscient du danger qui tout à coup émanait d'elle. Son aura avait changé, le Dragon avait ouvert les yeux. Mais l'homme était plus téméraire et un peu suicidaire depuis longtemps, il persista.
- Je désapprouve user de ma force sur les plus faibles, qui plus est quand il s'agit d'une femme mais vous ne me laissez guère le choix.
Baguette jusqu'au ciel, il chuchota le début d'un sort mais jamais la fin. Trop lent, une bourrasque glaciale le contra, son arme s'envola et son corps glissa sur trois mètres en arrière. Lorsqu'il le réalisa, une ombre féroce flottait à un pouce de son visage. Yenyeli, la tête baissée, les cheveux dans les yeux et la main droite dans les airs comme sur le point de frapper, respirait lentement en face de lui. Sirius frissonna, son instinct de survie le supplia de ne plus faire un geste sous peine d'y perdre la vie.
- Sirius, intervint Remus prudemment. Cela suffit pour aujourd'hui tu ne crois pas ? Mademoiselle, s'adressa-t-il à Yenyeli aussi poli que galant. Si vous vouliez bien mettre une certaine distance entre vous, je vous en saurais gré, merci bien.
Sans attendre, il tenailla son ami par derrière et le tira.
- Que ? réagit Sirius réfractaire. Non ! Moony lâche-moi. Lâche-moi tout de suite, je n'en ai pas terminé avec elle.
- Chut ! souffla celui-ci à son oreille en signe d'avertissement. Calme-toi s'il te plaît. Il faut désamorcer la bombe que tu n'as pas conscience apparemment d'avoir déclenchée.
- Bien sûr que je suis conscient de tout, nia l'ami insoumis. Je veux savoir ce qui a brouillé l'esprit d'Harry. Tu as noté sa réaction, son regard détruit en la dévisageant elle ? Harry a décampé fissa pour la fuir, je veux savoir pourquoi.
Lupin ne démentit pas, sans pour autant desserrer les liens.
Bien sûr qu'il avait relevé le flux négatif du sauveur devant l'assistante, sauf qu'il connaissait déjà le pourquoi du comment. Confident de ses sentiments, il avait deviné les raisons de son attitude bizarre. Reconnu la cape de Snape sur elle, c'était facile à comprendre. Malheureusement, il n'était pas dans son droit d'avertir son ami sans l'accord préalable du plus concerné. En conséquence, il devait tenir le rôle de modérateur et éviter que quiconque ne commette l'irrémédiable. D'autant que son côté animal hurlait de prendre la tangente et de fuir au plus loin de cette drôle de femme qui en une fraction de seconde avait instauré une atmosphère funeste sur l'ensemble du périmètre. Hélas, Sirius aliéné continuait de s'agiter et refusait de l'aider.
- Moony lâche-moi !
- Pas avant que tu ne te sois calmé. S'il te plaît Sirius.
- Tous les tuer, tous les tuer, tous les tuer, maronna Yenyeli sombrement. Le visage continuellement orienté vers le bas, elle se tenait la tête à deux mains. Tuer, tuer, tuer, tuer, tuer…
Litanie périlleuse, les deux amis se tétanisèrent. Statues de sel, ils tombèrent dans le silence et se préparèrent mentalement à assister à un homicide ou entendre une déflagration funèbre.
- Tuer, tuer, tuer, tuer… tuer, tuer, tuer, tuer, tuer…. Non !
Pas de déflagration. Yenyeli plus forte inspira un grand bol d'air avant de bloquer sa respiration. Une seconde, deux secondes, trois, elle se redressa. Stoïque, elle regarda droit devant sur le mur blanc et se concentra. Une seconde, deux secondes, trois, elle expira. L'instant d'après elle avait dépassé les deux hommes, l'infirmière puis, la mort aux trousses, elle s'échappa. Porte magiquement ouverte sur son passage, elle n'était plus là.
- Hey ! héla Sirius pour la retenir, ses questions toujours sans réponses.
- Laisse-la, termina Remus en le ceinturant jusqu'au dernier cran et soulagé de la voir disparaître. Laisse-là. Sirius, juste maintenant, laisse-la…
Le ton implorant ébranla l'ancien prisonnier, il se décontracta. Observateur, il analysa le masque de son vieil ami. Pas tout à fait naturel, un peu confus, gêné et contrit, c'était le visage de quelqu'un qui en sait plus long qu'il ne veut bien l'avouer. Entendu, s'accorda l'esprit malingre de Sirius. Il devrait lui faire cracher le morceau, mais pas maintenant. Remus était fermé comme une huître, or s'il forçait au pilon pour l'ouvrir, il risquait de briser la perle précieuse qui représentait leur amitié. Plus tard alors, bientôt. N'était pas né celui qui saurait l'évincer pour longtemps du secret. Après tout n'avait-il pas été désigné au passé pour être le gardien du secret par son ami défunt ? Bien sûr que si et même si l'histoire par son refus avait mal terminé, rien ne lui interdisait d'être celui de demain.
Pendant cet intervalle de deux notes rompues, le descendant direct de Griffondor avait rallié les couloirs ternes de la Maison Serpentard. Happé par son désir et l'inextinguible pouvoir attractif qu'exerçait sur lui le détestable Professeur des cachots, il avait bille en tête couru jusqu'aux limites de sa salle de classe.
Porte moitié ouverte, lumière discrète, il tergiversa timidement sur sa prochaine action. Il remercia sa bonne inspiration aussi et avant que son audace ne s'estompe d'un doute, il entra.
- Profess…
Il s'interrompit, coupable d'indiscrétion.
Snape, consciencieux au dessus de son chaudron n'avait plus rien du tableau abominable et terrifiant que le contait sa légende. Méticuleux, appliqué avec les ingrédients, son expression trahissait une instabilité peu commune chez lui. Une inquiétude vivace et un certain effort de contrôle de ses émotions. Une anomalie pour un être plus apparenté à un iceberg qu'à un humain. Un paradoxe qui s'envola comme de la fumée dans le conduit d'une cheminée dès qu'il remarqua sa présence.
La présence déplacée d'un imbécile dans sa zone confidentielle et très personnelle, il se maquilla tout en noir. Affiché de sa figure normale, surmonté de son air inabordable, Snape suspendit la préparation d'une potion importante. Potion dans laquelle est-il bon de préciser il avait dû perdre du temps parce qu'en allant dans sa réserve il avait eu la mauvaise surprise de constater le vol de toutes celles composées d'avance. Y compris les remèdes conservés exclusivement à l'intention de son assistante stupide. Une déconvenue imprévue qui l'avait mis hors de lui. Un mystère à résoudre dès que le médicament pour Yenyeli serait terminé et administré. L'idée de punir le coupable l'avait ragaillardi, encouragé à se mettre au travail. Des heures… à ajouter les ingrédients, à tourner, patienter, ajouter encore, et voilà que cet avorton de rejeton de Potter osait le rompre au moment où il signait la fin.
- Que me vaut le déplaisir de votre inhabituelle présence dans ma salle de classe Mr Potter, sangla-t-il méchant tandis qu'il versait 25ml de liquide bouillant dans une minuscule vasque de verre. Qui plus est à une heure indigne de votre… flemmardise, un dimanche matin. Je vous écoute.
Chaque mot puait l'arrogance Salazar et Harry planté par deux billes d'encre noire ne s'y trompa pas.
- Je… Il ne savait quoi répondre, son explication honnête risquait d'empirer la tempête Serpentarde.
- Vouuuus… répercuta l'homme agacé par son bêlement.
- Je voulais…
- Vous vouliez…
-…
- Bon sang Potter mais ne parviendrez-vous donc jamais à aligner plus de deux mots en ma présence ! Vous êtes affligeant d'idiotie, c'est un record même pour Griffondor.
Enervée et fatiguée, la terreur des cachots dévala l'estrade d'un pas de géant. Sa petite fiole jaunâtre dans la main droite, il chargea en direction de l'élève badaud. Un déplacement hostile qui obligea Harry à battre en retraite. Apeuré par la situation en un mot incontrôlable, son cœur accéléra. D'un autre côté, et curieusement, plus il percevait distinctement la langue du serpent plus se modelait dans son esprit une mélopée suave et attrayante. Un chant ensorcelant qui lui renvoya l'image cruelle du baiser volé. La peur oubliée et le courage hissé sur le mat rouge et or le plus haut, Harry fut pris d'un coup de folie. Sans se soucier de son action ou réfléchir les conséquences inévitables, il se jeta au cou du professeur. Contaminé par le déséquilibre de son parrain, il combla l'espace les séparant et jaloux, il colla leurs deux bouches.
Paralysie de l'instant, les deux êtres appareillés par accident se transformèrent en glaçon. Congelés de la tête aux pieds, c'est Harry qui se retira le premier, conscient que l'union espérée n'était pas désirée, pas appréciée. Jamais rendue. Snape statufié, n'avait pas esquissé un seul geste, pas cillé. Les yeux grands ouverts, le dos légèrement courbé à cause du lest Griffondor, il ne réalisa que trop tard l'invasion du barbare. Accroché à sa petite fiole, son corps ne lui appartenait plus. Infiniment choqué, son âme s'en était allée. Avant de redescendre brusquement pour lui faire découvrir deux émeraudes au milieu d'un visage rosi. Patatrac, Snape atterrit lourdement sur la terre. Regard surpris puis noir de colère, il fulmina, plaquant sans pardon le jeune agresseur. Harry de rose se marbra de blanc, terrifié par ce qui allait arriver.
- DEHORS ! vociféra au plus haut de sa voix Severus, assassin.
- Professeur… je, osa se défendre le jeune homme emprunté.
- Vous êtes sourd, Potter ? J'ai dit: DEHORS ! TOUT DE SUITE. HORS DE MA VUE. Il jeta la pauvre fiole dans les airs. Soumise à forte pression, elle vola à moins d'un millimètre du visage rouge et or avant de terminer sa course contre le battant de la porte.
Epouvanté, Harry jugea le moment opportun pour déguerpir et tenter de sauver sa vie. Ni une, ni deux, il fit demi-tour. Gauche, il trébucha sur une dalle de pierre, se reprit, piétina puis commença à courir. De plus en plus vite, il rivalisa avec un vif d'or et se carapata comme si Voldemort le pourchassait. A l'excepté que ce n'était pas la Faux qui jurait de le tuer mais deux lames aiguisées, pointues et mortelles que Snape menaçait de lui décocher d'un simple regard.
- Que Salazar s'abatte sur le sang ennemi, détona Severus quand il fut certain d'être seul. Il frotta énergiquement sa bouche du revers de sa manche.- La tête du dernier fils Potter est détraquée et perverse, qu'il soit damné dans cette vie et toutes les autres. Par Merlin, que quelqu'un me sorte de cet épouvantable cauchemar ou je vais me sentir mal.
Prédiction exacte et précoce. Un haut le cœur lui remonta le long de la trachée. De la bile, le goût âcre lui provoqua une quinte de toux atroce. Il cracha à même le sol, plusieurs fois, si écœuré était-il à la simple évocation du cruel guet-apens dans lequel il venait de tomber. Avanie sur son âme, ordure dans sa chair, il crut avoir choppé la gale, pire ! être contaminé par la peste bubonique. Aucun vaccin, pas même l'oubli ne parviendrait à purifier l'infection. Alors il se déchaîna. Ouvrant toutes les valves de sa magie d'un seul coup. Bang ! Chaque pièce du mobilier précaire qui l'entourait fut réduite en poussières, pas même son chaudron ne fut épargné. Un vrai cataclysme digne de la légende Snapienne.
- Si ce gamin, pestiféra-t-il en reprenant sa respiration. Si ce paria de Potter ose encore seulement m'approcher de plus près que l'épaisseur d'un parchemin, je jure, oh par tous les parents de Salazar, je fais le serment formel de l'étriper avec la hache qui aurait dû servir à trancher le cou de cet hippogriffe lunatique lors de sa troisième année. Mieux, de l'écarteler, de le disséquer, de…
Stop.
Ajournée sa longue liste des sévices aménagés pour le monstre Potter. Une Aura plus meurtrière que la sienne pénétra son périmètre et le chavira. Un feu extrême dont l'appartenance lui était familier. Instantanément, l'autre se volatilisa de son esprit pour être remplacé par l'immensité étincelante d'une comète emportant dangereusement une étoile dans le ciel. Son… étoile. Automate pertinent, il sauva ce qu'il put des restes de sa potion dans le fond brisé du chaudron, le transvasa dans une nouvelle fiole rafistolée à coup de baguette et céleste, il fonça dehors.
Yenyeli avait éclaté de toute la foudre du ciel.
Impossible de se retenir plus longuement, de refréner la puissance dévastatrice qui coulait dans ses veines, elle débordait et déversait sur son passage de la lave en fusion. Galerie après galerie, sa magie jaillissait tel un geyser expulsé pour rompre la glace. Le Dragon vomissait son feu ardent sur la terre et n'aspirait qu'à réduire à néant tous les vivants, tous les morts, absolument dans le but de se retrouver seul. Parce que maintenant c'était une marée de voix qui hurlaient de partout dans sa tête, dans son corps, dans son cœur. Yenyeli était… perdue.
Pas de course, elle se dépêcha de regagner son appartement, se recroquevillant derrière les fers de sa lourde porte blindée. Asile conquis, lieu intime et apprivoisé, elle dénoua entièrement les ultimes liens de sa nature profonde et détona plus fort qu'Arès, ce dieu de la guerre surnommé le « Furieux » par ses pairs. Les murs tremblèrent, vibrèrent, se déformèrent. Poussés dans leurs derniers retranchements, ils se fendillèrent, dessinant des lézards entre les pierres, des ruelles désertes. Résistance misérable, ils luttaient pour survivre. Comme Yenyeli mais c'était trop. Tout simplement trop.
Empathie sinistre que la sienne, c'était un handicap au quotidien que d'essayer de tracer un chemin parmi ces humains, ces sorciers et toutes ces histoires du passé. Black, Black, Black, elle vitupéra. Et Potter et ses sentiments envers un serpent, ses ressentiments envers elle. Jugement hâtif, jalousie stupide, haine farouche et rejet, il l'épuisait quand elle n'éprouvait pour lui que du dégoût. Elle l'abhorrait car à cause de lui et de son antipathie, ses voix avaient repris le dessus, emplissant son crâne sensible de chimères macabres. Yenyeli avait encaissé, enduré jusqu'à ne plus avoir de place. Submergée, elle avait fini par se perdre, puis sombrer. Avec pour seule issue de secours la colère, la rage. Un sentiment simple à extérioriser et suffisamment puissant pour repousser tous les autres. Simplicité enfantine que de lui confier les rennes du pouvoir. De lui offrir les commandes de son reste d'existence. Se fondre et ne faire plus qu'un. Une nouvelle couleur avait teint ses pupilles pour couvrir toutes les autres. Celles qui, par leurs nuances complexes asphyxient et dispersent en un millier de particules ce qui est vraiment. Le centre, l'égo. Naturellement, elle avait bien tenté de continuer de les différencier pour ne pas se déconnecter du monde mais la palette était si variée et quelque part les couleurs si semblables qu'elle avait fini par les mélanger et ne voir plus qu'un trou noir. Yenyeli était devenue aveugle. Fléchir devant l'intolérable n'étant pas son adage, elle avait résisté. Au début. Soufflant dans un ultime effort sur l'obscurité dans l'espoir déraisonné de repérer une couleur de vie. Une seule, unique, qu'importait du moment qu'elle fut vive et puissante. Un rouge écarlate avait lui, elle s'y était cramponnée comme d'un naufragé sur sa bouée. Tourbillon, remous, et tant pis pour l'après.
La colère, c'est l'encre dans laquelle s'était noyée Yenyeli face aux deux Griffondors. Elle avait replongé dans une mer rouge sang si loin que ses propres sentiments avaient été absorbés, dissous dans le néant. Tableau uni, tube vermeil, l'ode à la colère avait conquis son corps transparent. Possédée, enragée, elle avait oublié comment remonter à la surface. Comment respirer, et maintenant elle ignorait jusqu'à son existence. Toutes les voix dans sa tête parlaient pour elle et exigeaient de régner à tour de rôle jusqu'à faire d'elle une simple poupée.
« Ce sale petit vermisseau Griffondor mérite l'ultime sentence, pourquoi perdre ton temps et ton reste de vie à vouloir lui rendre ce que tu considères lui avoir volé. Tue-le.
« C'est vrai que ce petit sauveur est un immonde charognard qui pollue l'atmosphère, tue-le !
« Et ajoute son détritus de parrain dans sa tombe, il s'approche, crie, respire quand il n'a de droit que le trou de l'enfer dans lequel il aurait dû mourir, tue-le, tue-les !
« Ouais, à mort les humains sur cette terre, à feu les sorciers prétentieux, TUE-LES !
« Tues-les, tues-les, tue-les ! TUE-LES ! TUE-LES ! TUE-LES !
« NONNN ! Yenyeli stop… »
- LA FERME ! scanda Yenyeli en tapant du pied sur le sol. Fermez-là !
A bout était la Lune dans le ciel. Aux portes des ténèbres se retrouvait le Dragon solitaire.
Et il faisait si chaud. Yenyeli malade retira la cape Snapienne, son manteau avant d'ouvrir plusieurs boutons de sa chemise qui lui collait au dos. De la sueur lui gouttait dans le cou, elle avait soif, terriblement soif. Elle avança, tituba et chercha où trouver la sortie pour son âme. Pas d'âme à l'horizon, elle toucha le fond de l'abîme de son puits sans fond. Une pensée traversa son esprit : Raia'rii… ne viens pas ».
Raia'rii ne vint pas. A contrecœur, il n'aida pas. A la différence de Serpentard qui n'avait que faire des commandements ou des mises en garde et rejoint à vitesse grand V l'entrée cachée de ses quartiers, il entra. Sans s'annoncer.
Le décor d'accueil le transfigura. Severus muet de stupeur, resta un moment sur le seuil à comptabiliser l'ampleur des dégâts. Les sourcils froncés, il incorpora avec horreur toute l'étendue dévastatrice dont était capable une Lune transportée par sa colère. En un battement d'ailes, l'hécatombe avait métamorphosé la pièce principale en une zone sinistrée comme après le passage d'un ouragan. Avec au centre une forme sombre aux épaules tombantes. Une rescapée qui ne le regardait pas. Non. La coupable en réalité.
- Yenyeli, appela-t-il humblement.
Ne jamais brusquer une bête enragée, apeurée.
- Shhhhhh, fit écho une voix qui n'avait rien d'une étoile. Un grésillement assimilable à des interférences sur une onde radio-. Voici Serpent qui arrive en rampant pour sauver le néant. Shhhhh… Yenyeli n'est pas là, Yenyeli n'est plus là. Pas d'existence pour Yenyeli. Pas, pas, pas, pas, pas…
- Yenyeli ! Il insista, tout en maudissant le délai imposé par le voleur de potions. Trop longue la séparation, quelque chose avait atteint son assistante tandis qu'il n'était pas là.
- Yenyeli, réponds-moi, tout de suite. Je répugne ton indifférence quand tu m'obliges à me montrer patient.
La forme dansa, se retourna à demi pour l'observer, la tête penchée et le visage en sueur. Severus tressaillit. Yenyeli en effet n'était plus là. La face cachée de la Lune avait remplacé son sourire par une ombre lutine, un démon qui avait soif de sang. Pas impressionné pour autant, il marcha dans les décombres, forçant le passage dans sa direction. Il connaissait cet état destructeur. Dans leur passé commun, plusieurs fois déjà il avait dû se confronter à cette transformation. Cet sorte d'animal sauvage qui évinçait tout de l'existence réelle de Yenyeli. Elle s'enfonçait dangereusement dans les ténèbres, il devait renverser la situation où il allait la perdre.
- Yenyeli, l'identifia-t-il avec raison.
- N-N'approche pas ! s'écria-t-elle scandalisée. Severus abstiens-toi.
- Ohhh, rétorqua celui-ci avec dérision. Ainsi donc tu te rappelles qui je suis. Et bien n'oublie pas de te rappeler à l'identique assistante stupide, que je n'ai toujours eu que faire de ta prohibition. Yenyeli regarde-moi.
Injonction dans la voix et l'attitude, il lui tendit la main. Effarouchée, elle s'en écarta promptement avant de fredonner son refrain.
- Tuer, tuer, tuer, tuer… Tous les tuer, sorciers compris. Shhhh… Serpent compris parce que le venin est un poison et que l'enfant tabou n'est pas immunisé. L'aberration née du ciel et de la terre se nourrit du sang des morts. Severus, dicta le Dragon vengeur. Echappe-toi de cette prison, fuis l'hérésie qui te poursuit où je vais finir par me repaître de ton trépas. SORS-TOI DE LA !
Un souffle brûlant, un cri flamboyant, le Ciel et la Terre entraient en collision quand le Serpent refusait de blesser la Lune.
- Je n'ai pas peur, répartit Severus contrariant. Tu ne me fais pas peur.
Immobile, son regard sombre ne trahissait aucune hésitation. Pas de mensonge, il n'avait jamais craint la folie de la Lune. Quel que fut son degré de rupture, il ne redoutait pas ses représailles. Ni hier, ni aujourd'hui, ni demain, jamais. Pas d'elle.
- Tu devrais, contredit l'ombre malsaine en grinçant des dents. Je te l'ai déjà semoncé au passé. Ne commets pas l'absurdité d'abaisser ta garde.
- Et toi, argua-t-il plus dogmatique en capturant sa main dans la sienne pour l'attirer contre lui. Ne commets pas l'imprudence de m'ignorer. J'ai dit : Regarde-moi !
Les yeux dans les yeux, l'ombre le regarda. Les pupilles dilatées rouge et jaune clignotèrent dans le noir, papillonnèrent comme pour se débarrasser d'une poussière quand au bout de quelques secondes le voile lunaire se dissipa. L'âme de Yenyeli respirait à nouveau, elle voyait. Elle détoura nettement le portrait du Serpent. Un frisson de terreur sursauta au centre de sa poitrine, elle se cabra.
- Non, refusa-t-elle en le repoussant avec vigueur. Elle récupéra sa main et l'enferma dans l'autre pour la punir, comme une enfant après une bêtise. Par la déesse lune Severus, va-t-en.
Elle recula. Agitée, elle manqua de perdre l'équilibre, elle se détourna. Indiscipliné, il n'écouta pas. Témoin, il demeura, inébranlable et obstiné. La désolation morale et physique dans laquelle elle se terrait avec une frousse anormale modifiait sa façon d'être, son tempérament. Acariâtre et revêche avec tous les autres pestiférés d'anonymes mais infiniment plus gentil, tolérant et clément avec sa petite étoile. Il fit deux pas en avant pour la sauver quand elle s'échinait à n'en faire qu'un seul en arrière pour se calfeutrer. Severus avait compris. Les quartiers démolis, en ruine n'étaient qu'une façade, un symbole de son état profond. Elle était coupable certainement mais victime la première, il réclamait de la toucher pour mettre un terme définitif à ce mauvais rêve éternel. A un souffle d'elle, il la frôla. Paniquée, elle se retrancha. Escamotant une sortie qui ne figurait nulle part sur les plans Serpentard.
- Severus, recule, va-t-en.
Echo douloureux, il prit l'initiative. Faisant fi de ses protestations, il se faufila dans son dos. Bras autour des siens, il l'encercla, l'emprisonna. Les mains croisées devant, il appuya, fort afin de créer une pression sanguine, un contre-choc physique.
- Non, non, non, non, non, non, non… invoqua Yenyeli en se débattant farouchement contre les chaînes du reptile.
- Chut.
- Lâche-moi !
- Chut.
- Severus LACHE-MOI !
Il n'écoutait pas. Inflexible, il consolida son emprise. Union de leurs deux corps moulés à n'être qu'un, il n'avait pas l'intention de la libérer avant longtemps. Elle se démena, rua pour se déloger, se contorsionna pour être détachée. Habile, il suivit. Infatigable, il calqua ses mouvements aux siens tel un cobra suivant le charmeur et sa flûte. Au bout d'un moment, il buta contre un fauteuil défoncé, il s'y laissa tomber, emportant avec lui la charge de son assistante rebelle. Calée entre ses cuisses, il la serra.
- Severus !
L'angoisse dans la voix, elle ne cessait de vouloir s'enfuir, remuant, véloce pour être libérée. Il ne céda pas.
- Chut, murmura-t-il à son oreille parfaitement à l'aise. Promiscuité singulière, il se réhabituait à sa chaleur un peu froide. Salazar permettrait-il juste une brève seconde qu'il ait la faiblesse de reconnaître qu'elle lui avait manqué chaque jour que dieu fasse.
- Ne te débat pas ainsi contre moi Yenyeli, réclama-t-il la voix malheureuse. Ses lèvres s'articulèrent à même sa peau, elle frissonna. Accepte présentement que je te garde entre mes bras quand au passé tu refusais que je m'éloigne. Rassure-moi… Photographions en noir et blanc mon péché d'orgueil inavouable et défions jusqu'à demain la destinée. Rassure-moi Yenyeli. Rassure-nous tous les deux.
Aveu d'hier de la Lune,
Récitation maintenant d'un Serpent.
Les mêmes mots, la même caresse, l'égale faiblesse révélée un matin plus difficile à supporter, Severus n'avait pas oublié. Yenyeli se remémora. Tremblante, sensible à ce timbre inimitable, à cet homme qui avait si prodigieusement outrepassé toutes ses frontières le jour de la mort de son dernier espoir et qui au milieu du néant ajustait délibérément son corps au sien, elle faiblit. Malgré sa moiteur pleine de fièvre et ses vêtements mouillés, il refusait qu'un seul millimètre ne les sépare, un bouleversement. A cet instant précis il chamboula toutes ses convictions. Vaincue, elle déclara forfait, autorisant une rivière tranquille à couler dans ses veines. Le Dragon englouti d'une eau paisible fut renvoyé dans ses ténèbres et toutes les portes dans sa tête se refermèrent pour dire au-revoir à toutes les voix.
- S-Severus, nomma-t-elle d'une voix brisée. Elle n'osait plus bouger, elle avait peur. Je ne voulais p-pas. J-je… ne veux pas te tu…
- Suffit ! empêcha le Potionniste irrité et instruit qu'elle avait désormais le souvenir de sa folie. Je sais déjà tout cela, idiote. Petite idiote qui parle parfois avec des mots qui ne sont pas les tiens. Je te défends de t'excuser quand ce n'était pas toi.
- Je ne veux pas… je ne veux pas… ne cessa cependant de répéter l'assistante comme une petite fille éplorée d'avoir souhaité l'impardonnable à l'être le plus chéri de son cœur.
Pas elle, avait-il affirmé avec aplomb.
Mais qui était-elle exactement si ce n'était cette dualité antagoniste qui l'avait mise au monde ? Elle supplia la déesse lune de ne pas effacer sa soif inextinguible de le garder en vie. Que sa métamorphose sacrifiée pour lui sauver la vie hier ne modifie jamais sa vision qu'elle avait de lui maintenant.
- Jamais ! jura-t-elle en serrant les dents. Ja-mais.
Yenyeli était désemparée alors se révéla le profond désir de Severus.
Malicieux, il serpenta, ses mains dans les siennes, menton sur l'épaule, nez dans le cou. Respiration cadencée à l'identique, une brise faisant battre leurs deux cœurs d'un tempo unique, il plongea dans son existence, inspira son existence, attiré comme un aimant. Envoûté, il s'imprégna de son parfum sans pareil. Embruns du ciel, bouquet de la terre, c'était comme respirer un vent aromatisé d'épices et des fleurs les plus rares. Un sentiment léger de liberté, un cocon symbole de sécurité. Ivre, il déserta la fierté Salazar. Il chatouilla de son souffle voluptueux sa petite étoile idiote qui scintillait à cause de lui. Uniquement à cause de lui. Echo de leurs souvenirs, c'était un rappel agréable d'une époque révolue. Quand ils s'unissaient en secret en dépit du danger. Unis à n'être plus qu'un pour l'oubli d'être deux. Seuls au monde dans cette pièce détruite, l'accord tacite de leur redevenir prenait la forme d'éternité.
Le Ciel parcouru des rayons du Soleil, peignait du vert dans l'horizon.
La Terre gravitant autour de la Lune, inventait un monde à l'envers.
Ciel et Terre bercés de quelques vers défiaient l'univers.
Les secondes perduraient. Les minutes imitaient la lenteur d'une longue journée. Tic tac. Tic…. tac. Tic…. tac. Tout se ralentissait autour d'eux. Une horloge à pieds, cabossée et chue en bas de la cheminée avait perdu la notion du temps. A l'envers, cadran fêlé et aiguilles de travers, les secondes heurtaient les minutes et les minutes duraient des heures. Tic… tac. Tic…... tac. Un tour supplémentaire et le mécanisme s'enraya. Tic…. Plus de temps, plus de mesure, Chronos figeait les éléments. D'une révérence alliée, il saluait cette communion entre le Ciel et la Terre. Un instant de grâce intouchable et sacré dédicacé pour eux. Une offrande des cieux au petit Prince si désespérément en quête d'une rose.
Mais une rose faite d'épines ignore qu'un prince sollicite son bonheur. Lorsqu'isolée sur une lune, des esprits noirs chantonnent des contes d'épouvantards, ses pétales dégoulinent d'un rouge malade. Il n'y a pas de repos pour l'étoile sur la lune, il n'y a plus de chemin pour l'enfant sans destin. Le Ciel a colorié la Terre des pigments fantasques de son âme, imprimant d'une encre invisible son livre à la vie et son livre à la mort. Bien heureusement, certains fantômes ont des pouvoirs d'ange-gardien et titillé le Serpent pour qu'il retrace avec son corps tous les chapitres de l'histoire, c'est une page blanche qui se tourne vers la fin. La Lune est l'ombre du Soleil, le Soleil brille pour la Lune,
Le Ciel s'est relié au fil primaire de la Terre.
1- Voir la fanfic Un Serpent a mordu la Lune.
2- Le canard dans notre langage signifie un journal.
