Coucou tout le monde (y a encore quelqu'un),

Cela fait un baille que je n'ai rien posté mais comme j'ai pu jurer au tout début, je n'abandonne pas. Envers et contre-tout je continue d'écrire, même si j'avoue que pendant 1 an ce fut très difficile. Ce n'était pas un manque d'inspiration à proprement parlé mais plutôt une sorte de blocage. Et puis vous savez quoi ? Mon PC est mort, il m'a donc fallu racheter des pièces et en monter un tout neuf. Heureusement j'ai pu facilement récupérer tous mes textes sur le disque dur de l'ancien mais j'avoue que c'est pas évident d'écrire sur ma chaise. J'avais pris l'habitude de tapoter au fond de mon lit la nuit, en mode confortable, ça change ^_^

Bref, voici et long, très long chapitre. +10000 mots supplémentaires par rapport au chapitre d'origine, je vous laisse découvrir. Il y a pas mal de points pour respirer ou même suspendre sa lecture alors n'ayez pas peur par la longueur. Je suis toujours sur Facebook et je continue d'alimenter ma page au fur et à mesure de mon écriture. Extraits en prime. L'adresse est sur mon profile, si la curiosité vous interpelle.

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture.

Et à très vite.^^


Chapitre 14 : Les cicatrices du cœur.

« Il suffit d'une étincelle pour embraser le feu tranquille dans l'âtre accueillant de la maison. Une simple braise frappée avec le tisonnier et c'est l'enfer sur la terre. Il en va de même pour les Hommes. Vacillants, changeants, influençables, ils se peignent des couleurs de l'Eden quand, à la seconde suivante, Cerbère se transpose dans l'encre de leurs yeux pour condamner et tuer. Un rien du tout a bouleversé la couleur chaleureuse du château. Une révélation mal accueillie et tous ont rejeté la nouveauté. Les amis d'hier sont devenus des ennemis. Même lui, l'élu sauveur a laissé sa pire humanité s'exprimer mal, et ressentir ce qu'aujourd'hui je condamne à mort.

Severus, ta couleur n'a jamais nuancé depuis ma connaissance de toi. Tu es la braise inaltérable, le feu indomptable, à la différence que tu es l'influençable. Tu m'as altérée et implicitement guidée à me mélanger aux autres. Tu as métamorphosé enfer et paradis dans mon âme. Tu es l'étincelle sur terre qui a embrasé mon ciel.

Tu es mon étincelle. »


Hermione attendait.

Prostrée dans le fauteuil rapiécé de la salle commune des Griffondors, la tête sur les genoux, les jambes pliées et les bras autour, ses yeux fixaient l'invisible. Son esprit pensait dans le vide. Physiquement là, mentalement plantée dans un pot de Soucis, Hermione était une poupée de chiffons. Terne, effacée, isolée, elle regardait les flammes avec l'intérêt réservé au néant.

Hermione était déprimée. La journée d'hier avait percé son ballon d'arc-en-ciel. Le film inexorablement se rembobinait dans sa tête et chaque fois qu'elle mettait sur pause, l'air s'échappait et elle se ratatinait.

Sacha à l'infirmerie, Harry à l'infirmerie, la bande de copains enthousiastes au matin avaient hérité d'une sacrée déveine pour leur première sortie. La poisse leur collait à la peau. Abonnés à vie aux lits d'hôpitaux, leurs trêves continuellement était de courte durée. Hermione avait peur. Les semaines au Terrier se réimplantaient dans sa mémoire à la forme présente et ses angoisses augmentaient. Impossible de ne pas être influencée par l'étincelle de la peur, Hermione avait peur. Peur pour ses amis, peur pour aujourd'hui, peur pour demain.

Il fallait se rendre à l'évidence, Harry n'allait pas bien du tout. Psychologiquement, il ne guérissait pas quand son corps continuait d'être fragile. Le plus préoccupant ? Son comportement vis-à-vis du professeur Snape. Une attitude anormale, presque aliénée qui avait de quoi interpeller. Des regards prononcés, des mots édictés, des cris éplorés, à répétition, tout le temps, ce n'était pas normal. Quand bien même ses sentiments étaient réels, sincères, ils avaient radicalement changé du jour au lendemain et ce n'était pas nor-mal. Magique, incroyable, inconcevable. Ajoutés de ses excès de colère plus terribles qu'auparavant, Hermione en dépit de toute sa bonne volonté ne le reconnaissait plus. Elle se posait des questions, planifiait des hypothèses à la vérité plus logique. Quelqu'un avait-il modifié l'esprit de Harry durant son hospitalisation ? Quelqu'un l'avait-il possédé ? Dépossédé et le dépossédait-il encore ? Mais qui, pourquoi ? le mystère restait entier. Une vraie de purée de pois. Or, Hermione détestait autant la purée que les pois. Un mystère qui affectait la vie de son entourage, dont la pauvre Ginny. Combien de fois Hermione avait-elle consolé la cadette des Weasley ? Presque tous les soirs dans leur chambre commune. Au Terrier, à Poudlard, il devenait difficile de trouver les mots et de donner de l'espoir quand elle-même ne parvenait plus à y croire. Aliéné le sauveur, éparpillée leur belle amitié. Alors, aujourd'hui telle une boule sur une piste de bowling, toutes les quilles avaient été fauchées. Strike dans son cœur, la jeune fille était déboussolée. D'autant, que Ron n'avait pas été d'un soutien idéal. Egal à lui-même, silencieux, maladroit, distant, Hermione avait au bout du compte veillé seule, lutté seule, prié seule.

Elle songea à Sacha. Le géant Sacha, si fort d'apparence, si grand de cœur, gentil, innocent... il était finalement qu'un être aussi vulnérable que les autres, aussi facilement mortel, le cœur d'Hermione avait fait un bon de un mètre avant de redescendre comme une pierre au fond de l'eau. Parce que Sacha était son ami, déjà précieux et irremplaçable, admettre cette réalité avait terni sa foi en demain. Elle doutait dorénavant qu'un jour la paix durable soit signée. Emotive, elle prophétisait plus sombrement que le professeur Trelawney avec ses feuilles de thé et son chien noir, que la Vie dans sa perfidie constante se passionnait pour la discorde et non pour l'harmonie.

8h.

Hermione écouta le carillon de l'horloge perchée au-dessus de la cheminée et sortit de sa catatonie. Une nuit blanche à se ronger les ongles sans trouver un seul indice, elle conclut qu'il était temps de recueillir à la source des informations. Raide et courbaturée, elle quitta son siège en grimaçant. Elle bailla grossièrement, deux fois en levant haut les bras pour se détendre. Elle réfléchit un sort pour maquiller ses traits tirés, coiffer ses cheveux frisés et défroisser sa tenue négligée, puis d'un dernier coup d'œil en direction des dortoirs pour vérifier sa solitude elle passa discrètement le tableau de la grosse dame.

Devant la porte de l'infirmerie, le silence résonna. Intriguée et bercée par son courage, elle entra cependant, pleine d'espoir. Elle fut déçue et son sourire à peine dessiné s'effaça. La pièce était vide et le blanc sur les murs lui fit l'écho d'autant de miroirs dans un cœur solitaire. Un ressentiment étrangement semblable à celui de Ste Mangouste. Tous ces couloirs immaculés traversés pour rejoindre Harry dans sa chambre d'isolement lui avait foutu le bourdon plus d'une fois. Un très mauvais souvenir, elle avait détesté cette sensation d'éternité macabre comme un arrêt de la vie.

- Puis-je vous aider mademoiselle Granger ?

Hermione sursauta. L'infirmière l'avait surprise en franchissant la porte dérobée du fond.

- Miss Granger ?

- Oh… par… pardon, s'excusa-t-elle à peine remise de ses émotions. Je viens rendre visite à Harry et Sacha, est-ce qu'ils vont bien ?

- Oui, ils vont très bien. A dire vrai, vous avez loupé de très peu Mr. Potter.

L'infirmière tapota du pied sur le sol. Qu'il soit parti sans son consentement lui hérissait toujours le poil.

- Et Sacha ? Il a quitté l'infirmerie ?

- Oh non, il est encore tôt. Mr. Popolonov s'est réveillé très récemment un peu nuageux. Je l'ai ausculté, médicamenté et je lui ai fait part de toutes mes recommandations. Seulement après, il s'est permis de sortir de son lit. Pas comme certains autres Griffondors que je connais.

Madame Pomfrey était décidément très rancunière.

- Il est très regrettable qu'on bafoue mon autorité et qu'on bannisse mes fonctions. Il va falloir que j'en informe Dumbledore pour qu'il y remédie. Et pareillement le règlement concernant les visiteurs qui doit être remanié pour me plaire. Il devrait être obligatoire de punir les adultes quand ils agissent pire que des premières années. Mais je m'égare, veuillez m'excuser. Comme je le disais, se reprit-elle en désignant le bloc-notes calé sous son bras. Mr. Popolonov selon mon compte rendu va très bien. Je viens à l'instant de signer son bon de sortie, il ne devrait plus tarder. Ah bah justement quand on parle du loup. Vous voilà tous les deux. Venez, n'ayez pas peur, vous avez de la visite.

Derrière elle, dans l'embrasure de la porte et maladroitement, apparut Sacha aussi grand et aussi peu sûr de lui qu'habituellement. Avec dans l'ombre, bien accroché à sa main, un enfant pas plus haut que trois pommes, aussi blanc de peau qu'un cachet d'aspirine et d'une timidité maladive.

- Notre jeune Minotaure est fébrile mais rien d'inquiétant après la journée d'hier, expliqua l'infirmière aussi bienveillante qu'une mère-poule avec ses petits. Une bonne douche, accompagnée de repos et d'un bon repas chaud et il n'y paraîtra plus. N'est-ce pas Aladiah ?

Aladiah se contenta de la scruter de ses grands yeux hagards tout en serrant plus fermement la main de Sacha. Celui-ci, endossé le rôle de grand frère l'attira contre lui et répondit à sa place.

- Je veillerai à ce qu'il se nourrisse convenablement Madame, je vous le promets. Et je le reconduirai personnellement jusqu'aux appartements de ses couleurs.

- Alors c'est très bien. Oh et avant que j'oublie… Ah, mais où est-il donc, j'étais persuadée de l'avoir posé ici.

Elle fouilla du regard la pièce, les lits, les commodes. Insatisfaite, elle retourna dans l'arrière-salle, ouvrit plusieurs tiroirs, les referma d'un claquement sourd quand n'y tenant plus, elle tricha.

- Accio tableau.

Elle réapparut avec dans la main un rectangle cartonné surmonté d'un crayon.

- Voici pour toi, s'adressa-t-elle à Aladiah très impressionné. Les moldus appellent cela un tableau magique. Parce qu'avec ce crayon que voici tu peux écrire et effacer à volonté. Il appartenait à l'un de mes neveux qui n'a pas de pouvoirs magiques. Il adorait ce tableau sur lequel il pouvait gribouiller des heures durant sans jamais se lasser. Mais, les années ont passé et il a passé l'âge d'y jouer. Il m'expliquait dans sa dernière lettre qu'en triant de vieux cartons il était tombé dessus par hasard. Je m'en suis rappelée hier soir et je lui ai instamment demandé de me le faire parvenir par hibou. Il est arrivé ce matin. Oui je sais, il est un peu abîmé sur les bords mais il pourrait t'être utile pour communiquer. Qu'est-ce que tu en dis, il te plaît ? Si tu l'acceptes, il est à toi.

Aladiah la regarda par en-dessous pas très à l'aise et incertain de la fonction utile de cet objet. Il le lorgna comme un laborantin ses tubes à essai. Il hésita, se tâta lorsque poussé par sa curiosité, il s'en empara des deux mains. Il l'enferma contre sa poitrine et recula dans les pieds de Sacha.

L'infirmière très satisfaite, arbora un joli sourire.

- Sacha ?

Hermione laissée pour compte depuis plusieurs minutes s'intercala. Emportée par sa joie, elle fit un pas, puis deux, puis…

- Je suis si contente que tu ailles bien si tu sav…

Puis plus rien.

Aladiah au son de sa voix et affolé par son initiative avait tremblé avant de se retrancher dans la robe du gardien. Hermione compréhensive, s'excusa silencieusement pour son geste avant de se rendre compte que Sacha imperceptiblement avait eu la même réaction. Lui aussi avait craint pour sa vie. Mais, à cause d'elle ? C'était nouveau, et très vexant. Interloquée, elle le dévisagea, tourna la tête pour suivre la sienne. Elle tenta désespérément de croiser son regard mais le jeune homme se déroba et baissa les yeux. Délibérément, il la fuyait. Gêné ou apeuré, dans les deux cas, Hermione était exclue, rejetée comme une étrangère, elle eut envie de pleurer.

- Sa… Sacha… bégaya-t-elle timidement.

Sa voix ne sortait pas, comme sédaté le son refusait d'arrimer.

- Excuse-moi, rétorqua celui-ci plus sèchement que d'ordinaire les yeux vissés au sol. Je ne pourrais pas t'accompagner aujourd'hui, ni demain.

Les yeux d'Hermione s'agrandirent, assommée, comme si le ciel venait de lui tomber sur la tête

» Aladiah a besoin d'une présence amicale à ses côtés. Tu comprends après hier, il mérite toute notre attention, je vais veiller sur lui. Je veux lui consacrer tout mon temps libre. Pardon.

Un blizzard s'engouffra dans la pièce, elle frissonna. Ses yeux piquaient, sa vue se brouillait, elle se frotta le visage avec son emmanchure. La laine lui blessa les paupières, elle les frotta plus fort. Auquel cas, elle allait fondre en larmes, elle le savait. Mais qu'est-ce qui se passait avec ce Monde pour qu'il se mette brusquement à tourner à l'envers ? Elle entendait des mots qu'elle ne comprenait pas. Sacha venait-il de l'écarter définitivement de sa vie ? Cela n'avait aucun sens, il était son ami. Pourtant, il demeura insensible à sa détresse. Pire, il ne leva les yeux que pour l'obligation de la quitter.

- Sur ce je suis un peu pressé. Je vais aider Aladiah à trouver le professeur Yenyeli il souhaite lui parler.

Cette voix monocorde, dénuée de la moindre parcelle d'émotion, c'était vraiment Sacha ?

- Madame Pomfrey, merci pour vos bons soins, continua-t-il à l'adresse exclusive de l'infirmière.

Il s'inclina, Aladiah par mimétisme candide, fit pareil.

- Oh mais qu'est-ce que vous me chantez là ! nia la vieille dame embarrassée. Que nenni et relevez-vous voyons. Voilà qui est mieux. Faîtes-moi la promesse que vous éviterez d'être ramené ici et nous serons quittes.

- Sacha ! l'apostropha Hermione tandis qu'ils se croisaient. Dos à dos, sa voix recouvra assez de force pour ne pas faillir et maintenir le cap. Je suis heureuse que tu ailles bien. Que tu ailles mieux, j'étais inquiète.

- Mer… merci, lui accorda-t-il enfin avec sa chaleur d'hier et une sincérité à faire mal.

Elle s'émotionna, mais le temps qu'elle fasse demi-tour, déjà prête à retirer de son dos ce poisson d'avril, il était à l'autre bout de la pièce. Lorsque la porte se referma, des perles de larme échouèrent sur la terre. Hermione, les yeux mouillés, laissa sa peine déborder.

Abandonnée, elle regagna sans grand enthousiasme le quartier des Griffondor. Ron, assis à l'attendre l'appréhenda.

- Salut !

- Harry n'est pas avec toi ? l'interrogea-t-elle surprise de le découvrir seul.

- Il est là-haut. -Ron désigna du menton le dortoir des garçons- Il est rentré y'a pas longtemps mais il refuse de me parler. Et quand j'ai eu le malheur de vouloir l'approcher, il s'est replié dans la salle de bain.

- Tu veux dire enfermé ?

- Yep. Y'a rien à faire je crois, il ne m'ouvrira pas.

Une grimace désolée déforma son visage, Hermione perplexe n'insista pas.

- Tu as pu voir Sacha ?

- Il va très bien, mais… occupé ailleurs, inutile de compter sur lui ce matin.

- Ah… bon d'accord… tu veux qu'on aille manger ? changea de sujet Ron l'estomac dans les talons. Tout va être froid si on ne se dépêche pas.

Hermione réfléchit. L'ambiance autour était malsaine mais ruminer seule dans son coin ne résoudrait rien.

- Excellente idée, proclama-t-elle ragaillardie. Accorde-moi quelques minutes pour prendre mes affaires et je suis à toi.

Et de grimper vers le dortoir des filles pour fourrager sa grande malle et chopper sa besace archi pleine de livres.

- Attends ! médita Ron tandis qu'elle était à mi-course dans l'escalier. Ne me dis pas que tu as prévu d'étudier aujourd'hui à la bibliothèque ?

- Bien sûr que si.

- Mais si dimanche ! s'insurgea-t-il dégoûté. Tu n'as pas le droit de t'enfermer derrière des murs pour bouquiner un jour de week-end. C'est de l'antijeu, une trahison envers tes camarades. Or tu te dois Hermione Granger de montrer l'exemple, n'oublie pas ton rôle de dernière année, on compte sur toi et les plus jeunes aussi.

Ron montrait du doigt et essayait de parler de sa grosse voix. Hermione piquée à vive attrapa son index accusateur et le tordit jusqu'à l'entendre crier son mal.

- Oui et bien je me contrefiche de mes camarades si tu veux tout savoir. Comme je me fiche de ton assentiment. S'il me sied à moi de faire ami-ami avec des livres, cela ne te regarde pas. Les livres ne mentent pas eux au moins. Ni ne promettent une amitié pour te trahir le lendemain. Leurs histoires, qu'importent les années restent les mêmes et c'est très bien comme cela. Mais qu'à cela ne tienne ! Puisque tu sembles si révulsé par mes idées, tu iras manger sans moi. Je m'en voudrais de nous imposer moi et mes livres au grand benêt qu'est Ronald Weasley.

Là-dessus, elle traversa furieusement le tableau de la grosse dame et délaissa un Ron abasourdi au doigt boudiné.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Hermione était hors d'elle. Vexée, elle rouspéta contre ses amis qui faisaient tout pour la rejeter. Personne ne figurait se mettre à sa place pour comprendre ses sentiments. Tous, ils l'ignoraient, aussi elle décida qu'elle se passerait de leur soutien. Elle n'avait pas besoin d'eux pour avancer. Ce qui la faisait aller bien, c'était ses livres et l'endroit particulier où ils étaient classés. La bibliothèque était sa panacée. Son Eden privé où nul ne pouvait la blesser.

Les livres, dès son plus jeune âge, avaient toujours eu sur elle comme un pouvoir d'anesthésiant. Elle pouvait se perdre des heures durant dans les milliers de pages, jamais elle ne s'ennuyait et toujours elle s'amusait. Madame Pince, la bibliothécaire de l'école, la regarda d'un drôle d'air mais ne s'étonna pas de son débarquement. Bien qu'elle trouva étrange que pour la première fois de l'année, l'une des plus érudits des élèves se présente seule.

- Bonjour Miss Granger, Sacha n'est pas avec vous ?

Hermione aussi muette qu'une tombe éluda la question et fonça se mettre à l'abri dans la rangée des livres commençant par la lettre A. A peine elle touchait le papier usé d'un vieux livre qu'elle recouvrait sa bonne humeur. Prenant position sur une table carrée mise à disposition des élèves au centre de la bibliothèque, elle s'appliqua dans un ouvrage épais et compliqué traitant de sa matière préférée, l'Arithmancie. Elle trouvait formidable toutes ces compositions de chiffres associés à des noms, une équation qu'elle mettait à cœur de résoudre tel Pythagore, sans s'occuper de la thaumaturgie évidemment. Au bout de quelques heures, sa table dégorgeait d'ouvrages et de parchemins recouverts de signes et de mots plus alambiqués les uns que les autres. Hermione concentrée n'en perdait pas une miette et n'avait pas conscience que les livres empilés à la va vite menaçaient de tomber. A un moment, son coude cogna dans une pile et plusieurs tomes tombèrent. Sauf un, sauvé par l'hardiesse inattendue d'une main masculine.

- Et bien… quel sérieux en ce dimanche matin.

Hermione incorpora la voix de son sauveur de livre et se roidit.

- Mais n'as-tu pas très légèrement présumé de tes forces ou de la place de cette table, c'est à peine si je t'ai reconnue en arrivant. Hermione Granger ensevelie sous une montagne de bouquins, cela te ressemble finalement. Tiens.

- Merci Professeur Lupin. Elle prit entre ses bras l'ouvrage rescapé.

- Je peux ?

Elle le regarda, il désignait la chaise en face de la sienne.

- Ah euh, oui bien sûr, l'invita-t-elle à s'asseoir, les joues rosies par l'embarras. Le chaos créé sur son plan de travail la rendait gourde, elle s'efforça maladroitement de déblayer. Le résultat fut risible. A agir dans la précipitation, elle n'avait fait que déplacer le problème. Les livres éparpillés sur le plateau s'accumulaient désormais dans ses bras et sur ses genoux, seule sa tête apparaissait encore dans un trou de souris. Ce cadre inhabituel égaya le visage de Remus Lupin dont le sourire moqueur acheva de la mettre mal à l'aise. Ses joues passèrent du rose au rouge et déconfite, elle se tassa sur son siège.

- Range-tout, lança Remus à sa rescousse avant de s'asseoir.

Au garde-à-vous les livres s'exécutèrent. Rangs serrés, ils s'assemblèrent par ordre alphabétique et s'entassèrent en des colonnes à la forme géométrique parfaite, libérant suffisamment de place pour que les deux visiteurs puissent converser en toute intimité.

- Merci, bredouilla Hermione en se plantant le nez dans un autre bouquin.

Elle se sentait dévisagée, épiée par son professeur et logiquement sa gêne s'aggrava. Elle avait chaud, et aussi un peu froid, de drôles de papillons dans le ventre lui faisaient croire qu'elle avait faim, elle se sentait stupide et pire qu'une adolescente de première année.

Remus en face, était préoccupé. La jeune femme qu'il regardait avec grand intérêt lui donnait l'impression d'un S.O.S. Son apparence étrange le perturbait.

- Hermione ?

- Mmh… maugréa-t-elle sans lever la tête de son bouquin.

- Hermione, s'il te plaît… Regarde-moi.

Insistant, il lui arracha doucement le livre des mains, l'obligeant ainsi à obéir. Hermione soudain très exposée ne put que faire ce qu'il lui demandait.

- Hermione est-ce que ça va ?

- Comment ?

Elle était décontenancée. La question résonnait bizarre à ses oreilles et cette intensité dans le regard de l'homme lui provoquait une certaine appréhension. Avenant, Remus l'examina de la tête aux pieds. Incessamment de haut en bas pour l'interpeller lorsque prise dans cette introspection, elle le copia, s'observant scrupuleusement elle-même. Le choc la transfigura, les yeux grands ouverts, elle pâlit devant le spectacle qu'elle offrait aux yeux du monde. Fripée, boueuse, elle ressemblait à rien. Son chemisier chiffonné et négligemment ouvert au col dépassait d'un côté de sa jupe qui elle-même pendait de l'autre côté. Ses chaussettes sales dégouttaient sur ses chevilles. Et ses chaussures habituellement cirées et neuves étaient crottées et trempées. Tandis qu'elle réfléchissait le pourquoi du comment elle n'osa pas imaginer la tête qui devait être la sienne, un vrai nid pour hiboux. Ensuite, elle se remémora. Dans le quartier des Griffondor, elle avait bêtement oublié de dire le sort de « Bonapparencer ». Elle y avait pensé oui, mais pas suffisamment fort pour poudrer ses guenilles de la veille. A bout, elle fondit en larmes.

- Hermione… la consola Lupin compatissant. S'il te plaît ne pleure pas. Ce n'est pas grave, et ce n'est sûrement pas moi qui oserais méjuger l'apparence. Allez calme-toi je t'en prie et explique-moi plutôt ce qui ne va pas. Ce n'est pas ton genre de faire des maladresses et tes cernes me suggèrent que tu n'as pas lové Morphée la nuit dernière. Je suis inquiet. Allez, sèche-moi ces larmes qui te font du mal et parle-moi. Je suis bon confident tu sais ?

Hermione incapable de contenir ses larmes, ne parla pas. Les bras croisés sur son visage, elle essaya de cacher sa honte et son chagrin. Remus touché par sa misère se pencha sur la table et lui emprisonna les poignets avec ses grandes mains.

- Cela a un rapport avec hier ?

Le visage de profil d'Hermione légèrement en berne signa oui.

- Tu as peur pour Harry, ou ton nouvel ami ? Sacha, qu'il s'appelle si je me souviens bien.

Elle se raidit.

- Tu as eu des nouvelles ? Ils vont bien tous les deux m'a assuré notre bonne infirmière, je l'ai vue ce matin. Même le jeune Minotaure ressort indemne. Tout le monde va bien Hermione.

- Mais ce n'est pas cela ! objecta-t-elle tout compte fait ouverte aux confidences.

- Alors c'est quoi ?

- Harry ! mentit-elle à moitié. Harry et ses nouvelles tendances. -Cette fois elle affrontait franchement les yeux du professeur.- Il vous en a parlé ?

- Ah… Severus, devina l'homme la libérant.

- Oui, lui-même. Franchement vous ne trouvez pas cela étrange ce retournement de situation ? Personne ne semble s'en inquiéter et je reconnais que j'ai été la première à l'encourager mais je croyais qu'on le perdait. Toutefois, je ne cesse de me faire du mauvais sang depuis. Quelque chose cloche dans cette histoire. Or, voilà que justement hier il retourne à l'infirmerie. Avec Sacha pour compagnie. Qu'est-ce qui ne va donc pas avec ce monde Professeur Lupin pour qu'à peine le jour levé j'ai mal au ventre tellement j'ai peur de ce qui pourrait arriver ?

- En toute sincérité, j'ignore quoi te répondre Hermione. C'est vrai que tout peut paraître désordonné mais les choses s'arrangent doucement. Ce n'est pas évidant d'effacer vingt années de guerre dans le cœur des gens.

- Pourtant le cœur d'Harry a changé, du tout au tout.

- Hermione, l'apostropha-t-il, le visage grave. Est-ce que cela te gêne que ton ami puisse ressentir ces choses pour un autre homme ?

- Je vous demande pardon ? faillit-elle s'étrangler.

- Certains garçons, à cause des préjugés, n'osent pas admettre ce qu'ils sont. Puis, passé l'âge de la puberté, le corps surpasse la raison, les vrais désirs s'éveillent et il devient difficile de taire sa vraie nature, même celle que la société réprouve.

- Professeur, je vous arrête tout de suite. Si vous pensez injustement que je pourrais mal prendre le fait qu'un de mes amis m'annonce du jour au lendemain son homosexualité, c'est mal me connaître et j'irais jusqu'à dire que je suis profondément déçue que vous puissiez ainsi douter de ma capacité d'acceptation. Je me fiche qu'Harry me crie qu'il aime les hommes et même cet homme précisément mais… la manière dont il s'est révélé, j'ai beau avoir l'esprit ouvert ce n'est pas normal. Vous trouvez cela normal ?

- Et bien… hésita un instant Remus légèrement bousculé par sa juste analyse. Puis, se rappelant d'un vieux dicton et sa propre expérience, il se leva. Il fit un signe en direction de madame Finn pour s'excuser d'avance des livres pas rangés et d'un sourire aux lèvres il ordonna.

- Viens ! Sortons d'ici. Il devrait être interdit de s'enfermer en une si belle journée. Regarde comme le soleil brille dehors, c'est une invitation, il nous appelle.

Sans attendre son approbation il l'attrapa par la main et la tira. Hermione debout passa rapidement son sac en bandoulière par-dessus la tête et le suivit.

Ils voyagèrent dans les couloirs du 1er étage, là où les murs étaient creusés des plus belles fenêtres. La lumière extérieure les inonda.

- J'ai bien noté tes craintes au sujet d'Harry, relança l'homme après un long moment. Mais, il y une chose que tu dois garder à l'esprit : Le cœur a ses raisons que la raison ignore. Oui je sais c'est cliché et cela rime sentimental mais je suis bien placé pour le savoir. Tonks m'était indifférente au départ. Une enfant excentrique qui m'indisposait. Elle m'insupportait à toujours vouloir se fourrer dans mes pattes et j'inventais des subterfuges pour l'éviter. Puis, la guerre a éclaté, et je me suis réveillé un beau jour en ne désirant plus qu'elle. Je ne l'ai pas vu arriver. Ce sentiment faisait partie de moi et comme Harry je souhaitais le crier sur tous les toits. Cependant, j'étais terrifié alors je l'ai caché et même si à la fin j'ai eu ma part de bonheur, je sais qu'avec plus de courage j'aurais triplé tous mes souvenirs d'elle et de nous deux réunis. J'ai commis une erreur Hermione, et il ne se passe pas une seule minute de ma vie sans que je ne regrette ma lâcheté. Harry a du courage à revendre et même s'il est vrai que c'est inattendu et qu'à mon humble avis il court à sa perte, je veux le soutenir. Pour que jamais dans le futur il n'ait à prononcer le mot regret. Est-ce que tu comprends ?

Il se retourna et fut témoin pour la deuxième fois de la journée d'une Hermione striée de larmes.

- Excusez-moi Professeur, baragouina-t-elle en s'essuyant les yeux du revers de la main. Je suis fatiguée. Les évènements d'hier m'ont remuée, je suis un peu perdue mais ça va passer.

Remus amorça un geste, une caresse comme il l'aurait fait avec n'importe quel enfant mais elle se déroba. En réalité, sans comprendre l'évolution qui s'opérait en elle et des mots de cet homme si jeune marié et veuf, sa poitrine se souleva dans la douleur. Et un désir brûlant de s'évader au plus vite de ce périmètre qui menaçait de lui briser le cœur, s'introduit dans ses pensées. Additionné qu'en son for intérieur, elle bouillait. Remus avait beau discourir avec raison et cœur, elle n'était pas convaincue pour Harry. L'amour pouvait assurément tourner la tête et rendre aveugle, mais se révolutionner à ce point pour passer des ténèbres à la lumière c'était incohérent et suspect. Elle réalisait assez piteusement qu'elle devrait batailler seule dans ce combat, que personne d'autre qu'elle n'irait fouiller ce qui n'avait rien de normal.

- Ça ira mieux demain, renforça-t-elle en évitant le regard rempli de miel de Lupin. Merci d'avoir pris le temps de m'écouter et merci pour les conseils. Je vous ai retardé, veuillez accepter mes excuses. Tout le monde essaie de me rappeler que c'est dimanche mais je n'en prends conscience que maintenant. C'est le jour des visites, comme toutes les semaines vous allez voir Teddy. Il a dû bien grandir depuis la dernière fois que je l'ai vu.

- En effet, il pousse plus vite qu'une Mandragore mais inutile de t'excuser, je passe ma journée à Poudlard.

- Vraiment ? s'étonna-t-elle en relevant la tête.

Il souriait, un franc et beau sourire qui le rajeunissait de dix ans. C'est ce sourire qui avait dû charmer Tonks au point d'avoir prié être sa femme.

- Vraiment, confirma-t-il narquois. Figure-toi qu'un ami capricieux a bouleversé mes plans et m'oblige depuis le lever du jour à me porter garant de ses extravagances. Actuellement, j'attends sagement que monsieur me fasse l'honneur de sa présence. D'un autre côté, je devrais lui être reconnaissant pour cette absence. Il m'a permis de bavarder avec une très bonne élève qui plus est une amie.

Il lui fit un clin d'œil avant d'éclater de rire, un rire de maraudeur et de filou qui stupéfixa Hermione. Un feu jaillit de ses entrailles et barbouilla une nouvelle fois ses joues de rouge.

Elle fut toutefois ramenée sur terre. Treize coups puissants cognèrent contre les murs.

- Oh, c'est l'heure du déjeuner, annonça l'homme comme une évidence. Est-ce que tu as faim ?

- Oui, j'avoue que j'ai un peu faim, je n'ai rien avalé depuis hier.

- Alors pas une seconde à perdre.

A une intersection plus loin, tandis que se profilait à l'horizon la rampe du grand escalier, une toupie géante leur rentra dedans, les coupant net leur élan.

- Ola, réprimanda mollement Remus désorienté. Il faut apprendre à regarder devant soi, surtout si l'on enfreint le règlement et qu'on court dans les couloirs. Oh ! s'exclama-t-il en découvrant l'identité du casse-cou. Mais c'est Sacha. Justement nous parlions de toi avec Hermione. Content de voir que tu vas bien.

Il jeta un coup d'œil en direction de la jeune fille pour la prendre à témoin mais son visage fermé lui suggéra qu'il avait peut-être mis les pieds dans un plat pas terrible.

- Excusez-nous Professeur Lupin, parla respectueusement Sacha en se pliant en deux et évitant soigneusement Hermione. Aladiah et moi-même cherchons partout le Professeur Yenyeli. Nous sortons juste de la salle des professeurs mais elle n'y était pas. Vous ne l'auriez pas vue par hasard ?

- Ooooooh… l'assistante du Professeur Snape, interjeta Remus mi-figue mi-raisin. Je l'ai vaguement entrevue ce matin mais j'ignore sincèrement son point d'amerrissage. Le repas a sonné peut-être se trouve-t-elle dans la grande salle ?

- Oui, c'est une idée, merci. Aladiah par ici, il faut retourner d'où on vient.

Les deux garçons partis dans l'autre sens, une gêne en apesanteur éclaboussa la communion cordiale entre les deux anciens membres de l'Ordre.

- Allez viens, encouragea Remus après une note de silence.

Il lisait le tracas chagrin sur le visage d'Hermione mais prévenant il ne posa aucune question. Silencieusement, la Griffondor l'en remercia. Elle cala son pas sur le sien et se laissa conduire paisiblement. Autour, les élèves s'agitaient, pressés d'aller manger. Hermione trouva bizarre qu'ils se déplacent uniquement par groupes de cinq ou six au minimum lorsqu'elle se souvint d'un détail dans leur conversation.

- Mais au fait Professeur, souligna-t-elle immobile et intéressée en bas de l'escalier. Et votre ami ?

- Ah, oui, mon ami, riposta-t-il espiègle.

- Vous ne l'attendez pas ?

- Je l'ai attendu toute la matinée mais il n'est pas venu. Je pense donc sans trop m'avancer que ma conscience s'accommodera si je décide pour un peu l'oublier. A moins bien-entendu qu'il ne choisisse cet instant pour donner signe de vie.

Et il vira à 180°.

- Moony ! cria un homme à perdre haleine. Tu tombes bien, j'ai besoin de ta lanterne.

- Ça je veux bien l'croire, soupira celui-ci quand l'autre les eut rejoints. Mais cela devra attendre. Je m'apprêtais à déjeuner en galante compagnie avec la demoiselle que voici, alors repasse plus tard ou joins-toi à nous mais ne bouleverse pas une fois de plus mon emploi du temps.

- Super, ravi pour vous. Vraiment, félicitations sauf que tu conteras fleurette plus tard, j'ai une urgence.

- T'as compris ce que je viens de te dire ? je vais manger.

- Oui, oui merci pour l'invitation mais j'ai pas faim.

En retrait, Hermione, détailla tout à tour les deux hommes qui ne semblaient pas très en accord dans leurs dialogues quand une ampoule de 100 watts illumina son crâne. Sirius black mais oui bien sûr ! Quel autre ami, hormis le parrain de Harry aurait pu convaincre Remus Lupin de faire le guet jusqu'à c'que mort s'en suive.

« Franchement Hermione Granger, tu es stupide », se sermonna-t-elle.

- Moony, il faut que je vois Harry, aide-moi !

- D'aaaac-cord…

- Je l'ai cherché partout en bas et dehors mais il n'est nulle part.

- Tu l'as cherché à la table des Griffondors ?

- Je viens de te dire qu'il n'y est pas, tu m'écoutes ou pas ?

- Disons que je t'entends très fortement, ironisa Remus en croisant les bras.

- Tu penses qu'il pourrait avoir quitté l'enceinte sur son balai ?

- Alors ça… possible mais fort peu… probable.

- Possible ? Probable ? s'énerva l'ancien prisonnier aussi tendu qu'un élastique. Qu'est-ce que c'est que ces incertitudes que tu me chantes là ? C'est de ta conviction dont j'ai besoin alors par Griffondor épargne-moi tes hypothèses et dis-moi puisque tu es son professeur, où est Harry ?

- Je suis son professeur Sirius, pas son chaperon, aussi si tu voulais bien baisser d'une octave et m'épargner généreusement de tes excès, je t'en serais grée. Tu sais, j'ai parfois du mal à comprendre le cheminement de tes pensées quand je suis ébaudi par tes déductions.

- Tu viens de me traiter d'idiot ou j'suis stupide ? Bon sang t'as un sacré toupet de me parler sur ce ton-là. Je suis inquiet et fatigué depuis hier, je m'échine seul à mettre la main sur mon filleul et toi tu ne trouves pas mieux que de me sermonner sur mon état d'esprit ! En fait, t'es comme l'autre furie de ce matin, aussi insensible et tranché à mon égard. Tiens d'ailleurs en parlant du chat échaudé, tu sais où elle est passée ? Tu l'as revue depuis ?

- Qui cela ?

- La miss du serpent évidemment qui d'autre ?

Un nuage gris flotta au-dessus de leurs têtes.

- Non, se renfrogna Remus, les lèvres serrées. L'éclat dans l'infirmerie lui avait laissé un goût amer. Et entre nous, je ne préfère pas. Ne va pas t'y frotter Sirius c'est un conseil ami que je te donne. Sirius, tu m'écoutes ?

- Disons que je t'entends, imita celui-ci la bouche tordue. En attendant je cherche toujours Harry.

- Aux dernières nouvelles, s'immisça contre toute-attente Hermione lasse de son rôle d'auditrice. Il campait dans la salle de bain de ses dortoirs.

Elle s'irritait de leur dispute, ne comprenant rien à leur échange si ce n'était que Sirius cherchait Harry et qu'il risquait de s'attarder si on ne l'y aidait pas. Hermione avait beaucoup de respect pour Sirius Black et l'appréciait à sa façon mais aujourd'hui elle ne se sentait pas la force de supporter ses sauts d'humeur. De plus, elle avait faim et à ce rythme-là le service allait prendre fin avant qu'elle n'ait eu l'opportunité de goûter quoi que ce soit.

Sirius qui entendait la voix d'Hermione pour la première fois cligna des yeux, surpris. Il n'avait absolument pas remarqué sa présence jusqu'à maintenant, il crut voir un fantôme.

- Dans sa salle de bain ? répéta-t-il comme si c'était une idée folle. Mais pourquoi faire ?

Elle haussa les épaules.

- Bon. Très bien. D'accord. Merci.

Et là-dessus, il emprunta une allée dérobée, un raccourci. Avec dans son dos la voix de Remus qui lui criait ses dernières directives.

- Et plus important arrive à l'heure ce soir. Hey tu m'as entendu ?

Sirius n'était plus là.

- Ce soir ? interrogea Hermione indiscrète.

Cachotier, il déposa l'index sur ses lèvres. Suite à quoi, il se remirent en marche, en espérant cette fois arriver au bout sans être interrompus.

-Ahhhhh, s'écria cependant Hermione au moment même où elle poussait la porte de la grande salle et qu'une bonne odeur de pomme de terre embaumait ses narines.

- Que se passe-t-il, s'inquiéta le loup derrière elle et salivant déjà du steack au poivre noir qu'il rêvait dévorer.

- Sirius.

- Quoi Sirius ?

- J'ai oublié de lui partager notre mot de passe.

La bouche de l'homme forma un joli rond avant de rire à gorge déployée, ce qui agaça sa jeune convive.

- Ne t'en fais pas, tenta-t-il de la dérider sans se démettre de son sourire moqueur. Il trouvera un moyen, tu le connais.

- Sans vouloir vous offenser Professeur ou porter atteinte à votre longue amitié, c'est justement ce qui m'inquiète.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Sacha et Aladiah, qui avait suivi le conseil du professeur Lupin étaient au trente-sixième dessous. Les yeux partout, ils scrutaient scientifiquement tous les recoins de la grande salle. En vain, Yenyeli n'était pas là. Désespérés, ruinés émotionnellement et physiquement, ne sachant plus vers qui se tourner pour la trouver, ils décidèrent d'un comme un accord de faire un break. Sacha avait mal aux pieds et Aladiah faible s'accrochait souvent à lui pour ne pas tomber.

- Ne t'en fais pas, rassura le plus grand en guidant le plus jeune vers un banc vide de toutes mauvaises pensées. On y retourne sitôt avalé quelque chose, tu n'as pas faim ?

Comme Sacha s'installait, Aladiah se figea. Debout bien droit, la tête attirée vers la porte d'entrée, il planta son regard sur l'au-delà. Très concentré, il s'efforça de repérer l'origine du point lumineux qui apparaissait dans son périmètre. Une seconde, c'était différent. Deux secondes, c'était doux et chaud à la fois et un peu noir aussi. Trois, c'était l'étincelle qu'il aspirait d'embrasser. Ni une, ni deux, il opéra. Il tira la manche du géant et l'obligea à se lever. Le secouant dans sa hâte si bien que sa cuillérée de lentilles roula à moitié sur la table.

- Que se passe-t-il, s'étonna celui-ci sa cuillère moitié vide dans la main.

Nullement besoin d'explication. Les pupilles argentées du minotaure étaient si expressives qu'il comprit. Yenyeli venait de surgir sur son écran radar. Silencieusement, il acquiesça et guidé par des jambes beaucoup plus petites que les siennes, il s'en alla, tout en faignant l'indifférence devant Hermione qu'il repéra juste avant de franchir les portes. Bientôt, la cadence imposée par son nouvel ami le priva d'oxygène et il puisa dans ses réserves pour ne pas s'évanouir ou se perdre. Aladiah l'entrainait dans un dédale de couloirs si froids et noirs qu'une bougie peinait à se maintenir en vie.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

A quelques étages plus bas et à une aiguille de temps plus tôt, Yenyeli ouvrait les yeux. Contrairement au réveil en fanfare dans l'infirmerie, c'est un silence très apaisant qui l'invita à voir le jour. Plus de voix dans la tête, pas un seul cri tout autour, une perfusion de liquide serein s'écoulait dans ses veines. Un confort singulier tranquillisait ses nerfs et faisait de ce moment réel, un rêve exceptionnel. La faute à qui ? Elle le savait d'avance, une seule personne avait un tel pouvoir sur elle. L'esprit lucide, elle se remémora sa perte de contrôle et sa presque folie irréparable. En conséquence, elle ne fut pas surprise en levant les paupières de rencontrer la face de Severus Snape. Elle fut bouleversée cependant de constater que sa bouche était presque collée à la sienne. Un rapprochement avait-il eu lieu durant son sommeil qu'elle n'avait pas conscience à son réveil ? Son corps l'aurait-il trahie avant que sa raison ne cède à son désir charnel ? Non. Severus pour tiédir son feu de dragon, et peut-être aussi pour profiter de sa chance éphémère qu'elle soit soumise et un peu sienne, avait étreint leurs deux corps à ne faire qu'un. Assise à la perpendiculaire sur lui et contre lui, -les jambes relevées et calées d'un côté, le dos et le cou calés de l'autre, comme un nouveau-né positionné avec tendresse dans les bras de sa mère,- c'est naturellement que sa tête était venue se nicher proche de la sienne. L'épaule en guise d'oreiller offrait l'angle idéal pour se toucher. Pour se bercer mutuellement et autoriser l'arrivée de Morphée. Toutefois, c'était une tentation terrible pour Yenyeli que d'être ainsi à la portée de pouvoir l'embrasser. Elle connaissait le goût de ses baisers et savait le frisson exalté et fripon que son corps en réponse lui rendait. Un raz de marée sans pareil qui détruisait tout, un magnétisme d'aliéné qui faisait d'elle une droguée, un péché désormais.

Elle se tâta brièvement le front. Sa fièvre était tombée. Elle chercha du regard la raison et trouva au pied du fauteuil une fiole vidée de sa potion. Instinctivement, elle mit la main à ses lèvres et le regarda lui. Avait-il ? Elle préféra se persuader que non tout en sortant le bout de la langue pour vérifier. La seconde suivante, elle faillit d'un rien succomber au frisson exaltant qui venait de lui parcourir le dos.

Encouragée par sa raison et la crainte que demain efface ses souvenirs, elle s'éloigna de sa cage dorée. Lentement et aussi légère qu'une plume, elle se dégagea non sans difficulté de l'emprise protectrice du maître des potions. Celui-ci, même endormi continuait de l'enfermer par la seule force de ses bras, comme si relâcher la pression risquait de lui ôter la vie. Libre, elle vérifia que dans ses galipettes elle ne l'avait pas réveillé avant de s'apercevoir que hors de ses frontières, elle avait froid. Elle se pencha et l'observa, écoutant de près sa respiration sifflante mais tranquille. C'était toujours un miracle de marquer ce visage dans sa mémoire. Si contracté, sévère et inabordable à l'ordinaire, il offrait là une vision contradictoire. Détendu, paisible et si… accessible, un souffle suffirait pour le toucher.

- Décidément te contempler est un péché, chuchota-t-elle à son oreille, s'autorisant dans ce geste à le frôler du bout des lèvres. Mon péché originel. Tu sais ? Je t'ai parfois épié ces deux dernières années. Parce que c'était insupportable de ne plus te voir que par la volonté de ma mémoire, j'ai défié un peu le temps et je t'ai regardé. Ne pense jamais Severus que je désire te repousser. Il m'est très difficile actuellement, tandis que tu exerces sur moi et durant ton sommeil un tel pouvoir de séduction, de me contenir. Je n'ai pas fait le vœu de te quitter mais pour autant j'agis comme tel puisqu'hier j'ai signé notre séparation. Tu vas me détester Severus. Demain quand tu sauras ce que j'ai fait, tu vas changer de position et rejeter mon existence. Sache toutefois que je ne t'en voudrai pas, du moins pas celle que je suis aujourd'hui. Parce que je te connais et que j'ai tout accepté de toi. Malheureusement, quelque chose gronde en moi, qui menace de tout anéantir même mes plus beaux souvenirs. Je sais que tu te poses des questions mais je ne souhaite pas tout de suite t'apporter les réponses. Pardon Severus, par le ciel pardonne-moi aujourd'hui ce que tu ne me pardonneras jamais demain.

Quelle longue et cruelle confession pour Yenyeli. D'une voix à peine audible et de façon très lâche, elle se livrait comme se serait livrer n'importe quelle âme en peine auprès d'un être cher dans le coma. Troublée par son audace, le corps tremblant, les yeux dans le vague, elle dégagea le front du Serpentard et y déposa un baiser. Severus toujours endormi tressaillit, elle captura la cape noire –jetée plus tôt dans un coin du salon- et l'en drapa comme il l'avait fait avec elle dans l'infirmerie.

- Merci Severus, merci toujours.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Dans les couloirs, elle traina avant d'accélérer le pas. Visiter Raia'rii la motiva. S'envoler hors du château rima comme un besoin, elle se pressa. Un courant d'air toxique se répandait entre les murs, empuantissant l'atmosphère comme un produit visqueux entre les doigts. La démonstration de force du minotaure la veille avait marqué les esprits des élèves, créant un vent de panique néfaste qui s'accrochait à chaque pierre. S'infiltrant comme une plaie dans chaque centimètre carré de l'école. Yenyeli ressentait de plein pied leur peur et leur colère, leur méfiance et leur cri de vengeance. Que d'émotions négatives favorables au chaos. Telle une eau croupie remplie de bactéries, elle refusait d'y plonger, pas maintenant que ses voix n'inondaient plus son crâne. La ligne de démarcation bâtie autour de son âme avait retrouvé de sa vigueur, Severus l'ayant par sa simple présence suffisamment calmé pour qu'elle maintienne le juste équilibre. Elle repensa au jeune Aladiah et à ses cris de détresse. Comme d'un appel subliminal, celui-ci débarqua dans sa ligne de mire. Prise au dépourvue, elle n'eut pas le temps de réagir et encaissa physiquement sa charge.

- Ola, s'exclama-t-elle le souffle coupé. Voilà quelqu'un que je n'attendais pas. Tu vas bien ?

Aladiah blotti contre son corps, sortit son visage pour tendre le cou vers le haut et se plonger dans son regard. Un long silence s'interposa. Un silence éloquent qui revendiquait plus que des mots. En fait, Aladiah était muet et Yenyeli le savait. En partageant ses pensées durant leur connexion la veille, elle avait vu que sitôt vêtu sa forme humaine il avait perdu sa voix. Un choc psychologique, une sorte de traumatisme émotionnel qui avait bloqué ses cordes vocales, rendant plus difficile son acclimatation à cette école. Être différent d'apparence et ne pas pouvoir s'exprimer comme les autres l'avaient exclu. Or, ce petit bonhomme blessé dans son cœur et dans sa chair, avait l'air de lui faire confiance et de quémander son soutien. Sensible elle lui sourit et lui ébouriffa sa belle chevelure avant que ne se rappelle à elle sa conscience. Contrariée, elle s'écarta, mit un genou à terre et honnêtement plaida coupable.

- Je me rends compte que j'ai manqué à ma parole. J'avais promis que je veillerai sur ton réveil mais je n'étais pas là.

Il ne démentit pas.

- Pardon Aladiah, s'excusa-t-elle modestement. J'étais là cette nuit entre toi et Sacha mais mon réveil a sonné méchamment et je t'ai oublié. Toi et Sacha et tout le reste. Tu m'en veux ?

L'enfant la dévorait littéralement avec ses yeux et buvait tous ses mots comme l'aurait fait un assoiffé trouvant une oasis dans le désert. Comme si son cerveau l'analysait et que sa réponse allait déterminer le devenir du monde. Puis, prenant sa décision, il signa non avant de lui faire un énorme sourire. Elle était pardonnée. Parce qu'elle avait avoué et sans détour confié la vérité. Or, si l'idée d'être oublié l'avait blessé, il préférait la vérité au mensonge. Mieux valait souffrir un peu maintenant qu'être berné jusqu'à longtemps. Ces mensonges, inventés pour que les enfants pardonnent plus vite aux grands et que ces derniers n'aient pas mauvaise conscience, il les détestait.

- Tu sais, se mêla soudain Sacha qui avait peiné jusqu'à maintenant à reprendre sa respiration. Il n'a cessé de te réclamer. Depuis des heures on parcourt tout Poudlard pour te trouver. J'ai soumis l'hypothèse à un moment que tu étais partie mais sans démordre de sa foi en toi, il l'a rejetée. C'est lui qui finalement t'a capturée.

Yenyeli pencha la tête à gauche, songeuse.

- Ainsi donc j'ai ta confiance, intégra-t-elle en s'adressant à Aladiah qui s'empressa d'opiner du chef. Et bien merci, je vais tacher d'en prendre soin, même si je ne peux jurer dans le temps.

Il s'en moquait, confiant il se jeta dans ses bras. Une étreinte dont il avait rêvé toute la matinée, il n'était pas prêt de s'en passer. A côté, Sacha trépignait mal à l'aise. Le port vers lequel l'enfant l'avait mené lui provoquait des sueurs froides. Ses mains étaient moites et ses jambes flagada.

- C'est ici… le… euh… quartier des Serpentard ? soumit-il faiblement, les yeux agrandis sur des tableaux. Il crut un instant voir sur l'un d'eux des taches de sang dégouliner des mains de l'occupant. Effrayé, il se détourna et feint l'indifférence. Yenyeli attentive, nota ses réactions et amusée le taquina.

- Oui c'est ici. Pourquoi tu as peur ?

- Moi ? Peur ? mais non ! Enfin peut-être un peu d'accord.

- Ne t'en fais pas, tu n'as strictement rien à craindre entre ces murs. Bien qu'à une certaine époque on torturait des gens dans l'une des pièces d'à côté, le Maître de la Maison veille et assure la protection à tous les élèves, même ceux qui vouent un culte à l'ennemi.

Sacha s'empourpra.

- Et c'est censé me rassurer ?

- Mmh… peut-être pas complètement, concéda-t-elle en marquant un temps d'hésitation, la malice peinte sur le visage. Mais tu es si facilement impressionnable que c'est plaisant de faire planer le doute.

- Ah oui et bien, je vais cesser d'être impressionnable, assura-t-il vexé par sa faiblesse. Il se redressa, leva bien haut la tête dans une attitude fière puis croisa les bras contre son torse pour se donner un air de héros. Regarde, souligna-t-il. Je ne tremble plus.

- C'est très bien, je te félicite.

Elle souriait, maligne, il fit la moue, boudeur. Ensuite, Yenyeli ambitionna de se relever mais impossible de décoller, Aladiah était soudé contre elle et refusait la lâcher. Deuxième essai. Elle poussa sur les jambes pour le porter, un peu déséquilibrée par son poids, et d'un seul coup regagna son altitude.

- A part ça, prolongea-t-elle en examinant le visage tendu de Sacha et en calant le minotaure entre ses bras. Comment vas-tu depuis hier ? Tu as vécu ta première aventure du côté magique, tu n'es pas trop… secoué ?

C'était couru d'avance qu'elle allait l'interroger. Il avait requis quelque conseil la veille au soir. Mais, maintenant, tandis qu'un ronronnement criait à ses oreilles…

- N-Non, bafouilla-t-il une demi-seconde trop tard en fixant ses chaussures. Absolument pas, je vais très bien.

- Menteur ! nia mentalement Yenyeli. Ton cœur est en colère Sacha. Terrorisé et... triste. Hier a modifié ta perception du monde et des gens je le ressens, mais je n'ai pas mon mot à dire si tu refuses de me parler. Je ferai fi de ton oscillation.

- Tant mieux ! admit-elle peu convaincante. Oh mais j'y pense, est-ce que vous avez déjeuné ?

Il était préférable de vaquer dans une autre occupation, d'autant que selon son estimation, l'heure devait être avancée. Les deux garçons mimèrent un non. Ce n'était pas la réponse estimée mais c'était l'occasion tout de même de s'exiler. Elle avait vu le soleil briller dans son salon. Il faisait beau, probablement chaud, l'une des dernières belles journées avant que la saison d'hiver refroidisse l'atmosphère.

- Que diriez-vous de se téléporter vers la cuisine pour voler de la nourriture et ensuite filer droit dehors pour dénicher l'ombre d'un arbre. Un pique-nique rien que nous trois, vous êtes tentés ?

Aladiah qui redoutait d'être mêlé aux autres, sauta sur l'occasion, suivi de près par Sacha, soulagé d'avoir trouvé l'excuse pour s'enfuir du château et éviter Hermione.

Côte à côte, le trio improvisé à la dernière minute s'éloigna des cachots, remontant sûrement vers la lumière, au grand soulagement de Sacha et sous la direction de Yenyeli –qui s'excusa mentalement auprès de Raia'rii qui devrait l'attendre plus longuement-.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Harry chutait mentalement du sommet de la plus haute tour et s'écrabouillait aussi durement qu'une grosse mouche sur le parebrise d'un camion filant sur l'autoroute.

Confiné dans son coin depuis le départ de Ron, il pensait. Assis par terre entre la cuvette des toilettes et le panier de linge sale par encore vidé par les elfes de maisons, il ruminait. Les lunettes humides et les fesses glacées, il ressassait son audace épouvantablement inspiré par Griffondor. Un ami qui lui voulait du mal apparemment. Il rembobinait dans sa tête plus rapidement qu'un vieux radiocassette l'atroce baiser imposé à Snape. L'intimité volée fut un fiasco. Rejeté violemment et catégoriquement, pire que de la vermine, il n'avait eu que ses yeux pour pleurer et essayer de ne surtout pas imaginer comment il serait reçu et considéré lors du prochain cours de potions. Snape allait probablement l'assassiner. Il songea à se faire porter pâle toute une semaine mais que pourrait-il inventer d'autre après ? Etait-il possible de simuler une allergie aux potions pour être dispensé ?

D'un autre côté, son corps juvénile l'avait salué, brandissant haut le fusil à canon avec désinvolture. L'anatomie entre ses cuisses avait eu l'impudeur de se dresser pour ne plus se baisser. Gêné, il se fixait drôlement, indirectement. Pudique, il considérait cette bosse comme une chose bizarre dont il appréhendait les vices cachés pour la toute première fois. Il se rappelait avoir éprouvé un désir très fort pour Ginny mais jamais au point d'en ressentir physiquement les effets. Honteux, il refusa obstinément d'y toucher, ou de simplement calculer la solution manuelle pour se sevrer. De peur de se salir ou de porter l'insigne du pervers sur le visage. Par le passé, Ron et lui avaient bien surpris des garçons plus âgés se dépêtrer dans les toilettes. Se tripoter les fesses à l'air leur engin boursoufflé et jouir en secret, mais même s'ils en avaient ri tous les deux sur l'instant, Harry niait fermement ce mode de libération. Cela lui paraissait dépravé, déplacé, vulgaire, irrespectueux, pire qu'un péché dans la bible. Bloqué, il n'était pas prêt de s'y tenter. Jamais.

Le cul gelé sur le carrelage, il s'occupa l'esprit ailleurs, comptant comme certains comptent les moutons avant de s'endormir, les gouttes d'eau du robinet de la baignoire. Floc, floc, floc, il dépassa la centaine, tout en priant que son organe comprenne par lui-même que quémander n'avancerait à rien si ce n'était de le frustrer.

Bien des heures plus tard Merlin eut pitié.

Enfin, l'étendard du scandale fut en berne, il put remuer librement sans geindre sa douleur. Il en profita. Il se releva, des fourmis dans les jambes et ailleurs, il quitta son aquarium et se tourna vers son lit dans lequel il se jeta la tête la première. Ah quel plaisir confortable de pouvoir déprimer dans un couffin de plumes d'oie, il se saucissonna à l'intérieur et s'y fixa avec de la glu. Planqué sous son oreiller, il repensa aux voix perçues durant le transplanage de la veille. Il trembla, secoué par la crainte de mourir dans ces ténèbres, lorsque flasha un éclair rouge et or. Il tressaillit, complètement paumé par cette énigme qui dépassait la logique et qui lui fichait une trouille si bleue qu'il n'oserait peut-être plus fermer l'œil la nuit. Il supplia Merlin de lui venir en aide. Il avait besoin d'un indice pour comprendre son cœur ou d'une clef à molette de la bonne taille pour réactionner les rouages de son crâne. Parce qu'en toute franchise, il risquait fort de réellement passer dingue avant la fin de l'année. Pourtant, il ne put s'empêcher de rapidement caresser ses lèvres avec ses doigts pour graver ce qu'une partie de lui regrettait quand l'autre criait : encore !

Est-ce Merlin ou Griffondor qui répondit à son appel, ou le simple fruit du hasard, dans tous les cas, quelqu'un tapota contre la porte du dortoir.

- Harry ? Harry tu es là ?

Harry se gela. C'était la voix de son parrain. Comme un enfant pris la main dans le sac bien qu'il n'ait eu dans la main aucun bonbon compromettant, il n'osa pas répondre à l'appel de son nom.

- Harry, il faut que je te parle, édicta Sirius proche. Harry ? Tu ne veux pas sortir la tête de ta cachette une minute, c'est important ?

Harry se terra dans son silence, un peu désarçonné par cette visite inattendue.

- Bon d'accord, s'en accommoda son parrain en s'asseyant au pied de son lit. Après tout, ça sera peut-être plus simple si tu ne me vois pas.

Sirius n'était pas comme d'habitude. Sa voix manquait de son assurance Blackienne. Harry, l'oreille aux aguets l'entendit changer de position, balancer une jambe par-dessus l'autre et danser à la manière de Saint Guy. Curieux, il l'écouta, sans se douter que l'ancien prisonnier dépaysé par la vision qu'il avait du monde en sortant d'Azkaban, venait sans gants livrer sur la table, son cœur.

- Harry… écoute, je…

Il inspira, expira, ragea contre son indécision avant de se reprendre et d'un seul coup vider son crâne sans forcément mettre de l'ordre dans ses idées ou réviser son oral.

- Bon voilà. Pour moi, hier matin c'était génial. Je ne m'étais pas senti aussi vivant depuis notre promesse de vivre ensemble après les évènements de la cabane hurlante. C'était… quand déjà ? je ne sais plus, j'ai perdu la notion du temps. Hier après-midi par contre fut un cauchemar. Tout est devenu incontrôlable. J't'en veux un peu tu sais. Tu m'as mis de côté Harry, hier, la nuit dernière et ce matin, et j'ai maintenant cette horrible impression d'être distancé en général. Distancé des choses de la vie, et distancé de toi. Je sais que je n'ai aucun droit. Je ne t'ai pas vu grandir, et j'ai raté l'occasion de te sauver. J'ai déconné dans la salle des mystères et le ministère m'a renvoyé en prison. Pourtant, j'avais des rêves en sortant, et des espoirs de toi. Mais, tu ne me parles pas Harry. J'ai beau être stupide en général, je suis plutôt bon observateur. Et je t'ai observé hier, tout le temps. J'ai vu ta manière d'esquiver et de garder ton secret bien pour toi. Parce que t'as un secret Harry, j'en mettrais ma main à couper et Merlin sait combien j'ai besoin de mes deux mains en ce moment. Ce matin-même, ta réaction m'a laissé derrière toi. Quelque chose te perturbe, seulement j'arrive pas à savoir quoi. Je suis troublé et très inquiet. J'ai beau tourner et retourner les méandres de mon esprit pour tenter de comprendre, je reste sans réponse à ton sujet. J'ignore ce qui navigue dans ta tête et t'oblige à te planquer ici quand tout le monde bavarde en bas. Oh bien entendu, je suis conscient que tu ne me dois rien, nos liens ne sont après tout qu'une promesse sur papier officiel. Nous n'avons plus rien en commun. Puis, je suis vieux, un peu défraichi et j'ai cette fâcheuse manie de parler tout seul même entouré du monde. Toutefois, j'aspire toujours au fond de moi à endosser mon rôle de parrain. Je…

Il reprit sa respiration, soucieux de taire les tremblements de ses mains.

- Je veux veiller sur toi. Mais, tu ne me parles pas, même maintenant tu restes terré dans ton lit à faire comme si je n'existais pas. Harry, je ne peux pas comprendre si tu ne me parles pas… Or je… j'ai besoin de savoir que tu vas bien pour avancer. J'ai promis Harry. Promis de veiller sur toi. Je l'ai promis à ton père, à ta mère et à moi-même. Mais, tu te dérobes. J'ai beau piocher, aucune bonne carte ne vient s'ajouter dans mon jeu et sans atout, tu m'échappes. Le monde m'échappe. Tout file à une vitesse si délirante par rapport à la mienne que même en courant de tout mon souffle, je suis semé. Je… Harry… S'il te plaît gamin, dis-moi juste que tu vas bien. Harry ?

Sirius se retourna, tira doucement sur la couette pour déloger son filleul avant de s'en mordre les doigts. Harry les deux mains sur le visage pleurait comme une madeleine. Son corps sous le choc de l'émotion tressautait et il respirait mal. Une vision d'horreur pour Sirius qui se précipita à son chevet. Il l'attrapa par l'épaule et l'attira contre lui.

- Ok, d'accord, murmura-t-il en lui frottant doucement le dos pour le calmer. J'ai compris, on abandonne pour aujourd'hui. C'est pas grave Harry. Chut, ça va aller t'inquiète pas. Oublie ma tirade. Allez Harry s'il te plaît cesse de pleurer ou je vais m'en vouloir.

Il consolida son étreinte et petit à petit le jeune Griffondor sensible et coincé dans une bulle remplie de poison trouva un second souffle.

- Là, voilà, le cajola-t-il affectueusement. Ça va aller Harry, ça va aller.

Il n'en croyait pas un mot mais assister au chagrin dépressif du sauveur du monde lui retournait les tripes et lui provoquait des sueurs froides. Il se sentait complètement désarmé face à une telle situation tel un soldat au milieu des tranchées. La patience était gage de demain paraissait-il alors il patienta et pria son meilleur copain James d'aider son gamin de là-haut. Il jura aussi sur l'autel de Merlin d'interroger Remus puis de l'enguirlander. Celui-ci paraissait connaître les raisons de cette prostration plaintive tout en faisant comme si de rien n'était. Harry était en train de sombrer mais personne ne réagissait.

Après un long moment, ce dernier rasséréné se dégagea.

- Ça va mieux ? lui demanda Sirius en essuyant d'une main gauche ses dernières larmes. Oui ? alors que dirais-tu de te sortir d'ici pour voir le jour et saisir pleinement le soleil dans le ciel. Si bien-entendu tu ne vois aucun inconvénient à partager ce moment avec ton parrain.

- Jkkrum…

Les mots mangés à moitié, Harry se racla la gorge et recommença.

- Pardon…. je disais… j'en serais… honoré et ravi… merci.

Sirius lui dessina son sourire de canaille et ce fut terminé.

- Tu pars devant, je te rejoins, l'obligea-t-il en le poussant vers la sortie. Besoin pressant, je n'en ai pas pour longtemps.

Il lui fit un clin d'œil et Harry ne se posa aucune question. Il ne remarqua pas les doigts tremblants de son parrain, ni la pâleur sur son visage, ni même sa hâte soudaine qui n'avait rien de naturel. Il attrapa son chapeau et s'engouffra dans le tunnel.

- Ah, et... Harry, cria l'animagus une dernière fois. Si tu croises Neville, présente-lui mes excuses. Je crois m'être présenté quelque peu insistant sur ce pauvre gamin en lui extirpant votre mot de passe.

Harry se mit à sourire et même à rire en enjambant la dernière marche. Il imaginait que trop bien la tête de son ami Neville après l'interrogatoire musclé de Sirius. D'autant qu'il avait déjà eu sa part de frayeur avec sa forme animagus durant sa troisième année. C'était donc vrai que certaines choses restaient immuables qu'importent le nombre des années.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Assuré d'être seul, Sirius se rua dans la salle de bain pour s'enfermer à double tour. Sur le qui-vive, il vérifia les verrous à trois reprises avant de gagner le premier lavabo. Il tourna très maladroitement les robinets d'eau chaude et d'eau froide au maximum pour faire du bruit, scruta une dernière fois la porte close quand certain d'être à l'abri des bêtes curieuses, il donna libre court à sa folie.

De deux mains tremblantes et malades, il lança le sort d'apparition sur une petite boîte scellée magiquement qui s'impatientait de son appel. Sa boîte de Pandore comme il avait pris l'habitude de la nommer. Une boîte rectangulaire en acier verni, sans fioriture, avec l'armoirie de sa famille embossée sur le couvercle et dont le contenu était aussi noir et pourri que l'héritage de son nom. Malhabile, il la déposa sur le carrelage, l'ouvrit- s'y reprenant à deux fois-, puis faisant fi de sa raison, il s'appliqua. Méticuleux, expert après plusieurs années à répéter les mêmes gestes, il délogea la seringue, piqua dans une fiole pour l'en remplir de son liquide noirâtre et toxique, et retournant le tout vers son bras gauche, il se planta sèchement et s'empoisonna les veines - se mordant les lèvres en même temps.

L'instant suivant, ses tremblements avaient cessé.

Vaporeux, les yeux dilatés, la bouche ouverte, la langue un peu pendante, il jouit du bien-être ressenti après sa dose. Des étincelles autour du crâne, un monde apparu plus coloré bien que tourbillonnant, il rangea très lentement son matériel, rendant à sa boîte de Pandore son invisibilité d'un autre sort jusqu'à la prochaine fois. La prochaine fois où il serait dans état de manque tel qu'il finirait peut-être par se droguer devant tout le monde. Que Merlin l'en préserve, son addiction était la sienne et personne ne devait soupçonner quoi que ce soit. Dans cet optique, il reconstruit son masque du monsieur « je vais bien, tout va bien ». A grand jets d'eau glacée, il s'aspergea le visage plusieurs fois. Sans jamais oser affronter son image dans le miroir, il ensorcela son apparence. Il recula, s'éloigna, et referma la pièce sur lui. Une pièce désormais complice de sa maladie et aussi condamnable qu'il ne l'était. En rejoignant Harry, il sourit, de son vrai sourire de maraudeur avant de se mettre à courir. Pas le temps de s'attarder sur son mauvais penchant, Sirius Black comptait saisir à pleine main la seconde chance que lui offrait la vie, même si celle-ci était à demi incurable.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Severus Snape fut légèrement plus réfractaire à sourire à la vie. Bien dormi mais réveillé mécontent, il vitupéra contre son assistante qui une fois de plus avait déserté. Orgueilleux et l'esprit revanchard, il jura de lui jeter un filet de ronces à la figure, couplé de sorts pour l'exiler à jamais sur l'île de son choix. Il attrapa donc sa cape et se leva. A moitié, un vertige le stoppa. Instinctivement, il effleura sa tempe. Un point chaud chatouillait son sens de l'équilibre. Son imagination extrapola l'image d'un papillon de nuit. Volage, la bestiole avait dû le confondre avec une fleur ou une chenille. Sauf que, se superposa majestueusement les ailes d'un dragon et comme si le ciel ventait au creux de son oreille il effleura ce tatouage invisible, de la même manière qu'il l'aurait fait avec le baiser d'une lune.

Ignorant le désordre apocalyptique du salon de Yenyeli, il quitta l'humidité des cachots des Serpentard et remonta à la surface. Le soleil était à son zénith, un supplice pour le maître des potions qui était un fanatique de la nuit. Au 2ème étage, sa cape ballotant au gré de sa mauvaise humeur, son œil noir s'égara à travers une fenêtre qui photographiait les berges du lac. Un chêne millénaire attira son attention. Effacé son ressentiment, envolé son « V » de vendetta, à son pied se dessinait son assistante en fuite. Entière et très décontractée elle se divertissait avec deux de ses élèves. Severus respira, sa colère s'évapora et l'énorme nœud qui transpirait de la bile dans son estomac se démêla. Parce que Severus avait eu peur. Anxieux, il avait craint que pas suffisamment remise de sa crise très matinale, Yenyeli ait fait abstraction de sa faiblesse pour aller errer apnéique dans un lieu anonyme. Ramant à bout de souffle dans un bateau qui prenait l'eau avec aucune terre en vue. Soulagé, il se colla contre la fenêtre, -les bras croisés, l'épaule appuyée sur le mur-, et de travers il l'observa. Au milieu de Mr Popolonov et du minotaure, il devina ses gestes et son activité. Penchée au bord de l'eau et le doigt dirigée sur une Févette des rivières qui les éclaboussait exprès, elle donnait sans nul doute un cours. Expliquant à quatre yeux innocents l'extraordinaire diversité de la nature peuplant le monde qu'il soit magique ou non. Pour l'acariâtre Severus Snape, ce fut son rayon de soleil personnel, ou plus précisément son rayon de lune. Il percevait comme son assistante l'aura inamicale naissante dans le château mais ce tableau d'elle brouilla ses récepteurs sensoriels. Capturé, il préféra de loin se perdre et pour longtemps dans cette scène en rien exceptionnelle mais où s'illuminait une petite étoile tombée du ciel.

Jusqu'à ce que celle-ci ne rentre en collision avec un météore. La légèreté de l'image papillonna inexplicablement et l'air sembla se remplir de plomb. Yenyeli debout dos aux garçons, ne bougeait plus. Severus plissa les yeux pour décrypter son expression. Le sourire disparaissait, les traits se tendaient, le plomb était tombé sur elle. Automatiquement, il se demanda pourquoi et qui avait osé l'appesantir ainsi dans la lumière quand n'y tenant plus, il ouvrit la fenêtre pour laisser filtrer le son.

- Sonoris, murmura-t-il en direction du trio.

""""""""

- Yenyeli ? Tu as entendu ma question ?

- Oui je t'ai entendu Sacha mais pour mon esprit ensommeillé, aurais-tu l'obligeance de recommencer.

Sacha, adossé au tronc de l'arbre, se triturait les mains, incertain de savoir naviguer sur des sables mouvants. Hanté d'ouvrir une porte qui ferait mieux d'être scellée. Finalement, son inénarrable besoin de savoir l'emporta et il répéta.

- Et si demain… un nouveau… euh… tu-sais-qui apparaissait. Si à cet instant précis, il était déjà là… ici dans le château et qu'il n'attendait que le moment idéal pour faire le mal ? Après tout, ce n'était qu'un élève ordinaire avant d'être ce sorcier si redouté ? Je… je l'ai lu dans un livre, précisa-t-il devant l'œil confondu de Yenyeli. Alors… euh… qu'est-ce que tu ferais ?

Yenyeli l'explora. Depuis une heure qu'ils étaient là, c'était la première fois que Sacha ouvrait la bouche pour s'exprimer, et bien qu'elle perçoive ses émotions négatives, elle fut prise de court par son étrange question. Elle l'observa minutieusement, sa taille, sa voix, sa timidité maladive, actuellement sa très grande solitude. Il était embourbé jusqu'au cou dans une marre de mécompréhension, Yenyeli choisit de lui tendre un bâton et de le remorquer, quitte à se salir les mains et de tomber la tête la première dans la boue.

- En premier lieu, raisonna-t-elle, le rouge de son œil gauche dur et sans faille. Je ferais en sorte que tout le monde hurle son nom. Je suis rarement du même avis que Dumbledore mais il a raison quand il affirme qu'il est idiot de taire l'identité de l'ennemi. L'anonymat est un facteur de peur et un terrible pouvoir offert aux manipulateurs. Aussi, je vais te demander de répéter encore ta question. Plus clairement si tu consens.

- Vol..voldemort, obéit-il intelligent. Voldemort était un adolescent puissant avant d'être l'incarnation du mal. Est-ce que… tu crois qu'il…

- Qu'est-ce qui te turlupine Sacha ? Ne tâtonne pas inutilement, c'est te faire plus de mal.

Celui-ci inspira plus grandement avant d'expirer son tourment.

- Est-ce que n'importe qui est susceptible en vieillissant de faire couler le sang ? Sommes-nous naturellement programmés à tuer l'innocent ? Est-ce que nos gênes portent l'atome du mal ou est-ce différent ? Est-ce une maladie incurable, une sorte d'instinct primaire ou une… une évolution de ce nous sommes voués dès le début à devenir ?

Yenyeli soupira, l'équation se présentait plus complexe qu'escomptée. La boue plus vaseuse et son bâton trop petit. Cependant, elle commençait à saisir l'origine du problème et lucide, elle entrevoyait la destination vers laquelle Sacha désirait se rendre. Le chemin malheureusement risquait de lui déplaire mais elle accepta de lui fournir quelques indices, de le guider avec des panneaux de signalisation.

- Tu poses là une question existentielle à laquelle l'univers essaie de répondre depuis que le monde est monde. J'ignore ce que pense la majorité mais je vais te confier mon avis personnel. Libre à toi ensuite de l'interpréter à ta manière. Il y a quelqu'un que je connais qui se pose exactement la même question chaque fois qu'un nouveau jour se lève. Quelqu'un qui a subi les malversations de la vie. Embouti dès l'enfance, violenté et rejeté… brimé à l'adolescence –insulté et humilié… il a grandi privé de ce qui peut faire le bien. Je dirais, ajouta-t-elle en regardant droit dans les yeux le minotaure attentionné du moindre de ses faits et gestes. Que votre histoire se ressemble Aladiah.

Celui-ci, perspicace et content qu'on l'intègre à la conversation s'empressa de prendre son tableau qu'il maîtrisait déjà et griffonna avec son feutre une question.

- Oui, il craignait les humains. Parce que les Hommes étaient à l'origine de sa tristesse, il a perdu foi en les autres et peu à peu son esprit a tourné du mauvais côté. Son regard du monde et des autres s'est obscurci. Sa vie d'étudiant avait détruit tous ses espoirs de seconde chance alors naturellement il a fini par faire les mauvais choix. Aveuglé par la colère et guidé par son désir de vengeance, il a emprunté des routes noircies de sang. A tel point qu'il aurait pu prétendre au titre du plus grand mage noir que le siècle ait connu, plus puissant et terrible que Voldemort lui-même. Certains ont dit que c'était à cause de sa faiblesse, de son envie de plaire, de son inextinguible jalousie envers ceux qui étaient gâtés par la vie. Qu'il était lâche, avide, dénué de scrupules, arriviste et traître. Et qu'il n'y avait rien à espérer de de quelqu'un qui s'adonnait en secret à la magie noire. Tous des imbéciles et des sauvages ! s'emporta Yenyeli le sang en ébullition.

Les deux garçons sursautèrent, surpris par son brusque changement de ton.

- Rien de bon à attendre de lui ? Foutaises ! quand tous imaginaient qu'il conspirait à faire le mal, il a tendu la main pour me sauver. Moi dont l'éducation était relative au néant, ignorant jusqu'à la forme des lettres et les chiffres mathématiques. Moi, l'enfant perdue et trouvée au milieu de nulle part, l'enfant bizarre que la bonne conscience avait bannie. La chose à éviter, il a ouvert une porte dont il m'a remis les clefs. Malgré les risques, il m'a consacré de son précieux temps et m'a enseigné tous les rudiments d'une tête bien faite. Tout en combattant plus que n'importe qui d'autre sur cette terre Voldemort. Au bout du compte, il a choisi la voie du bien dans sa forme la plus belle. Est-ce pour autant qu'il accepte aujourd'hui de se mêler aux autres ? Que son regard s'attarde sur l'étranger ou qu'il s'embarrasse des bonnes manières ? Absolument pas. Jamais ! Parce que la rancune est tenace, que le cœur impardonnable ne cicatrice pas et que la mémoire infaillible n'oubliera pas. Sacha, est-ce que tu comprends ce que j'essaie de te dire ?

Il émanait de Yenyeli une forme solennelle, comme si vivait à travers elle la mémoire d'un millier de gens. Sacha appliqué dans son raisonnement ne put s'empêcher de regarder son ombre qui avec le soleil et la cime du grand chêne formait un dessin gigantesque. Pour la première fois, il redouta de comprendre de quoi cette femme était capable.

- Ce n'est pas une maladie incurable, ni une forme d'évolution, affirma-t-elle en pesant chacun de ses mots et éclairée du changement d'émotion chez le géant. Je suis persuadée que l'âme dès la naissance est destinée à suivre une direction qui lui est propre. Qu'elle s'apparente d'une couleur particulière et unique qui fait l'identité de chacun. Toutefois, en grandissant, ce sont nos choix qui sont seuls responsables de notre intégrité et non plus notre destinée. Nous sommes tous capables du meilleur comme du pire Sacha, et oui dans le monde d'aujourd'hui existe déjà le remplaçant de Voldemort. Peut-être ici-même mais rien n'est immuable. Et en particulier si l'on a la chance de rencontrer des êtres qui nous poussent vers le droit chemin. Qui instinctivement nous influencent dans la bonne direction. Ou plus pernicieusement qui font de nous des âmes damnées.

- Est-ce que toi-même tu as été influencée ? exigea immédiatement Sacha impatient.

- Je te l'ai déjà dit, je ne suis pas un ange à la moldue. Mais oui j'ai été influencée et je le suis toujours mais c'est plus compliqué dans mon cas.

- Est-ce que tu… pourrais… tuer ?

Ça y est ! Sacha allait au bout de ses inexactitudes et entrait dans le vif du sujet. La bouche de Yenyeli se tordit à moitié, esquissant sur son visage une expression de malignité sadique.

- Je l'ai déjà fait, en effet. Plusieurs fois et chaque nouvelle journée me donne l'envie de recommencer. Tant de personnes que je désire tuer mais qui pourtant respirent et continuent de croire en l'avenir. Oui, tuer fait partie de moi.

Sacha déglutit et un courant d'air froid lui parcourut le dos. Le ton acrimonieux de Yenyeli le laissait pantois et démuni, de même que cette facilité déconcertante avec laquelle elle admettait vouloir ôter la vie. Le cœur en émoi, il rugit.

- Alors pourquoi ? pourquoi es-tu ici à enseigner ? Pourquoi ne fais-tu pas comme les autres d'hier à Pré-au-lard ? Pourquoi as-tu secouru Aladiah au lieu de l'achever, je ne comprends pas. Je ne comprends plus.

Il avait les larmes aux yeux, ses mots plein de tristesse sortaient péniblement, ils lui brûlaient la gorge. Ce fut terrible pour Yenyeli qui touchait sa peine et sa colère. Aladiah, témoin silencieux laissa tomber son tableau blanc et son crayon et entoura la grande main de Sacha pour le réconforter.

- Harry… s'efforça de continuer ce dernier embrouillé. Ne semble pas particulièrement t'apprécier. Il dit des choses à ton sujet et ressent comme une inimitié. Je lui ai dit qu'il se trompait mais maintenant je ne sais plus.

- Que veux-tu savoir exactement Sacha ? J'ai parfois éludé tes questions par le passé mais je ne crois pas t'avoir jamais menti alors exprime le fond de ta pensée.

- Est-ce que tu veux faire du mal à Harry, à lui ou à son parrain ? Tu n'as pas l'air de le porter dans ton cœur, ni les humains en général d'ailleurs.

Yenyeli ricana avant de cracher son venin.

- Black mériterait fort que je l'abatte. Et beaucoup d'autres humains dans son genre. Potter a raison de se méfier bien qu'il n'ait rien à craindre de ma part, je puis te l'assurer. Je ne suis pas là pour lui ne t'inquiète pas. Qu'il garde ses distances et pas que celles qui nous séparent et tout ira bien. Quant à savoir comment je réagirais si demain je faisais face à un nouveau Voldemort. C'est simple : je le tuerais. Je l'anéantirais sans aucune hésitation et j'y prendrais du plaisir. Je jouirai de voir son corps souillé du sang que j'aurais moi-même fait couler. Pourquoi ? exactement pour ces raisons qui m'ont poussée à te sauver toi dans ce cirque de foire ou à aider Aladiah hier. Parce que je suis égoïste et que ma notion du bien et du mal s'est façonnée d'après mon vécu personnel. La justice n'a de valeur que le prix que je veux bien lui fixer.

Sacha se tétanisa. Glacé jusqu'au sang, cloué au sol, son esprit tourbillonna de mots qu'il avait du mal à assimiler. Il découvrait une Yenyeli qu'il ne connaissait pas. Une Yenyeli si dure et insensible, presque… spectrale. Ses jambes lui préconisaient de fuir et pourtant. Au milieu de ce sinistros incohérent, une mélancolie résonnait au loin dans cette voix qui se répercutait dans sa poitrine, il avait mal.

Aladiah juste à côté réagit autrement. Plein d'innocence et de candeur il réfléchit cette drôle de discussion. Il ne comprenait rien si ce n'est l'essentiel. Une note de tête jouait du tambour dans son cœur, comme le chant d'une sirène, il l'écouta hypnotisé. Un refrain différent qui rendait son professeur certes dangereuse mais particulièrement malheureuse. Son crayon dans la main droite, son tableau dans celle de gauche, il traça des lettres avec son écriture d'enfant et présenta le résultat au regard obscurci de Yenyeli.

« La personne qui n'aime pas les humains mais qui a tendu la main pour te sauver, est-ce que tu l'as influencée ? Est-ce que tu l'as aidée à trouver son chemin ? »

Yenyeli vacilla une seconde, décontenancée par la justesse de lecture de ce jeune minotaure, puis très lentement et la gorge sèche, elle signa un non timide. S'en suivit une nouvelle question –Aladiah avec sa manche effaçait son tableau et réécrivait.

« Mais tu veux l'y aider. Et c'est pour ça que tu es là n'est-ce pas ? »

Yenyeli opina du chef et il frotta de plus belle.

« Pourquoi » ?

"""""""""

Du haut de son observatoire, le professeur de potions trépignait.

Une couleur invisible était venue se peindre par-dessus son paysage rouge et or au moment où résonnait le passage le plus palpitant du morceau. Le son était muet, Yenyeli était de dos plus raide qu'un piquet, il n'entendait plus rien et ne discernait plus grand-chose. Son tableau prenait la tonalité d'un mirage sur le point de s'évanouir et il s'agaça derrière son carreau. Ce n'était pas juste, il n'avait pas le dernier mouvement de cette symphonie. Que Salazar joue les complices, il en avait besoin. Parce que la partition de Yenyeli vibrait à travers son corps, il se reconnaissait comme la pièce centrale du puzzle et plus encore.

- Plus encore que quoi Severus ? Mais quand vas-tu admettre que c'est ton cœur qui parle dès qu'il est question d'elle. Dépêche-toi ou le Ciel va mourir sur Terre.

Volte-face Snapienne.

- Qui va là ? projeta-t-il sévère.

Personne à l'horizon. Seul dans le couloir, il n'avisa pas l'ombre fantôme qui lui souriait affectueusement en passant à travers un mur. Sourd, il ne reconnut pas la voix de l'amie d'enfance mais brusqué, il repéra trop tard la tornade frigide surgie dans son champ de vision.

- Ah, Severus, enfin je vous trouve.

- Quoi encore ? répliqua-il chatouilleux et habituellement mal luné avec les gens.

C'était Minerva. Avec son chignon guindé, sa paire de lunettes dorées, ses rides marquées, sa robe trop longue et ses bottines en cuir rouge dont on apercevait brièvement le bout au rythme endiablé de ses pas. Invulnérable à son venin bien que gardant une distance raisonnable en cas d'attaque frontale, elle se posta en face de lui et déclara.

- Albus a convié tous les professeurs dans son bureau. Bien-entendu, vous n'êtes pas dispensé. Ni votre assistante. Vous êtes attendus tous les deux mais je constate qu'elle n'est pas avec vous.

- C'est tout ? questionna-t-il très indisposé par sa présence et son jargon de sous-directrice.

- Que, non ce n'est pas tout ! barra-t-elle irritée par son culot nonchalant. Allez chercher votre assistante et transmettez le message.

La bouche de Severus pincée se tortilla en un rictus défavorable. En presque vingt ans de carrière, il ne s'était jamais fait à son phrasé de mère supérieure. Mais, elle était la sous-directrice et il lui devait le respect, aussi il minauda avec hypocrisie, se déplaça subrepticement de manière à former une barrière entre elle et la fenêtre puis altier, il la renvoya très humblement se faire voir.

- Dîtes au directeur que je vais tenter d'apparaître très succinctement dans son bureau. Quant à mon assistante, elle sera dispensée. Et c'est non-négociable, surligna-t-il froidement avant qu'elle ne fente en riposte.

Résultat, McGonagall vit aussi rouge que la couleur de sa maison. Réactive, elle se cabra et tonna.

- Vraiment ? Et bien vous lui direz vous-même et tout de suite. Allons-y ! Ce n'est de toute manière plus de mon âge de jouer les hiboux, j'approche de la retraire et j'exige mon repos. Vous venez ?

Là aussi, c'était non-négociable mais Severus s'en fichait éperdument. Il avait eu gain de cause. Silencieux et à mille lieux de prêter attention à ses paroles fumeuses, il s'attarda une dernière seconde sur son rayon de lune. Il en imprima les contours, les détails, les couleurs et l'étincelle singulière qu'émettait sa petite étoile. Puis, lentement il s'effaça. Sans un regard pour sa collègue, il la dépassa et gagna seul le bureau du directeur. Sans avoir conscience que près du lac Yenyeli n'avait dans la tête que son image de lui. Il n'était pas que la pièce centrale du puzzle, il était le puzzle en entier. L'image à révéler, c'était la sienne.

Le Ciel essayait de relier les étoiles entre elles pour former un Serpent.

La Terre, du haut de sa tour, ne voyait que les cratères de la Lune.

""""""""

« Pourquoi » ?

Yenyeli faillit se murer dans son silence, le regard accroché à celui du minotaure. Pourquoi ? la question était d'une simplicité enfantine, elle la rejeta. Aladiah frappait inconsciemment contre la porte blindée cachant sa plus grande peur. Il décryptait la vérité au milieu des ténèbres. Ses grands yeux nitescents qui avaient l'extraordinaire faculté de laisser filtrer toutes ses émotions lisait en elle comme dans un livre ouvert et elle n'aimait pas cela. Néanmoins, il lui avait confié sa vie hier et son entière confiance maintenant, elle n'avait pas le droit de choir devant sa force-d 'âme. Ni de le décevoir. Pas maintenant en tout cas. Et puis dans le fond, cela pouvait être libératoire d'énoncer hautement vers le ciel sa prière murmurée à l'oreille de la lune. Elle inspira longuement par le nez, ferma les poings, bloqua sa respiration puis le visage orienté vers la voute céleste où le soleil à son point le plus haut éblouissait, elle révéla du bout des lèvres.

- Parce que je continue de croire que je peux le sauver.

Aladiah, heureux, lui esquissa son plus joli sourire. Un sourire d'ange éclairé par les rayons du soleil, un sourire de gardien. Son professeur d'allure austère n'était pas comme Voldemort. Et parce qu'elle lui avait sauvé la vie, ils étaient connectés. Elle l'avait influencé à survivre et il priait maintenant pour l'influencer en retour. Afin qu'elle puisse influencer cette personne anonyme qui détenait la place maîtresse dans son cœur. Sacha, replié dans sa position n'osa pas rebondir sur cet aveu malheureux. Son jeune ami avait calmé ses tensions et bien que dans sa tête ça brûle encore d'un tas de questions et que ses oreilles bourdonnent péniblement de sons qui faisaient mal, il clôtura le tout dans une grosse boîte qu'il jeta à la mer. Son regard croisa celui de Yenyeli, il ne ploya pas et s'y attarda quelques secondes. C'était le regard énigmatique qui avait donné un sens à sa vie, il nota dans sa tête d'un jour lui dire merci. Et tant pis si parfois ce rouge et jaune sombrait dans les ténèbres.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Quand retentit l'heure du dîner, le retour à la réalité fut difficile à accepter.

Gommés les sourires, évincée la confiance en demain, flottait au-dessus du château un énorme nuage. Enterrées les alliances d'hier, adieu l'harmonie, les élèves dans la grande salle étaient divisés. Les sorciers humains d'un côté, les sorciers qui n'en avaient que l'apparence de l'autre. On se regardait de travers, on s'évitait, on s'ignorait, on se détestait.

- Sa… Sacha ? bafouilla Hermione surprise de voir l'ami d'hier aller s'asseoir avec des non-humains. Mais tu…

- N'insiste pas Hermione, brisa le sorcier géant de dos intransigeant. Je maintiens ma position de ce matin, je demeure auprès d'Aladiah.

- Ouais, c'est cela ! ratifia un Serdaigle humain de 6ème année en faisant oust avec ses mains. Raccompagne ce morveux auprès de ses congénères et surtout surveille-le.

- Chut ! gronda sa petite amie sur la défensive. Va pas l'énerver j'ai pas envie de m'attirer sa colère.

Le visage d'Hermione se décomposa. Scandalisée par cet échange fielleux et frustre. Fougueuse, elle calcula rapidement comment rentrer dans le lard de ce bagouin et de sa femelle. Ces ogres des montagnes niaisement bien assortis qui propageaient ouvertement l'intolérance. Mais, le sang-froid de Sacha la bâillonna. Droit comme un « i », il encaissa sans mot dire. La main collée à celle d'Aladiah qui tremblait, il joua les sourdes oreilles et avança jusqu'au banc de son choix. Très loin de la jeune fille, Harry son voisin, fut témoin de sa grise mine.

- C'est vrai que la question se pose là, ponctua Dean après une minute de silence inconfortable et aspectant l'entrée en scène des professeurs.

- La question de quoi ? demanda innocemment Luna en face de lui en passant la tête derrière son chicaneur.

- La question… d'eux, répondit-il en virant de bord vers le groupe de Sacha. Il forma un cône avec sa main et parla à travers pour étouffer le son de sa voix- S'ils se métamorphosent comme le Poufsouffle à Pré-au-lard on est dans de sales draps. Personnellement j'étais pas loin d'me faire dessus hier.

- Et pourquoi donc ? s'étonna Luna lunaire, les sourcils arrondis. Tu n'as pas trouvé beau sa transformation, il y avait une palette de jolies couleurs sur sa fourrure, j'aurais voulu qu'papa voit cela.

- Sa… fourrure ? releva Neville estomaqué. Il fit tomber sa fourchette avec laquelle il s'amusait. Mais, à quel moment exactement t'es-tu perdue dans sa contemplation ? J'ai bloqué net quand j'ai entraperçu ses griffes.

- Et moi ses crocs ! enchérit Lavande en frémissant. Brrrrrrr…

- Ouais, j'ai cru qu'il allait nous bouffer.

Hermione fusilla Ron du regard et le maudit mais le rouquin en fit peu cas et riposta contre elle.

- Je suis sérieux Hermione. J'étais flippé hier et à raison. Et ne va pas me balancer que je suis contre la différence. Toi-même tu n'en portais pas large planquée derrière Lupin. Seulement, j'estime que Dumbledore aurait dû nous prévenir. Nous préparer un minimum. C'aurait pu très mal se terminer et sur ce point je ne t'apprends rien. D'ailleurs, qui nous dit que le dossier est clos ? S'ils se mettaient à se transformer, tous en même temps, comment serions-nous en mesure de nous défendre ? Même l'assistante de Snape ne pourra pas refaire son tour infiniment. Alors vas-y te j'écoute, termina-t-il en lui plantant par-dessus la table un doigt accusateur afin de lui soutirer la réponse.

Harry, le regard vide sur son assiette, se crispa.

- Je… je l'ignore, bégaya l'accusée frondeuse. Mais, la violence n'est pas la solution. La guerre me l'a appris et je pensais qu'avec la mort de Percy tu l'aurais toi-même compris.

Elle tapa du poing sur la table, faisant tressauter la vaisselle, Ron rouge de colère, presque violet l'imita et le ton grimpa.

- Quel tact ! merci infiniment de battre le fer de la mort de mon frère, mais je confirme mon avis. Dumbledore a joué avec le feu en nous cachant la vérité et on récolte les pots cassés. Alors je te le redemande : comment feras-tu demain si tu es confrontée à la forme réelle de dix minotaures ?

Hermione, les ongles enfoncés dans la chair, enrageait. Les lèvres pincées, la ride du lion très prononcée, elle avait l'irrésistible envie de mettre son poing dans la figure de Ron, pareillement qu'avec Malfoy en 3ème année. Sauf que le raisonnement Weasleyien dégageait une certaine vérité. Elle-même n'approuvait pas le silence du directeur, aussi elle écopa mentalement le bateau de sa colère. Et, dans le trou abyssal qui se creusa dans leur cercle restreint, une oreille indiscrète saisit l'opportunité d'exprimer haut et fort l'aigreur qui lui remontait de l'estomac.

- Personnellement, commença-t-elle avec mépris. Je sais d'avance ma réaction s'il vous prenait l'envie de faire esbroufe en face de moi.

- Bris, s'il te plaît, ne t'en mêle pas.

- Et pourquoi pas ? débouta celui-ci rebelle et téméraire. C'est Nous qu'ils mènent sur l'échafaud depuis hier. C'est sur nous que pèsent leurs regards de faux-jetons dans les couloirs. Nous sommes devenus leur centre d'intérêt en moins de 24h et il faudrait faire fi ? Pas question, je suis lassé de leurs messes-basses et de leurs multiples sous-entendus. Je refuse de m'encanailler de leur hypocrisie et plus que tout j'enrage. Alors, qu'ils prennent bien note que si demain un seul postait ses fesses sur mon chemin avec l'idée folle d'en découdre il n'y réchapperait pas. Ooooh, je ne serais pas vache, je le promets –il mit la main sur son cœur tel un chevalier devant une dame- Vous ne souffrirez pas, je puis vous l'assurer. Je me contenterai seulement d'ouvrir ma gueule en grand et de vouuuus... Bouffer, comme vous l'avez gracieusement proposé.

Et sa mâchoire claqua, faisant déglutir Ron.

- Ah ouais ? se releva Colin avec défi. Essaie un peu pour voir. On n'a pas peur de toi, ni de tes copains. On a appris à se défendre.

- Se défendre contre qui ? rigola Bris hautain. Contre cette chose hideuse qui s'envolait dans sa cape noire en dessinant des crânes dans les nuages ? Contre… vous-même ? Ce mec était des vôtres vous l'avez oublié ou vous êtes complètement idiots ? Nos différences n'ont pas une seule fois dans l'histoire créé un mage qui terrifiait le monde, les mondes. Ce n'est pas nous qui avons mis à feu et à sang des innocents pour le plaisir de jouir de leur supplice.

- Bris, s'il te plaît, tenta de le raisonner pour la deuxième fois un beau garçon aux cheveux couleur de sable. Il avait des yeux turquoise et se lisait sur son visage une sérénité, une paix de l'âme.

- Tempère-toi, tu uses ta salive à rien.

Il lui força la main et l'attira vers lui. Yeux dans les yeux, leurs deux esprits furent connectés. Sitôt, le volcan de Bris se rendormit. Il admira avec amour l'impassibilité de son meilleur ami sur qui le temps n'avait aucune emprise. Il s'abreuva de son joli minois tout en songeant qu'il l'aurait bien mangé lui aussi, mais assaisonné de plus de douceur. Plus tard, se consola-t-il, lorsqu'ils seraient seuls dans leur lit. Il saliva à cette perspective et oublia pour un peu tout le reste.

- Voui, bon d'accord, mon petit Caolan, consentit-il séducteur et les yeux pétillants. Que se complaisent dans leurs stupidités ces humains qui ne voient que leur nombril. Et qui par-dessus le marché s'en prennent à des enfants.

- Qu'est-ce que t'as dit ? rehaussa Colin susceptible et extraordinairement revêche ce soir.

- J'ai dit, s'écria Bris donc le volcan se réveillait à la moindre étincelle- Il se leva, se retourna et posa un pied sur le banc pour se donner de l'aplomb-. Qui s'en prennent à des gosses ! Aladiah n'est qu'un gamin bande de dégénérés !

La foudre s'abattit sur la salle, soulevant la foule et enflammant les perturbateurs. Tous les regards convergèrent dans sa direction mais insensible, il les nargua, profondément campé sur sa position. Qu'ils osent seulement émettre un son et il se ferait un plaisir de tester leur pouvoir.

- J'espère que tu es content de toi, lui fit remarquer Caolan en soupirant.

- Je crois bien que oui, se vanta-t-il le sourire blanc.

- Assieds-toi.

- Attends ! je profite de ma hauteur. Ils ont tous envie de se battre, ça m'excite.

- Bris ! Assis.

Dernier avertissement, Bris s'exécuta. De mauvaise grâce, il quitta son piédestal et se rassit à côté de son ami.

Harry, atteint de mutisme depuis le début du débat, s'attarda un instant sur ce non-humain qui ne craignait pas de se salir les mains. Il interpréta à travers son esclandre et sa manière très rentre-dedans son sens inné de la justice. Ce jeune n'était pas à un provocateur, mais un agitateur des mauvaises consciences. Enfin, il jeta un coup d'œil en direction d'Aladiah, il s'en mordit les doigts. En effet, ce n'était qu'un gamin fébrile, une victime, il s'indigna contre son manque de courage, il aurait dû réagir et prendre sa défense.

- Colin, rassieds-toi s'il te plaît, ordonna-t-il discrètement pour signer la paix. Nous sommes tous fatigués et échaudés, rassieds-toi.

Le photographe résista une demie seconde avant de baisser le visage, vaincu.

- Ouais, Colin, obéis à Potter notre sauveur. Il a déjà dû fomenter une idée géniale pour nous sortir de cette situation.

- Oh la ferme Justin ! mordit Hermione contre toute-attente. Ou je demande à Ron d'ensorceler un cobra pour épouvanter ta sale face de blaireau. Tu te souviens du serpent en 2ème année ? –Justin blanchit- Et bien figure-toi que Ron a des notions précises en Fourchelang, je l'ai vu faire dans les toilettes de Mimi, il est très doué, n'est-ce pas Ron ?

Ron, pas tout à fait remis de la menace de Bris mais sentant le regard accentué de son amie, répondit un peu à côté.

- Euh… oui… si tu le dis.

- T'oseras pas ? s'empourpra le Poufsouffle plus blanc que blanc.

- On parie ?

Hermione, impétueuse et Griffondor jusqu'au bout des ongles, le poussait dans ses retranchements. Justin, insoumis, rua et se releva en un éclair, emportant dans son élan quelques amis qui jubilaient de la bagarre en devenir.

- Je vais te remettre à ta place Hermione Granger, tu vas comprendre ta douleur.

- Ah, s'exclama celle-ci effrontée. J'aimerais bien voir cela.

- Hermione… je croyais que la violence n'arrangeait rien.

- Tais-toi Ron, tu ne m'aides pas.

Autour, tous les élèves prenaient parti, l'électro statisme pulvérisé dans l'air exacerbait leur soif de sang. Poufsouffle contre Griffondor, le match s'annonçait corsé et trépidant.

- Je vais te faire ravaler ta salive, proclama Justin en sortant sa baguette.

- Pff ! j'ai combattu des Mangemorts alors si tu espères m'impressionner c'est raté.

- Et des géants, t'en as combattu ? Ton copain Sacha s'apparente à un géant, lui aussi tu vas le combattre ?

Mauvais pioche pour Justin. Il ne fallait surtout pas asticoter Hermione sur ce terrain-là. Pas aujourd'hui. Verte de rage, elle réfléchit son sort, se mit en garde, -jambes fléchies et buste de profil- mais avant qu'elle n'ait l'occasion d'attaquer, ni Justin de riposter, un bruit de fracas retentit.

Toutes les têtes firent demi-tour, une assiette était brisée aux pieds de Sacha. Hermione étonnée et inquiète essaya d'explorer son regard mais ses yeux étaient fermés. Les mains serrées comme un étau autour du crâne, il secouait frénétiquement la tête de gauche à droite.

Pas le temps néanmoins de poser des questions, le cortège professoral défila de la porte du fond. Très cérémonieux, le visage grave, la tête haute, le dos droit, chaque professeur regagna sa place en silence. Même, le professeur Pandragon, habitué des messages cocasses et séducteur, resta muré sur sa chaise. Personne n'avait le cœur à rire ou à sourire. Yenyeli, instinctivement pria la fuite. Le juste équilibre tu parles ! Elle n'était pas suffisamment préparée pour amortir le choc. Elle avait mésestimé les dégâts après hier et plus spongieuse qu'une éponge, elle ne put assécher l'aura négative dans la salle. Comme emprisonnée dans un rouleau, elle but la tasse à plusieurs reprises au point d'en avoir la nausée. Elle chavira, manqua de tomber dans les pommes, et ses mauvaises voix à l'affut de la moindre de ses défaillances se faufilèrent dans une brèche et récidivèrent. Faisant de son crâne leur quartier général.

« Du sang, ils réclament du sang, achève leur tourment et le tien par la même occasion, tue-les avec ce couteau, taille-les en petits morceaux et attire des vautours pour qu'ils se repaissent de leur cadavre en putréfaction.

« Lâche ! Quand vas-tu donc libérer ton feu de dragon ? Déverse-toi sur ces humains, tue-les ! »

« Tue, tue, tue, tue, tue, tue, tue ! »

« Et lui ? tu vas l'assassiner ? »

Yenyeli perdait à nouveau le contrôle, c'était dangereux. En lutte, elle inspira, expira, porta machinalement une main sur son cœur qui battait pire qu'un métronome. Comme si quelqu'un cognait à l'intérieur de son corps pour qu'on lui ouvre la porte, elle pria le faire taire. Le monde autour d'elle commençait à danser, les couleurs se mélangeaient, elle voyait flou. Exceptée une, unique, la Terre vue du Ciel. Elle s'y cramponna rageusement et la magie opéra. C'était le bras de Severus, la main de Severus accouplée à la sienne. Son visage, son expression terrible, sa voix qui semblait l'appeler, elle cligna des paupières pour garder la lumière.

Le Serpent s'enroula autour de la Lune pour la ramener à la raison,

Le Ciel devait jouer d'obstination pour voir vraiment la Terre,

N'exista dans cet instant que leur soutien mutuel, ils n'étaient qu'un.

Harry, inexorablement attiré par Snape dès son apparition, fut probablement le seul dans la salle à témoigner de leur rapprochement. Mais, à l'instar de l'infirmerie, la jalousie déforma la réalité ou plutôt transcenda sa vision et l'équivalant d'un citron vert fut pressé sur sa langue. Une haine viscérale envahit ses yeux couleur de l'émeraude et un nombre incalculable d'insanités et d'injures se propagea dans sa tête plus rapidement qu'un vif d'or lors d'une coupe du monde de Quidditch. Yenyeli à fleur de peau saisit au vol son aversion et réciproquement implanta son regard à deux couleurs dans le sien. Harry s'étrangla. Ce qu'il aperçut lui coupa l'herbe sous le pied et trancha dans le vif ses émotions. C'était sa mort qu'elle lui projetait, purement et simplement. Un missile nucléaire moldu proche d'être déclenché pour lui. Flippé, il courba l'échine et renonça.

- Yenyeli ? Yenyeli, regarde-moi.

Yenyeli, un instant déconnectée, tourna la tête à gauche et alpagua l'onyx de Severus.

- Petite lune idiote, la gronda-t-il doucement pour qu'elle seule puisse l'entendre. Redescends immédiatement sur terre ou je vais me fâcher. Tu m'as entendu ?

Yenyeli avait attentivement enregistré chaque syllabe, pour autant, elle ne réagit pas. Elle était fatiguée et avait continument envie de vomir, elle supplia la lune que le repas qui n'avait pas débuté soit déjà terminé.

Hélas, Dumbledore, juge d'un tribunal en folie, avait prévu des préliminaires.

Debout, son verre dans la main gauche, sa petite cuillère dans celle de droite, il réclama l'attention.

Cling, cling, cling chanta le cristal dans la salle.

Cling, cling, cling, tous les élèves firent silence.

Il toussota pour s'éclaircir la gorge et directorial, il déclara.

- Votre attention s'il vous plaît jeunes gens. Vos professeurs m'ont rapporté vos questions concernant la saison de Quidditch…

Stupéfaction totale.

Alors que tous imaginaient des explications au sujet de l'incident de la veille, des êtres magiques et de leur véritable forme, Dumbledore voulait discourir sur le... Quidditch ? Peut-être était-il temps d'étayer la rumeur répandue il y a des années et d'enfin reconnaître leur directeur comme fou allié.

- Pour être honnête avec vous, poursuivit celui-ci, indifférent. Je suis au regret de vous annoncer que cette année la saison de Quidditch n'aura pas lieu. J'ai…

Des cris d'indignation se répercutèrent. Les élèves protestaient, manifestaient véhéments leur désaccord, Dumbledore pour reprendre la parole haussa la voix.

»Un peu de calme, je vous prie… Comme je viens de vous le dire, le Quidditch est annulé. En contrepartie… EN CONTREPARTIE… répéta-t-il plus fort. De nouvelles mesures ont été votées. A compter de janvier, des rencontres se dérouleront tous les premiers et derniers samedis du mois. Des duels, durant lesquels tous les élèves pourront se mesurer les uns aux autres. Intellectuels ou physiques, chacun aura sa chance. Aucun âge minimum requis, toutes les classes sont concernées. Je dis bien toutes les classes sont concernées, avec effectif au complet.

Dumbledore avait le chic pour retourner une situation à son avantage. Dès le mot « duel », il capta définitivement l'attention, et les élèves qui avaient juste signé son aller simple pour Sainte Mangouste convinrent qu'il méritait un sursis. Que tout compte fait, leur directeur était assez intéressant dans sa folie.

»Ces rencontres offriront à chacun d'entre vous ici présents l'opportunité de prouver sa valeur. De se dévoiler entier et sans tenue d'apparat aux yeux du monde. Gardez l'esprit ouvert et mettez vos préjugés de côté.

- Ah bah tiens, murmura Ron à la dérobée. M'étonnais aussi qu'il ne nous fasse pas un sermon.

Hermione l'assomma mentalement si fort qu'il vira de bord pour ne pas affronter son regard noir de colère.

- J'entends vos murmures depuis hier soir, étaya Dumbledore égal. Je sais ce qui tourmente vos cœurs et embrument vos esprits et je conçois que vos questions soient légitimes. Toutefois, j'abhorre vos conclusions et votre comportement, je suis terriblement déçu. Vos professeurs et moi-même ne tolérons pas le spectacle que vous nous jouez ce soir. A vous dissocier les uns des autres et créer un vent de panique sur Poudlard. Votre méfiance vis-à-vis de la différence doit cesser immédiatement et là je m'adresse particulièrement aux élèves que j'ai vu grandir et en qui j'ai placé toute ma confiance. Vous avez fièrement et courageusement combattu Voldemort pour préserver vos libertés et asseoir votre droit à la vie alors montrez l'exemple et faîtes preuve de bon sens. N'altérez pas votre jugement sans avoir tous les éléments en mains. Des éléments que je vous apporterai moi-même en temps voulu. Hier n'était qu'un malencontreux accident, une erreur de ma part possiblement mais je vous garantis qu'il ne remet en rien en cause la vision du monde que vous devez avoir pour demain. Vous étiez heureux et curieux le jour de la rentrée, alors continuez d'apprécier vos voisins quel qu'ils soient et adorez apprendre à vous connaître. Les différences enrichissent le monde et font grandir dans la bonne direction alors ne permettez jamais à vos peurs de corrompre votre cœur. Tous, ici présents êtes exceptionnels mais vous êtes des privilégiés. Vous êtes les bâtisseurs du monde de demain aussi par Merlin ne reproduisez pas les erreurs du passé et voyez plus grand.

Que de morale dans la bouche du directeur. Telle la gifle d'un parent après une bêtise, il avait frappé fort et sec les mauvais élèves. La leçon fut apprise par l'ensemble de l'assemblée. Les consciences s'éveillèrent et il eut un revirement dans l'atmosphère. Parce que Dumbledore bien qu'excentrique et loufoque en son genre, était leur père spirituel. L'âme de Poudlard qu'en une seule journée, ils avaient déçu. Dont ils avaient bafoué les valeurs. La honte se coloria dans les regards et tacitement ils implorèrent son pardon.

- Voilà qui est mieux, les pardonna tout de suite le descendant de Merlin prescient de leurs bonnes intentions. Maintenant, pour changer de sujet et mettre du baume au cœur, j'ai une annonce à vous faire. Votre Professeur de défense contre les forces du mal, que certains auront noté absent ce soir, a enfin déniché l'assistant de son choix. Dès demain ils seront deux à vous enseigner cette matière que bon nombre d'entre vous affectionnent et préfèrent.

Severus, qui jusqu'ici n'avait pris aucun plaisir dans le blabla mielleux de Dumbledore, ne l'écoutant qu'à moitié, s'endormant quasiment, tiqua et se réveilla. Un assistant ? Pour Lupin ? Il sut d'avance qu'il allait le détester. Parce qu'en presque vingt ans d'enseignement, toutes les idées farfelues et les mesures entreprises par son mentor avaient maltraité sa patience et sa capacité d'adaptation. Plus durement qu'un écartèlement d'insurgés durant le moyen-âge. Il se méfia et au sourire condescendant que celui-ci lui adressa en coin, comme s'il l'incluait dans cette histoire, son corps le démangea. Il fut certain que ce communiqué balancé comme la 8ème merveille du monde allait battre des records.

Un pressentiment que partagea Yenyeli à sa droite. Dans un état proche de l'apoplexie et difficilement concentrée sur le présent, cette nouvelle lui provoqua un frisson de dégoût. Plus que Severus, elle fut tétanisée par ce qui allait forcément suivre. Elle avait joué de trop malchance depuis la veille pour se tromper sur l'identité de celui qui allait être désormais Professeur au même titre qu'elle.

Son cœur s'emballa, le sang dans son crâne s'épaissit et les pensées s'assombrirent.

- Par la lune, non, supplia-t-elle farouchement. Faîtes que je me trompe, faîtes que je me trompe.

Vaine fut sa prière.

Débonnaire et sans se douter du tourbillon en train de voltiger dans le cœur de l'assistante en Potions, Dumbledore, haut les cœurs, confirma ses pires craintes.

- Mais pour officialiser les choses et honorer équitablement tous le corps professoral désormais au complet, je vous prie d'accueillir les professeurs Remus Lupin et Sirius Black.

Les bras levés vers le ciel, il donna le signal de départ et dans l'instant deux têtes firent leur entrée par la porte centrale. Un tonnerre d'applaudissements éclata de la table des Griffondors. Harry en tête, fut rempli d'un litre de joie. Ni Remus, ni Sirius, n'avait ébruité l'information. Hermione plus discrètement fut charmée. C'était donc cela la chose « de ce soir » dont Remus avait gardé le secret. La surprise était totale et faisait un bien fou. Elle rafraichissait l'atmosphère et rendait ce monde plus supportable qu'au matin. Largement plus facile à vivre.

Une exaltation d'émotions positives qui fut à des années lumières de correspondre à l'âme de Yenyeli.

Tout se déroula au ralenti. L'appel de Black, le porte, l'entrée de Black, l'allée principale, la présence de Black, les hourras, l'arrivée de Black…

Ploc !

Ce fut la goutte de trop dans son vase aux mille couleurs, il se renversa et engloutit tout sur son passage. Elle oublia comment respirer.

Des souvenirs surgirent de son passé. Des images noires et rouges se succédèrent à une vitesse folle dans son crâne quand le présent défilait avec une lenteur presque figée. Elle observa sans vraiment voir l'ancien prisonnier vêtu de ses habits tous neufs, paradant fier et rieur vers la table des professeurs et en une fraction de seconde elle fut kidnappée par sa mémoire. Elle retourna sans défense des années en arrière, au jour tragique qui avait tatoué son âme à tout jamais du mot haine.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

23 Août 1982.

Il faisait beau et chaud. Le soleil trouait le ciel depuis le début de l'été, cuisant la terre, elle était sèche et craquelée. Et poussiéreuse dès le baiser d'une brise.

Yenyeli, huit ans et assise à l'ombre d'un arbre, étudiait avec application le manuel des Potions Niveaux 1. Tel Champollion sur le point de déchiffrer la Pierre de Rosette, elle plissait les yeux et s'impatientait d'en découvrir ses secrets. Parce que ce livre était un cadeau de son jeune professeur, Severus Snape (1), elle l'adorait. Elle butait encore sur les mots compliqués mais motivée, elle continuait. Orgueilleuse et décidée à rendre fier Serpentard, elle persévérait jour et nuit. Depuis bientôt un an qu'elle logeait au camp, Severus était son prof particulier. Il avait promis le jour de leur rencontre d'éduquer son esprit jusqu'alors égal à zéro. Entre ici et Poudlard, allers et retours, missions secrètes et dangereuses, rôle d'agent-double, directeur, professeur, il trouvait du temps pour elle. Quitte à se présenter épuisé. Vidé de ses forces au point de s'endormir parfois le nez au-dessus de son chaudron. Comme maintenant, où la tête lourde, Morphée l'exila pour un repos mérité et méritoire. Yenyeli referma son livre et l'observa. Elle souffla les flammes sous le chaudron avant de l'éloigner de son maître. Elle vérifia sa respiration puis s'en retourna paisiblement à sa lecture.

Malheureusement, le repos fut de courte durée.

Severus Snape était un homme torturé, accablé par tout un tas de mauvais souvenirs qui le hantaient. Des cauchemars perturbaient ses siestes fortuites et celle-ci ne fit pas exception. A la différence qu'elle fut beaucoup plus violente et dévastatrice que les autres. Il fut la victime d'un de ces cauchemars qui vous laissent presque sans vie tellement la peur domine l'esprit, terrifie. Vous savez ? ces cauchemars dans lesquels vous priez l'âme charitable quel qu'elle soit qu'elle vous délivre. Dans ce moment, Severus en était là. Il s'agitait, hurlait à demi-mot, il se débattait contre une forme invisible. Yenyeli laissa sur le champ tomber son précieux livre pour lui porter secours. Le sortir de l'horreur illusoire qui tenaillait son âme jusqu'à la mort - parce que si l'âme imaginait la mort, ça en serait fini -. Mais, sitôt entré en contact avec lui, son esprit fut catapulté dans le sien. Coupé le souffle, arrêté l'organe de vie, elle plongea mentalement au cœur de son cauchemar et comme si c'était le sien, elle vit et ressentit à l'identique ses émotions. Un supplice cruel pour son regard d'enfant, une intolérable souffrance pour son corps empathique.

Pourtant, au jour de leur rencontre, elle avait su.

Elle avait vu avec sa magie le mal-être permanant de ce jeune homme pas ordinaire. Une seule couleur pour le peindre : noir. Elle avait ressenti sa peine. Elle avait compris qu'à sa place la plupart des Hommes auraient déjà abandonné la vie, las de se débattre en vain. Terré dans son cœur, l'ancien Mangemort avait perdu son âme de vie. Au quotidien, il portait un masque d'indifférence. Derrière une fortification haute jusqu'au ciel il cachait ses émotions, celles courtisées, celles récusées. Oui, dépassant ses barrières physiques et mentales et capable de lire dans le cœur depuis le jour de sa naissance, Yenyeli avait tout décrypté de l'apparente sévérité de Severus Snape.

Mais, ce ne fut en rien comparable à l'exhumation de ce cauchemar en trois dimensions.

Tristesse, douleur, colère, haine, honte, douleur encore, c'est une mer de couleurs vives et dépressives qui l'envoya à la dérive. Elle découvrit une école du nom de Poudlard et un Severus adolescent. Chétif et maigrichon, on le brimait dans les couloirs, on le méprisait au réfectoire et on l'humiliait devant tout le monde en plein milieu du parc. En particulier, un groupe arrogant de Griffondor, les maraudeurs. Harcelé, Severus était à bout. Renfermé sur lui-même, il aspirait secrètement à la tranquillité. Et regrettait amèrement d'avoir un jour songé que cette école au mille promesses était la solution. Au bout du compte il réalisait que ses espoirs en demain n'existaient pas, si ce n'était dans un livre appelé Utopia. La rancœur s'empara de son cœur et il organisa sa revanche face à ces prétentieux Rouge et Or qui avaient fait de lui leur victime. Il en avait marre d'être faible et bousculé chaque jour, et mal inspiré par Salazar, persuadé de détenir le fil vert de son ultime vengeance, obnubilé de les faire payer, il mit au point une action pour les contrecarrer. Hélas pour son audace, il fut contré. Yenyeli témoin de ce souvenir eut beau hurler pour le prévenir, c'était trop tard. Il fut déjoué avant le cri de la victoire par le pire des trois énergumènes, Sirius Black. Severus vit sa mort arriver. Une bête déchainée, un loup-garou de trois mètres de haut fit de lui sa proie et l'attaqua. Positionné par-dessus lui, il le lacéra, le déchiqueta et le corps frêle et sans défense, Severus fut recouvert de rouge. Yenyeli en larmes, cria à l'aide, s'époumona pour que quelqu'un les arrête, mais l'aide entailla à jamais le cœur du jeune homme. Parce que si le loup l'épargna à la dernière seconde ce ne fut que par l'intervention inopinée et illuminée du chef de meute. Le sacré saint James Potter, son pire ennemi. Cela en fut terminé de l'âme innocente de Severus Snape. Après ce combat, ne resta sur son visage détruit qu'un puits d'encre noir vide et sans vie. Yenyeli observatrice se révolta et sa magie se libéra. Le rouge sang écoulé du corps de Severus devint son propre cauchemar. Incontrôlable, elle s'appropria ses pensées, ses sentiments, ses envies dans l'espoir vain et inutile que cet adolescent en cris et en larmes en train de mourir dans cette cabane pourrie soit sauvé et consolé. Dans le vœu insensé et impossible d'alléger la souffrance de cet oublié du reste du monde.

D'autant que l'âme adulte de Severus continuait d'être prisonnière des chaînes du passé et que peu à peu il sombrait dans les ténèbres. Aussi, elle prit tout, absorba tout, quitte à se noyer seule dans cette obscurité et essuyer cet ignoble spectre pour l'éternité. A cet instant, elle ne craignait pas de se sacrifier pour lui.

Un acte suffisamment fou pour déloger le professeur de potions de sa torpeur. Occlumens expert, il repéra finalement Yenyeli là où elle n'aurait pas dû avoir sa place, dans son âme, dans son cœur. Il assimila leur connexion et comprenant que la situation était en train de dégénérer, il ordonna à son corps de se réveiller. Exorcisant du même coup sa jeune protégée qui pour lui avait mis sa vie en danger.

Tous les deux à bout de souffle en rouvrant les yeux, il leur fallut plusieurs secondes pour affirmer leur retour à la réalité. Severus le premier fixa le monde. Il distingua son chaudron, le livre de potions, l'arbre, le soleil sur le point de se coucher et… Yenyeli. Il se figea, mis sur pause par deux rubis trempés. Yenyeli pleurait à chaudes larmes, à genoux sur la terre. Sans aucune explication, il sut qu'elles lui étaient destinées. Pire, ces larmes étaient le résultat de sa tristesse à lui et non la sienne à elle. Empathique, elle avait avalé ses émotions et maintenant son corps s'exprimait. Rejetait ce trop-plein de souffrance. Profondément touché, Severus n'hésita pas et l'attira contre lui. Bien qu'effrayé qu'une si jeune enfant parvienne à s'immiscer si profondément dans son esprit, aucun reproche ne vibra dans sa voix. Parce que ces larmes n'existaient que pour lui. Lui seul, il était l'unique.

Yenyeli transie contre lui était anéantie. Comment des Hommes pouvaient-ils se montrer si cruels avec les plus faibles, cela la dépassait. Severus ne lui avait appris aucun mot assez fort pour décrire cette horreur, elle le serra plus fort. Avant d'être bousculée par une idée tordue. Elle s'écarta et le regarda droit dans les yeux. Elle lui demanda implicitement son accord mais osa l'aventure avant d'avoir eu la réponse. Doucement, lentement elle leva les mains dans sa direction et se posa sur le col moitié ouvert de sa chemise. Elle patienta, une seconde, deux secondes quand constatant que d'un miracle surprenant il ne la repoussait pas, elle le déshabilla. Un bouton après l'autre, jusqu'au dernier. Ceci fait, elle écarta les deux pans du tissu et comme elle l'avait présagé, l'horrible cauchemar du passé marquait à jamais la réalité. Des cicatrices, partout des cicatrices sur le torse nu de Severus. Avec innocence, elle les toucha, serpenta sur chacune d'elle pour imprimer du bout des doigts leur forme et leur couleur. Elle aurait tant voulu les faire disparaître mais impossible d'effacer les stigmates faîtes par un loup-garou, c'était la première chose que le lui avait enseigné Severus. Désarmée physiquement et moralement, et le visage continuellement défiguré par des larmes qui ne lui appartenaient pas, elle s'effondra dans ses bras, la tête posée sur son cœur. Les deux mains à plat sur sa peau scarifiée comme en position de prière et la voix étouffée, elle répéta plusieurs fois et de plus en plus fort :

- Je le déteste…. je le déteste. Je le déteste... déteste, déteste, déteste… DETESTE ! DETESSSSSSTE !

Severus, ferma les yeux en direction du ciel.

Je le déteste. Comment rester indifférent devant cette litanie de mots qui étaient les siens en 6ème année. Ils les avaient répétés un nombre incalculable de fois en secret. L'émotion le gagna. Yenyeli avec sa maladresse, sa méconnaissance du monde et des gens, avec cette incroyable confiance qu'elle avait placée entre ses mains, sans rien demander en retour, pleurait et s'écriait en pleine lumière. Crachait à voix haute tout le venin qu'il avait cumulé des années durant. Il consolida leur étreinte. Avec ses bras trop maigres et son corps d'enfant qui refusait de grandir, il l'entoura de toute la chaleur dont il était capable. Les larmes qui mouillaient son corps lui procura la force de mille sorciers dans cet instant et de même qu'il s'efforçait de la consoler, il fut consolé à son tour. Son cœur fut purifié, comme si chaque plaie avait enfin terminé de se cicatriser. Yenyeli l'avait guéri.

- Déteste, déteste, déteste…

Enlacée, bercée par l'étincelle protectrice du Serpentard, le cœur de Yenyeli aussi blanc qu'une page vierge fut gravé du mot Haine. Une haine personnifiée par Sirius Black. Qu'un jour son chemin croise cet homme et il en serait terminé de son existence. Pas de pardon pour Sirius Black, pas de repos pour l'assassin. Il avait brisé Severus, il avait blessé Severus, que le ciel témoigne, jamais elle ne pardonnerait.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Yenyeli suffoquait. Sa chaise grinçait sous l'effervescence de sa rancœur. Sirius Black faisait son fanfaron dans la salle, il saluait les applaudissements de ses pairs, il jubilait, sautillait avec une immodestie abjecte… il respirait. Yenyeli à mesure qu'il s'approchait, reculait mentalement et elle buta du pied le bord du précipice. Un précipice qui vira à 180°, le haut devint bas, le bas devint haut. Au pied de la montagne, l'avalanche menaçait de l'ensevelir de cette nature imprévisible et invincible qui s'abat parfois sur la terre et assène un noir de deuil ineffaçable.

Bienheureusement, la Terre n'avait pas l'intention de permettre au Ciel sa dépression. Soutien indestructible il gageait de se transformer en Atlas pour porter sur ses épaules la chute du Ciel.

Severus, attentif aux fluctuations de son assistante, heurta son compte à rebours. Sa déflagration imminente. Il percuta l'altération agitatrice et folle dans son cœur. Il posa son regard noir sur son profil arrondi et comprit. Elle disparaissait dans son monde en douleurs. Sur le point de quitter psychologiquement son appartenance à l'existence, elle oubliait comment vivre. Survivre. Réactif, il l'intercepta. Sa main dans la sienne, serrée ferme jusqu'à la douleur physique, il relia leurs deux âmes. Que Salazar soit béni. Yenyeli, palpa directement son feu doux de gardien. Captant son soutien, elle essaya de modérer ses maux. Elle astreint sa magie à se taire, refoulant l'apnée qui la paralysait depuis plusieurs minutes, et au prix d'un effort affreux et éprouvant, elle respira. La première bouffée lui brûla la trachée pire que le feu d'un dragon, elle toussa, crachota, Severus lui frictionna le dos pour la décontracter et aider ses poumons à se remplir d'oxygène. C'était difficile, son corps luttait contre la vie, mais plus difficile fut de contenir sa colère envers celui qui était l'instigateur de cette soirée minable. Les lèvres s'articulèrent et les mots récriminatoires qui se bousculaient dans son esprit furent libérés.

- Hypocrite et coupable, comment osez-vous jouer les médiateurs du monde en invitant cet homme à votre table ?

- Yenyeli…

- Comment osez-vous ! doubla-t-elle son accusation envers Dumbledore.

- Yenyeli… s'il te plaît... calme-toi.

- Non ! Severus, non ! refusa-t-elle la voix cassée par l'émotion et en feu. Elle lâcha la main secourable.

»Comment pouvez-vous témoigner tant de conciliation envers cette être innommable, cet assassin, et condamner Severus à perpétuité, vous n'avez pas le droit.

Elle vitupérait, désapprobatrice et la face de la lune sur le point de prendre possession de son corps. Dumbledore, accusé par trois fois, s'exposa. Bleu ciel contre rouge sang, il aperçut le désarroi dessiné sur le visage de l'assistante en potions et aussitôt son sourire s'évapora. Sans fléchir ou intervenir, il encaissa. Un silence qui excita le Dragon, Yenyeli recommença à manquer d'oxygène. Elle avait chaud dans son corps, chaud dans sa tête, sa magie refusait de lui obéir et ses voix mesquines chantonnaient leur refrain. Ajouté que les hurlements dans la salle ne cessèrent que pour l'achever avec un poison incurable. Sirius Black grimpait l'estrade, avec sa nonchalance et ses faux airs de héros. Les professeurs se levèrent pour lui serrer la main, il les en remercia. Severus, imperceptiblement se retrancha, ce fut suffisant pour qu'elle ouvre la porte mentale à son Dragon. Elle se prépara à l'attaquer lorsqu'au milieu des couleurs criardes, une nuance surprenante l'anima. Intriguée, elle s'y cramponna, l'étudia et remonta à la source. Stupéfaxion totale, c'était une couleur appartenant à Dumbledore, elle le regarda. Alors flasha leur récent passé et elle comprit, aussi claire que de l'eau de roche.

Ce fut la fin.

Sans plus se préoccuper des on-dit futurs, elle força sur ses jambes qu'elle raidit au maximum-gênée qu'elle était de leur tremblotante faiblesse-, et fatiguée des jeux macabres du directeur, elle dénonça.

- C'est donc pour avoir bonne conscience que vous l'avez engagé !

Dumbledore pâlit.

»Votre miroir est donc si irregardable le matin que vous avez manigancé cette folie. Dans l'espoir insensé que peut-être votre reflet serait plus supportable demain ? Répondez-moi !

- Il suffit, la réprimanda Severus autoritaire.

- Tu le défends ? s'indigna-t-elle amère en reculant d'un pas. Mais bien sûr que tu le défends, je suis stupide. Pourquoi suis-je encore étonnée ? tu l'as toujours défendu. Encore et encore, et toujours, jusqu'au bout. Même, quand il réclamait ta mort, qu'il te suppliait de le tuer, tu lui restais fidèle. Et, aujourd'hui… Soyez maudit Dumbledore, abjura-t-elle écœurée des humains. Maudit soit votre ascendance sur tout.

L'envie de meurtre se lisait dans son regard. L'obscurité ombrait les traits de son visage, sa bouche se durcit avant de s'étirer vers le haut. Le dragon déployait ses ailes dans l'ombre de la lune, mais par égard pour Severus son ancre sur terre, elle se saborda. Epuisée, vidée, elle repoussa sans conviction sa chaise en arrière. Il assura l'équilibre précaire de ses jambes sur le point de rompre et toisa une dernière fois le descendant de Merlin.

- Vous avez tort de croire en demain. Jamais vous ne réussirez à tirer le mauvais sang coupable qui s'écoule dans vos veines. Ce reflet qui vous donne tant de mal au réveil, finira par vous réduire à néant. Chaque jour il vous consume, vous bouffe de l'intérieur comme un ver solitaire qui se nourrit de vos entrailles. Votre âme de vie je le vois fond comme neige au soleil. Et bientôt, votre miroir ne reflètera que vos restes en décomposition. Et adieu l'image d'hier et d'aujourd'hui et l'espoir de demain. Acceptez-le parce que c'est irrévocable. Et croyez-moi sur parole je sais de quoi je parle. Quant à hier, ce n'était pas un accident, n'en déplaisent à vos grands pouvoirs et tous vos espoirs de croire le contraire. Aladiah a certes perdu le contrôle mais une personne bien avisée l'a aidé. Quelqu'un a souhaité sa transformation. Je n'ai pas vu son visage aussi j'ignore son identité, mais d'un conseil amical ou allié, prenez garde ! Une personne désapprouve vos nouvelles mesures et agit dans l'ombre pour vous contrer. Le danger de vos élèves ou leur mort lui est aussi précieuse qu'un tas de boue au milieu du marécage. Sur ce, termina-t-elle aphone et à bout de souffle. Excusez-moi mais j'ai la nausée, vous me dégoûtez. J'aspire aussi à vous tuer mais cela ferait désordre ce soir et je suis fatiguée.

Sa voix presque morte, elle s'éloigna, indifférente à la main que Severus instinctivement lui présenta pour la retenir. Pressée, elle bloqua pour quelques minutes toutes ses voix et chassa le Dragon. Sans un regard en arrière, elle s'évada de cette prison et accéléra. Elle avait atteint ses limites. Pour de bon, elle allait perdre, elle le savait. Ce matin n'avait été que le début de sa chute, ce soir, elle touchait le fond.

- Hey, Snivelus, prit la parole Sirius après son départ. Dis-moi un peu, tu lui prescris quel genre de potions à ton assistante pour qu'elle soit si montée sur ressors ? Sincèrement, c'est pas donné à tout le monde d'être aussi antipathique. Et puis, c'était quoi cette tirade à la d'Artagnan ? Vous prenez un décodeur pour vous parler, non parce que tout à fait entre nous, j'ai pas compris un traitre mot si ce n'est qu'elle avait la nausée. C'est ta présence qui l'a rendue malade ? j'ai noté comment elle s'est dérobée de ton geste à la fin, même ton assistante est allergique au gras snivelus tu dois avoir envie de pleurer.

- Sirius ! sermonna Remus dans son dos mais c'était trop tard. Le mal était fait et en un quart de seconde Severus était sur lui, le renversant brutalement sur la table des professeurs en position de soumis.

- Passe ton chemin Black, prononça-t-il le plus calmement du monde. Ignore mon existence et la sienne et rassemble la masse atrophiée qui gît dans ton crâne pour faire ce que tu sais faire de mieux, c'est-à-dire parasiter le monde qui t'entoure.

- Severus s'il te plaît relâche-le, demanda Remus inquiet.

Mais Severus l'avait déjà relâché et oublié. Un signal d'alarme retentissait dans sa tête depuis le départ de Yenyeli et il n'aimait pas cela. La dernière fois qu'il l'avait vue dans un état aussi déplorable, son cœur avait tout simplement cessé de battre et la chance uniquement lui avait permis de la ressusciter. Anxieux, il quitta l'estrade mais n'eut pas le temps d'arriver à la porte. Parce que le ciel lui donnait raison, les murs sous la pression d'une magie puissante et dévastatrice se mirent à trembler.

- Non, refusa-t-il d'y croire.

- C'est quoi ça encore ? protesta Sirius véhément. Secoué par l'onde de choc, il avait loupé l'atterrissage sur sa chaise pour toucher le sol sur son séant.

- Dumbledore, se retourna le professeur de Potions tenant soudain le rôle de commandant. Appelez Pomfrey. Tout de suite. Et, qu'elle n'oublie pas d'emporter ma potion rappelle-vie. Elle se meurt Dumbledore.

Et là-dessus, il sortit.

- Minerva, apostropha le directeur debout et lucide du sérieux alarmant de la situation. Faites sortir les élèves dans le calme, qu'ils rejoignent leurs dortoirs. Remus, Sirius, Molly, je compte sur vous pour l'épauler.

- Albus, que se passe-t-il, s'inquiéta la sous-directrice au garde à vous mais l'esprit tourmenté. Et cette potion, qui a besoin…

- S'il vous plaît Minerva, faites ce que je vous demande, l'interrompit-il de cette voix qui n'autorisait aucune objection. Les questions, plus tard. Filius, Madame Maxime, j'ai besoin de votre aide. Il faut créer un champ de force pour contenir cette déferlante de magie, suivez-moi.

Les deux professeurs obéirent sans discuter, emboîtant immédiatement le pas du Maître du château.

- Pomona quant à vous, précisa-t-il avant de disparaître. Veuillez avoir la gentillesse de rallier Poppy. Ordonnez-lui gentiment de se munir d'une potion rappelle-vie. Nous serons dansl'un des couloirs jouxtés de l'autre côté de ces murs et maintenant dépêchez-vous, la vie de l'assistante en Potions en dépend.

Il s'éclipsa, parfaitement confiant que tous les professeurs bien que dans le brouillard se conformeraient à chacune de ses recommandations.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Severus était blanc comme un linge.

Yenyeli, face contre terre, gisait dans une mare de sang pendant que sa magie affranchie de ses chaines se répercutait dans toutes les directions.

- Yenyeli, prénomma-t-il d'une voix désincarnée.

Il entra dans son périmètre, invulnérable à sa magie. Genoux à terre, la cape noire noyée dans une eau rouge, il la retourna et tangua. Son corps était plus froid qu'un glaçon dans un congélateur moldu.

- Yenyeli…

Ses paupières étaient closes, ses lèvres violacées et la transparence de sa peau laissait entrevoir des veines bleuies.

-Yenyeli s'il te plaît réveille-toi.

Aucune réponse, il modifia son entreprise. Une main aplanie sur son organe de vie et l'oreille collée contre sa bouche, l'impassible Serpentard se liquéfia. Son propre cœur se brisa en constatant que rien ne venait battre contre ses doigts, ni qu'aucune brise ne venait chatouiller ses tympans.

Plus de cœur, plus de souffle, Yenyeli était médicalement morte.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Les élèves paniquaient. Le professeur McGonagall, sage et soutenue par quelques confrères se montra efficace et digne de son titre. Elle orchestra leur départ avec des gestes habiles et appris des plus grands maestros.

- Je vous invite à regagner tranquillement vos dortoirs, dirigea-t-elle sans élever la voix.

- Que se passe-t-il Professeur ? l'interrogea Harry aussi habituellement curieux que ses prédécesseurs Griffondors.

- Rien qui ne vaille votre attention Mr. Potter, le découragea-t-elle un brin soupçonneux. Ni qui ne soit de vos compétences. Ecoutez les directives de votre préfet et n'allez surtout pas vous mêler de ce qui ne vous regarde pas, est-ce entendu ? Allez, allez, jeunes gens on se dépêche. Pas de bavardages inutile Mr. Thomas ou je vous retire des points.

- Mais…

- Pas de « mais ». Mettez-vous en rang avec les autres et avancez en silence.

Il obéit, de même que Harry, de même que les autres. Excepté un.

- Sacha ! chercha Hermione inquiète de ne pas le compter parmi les élèves de sa file.

Une petite main s'accrocha à la sienne, elle sursauta, avant de réaliser que c'était le jeune Aladiah. Il l'entraina à contre-courant dans la grande salle et elle aperçut le géant au bout de la table des Griffondors. Il se tenait la tête à deux mains et la secouait de tous les côtés comme si quelque chose perturbait ses pensées.

- Sacha ! héla-t-elle pour le hâter.

Mais, Sacha ne l'écouta pas. Depuis des heures il avait l'impression qu'un essaim d'abeilles bourdonnait dans sa tête. Qu'un millier d'insectes fourmillait à ses oreilles. Il avait la migraine et n'arrivait plus à penser par lui-même lorsque finalement il éclata. Comme à la mort de son ami Misti, il entra en transe. Un halo de lumière blanc et aveuglant se concentra autour de lui et avant que qui que ce soit ne puisse réagir, il déferla, tel l'effet de souffle après une explosion.

Dans l'enceinte du château, deux âmes torturées luttaient pour survivre.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

- Severus…

- Mmh…

- Je me demandais… Comment penses-tu que se sent la lune quand le soleil se lève ?

- En voilà une drôle de question, où veux-tu en venir ?

- Et bien… la lune est indissociable du soleil, n'est-il pas ? La lune n'existe à nos yeux que grâce aux rayons de l'astre de lumière qui se réfléchissent sur la terre, aussi je me demandais : que ressent-elle quand son soleil disparaît ?

- …

- Personnellement, je pense qu'elle est terriblement triste et seule et que c'est pour cette raison que nous la trouvons si belle la nuit. Heureuse et nostalgique à la fois… Elle rit, elle pleure en sachant pertinemment que cette fusion avec son soleil se terminera au lever du jour… Et qu'alors, elle redeviendra invisible… à nouveau, abandonnée…

- …

- Severus…

- Oui…

- Que se passera-t-il pour la lune le jour où son si précieux soleil disparaîtra à jamais… A jamais dans cette éternité…

La prophétie écrit pour le Soleil et la Lune, qu'ils sont deux astres voués à disparaître. Deux ombres à part entière qui n'osent pas se dire les choses et qui ignorent avoir un cœur dans l'univers. Parce que le passé a entaillé la chair, a maltraité l'enfant innocent, subsiste maintenant un ressentiment hostile qui fait tout voir en noir. Comment le Ciel pourrait aimer la Terre après l'avoir abandonnée ? Comment la Terre pourrait rêver d'un Ciel dont le bleu a décoloré en rouge ? Parce que le cœur voit au-delà et qu'il pardonne celui qu'il aime. Les étoiles savent et croient profondément en la Terre et le Ciel. Le Dragon se meurt mais il n'est pas trop tard. Au Serpent de mordre la Lune pour la forcer à revenir dans la lumière. Le Soleil brille sur la Lune, la Terre observe le Ciel,

La Terre a décidé de prendre entre ses bras, une étoile rouge tombée du Ciel.

(1)Severus en toute logique a 22ans.