Coucou tout le monde !

Et oui, je suis vivante et de retour après euh… des années ? Mille pardons. Pour combien de temps ? Hum, au moins ce chapitre aujourd'hui.^^
On vit une drôle de période en ce moment, partout dans le monde un sale truc nous oblige à rester enfermés. La lecture je ne vous l'apprends pas est une vraie bouffée d'oxygène et échappatoire. Il s'avère que l'écriture a aussi ce pouvoir, mais encore faut-il avoir l'envie XD J'ai eu l'envie, très tard mais me voilà. Enthousiaste et je dirais heureuse d'avoir pu sortir ce gros morceau.

N'y voyez rien de présomptueux de ma part mais j'aime cette histoire. J'aime la Hermione quand je l'écris. Remus que j'affectionnais déjà beaucoup. Sirius évidemment que je ne ménage pas. Puis, tous les personnages sortis tout droit de mon imagination. Par contre, je commence à détester Severus et ça c'est tout nouveau. Mah, Harry continue de me taper sur les nerfs, alors l'honneur est sauf ! Tout ça pour vous dire que comme précisé dans mon profil, jamais je n'abandonnerai mes fanfics. Alors, pardon d'avance si vous trouvez que je ne vais pas assez vite, en espérant que vous garderez une toute petite place pour cette histoire. Bienvenue aux nouveaux lecteurs et merci aux anciens, j'espère ne pas vous décevoir.

Prenez soin de vous et de vos proches en cette période difficile. Je ne vous embête pas plus, promis. Bonne lecture !


Chapitre 15 : Battements de cœur dans les Ténèbres

« On vient au monde en cris et en sang. Rouge ou d'une autre couleur, c'est par le sang qu'on scelle la vie. C'est par le cri qu'on fait valoir qu'on est en vie. Une contradiction car si l'on voit du sang et qu'on entend un cri au milieu de nulle part c'est l'image de la mort qui prend automatiquement forme dans notre esprit. Sève et Venin à la fois, le sang est une étrange dualité qui a le pouvoir de vie et de mort mais aussi de mémoire. Je le sais, je le ressens. A travers moi s'écoulent ma vie mais aussi celles de milliers de morts qui transportent avec eux leurs souvenirs funestes qu'ils refusent d'abandonner de peur d'être oubliés. Beaucoup de gens l'ignorent mais quand un être naît, un autre exactement au même moment expire son dernier souffle. Le cycle de la vie est ainsi fait. La fin et le début sont intimement liés, ils se touchent au même point. On pourrait croire que des milliers de cercles circulent de par le monde, sauf qu'ils suivent le courant d'un Fleuve unique qui a la forme d'un grand disque et la couleur du sang. En réalité c'est sa faute s'il l'on tourne en rond telle une valse de Viennes. Comme il est responsable des cris qui me parviennent et du noir qui surgit par-dessus ma lumière. Parce que lui et moi sommes connectés, que mon pouvoir, mes racines se nourrissent de son rouge je vois et je perçois tous les cercles, partout, tout le temps. Oh, je n'ai aucune prescience sur l'avenir encore heureux, mais le passé par contre, ainsi que le présent voyagent dans mon corps aussi vite qu'un éclair de feu. Mais mon corps est fragile et mon esprit trop exigu pour contenir aisément ces voix qui crient à l'aide alors des fois elles s'échappent sans que je n'ai plus mon mot à dire. Normalement à force de travail et de par ma nature j'aurais dû contrôler, d'ailleurs pendant un temps j'étais Maîtresse de tout mais j'ai sacrifié une partie de moi pour te sauver et l'équilibre a été brisé. Le balance penche du mauvais côté quand le monde aussi dangereux qu'hier se déchaîne tel un tremblement de terre.

Severus, ce soir-là, le fleuve a débordé et tout s'est mélangé. Le sang a coulé et les ténèbres ont franchi les frontières. A terme, je ne pense pas m'en sortir. Un jour tout sera noir autour de moi et toi-même tu ne seras plus là. Ma voix aura disparu et ne restera que les cris déchirants des macchabés qui ne trouvent plus leur chemin. Les cris résonnent, les larmes tombent, l'obscurité mange le ciel. Bientôt, même la lune ne reflétera plus le soleil. Pourtant, tu m'obliges à y croire, tu continues de percer un trou dans les ténèbres. Tu forces mon sang à regagner mes veines et tu me remplis d'oxygène. Inconsciemment tu cries pour moi, plus fort que toutes les voix et tu stimules mon existence. Tu as poussé mon premier cri quand mes lèvres n'articulaient que le silence.

Tu es mon cri. »


Dans un couloir égaré du château, au milieu d'une mare de sang, Severus luttait sur le corps inerte de son assistante. La peur au ventre, l'esprit obnubilé d'une pierre tombale en forme de lune.

- Respire ! implora-t-il en expirant une nouvelle fois entre ses lèvres. Respire…

Une prière désespérée car la lune décroissante dans le ciel ne supportait plus la douleur imposée par les êtres sur terre et son âme par défaut repoussait l'oxygène. Yenyeli, épuisée émotionnellement et mutilée physiquement par des voix qu'elle ne contrôlait plus, signait sa reddition dans l'espoir d'entendre enfin le silence. Une fin désapprouvée par Severus. Incapable en cet instant d'imaginer demain en sachant pertinemment qu'il manquerait son visage dans le ciel, il ferraillait pour eux deux, transformant sa baguette en épée de lumière capable d'insuffler la vie. Une décharge, deux décharges, trois décharges… sa baguette magique choquait électriquement le cœur de Yenyeli avant de lui souffler tout l'air possible dans les poumons.

- Respire ! réclama-t-il encore, commotionné par des lèvres aussi froides que la mort et l'idée qu'il pourrait échouer. Mais qu'est-ce qu'ils fichent ! s'énerva-t-il en direction d'un couloir vide du moindre soutien médical. Personne en vue depuis des minutes parues des heures, seule la lune visible dans le ciel et filtrant dans l'une des fenêtres cathédrales en face régulait son impatience.

- Mais c'est ta faute ! grogna une voix inamicale. Une ombre de loup miroita dans le sang du couloir, une ombre que seul le ciel pouvait voir. Sale serpent à sonnette qui siffle à tort et à travers et crache sur tous ses congénères. La Lune n'est pas pourvue de filtre anti-venin même si elle t'affirme le contraire. Elle s'empoisonne à cause de toi alors agis comme un prof de Potions pour une fois et guéris-la ! Snape, tire le mauvais sang qui coule en elle ou notre étoile va se fondre à jamais dans le ciel.

Snape n'entendit rien de l'accusation fomentée contre lui mais inconsciemment il frissonna et dans son esprit apparut une étoile en train de faire son dernier voyage.

Montre en main, il compta les secondes accordées à Yenyeli avant l'impossible retour. Tic, tac… un, deux, trois… bientôt, il ne pourrait plus rien.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Pour ne rien arranger, une deuxième âme en peine cherchait la porte de lumière. Dans la grande salle du château, Sacha, abruti par un mal de crâne abominable et des pensées qui ne lui appartenaient pas, n'avait plus de contrôle sur sa magie. Or, celle-ci par instinct se répandait tout alentour, créant un bouclier entre lui et les autres mais aussi une arme redoutable qui menaçait tout être ayant l'imprudence d'approcher. La panique au-delà, les élèves courraient dans tous les sens, au détriment du calme exigé par Dumbledore avant son départ. Les professeurs encore présents avaient de leur côté bien du mal à ne pas afficher grise mine et angoisse face à cette nouvelle situation. Confrontée à une magie rarement étudiée, ils ignoraient pour la plupart comment réagir et faire que Sacha retrouve la maîtrise de lui-même. Deux groupes se formèrent naturellement : l'un assigné à l'évacuation des élèves et à leur sécurité, l'autre exclusivement consacré à Sacha. Le plan était d'encadrer le géant et d'au même moment lancer un sort de confinement pour étouffer sa magie, sauf qu'une personne manquait à l'appel.

- Sirius, interpela Remus le bras levé en signe de défense tandis que des ondes magiques fusaient à droite et à gauche, lui égratignant le visage au passage et que les autres professeurs attendaient. Sirius, nous avons besoin de toi, maintenant.

A un mètre, Sirius ne bougeait pas, indifférent de la crise légèrement apocalyptique déroulée autour de lui. Le regard magnétisé sur la porte du fond d'où était sortis précipitamment Snape et son assistante avant lui, il était perturbé d'autre chose. Il se remémorait la dernière scène avant que tout ne bascule. Recollant peu à peu les pièces du puzzle, il devina que les vibrations destructrices véhiculées à travers les murs provenaient d'elle.

- Sirius ! répéta Remus impatient.

Peine perdue, l'animagus sourd à l'appel ne réagit que pour quitter la salle, pistant une cape noire antipathique qui devait suivre une assistante tout aussi antipathique mais intrigante.

- Mais où va-t-il ? s'étonna le Professeur McGonagall contrariée de le voir rompre leur groupe quand tous les autres étaient en place.

- Je l'ignore, répondit Remus en baissant la tête pour s'excuser. En réalité, il avait bien une petite idée mais sur l'instant il préféra s'en défaire pour rester concentré à leur plus gros problème. Il regarda Sacha et ajouta.

- Nous devrons faire sans lui.

- Compenser voulez-vous dire, critiqua sèchement la sous directrice en imitant les gestes de son collègue. Quand tous ensemble nous aurions déjà eu du mal, nous voici privés d'une tête supplémentaire. Espérons que mes vieux os me portent plus fortement que je m'estime dernièrement.

- Hélas, nous en sommes tous là ma Chère Minerva, s'interposa le Professeur Berry instable sur sa vieille canne et qui avait toutes les peines du monde à rester debout tout en tenant sa baguette en direction du géant incontrôlable. Ses petites jambes tremblantes manquaient de se briser. Alors haut les cœurs et ramenons ce brave garçon parmi nous.

Et il lança la première salve, suivie des autres. Unanimes ils laissèrent leur magie opérer, focalisant leur esprit sur le sort sur lequel il s'étaient mis d'accord. Cela allait leur prendre un peu de temps.

Plus loin, certains élèves engaillardis par leur courage, leur indécrottable curiosité ou l'assurance gagnée durant la guerre, refusaient d'abandonner la place, prêts à combattre et défendre leurs camarades.

- Laissez-nous faire Professeur Pandragon, prit la parole un Serdaigle de 3ème année, Tomy Tisseland dit Titi qui avait la bravoure un peu folle depuis qu'il avait vu plusieurs de ses amis se faire tuer par des mangemorts l'année passée.

- Voyons Tomy, le modéra Arthur Pandragon mielleux et aussi théâtral qu'à l'ordinaire, le visage éveillé comme d'habitude de son sourire de Roméo et les cheveux bizarrement dans le vent –même dans une pièce fermée et sans vent.

» N'allez pas risquer d'enlaidir ce joli minois si apprécié des demoiselles. Que ne serait votre avenir si une vilaine cicatrice défigurait votre visage d'ange, ajouta-t-il en lui caressant très tendrement la joue. Il lui replaça ensuite l'une de ses boucles blondes derrière l'oreille.

- Allez ! retournez paisiblement dans votre dortoir et laissez les forces brutes et émaciées faire leur travail.

- Mais, essaya de résister mollement Titi. Son regard marron était hypnotisé par celui très bleu du professeur, ainsi que par ses gestes maternels qui lui donnaient l'impression d'avoir de la fièvre.

- Pas de mais Mr. Tisseland, bannit l'adulte sérieusement. Ou je vous garde pour les sales besognes lors du prochain cours. Nettoyer l'enclos des hippogriffes vous plairait-il ? Non ? Bien, alors obéissez et filez par la grande porte.

Son élève enfin apprivoisé il le retourna gentiment, ainsi que ses copains, avant de les pousser vers la sortie, pressé lui-même de quitter les lieux. Il n'était pas envieux d'être blessé pour un garçon étrange à priori toqué et qui n'avait aucun pouvoir de séduction selon ses critères personnels. Oui Pandragon n'estimait pas beaucoup Sacha. Il examina encore la salle pour vérifier que les élèves s'alignaient selon ses directives quand Mimi Geignard traversa son corps pour lui montrer un groupe pas très coordonné deux rangs plus loin.

- Miss Granger ? appela-t-il dès qu'il eut reconnu celle jugée aussi attrayante que Sacha mais qui méritait tout de même des points supplémentaires parce qu'elle était une femme. Toujours se montrer avenant et courtois avec les femmes. N'obtenant aucune réponse, il approcha, sur ses gardes, pas très engagé à faire demi-tour quand la terreur appréhendée sur le visage d'Hermione réveilla son âme de chevalier. Les yeux exorbités, blanche comme un linge, blottie entre ses propres bras, la jeune fille était dans un état proche de la catatonie.

- Venez, ne regardez pas, essaya-t-il de la préserver en lui cachant la vue. Et vous aussi, s'adressa-t-il à l'intention de Ron et Harry à côté. Les deux garçons obéirent, les pieds déjà tournés vers la sortie mais Hermione contesta.

- Non ! rua-t-elle en s'écartant durement du professeur comme s'il avait été l'élément déclencheur mettant fin à sa torpeur. Sans attendre, ses jambes l'emmenèrent en sens inverse du flot des élèves. Elle força le passage, bousculant et se faisant bousculer en retour.

- Sacha ! hurla-t-elle tristement en cognant l'un de ses camarades qui faillit tomber à la renverse. Elle ne pensa même pas à s'excuser et accéléra. "Sacha, reviens !

Un halo de lumière vive et doré les séparait. Sacha à l'intérieur, elle désirait le toucher, l'attirer et le sortir de la souffrance qui le gagnait depuis le lever du jour. Depuis la veille probablement, mais elle n'avait rien vu. Imprudente et inquiète, elle oublia toutes ses années d'apprentissage et fonça tête baissée. Ron le plus soucieux d'Hermione fut prompt à réagir. Il suspendit son geste avant qu'elle entre en collision avec la magie du géant.

- Lâche-moi ! se cabra la jeune fille plus tenace que le rouquin. Sacha est… Sacha est…

Des larmes débordaient sur son visage, elle frotta ses yeux du revers de sa robe avant de s'arracher des fers de son ami pour avancer. Elle rejoint Aladiah qui lui avait tenu la main un peu plus tôt pour la prévenir et qui seul dans un coin observait attentivement la lumière de son nouvel ami. Lorsqu'il remarqua sa présence, son visage se transfigura. Ses yeux s'agrandirent et il essaya de s'interposer entre elle et le géant. En vain, elle parvint aisément à le doubler pour toucher sa cible.

-NON ! hurlèrent en cœur Harry et Ron effrayés mais le mal arriva.

La main contre cette bulle dorée magique, Hermione provoqua sa fin. Le halo s'intensifia, vibra avant d'exploser littéralement, soufflant d'un coup tout le périmètre à la manière d'une bombe moldue. Le mobilier en prit pour son grade. Hermione plein champ fut propulsée en arrière entourée de débris de bois et de vaisselle, Aladiah derrière vola pareillement. Heureusement, Remus averti par le cri de Ron et d'Harry anticipa. Il rompit le cercle professoral et aidé de ses réflexes empruntés à sa forme loup-garou, il parvint in extrémis à se placer en coussin pour réceptionner les deux élèves. La charge fut toutefois plus lourde qu'escomptée et il ne put s'éviter pour lui-même le mur en pierres qui délimitait la pièce. Une douleur lui vrilla le dos après la chute, ainsi que l'arrière du crâne.

- Vous allez bien ? demanda-t-il tout en vérifiant qu'il n'avait rien de cassé. Sa tête saignait abondamment mais il jugea que ce n'était pas grave.

Hermione ne réagit pas. Le corps égratigné à cause de la déflagration, les vêtements déchirés et souillée de son sang, elle continuait de n'avoir d'yeux que pour Sacha qu'elle ne parvenait pas à atteindre et qui incessamment la rejetait.

- Mes aïeux, mes aïeux mais que s'est-il encore passé, intervint le professeur McGonagall arrivée en vitesse pour prêter secours au maraudeur.

Elle aida le jeune Aladiah à se relever, l'auscultant rapidement. Hormis quelques écorchures aux mains il n'avait rien.

- Hermione ! accoururent à leur tour Ron et Harry.

- Elle va bien, les rassura Remus en les relevant tous les deux. Même si un peu choquée apparemment, ajouta-t-il en remarquant que les jambes d'Hermione ne la portaient plus. Deux bras autour d'elle, il la maintint debout.

- Hermione, chuchota Harry le cœur battant et attentionné de la réconforter.

Les larmes de son amie l'en dissuada et il se contenta de suivre son regard tendu vers le géant.

Harry ne comprenait rien de la situation actuelle, ni de l'esclandre brusque surgie avant, entre Snape et Sirius. Ni du remous terrible qui parcourait tous les murs du château et qui ne venaient pas d'ici. Puis, Dumbledore disparu, il flottait un élan de panique. Il avait l'impression de revivre la guerre et en combattant émérite, il savait que la gravité du moment obligeait d'intervenir rapidement. Il se porta volontaire.

- Remus, on fait quoi ?

- Toi ? s'exclama l'homme le col de chemise taché de rouge. Sa tête commençait à le lancer là où il imaginait une belle entaille. Absolument rien ! Tu ne bouges pas d'ici, tu restes en retrait, tu épaules Hermione et Ron et surtout tu ne viens pas.

- Mais…, contesta le sauveur pas ravi d'être mis en retrait comme un lâche.

- C'est un ordre Harry, enchérit-il le visage entièrement clos au débat. Il lui glissa la charge d'Hermione entre les bras. Tu-ne-bouges-pas. C'est entendu ?

Qui ne dit mot consent, Harry signa un bref oui de la tête avant de laisser passer le meilleur ami de son parrain.

- Nous ne sommes pas assez nombreux, analysa Madame Weasley en parlant par-dessus son épaule à Minerva qui regagnait leur rang. Il gagne en puissance chaque seconde.

- Il faut persévérer et obliger Mr. Popolonov à regagner ses esprits, s'entêta la plus âgée plus déterminée que jamais. Il en va de la sécurité de ce garçon. Il compte sur nous, Dumbledore compte sur nous.

- Tous ensemble, vous êtes prêts ? dirigea Remus. Maintenant !

Toutes les baguettes s'activèrent et s'unirent. Leurs rayons convergèrent au-dessus de Sacha, par-dessus son dôme de lumière avant de retomber telle une énorme toile d'araignée brillante tout autour pour former une nouvelle frontière infranchissable. Les deux champs de force entrèrent en collision et le combat fit rage, chacun voulant prendre le dessus. Les deux masses se déformèrent l'une contre l'autre, s'étirèrent d'un côté, puis de l'autre telles des éruptions solaires. La température grimpa en altitude et toutes les bougies qui formaient le ciel magique fondirent d'un seul coup, ne resta que la lumière intense emmagasinée autour de Sacha pour éclairer les lieux. Une comète brillait de mille feux dans la Grande Salle, aveuglant presque les derniers témoins. Mais, le pire arriva. Sacha jusqu'ici très passif, les yeux clos, les deux mains plaquées sur les oreilles, releva la tête pour ouvrir la bouche en grand. La seconde suivante un cri perçant et déchirant franchit ses lèvres, assimilable à un appel à l'aide ou un cri de mourant. La balance pencha à nouveau de son côté. Assourdis et désorientés par ce hurlement aigu, Minerva et Molly faillirent, les tympans atteints. La toile des professeurs faiblit.

Pareillement pour le trio Griffondor toujours dans l'arène. Ron pensa un instant sa tête vrillée comme de la bouillie pour bébé. Il se boucha les oreilles pour étouffer le son mais fit tomber sa baguette qui roula devant lui. Il tâtonna le sol avec un pied pour la retrouver mais il la poussa dans la mauvaise direction. Il recommença, il buta une nouvelle fois. Ebloui et maintenant sourd, il ne parvint plus à coordonner ni son corps, ni ses gestes. Baissé vers l'avant et déséquilibré il calcula mal la distance entre lui et Sacha. La tête la première, Ron sentit une bourrasque lui plaquer les cheveux vers l'arrière avant qu'une fournaise lui donne des sueurs froides. Il paniqua mais à peine eut-il le temps de capter l'avalanche de puissance qui allait lui tomber dessus, reculant, trébuchant, tombant sur les fesses et rampant qu'Harry et Hermione hurlaient trop tard son nom pour le prévenir. Pensant sa dernière heure arriver, il eut nul autre choix que de fermer les yeux pour tenter d'amortir la douleur et ne pas voir sa mort en face. Plusieurs secondes, une minute peut-être, il patienta. Il pria. Pria encore. Si longtemps en fait qu'il finit par rouvrir les yeux, intrigué par cette douleur qui n'arrivait pas. La mort serait-elle plus douce que celle décrite dans les livres ?

- Bah alors ? se moqua une ombre par-dessus lui. C'est comme ça que les humains se défendent ? en rampant à même le sol. Impressionnant ! Je ne connaissais pas mais cela n'apparaît pas très efficace.

Ron, les fesses vissées au sol, l'observa un instant et reconnut le garçon qui avait pris la défense d'Aladiah au début du repas.

- Bris, ne commence pas.

Un autre garçon apparut à ses côtés, Caolan selon les souvenirs un peu sonnés de Ron.

- Commencer quoi ?

- Ton comportement. Ils sont suffisamment tourmentés actuellement pour que tu en rajoutes gratuitement.

- Mais je profite de leur hardiesse, se défendit Bris en toisant Ron à ses pieds. Regarde celui-ci comme il est brave et courageux, je te jure Caolan, je suis contemplatif.

Caolan nota le sourire de son ami et la pâleur extrême de Ron. Il ajouta très calmement :

- Soit ! mais c'est sadique et dispensable. Je te rappelle que notre préoccupation actuelle tend par ici. Il désigna du menton Sacha. Alors si tu voulais bien pour quelques minutes oublier les humains et regarder dans ma direction.

- Ah mais je regarde toujours dans ta direction, objecta Bris amoureusement. Comme je te suis soumis jusqu'à la fin des temps.

- Bris, arrête ça ! gronda Caolan en voyant son ami lui faire la révérence. Relève-toi !

Bris perdit sa bonhommie. Pris de remords, il se releva en faisant triste mine. Il avait dépassé les bornes, comme souvent quand il laissait son tempérament parler pour lui. Il voulut s'excuser mais Sacha saisit cette opportunité pour reprendre sa place de centre du monde. En colère, il attaqua, déversant une grande quantité d'énergie dans leur direction. Tentative ratée pour la deuxième fois consécutive cependant. Bris plus vif que l'éclair le saborda avec une aisance presque déplacée. Agile il dévia avec son bras gauche l'onde de choc qui fracassa la table des professeurs deux mètres plus loin.

- Bon sang mais c'est quoi ton problème à toi, s'énerva-t-il en défiant Sacha du poing. Tu vois pas qu'on est tous là pour toi !

- Il perd le contrôle, tempéra Caolan en se mettant à hauteur de Bris comme si de rien n'était. Sa lumière vacille et son esprit lutte, il n'arrive plus à taire sa vraie nature.

- Et c'est quoi sa vraie nature d'après toi ?

- Aucune idée. Je n'arrive pas à mettre un nom dessus, il n'est pas répertorié dans notre glossaire. Je crois que lui-même ignore ses origines et c'est pour cela qu'il est dans cet état. Il n'a même pas conscience du pouvoir qui est le sien, il va nous falloir puiser dans nos réserves pour réparer ce qui le maintenait jusqu'à présent. Tu te sens d'attaque ?

- Toujours avec toi, tu le sais, affirma Bris un sourire diablotin sur le visage.

Il retira sa robe de sorcier, son déguisement d'humain comme il aimait l'appeler en secret. Imité par Caolan, deux grands et solides garçons resplendirent dans le brasier de la grande salle. Proportions majestueuses, leurs habits aussi légers que de la soie - couleur coucher de soleil pour Bris, bleu indigo pour Caolan- moulaient harmonieusement chaque courbe et muscle de leur corps comme une seconde peau. Enfin, chaussés de longues bottes en cuir assorties à leur tenue, ils ressemblaient à des princes de la nature venus d'un autre temps.

Ron, qu'Harry et Hermione avaient aidé à se relever entre temps, en eut le souffle coupé et c'était quelque chose quand déjà ses poumons ne savaient plus trop comment respirer après tant d'émotions.

- Tu donnes le signal ? demanda Bris sûr de lui.

- Un, deux…

- MESSIEURS !

D'un même mouvement, ils regardèrent à droite. Le Professeur McGonagall, une oreille en sang et la baguette maladroitement levée au ciel n'appréciait pas de voir deux de ses élèves qui plus est des Griffondors, s'exposer au-devant du danger.

- Ceci n'est pas une cour de récréation, reculez immédiatement.

- Avec tout le respect que je vous dois Professeur, rejeta Caolan serein en venant se placer devant elle pour la protéger. « Vous » devriez reculer. Vous vous épuisez en vain, vous cédez du terrain, sa magie est plus puissante que la vôtre réunie.

- Comment ! hoqueta la sous directrice offusquée de se faire dire qu'elle était inutile même de manière respectable.

- Nous connaissons nos limites madame, et maintenant les vôtres. Nous sommes de taille à réussir. Cependant, si vous me jugez de mauvaise foi, adressez-vous à lui, ajouta-t-il en hochant la tête en direction de Remus qui observait en silence de l'autre côté. Il nous connait et peut se porter garant.

Un long silence fuita, seulement entrecoupé par les étincelles de magie alentour. Remus réfléchissait sans dire mot, ses yeux sérieusement plongés dans ceux de Caolan.

- Laissons les faire, déclara-t-il finalement.

- Les laisser faire mais vous n'y pensez pas, résista la vieille femme choquée par cette proposition. Ce ne sont que des enfants Remus, nous ne pouvons pas…

- S'il vous plait Minerva, faîtes-moi confiance je crois qu'ils sont notre meilleur atout ce soir.

Et comme d'un accord du ciel, Sacha s'excita si fortement que le professeur Berry ne réussit pas à encaisser sans rompre leur ligne de défense. La canne brisée, il se retrouva à genoux sans plus avoir l'énergie de faire quoi que ce soit.

- Bris, maintenant ! entraina Caolan qui en une fraction de seconde s'était placé devant l'assistant en botanique pour faire barrage. Un, deux…

- Trois, termina Bris concentré.

- Qu'est-ce que vous allez faire ? cria Harry dans leur dos comme si c'était le moment de poser ce genre de questions. L'approbation de Remus envers ces deux garçons ne l'avait pas laissé indifférent. Alors que lui-même était ordonné de ne surtout pas intervenir, on autorisait ces étrangers un peu hautains à se mêler à la bataille. Mieux ! à agir au-delà de tous les professeurs réunis. Non Harry n'était pas jaloux mais disons qu'il désirait une explication et le pouvoir aussi peut-être de les imiter. Une réflexion qui n'échappa pas à la malice de Bris à en juger par le sourire narquois qu'il lui offrit en retour. Tandis qu'il ouvrait ses vannes, faisant fluidifier sa vraie nature. Tandis que le contour de son visage enfantin disparaissait, que ses cheveux ondulaient sous la pression, que son regard caramel s'intensifiait pour devenir aussi brillant qu'une boule de feu, il passa rapidement la langue sur la pointe de ses canines et répondit de sa voix plus rauque que d'ordinaire.

- Oh mais rien de plus que ce que nous serions capables de faire aux humains impertinents que vous êtes. Regarde et… admire ! Nos différences, notre talent, tout ce pourquoi nous avons accepté d'être ici. Caolan ?

- C'est bon pour moi, lui répondit Caolan infiniment serein.

- Alors c'est parti !

Bang ! Harry entendit comme un craquement émanant de leurs deux corps, ce même bruit qu'il avait entendu en buvant du polynectar la toute première fois. Un bruit d'os qui se déforme, qui se transforme. Avec Ron à ses côtés, il fut témoin d'un monde qu'il ne connaissait pas. D'une magie en rien sorcière, ni humaine et cela le mis mal à l'aise tout en étant séduit.

Aladiah très loin derrière était hypnotisé. Le soufflé coupé, il n'avait pu se résoudre à quitter les lieux quand le Professeur Pandragon enfin au bout de sa quête de mettre tout le monde dehors, l'avait dirigé vers la sortie. Même blessé, et fatigué et un peu effrayé aussi, il désirait soutenir de près son ami Sacha qu'il voyait souffrir dans sa boule de lumière. Empathique pour une raison évidente, il devait rester à ses côtés même si son inexpérience ne lui permettait pas d'intervenir directement. Toutefois, il n'était pas seul au milieu des débris. Hermione qui avait eu le bon sens de le mettre à l'écart après le dernier tir de Sacha le tenait contre lui telle une mère son enfant. C'est donc serrés l'un contre l'autre qu'ils analysèrent l'étrange métamorphose de ce duo téméraire pendant que tous les autres élèves étaient enfin à l'extérieur de la grande Salle, les deux grandes portes scellées par le Professeur Pandragon derrière lui. Il n'y avait plus d'échappatoire, un détail dérisoire sur l'instant. Aladiah n'avait d'yeux et de pensée que pour l'incandescente bataille devant lui.

Bris et Caolan contrairement à lui la veille, étaient suffisamment aguerris pour ne pas totalement perdre forme humaine tout en ayant recours à la puissance naturelle de leur sang. Certes, les cheveux habituellement courts de Bris avaient doublé de longueur et de volume. Son visage était plus saillant, plus bestial. Sa mâchoire plus développée, ses dents plus grandes et incisives. Impossible de ne pas remarquer la corne au milieu du front qui avait grandi et tourné de telle manière qu'elle longeait la colonne vertébrale. Mais, majoritairement il réussissait à garder forme humaine. A un détail près cependant. Son bras gauche dans lequel il canalisait toute sa puissance. Des griffes aussi acérées que des rasoirs au lieu des ongles, une patte au poil soyeux et ras au lieu d'une main et une musculature à faire pâlir un loup-garou, c'est cette partie-ci qui fit déglutir Ron et quelques professeurs. Pareillement pour Caolan qui opéra à peu près les mêmes changements à l'exception de la corne qui à défaut d'être unique, était double et enracinée dans la pointe de ses oreilles avant de se rejoindre dans son dos en une tresse osseuse, comme une couronne par-dessus sa longue chevelure couleur de sable.

Leur métamorphose achevée, c'est Bris qui entama les prérogatives. D'un élan pris en direction du ciel, il abattit sa patte devenue aussi dure que du bêton dans le sol et s'y cramponna profondément.

- Tera y'n Formenta, ordonna-t-il et la terre trembla autour de Sacha. L'instant suivant surgit un mur de boue qui s'empressa de recouvrir le halo destructeur du géant. Toute la salle fut plongée dans le noir mais rapidement des lumos s'interposèrent et les baguettes sorcières apportèrent une lumière tamisée pour éclairer la scène. Alors, Caolan plongea ses griffes dans la boue de son ami.

- Indury'n Aquas, formula-t-il tranquillement.

La boue sécha, se solidifia de manière à créer un mur indestructible autour de Sacha. Malheureusement, l'instinct protecteur de Sacha était véloce. La défense au taquet, il réussit in extrémis à se soustraire de cette impressionnante attaque, se faufilant là où le mur n'était pas encore totalement fortifié. Par le sommet, il déversa à une vitesse folle une rafale cuisante droit sur Bris qui à défaut de parvenir cette fois à dévier le tir, ne put que l'éviter d'une galipette acrobatique et habile. Harry fut moins prompte à réagir en dépit de son statut de sportif émérite. Il eut juste le temps d'écarter Ron, qui retomba sèchement sur les fesses, avant d'encaisser de plein pied l'éclair belliqueux. Il fit un vol plané impressionnant et avant même qu'il ne retouche la terre ferme, son esprit avait sombré, évanoui par trop de magie. Il n'entendit pas l'écho de ses amis hurlant son nom, son esprit avait quitté la salle pour tomber dans un monde de ténèbres et de sang.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Ce n'était guère plus reluisant dans la tour ouest.

Sirius, guidé par les vibrations dans les pierres du château, avalait les couloirs. Déraisonnablement attiré ailleurs, ses pas fonçaient vers l'origine du mal qui rendait l'atmosphère irrespirable. La densité de l'oxygène diminuait également à la réverbération magique véhiculée dans l'école, de même que certains murs sous la pression commençaient à lézarder par endroits, rendant la bâtisse instable et sensible aux effondrements.

Au moment où il évitait un tableau brusquement décroché de son emplacement, avec son occupant hurlant à l'aide, Sirius franchit enfin la ligne d'arrivée. Son cœur sursauta.

Dans un couloir sombre et glacial où seuls quelques rayons de lune filtraient d'une fenêtre, deux corps collés à n'être qu'un reposaient dans une toile rouge de sang d'où jaillissait un flux terrible de magie. L'Animagus hésita une demi-seconde avant de continuer. C'était Snape incliné sur le corps inerte de son assistante. Son cœur inconsciemment se serra, et le peu de stabilité recouvrée grâce à Pandore prit un aller simple pour l'enfer. Il trembla et sa température chuta.

- Servi… Snape ! se reprit-il en l'accostant. Est-ce qu'elle est... mor…

Severus lui jeta un regard si noir que Sirius recula de deux pas.

- Hey ! pas la peine de faire les gros yeux, ne put-il s'empêcher d'ajouter irrité. Laisse-moi t'aider.

Le potionniste l'ignora, trop occupé à réanimer Yenyeli. Le Griffondor grogna intérieurement, même dans un cas de figure aussi extrême il avait l'envie irrépressible d'emplâtrer cet homme. Il serra le poing quand des bruits de pas vinrent interrompre sa mauvaise humeur. Derrière lui Dumbledore, avec à ses côtés, Madame Chourave, Madame Maxime, le Professeur Flitwick et… Madame Pomfrey l'infirmière.

- Sirius, reculez, ordonna le chef de file en joignant geste et parole. Il attrapa l'homme par l'épaule et le tira en arrière. Le directeur avait de la poigne malgré son grand âge nota Sirius qui perdit l'équilibre.

- Pour votre sécurité, ne bougez pas d'ici.

Sirius s'exécuta à contrecœur. Il n'aimait pas être mis de côté comme un chien abandonné sur l'autoroute. Surtout quand dans la seconde suivante on honorait Snape de toutes les attentions.

- Oui je sais, nous sommes en retard, déclara Dumbledore conscient de l'irascibilité de son Professeur des Potions. Mais, le château est en état d'alerte maximale, il se protège et ferme ses accès. Nous avons été détourné de notre route et…

- La potion ! le brusqua Severus pour couper court à l'inutile.

- Ici ! se précipita l'infirmière à sa rescousse. Elle tendit la potion rappel-vie puis se figea d'effroi. Mais, par merlin, que s'est-il passé ? Elle a perdu trop de sang Severus, il faut la transporter d'urgence à l'hôpital.

- Non ! rejeta le maître des potions bien décidé à paraître imperturbable.

- Comment cela non, mais si ! laissez-moi l'ausculter un instant.

Dumbledore la précéda, lui interdisant gentiment son entreprise.

- Combien de temps Severus ? demanda-t-il avec gravité dans la voix.

- Huit minutes et quarante-et-une, quarante-deux, quarante-trois secondes. Quarante-quatre.

- Huit minutes que son cœur ne bat plus ! s'affola madame Pomfrey qui avait su lire entre les lignes. Mais elle est mor…

- NON !

Le cri du serpentard surprit tout le monde. Sirius le premier, il dévisagea sérieusement l'homme normalement froid qui soudain semblait en proie à la panique. Un, deux, trois, Severus lança une autre décharge sur Yenyeli. Un peu tremblant, il colla sa bouche à la sienne pour lui fournir sa dose en oxygène.

- Severus, soyez raisonnable, persista l'infirmière préoccupée par la jeune femme.

- Tant que sa magie opère je peux la ramener alors maintenant si vous cessiez de me faire perdre mon temps. Donnez-moi cette fichue potion !

- Mais…

- Faîtes, arbitra Dumbledore d'un ton qui se voulait rassurant. Il refusait lui-même de perdre espoir. Leur destin à tous les deux n'était pas scellé ce soir. Les lignes du ciel étaient claires là-dessus, la Mort fauchait une nuit de lune rouge et ce soir dans le ciel pas de rouge à l'horizon.

L'infirmière finalement consentit. Elle tendit la potion rappel-vie dans sa direction tout en priant merlin de prendre la bonne décision. Bien que la sagesse confère à Dumbledore confiance et autorité, elle ne parvenait pas à entrevoir un dénouement heureux dans cet instant.

Sirius, lui, avait des palpitations. Le cerveau en ébullition, il avait capté l'angoisse exprimée pour l'assistante continûment inerte. Il aurait apprécié dans cet instant qu'elle lui reproche son existence, qu'elle vocifère des vindictes à son encontre au lieu de jouer les mourantes au pied de Snape.

- Allez, relève-toi, la tança-t-il silencieusement. Ouvre les yeux, regarde-moi ! Tu as tenté de me tuer hier alors cette fois n'hésite pas. Ouvre la bouche, crache ton venin et rabaisse-moi !

Sirius déraillait. Soumis à l'appréhension et soucieux plus que de raison de cette femme détestable qui irritait même son filleul, son corps réagissait pour lui quand sa tête élucubrait une conversation folle. La colère l'empoigna et le déporta au-delà des distances instaurées par Dumbledore.

- T'es sourde, aboya-t-il menaçant. J'ai dit debout !

- Sirius, non ! avertit Dumbledore trop tard.

Un pied dans le périmètre de Yenyeli et Sirius fut propulsé dans les airs par une vague meurtrière qui l'envoya valser à plusieurs mètres de là. Pris de court, il vola si haut et si violemment qu'en atterrissant dans un fracas ahurissant, il pensa aussitôt s'être brisé le cou. Hébété, il roula doucement sur le côté, ventre à terre. Son estomac se liquéfia, il essaya de vomir mais la douleur au thorax l'en empêcha. Mordu la langue, il goûta un peu de sang en bouche. Il tenta de se relever, il s'accrocha au mur pour tenir debout. Sa tête lui tournait. L'infirmière arrivée en catastrophe à ses côtés s'attelait à vérifier sa tension et son pouls mais il la repoussa. Sa voix aigüe lui tapait sur les nerfs quand ses palpations accentuaient sa nausée. Le manque de drogue se faisait ressentir mais impossible maintenant d'accéder à ses seringues. Il constata que sa robe flambant neuve avait morflé il s'en débarrassa vivement en la jetant à terre quand il fut tétanisé. D'autres voix surpassaient l'infirmière. Pas Flitwick ou Chourave ou Dumbledore, toute une chorale qui chantait faux des lamentations. Le souvenir d'Azkaban lui traversa l'esprit quand nuit et jour hurlaient autour de lui des condamnés tourmentés par les détraqueurs. Il craignit un bref instant d'y être retourné mais non. Il voyait toujours l'assistante à l'agonie et Snape vitupérer contre Pomfrey qui avait gardé sa potion. Puis, tout empira. La chorale s'intensifia tel un mauvais refrain d'Heavy métal. Comme si un tison brûlait chaque terminaison nerveuse dans son crâne, Sirius hurla et Dumbledore à ses côtés le dévisagea avec un drôle de regard.

- Sirius, s'inquiéta Madame Chourave la plus proche. Que se passe-t-il ?

- Voix ! réussit-il à articuler entre deux cris. Ppar…t..tout…ma tête ! mal.

Les deux mains sur les tempes, il s'arracha les cheveux quand son corps se contorsionnait sous l'intense douleur. Puis, il tomba à genoux, pris de spasmes nerveux. Il s'étouffa, l'infirmière l'immobilisa d'un sort pour que son cerveau ne subisse aucun dégât ou qu'il s'étrangle avec sa langue.

- Mais que lui arrive-t-il ? demanda-t-elle impuissante.

Le professeur Flitwick et madame Maxime spectateurs malheureux se dévisagèrent sans comprendre avant de se tourner en direction de leur directeur dans la quête d'une solution tangible.

Dumbledore absent observa Sirius puis Snape ou plutôt l'assistante et sa magie qui exaltait tout autour. Et si ? Son front se plissa d'inquiétude.

- Severus ! Sa voix était légèrement chancelante et les cernes soudain plus apparents. Hâtez-vous de raviver notre éminente petite lutine du ciel, sa magie commence à engloutir une partie sur terre, Sirius je le crains est pris entre les mailles du filet d'un mal qui le dépasse. Avec Filius et madame Maxime nous allons de ce pas édifier un garde-fou autour de cette tour. Coupés du monde extérieur vous serez préservés et ainsi vos chances décuplées. Poppy, restez auprès de Sirius je vous prie, continuez de le stabiliser mais ne prenez aucune initiative, il en va de sa survie.

L'infirmière les yeux grands ouverts, frappée par la gravité des directives hocha rapidement la tête pour dire qu'elle avait compris. Dumbledore, rassuré lui sourit puis quitta les lieux en direction de la sortie la plus proche, ses deux professeurs de sortilèges sur les talons.

Ce fut le signal de départ pour le professeur de Potions. Laissant de côté le défibrillateur façon sorcière, il siffla un Accio et la précieuse potion s'envola des mains de l'infirmière pour venir jusqu'à lui. De ses doigts vifs et agiles il l'ouvrit avant de déverser son contenu dans la gorge de Yenyeli, forçant son corps à moitié mort à boire. La potion rappel-vie était un stimulant qui visait le cœur. Un peu comme l'adrénaline chez les moldus à la différence que cette potion était bien plus efficace et puissante. Et dangereuse si on dosait mal.

- Reviens, dicta Severus pour la stimuler. Il posa l'oreille contre sa poitrine et écouta attentivement une résonnance de vie. Il fut récompensé, le cœur stoppé depuis presque dix minutes pianota à nouveau son hymne à la vie. Il n'en fut pas soulagé pour autant, il restait à jouer la partie la plus délicate avec lui comme unique pièce à déplacer. Il prit un instant pour se calmer, il inspira un grand bol d'air pour se vider la tête puis sec et critique il apostropha l'infirmière.

- Interdiction formelle d'interférer dans l'action qui va suivre et si Black essaie encore de joindre mon périmètre, assommez-le !

L'infirmière interloquée pivota dans sa direction et plissa les yeux pour voir ce qu'il préparait. Severus approchait son front contre celui de Yenyeli avec une concentration accrue.

- Non ! s'affola-t-elle en réalisant son intention. Elle se releva en trombes, le bras vers l'avant, se précipitant vers le serpentard pour l'arrêter. C'est dangereux Severus. Il est formellement proscrit de pénétrer un esprit dans le coma. C'est...

- Legilimens, énonça Severus indifférent et le sort fut jeté sous le regard démuni de l'infirmière qui n'avait rien pu faire.

Sirius de l'autre côté tomba à cet instant précis dans un gouffre de douleur et tous ses muscles se tendirent. Comme un contorsionniste, ses membres formèrent des figures géométriques aux angles défiant les lois de la biologie humaine. Les yeux révulsés, le souffle court, il perdit soudain toute notion de la réalité. Le paysage de Poudlard s'effaça pour laisser place à une toile entièrement noire. Son pouls s'accéléra, affolé, il se cramponna la poitrine aussi fortement qu'un condamné qui s'accroche désespérément à la rambarde l'amenant sur l'échafaud, puis il aspira de l'air à pleine bouche avant de se figer, comme foudroyé. Les yeux blancs, son esprit venait de le quitter pour un endroit consumé par les ténèbres et l'infirmière choquée à son tour n'eut même pas le réflexe d'un sort magique pour amortir la chute de son corps désormais vide. Sirius l'ignorait, mais à l'image de son filleul dans la grande Salle, il était capturé dans l'esprit déréglé de Yenyeli. Avec le Maître des Potions, ils étaient maintenant trois à errer dans l'obscurité, sans savoir où se trouvait la porte de sortie. Un piètre détail pour Severus.

Il connaissait tout des risques encourus en dépassant les limites d'un esprit aussi torturé que celui de Yenyeli, la probabilité qu'aucun d'eux n'en réchappe était grande mais son obsession de la ramener du bon côté surpassait toutes les statistiques surlignées en rouge par sa raison. L'abandonner était au-delà de tout et sa logique acquise à force d'expériences tragiques n'avait dans cet instant aucune emprise sur lui.

- On va rentrer tous les deux, avisa-t-il tandis que son esprit forçait les verrous spirituels de Yenyeli. Ou je puis te certifier que tu auras ma mort sur la conscience.

Un hologramme de lui-même atterrit dans une pièce vide aux dimensions indéfinies. Couvert de noir, c'est à l'aveugle qu'il avança d'un pas plutôt assuré, scrutant la moindre présence lumineuse de Yenyeli. Il faisait un froid polaire dans cet endroit et la masse d'air humide autour de lui pesait lourdement sur ses épaules. A mesure de sa progression, il sentit qu'on lui opposait une résistance et au bout d'un moment il eut l'impression de se déplacer dans les remous d'un marécage. Il ne ralentit pas, rivalisant de force pour se frayer le chemin destiné.

- C'est cela, encouragea-t-il persuadé de parler à Yenyeli. Continue de braver ma présence, tu traces la route qui mène jusqu'à toi.

Au même moment, Yenyeli enfermée dans son cœur s'égarait profondément dans une mer entièrement noire. Sans rien attendre, ni personne, elle se laissait dévorer par des souvenirs qu'elle ignorait être les siens ou ceux des voix qui alimentaient sa tête en permanence. Des voix qu'elle avait appris à endurer dès son plus jeune âge et dont elle avait souhaité plus d'une fois voir disparaître, quitte à se laisser mourir. Comme maintenant où engloutie par trop d'émotions, elle avait simplement lâché prise et décidé d'en finir. Elle ne craignait plus la mort depuis longtemps. La mort faisait entièrement partie de son être, telle une amie fidèle ou un compagnon de route dont on ne peut se défaire. Au contraire, la vie l'effrayait bien souvent, de même que la lumière. Celle qui éblouit trop et aveugle tout alentour. Cette lumière qui parvient à modifier notre façon de voir les choses, qui masque les défauts de chaque être vivant pour les rendre plus beaux, plus innocents. La lumière contrairement aux ténèbres possède la magie d'illusion et forcément le pouvoir de trahir. Celle qui l'avait mise au monde était née dans la lumière. Tout le monde l'admirait, l'appréciait. Elle n'avait qu'à sourire dans le soleil pour que le monde se prosterne à ses pieds. Pourtant, c'est bien la mort qu'elle dispensait du bout des doigts et lorsque Yenyeli sept ans à peine et toute seule avait enfin pu mettre fin au cauchemar, d'autres illusions avaient pris sa place. Coincée à travers le temps dans une boucle où passé, présent et futur se mélangeaient, les guerres avaient défilé devant ses yeux. Les massacres, les faux-semblant, les manipulations, les mensonges… le baiser de Judas aurait dit certains moldus. Des morts inutiles, des larmes à remplir des océans et des cœurs maintes fois brisés… Yenyeli lasse avait supplié qu'on mette fin à son calvaire.

Seule la lune avait décidé de lui porter secours.

Au bout d'un temps paru interminable, après avoir vécu plusieurs milliers de vies, une porte avec un trait de lumière en bas avait surgi pour lui ouvrir un monde nouveau. Epuisée, affamée, respirant à peine, elle avait entrevu la lumière tamisée de la lune dans le ciel et à genoux dans son propre sang, une petite fille avait patienté longtemps le coup de grâce.

Yenyeli plongée dans le noir rouvrit légèrement les yeux, troublée par ce premier souvenir de sa nouvelle vie ici-bas. Sans résister, elle laissa son esprit reformer ce jour dans son esprit, sans se douter que plus loin deux témoins allaient en profiter.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Un ciel étoilé, bercé par une pleine lune si basse qu'on aurait pu croire qu'elle touchait la terre, éclairait à mille lieux à la ronde un paysage verdoyant. Une forêt pour délimiter les frontières, une montagne au loin et une rivière coulant dans la vallée, personne ne pouvait se douter qu'au cœur de ce cadre idyllique se cachait un peuple décrié par les humains. Pourtant muni d'une longue vue, on repérait facilement des tentes éparpillées dans les coins les plus sombres. En paille, en toile, en bois pour les plus grandes, elles avaient une conception simpliste et archaïque. Une sorte d'abri précaire pour dire que les propriétaires préféraient vivre dehors plutôt que dedans. Aucune route, chemin ou sentier ne reliait ou ordonnait ces habitations entre elles. Les gens ici ne concevaient pas de modifier la structure naturelle du lieu qui acceptait de les recueillir ou de construire pour la pérennité. Brut et sauvage, voilà le havre de paix qu'ils chérissaient envers et contre tout.

Au milieu néanmoins un feu immense brûlait, attirait l'attention et dévoilait une sorte de cérémonie. Quelques mètres plus loin une tribune ronde de dix mètres de diamètre faisant office de place du village s'animait lentement. Des gens d'apparence humaine mais fort peu vêtus pour le climat de la région, se regroupaient autour pour observer. Certains, accompagnés de ce qui s'apparentait à de gros chiens chuchotaient et montraient du doigt une silhouette qu'ils ne connaissaient pas et qui discutait avec leur chef. Tantôt curieux, tantôt exaspérés, tantôt nerveux, tous s'impatientaient de ne pouvoir entendre en dépit de leur ouïe très affinée la conversation. Les commérages allaient bon train mais beaucoup ne semblaient pas ravis d'être ici. Ce qui ne sembla pas perturber les intéressés au centre de la place qui continuèrent de parler comme si de rien n'était.

- Pourquoi ? demanda une petite fille déguenillée dont le corps était couvert de gazes. Très pâle, squelettique, les cheveux noir corbeau, les yeux rouges et cernés, elle faisait tache dans le décor.

- Pourquoi quoi ? riposta l'homme en face dont la voix était trop grave et caverneuse pour être humaine.

- Pourquoi m'avoir sauvée au lieu de me manger ?

Il s'esclaffa et son sourire déforma les traits de son visage en animal malsain.

- Tu veux que j'te bouffe ? suggéra-t-il en dévoilant ses canines jaunies par une hygiène dentaire déplorable.

La petite fille vacilla, se remémorant brusquement la sensation d'avoir peur.

- Voilà, t'apprends vite, se félicita-t-il heureux de sa réaction. Je t'ai pas sauvée. J'ai simplement décidé qu'il était plus plaisant de m'amuser un peu avant. De voir, si avec plus de gras sous la peau, je saliverais davantage.

Pour accentuer ses propos, il se pencha vers l'avant, sortit une langue râpeuse pour lui lécher la joue avant de l'égratigner avec une dent très affûtée. Puis, il la respira de manière déplacée. Et de poursuivre en se redressant.

- Joli fumet. Les pupilles de ses yeux jaunes s'étaient dilatées. Je pressens en toi quelque chose d'exceptionnel alors je vais te garder ici et t'éduquer à ma manière. Jusqu'à ce que l'envie de te goûter m'excite au point de ne plus pouvoir me retenir. A ce moment-là seulement je te mettrai les tripes à l'air pour me repaître de ta chair avant de te ronger les os, est-ce que tu es satisfaite, termina-t-il en lui ébouriffant gentiment les cheveux.

Un geste tellement en opposition de son vocabulaire que l'enfant n'osa plus bouger, tétanisée par cette farce que le ciel lui jouait de nouveau. Un cauchemar pour un autre, tel était donc son destin jusqu'à la nuit des temps ? Elle aurait voulu avoir la force de prendre ses jambes à son cou pour déguerpir. Oui, mais où ? Et pourquoi ? Cet homme ne venait-il pas de lui promettre la mort pour bientôt ? Ses voix allaient disparaître, n'était-ce pas son vœu le plus cher ?

Perdue dans ses pensées, elle n'entendit pas qu'autour l'assemblée commençait à s'agiter, impatients de savoir pourquoi ils étaient réunis un soir de pleine lune. Pressés de comprendre pourquoi les soigneuses de la tribu avaient été contraintes de s'occuper d'une gamine, étrangère de surcroît. Pire ! Humaine.

Un homme grand et bien bâti, son torse musclé luisant sous la lune mit fin aux tergiversions. Le visage en V légèrement ridé, les cheveux noirs coiffés dans tous les sens, les yeux bleus auréolés de jaune, il véhiculait naturellement la prestance d'un roi. D'ailleurs, la position qu'il occupait devant tout un groupe laissait à penser qu'il occupait un rôle particulier dans la communauté.

- Fenrir ! hurla-t-il et lançant ainsi le début des festivités. Fenrir Greyback.

Tous les regards convergèrent sur lui et plus personne ne pipa mot.

- Tu peux nous dire ce qu'on fiche ici exactement ? Pourquoi as-tu rappelé les guerriers mâles un soir de chasse quand aucune urgence au camp n'exigeait leur présence ? Sans parler de cette sale mioche aux yeux rouges à moitié cassée que tu gardes avec toi depuis hier et qui a nécessité nos réserves d'onguents pour la soigner. Je te rappelle que la guerre fait rage à l'extérieur et que nos ressources sont aussi limitées qu'indispensables. Tes congénères continuent de tirer à vue. Nous avons perdu deux louveteaux il y a moins d'une semaine, amputant encore notre longévité. A moins bien sûr que tu nous l'offres en sacrifice ? Dans ce cas, va nous falloir plus qu'une brindille pour taire la faim qui tenaille nos entrailles !

Fenrir Greyback qui avait écouté d'une oreille attentive l'invective à moitié justifiée regarda de biais l'homme en bas quelques secondes avant de scruter brièvement la réaction du reste de la meute. Ils avaient tous envie de lui sauter au cou pour mordre sa jugulaire mais l'envie est faible devant l'acte et personne n'osa faire le premier pas. Il savoura intérieurement l'emprise qu'il possédait sur chacun d'eux.

- Je ne partage pas mes jouets, dit-il au début paisiblement. Ni pour toi Haluk, ni pour aucun d'entre vous d'ailleurs. Chasse-gardé le petit oiseau rouge que voici et qui va vivre avec nous le temps que je l'aurai décidé. Bien qu'actuellement nos réserves touchent le fond, il faudra désormais compter une bouche de plus à nourrir. Un peu de gras ne lui fera pas de mal.

A cet instant, des protestations s'élevèrent dans la foule, Greyback réactif gueula pour les remettre à leur place.

- Je n'ai pas fini alors mettez-la en veilleuse. Il n'y a plus de raison d'avoir peur pour vos louveteaux. La guerre est finie dans le monde des humains. Lord Voldemort a trépassé y'a pas deux jours, tué on ne sait pas trop comment par les p'tites mains d'un nouveau-né. Par conséquent, le temps de la disette est terminé. Sorciers comme moldus vont doucement reprendre leur vie banale et bien rangée. Dans les mois à venir, tous les jours la chasse nous seront propice. Les villes vont se reconstruire et la population qui se terrait aux alentours de notre territoire va se hâter de regagner ses rues polluées et de surtout nous oublier.

Il avait capté toute l'attention. La meute éveillée par des nouvelles réjouissantes qu'ils avaient cessé d'espérer il y a longtemps, avaient les oreilles dressées dans le bon sens. Greyback en profita, marchant en long et en large sur sa tribune, son ombre plus menaçante que jamais dans la lumière du feu de joie.

- Nous allons étendre notre territoire, poursuivit-il sans se défaire de son accent tyrannique. J'avais prévu l'annonce hier mais un petit oiseau mourant m'a détourné de mon chemin. Alors me voici ce soir pour fêter notre victoire. Une réorganisation devra se faire d'ici les prochains jours mais je suis sûr qu'avec ces nouveaux éléments les représentants des différentes grandes familles trouveront la solution qui sierra à notre résurrection. J'ai confiance en vous mes amis, en chacun d'entre vous.

Haluk fulminait. Greyback avait complètement retourné la situation à son avantage. La bouche amère, il objecta.

- Cela n'explique pas pourquoi tu nous obliges à adopter un chiot qui pue l'humain, C'est une ennemie, il faut la tuer avant qu'elle devienne suffisamment capable de nous tuer elle-même.

Dans son dos quelques acclamations lui donnèrent raison, les bras levés en signe d'approbation. Mais Greyback serra les mâchoires et sortit de ses gongs. Furieux, il explosa d'un coup de pied magistral une caisse en bois qui servait de siège avant de beugler en postillonnant.

- Je ne crois pas vous avoir demandé votre avis ! C'est moi qui commande ici alors fermez-là et obéissez. A moins bien-entendu qu'une personne soit suffisamment folle maintenant pour me défier et tenter de reprendre le pouvoir. Qui est candidat au suicide ? Alors personne ? Mouais, maugréa-t-il en constatant qu'aucun d'entre eux ne se portait volontaire. Courageux pour l'ouvrir mais pas téméraire, n'est-ce pas Haluk ?

Il le toisa farouchement, le mettant au défi de prouver le contraire. Hélas, Haluk était conscient de ses limites, Fenrir Greyback était plus fort. Pour l'instant… Vaincu, il rongea son frein et serra le poing tandis que tous les bras retombaient dans son dos. Fenrir jubila.

- Haluk, je t'aime bien tu sais, confessa-t-il sur le ton de la rigolade. Tu es respecté par les anciens et un modèle pour la nouvelle génération. Aussi, c'est à toi et ta famille que je vais confier mon petit oiseau. Tu n'y trouveras bien-entendu rien à redire. Et tu mettras du cœur dans cette mission. Parce que tu ne voudras pas subir ma colère en cas contraire tu vas t'appliquer à veiller personnellement sur elle.

N'attendant évidemment aucune réponse, il s'empara du bras de la petite fille laissée à l'écart et la présenta devant Haluk en trophée. La petite fille se fit aussi discrète que possible. En retrait durant toute l'altercation, elle n'était pas rassurée. Toutes ces nouvelles têtes ne lui disaient rien qui vaille, ni l'antipathie qu'elle ressentait clairement à son égard, surtout de la part de cet homme à qui on la livrait. Beaucoup trop de voix, trop trop trop trop. Elle avait envie de vomir. Elle se demanda un bref instant si elle parviendrait à attraper un reste de caisson par terre pour se l'enfoncer dans le cœur avant que la douleur ne lui parvienne. Ses yeux se fixèrent sur un morceau, long et pointu mais elle fut contrée bien avant d'avoir eu la chance d'entreprendre quoi que ce soit. Fenrir sur le qui-vive avait surpris ses gestes.

- Ôte-toi ça de la tête, cracha-t-il en l'attirant contre lui. D'une seule main il la fit décoller du sol et rapprocha leurs deux visages si près qu'elle respira son souffle. Le souffle d'un loup-garou fétide qui n'aime pas qu'on tente de déjouer ses plans.

» Fallait y penser avant de t'abandonner entre mes griffes. Maintenant tu m'appartiens et crois-moi sur parole quand je te dis que tu n'as dorénavant plus aucun droit de vie ou de mort sur toi-même. Ce privilège est le mien alors que je ne te surprenne pas un jour ou l'autre à essayer de te tailler les veines ou il me prendra l'envie de te torturer à ma manière. Tu es à moi, mienne tu m'entends !

Il la relâcha, d'un seul coup. Dépourvu et dans le vide, le petit corps frêle tomba en arrière dans un bruit sourd tel un sac de linge sale balancé dans un fourgon.

- Hey ! vous lui avez fait mal espèce de brut !

Fenrir tourna lentement la tête. Une adolescente revêche, le visage frondeur et le regard franc, tapait du poing sur l'estrade pour l'interpeller.

- Titaua, reviens ici !

- Haluk, parla Fenrir presque trop calmement. Tu as là une fille qui mérite qu'on lui accorde de l'attention. Viens ici gamine, commanda-t-il, viens me voir de plus près.

L'adolescente ne se fit pas prier, indifférente au cri d'alarme de son père elle sauta sur la scène et courut aider la petite fille.

- Faut pas être méchant avec elle, reprocha-t-elle en fronçant les sourcils.

- Je ne suis pas méchant, se défendit Fenrir innocemment en haussant les épaules, la voix redevenue tranquille. Il s'amusait. J'ai simplement du mal à mesurer ma force.

L'adolescente lui tira la langue en retour, pas effarouchée du tout par la bête assassine qui se trouvait en face de lui.

- Comment tu t'appelles ?

- Je…

La petite fille était sans voix. Une fille plus grande qu'elle captait toute la lumière de la lune et l'éblouissait. Des yeux malicieux, un visage espiègle et courageux elle s'en méfia sur le champ. Sur ses gardes, elle se retrancha derrière Fenrir pour se terrer.

- Bah alors ! se vexa gentiment Titaua déçue. Tu ne veux pas me dire ton nom ? J'te fais peur ?

La petite fille inquiète resta campée sur sa position, plissant les yeux pour ne pas finir aveugle devant l'éclat de cet être bizarre. Fenrir qui observait sans mot dire éclata d'un rire jappeur en se tenant le ventre. La tournure burlesque de la situation le divertissait.

- Hey ! s'offusqua Titaua susceptible. On ne se moque pas. J'ai plus d'un tour dans mon sac, Monsieur le chef de meute. Regarde !

Elle se fit démonstrative. Gonflant le ventre, elle inspira puis expira fort. Elle recommença, se concentra, secoua les bras pour se détendre, roula la tête de gauche à droite tout au sautant sur place pour battre la mesure. L'atmosphère autour d'elle se troubla, son aura se modifia, un peu plus nébuleux, magique. Quand, au troisième rebond son corps se transforma. Pop ! d'humaine, elle devint un animal à quatre pattes. Fort, puissant, poilu… un chien ?

- Tu vois ? maintenant je suis à ta hauteur, déclara-t-elle intrépide et tellement satisfaite de sa transformation. Sa voix aussi avait changé. Elle était plus rauque et granuleuse.

- Tu n'as rien à craindre tu sais ? Je me présente : Titaua Yoxel mais c'est trop long alors on dit Tita. 1ère fille de la famille, 3ème enfant d'une portée de quatre et surtout loup-garou de mon état. Enfin du pays entier, nous sommes en voie de disparition. Oh ? J'adore le chocolat aussi mais c'est une denrée rare ici alors c'est pas souvent que j'ai l'occasion d'en manger. M'arrive d'en voler aux humains mais chut c'est un secret, chuchota-t-elle en espérant que ses parents n'entendraient pas. Je te montrerai comment on fait, tu verras c'est facile. Tu aimes le chocolat ?

La petite fille avait les yeux estomaqués. Voilà une magie qu'elle découvrait pour la toute première fois. Ou pas ? Elle n'en avait aucun souvenir. Toutefois, cette transformation eut raison de sa défiance, elle ressentit une certaine fascination pour cet être différent. Pas humaine alors… Et plus sombre avec cette toison qui pouvait se fondre dans le paysage. Audacieuse, elle fit un pas dans sa direction. Sous cette apparence elles avaient exactement la même hauteur, c'était plus rassurant et facile de se défendre en cas d'attaque. Se défendre ?

- Alors ? s'impatienta Tita en faisant une grimace avec sa gueule de loup. Tu me le donnes ce nom.

- Je…

- Tu ne sais pas ?

- Je ne sais plus, confia à demi-mot la petite fille l'esprit brouillon.

- Hum, c'est embêtant, comment je vais faire pour t'appeler ?

- Tu n'as qu'à lui en donner un ! donna en solution Fenrir en croisant les bras maintenant qu'il était détendu. Baptise-la, je t'y autorise.

Titaua eut le poil hérissé comme un hérisson content à cette proposition, les étoiles du ciel plein les yeux. Ses babines se retroussèrent pour s'étirer jusqu'aux oreilles. Guillerette, elle tourna sur elle-même, sa queue fouettant vivement droite et gauche en une danse joyeuse. Puis, elle songea sérieusement à la question. Un nom porté toute une vie c'était très important. Faisant donc un rapide inventaire de tous les prénoms qu'elle connaissait, elle les testa silencieusement sur la petite fille. Avant de cesser ses ronds pour la dévisager de près, les yeux dans les yeux. La petite fille interloquée se demanda à quelle sauce elle allait être mangée quand elle sursauta. Titaua emportée par son excitation avait quitté sa forme loup-garou pour retomber d'un coup sur ses deux jambes.

- Aussi rouge qu'un petit rubis, je te nomme Yenyeli (1) ! cria-t-elle triomphale en tapotant très rapidement les épaules de la petite fille. Celle-ci cligna des yeux, un peu abêtie et pas encore habituée par ces métamorphoses inattendues.

- Oui, oui ! confirma Tita fière d'elle. Tu es désormais Yenyeli Yoxel et…

- Greyback !

Titaua leva la tête. Les iris jaunes de son Chef étaient sans équivoque à ce sujet, elle n'essaya même de discuter.

- Bon d'accord Yenyeli Greyback, recommença Tita bon gré mal gré et non sans ajouter entre ses dents que Yenyeli Yoxel ça sonnait mieux. Toi et moi on va devenir amies. Les meilleures amies du monde. Mon petit rubis Yenyeli, ravie de faire ta connaissance et surtout bienvenue parmi nous.

Un éclat de rire sincère monta jusqu'au ciel et la lune gardienne diminua d'un peu l'intensité de sa lumière pour donner sa bénédiction.

Le Ciel au milieu de la nuit, aspirait à retrouver la lumière.

La Terre, cachée par la lune, errait continuellement dans les ténèbres.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Harry Potter ne contrôlait plus la cohérence de ses pensées. Où il se trouvait, depuis combien de temps. Pourquoi ses amis n'étaient plus là. Pourquoi il avait quitté la grande salle pour atterrir ici. Réalité ou illusion ? Et ce tableau dans un trou noir qui s'était animé tels des acteurs dans une pièce de théâtre. Yenyeli… Greyback ? Une aigreur lui remonta de l'estomac. Il avait eu raison. Yenyeli était bien dans le camp ennemi, il avait donc le droit de la maudire et de dire aux autres de ne pas s'en approcher. Il exulta juste avant que la peur ne lui fasse oublier tout sentiment de joie. Un pot de peinture noir dégoulinait partout autour de lui, il n'entrevit plus rien. Comme dans son cauchemar, il fut totalement démuni et à fleur de peau. Sans compter qu'il avait de plus en plus de mal à respirer. Ne sachant quoi faire d'autre, il avança mais quelque chose l'accrocha. Il baissa les yeux mais n'aperçut même pas ses pieds cachés dans les ténèbres.

- Il y a quelqu'un ? hurla-t-il pour s'attirer un bon samaritain.

- Tu n'as pas le droit d'être ici.

Harry trembla. Persuadé d'avoir entendu la voix de celui que les moldus appellent le diable. Doucement, redoutant déjà des représailles, il fit demi-tour. Dans une position bizarre. Son corps figé par une puissance supérieure, seule sa tête avait tourné. Réactif, il se débattit avec ardeur.

- Tu n'as pas le droit d'être ici.

Cette fois, l'écho vint de devant. Harry força ses yeux malvoyants à mieux voir dans le noir. Un très léger halo de lumière se dirigeait sur lui. Finalement, une petite fille apparut. Vêtue de haillons sanguinolents, blessée, le visage constellé de taches rouges. Du rouge partout les mains, partout la bouche, dans le regard, à l'exception d'un œil aussi doré que l'or.

- Pro… professeur… bégaya Harry à moitié convaincu d'avoir le professeur Yenyeli en face de lui et dominé par une angoisse terrible d'être incapable de trouver l'échappatoire.

- Tu n'as pas le droit d'être ici, répéta la petite fille le visage inhospitalier. L'envie de tuer se lisait clairement sur son visage.

- Ce monde n'est pas le tien, va-t'en !

La voix d'enfant s'évapora pour prendre une teinte plus gutturale. Une voix de démon pensa Harry et il lutta plus intensément contre les chaînes invisibles qui l'empêchaient de se mouvoir.

- Je voudrais bien mais je n'y arrive pas, se plaignit-il en se tordant dans tous les sens.

- Etranger et humain que tu es, tu n'as pas le droit d'être là, se déchaîna la voix meurtrière dans le corps de la petite fille.

Harry prisonnier entendit son cœur le trahir, un battement plus sourd qui prend son temps pour appeler le suivant. Ses yeux brouillés, sa détresse coula le long de ses joues en des larmes de condamnés à mort. Si impuissant et nu qu'il se ressentait dans ces ténèbres où sa capacité respiratoire dégringolait trop rapidement.

- Pardon, pardon, s'excusa-t-il maladroitement, ne pressentant aucune issue favorable tandis qu'un feu rougeoyait dans ses poumons pour le consumer de l'intérieur. Pi.. pitié professeur…

Mauvaise idée que la pitié, l'obscurité se décupla autour de lui et la petite fille s'évanouit. Peut-être était-elle encore en face de lui mais aveugle il ne vit qu'une masse indescriptible lui grimper sur les jambes. Puis, les cuisses. Une chose noire et gluante comme une pellicule épaisse de sang noirci envahissait son corps.

- Pro… sseur… articula-t-il difficilement dans un appel à l'aide.

Recouvert aux trois quart la masse déborda sur son cou, plus que quelques secondes avant qu'il ne soit dévoré vivant.

- Tu n'as pas le droit d'être ici, ne cessa de répéter la voix bestiale autour de lui. A la fois si proche et si loin, partout.

- Tu n'es pas le bienvenu ! Fils d'humain, enfant de Potter, dehors, dehors, dehors, DEHORS !

Le cri balaya tout sur son passage tel un feu de dragon et Harry disparut dans les ténèbres en emmenant avec lui son dernier hurlement d'agonisant.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

- Harry ?

Sirius inspecta l'alentour, il avait cru entendre son filleul au loin. Il tendit l'oreille plusieurs secondes mais rien. Il avait dû rêver. Il devenait dingo dans cette obscurité poisseuse. Les voix dans sa tête fourmillaient pire qu'un essaim d'abeilles autour de lui. Ou en lui, ne voyant strictement rien à cause du noir il n'avait aucune certitude. A l'exception d'une chose : il détestait cet endroit plus qu'Azkaban. Le froid ici ne se contentait pas de lui filer des frissons, il lui ôtait toute sensation. Mort ou vivant, allez savoir. Des lamentations lui tenaient compagnie. Des cris de vengeance aussi. Des cris d'enfants à qui on arrache la vie. Par moments, l'écho de rires lui parvenait, sitôt suivis de rixes de combats.

Une petite étincelle apparut telle une luciole pour le guider mais elle ne dévoila qu'une montagne de cadavres empilés les uns sur les autres. Sirius épouvanté recula. La seconde suivante, le noir avait tout effacé. Il n'osa plus avancer, pas jouasse de marcher sur un sans vie. Il s'efforça néanmoins en changeant légèrement de direction si tant est qu'il était possible de maintenir un cap quand le sens de l'orientation ne savait plus où trouver le nord. Lorsque son pied toucha le sol, une autre étincelle franchit l'obscurité et il se retrouva dans une mer de sang. Son souffle s'accéléra, son pouls s'emballa, la frousse au ventre il pataugea dans le rouge avant de glisser et de tomber sur son séant. L'odeur du sang lui donna la nausée, il tenta de se relever mais ne parvint qu'à retomber de plus belle dans l'autre sens. Le visage dans l'eau rouge, il manqua de se noyer. Puis les voix se multiplièrent, de plus en plus proches et puissantes et tout d'un coup il vit postés en cercle autour de lui des individus dont Sirius avait l'intime conviction qu'ils étaient morts. Des âmes en peine venues de l'au-delà pour le torturer ou le tuer. Enfants, adultes, humains ou pas, tous les visages étaient déformés par la douleur qui continuait de les ronger de l'intérieur. La mort elle-même n'avait pas su mettre un terme à leurs tourments et Sirius se demanda s'ils lui réservaient le même sort. Au bout d'un moment, las de les entendre il plaqua les mains sur ses oreilles et supplia Merlin ou n'importe qui d'autre de le sortir d'ici. De mettre fin à son cauchemar quitte à l'achever si besoin est.

- Tu n'as pas le droit d'être là.

Sirius écouta à nouveau et leva les yeux. Les cadavres avaient disparu, les voix étouffées dans l'œuf. Une petite fille l'observait avec un mépris réservé à un pestiféré. Une petite fille aux yeux rouges qui était couverte de sang et qui ne l'appréciait pas. Sirius s'attarda dans sa contemplation, attiré par son visage. Rouge ou jaune, enfant ou pas, l'expression de son regard ne trompa pas Sirius et aussi sûrement que l'Homme a besoin d'air pour respirer il sut qui elle était.

- Tu n'as pas le droit d'être là, radota la petite fille nerveusement.

Sirius encaissa sa colère sans broncher.

- Pas le droit, pas le droit, PAS LE DROIT !

Un souffle violent le bouscula mais par terre il amortit le choc. Il se redressa, se releva mais la secousse suivante le mit psychologiquement chaos. La petite fille pleurait des larmes de sang. Il se retrouva désemparé et profondément meurtri, percevant inexplicablement une tristesse infinie émanée du cœur de cette petite fille. Soucieux de la consoler, il fit un pas dans sa direction.

- N'approche pas ! lui interdit-elle en s'éloignant.

- Mais tu pleures, nia Sirius en recommençant. Laisse-moi t'aider.

- Pas mes larmes, eut pour tout argument la petite fille en s'épongeant inutilement le visage d'une main.

Sirius n'avança plus. La discussion s'avérait compliquée. Il devait lire entre les lignes pour capter l'indice susceptible de lui faire comprendre la situation. Il devait comprendre pour avoir une chance de s'en sortir. A moins qu'à force de piqûres empoisonnées il ne soit passé fou sans s'en rendre compte et qu'il vive la plus grande hallucination de sa vie. Toutefois, il devait aller au bout des choses pour toucher le fond ou se relever et le visage d'une petite fille semblait silencieusement appeler à l'aide.

- Tu pleures toujours, avisa-t-il au bout d'un moment.

- Pas moi, eux ! rétorqua celle-ci en reniflant.

- Eux qui ?

- Eux tous. Partout.

- Eux tous… les voix tu veux dire ?

Une pièce infime se profilait à l'horizon, il s'y cramponna comme à sa boîte de Pandore. Aucun geste brusque, il patienta. Malheureusement, la petite fille le précéda en devinant ses pensées et ses pupilles se rétrécirent, ses larmes immédiatement remplacées par une flamme incandescente vouée à tout incendier sur des kilomètres.

- Black, tu n'as pas le droit d'être là, dehors !

Sirius avait échoué. L'innocence de l'enfance avait laissé sa place à une âme qui le haïssait viscéralement. La voix nasillarde qui l'avait brusqué par deux fois déjà allait lui adjurer le coup de grâce. Aidée par des voix qui dérangées dans leur sommeil se réveillèrent de mauvaise humeur pour l'attaquer de front. Sirius, sous la pression s'écroula, plaqué au sol par une force destructrice. Alors la mer rouge l'enveloppa de la tête aux pieds tout en changeant de couleur. Incapable de résister il avala des tasses et des tasses d'eau noire au goût de mort. Instinctivement, ses poumons exprimèrent leur désaccord, le forçant à recracher mais c'était peine perdue. L'eau était plus forte et il manqua rapidement d'oxygène. Il songea à la toute fin que mourir de la main de cette petite fille n'était pas si terrible s'il devait résumer son existence. Même s'il aurait préféré recouvrir cette main de la sienne pour la réchauffer. Elle semblait avoir si froid dans ces ténèbres. Si seule et si froid.

o-o-o-o-o-o-o-o-o

Severus Snape avait en face de lui une petite fille à l'apparence de Yenyeli quand elle avait sept ans. Excepté son œil jaune et l'aura autour d'elle qui n'avait plus rien d'humain. Le visage ravagé par la fureur, le corps raidit dans la terreur, elle était le reflet du traumatisme de Yenyeli, l'affliction de son ressenti à cet instant précis. L'âme brisée vagabondait dans un tombeau de mauvais souvenirs. Les fantômes hantaient son esprit et tentaient de s'emparer de sa magie, de son âme de vie. Severus ne bougea pas, l'examinant attentivement pour trouver la faille qui l'emmènerait vers celle qu'il recherchait vraiment. Il repensa subrepticement au souvenir de Greyback formé autour de lui quelques instants plus tôt. Avait-il loupé quelque chose d'important ? L'empêchant d'y réfléchir, un tourbillon noir aux relents de putréfaction le ballota dans tous les sens, il resserra sa cape autour de lui pour se protéger tout en regardant la petite fille qui le repoussait violemment. Comment la toucher et l'aider à se reconstruire. Ou du moins à se forger un équilibre suffisant pour la sortir de son coma ?

- Yenyeli, murmura-t-il pressé de l'atteindre.

- Sacrifice, rétorqua la petite fille indifférente. Tu es le sacrifice.

Severus tituba. La voix était celle issue des entrailles de la terre, celle qui ne pardonne pas et tend son épée Damoclès pour tout anéantir.

- Où est-elle ?

La petite fille se crispa, touchée d'entendre une voix qu'elle avait adorée dans une autre vie. Son regard à deux couleurs se voila, embuée d'une émotion remontée d'un puits qui peine à se remplir. Commotionnée, elle se pinça les lèvres pour anesthésier son dragon avant de laisser sa langue rouler des notes de flûte plus pacifiques.

- Tu es le sacrifice, tenta-t-elle d'expliquer comme si c'était la solution. Elle se meurt Severus, il est trop tard. Sacrifice !

- Où est-elle ? éluda Severus qui n'avait pas la patience d'ange.

- Trop tard. Pour le sacrifice sa ligne de vie s'est déformée pour prendre une autre direction. Son passé disparaît et avec lui demain.

- Où EST-ELLE ?

- Nous luttons dans ces ténèbres pour accomplir notre promesse mais nous mourrons malgré tout…

Elle s'interrompit et leva le visage vers un point invisible. Une légère fluctuation flottait dans l'atmosphère.

- Dumbledore, chuchota-t-elle enfin.

Severus se pinça les lèvres. Même aliénée par les ténèbres, elle parvenait à lire la situation réelle à l'extérieure.

- Severus, déclara-t-elle en se fixant à son regard avant que ses lèvres ne s'étirent en un sourire pathétique. Même cette barrière ne parviendra pas à entailler la ligne de son destin. Pour le sacrifice, tout a été scellé. Le dragon perd de sa puissance et l'humanité coule dans nos veines pour nous assassiner. Severus, regarde comme nous disparaissons.

- Non ! s'écria Severus témoin de sa dissolution soudaine.

Une masse noire avait surgi d'en bas pour attaquer la petite fille. Aspirant l'envelopper d'un linceul funeste qui désirait annihiler tous les restes de son existence. L'homme se précipita à sa rescousse mais au moment de la saisir sa main se referma sur du vide. Le cœur à cent à l'heure il songea avoir perdu le combat quand dans la seconde suivante, il se rappela que dans cet endroit le brouillard ne contenait plus d'oxygène. Il toussa, suffoqua.

- Tu es le sacrifice.

Plusieurs échos se réverbèrent dans les ténèbres, il pesta contre le ciel qui refusait de le soutenir. Enfin, le silence gouverna. Même les battements de son cœur ne résonnèrent plus dans sa poitrine devenue aussi froide que le blizzard. Severus en désespoir de cause tenta de hurler, de l'appeler mais sa voix elle-même ne produisit aucun son. Il ne put qu'avancer, persévérant dans cette obscurité compacte dans laquelle il se sentait défaillir chaque seconde. Qui pouvait donc survivre ici ?

- Yenyeli, assistante stupide, tu vas répondre, exprima-il dans un éclat foudroyant. Je t'interdis d'abandonner. Je te l'interdis tu m'entends. Interdis !

- Severus pardonne-moi.

Severus fit volte-face sa cape tourbillonnant sur elle-même. Un trait de lumière diffuse venait d'apparaître derrière lui et avec lui le corps adulte de Yenyeli. Celle de son présent à lui. Celle qui laissait difficilement filtrer ses émotions devant les étrangers parce que méfiante de tout et de tout le monde. Des humains particulièrement. Sauf de lui, il s'autorisa un souffle de soulagement. Tout n'était pas perdu.

- Rentrons, parla-t-il indésireux d'attendre plus longuement.

Yenyeli se contenta de lui sourire gauchement sans esquisser la moindre réaction, il insista.

- Rentrons. Maintenant, ensemble.

Elle ignora la main qu'il lui présenta. Le visage au bout du compte plus soucieux et l'esprit dérangé d'un rythme différent, elle se détourna pour regarder dans le vide.

- Severus, le nomma-t-elle le timbre de sa voix parcouru d'un léger sifflement grave. Te souviens-tu de ma question au sujet de la Lune ?

Severus ne l'écouta pas, il attendait le moment propice pour l'encadrer et l'expulser de ce cauchemar interminable. Hélas, l'occasion ne se présenta pas. Autour d'eux un nouveau souvenir se modela à la façon d'un film en noir et blanc. Un souvenir commun, secret et se laissant envahir par la nostalgie, il observa avec une attention particulière ce morceau du passé qui les réunissait à une époque où les ténèbres penchaient plutôt de son côté de la balance.

Les souvenirs sont portés par le cœur et le vécu. Personnels et uniques, ils interagissent sur notre quotidien sans que l'on en ait vraiment conscience. Parfois, il suffit d'un parfum, d'un mot, d'une couleur pour que le présent se mélange au passé et nous ramène dans des endroits qu'on pensait oubliés. C'est comme avoir une baguette magique dans le présent qui ouvre des portes de notre âme enterrée. Il suffit juste de tomber sur la bonne clef. Les étoiles dans le ciel ont offert à la terre un cadeau inestimable pour aider la lune. Un passe-partout pour ouvrir toutes les portes menant jusqu'au Dragon. Le serpent a vu dans le regard de la lune plusieurs passés sans savoir qu'il était sa raison d'existence dans le présent. La terre commence à peine à entrevoir la lumière de la lune.

A suivre !

1 : Yenyeli signifie étoile rouge