Chapitre VI : Willy

Lorsque le lendemain matin Cain me vit épuisée, tenant à peine debout, toujours en train de m'en prendre à la figure d'entraînement avec un moignon d'épée en bois - elle s'était brisée au cours de la nuit - je crois qu'il prit peur car pour la première fois il m'emmena à la taverne et me suggéra d'arrêter mon entraînement magique pour la journée.

A dire vrai, plus que de prendre peur, il alerta Tyraël et Lorath.

"Tu sais que c'était irresponsable, ainsi que ridicule ce que tu as fait ! Tu aurais pu te blesser ! l'ancien militaire me sermonna une fois de plus."

Grognant, laissant mon visage couvrir de vue ma bouillie d'avoine - qui apparemment m'était donnée en guise de "punition" pour que je ne sois pas "tentée de recommencer"...- je pris une bouchée avant de rétorquer, "Je voulais m'entraîner.

-Seule, dans le noir, jusqu'à t'écrouler ? Ce n'est pas une bonne idée, tu t'en rends compte ?!

-...Dormais pas."

Dans l'auberge presque vide, le soupir de Lorath retentit à travers toute la pièce. Il but une gorgée de bière avant de répliquer, "Et c'est une excuse valable, selon toi ?

-Non, c'est un motif valable."

Il plissa ses yeux avant de finir sa chope d'un trait et d'aboyer bieeeen trop près de mes oreilles, "Entraînement à dix heures aujourd'hui, Florence ! Tu verras à quoi ça aboutit, tes idioties !

-T'es pas ma mère.

-Heureusement, sinon tu m'aurais déjà rendu chèvre bien avant !"

Je soupirais, prenant une bouchée de bouillie d'avoine, ne remarquant pas qu'une silhouette venait de prendre place à côté de moi.

"Florence Sinin ? murmura une voix calme."

Je sursautais, me tournant vers un homme. Mes yeux s'écarquillèrent alors que je vis de longs cheveux noirs, des traits fins, une silhouette élancée, un chapeau pointu… "Vous êtes un Sorcier ! Rah, je le savais !"

Le Nephalem eut un sourire amusé, "Heureux d'atteindre vos espérances. Je me présente, William Southern, mais mes amis m'appellent Willy.

-Tyraël vous appelle Willy ? Et moi, c'est Florence. Appelez moi Flo et je vous écorche vif."

Il grimaça à cette pensée, préférant répondre à ma question plutôt que de commenter, "Non, je crains qu'il ne préfère se contenter d'un sobre "mon ami"."

J'acquiesçais, ça correspondait bien à Tyraël, Monsieur je-pige-rien-aux-humains.

"Donc, Willy, vous avez reçu ma lettre ?

-Oui. Et j'aimerais un peu plus… d'explications."

J'acquiesçais, raclant ma gorge avant de répondre :

"J'admets que la situation est… déroutante, pour moi aussi. Il y a quelques semaines, je vivais chez moi, dans une ville du vingt-et-unième siècle, avec ma mère et ma sœur et soudainement… Tout à basculé.

-Vous avez découvert que Sanctuaire n'était pas un jeu.

-Oui. Dans le jeu, il y avait un événement spécial, surnommé "l'âge sombre de Tristram". Dans cet événement, le joueur était transporté à l'époque où Tristram était encore en activité, assaillie par les attaques de Diablo. Adria, dans mon monde, était dans le corps de ma sœur, et a… utilisé cette opportunité afin d'ouvrir un portail.

-Et c'est comme ça que Lazare, lui aussi, a pu venir.

-Oui. Il a agressé une vieille dame hier. On a abrégé ses souffrances."

Willy opina sombrement avant de passer une main sur son chapeau, un geste que j'aurais trouvé ridicule en une autre occasion.

"Et vous avez donc besoin de mon aide pour tuer Lazare.

-Et Diablo, aussi. Peut-être."

Willy haussa un sourcil.

"J'ai… oublié d'en faire mention dans ma lettre, mais… Diablo, enfin, le Rôdeur Noir est probablement ici aussi, avec Adria à ses côtés. Cependant, vu que le Prince Aidan est encore partiellement en contrôle… Nous avons du temps avant d'avoir Diablo de retour."

Willy soupira profondément.

"Les ennuis ne s'arrêtent jamais, hein ? demanda-t-il d'un sourire attristé.

-Ça ne serait pas Sanctuaire, sinon.

-Ça, c'est bien vrai, Willy marmonna avec une lueur sombre dans son regard.

-Juste, marmonnais-je avant qu'il ne se lève, évitez de parler aux autres du fait que je viens d'une réalité parallèle où ils sont dans un jeu. Je leur ai dit que je venais du… futur."

Willy haussa un sourcil avant de soupirer, "Soit. Je garderais ton secret."

Il se releva et se tourna alors vers l'aubergiste, demandant avec la familiarité de l'amitié si Tyraël était dans sa chambre. Le patron de l'auberge répondit qu'il y était, avec Cain.

Je remarquais que le corps de Willy se figea un instant à l'énonciation du nom du mort, avant de sourire et d'entrer avec confiance dans le couloir menant aux chambres.

Songeant qu'il serait bientôt l'heure de mon entraînement avec Lorath, je réalisais soudainement que les retrouvailles entre Tyraël et Willy étaient bieeeeeen plus importantes que le lynchage public que Lorath avait sans doute prévu et que c'était donc mon devoir que d'y assister au lieu de faire mon entraînement… non ?

Cette justification fut assez correcte dans mon cerveau pour que je me présente face à la chambre de Tyraël, ne prenant pas la peine de frapper - au vu du nombre de personnes à l'intérieur, je doutais qu'ils aient besoin d'intimité… à moins qu'un threesome entre Willy, Cain et Tyr- non, beurk !-, je me retrouvais ainsi face à une scène des plus… irréelles.

Tyraël et Willy se faisant un câlin avec Cain posant une main réconfortante sur les deux.

Bordel, le threesome c'était qu'une blague, les gars ! Je refuse d'avoir le papy du village, l'ange de service et le personnage que j'ai joué ensemble !

Heureusement pour moi, les trois hommes se séparèrent, leurs regards lourds d'émotions alors que Tyraël déclara :

"Cela fait plaisir de vous revoir, mon ami. Et… merci, Florence, de l'avoir ramené à nous. Je crains que je n'aurais pas eu la force de le faire par moi-même."

Je souris à l'ange, lui faisant un clin d'œil amical. Tyraël inclina légèrement sa tête.

"Du coup, les gars, maintenant qu'on a le Nephalem, j'aimerais savoir si c'est possible de traquer Lazare pour le tuer vite fait bien fait. L'archevêque a après tout quelques décennies de retard en développement magique et en plus Willy est vraiment surpuissant pour avoir vaincu Malt- Diablo," je me corrigeais face à l'expression peinée de Tyraël à l'énonciation du nom de son frère.

Deckard soupira, s'avançant vers les piles de livres de Tyraël - qui en fait étaient les siennes. Il prit l'un des livres et marmonna, caressant la couverture pensivement, "Lazare était un maître de la magie des illusions et des dissimulations… Rivalisant avec le Seigneur Bélial en personne."

Je ricanais, lançant un regard à Willy, "Génial, on a l'homme qu'il nous faut, dans ce cas."

Cain haussa un sourcil d'une façon que j'aurais pu comparer à Spock de Star Trek si seulement il n'était pas dans son espèce de robe grise avec son visage ridé et sa calvitie. Cependant, l'Horadrim préféra manifestement laisser ses interrogations sur Bélial à plus tard afin de poursuivre, "Au vu de la situation dans laquelle il se trouve, il va probablement essayer de se dissimuler avant d'agir. Je pense que le meurtre de la mère de l'aubergiste était, si ce n'est un accident, uniquement à cause du fait qu'elle l'ait vu et qu'elle ait pu se souvenir de lui.

-Si c'est le cas, pourquoi lui lancer une malédiction au lieu de tout simplement l'égorger ? Tyraël demanda."

Cain sourit faiblement, ouvrant le livre qu'il tenait.

"Parce qu'il espérait en faire un monstre à sa cause."

M'avançant, mes yeux s'écarquillèrent alors que je vis les représentations, les schémas, et les formules magiques griffonnées par la main de Deckard plus de vingt ans auparavant.

Comment créer un Squelette.

Je déglutis, me rappelant des nécroses sur le bras de la vieille femme.

Willy prit le livre un instant, feuilletant les pages avant de marmonner, "Mais la transformation est instantanée, normalement…

-Lazare était affaibli, dis-je. Il était affaibli… car Aidan venait de se battre contre lui.

-Ne devrait-il pas être mort, dans ce cas ?"

Il le devrait… Mais contrairement à Adria, qui s'était réincarnée dans mon monde et n'était donc pas dans sa cabane lors de l'event, Lazare, lui, a été réincarné dans la Cathédrale.

"Il a probablement prévu un stratagème afin de survivre à l'attaque d'Aidan, quitte à paraître mort. Il est tout à fait possible qu'il l'ait suivi jusqu'au village de Tristram et ait vu Cain partir avec moi pour atterrir ici."

Les trois hommes m'observèrent un instant. Cain murmura, sa voix occupant la petite chambre, instillant en nous le spectre de la Terreur, "Si ce que tu dis est vrai… Quels autres cauchemars de ce lointain passé ont donc pu nous rejoindre ?"

Je déglutis. Willy ferma ses yeux un instant. Tyraël, toujours aussi pragmatique, déclara, "Il est peu probable que les démons inférieurs ou les squelettes aient eu l'intelligence nécessaire pour planifier quoique ce soit. Quant aux autres, la plupart n'avaient probablement pas l'intelligence nécessaire pour planifier quoique ce soit.

-C'est en effet plus que probable. Lazare aurait peut-être pu réincarner un Démon, cependant il aurait dû avoir une part de ce dernier, une part essentielle, comme par exemple du sang, intervint Cain de sa voix "je-suis-un-vieil-et-honorable-horadrim"."

J'eus un soupir de soulagement. Lazare, Adria et le Rôdeur étaient déjà bien assez pour moi.

La tension préalablement présente dans la pièce se relâcha alors que Cain, Tyraël et Willy commencèrent à discuter de choses et d'autres. Je les suivis, pensive, jusqu'à ce que l'on rejoigne la sortie de l'auberge- il fallait prévenir Lorath de l'arrivée de The Nephalem.

Lorsqu'on ouvrit la porte, cependant, je pense que je n'étais pas prête à l'agression que je dus subir. Soudainement, sorti de nulle-part, un poids d'au moins une soixantaine de kilos m'écrasa alors que j'entendis Willy pousser un cri. Tentant de me débattre, mes yeux s'écarquillèrent alors que je vis deux orbes noires, des yeux de démon me fixer.

"Meuuuuuh ! glapit la chose d'un ton heureux

-Non, le veau, dégage ! Tu ne peux pas-"

La bête se tourna brusquement, enfonçant ses sabots dans mon ventre alors que je poussais un gémissement de douleur. Ne se rendant visiblement pas compte de la situation, le monstre fit deux pas en avant avant de pousser un "meuh !" satisfait.

Me relevant, je m'exclamais, "C'était quoi ce truc ?!"

Le Nephalem m'offrit un sourire gêné, "Mon veau royal. Il me suit de partout et il peut être un peu… émotif.

-Meuh !

-Le veau royal ?! C'est pas un veau, c'est- c'est- c'est un véritable démon, Willy !

-Il est vrai que je sens une magie étrange flotter autour de ce veau…

-Même l'Archange est d'accord, Willy ! C'est un monstre de cruauté !"

Le veau se tourna alors vers moi et, comme s'il avait compris mes paroles, me fit des yeux de biches accompagnés d'un "Meuuuuuh…?"

Je lui lançais un regard noir. Je t'ai à l'œil, toi.

Le veau, visiblement satisfait de savoir qu'il n'allait pas être transformé en steak haché dans les secondes qui suivent, retourna près de son Maître avec la fierté et la prestance que l'on pourrait attendre d'un prince.

Levant les yeux au ciel, poussant un pourquoi silencieux dans mon cerveau, je songeais au véritable problème que Sanctuaire avait avec les vaches.

Et les poneys.

Soupirant, je remarquais alors Lorath s'approchant vers nous, une expression tout d'abord fermée - il devait sans doute penser à… l'oubli de mon entraînement - qui se mua rapidement en une expression lumineuse alors qu'il s'exclama, "Willy ! Tu es de retour !"

J'eus un sourire en voyant notre équipe. Un papi horadrim, un veau démoniaque prétentieux, un archange déchu en humain, un ancien soldat véritable rat de bibliothèque, un Nephalem éleveur de vache dont le seul tort est de s'auto-surnommer Willy et une geek à peine capable de faire un Trait de Feu qui aurait fait rire ma sorcière de Diablo II. Alors qu'elle était niveau 1.

Et c'est parti pour tuer Diablo ! songeais-je avec ironie.

Note de l'auteur :

Voili voilou, ce chapitre est fini, j'espère qu'il vous a plu ! A la prochaine !