Chapitre XI : La Magie des Enfers
Depuis mon entrevue avec Tyraël, je travaillais d'arrache-pied afin de pouvoir contacter Aidan. Si l'Archange m'avait partiellement aidé, la nuit suivante j'avais été bien incapable de mettre en oeuvre mon objectif pour la simple et bonne raison que je n'avais pas su distinguer ma conscience de celle du Prince.
C'est à dire, qu'en somme, je n'avais pas pu penser par moi-même étant donné que les pensées d'Aidan - et celles de Diablo - s'étaient imposées à moi comme miennes.
Quand j'en ai parlé à Tyraël, il m'a orienté vers quelques livres, qui sont une fois de plus aussi incompréhensible que possible.
Je soupirais bruyamment, refermant un énième livre qui ne me racontais que du charabia. Le problème de la plupart des livres que l'Archange me passait était que, même si je pouvais comprendre la théorie derrière les sorts, leur application divergeait entièrement de la façon dont j'avais réussi à faire les quelques sorts que je pouvais accomplir. C'était à chaque fois quelque chose du style "laissez vous envahir par cette vague de bien-être et de calme, essence de la magie même"... Lorsque Haedrig m'avait donné la possibilité de forger ma dague, exploit le plus "grandiose" que j'ai jamais accompli, ce n'était pas le calme que je recherchais. Haedrig m'avait bien spécifié que je devais y mettre toute mon âme.
Et mon âme était remplie de colère, de haine, de tristesse et d'une lueur d'espoir. Pas de… calme !
"Un problème ? une voix s'enquit derrière moi."
Je sursautais, manquant de renverser l'une de mes chandelles. Me tournant vers la source du son, ma gorge se tendit immédiatement alors qu'une voix intérieure m'hurla : "Méfiance !"
"Archevêque Lazare… quelle surprise. Que faites-vous ici ? Je ne pensais pas vous trouver dans les rayons de magie angélique ou bienveillante.
-A dire vrai, Florence, je ne pensais pas non plus vous trouver ici."
Je fronçais mes sourcils. De quoi le religieux corrompu pouvait-il donc parler ?
Dans les yeux sombres de l'archevêque, je vis une lueur d'amusement teintée d'avarice. Je déglutis, me demandant ce qu'il me voulait.
"Vous avez du mal à mettre en oeuvre les sorts de ces livres, n'est-ce pas…?
-Oui, et en quoi est-ce votre problème, Lazare ?
-Eh bien, vu votre potentiel magique, il serait si… regrettable de le gâcher sur ce genre de magies que vous n'arrivez à l'évidence pas à maîtriser."
Intéressant, il ne m'a pas ressorti une excuse stupide du genre "parce que sans votre soutien, la victoire est encore plus lointaine" qu'il aurait dit à Deckard dans son petit jeu de chat et de la souris… Il veut me convaincre de sa sincérité.
"Et quel genre de magie me préconisez-vous, Archevêque ?"
Un sourire fleurit sur les lèvres sèches du religieux alors que, reculant, il me fit signe de le suivre.
On passa à travers les divers rayons de la bibliothèque, certains vides, d'autres au contraire remplis, pour arriver finalement au fond de l'immense salle. Lazare, visiblement immensément enchanté, ouvrit la porte de chêne menant à l'extérieur de la bibliothèque.
Où veut-il aller ?!
Il nous fit quitter l'Académie, et lorsqu'il commença à se diriger hors du village, je le stoppais en attrapant sa manche.
"Archevêque… Je refuse de quitter le village seule avec vous."
Lazare se tourna vers moi, ses yeux presque étonnés par mes mots. Il décida finalement de déclarer, sa voix presque… mielleuse.
"Dis-moi, Florence… N'es-tu pas curieuse ? Je suppose qu'entre Cain et Tyraël tu as pu avoir un éventail de magies… vaste, sans pour autant qu'aucune ne te convienne… Ne veux-tu pas essayer ?
-Je refuse de sacrifier mon intégrité pour du pouvoir, Lazare. Pratiquer ta magie diabolique… c'est sans aucun doutes une mauvaise idée.
-Si tu n'avais pas de doutes, alors pourquoi me suivre jusqu'ici ?"
Je me tendis imperceptiblement.
"Je suis bonne à l'épée, ça me suffit amplement.
-Tu ne m'as pas répondu… Mais même si l'épée te suffisait, penses-tu que c'est assez pour vaincre le Seigneur de la Terreur ?
-Peut-être pas, mais peu m'importe : Diablo n'est pas celui que je veux tuer."
Lazare, qui jusqu'à présent affichait une mine avare, sans doute à l'idée de pouvoir me corrompre voire même de m'avoir sous sa coupe, fut bouche bée alors qu'il entendit mes quelques mots.
"Tu… ne veux pas tuer Diablo, contrairement à tes… amis ?
-Le cas de Diablo n'est pas le mien à gérer. Willy, Tyraël, Lorath et Deckard sont bien assez pour le vaincre. Je n'ai pas à me soucier de lui. Adria, par contre…"
L'archevêque, son sourire retrouvé, allait parler alors que je l'interrompis, levant ma main :
"Lazare, faire usage de ta magie juste pour être puissante ne m'est en aucun cas utile. Par contre… Comment ferais-tu, si tu étais dans la tête de quelqu'un d'autre, pour distinguer ta conscience de celle dudit autre ?"
Le religieux haussa un sourcil interrogateur, aplanissant brièvement sa tenue liturgique avant de m'observer comme si j'étais encore plus intéressante qu'avant.
Bon sang, ce type est flippant à être obsédé par moi ! Mais bon, au moins, je peux utiliser son obsession à mon avantage… Urgh, je refuse de ne serait-ce que repenser cette phrase.
"Il t'arrive souvent d'entrer dans la tête d'autres personnes, Florence ?
-C'était une situation hypothétique, Lazare. Alors, comment ferais-tu en usant de ta magie démoniaque ?
-Il est étonnant que tu penses que, de toutes les magies occultes existantes, la Magie des Enfers soit celle qu'il te faut… murmura l'archevêque.
-La magie mentis étant principalement utilisée par les démons et les anges, puisque l'option angélique ne fonctionne pas avec moi je me suis dit pourquoi ne pas essayer celle démoniaque.
-Je pensais que c'était une situation hypothétique.
-Peu importe, dans les deux cas je veux ta réponse, Lazare."
L'archevêque acquiesça lentement, restant silencieux quelques instants. Il finit par murmurer, comme s'il était toujours perdu dans ses pensées :
"La seule différence entre la technique angélique et celle démoniaque est que, dans le premier cas, tu dois faire appel à… un contrôle que tu peux exercer sur toi. Par contre, dans le cas de la magie démoniaque, c'est le contraire : tu te fixes un objectif - ici, différencier ta conscience de celle de la personne que tu vises - que tu cherches à atteindre à tout prix. En réalité, la seule chose que tu fais, c'est canaliser tes émotions en un seul et même point, comme si tu versais tout ton être pour atteindre cet objectif, sans pour autant te laisser dominer par tes pulsions… Certains appellent ce phénomène la Recherche de-
-...l'Exactitude ? marmonnais-je."
Lazare afficha un visage agréablement surpris. Ses yeux de fouine scintillaient alors qu'il demanda d'un ton anodin :
"As-tu déjà pratiqué une forme de magie démoniaque, Florence ?
-Ça dépend, est-ce que forger une dague peut être considéré comme de la magie démoniaque ?
-Tout dépend de la manière dont on s'y prend… Je serais très curieux de voir cette dague que tu as forgé, Florence… L'aurais-tu sur toi ?"
Grognant intérieurement, me répétant en boucle que c'était une mauvaise idée, je sortis tout de même ma dague, la tendant à l'archevêque. Lazare, ses yeux brillant de curiosité, manipula avec précaution l'objet magique, silencieux.
Agacée, je lâchais :
"Ne vous attendez pas à un objet légendaire, Lazare, c'était la première fois que j'utilisai ma magie.
-La première fois, dis-tu…? Remarquable, c'est… remarquable, pour un premier essai. Tu es un prodige, Florence… murmura-t-il en relevant ses yeux sur les miens. Un prodige de la Magie des Enfers.
-Les démons ne sont-ils pas censés être les seuls à pouvoir faire ce genre de choses ?
-Parfois, lors de très rares occasions, il est possible qu'un humain puisse pratiquer ce genre de magies… Généralement lorsque son âme est si corrompue qu'elle est semblable à celle d'un démon, ou alors que dans son ascendance se trouve des démons… Les Nephalems de la première génération, par exemple, étaient capables de faire ce genre de magies obscures."
Il sourit, comme si cette nouvelle était l'une des meilleures qu'il ait eu de sa vie.
Quant à moi, déglutissant, reprenant ma dague, je songeais alors que j'allais dans ma chambre à l'auberge que si j'étais la réincarnation d'Aidan, c'était que mon âme avait été si corrompue par Diablo que, comme Lazare le suggérait, elle était semblable à celle d'un démon. Cela expliquerait mes difficultés à réaliser d'autres sorts que ceux démoniaques…
Même si Aidan est sauvé, son âme… notre âme, peut-être… est perdue.
Le soir-même, après avoir rédigé mes pensées sur la question dans mon journal, je m'étalais sur mon lit, ma dague à ma droite sur la table de chevet. Fermant mes yeux, je me murmurais à moi-même dans le maigre espoir que, quelque part, cette technique démoniaque ne fonctionne pas.
"Mon objectif est de séparer ma conscience de celle du Rôdeur… Mon objectif est de séparer ma conscience de celle du Rôdeur… Mon objectif est de séparer ma conscience de celle du Rôdeur…"
Au fur et à mesure que je répétais ces quelques mots, je me rappelais pourquoi je voulais le faire. Je voulais le faire afin de pouvoir rallier Aidan à ma cause et potentiellement faire une proposition d'entraide à Diablo, afin de pouvoir tuer Adria.
Adria…
Le nom seul remuait en moi de nombreuses émotions, s'entremêlant en une cacophonie intelligible. Contrairement à la dague, je ne pouvais pas me concentrer sur quelque chose de physique, mais bel et bien d'abstrait, et cela compliquait la tâche qu'était de canaliser mes émotions vers mon objectif.
Tuer Adria… Je veux tuer Adria… Et pour ce faire, j'ai besoin d'Aidan, voire peut-être même Diablo… Je dois séparer ma conscience d'eux… Je peux le faire…
Depuis que la sorcière m'avait appelé "Maître", depuis le moment où j'ai jugé que je ne devais plus me battre pour des choses inutiles, tout était comme… flou. J'avais la vague sensation que Diablo me laissait tranquille ces derniers temps, comme s'il était accaparé à un autre projet, d'une grandeur plus grande peut-être. Cela ne m'inquiétait pas comme cela le devrait. A dire vrai, j'étais presque rassuré de pouvoir enfin me reposer et reprendre quelques forces dans mon affrontement contre le Seigneur de la Terreur.
Tuer Adria… C'est mon objectif… Pour l'accomplir, j'ai besoin d'Aidan… Je dois séparer ma conscience… La haine, la colère, l'envie de vengeance… doivent me servir à atteindre mon objectif.
Qui… qui parle ? Je ne le sais pas. Je ne pense pas que cela soit Diablo, ce murmure est atypique du Seigneur de la Terreur. Il serait plus prône à tenter de prendre possession de mon corps… Mais de qui peut-il bien s'agir…? Peut-être suis-je devenu fou…
Qui êtes-vous ?! rugit une voix dans ma conscience, que je pus attribuer à Diablo sans aucune hésitation.
Tuer Adria… C'est mon o… Le Rôdeur ? J'ai réussi ? C'était si… si facile ?
Tout devient si confus dans mon esprit. J'avais du mal à comprendre ce qu'il se passait. Accueillir la présence de Diablo en moi était déjà un fardeau suffisant… Mais maintenant, cette inconnue, qui ne pouvait être le fruit de ma folie, puisque le Seigneur de la Terreur pouvait l'entendre, me semblait être une charge que je ne pouvais supporter.
Qui êtes-vous et que faites-vous dans l'esprit de cet humain ?! Avez-vous conscience d'où vous êtes ?
J'y suis parvenue. Oh mon Dieu, j'y suis arrivée, enfin. Lazare avait peut-être raison, je serais potentiellement un prodige de la Magie des Enfers ! Non pas que ça soit le type de magie que j'aurais choisi en priorité, mais c'était mieux que rien. Tout ce qui comptait était mon objectif. Comme on dit, la fin justifie les moyens.
Lazare ?! Qu'est-ce que cet imbécile a encore fait ? Et n'est-il pas censé être MORT ?!
La Magie des Enfers… qui que soit cette étrangère, elle n'est probablement qu'une servante des forces du mal… Même si cela est une tâche que j'ai peur de pouvoir accomplir, il en va de mon devoir de protéger Sanctuaire coûte que coûte.
Une servante des forces du mal ? Pourquoi de tout les héros qui m'aient combattu cela devait être le plus idiot qui m'ait vaincu ?
Sans doute parce que vous l'y avez aidé, Diablo. Alors que vous aviez le Boucher, le Roi Squelette, et de nombreux autres démons sous la main, vous n'avez fait que placer des squelettes et des déchus pour les premiers niveaux de la Cathédrale ! C'est comme ça que même un prince vaincu à Ouestmarche a pu vous combattre et gagner… à mon plus grand désarroi. Sérieusement, même si le style et les apparences ont leur importances à leurs yeux, c'est à chaque fois votre égo surdimensionné qui permet aux humains de vous tuer… Franchement, si j'étais à votre place-
Tu n'es pas à ma place, humaine ! Donne-nous ton nom et la raison de ta présence, sous peine d'affronter la Terreur !
J'observais placidement Diablo et cette nouvelle étrangère échanger, me demandant silencieusement si j'avais été maudit ou bien si finalement tout ceci n'était qu'un rêve fort étrange, car après tout-
Aidan, laisse moi gérer la situation !
Je remarquais silencieusement, vis à vis de la remarque de Diablo, que j'avais déjà expliqué que je ne comptais en aucun cas intervenir, non seulement parce que cela ne me concernait en rien mais aussi parce qu'économiser mes forces dans la lutte contre le Seigneur de la Terreur était primordial.
Pour la "Terreur" personnifiée, vous m'avez l'air bien impotent, Diablo. Mais bon, je sais la situation dans laquelle vous êtes, c'est donc tout à fait compréhensible. Je me nomme Florence, et je suis l'alliée de Deckard Cain et Tyraël dans la lutte contre le Rôdeur Noir - le nom que les populations ont attribué à votre combo Aidan + Diablo dans une réalité alternative du passé.
Comment Lazare a-t-il pu entrer en contact avec une alliée de Deckard Cain ? Lui aussi m'aurait-il trahi ?
Lazare était donc en vie…?
C'est compliqué. Ecoutez, Aidan et Diablo. Mon objectif n'est pas de vous nuire, à l'un comme à l'autre. Il se trouve que par le hasard des choses j'ai semblerait-il un lien psychique me permettant d'accéder à vos pensées, mais je ne compte en aucun cas l'utiliser pour vous faire du mal. Considérez moi neutre dans votre lutte de pouvoir. La seule chose que je souhaite - qui est, il me semble, partagée par Diablo - est la mort d'Adria. La mort définitive d'Adria, pour être plus précise.
Comment se fait-il que tu connaisses la sorcière, humaine ?
La mort d'Adria…? Non, je devais protéger Adria, je m'étais fixé comme objectif d'empêcher Diablo de tuer qui que ce soit, je… Non, je devais aussi me battre contre l'inconnue !
Soudainement, je sentis une force phénoménale, une détermination insoupçonnée me balayer de l'esprit d'Aidan. Malgré ma magie démoniaque tentant plus où moins de m'y maintenir, je fus rapidement expulsée, comme si la faible prise que j'avais sur le Prince s'était soudainement dissoute.
Désormais, je me tenais dans un espace sombre, duquel seul un maigre filet de lumière passait, se projetant sur un trône noir.
Et, dans ce trône, une silhouette.
"Maintenant que nous sommes enfin seuls, Florence… J'attends de toi quelques explications."
La voix était froide, d'origine indubitablement démoniaque. Elle résonnait différemment de l'esprit d'Aidan, comme si être plongée dans les pensées de l'humain appliquait un filtre sur la voix de Diablo… filtre qui, désormais, était retiré.
Oui, maintenant, je pouvais comprendre le titre de Diablo. Ce n'était plus la silhouette ridiculeusement pixellisée de l'event du I, ce n'était plus le monstre du II ou du III que j'avais pu vaincre avec plus ou moins de difficulté, ce n'était pas non plus l'être que je moquais pour ses choix parfois peu raisonnés.
C'était la Terreur personnifiée.
Je sentis l'agacement amusé de Diablo face à mon silence. Au sein de son esprit, là où il était Maître, je me sentis soudainement suffoquer. Autour de moi, une fumée noire s'infiltrait en moi par mes pores, mes narines, et brouillait mon cerveau affaibli. J'avais l'impression de me transformer en pantin, de ne plus avoir de volonté, seulement… la Terreur.
Non. Comme Lazare me l'a dit - ne relevons pas l'ironie que cela soit le conseil de Lazare qui me permette de combattre Diablo - il faut que je maîtrise mes émotions. J'ai un objectif, qui est de tuer Adria, et pour atteindre cet objectif je peux utiliser Diablo. Il faut que je garde en tête cette pensée.
L'effroi tétanique que je ressentais s'évanouit peu à peu alors que je repris conscience de mon être. La Terreur était sous mon contrôle. Diablo, face à moi, haussa un sourcil interrogateur. J'en étais convaincue, malgré le fait que je ne puisse voir son visage.
"Je parie que peu arrivent si facilement à surpasser leur peur face à toi, Diablo… marmonnais-je avec un sourire triomphant.
-La simple Terreur n'est pas le seul outil à ma disposition, ici… Je pourrais détruire ton âme…"
Je souris, une once de peur en moi qui pourtant ne se montra pas sur mon visage tandis que je m'avançais vers le trône obscur. Alors que j'étais à une dizaine de centimètres de la silhouette de Diablo, je ne la voyais pas pour autant plus nettement que cinq mètres plus loin. Je m'autorisais à ricaner face au Seigneur des Enfers, contrôlant intérieurement la panique sourde que je ressentais.
"Non. Je suis trop intéressante à tes yeux. Peut-être es-tu assez fort pour détruire mon âme, voire même celle d'Aidan, mais tu n'as ni tué la sienne ni détruis la mienne, tout ça car tu sais que c'est le mieux pour toi.
-Si tu ne réponds à aucune questions, ton intérêt risque de décroître…
-Lazare a été capturé par Tyraël et Cain, quant à ses allégeances, je pense qu'il est encore lui-même incertain de son camp.
-Probablement celui des gagnants, dans ce cas… marmonna Diablo. Dis moi, que me veux-tu, toi, alliée des anges qui pourtant me parle à l'aide d'une magie démoniaque ?"
Jugeant que l'informer que techniquement Tyraël n'était plus un ange était inutile, je décidais de répondre.
"Mon objectif, comme je l'ai dit, n'est pas de te tuer, Diablo. Même si ça l'était, il y a dans mon camp des personnes suffisamment puissantes pour le faire. Non, ce que je veux, ce que je pense que nous voulons tout les deux, est la mort d'Adria.
-Tes héros capables de me tuer ne peuvent-ils pas se charger d'elle, simple humaine ?
-Ironiquement, je pense qu'il est plus facile de te tuer que de se charger d'elle. Elle a déjà trompé la mort une première fois, en ayant été tuée par un héros qui s'était déjà chargé de toi. Et pourtant, la voilà bien vivante… Toi, sans vouloir te vexer, il suffit de te tuer et de garder ton âme dans une pierre d'âme sous surveillance.
-Un héros autre que Aidan s'est chargé de moi…?
-T'as quand même réalisé que tu te trouves dans le futur, Diablo, non ? A ton avis, si tu n'es pas en train de dominer le monde avec Baal et Méphisto, qu'est-ce qui s'est passé ?"
Je sus que Diablo n'était pas offensé car je sentis son sourire amusé à ma remarque.
"Tu veux donc que je détruises son âme…
-C'est l'idée.
-Et que me donnes-tu en échange de ce service, humaine ?
-...Tuer Adria ne fait pas partie de tes objectifs ?
-Je ne compte pas nécessairement la tuer… La réprimander, oui, lui faire frôler la mort, sans doutes, mais la tuer alors que j'ai des soupçons de sa trahison serait… une sentence bien trop légère à mon goût. Pas au tien ?"
Il était vrai que je n'y avais jamais songé, mais… Juste tuer Adria ne semblait pas assez. Non, il fallait aussi la faire souffrir.
"Qui de mieux que le Seigneur de la Terreur pour torturer la sorcière ? Tant qu'à la fin elle est définitivement morte, ça me va.
-Très bien, mais que me donnes-tu en échange…?"
Je fronçais mes sourcils. Pourquoi Diablo me demandait quelque chose en échange d'un truc qu'il voulait de base ?
C'est un démon.
Oui, c'était logique vu sous cet angle. Commençant à chercher quelque chose que je pourrais lui donner, je réalisais alors que s'il me posait la question…
"Tu as sans doute déjà une idée de ce que tu veux. Dis la moi, et je verrais si c'est acceptable.
-J'aimerais que tu deviennes mon informatrice.
-C'est à dire… espionner Cain et Tyraël ?
-Pas que. Puisque nous sommes dans le futur, il n'est qu'élémentaire que j'apprenne ce qu'il s'est produit ces dernières décennies… Or peu de gens connaissent la totalité de l'histoire, je pense que même notre chère Adria a quelques trous… J'ai la sensation, par contre, que tu as toutes les informations sur les actes que je fis et qui m'amenèrent à la défaite."
Je mordillais ma lèvre, incertaine. Autant informer Diablo sur le passé était acceptable - car de toute façon il pourrait trouver ces informations par lui-même -, autant espionner Cain et Tyraël…
Je ne voulais pas. Certes, seule, je n'étais qu'un grain de sable dans la lutte contre Diablo, mais si je commençais à saboter les plans… J'allais devenir un Marius-bis : faible et sans importance, qui pourtant a pu déclencher de nombreux maux.
Pourquoi me retenir alors qu'ils me cachent des choses…?
Non. Tyraël ne me cachait rien.
L'issue du combat n'est pas si importante… Si Diablo gagne, pourquoi cela serait-il problématique ? Adria serait morte et vu que j'aurais aidé à l'ascension du Seigneur de la Terreur, il me placerait sûrement dans un bon endroit et…
J'eus une brève pensée pour le nombre incalculables de serviteurs des démons qui auraient dû être "justement récompensés" et qui ont fini morts.
Non, si je devais aider Diablo à gagner, je devrais le faire avec précaution pour ne pas finir tuée. Par contre, rien ne m'empêchait d'accepter la proposition d'espionnage pour ensuite…
Eh bien, mentir.
"Si j'accepte d'espionner, je veux pouvoir assister et peut-être même participer à la mort d'Adria."
Même si je ne pouvais pas le voir, Diablo eut un large rictus, accompagné d'un léger ricanement.
"Qui suis-je pour freiner l'enthousiasme de la jeunesse ?"
Malgré le fait qu'il était plus ou moins certain qu'Adria allait mourir, je ne pouvais m'empêcher de ressentir une forme d'anxiété à l'idée que je venais, sommairement, de faire un pacte avec le Diable.
Je suis foutue.
Note de l'auteur :
Yeeehaaaa ! Chapitre XI, posté ! Niveau écriture j'ai déjà bien entamé le ch12, soyez-en rassurés. J'espère que cette histoire continue à vous plaire, que ce chapitre a été à la hauteur de vos espérances, et... à la prochaine !
hmm... sinon, sachez que je commence à avoir une idée de plus en plus précise de ce que la fin sera... et je suis plutôt fière de la fin que j'ai concocté pour vous, mes très chers lecteurs.
