Chapitre XII : Agent Double ?
Journal, entrée 8 :
Si j'ai pu contacter Aidan, je n'ai malgré tout pas pu en faire un allié. C'est triste, car le Rôdeur reste composé de deux personnalités : Aidan… et Diablo.
En parlant de ce dernier, il me laisse une impression étrange en bouche. Je refuse de totalement me baser sur l'expérience du jeu que j'ai eue - surtout que dans le trois j'incarnais Willy qui n'a pas l'air d'être le summum de l'intelligence et de l'objectivité - mais je dois garder à l'esprit qu'il est la cause de nombreuses morts injustes.
Et j'ai, d'une manière assez pathétique en y repensant, accepté d'espionner pour lui. Certes, j'ai dans l'idée de parfois lui mentir dans les informations que je lui donnerais - surtout que lorsqu'il se sera chargé d'Adria, je n'aurais techniquement plus aucune obligation vis à vis de lui autre que notre accord - mais même… Entre Lazare qui pourrait trouver un moyen de le contacter pour lui informer que ce que je lui dis est fait de mensonges et Cain & Co qui pourraient à tout moment découvrir que j'étais une espionne sans pour autant comprendre que j'étais de leur côté…
URGH ! Ça me donne envie d'hurler. J'ai la sensation qu'un tourbillon de lave s'agite en moi, prêt à être expulsé. J'ai juste désespérément envie de me confier à quelqu'un, mais je ne peux faire confiance à personne pour garder mon secret ! Pas même Tyraël, vu comment il est incapable de se taire pour les informations secret-défense que Cain lui confie !
Toute cette énergie qui bouillonne en moi… Il faut que je l'évacue, d'une façon ou d'une autre. En pactisant avec le Seigneur de la Terreur d'un côté je me rapproche un peu plus de mon objectif, même si de l'autre je me mets en grand danger. Pour réussir dans cette histoire, j'ai besoin de penser clairement.
Je lâchais un soupir énervé alors que je soufflais sur les dernières lettres. Nettoyant ma plume, rangeant l'encrier, je plaçais finalement mon carnet dans mon sac, après un "Occulo" murmuré.
Commençant à faire les cent pas dans ma petite chambre d'auberge, je tentais de réfléchir plus ou moins calmement à la situation.
"Mon pacte avec Diablo… Il se méfie sans doute de moi et n'agira probablement pas sur Adria avant d'avoir eu la… preuve… de ma loyauté. Il est aussi logique qu'il décide d'attendre de gagner la guerre contre Sanctuaire avant de la tuer, car comme ça il sera sûr de la validité de mes informations. Urgh ! Pourquoi diable n'ai-je pas pensé à lui imposer un ultimatum pour se charger d'Adria ! Je suis coincée, maintenant ! J'avais la main sur lui, j'avais l'avantage car c'est moi qui ai les informations et… et… et je lui ai donné du pouvoir sur moi en acceptant ! Pourquoi n'ai-je pas réfléchi deux secondes avant de bêtement dire "oui" ?! Pourquoi diable est-ce que je me retrouve mêlée à ça !"
Mes derniers mots, poussés en un cri, lancèrent sur le mur innocent de ma chambre un large jet de flammes.
Ebahie, silencieuse, je regardais le mur à moitié détruit donnant sur le couloir, des volutes de fumée s'échappant des quelques flammes demeurant après mon accès de colère. Lorsque mes yeux se levèrent, je vis que le mur de la chambre d'en face aussi avait été dévasté, et qu'il ne s'était arrêté que grâce à un bouclier de protection magique.
"Waouh, Florence… Tu t'es entraînée à Trait de Feu ? marmonna Willy d'un air inquiet derrière son bouclier magique."
La seule réponse que je pus donner fut de secouer ma tête de droite à gauche alors que Tyraël, alerté par le bruit, accourut.
"Que s'est-il passé ici ? demanda-t-il en éteignant les dernières flammes.
-Flo a eu un léger trop plein d'émotions, semblerait-il."
Mes yeux brûlèrent de colère alors que la seule pensée que j'eus fut : Je t'avais dit de ne pas m'appeler "Flo".
Sentant un nouvel accès de colère pointer le bout de son nez, je serrais mes poings, plantant mes ongles dans ma chair, la douleur me détournant partiellement de ma rage.
Le parallèle avec Aidan tentant de contrôler la rage de Diablo se fit dans mon esprit alors que je me demandais silencieusement ce qu'il m'arrivait.
Tyraël me lança un regard bref, ses yeux plissés alors qu'il s'avança vers moi, sa haute carrure en armure me surplombant de toute ma hauteur. Je déglutis, sentant une goutte de sueur froide lentement rouler le long de mon échine.
"Un trop plein d'émotions…?
-S-Semblerait-il… Je m'excuse, Tyraël, ça ne m'était jamais arrivé. Je… J'étais juste tellement en colère face à la situation dans laquelle on est, et… c'est sorti tout seul."
L'Archange déchu regarda d'un air fatigué les murs. Je vis dans son regard qu'il était perdu dans ses souvenirs. Je me demandais silencieusement lesquels.
Finalement, sa main sur le pommeau de son épée, il demanda à Willy :
"Tu penses pouvoir réparer à l'aide de ta magie les deux murs ?
-Euh… Tyraël, je suis un Nephalem, pas un maçon…
-Très bien. Mais as-tu l'argent nécessaire pour payer l'aubergiste ?"
Willy acquiesça, se tourna, prit une bourse et en sortit quelques pièces qu'il tendit à l'Archange. Tyraël acquiesça, s'en allant vers les escaliers avant de lâcher :
"Faites vos bagages, il est fort probable qu'on soit forcés à partir."
J'acquiesçais lentement, réalisant que mes mains tremblaient alors que mes yeux étaient toujours fixés sur les deux murs dévastés.
Qu'est-ce qui m'arrive ? Ce n'est… Ce n'est pas normal. Je… Non, ce… les murs… J'étais si en colère…
Sans que je m'en rende compte, Willy s'était glissé à côté de moi. Il posa avec douceur une main sur mon épaule, qui me fit sursauter.
"C'était… de la magie démoniaque, non ?"
J'acquiesçais, me demandant pourquoi diable j'étais un prodige de la magie démoniaque et pas de… je sais pas… la méditation ?
"J'avais une amie, fut un temps, qui avait elle aussi des… trop-pleins d'émotions.
-Tu parles de Léah ?
-Oui. Et elle avait beau être la fille d'Aidan, ou de Diablo, ou peu importe, c'était l'une des personnes les plus intègre que je connaissais.
-C'est censé me rassurer le fait que tu me compares à la fille du Seigneur de la Terreur qui a finit comme vaisseau pour se dernier à cause du plan maléfique de ses parents, dont sa mère qui était alors l'une des seules personnes sur qui elle pouvait se reposer ?
-C'est sûr que si tu le présentes comme ça… marmonna Willy d'une grimace."
J'eus un maigre sourire, laissant ma tête s'affaler sur l'épaule du Nephalem. S'il fut surpris du contact, il n'en dit rien, se contentant de tapoter mon dos. Je réalisais alors que j'avais été, peut-être, un peu dure vis à vis de Willy dans l'enceinte de mon cerveau. Même s'il n'était pas le plus vif d'esprit du groupe et avait tendance à se laisser emporter par ses émotions - non pas que je puisse lui faire des reproches à ce sujet maintenant - il avait un cœur si grand et si rempli de gentillesse et de confiance.
Alors qu'on entendit l'une des portes s'ouvrir, on recula l'un de l'autre brusquement pour voir Lazare et Cain faire leur entrée, leur deux vieux visages arborant une même expression d'étonnement face au désastre causé par ma magie.
Lazare fut le premier à se ressaisir alors qu'il me lança un regard, un simple sourcil se relevant. Cain, lui, murmura :
"Mais… Que s'est-il donc produit…? Cette magie a une aura si… noire… qui a donc pu…
-Cain, c'est ma faute, j'étais juste… énervée.
-Tu dois avoir de sacré colères, petite… marmonna Lazare d'un ton pensif.
-Oh, laissez-la tranquille, Archevêque, elle a bien plus à gérer que vous. Cain, Tyraël se charge de l'aubergiste, mais je pense que par précaution on devrait faire nos bagages. On se retrouve en bas dans un quart d'heures ?"
Je haussais un sourcil face à Willy manifestement si passionné à l'idée de me défendre face à Lazare.
Est-ce car à ses yeux je représente Léah ? Une Léah qu'il pourrait sauver, cette fois ?
Willy me lança un dernier regard avant de se rendre dans sa chambre. Lazare et Cain en firent de même quelques instants plus tard, me laissant seule.
Déglutissant, laissant mes yeux parcourir la pièce, je soupirais en prenant les quelques affaires qui n'étaient pas dans mon sac : du parchemin, de l'encre, mes plumes et enfin ma dague sur la table de chevet.
Quelques dizaines de minutes plus tard, on était tous ensemble devant l'Académie, en train de réfléchir à notre prochaine destination.
"On pourrait aller à Ouestmarche, j'ai quelques amis là-bas qui pourraient nous héberger, suggéra Lorath.
-Et me laisser moi, la fille qui entend les pensées de Diablo chaque nuit et l'archevêque Lazare à moins de cent kilomètres de la pierre d'âme noire, objet dans lequel les démons les plus redoutables que Sanctuaire ait connu sont bien gentiment scellés ? répliquais-je froidement.
-Dans tes derniers rêves, Florence, le Rôdeur était toujours déterminé à aller vers l'Est… Peut-être que s'établir à Lut Gholein serait une bonne idée ?
-Cain, même si le Rôdeur voulait y aller, Adria les en a dissuadé."
Et de toute façon, les informations que j'ai donné et que je donnerais à Diablo vont sans doute le convaincre que l'Est était juste… inutile.
"On pourrait aller dans ma ferme ! s'exclama Willy. Elle est perdue en plein milieu de la campagne, le téléporteur n'est qu'à deux heures de marche et là-bas on peut être certains qu'on sera tranquilles jusqu'à ce que Diablo ne se montre !"
Ce fut le veau qui répondit à cette remarque en mordant la main de son maître qui siffla de douleur. J'eus un léger sourire satisfait.
Tout les yeux se tournant sur Tyraël, l'Archange répliqua :
"Je n'ai aucun endroits à suggérer : je n'ai au final passé que peu de temps sur cette terre. Et je doute qu'Impérius accepte de laisser des humains rester aux Cieux…
-Oh, ne me parle pas de cet idiot ! rugit Willy. Je vous jure, on pourrait croire comme ça que c'est un bon type Impérius - chef du Conseil des Angiris, Archange de la Vaillance… Mais au fond c'est juste un gars pourri comme les autres ! A cause de ses préjugés et de sa haine des démons et des humains, il refusait que Tyraël et moi l'aidions à tuer Diablo ! Cet Archange, vrai-
-On pourrait aller à la Nouvelle-Tristram, sinon, lâchais-je avant que tuer Willy ne devienne une nécessité pour sauver ma santé mentale."
Cain se tourna vers moi, une expression intéressée. Lazare haussa un sourcil.
"Eh bien, outre le fait que c'est là que se trouve actuellement le Rôdeur et Adria, on connaît les lieux, Cain a même une maison là-bas, et Haedrig notre forgeron attitré est là-bas depuis que Tyraël a commencé son système de primes.
-...C'est aussi là-bas que je suis un ennemi public, remarqua Lazare.
-Si vous preniez la peine de changer de tenue et de refaire votre discours de "je suis un pauvre archevêque manipulé par les Seigneurs des Enfers" je pense que ça passerait crème. Au pire, avoir Tyraël, Deckard Cain, Lorath Nahr, et le sauveur de Sanctuaire à vos côtés vous innocentera."
Lazare ricana. Willy, lui, semblait perplexe face à son titre alors que Lorath nous fit signe qu'il avait trouvé une caravane pour un prix pourtant exhorbitant.
Bizarrement, lorsque Tyraël apparut pour remercier le propriétaire, le prix ne fut plus mentionné de tout le trajet.
Le soir-même, alors que Lorath, Tyraël et Willy se rendirent dans leurs chambres respectives et que Cain s'en alla pour ses études tardives, je restais assise dans mon lit, passant paresseusement le dos de la lame de ma dague sur ma cuisse.
Je sentais toujours cette énergie brûler en moi. Mon cri du matin n'avait fait que me débarrasser du trop plein. Il fallait que je trouve un moyen de m'en débarrasser… mais comment ?
Toc toc toc.
Ma tête fit un bon. Le bruit était trop discret pour venir de ma porte, cependant en prenant en compte le fait que dans la petite auberge du Veau égorgé il n'y avait que Tyraël, Lorath, Lazare, Willy et moi…
Je me glissais doucement hors de ma chambre, à temps pour apercevoir Cain entrer dans celle de Tyraël. Mes yeux s'écarquillèrent alors que, à pas de loups, je m'avançais pour remarquer que Willy et Lorath étaient là-bas aussi.
La porte se ferma. Je me plaquais contre elle, pour tenter d'épier la conversation.
"Cain, pourquoi nous demander de venir ici…? Je suis fatigué, et où est Florence ?
-C'est à propos d'elle que je vous ai demandé de venir, William. Son accès de magie de ce matin, pour être plus précis…
-Vous pensez qu'il y a un problème ? demanda Lorath.
-L'acte de Florence n'était pas intentionnel, Cain. Et ne trouves-tu pas qu'il soit injuste de garder ce genre d'informations d'elle alors que ce rendez-vous nocturne la concerne à l'évidence ?
-Tyraël, toi plus que quiconque devrait comprendre mes inquiétudes. N'as-tu pas remarqué des… changements en Florence depuis le début de son séjour ici ?"
Le silence qui s'ensuivit me paralysa.
La voix de Tyraël fut exsangue et froide alors qu'il marmonna :
"Tu penses que Diablo l'influence.
-Quoi ?! Florence ne serait jamais avec Diablo, elle est contre-
-William, calme-toi ! Mes suspicions ne sont pas fondées sur du vide. Je suis d'accord avec toi, Florence a dans son intérêt de combattre Diablo, mais… Plusieurs signes de corruption sont là. Tout d'abord, elle est de plus en plus irritable ces derniers temps.
-Cette période est difficile pour tout le monde ! Surtout pour elle, qui en plus d'être impliquée dans ce combat alors que ce n'est pas une combattante doit passer chaque nuits dans la tête de notre ennemi !
-Ces rêves ne sont qu'une fenêtre de plus par laquelle Diablo peut l'influencer ! Même le Prince Aidan, qui pourtant était l'un de mes élèves les plus prometteurs, a succombé au Seigneur de la Terreur.
-Florence n'a pas sa pierre d'âme logée dans le front, Cain !
-Peut-être, mais elle passe ses nuits dans la tête d'une personne qui l'a. Sans parler de sa magie démoniaque…
-On peut être une personne géniale et avoir des prédispositions à la magie démoniaque ! Léah, par exemple ! Tyraël, dis-lui !
-Il est vrai que Léah, la fille adoptive du Cain que j'ai connu, était l'une des personnes les plus dévouées à notre cause, malgré le fait que, étant la fille biologique du Rôdeur et d'Adria, elle soit sujet elle aussi à des… accès de rage similaires à ceux de Florence.
-Léah était la fille d'Aidan…? murmura Cain. Serait-il possible que sa magie lui vienne du Prince…?"
Je soupirais intérieurement, sentant que ce n'était pour l'Horadrim qu'une preuve de plus que j'étais la réincarnation d'Aidan.
"C'est possible, même si elle lui venait plus probablement de Diablo, intervint Lorath.
-Tout ça pour dire que Florence n'est pas maléfique et elle ne nous a pas trahi !
-William, tes arguments sont intéressants, mais… je n'arrive pas à me détacher de l'idée que… malgré tout… elle soit corrompue par Diablo. Ce n'est qu'une impression, mais en ces temps de trouble, il vaut mieux éviter de prendre des risques.
-Dans tout les cas, que devrions-nous faire vis à vis du Rôdeur ? demanda Tyraël.
-Lors du dernier rêve de Florence, elle m'a dit qu'il était dans les ruines de Tristram… Il serait logique de commencer nos recherches par là.
-Quand commencerons-nous ? Et, plus important, est-ce qu'on emmène Florence ?"
Je frémis en écoutant Lorath poser ces questions. Ce fut Cain qui y répondit :
"Demain serait idéal. Cependant, je ne vous accompagnerais pas : quelqu'un doit surveiller Lazare. Quant à Florence, elle pourra vous accompagner si elle le souhaite."
Je déglutis. Sentant que l'entrevue arrivait à son terme, je me rendis dans ma chambre, me glissant sous les couvertures de mon lit alors que je savais, intérieurement, ce que je devais faire : rapporter à Diablo cette entrevue, lui communiquer les soupçons de Deckard et l'informer de l'attaque prévue pour demain.
J'étais si nerveuse à l'idée qu'un arrière goût de nausée rampait le long de ma gorge.
"Allez, tu peux le faire. Mon objectif est de séparer ma conscience de celle du Rôdeur… Mon objectif est de séparer ma conscience de celle du Rôdeur… Mon objectif…"
...est de séparer ma conscience de celle du Rôdeur.
J'étais à nouveau dans cet espace sombre que je reconnus comme l'esprit de Diablo. Il était, comme la dernière fois, assis dans son trône d'obsidienne. Je frémis intérieurement.
"Pourquoi est-ce que je n'entends pas Aidan…? marmonnais-je avec hésitation.
-L'avoir comme relais était inutile pour cette nuit, humaine… Alors, de nouvelles informations à me donner ?"
Tu dois le faire, tu dois réussir à obtenir sa confiance pour qu'il tue Adria.
"A vrai dire, oui. Demain Cain planifie de rechercher ta trace dans les ruines de Tristram. Il pense que tu y es toujours, Diablo. Et… Il y a aussi autre chose : ma position est compromise."
Le Seigneur de la Terreur haussa un sourcil.
"Eh bien, Cain sait que j'ai ces rêves et il pense que tu… m'influencerais.
-Le pauvre petit Horadrim a peur de ses propres alliés… Bien que dans ton cas ses soupçons ne soient pas complètement irrationnels, puisque tu m'aides.
-Dans tout les cas, ses soupçons sont suffisants pour qu'il me cache des informations précieuses. L'attaque prévue sur les ruines en faisait partie : je ne l'ai appris qu'en espionnant leur conversation. Ironiquement, l'un de ceux qui t'a vaincu ainsi que Tyraël pensent que je suis toujours de leur côté.
-N'est-ce pas le cas ?"
Je déglutis. Sachant pertinemment que cette remarque n'était là que pour me faire peur, je fis un pas en avant pour ensuite lâcher :
"Il est peu commun que des ennemis passent un accord et il est encore moins commun qu'une alliée de Deckard Cain ne détruise la moitié d'une auberge à cause de sa magie démoniaque.
-...Vraiment ? Et comment cela a-t-il pu se produire ?
-J'étais énervée."
Diablo ricana, visiblement amusé. Sa silhouette sembla devenir plus claire un instant, étant donné que je vis le contour de quelques pics.
"Et… Par rapport à Adria ? Est-elle toujours en vie ?
-Tu souhaitais assister à ses tourments et je tiens mes promesses."
Je déglutis un instant.
"Serait-il possible que je sois… "enlevée" lors de l'assaut sur les ruines de Tristram ?
-Et comment expliquerais-tu à tes alliés ton retour saine et sauve ?"
Je pris une grande inspiration. Adria devait mourir le plus vite que possible, afin que je sois rapidement débarrassée de mon arrangement avec Diablo. Même si je devais en mourir…
"Où es-tu en ce moment ? Où résides-tu ?
-Dans la Cathédrale… Mon ancienne prison est devenue mon palais, désormais.
-Je peux tout à fait décider de rester à la Nouvelle-Tristram pour l'expédition, et pendant qu'ils sont occupés à fouiller les vieilles ruines, je peux te rejoindre et t'observer tuer Adria, non ?"
Même si je ne le vis pas, je sus qu'il sourit. Comme pour confirmer mon hypothèse, un ricanement aigüe perça le lourd silence de ce lieu inconnu. Lorsque le démon arrêta de rire, le silence reprit place, ne laissant que la Terreur dans mon cœur. Non, ce n'était pas de la Terreur... C'était de la colère.
Maîtrise tes émotions.
Diablo se leva de son siège, se fondant entièrement dans l'obscurité. Sa voix, semblant uniforme de partout, ne me donnait aucune information sur son emplacement :
"Tu veux que je tue Adria… Pour te débarrasser de tes choix ?!"
Je sentis alors des griffes lacérer mon visage alors que je m'écroulais sur le sol, haletante de rage. Je ne pensais pas qu'il réagisse comme ça. Qu'il me moque en m'expliquant que ma stratégie était vaine, oui, mais qu'il me frappe…
Ma colère s'intensifia, menaçant d'exploser.
Maîtrise-toi !
Me relevant tant bien que mal, portant une main à ma blessure, grimaçant à la douleur produite par le toucher de mes chairs à vif, je marmonnais :
"M'attaquer était inutile, Diablo. Qu'espérais-tu donc en essayant ?
-Je refuse d'être pris pour un idiot, encore moins par toi !
-Peut-être, mais frapper les personnes dont tu as besoin est tout de même-"
Cette fois, sans même sentir ses mains sur moi, je fus projetée sur le sol, alors que la température commença soudainement à s'intensifier. Je déglutis, voyant dans l'obscurité de la salle le reflet des flammes sur le trône d'obsidienne.
Est-ce possible de mourir en rêve ?!
Je grimaçais alors que Diablo hurla dans mon oreille :
"Je n'ai besoin de personne, humaine !
-Si c'était le cas, pourquoi négocier avec moi pour avoir mon aide en tuant Adria, l'une de tes servantes et pourquoi laisser Aidan contrôler son corps alors que tu pourrais le détruire ?!"
Le démon ricana, et j'étouffais mes cris de douleur en mordant ma langue alors que je sentis le feu enflammer mes jambes. Je me fis la réflexion que j'aurais pu avoir peur à ce moment-là…
Si seulement je n'étais pas enragée à ce point.
Tentant le tout pour le tout, laissant ma magie agir comme elle le souhaitait, je me relevais brusquement, toute la colère et la haine retenue en moi s'échappant sous la forme d'une onde électrique se propageant autour de moi alors que j'hurlais le prénom de mon tortionnaire, mes cheveux emmêlés, mon regard fou :
"Diablo !"
La raison m'avait quittée, je n'étais plus qu'un corps rongé par les flammes du Seigneur des Enfers animé par sa propre magie électrique. Le démon le sentit peut-être lui aussi, puisque soudainement les flammes disparurent, le haut de sa silhouette visible sur le trône alors qu'il ricana :
"Je n'ai pas besoin de te donner les raisons de mes choix… Je doute que tu puisses comprendre mon plan, Florence. Cependant, même si ta démonstration phénoménale de tes capacités t'a permis d'éviter un châtiment plus prononcé, j'ose espérer que tu as retenu une leçon d'aujourd'hui…"
Je le fusillais du regard, me contentant de cracher un nouveau jet de flammes semblable à celui que j'avais produit à l'auberge. Malgré la lumière des flammes, je ne pus voir les traits du démon alors qu'il les dissipait d'une main.
Je fus surprise lorsqu'il ne contre-attaqua pas, se contentant de lâcher, amusé :
"Allons, allons… Aussi puissante que tu sois, ton potentiel brut ne peut en aucun cas égaler le mien, qui ai eu des millénaires d'entraînement…"
Je ne répondis rien, à deux doigts de poursuivre mon assaut, seule une petite voix à l'arrière de mon cerveau me rappelant que si je n'étais pas réduite à l'état de bouillie ce n'était que parce que je l'amusais m'empêchant de craquer.
Alors que la salle obscure commença à se dissiper, j'entendis la voix de Diablo prononcer ces quelques mots :
"Dis à Cain qu'Adria a préféré quitter les ruines de la vieille Tristram pour se rendre dans l'une de ses nombreuses cachettes entourant la ville, car elle a entendu les rumeurs du retour du Nephalem. Précise qu'Aidan n'a aucune idée de l'endroit où il se trouve, et que même s'il le savait, il était tellement faible à cause de mes nombreux assauts qu'il ne faisait que consacrer ses dernières forces à sa lutte contre moi. Ne me déçois pas.
-Je n'avais jamais promis de t'o-"
J'ouvris mes yeux, haletante, dans l'obscurité de ma chambre à l'auberge. Je déglutis, fermant mes yeux et je sifflais de douleur alors que je sentis ma joue droite se crisper.
Oh non.
Me relevant brusquement, j'hurlais alors que mes jambes se pliaient, leur chair brûlée se frottant contre la couette humidifiée par mon propre sang. Les larmes me vinrent aux yeux alors que j'essayais, tant bien que mal, de me lever.
Je pus réussir à me mettre debout.
Mais la pression exercée sur mes pieds calcinés était trop douloureuse alors que je m'écroulais, entraînant dans ma chute les draps du lit.
"TYRAËL ! Tyraël, par pitié ! Willy !"
La porte s'ouvrit brusquement alors que le Nephalem entra, bougie en main, ses yeux s'écarquillant alors qu'il observa, bouche bée, mon visage lacéré couvert de larme, mes jambes noircies par les flammes et le sang se répandant autour de moi.
Peu de temps après, l'Archange arriva, sa réaction moins visible alors qu'il s'exclama :
"Je vais chercher le Frère Malachi !"
Trop faible et en peine pour me tirer vers mes amis, je grognais de douleur :
"Willy… Tyraël… j'ai mal…
-Tout va bien se passer, Florence, tout va-
-NON !"
J'avais mal, si mal, cette douleur n'entraînant que peur et colère en moi alors que d'un cri je projetais autour de moi, une fois de plus, un halo de flammes qui n'eut pour effet que de m'épuiser et de m'affoler encore plus. Willy avait cependant prévu le coup puisque autour de moi avait déjà été érigé l'armure de givre.
Quelques instants plus tard, Tyraël revint, accompagné du guérisseur qui s'exclama, sa voix partant dans les aigües :
"Mais comment cela a-t-il pu arriver ?!"
N'attendant heureusement pas une réponse, il se mit au travail immédiatement, plaçant plusieurs sorts de gel autour de mes jambes qui ne me firent que hurler de douleur. Ma vision troublée par les larmes, je m'évanouis sur la vue des yeux sombres de Tyraël.
Journal, entrée 9 :
J'ai été sauvée in extremis par le Frère Malachi… et Lazare. Si ma vie est sauve, je serais à vie défigurée, borgne et sans la possibilité de faire usage de mes jambes comme avant.
Je suis, en somme, devenue inutile au combat.
Haedrig, en se basant sur les vieux plans de Griswold trouvés par Tyraël et Willy dans les ruines de sa forge, a pu me faire deux jambes de bois identiques à celles de Wirt. Avec l'aide du Frère Malachi, je vais apprendre à les utiliser pas à pas… littéralement.
Marcher est impossible pour le moment. Manger est difficile, car les griffes de Diablo ne m'ont pas qu'arraché l'œil, elles m'ont aussi transpercer la joue et mes lèvres. Boire est un enfer, j'en viens à me demander si un jour je pourrais avaler un verre d'eau sans inonder la table autour de moi.
Dans cet état, comment vais-je pouvoir vaincre Adria ?
"Florence ? la douce voix du guérisseur me demanda. Cain, Tyraël et William veulent te voir. Te sens-tu suffisamment…
-Faites les entrer, Frère Malachi."
Le vieil homme acquiesça, ouvrant la porte de ma chambre d'infirme. Si Tyraël garda une expression stoïque, Willy et Cain ne purent s'empêcher de grimacer à mon apparence. Je soupirais, passant une main sur mon visage, sentant les bandages sous la pulpe de mes doigts.
"Comment te sens-tu, Florence ? marmonna l'Horadrim.
-...Bien, au vu de la situation, je suppose. Je… ne m'attendais pas à être blessée ainsi."
Willy poussa un soupir de soulagement, s'avançant vers moi avant de me demander :
"Est-ce que tu auras des séquelles ?
-...Malachi ne vous a rien dit ?
-Il nous a informé qu'un œil te manquait et que ta mobilité serait affectée, déclara Tyraël. Il n'a pas eu le temps de nous en dire plus."
Je soupirais profondément, relevant à l'aide de mes mains le drap posé sur mes jambes, dévoilant ainsi les bandages et les deux jambes de bois rattachées à ceux-ci.
Je sentis la main de Willy sur mon épaule alors qu'il déclara, sa voix lourde de sanglots :
"Je suis tellement, tellement désolé pour toi, Florence…
-Comment t'es-tu blessée, néanmoins ? demanda Cain."
Dis à Cain qu'Adria a préféré quitter les ruines de la vieille Tristram pour se rendre dans l'une de ses cachettes…
La voix de Diablo résonna dans mes oreilles quelques instants. Il devait sans doute savoir que les blessures qu'il m'avait infligé seraient réelles…
Me rappelant de notre conversation, je déclarais en me tournant vers Tyraël :
"En essayant d'atteindre Aidan lors de mon rêve, Diablo m'a repérée et il n'a pas vraiment apprécié ma présence, d'où ces blessures."
L'archange acquiesça sombrement, et je sentis sa culpabilité envahir la pièce.
"Ne t'inquiètes pas Florence, tu seras vengée… marmonna Willy. On va aller aux Vieilles Ruines et on va dégommer ce monstre !
-Oh, Diablo n'était plus aux Vieilles Ruines."
Dis à Cain qu'Adria a préféré quitter les ruines de la Vieille Tristram pour se rendre dans l'une de ses cachettes…
Dans la Cathédrale… Mon ancienne prison est devenue mon palais, désormais.
"Cain, Diablo n'est plus dans les Vieilles Ruines… Il se terre dans la Cathédrale."
Note d'auteur :
Vous n'allez pas y croire. Moi, en tout cas, je n'y crois pas. J'ai fini l'écriture ! YOUHOU ! Il y a en tout 16 chapitres, plus un épilogue. YOUPI ! Je suis trop contente. J'espère que la fin de l'histoire vous plaira, j'ai troooooop hâte de la poster. Youpi, youpi, youpi ! La fin, en tout cas... Comment dire. J'espère qu'elle sera surprenante, mais que j'ai suffisamment bien fait mon job pour que vous vous disiez "en fait, il y a depuis le début plein d'éléments qui font que c'est logique".
