Dans mon fauteuil roulant de fortune (Frère Malachi jugeait préférable que je ne sollicite pas trop mes moignons de jambe pour le moment), j'observais la place centrale de la Nouvelle-Tristram.
Lazare, qui poussait le fauteuil, se contentait de fixer les environs placidement.
Il ne m'avait pas demandé comment je m'étais blessée. Et, lorsque j'ai appris que si j'avais toujours des moignons de jambes me permettant d'éventuellement marcher c'était grâce à lui, je ne lui avais pas demandé pourquoi il m'avait soignée.
En somme, nous étions silencieux depuis une bonne vingtaine de minutes, après avoir observé Cain & Co se rendre vers la Cathédrale.
"Je n'arrive toujours pas à comprendre comment tu as pu convaincre Cain de me laisser sans surveillance… marmonna l'archevêque d'un ton pensif.
-Je pense que si Cain a eu un jour des doutes quant à mes allégeances, mes blessures actuelles l'en ont dissuadé. Je suis apparemment ta surveillance.
-A-t-il raison de te faire confiance ?
-Étant donné que te surveiller n'implique que t'empêcher de tuer autrui et de rejoindre Diablo en cachette, je pense que sur ce point il a raison."
Car il ne faut pas que tu rejoignes Diablo, Lazare, pensais-je intérieurement. Non seulement donner au démon d'autres minions est inconcevable à ce stade, mais j'ai aussi besoin de toi, maintenant.
Alors que mes yeux observaient sans vraiment le faire Haedrig enseigner à son apprenti l'art de forger, je murmurais à l'intention de l'Archevêque dans mon dos :
"Dis-moi, Lazare… Comment ferais-tu pour empêcher un Seigneur Primordial de te blesser tout en essayant de l'amener à faire ce que tu veux ?
-Tout dépend… Est-ce que le Seigneur Primordial est opposé à ce que tu veux qu'il fasse ?
-...Non. Il en a juste profité pour obtenir mon allégeance."
Je sentis les mains de Lazare se crisper sur les poignées de mon fauteuil.
"Parles-tu de Diablo ?
-C'était une situation hypothétique, Lazare.
-Une situation hypothétique qui aurait donné lieu à la perte de tes jambes, à tout hasard ?
-J'ai perdu mes jambes dans un rêve.
-Un cauchemar, plutôt."
J'eus un sourire, mes yeux fixés sur le marteau qu'Haedrig maniait avec assurance.
"Je suppose que tu pourrais le nommer ainsi… Même si pour un cauchemar, je pense m'en être bien sortie.
-Tu aurais pu mourir, Florence.
-Le fait est que je ne suis pas morte. Mais dis moi, Archevêque, pourquoi être si attaché à ma survie ?"
Lazare se crispa alors que d'un pas tranquille, il commença à pousser le fauteuil roulant vers le port de la Nouvelle-Tristram, lieu duquel on pouvait se rendre à Wortham. Il nous arrêta au bord de l'eau, l'étendue aqueuse léchant les lattes de bois du port de fortune.
"Parce que, tu ne le vois peut-être pas maintenant, mais je vois déjà se profiler à l'horizon mille souffrances pour toi. Des souffrances injustes.
-L'archevêque Lazare me parle de souffrances injustes ? L'ironie est à son comble.
-Je suis sérieux, petite. Ce lien que tu as avec le Seigneur de la Terreur…
-Avec Aidan, qui a le malheur d'occuper le même corps que Diablo."
Lazare se tut un instant, avant de murmurer d'une voix hésitante ne lui ressemblant pas :
"Quelle est la théorie de l'Horadrim au sujet de ce lien ? Je sais qu'il en a une, l'idiot, sinon tu serais au fond d'une cellule.
-Et pourquoi devrais-je t'en parler à toi ?
-Parce que je suis le seul expert en Nécromancie de votre ridicule petit groupe et que donc, malgré les recherches intensives de quelques semaines de Cain, mon avis a une importance bien plus grande ?
-Et pourquoi devrais-je te faire confiance, en premier lieu ?
-Parce que je suis fini. J'ai tenté ma chance avec Méphisto, puis Diablo, mais manifestement l'un des deux est vaincu et l'autre n'a que peu de considérations à mon égard. Quant à Cain, Tyraël, William et tout les autres, jamais ils ne me feront confiance. Mon moment de gloire est fini, en somme. Je n'ai que l'ambition de survivre et de si possible transmettre mon savoir. Que mon nom ne soit pas que celui du maléfique Archevêque qu'un Prince revenant d'une défaite cuisante a pu tuer d'un coup d'épée."
Je lançais un regard par-dessus mon épaule pour voir Lazare fixer, hagard, l'eau.
"Me dis pas que t'étais sérieux avec Cain, lorsque tu disais "bouhouhou, je regrette, je suis un méchant archevêque" !
-Bien évidemment que non, Florence. Je pense que Cain est un idiot, Cain pense que je suis un idiot, ça a toujours été ainsi, ça le sera toujours et je n'ai pas grand intérêt à changer ça.
-Alors, quoi ? Tu as renoncé à tout sauf ta vie et… "transmettre" tes connaissances ?
-C'est ça, en somme. Suivre Diablo ne m'arrangerais à rien, désormais. Quant à suivre les Anges… Non seulement nous avons des divergences d'opinion, mais en plus je n'ai pas le masochisme nécessaire pour aider des gens qui me méprisent."
J'eus un sourire.
"Et moi, dans tout ça… tu me vois comme quoi ? Ta… digne héritière ?
-L'idée est amusante, avoue-le. Et je crois que tu as besoin de mon aide, que tu le veuille ou non."
J'acquiesçais lentement, me demandant si l'Archevêque me disait la vérité. Certes, il n'avait en apparence aucune raisons de mentir, mais… Pouvais-je lui faire confiance ?
Ai-je le choix de lui faire confiance ? Puis-je me permettre de refuser ?
Je soupirais profondément, me laissant aller contre le dossier du fauteuil, fermant mon unique œil.
"Cain pense que je suis la réincarnation d'Aidan.
-...Pourquoi ?
-Eh bien, outre le fait que j'ai un lien psychique avec lui, ma magie démoniaque pourrait être due à la corruption de l'âme d'Aidan par Diablo et enfin selon Lorath je suis une véritable prodige à l'épée, or Aidan était…
-Un guerrier se battant à l'aide d'une épée. Je comprends."
J'entendis Lazare prendre une grande inspiration alors qu'il marmonna :
"Mais… Je ne sais pas si cette magie démoniaque était suffisante pour permettre à l'âme d'Aidan de se réincarner, Florence.
-Que veux-tu dire ?
-Eh bien… L'âme d'Aidan devait forcément être affaiblie, lorsque Diablo était au sommet de sa puissance. Même en utilisant cette magie démoniaque nouvellement acquise - qu'il ne maîtrisait donc absolument pas - je ne pense pas qu'Aidan ait pu se réincarner. A la rigueur, devenir un fantôme, mais… Quel est son état d'esprit actuel ?
-Il a tout abandonné, sauf sa lutte contre Diablo. Il sait qu'il mourra pour ce combat mais veut tout faire pour retenir Diablo aussi longtemps que possible.
-Son but n'est pas de vivre, donc. Pour se réincarner, revenir dans le monde des vivants, il faut avoir un besoin ardent de vivre qu'il n'avait manifestement pas. Je pense que si Aidan venait à mourir, il saluerait la mort avec joie… Je ne pense pas que tu sois la réincarnation d'Aidan, Florence."
Je me crispais involontairement. Même si j'avais eu du mal à y agréer, au final j'avais plus ou moins cru Cain en me convainquant que j'étais la réincarnation d'Aidan. Comme Tyraël me l'avait dit, c'était la seule théorie qu'on avait et l'une des issues les plus optimistes sur ce… lien que j'avais entre Aidan et moi.
Avoir Lazare me révéler, aussi facilement que ce n'était pas possible…
"Que penses-tu, dans ce cas ?
-...As-tu réellement besoin de le savoir ? T'interroger sur la nature de ton lien avec Diablo n'est…
-Avec Aidan, Lazare, corrigeais-je d'une voix froide masquant ma colère."
Il me lança un regard, se râclant la gorge.
"Avec Aidan, oui. Savoir la cause de ce lien… n'est pas nécessaire à l'accomplissement de tes objectifs, non ?"
Il avait raison, en un sens. Pour tuer Adria, je n'allais pas avoir besoin de savoir le pourquoi du comment je pouvais voir les pensées d'Aidan et de Diablo en rêves.
Mais…
"Ça me concerne, Lazare. Et ça pourrait être important. J'ai… J'ai besoin de savoir, c'est… Je ne pensais pas être liée à ce monde de quelque façon et résultat j'y suis projetée par Adria pour apprendre que j'ai une connection psychique étrange avec un Prince ? Lazare, je dois savoir.
-Je n'ai que des hypothèses, Florence… La vérité, tu ne l'obtiendras pas de moi. Et… même si j'ai raison… Connaître la cause de ce lien ne t'avanceras pas plus.
-Quelle est ton hypothèse, Lazare…?"
Les yeux de l'archevêque s'écarquillèrent brièvement face à mon ton, un geste imperceptible que je ne pus m'empêcher de remarquer.
Qu'il ait peur… Ses yeux terrifiés ne sont rien face à ce que je pourrais lui faire subir.
"Je refuse de te la donner.
-Lazare, tu…
-Par contre, je veux bien t'offrir quelque chose qui te seras réellement utile dans l'immédiat."
Je me figeais, toute ouïe.
"Lorsque tu iras dormir, ce soir, tu seras à nouveau face au Seigneur de la Terreur, non ?
-C'est plus que probable.
-Je suppose que tes blessures sont l'issue d'un combat avec lui ?"
Je ricanais :
"Pour que combat il y ait, il aurait fallu que je puisse riposter… Tout les éclairs ou les flammes que j'ai pu lancer à son encontre ne l'ont pas même égratigné.
-Pourquoi ne t'a-t-il pas tué ?
-Outre le fait que je sois son espionne et informatrice ? Je pense que l'humaine avide de vengeance et prodige en magie démoniaque l'intrigue.
-Que t'a-t-il dit sur ta magie ?
-Rien de bien intéressant… Comme tout le monde, que j'étais un prodige mais que contrairement à lui, je n'avais pas eu des millénaires d'entraînement."
Lazare acquiesça lentement.
"...Et si tu les avais ?
-Que veux-tu dire, Lazare ? Au cas où que tu aurais oublié, la nuit c'est dans quelques heures."
L'Archevêque sourit brièvement. Il s'avança vers le bord de l'eau, son crâne chauve brillant légèrement sous les reflets du Soleil alors qu'il murmura :
"En prenant en compte tes capacités initiales, je pense que tu peux acquérir un bon niveau avant la tombée de la nuit.
-Suffisant pour vaincre Diablo ?
-...Probablement pas. Mais suffisant pour que, si la situation vienne à déraper, tu puisses te défendre partiellement.
-Je suis infirme. Et borgne. Comment tu veux que je puisses avoir un bon niveau ?
-C'est durant ces moments que j'ai toujours été reconnaissant, plus jeune, d'avoir choisi l'Église plutôt que l'armée… La magie, contrairement à l'escrime, ne requiert aucun muscles."
Je soupirais, me disant que ça ne coûtait rien d'essayer.
C'est ainsi que Lazare et moi nous entraînâmes, sur le bord de l'eau, à la magie démoniaque. L'archevêque ne fit que peu de sorts pratiques, se contentant la plupart du temps de m'expliquer la théorie derrière chaque concepts. Je remarquais sans surprises que, contrairement aux livres vagues de Cain et aux conseils incompréhensibles de Willy et Tyraël, mon apprentissage sous la tutelle de Lazare était bien plus rapide. A dire vrai, l'archevêque n'avait qu'à m'expliquer une fois une idée pour que je puisse reproduire avec aisance ce qu'il m'expliquait.
Un peu comme si j'étais dans un couloir truffé de portes fermées et alors que Cain & Co tentaient de m'apprendre à fabriquer leurs clefs, Lazare se contentait de me montrer celles que j'avais dans mon trousseau depuis le début.
Alors que le Soleil se couchait, projetant sur Sanctuaire une aura orangée, je remarquais, heureuse, que cette rage bouillonnante qui obstruait mes pensées s'était plus ou moins apaisée. Pratiquer la magie démoniaque avait visiblement cet effet, chez moi.
Alors que, légèrement fatigués, on commença à retourner vers la place du téléporteur, je demandais à Lazare :
"Comment as-tu fait pour ne pas finir comme moi alors que tu as servi deux Démons Primordiaux ?
-Le fait que le premier m'ait sous son contrôle mental et que le second soit soit enfermé dans sa cage soit trop occupé à planifier pour me remarquer a sans doute eu son importance."
J'eus un bref sourire, remarquant alors qu'on arrivait à destination que Cain & Co revenaient. Willy fut le premier à me saluer, légèrement haletant de toutes ses aventures alors qu'il s'exclama :
"Florence ! Tu vas pas le croire, c'était génial ! Cain nous a montré tout les passages secrets qu'il connaissait, et on est allé jusqu'à l'ancienne cage de Diablo, c'était phénomé-
-Nous n'avons malheureusement vu comme seule trace du Rôdeur l'armure d'Aidan, laissée sur place, précisa l'Archange. Il semblerait qu'Aidan se sentait trop faible physiquement parlant pour la porter."
Je déglutis, repensant aux paroles de Lazare.
Il aurait reçu la mort avec joie.
Cain et Lorath arrivèrent un peu plus lentement. Le vieil Horadrim marmonna :
"Bonjour, Florence. J'espère que notre… compagnon ne t'a pas trop dérangé.
-Non, au contraire, j'ai trouvé cette journée très utile, bien qu'épuisante. Je pense que je vais m'écrouler sur mon lit et dormir aussi profondément que possible.
-Par rapport à Diablo… marmonna Willy, Tu penses pouvoir gérer ?"
Lancer un regard reconnaissant à Lazare aurait été trop suspicieux, mais l'intention était là alors que je répondis :
"Je suis désormais mieux préparée à quoi m'attendre."
Le soir-même, dans ma chambre, mes jambes de bois étalées sur le matelas de mon lit, mes bandages changés par Frère Malachi fermement positionnés sur mon visage, je soupirais, fermant mes yeux.
Mon objectif est de séparer ma conscience du Rôdeur.
J'étais dans la salle obscure, face à Diablo. Pour une raison inconnue, j'avais mes jambes et mon second œil intact. Je déglutis, non par effroi, mais simplement car j'avais désormais une prudence que je n'avais pas avant.
Prudence n'est que l'euphémisme de peur, avait un jour dit Jules Renard.
Aujourd'hui, je ne pouvais m'empêcher d'être en désaccord. Je n'avais pas peur de Diablo. Je n'éprouvais pas la Terreur dont ses sujets étaient empris face à silhouette seule.
Je savais juste désormais que je n'étais pas aussi hors d'atteinte que je l'aurais aimé.
"Ma chère espionne… me salua le démon d'un rire amusé. J'espère que tes jambes ne te grattent pas trop, j'admets avoir laissé libre cours à mes pulsions au niveau des flammes.
-J'ai été amputée, Diablo. De mes deux jambes. Et, comme tu le sais sans doute, je suis borgne."
Le Seigneur de la Terreur eut un léger sourire dénué de culpabilité.
"Oui, je t'avais dit que tu en retirerais une leçon, n'est-ce pas…?
-Et toi, quel leçon retiens-tu de vivre dans un corps si faible qu'il est incapable de porter sur le dos plus qu'une cape frêle ?"
Je vis deux étincelles rouge, annonçant sans doute la rage du Seigneur de la Terreur.
"Peut-être que ma prochaine cible devrait être tes bras, Florence… Après tout, pour me renseigner sur le passé de ce Sanctuaire, tu n'as besoin que de ta tête, non ?
-Si j'étais idiote, je vous dirais que la violence est le dernier refuge de l'incompétence, marmonnais-je en me rappelant la citation d'Azimov.
-Ne joue pas à la plus maligne, humaine, tu risquerais d'être déçue du résultat."
On se fixa quelques instants en silence, mon cœur calme alors que j'évaluais avec précaution mes options.
Hors de question que le contrôle m'échappe et que tout parte en fiasco comme la dernière fois.
Finalement, au bout d'un long moment, Diablo se leva, disparaissant dans les ombres avant de demander :
"Dis moi, Florence, parle moi donc des années que j'ai manqué…"
Prenant une inspiration, je lui racontais alors son périple en tant que Rôdeur vers la tombe de Tal Rasha en compagnie de Marius, je lui expliquais les agissements du héros qui l'avait finalement vaincu, je lui parlais des agissements de Baal et de sa corruption de la Pierre-Monde, je mentionnais le retour des Nephalems, de la mort de Bélial et Asmodan, je lui détaillais Zoltun Kulle et sa pierre d'âme noire, la trahison d'Adria, comment Diablo a possédé le corps de sa propre fille, Léah, puis je lui racontais sa fin, tué par Willy aux Cieux, si proche de son but ultime.
"Et ensuite ?
-Ensuite, William a dû combattre Malthaël avec-
-Je ne parlais pas de ça, je parlais de moi ! Que m'est-il arrivé ?
-Eh bien, tu es resté dans la pierre d'âme noire, prisonnier en compagnie de tes frères et des autres démons qui y étaient retenus."
Diablo resta interloqué quelques instants, au vu du silence qui s'ensuivit.
"Je n'avais pas… prévu un plan de secours ?"
Retenant le rire menaçant de poindre, je soupirais en marmonnant :
"Désolée de te l'apprendre, mais si tu avais un plan de secours, il ne s'est pas enclenché… Adria, sur ce point, a été meilleure que toi.
-Que veux-tu dire, humaine ?
-Adria, toujours vivante après ton échec, s'est enfuie. William a pu la retrouver, et la tuer. Mais… elle s'est réincarnée sous la forme de ma sœur, attendant le bon moment pour ouvrir un portail interdimensionnel l'amenant au moment où tu venais d'être vaincu par Aidan.
-Pourquoi tiens-tu tant à sa mort ? Est-ce pour sa lâcheté car elle s'est enfuie ?"
Je fronçais mes sourcils brièvement.
"Adria, pour ouvrir le portail, a égorgé ma mère dans un rituel."
Diablo resta silencieux quelques instants avant de marmonner :
"Et Léah, ma… fille, comment était-elle ?
-Pourquoi ça t'intéresse, ce n'est pas comme si elle était importante à tes-"
Je fus plaquée sur le sol, une désagréable sensation de déjà-vu m'envahissant alors que j'entendis la voix déshumanisée de Diablo rugir dans mes oreilles :
"Mes motifs t'importent peu, humaine !"
Pour appuyer ses dires, il fit apparaître des flammes près de mes jambes en déclarant :
"Les brûler à nouveau ne devrait pas poser de problèmes, si ?
-Léah était… Elle aimait la connaissance, même si elle était sceptique face aux "histoires d'Oncle Deckard" et-
-Oncle Deckard ?!
-A ton avis, Diablo, qui a élevé ta fille ? Adria n'était pas vraiment intéressée et toi tu était soit en train de mettre en application tes plans mégalomaniaques soit mort.
-...Continue.
-Elle était gentille, toujours à aider les villageois, même si elle ne savait pas la maîtriser elle avait un fort potentiel de magie démoniaque…
-Quelle arme utilisait-elle ? me coupa Diablo d'un ton urgent.
-Hein ? Diablo, elle est morte, pourquoi tu-
-Quelle arme, humaine ?! répéta-t-il en approchant les flammes suffisamment pour qu'elles lèchent mes pieds.
-Un… Un arc ! Elle utilisait un arc, Diablo !"
Reculant subitement, me laissant haletante sur le sol, le Seigneur de la Terreur retourna s'asseoir sur son trône avant de ricaner :
"Un arc… Quelle bonne nouvelle.
-Tant mieux pour toi, mais c'était vraiment nécessaire de brûler mes pieds ?
-Ce n'est pas comme si tes vrais pieds en souffraient."
Je grognais, estimant que protester risquait de dissiper la bonne humeur du démon. Me tournant vers mes talons, me rappelant les quelques sorts de froid que Willy m'avait inculqués, je les appliquais en soupirant de bonheur.
"Et pourquoi tu voulais savoir tout ça sur ta fille, au juste ?
-Ce qu'il lui est arrivé est d'une importance capitale à ma compréhension des événements, humaine.
-Mais… Pourquoi ? Elle est morte, et ce n'était clairement pas un démon : jamais elle n'aurait pu revenir comme-"
Je fus, une fois de plus, interrompue, cette fois-ci d'une main entourant ma gorge, la serrant, m'étouffant. Crachant, tentant de respirer plus ou moins, paniquant alors que je sentais les griffes de Diablo se resserrer contre ma trachée, j'entendis le Seigneur de la Terreur répondre :
"Je t'ai déjà dit que mes motifs ne te concernaient pas, humaine !"
Il me relâcha, me laissant une fois de plus tomber sur le sol, ma respiration bruyante alors que je reprenais mon souffle.
Ce fut d'une voix bien plus apaisée et joyeuse que Diablo ajouta :
"As-tu des questions vis à vis de la magie démoniaque, Florence ?
-Que… Que veux-tu dire ?
-Eh bien, j'ose espérer que tu t'es entraînée depuis notre dernière rencontre."
Ne demandant pas pourquoi mon entraînement semblait l'intéresser et préférant ne pas relever le fait que j'ai souffert le martyre et faillit mourir par sa faute, chose qui aurait forcément freiné mes envies d'entraînement, je préférais être frontale comme à mon habitude vis à vis de lui, estimant que cette approche demeurait mieux que m'incliner et le supplier de m'épargner :
"Pourquoi les blessures que tu m'infliges ici se répercutent sur mon vrai corps ?!
-C'est assez simple… murmura le démon pensivement. Vois-tu, tu es en cet instant en train d'utiliser la magie démoniaque, afin de distinguer ta conscience et tes propres pensées. Cela crée un lien entre ton âme et ton corps, un lien si fort que, lorsque je fragilise ton âme, ton corps aussi en paie les conséquences.
-Tu veux dire, que lorsque tu me frappes ici, tu martyrises mon âme ?!
-Oui. Mais…"
Le démon sourit en désignant mes jambes à présent intactes :
"Contrairement à ton corps faible, ton âme, elle, semble puissante… Et très résistante à la magie démoniaque. Ou, du moins, ma magie.
-Qu'entends-tu par là, Diablo ?"
Le démon ricana, sa voix se perdant en échos alors que…
J'ouvris mes yeux dans mon lit, poussant un hurlement de frustration, constatant à peine ma voix rauque à cause de ma précédente strangulation, sentant ma rage décuplée par les agissements incompréhensibles du démon.
Lançant un coup d'œil à mes jambes de bois dont je pouvais distinguer la forme sous les draps, je me demandais silencieusement combien de temps je pourrais encore tenir comme ça.
Note d'auteur :
J'espère que ce chapitre vous a plu, à bientôt !
