Dès l'instant où je pus me réveiller, mon cerveau devint confus.
Pourquoi Tyraël a-t-il des doutes à mon égard ? A quel jeu Diablo joue ? Pourquoi, pour une raison inconnue, tout le monde semble savoir l'élément de compréhension résolvant tout ces problèmes ?! Pourquoi diable Diablo semblait-il tellement illogique ?! Pourquoi Tyraël a refusé de répondre quitte à mourir ?! Pourquoi est-ce que je n'étais pas triste face à la mort d'un ami, pourquoi est-ce que je ne suis pas non plus triste de la mort de ma mère mais que face à ces deux drames ma seule réaction est la RAGE ?!
Je me relevais, m'appuyant sur mes jambes de bois avec difficulté, arrachant presque la porte de ma chambre de ses gonds, me ruant aussi vite que je le pus vers la chambre de Deckard.
Le vieil Horadrim, déjà débout, m'observa silencieusement, comme si son calme pouvait apaiser ma colère.
M'avançant vers lui, enfonçant mon index dans sa poitrine, je crachais :
"Deckard, j'ai placé mes espoirs en toi, je t'ai donné toutes les clés pour réussir et la seule façon que tu as de me remercier est de me retirer toute once de confiance que tu avais pour moi ! Tu me caches ton hypothèse vis à vis d'Aidan, tu me caches l'assaut sur la Vieille Tristram, tu me caches tout et maintenant… Maintenant, que me caches-tu, vieux fou ?!
-Florence, que s'est-il passé avec Diablo, comment va Tyr…
-Tyraël est mort ! Il est mort en lâche, il est mort incapable de faire le bon choix et il est mort en pensant que je suis une traîtresse ! Maintenant, Cain, je veux savoir, je veux savoir ce que vous me cachez, je veux comprendre pourquoi diable tout le monde, que ça soit Diablo, Tyraël, Lazare ou même le brin d'herbe sur mon fucking chemin me cache !"
L'Horadrim, ses yeux écarquillés, fut incapable de m'arrêter alors que, pour ponctuer ma tirade, je lançais un torrent d'éclairs et de flammes sur le toît.
Willy, Lorath, Lazare et le Frère Malachi arrivèrent immédiatement, un air d'incompréhension sur leurs visages.
Me tournant vers eux, mon regard embrasé projetant une lumière rougeâtre, j'aboyais :
"Tyraël est mort, mais Diablo se trouve dans la Cathédrale !
-Nous l'avons cherché, il-"
Agacée au plus haut point par Willy, je m'avançais vers le sorcier, ma démarche de jambes de bois presque bestiale alors que je saisis le Nephalem par le col et le plaquais contre le mur.
"Idiot ! La Cathédrale est immense, Diablo a tout à fait pu t'éviter et ne connais-tu donc pas la notion de déplacement ?! Nous devons aller à la Cathédrale, il y sera puisqu'il m'y attend.
-Le Seigneur Noir… t'attend…? marmonna Lazare."
Je relâchais William, ma rage menaçant de m'aveugler alors que je me tournais vers Lazare.
"Et toi, toi… Mon "bienfaiteur", celui qui voulait sans doute s'attirer mes faveurs en me sauvant et en m'aidant avec ma magie démoniaque, moi, pauvre petite humaine orpheline… Alors que depuis le début, toi aussi tu n'es qu'un marionnettiste qui n'attend que de pouvoir tirer mes ficelles ! Que me cachais-tu, Lazare, que me cachais-tu ?!
-Je pensais te cacher une hypothèse… Mais si tu me tues c'est la vérité que j'emporterais dans ma tombe.
-Tu fais le poète, mais je n'ai que faire de la vérité ! Tyraël est mort car il était incapable de la voir, de voir que je voulais me battre contre Diablo et non pas avec lui ! Vous avez tous, tous autant que vous êtes, été dupes ! Que vous ayez accès à la vérité ou au tissu de mensonge que j'ai pu vous servir, tous, oui, tous vous m'avez cru de son côté !"
Lorsque j'eus fini de parler, ma voix sifflante laissa place à un lourd silence. Tournoyant telle une bête enragée autour de mes amis, mes jambes de bois claquant contre le parquet, il ne me fallut que quelques secondes pour laisser un ricanement poindre et s'échapper de mes lèvres :
"Même Diablo a été dupé… Même lui, le Seigneur des Enfers, n'a pas pu voir la supercherie que je lui servais ! Trop avide des informations qu'il convoitait, trop confiant pour analyser entre les lignes, il est lui aussi tombé dans le panneau, tout comme vous tous… Mais vous, vous étiez les seuls que je ne voulais pas voir tomber dans ce panneau !
-Florence, que fais-tu…? marmonna Lorath.
-Oh, oui, Lorath Nahr. Le naïf, l'innocent, le pathétique disciple de Tyraël perdu sans son Maître pour lui dire d'aller chercher la baballe ! Tu es incapable d'avoir une opinion propre, tu es tel une page vierge que les autres écrivent, toutes tes pensées et actions étaient dictées par Tyraël, si bien que maintenant que tu es privé de ton gourou personnel j'en viens à me demander si ce n'est pas un peu vide dans ton cer-
-Comment oses-tu ?!"
Le soldat se rua vers moi, ses poings élevés dans ma direction.
Ce fut sans remords que je sortis ma dague pour la planter dans son cœur.
Les autres, soit trop tétanisés pour réagir soit trop apeurés, se turent alors que le second de l'Archange mourra dans mes bras, ses yeux écarquillés.
Une fois que je fus assurée qu'il soit mort, me tournant vers les autres, ma voix partant dans les aigües, je déclarais :
"Maintenant que nous sommes débarrassés du mouton du groupe, peut-être serait-il envisageable d'aller à la Cathédrale, endroit où Diablo sévit toujours, endroit où Adria se trouve, endroit où le cadavre de Tyraël se décompose ?!
-Florence… commença Deckard, Je pense que tu n'es pas dans ton état normal, je pense que tu devrais…
-Je suis dans mon état normal, Horadrim ! La seule chose qu'il y a, c'est que le Seigneur de la Terreur, mais surtout Adria, sont tout deux en ce moment où je vous parle à la Cathédrale à attendre d'être tués ! Qu'attendez-vous pour vous y rendre, qu'attendez-vous donc pour enfin-"
Je sentis un mouvement derrière moi, l'impression fugace d'un homme levant sa main pour lancer un sort.
Je fis volte-face, hurlant au Nephalem :
"WILLY ! Toi, toi plus que quiconque doit comprendre la nécessité de tuer Diablo. Il se trouve à la Cathédrale, je sais qu'il s'y trouve, qu'attends-tu ?!
-Florence, Cain a raison, tu n'es clairement pas dans ton état-
-Je suis dans l'état le plus normal que j'ai été depuis que j'ai posé le pied sur Sanctuaire ! Maintenant, puisque manifestement il est inconcevable pour vous de vous rendre à la Cathédrale, je vais vous offrir un moyen !"
Claquant des doigts, le torrent d'émotions déchaînées me traversant suffisant pour réaliser instantanément mon objectif, un ovale noir apparut à mes côtés. Un sourire étirant mes lèvres, je traversais le portail sans aucune hésitations, arrivant comme je savais m'y attendre, face au Rôdeur Noir.
J'étais dans le dernier niveau de la Cathédrale de Tristram.
Ma colère titanesque s'effaçant brièvement pour une euphorie et une impatience sans pareilles, je m'avançais vers la silhouette encapuchonnée du Rôdeur.
Il semblait différent, tellement différent de l'homme que j'avais vu en arrivant pour la première fois ici. Il n'était plus Aidan fier d'avoir su contenir Diablo…
Il était Diablo extatique d'avoir pu enchaîner Aidan dans son propre corps.
Lorsque je fus à quelques mètres de lui seulement, je le saluais d'une voix que je me reconnaissais à peine :
"Bonjour, Diablo… Où est ta prisonnière ?"
Le Rôdeur se tourna vers moi, son visage plus démon qu'humain alors qu'il déclara d'une voix amusée :
"Dans la cage, Florence… Veux-tu y entrer ?
-Oui !"
J'exultais, un mélange d'euphorie et de rage à l'idée qu'enfin, enfin j'allais pouvoir obtenir vengeance.
Diablo abaissa un levier, puis me jeta à l'intérieur de l'espace libéré avant d'actionner à nouveau le mécanisme.
Lorsque je réalisais que j'étais enfermée, ma rage revint en puissance :
"Diablo ! Qu'as-tu fait ?!
-Je tiens ma parole, Florence… Je t'ai dit que Diablo tuerait Adria… Mon affirmation ne pourrait pas être plus véridique en cet instant."
Quoi…?
Dans le noir, je ne pouvais qu'entendre les bruits de l'extérieur. Je sus immédiatement que Willy, Lazare et Cain étaient arrivés à cause du hurlement du Nephalem. Suite à cela, une série de sorts et de coups furent échangés.
Willy se charge de Diablo, moi… J'allais devoir essayer Adria.
J'étais prête. Même si ma puissance n'égalait peut-être pas celle de Diablo, j'avais progressé grâce aux conseils de l'archevêque.
"Adria, où te caches-tu ?! hurlais-je dans l'obscurité."
Si elle ne me répond pas, il me suffira d'enflammer chaque parcelle de cette prison démoniaque.
"Florence… Quelle surprise de te voir si transformée… L'univers de Sanctuaire t'a changée, grande sœur."
Je frémis en reconnaissant la voix, un torrent de rage et de trahison m'envahissant, ainsi qu'un soupçon d'amour envers celle que j'estimais être ma sœur malgré tout.
"Où es-tu, Adria ?
-En arrivant sur Terre… Je ne me serais jamais douté que la famille dans laquelle je serais contiendrait un membre si spécial…
-Adria, ne pousse pas ma patience à bout. J'ai progressé, en magie. Le potentiel que tu voyais en moi est désormais partiellement si ce n'est totalement libéré. Montre toi et peut-être daignerais-je t'accorder une fin digne.
-Je voulais ramener mon Maître à la vie, poursuivit la sorcière sans soucier de mes mots. Je voulais voir la victoire de Diablo… J'avais même pensé à extirper son âme de la pierre…"
Je frémis en sentant un souffle sur ma nuque.
"Comment aurais-je pu me douter que celui que je cherchais tant était à mes côtés depuis le début ?"
Mes yeux s'écarquillèrent alors que je sentis le goulot d'une fiole être pressé contre mes lèvres. La surprise, mêlée à la peur de l'asphyxie alors qu'elle bouchait mes narines, me poussa à avaler le liquide inconnu.
J'étais dans les Cieux, admirant la corruption du palais même de mes ennemis… Un spectacle jouissif.
Non, Diablo, mes amis te vaincront…
"Diablo, ton règne de Terreur s'arrête maintenant ! hurla une voix face à moi"
Willy ! Tu es là, pour enfin mettre fin à ce calvaire…
Je ricanais, me tournant pour faire face au Nephalem. Un sourire étira mes lèvres alors que je le fixais, si minuscule et faible face à moi. Adria m'a informé qu'il s'agissait d'un fils de fermiers, William Southern… Et pour être honnête, j'étais de plus en plus déçu face à ceux qu'on envoyait se battre contre moi. La première fois, ce fut l'organisation entière des Horadrims, aidée de Tyraël, un Archange du Conseil des Angiris. La deuxième fois, le Prince Aidan - qui rentrait tout de même d'une défaite à Ouestmarche. Certes, perdre contre lui était plus ou moins dans mes plans, même si ça demeure problématique qu'un homme si pathétique ait pu me tenir tête si longtemps. Ensuite, c'était un simple héros voulant se faire un peu d'argent en aidant les Rogues qui s'est retrouvé mêlé à toute cette histoire et maintenant c'est le fils d'un fermier parti après une semaine de cours pratiques à l'Académie des Mages !
"Prépare-toi à affronter la Terreur…! hurlais-je face au Nephalem si idiot avec son épée ridicule et son chapeau pointu."
Le combat commença, avec ardeur. L'humain était clairement compétent, il a su apprendre à se battre sur le terrain.
Mais moi, j'ai des millénaires d'expériences et je suis le Démon Primordial !
Alors qu'on continua à se battre, je sentis au fond de moi une flamme s'embraser. Je grognais intérieurement, me disant que maintenant n'était pas le bon moment.
Laisse Willy tranquille ! hurlais-je de toute mes forces, utilisant cette magie démoniaque que j'avais en moi… Magie que ma mère m'avait poussée à utiliser, ironiquement.
Je ne pouvais pas me battre sur deux fronts à la fois. Willy, trop faible et absorbé par le combat pour se rendre compte que je n'étais qu'à moitié là, continuait à m'attaquer tandis qu'au plus profond de moi je me battais contre un autre ennemi.
Léah, laisse-moi me battre sous peine d'être définitivement détruite !
"Diablo, c'en est fini !"
Détruite ? Je préfère mourir que de te laisser tuer mes amis ! Ma vie est peut-être finie, mais mon âme… Grâce à moi, Diablo, tu seras vaincu !
Assailli des deux côtés, paralysé car je savais au plus profond de moi que je n'avais pas de plans de secours, je tentais une dernière fois de solliciter mon intellect et ma magie.
C'était la Bataille Finale. Je ne pouvais pas me permettre de la perdre !
Tu mourras, Diablo, je refuse de te laisser gagner ! William triomphera, et je lui prêterais toute ma force !
Alors que le sort ultime du Nephalem me frappait et que ma progéniture luttait de toutes ses forces contre moi, je sentis mon âme libérée de mon corps.
Mon corps est mort… Mais mon âme subsiste ! Je te tuerais, Diablo, sois en sûr !
Si la bataille contre le Nephalem était finie, celle contre Léah ne l'était pas : nous étions actuellement au même stade.
"Tyraël, il faut mettre l'âme de Diablo dans la pierre !"
N'y compte pas, sale garnement ! Sois chanceux que ma progéniture, même affaiblie et soumise à mes pouvoirs, soit plus efficace que toi !
Encore un effort… Je peux le faire, je dois le faire… Pour Oncle Deckard, pour Willy, pour Tyraël et tout les autres…!
Alors que je sentis la magie de l'ange m'envelopper, l'âme de Léah sur le bord de la destruction s'opposant à la mienne, une idée jaillit.
Mon objectif est que l'âme de Léah aille dans la pierre… Mon objectif est que l'âme de Léah aille dans la pierre… Mon objectif est que l'âme de Léah aille dans la pierre…
Non, Diablo, je ne te laisserais pas faire ! La force de mes amis… est avec moi ! Je n'ai pas fait tout ceci pour mourir, je survivrais suffisamment longtemps pour que ta mort se produise ! Je te tuerai, Diablo !
"Ça y est, William, c'est enfin fini.
-Nous l'avons fait… ça y est… Pour Cain, pour Léah, pour tout ceux qui sont morts…"
J'utilisais les derniers lambeaux de ma volonté afin de me téléporter dans un endroit sûr, duquel je pourrais reprendre des forces…
...et finir le combat que j'avais commencé.
Haletante dans la prison de Diablo - ma prison -, j'écoutais distraitement le combat à l'extérieur, entre Willy, Cain, Lazare et…
Mon… moi jeune alternatif ?
"Maître, Maître, vous allez bien ? demanda la voix d'Adria."
Ah, oui, elle…
Je remarquais que lors de la remontée de mes souvenirs, j'étais tombée. Me relevant, mes jambes de bois - des jambes de bois dans un corps d'humain… y avait de quoi rire - me soutenant difficilement, je lançais un regard dédaigneux à ma servante.
"Dis-moi, Adria… En ce qui me concerne, ma réincarnation m'a effacé la mémoire, mais… Comment se peut-il que durant toutes ces années, durant ces longues quinze années de ton existence en tant qu'Adriana, tu ne m'aies pas reconnu…?
-Maître, qui aurait pu suspecter que vous seriez dans le corps d'une jeune fille pathétique adorant incarner le héros vous tuant ?"
Ma rage s'intensifia en moi à l'énonciation du mot pathétique. Cependant, je savais que je ne pouvais pas la tuer.
Mon moi alternatif jeune n'était pas aussi bête que ce qu'il y paraissait… D'un autre côté, il était juste une version de moi moins expérimentée et affaiblie même si moi, aux jambes de bois et borgne dans un corps d'humaine, faisait pâle figure. Dans tout les cas, pour quitter ma prison, il fallait que je sortes avec l'aide d'un humain. Or je doutais que Willy, ou même Lazare, n'accepte vu leurs soupç…
Bien sûr. Le "secret" si grand à révéler, l'incapacité de Tyraël à répondre… Tout ça, parce que je suis le Seigneur de la Terreur qu'ils redoutent tant…
Même dans un corps d'adolescente borgne avec deux jambes de bois, la possibilité seule de m'informer de mon identité paralysait Lazare et poussait Tyraël à préférer la mort…
Je me souvenais alors des derniers mots de l'Archange, me suppliant de lui prouver tort. Je levais les yeux au ciel. Pathétique.
Même si tu pensais que j'avais une chance de rédemption, Tyraël, pensais-tu sincèrement que me cacher la vérité t'aiderait dans ton objectif…? Non… Tu savais que non. Mais comme tu l'as toi-même dit : tu as vécu ta vie en héros mais c'est en lâche que tu est mort…
Hors de la cage, le combat se déroulait toujours. Même si j'étais partiellement curieuse de l'issue, je savais que pour sortir je devais convaincre Adria que j'étais du même côté que ma jeune version.
L'étais-je, cependant…?
La réponse était encore incertaine. Mes souvenirs de ma longue vie en tant que Diablo s'entremêlaient avec ceux de ma courte vie en tant que Florence. Il était parfois difficile de distinguer les deux.
Le seul facteur commun était cette rage qui m'envahissait toujours.
"Adria… Je crois que tu as une cage à ouvrir.
-Oui, Maître."
J'eus un large sourire alors qu'elle actionna le mécanisme permettant l'ouverture de la cage, révélant ainsi face à moi d'un côté Cain, Willy et Lazare tandis que de l'autre le Rôdeur, l'épée de l'Injustice en main, se tenait seul.
"Florence, t'étais où ?! hurla Willy, ses yeux larmoyants."
Adria sortit, recueillant un cri de rage de la part du Nephalem alors qu'elle se plaça aux côtés du Rôdeur.
Sourire aux lèvres je m'avançais jusqu'au centre de la salle, entre les deux groupes se faisant face. La tension était lourde et elle évoquait en moi un regain d'énergie exaltante. Je me sentais enfin à ma place, ayant pour la première fois l'ensemble des informations en mains.
La Bataille Finale.
Mon regard embrasé passa lentement sur chaques visages autour de moi, suscitant parfois de la confusion ou de la colère, même si sur tous, absolument tous à l'exception du Rôdeur, la Terreur se peignait à ma vue.
Un ricanement s'échappa de ma gorge alors que j'observais mes interactions avec mon moi alternatif sous un autre œil. Bien évidemment que je n'avais pas peur face à lui… Bien évidemment que j'avais su maîtriser la Terreur qu'il inspirait.
J'étais son Seigneur, après tout.
Lorsque mes yeux se posèrent sur l'Archevêque, mon sourire s'étira autant que le vieillard trembla.
"Lazare… Mon vieil ami… Qui l'eut cru ?
-Q-Qui l'eut cru, en effet…
-Tu ne m'appelles donc pas "Maître" comme tu en avais l'habitude, Lazare ?"
L'expression de Willy se décomposa.
"J-Je trouve… que… que l'envie me manque."
Mon sourire s'élargit, menaçant de devenir une grimace.
"Et, dis-moi, Cain… As-tu à jamais réellement pensé que j'étais la réincarnation d'Aidan ?
-C'était, comme je te l'avais dit… la meilleure option que nous avions. Mais… éclaire nous donc sur ta nature et dis nous… comment nous devrions t'appeler, à présent."
Seul mon ricanement, accompagné par celui du Rôdeur, répondit à l'Horadrim.
"Quant à toi, Willy… Le Nephalem qui m'a vaincu il y a, pour moi, des années semblerait-il… Qu'est-ce que ça fait de voir, une fois de plus, celle que tu espérais protéger des forces des enfers les rejoindre…?
-Tu… Tu… Comment…?"
Je fis un pas vers lui, ma jambe de bois claquant contre le sol.
"Allons, Willy… Si je ne suis pas la réincarnation d'Aidan, de qui donc pourrais-je l'être, hmm ?
-Diablo… Mais comment as-tu fait pour survivre ?! Ton âme est dans la pierre, je t'ai vaincu avec l'aide de Tyraël ! hurla l'humain."
Mon rire le ramena au silence. Faisant un autre pas dans sa direction, je lâchais :
"Si ma très chère fille, Léah, n'était pas encore vivante… Je t'aurais tué, William. Si Léah ne t'avait pas sauvé en se jetant désespérément sur moi, j'aurais gagné. Lorsque vous avez su ensemble me vaincre et que Tyraël s'apprêtait à placer mon âme en compagnie de celle des autres, j'ai jugé que… faire un échange… serait tout à fait à l'ordre du jour.
-Tu veux dire que…!
-Que l'âme que vous étiez si heureux de mettre dans la pierre d'âme noire n'était pas la mienne, mais bel et bien celle de Léah ! Ensuite, ça n'a été qu'un jeu d'enfant pour me réincarner dans ce corps… Et seize ans plus tard, ma très chère Adria m'a, sans le savoir, permis de revenir en ce monde."
Lazare fronça des sourcils, affichant une mine confuse un bref instant. Je lui adressais mon plus beau sourire.
"Mais… Florence… Tout ça… Tout ces moments… ce n'étaient que des mensonges…?
-Je te l'ai dit, William… Je vous ai à tous servi un tissu de mensonges… La seule vérité que tu aurais pu avoir de moi, William, la seule vérité à laquelle vous pouvez tous vous fier, est celle que j'ai écrite."
Les larmes remplirent les yeux du Nephalem, qui s'écroula sur le sol en poussant un gémissement de douleur.
Je l'observais, sans aucun remords. Me tournant vers mon moi alternatif et Adria, je me dirigeais vers eux, à présent. Le Rôdeur me salua d'un sourire accompagné de sa voix inhumaine :
"Diablo… J'avais eu peur, un instant, de t'avoir perdu en me rendant compte que tu t'étais réincarné en humaine.
-Je réalise à présent bien plus de choses sur nos interactions passées… Mais, chose promise, chose due."
Il haussa un sourcil alors que, d'un coup précis je plongeais ma main dans la poitrine d'Adria pour en extraire son cœur palpitant entre mes doigts, sous la surprise générale.
La sorcière me fixa, ses yeux écarquillées alors qu'elle mourra dans les bras de celui qu'elle appelait "Maître".
Mais je n'étais pas son Maître. Je ne l'étais plus, les années aussi brèves soient-elles, m'avaient changé.
"Je t'avais dit que ce serait Diablo qui tuerait Adria… ricana le Rôdeur en m'observant."
L'ignorant, me tournant vers les humains, levant le cœur inerte de la sorcière, je déclarais d'un hurlement :
"Le Noir Seigneur… est de retour !"
Les flammes et les éclairs m'entourèrent alors que mes yeux déments se posèrent sur ceux de Lazare, qui acquiesça gravement.
Note de l'auteur :
YOUHOU ! Chapitre XVI posté ! Il ne reste plus que l'épilogue... (tan tan tan tan !).
