Chapitre 4 : Trouver Alice.
-Travis, calme-toi !
-Je dois rencontrer Clopin.
-En pantalon pyjama et ployant comme un vieillard ?
-Hey bien file-moi un tee-shirt !
-Qu'est-ce qui se passe ici ?
Chelsea était revenue, un paquet caractéristique entre les mains qui fit grouiller mon ventre. Elle nous retrouvera, Dylan et moi, nous hurlant de dessus, moi à moitié plié, la douleur me déchirant le dos, et la jeune fille droite devant moi, déterminée, les bras croisés. Quand elle avisa le sac que tenait Chelsea, elle grogna de dépit.
-Je vais tuer Julio …
-Un McDo ! me réjouis-je en fixant le sac de Chelsea avec avidité. Parfait !
-Oui bien mange et ferme-la ! siffla Dylan. Et rassis-toi !
Sur ce, elle me poussa sans ménagement et je me laissai tomber dans mes draps avec un autre grognement. Chelsea déposa le paquet devant nous, et laissa Dylan fouiller dedans pendant qu'elle passait une main dans mon dos. Je vis ses lèvres remuer et une chaleur se diffusa et part et autre de ma cicatrice. Je poussai un soupir de soulagement et réussis à me redresser dignement. Voilà, c'était mieux que d'être vouté comme un vieillard.
-Merci Chelsea. Toi tu es une fille bien.
-Va te faire voir, mauvaise herbe.
-N'empêche que je suis sûr que Chelsea va m'emmener chez Clopin.
-Clopin ? répéta Chelsea avec horreur. Mais bien sûr que non, Travis, je ne peux pas faire ça ! Tu sais ce qu'on encourt pour t'avoir amené ici ?
-Et bien vous direz que je veux épouser votre cause, que moi aussi je veux en avoir rien à battre des dieux et tout !
-Vraiment ? douta Dylan avec un haussement de sourcil. Tu lâcherais ta fac et ta mère pour venir se terrer avec nous ?
Il y avait une note de reproche dans sa voix, et je sentais qu'elle m'en voudrait si j'abandonnai ma mère. Elles devaient avoir de l'estime l'une pour l'autre. J'ouvrai les bras sous l'air de l'évidence.
-Mais non, mais on peut lui faire croire, non ?
-Tu oublies, marmonna Dylan en secouant la tête. On ne ment pas à Clopin. Si tu dis que tu restes, tu restes.
-Et si tu ne restes pas, on est mal, Dylan et moi, enchérit Chelsea, la mine sombre. Clopin plaisante pas avec tout ça. Il ne va pas laisser le secret se dilapider, on a besoin de cette tranquillité.
Je fixai les deux jeunes filles, tout en fouillant dans le sac McDonald pour en extraire des frites qui faillirent me faire défaillir de bonheur.
-Franchement Dylan, comment tu ne peux pas aimer ça ?
Sans cœur, elle donna un coup avec mon carnet qu'elle tenait toujours à la main, et ce sèchement sur mon épaule.
-Aïe ! On ne frappe pas les blessés ! Hey, scandale ! Pourquoi y'a pas de ketchup ?
Chelsea me lorgna d'un air désespéré, et regarda par dessus l'épaule de Dylan pour voir le visage de ma demi-sœur. Ses yeux s'agrandirent de surprise :
-Hey mais c'est Camille !
-Justement, il semblerait que ce soit un problème, maugréa Dylan.
Je lui jetai un regard noir en mordant rageusement dans un chicken-nuggets. Oui, comme le disait Dylan, il semblerait que ce soit réellement un problème.
Car Camille était morte.
J'avais fait assez de cauchemar, revivant la mort de ma petite demi-sœur encore et encore. J'avais recueillie Alice brisée encore couverte de sang. Maintenant que mon estomac se remplissait et que Dylan ne me criait pas dessus, je ne voyais que peu de solution à ce mystère. Soit la fillette terrorisée que j'avais connue au camp était Camille, qui, quand elle était arrivée, s'était donnée le nom de sa sœur décédée, trop troublée pour réfléchir correctement. Soit l'inverse était arrivé à la Cour, quand Alice était arrivée en se donnant le nom de Camille. Ou alors, l'autre possibilité, absolument invraisemblable, c'était que Camille avait survécu mais c'était impossible. Rien que de penser à tout cela me donnait mal à la tête.
Et la seule manière de trouver une solution à ça, c'était de me retrouver devant la gamine. Quitte à être confronté à Clopin. Dylan expliqua succinctement à Chelsea ce que je venais de lui dire sur Alice et Chelsea blêmit d'un coup.
-Travis, je ne pense pas que tu te rendes compte. Si on t'amène à Clopin, on sera punies, Dylan et moi.
-Alors quoi ? Vous fuyiez les camps tyranniques pour vous jeter dans les bras d'un autre tyran ?
-Ne parle pas de Clopin comme ça, siffla Dylan de façon mauvaise. C'est normal qu'il s'inquiète sur ça, ce secret c'est notre sécurité. Alors oui, ceux qui le dilapident peuvent se faire punir.
-Et moi, je cherche désespérément ma sœur ! Je dois parler à Camille – ou Alice, peu importe !
Je me sentais perdre pied. Les deux filles s'entreregardèrent un instant, puis Dylan quitta la chambre, disant qu'elle allait réfléchir. Je restai à potasser avec Chelsea. Elle m'expliqua que cette pièce était ce qu'il leur servait d'infirmerie, et que cette planque de Denver était constituée d'autres pièces, deux chambres pour les filles et les garçons, une pièce pour les vivres, et une autre qui servait de salle commune. Régulièrement, il y avait des rondes pour faire passer des affaires d'un point à l'autre. Danny, le fils de Vénus, vint nous tenir compagnie avant que Dylan ne revienne, flanquée du grand Chuck et d'un gringalet hispanique avec une casquette des Lakers. Chacun des deux garçons avaient un hamburger dans ma main et une marque de gifle sur la joue du latino témoignait du mécontentement de Dylan quant au choix du menu.
-C'est une blague ? s'enquit Chuck en me jetant un regard noir. Tu nous mets déjà le couperet sur la gorge et en plus tu veux actionner la guillotine ?
-Pas cool, amigo, bougonna son ami – Julio sans doute. Non seulement on se met en danger pour te sauver la peau, mais ensuite tu veux nous précipiter aux enfers. Drôle de façon de te remercier.
-Travis je te présente Julio Alvarez Da Silva, soupira Dylan en lui jetant un regard noir. Et Chuck Johnson, fils de Niké.
J'observai Julio, hispanique d'une quinzaine d'année avec une tête de poupin qui me fit un petit sourire et Chuck, avec ses cheveux noirs et ses yeux bruns calculateurs qui me rappelaient bien trop d'autres.
-On ne va pas être copain, grommelai-je en lorgnant Chuck. J'ai une de tes sœurs qui me déteste à la Colonie.
-Je haïssais mes frères et sœurs. C'est pour ça que je suis parti.
-Ah ! On va peut-être être potes, finalement.
-Pas question.
Anna arriva derrière eux, ses yeux jaunes hypnotiques balayant la salle. En tout, ils étaient six Sang-Mêlés, dont les yeux étaient vrillés sur moi, accusateurs, gênés, ou blessé. Je sentis une vague de culpabilité me parcourir. S'ils avaient risqué leur place ou je ne savais quoi d'autre pour me maintenir en vie, je ne me voyais pas aggraver leur cas. Mais malgré tout, il fallait que je me rende à cette ferme où se trouvait manifestement une de mes demi-sœurs. Je pris un autre nuggets, tentant de trouver une façon d'approcher cette ferme sans passer par mes sauveurs.
-Et si je tombais par hasard sur l'endroit en question ? proposai-je. Clopin ne pourrait rien dire.
-Tu ne connais pas Clopin, amigo, marmonna Julio. C'est un intuitif. Il sent quand on lui ment. Il sentira que ce n'est pas un hasard.
-Mec, je suis un fils d'Hermès. Embobiner les gens, je fais ça mieux que n'importe quel enjôleur. Sans vouloir te vexer, Danny.
-Ecoute Travis, soupira Chelsea en passant une main dans ses cheveux blonds. Clopin est mon frère, on était ensemble au Camp Jupiter. Ce n'est pas un tendre et il fera tout pour avoir la paix. Y compris te tuer. Je pense vraiment que tu ferais mieux de laisser tomber. Si tu veux, je peux y aller, moi, voir Camille. Je savais que tu étais un Sang-Mêlé, et inversement. Je peux récolter des informations, et je te les ferais parvenir.
Sur le papier, la proposition de Chelsea avait du sens. Tout le monde se détendit, soulagé que leur camarade ait trouvé un compromis. Pourtant, un poing invisible me frappa l'estomac. Non, quelque chose dans ce plan me gênait. Je coulai un regard sur Dylan, la seule qui me fixait encore d'un air désabusé, comme si elle savait déjà que j'allais refuser la proposition de Chelsea. « Trouve ta sœur. Aide-toi de la fille aux yeux qui changent de couleur ».
-Désolé, Chelsea. Mais je dois vraiment trouver Alice. Moi-même.
-Parce que ton père te l'a demandé ? s'énerva Chuck, perdant visiblement patiente. Si elle lui tient tant à cœur, cette gamine, qu'il la trouve lui-même !
-Il ne le fera pas, et tu le sais bien, répliquai-je amèrement. Et ça ne me plait pas plus qu'à vous. Simplement, s'il veut que je trouve ma sœur, c'est qu'il y a une raison et il est hors de question que je la laisse dans la merde si je peux l'éviter, juste pour emmerder mon père.
-Et bien tu devrais.
Je faillis voir rouge, et mettre mon poing dans la mâchoire arrogante du fils de Niké. Mais Dylan s'avança préventivement et leva la main d'un air autoritaire. Même ainsi, la main levée, elle arrivait à peine à dépasser Chuck.
-Ça va ! Je vais prendre toute la responsabilité de l'affaire et amener Travis à Clopin.
-Quoi ?!
Dylan releva fièrement le menton face à Chuck. Il la dévisageait avec des yeux écarquillés avant d'hausser les épaules avec indifférence.
-Fais donc, alors, si tu es suicidaire …
Et il quitta la pièce avec fracas, maugréant qu'au moins après ça, c'est lui qui aurait la direction de cette planque. Dylan et Chelsea jetèrent un regard dégouté à l'endroit où Chuck avait disparu, et Anna se précipita aux jambes de ma harceleuse, entourant sa taille de ses bras.
-Ne fais pas ça Dylan ! Clopin va te tuer !
-Enfin non Anna, rit Dylan, un rire qui me parut légèrement forcé, avant de relever les yeux sur Chelsea, qui la couvait d'un regard inquiet. Clopin et moi, on a monté cette Cour ensemble. On est les deux fondateurs, même si c'est lui qui a le commandement. Il ne me fera rien.
-J'espère que tu as raison, querida, fit Julio en posant sa main sur l'épaule. Et si ce n'est pas le cas, je me vengerais au centuple sur le fils d'Hermès.
-Je le forcerais peut-être à sauter d'un immeuble, réfléchit Danny en m'observant. Ou alors se déguiser en fille et lui faire traverser la ville …
-Tu oublies, Junior, rétorquai-je en pointant une frite d'avertissement sur le fils de Vénus. Je suis trop fort pour toi, et je connais la reine des enjôleuses. Contre Piper McLean, tu ne fais pas le poids.
-Ou alors on le laisse en pâture à Anna, enchérit Julio avec un sourire carnassier. Crois-moi, tu ne fais pas le poids face à ça.
Anna donna un coup dans le ventre de Julio et celui-ci fit mine d'être atteint en se tordant, le visage comiquement crispé. Mais la fillette ne se laissa pas attendrir, frappa violemment les orteils de Julio du plat de son talon, arrachant un vrai cri à l'adolescent et s'en fut avec mauvaise humeur.
-C'est parfait, Julio, soupira Dylan en secouant la tête, néanmoins amusée par la situation. Tout ce se passera bien, ne vous en faites pas. Et si ça se passe mal, je vote pour le déguiser en fille. Maintenant tout le monde dehors ! Et Chelsea, ramène moi des vêtements, ceux de Caleb devraient lui allait.
Tout le monde sortit, un regard peiné pour Dylan, laissant la jeune fille seule avec moi. Elle se laissa tomber sur le matelas à coté de moi, et prit un nugget dans lequel elle mordit allègrement.
-Je pensais que tu n'aimais pas le McDo ?
-Travis, je me retiens actuellement de te gifler, de te planter une flèche entre les deux yeux, de te dépecer et de jeter ton corps du haut des montagnes. Alors épargne-moi cette peine, et tais-toi. Sinon je te transforme en Nugget, façon Blackraven.
Je me tus alors. Nous grignotâmes les frites, et pour une fille qui avait prétendue ne pas aimer le McDo, je lui trouvais un appétit de satyre. Chelsea m'apporta un jean et un Tee-shirt propre, jeta un dernier sort de guérison à mon dos et s'en fut, me laissant m'emmurer dans un silence pensant avec mon harceleuse. Finalement, malgré la menace de me prendre une flèche entre les yeux, j'osai demander :
-Ça veut dire quoi en vrai, ce que tu viens de faire ?
-Un des privilèges des lieutenants. Si quelqu'un enfreint les règles sous mon autorité, j'ai le droit d'assumer toutes les conséquences et donc laisser la personne en question tranquille. Donc si j'assume tout – et je dois le faire car c'est de ma faute si tu es là – alors les autres ne seront pas inquiétés.
-Et ça veut dire quoi, concrètement, pour toi ?
Dylan ricana et but une lampée de coca sans me regarder. Ses yeux étincelaient.
-Que si Clopin trouve la faute trop grave, il se pourrait qu'il m'exécute. (Elle sourit tranquillement et me tendit la boite.) Un nugget ?
OoO
Nous partîmes le lendemain matin, Dylan et moi, à bord de la vieille fourgonnette qu'ils avaient, si j'avais bien compris « subtilisé » à un fermier du coin qui semblait ne plus en avoir besoin. Dylan avait, malgré son opposition à cette « société qui n'était pas faites pour les demi-dieux », avait prit soin de passer son permis et se plaça avec naturel au volant. Elle était si petite que je m'étonnai la voir toucher les pédales. Chelsea et Julio avaient chargé la fourgonnette avec des fonds que nous devions donner à Clopin et j'avais appelé ma mère pour la rassurer. Oh, elle m'avait incendié, évidemment, m'accusant de retomber dans mes vieux travers, mais savoir que je le faisais pour Alice l'avait radoucie. La ville disparaissait maintenant derrière nous et nous nous enfoncions dans la compagnes, les Rocheuses occupant tout notre horizon avec majesté.
-En vrai, Clopin, il a un nom ? m'enquis-je alors que Dylan mettait des lunettes sur son nez.
-Jasper, finit-t-elle par admettre sur bout des lèvres. Jasper Hillbrook. Ce n'est pas un secret. Simplement, tout le monde l'appelle Clopin. Comme le chef des truands dans Notre-Dame de Paris.
-J'ai compris. Vous voulez faire une pièce de théâtre, c'est ça ? Genre, refaire Notre-Dame de Paris ici. En mode Comédie Musicale ? Je dois m'attendre à vous voir danser en arrivant à la Cour des Miracles ?
Elle me lança un regard noir – enfin, je supposai, parce qu'avec ses lunettes, la seule chose que je vis c'est mon sourire narquois qui devait lui donner envie de me jeter d'une montagne. Puis brusquement, elle envoya la fourgonnette sur le bas coté, ouvrit sèchement sa portière et descendit. Je la regardai faire le tour de la voiture, perplexe, et ouvrir ma propre porte avant de m'ordonner de me tourner. Elle me mit alors un bandeau sur les yeux.
-Hey ! C'est Notre-Dame de Paris qu'on doit imiter, pas Cinquante Nuances de Grey !
-Travis, je te préférais quand tu m'évitais. Au moins tu la fermais. En fait, tu es pire que ton frère.
-Je prends ça pour un compliment.
J'avais l'air fanfaron, mais en réalité, sa remarque m'avait donné un coup au ventre. Cela me rappelait que Connor n'était plus là, à mes cotés. Je perdis mon sourire et laissai Dylan me bandait les yeux sans rechigner. Elle retourna ensuite à sa place et redémarra la voiture, me plongeant complétement dans le noir.
-Bon, maintenant que j'ai les yeux bandés, on peut jouer ?
-Jouer à quoi ?
-A trouver ta mère. Ce n'est pas Déméter, mais tu kiffes les plantes. Euh. J'ai fais des recherches hier soir et Chloris est la déesse des fleurs, alors Chloris ?
-Perdu.
Je grommelai, et cherchai profondément dans ma mémoire les cours d'histoire grecque dont Chiron me dispensait quand j'étais petit. Et force était d'admettre que ce n'était pas facile.
-Hécate ? Et avec tes fleurs, tu fais des potions ?
-Pas Hécate.
J'essayais toutes les déesses que j'avais en tête : Hébé, déesse de la jeunesse, Athéna (vue comment elle paraissait intelligente, pourquoi pas ?), Niké, Tychée, Némésis et même Aphrodite mais Dylan répondait chaque fois par la négative. Je devinais son amusement à travers le bandeau.
-Mais tu es sûre que c'est ta mère la déesse ?
-Certaine.
-Je suis à court, là. Un indice ?
-Ce n'est pas une Olympienne.
J'enlevai mentalement Déméter, Athéna, et Aphrodite – que j'avais de toutes manières citées. Je réclamai d'autres indices mais Dylan refusa fermement. Dans l'impasse, je me rabattis sur un autre sujet : Clopin et la Cour des Miracles. J'appris ainsi qu'ils étaient une quinzaine dans la petite ferme réhabilitée, cachée par le fils d'Hécate, une dryade et une naïade. Clopin était le chef de toute la Cour et avait nommé trois lieutenant, un pour chaque Planque : Dylan à Denver, un certain Neith, fils d'Hypnos, à Aurora et Allison fille de Némésis à la ferme.
-Et il s'est passé quoi, la dernière fois que quelqu'un a balancé la Cour ?
Dylan ne répondit pas tout de suite. Je sentis un certain malaise s'insinuer dans la voiture et la culpabilité m'étreint à nouveau.
-Dylan ? insistai-je car elle ne répondait pas. Il va t'arriver quoi ?
-Je te l'ai dit. Si Clopin juge que c'est trop grave, alors il peut m'exécuter.
-Mais il ne le fera pas, hein ?
-Je ne pense pas, lâcha-t-elle au bout de quelques secondes. Je pense que ta cause est juste et qu'il comprendra en partie. Et en plus, il me considère presque comme sa petite sœur. La Cour, c'est notre œuvre. Il ne prendra pas le risque de me tuer. Oh, je pense pas en sortir indemne. Mais vivante.
Je gardai un instant le silence, le cœur lourd. Quand j'avais exigé qu'on m'amène devant Clopin, je n'avais pas vraiment songé que cela pourrait avoir une incidence sur Dylan. Maintenant qu'on en parlait je ne pouvais empêcher la culpabilité de me ronger les entrailles. Il était hors de question qu'on fasse le moindre mal à Dylan. Pas de ma faute.
Le reste du trajet se fit en silence. J'évaluai vaguement que cela faisait presque deux heures s'étaient écoulées depuis que nous avions quitté Denver quand la fourgonnette s'immobilisa. J'entendis Dylan retirer sa ceinture en soupirant, et sortir de la voiture.
-Je peux enlever le bandeau ? m'enquis-je quand j'entendis ma portière s'ouvrir.
-Non, à l'intérieur. Tu me suis sans résistance ?
Malgré ma réticence, je m'exécutai et laissai Dylan me menait le long d'un chemin caillouteux sur lequel je faillis m'étaler plusieurs fois.
-Surtout, fais moi plaisir, soit gentil, souffla-t-elle à mon oreille, une note d'appréhension dans sa voix. Ne soit pas sarcastique, soit humble. Et évite de dire que c'est ton père qui t'a demandé de retrouver ta sœur, Clopin ne va pas apprécier d'aider les dieux. Dis juste que tu cherches ta sœur car il y a longtemps qu'elle n'est pas venue à la Colonie et que tu t'inquiètes – ce n'est pas loin de la vérité, non ?
Non, c'en était pas loin. La culpabilité me prit, mais pour une autre cause. J'aurais dû chercher à avoir des nouvelles d'Alice quand j'avais remarqué qu'elle ne venait plus à la Colonie. Oui je m'étais inquiété, mais j'avais pensé qu'après la mort de Camille, Alice avait préféré se tenir loin de tout ça, chose que je pouvais comprendre. Jamais je n'aurais cru qu'il puisse être en danger. Je me rassurai en me disant que j'aurais bientôt des réponses.
-Etre humble. Parler que d'Alice. Pas d'Hermès. Pas de problème, c'est réalisable.
-J'ai des doutes sur l'humilité personnellement, mais bon.
-Je vais faire des efforts, Dylan. J'ai causé trop de dégâts.
-Pas pour l'instant.
Elle me lâcha pour ouvrir une porte et me la dit passer avec douceur. Aussitôt, l'atmosphère changea, et je sentis un frisson me parcourir. Dylan derrière fois et enleva mon bandeau de mes yeux. Je clignai des paupières pour m'habituer à la lumière. Je me retrouvais dans le vestibule d'un bâtiment en brique. Dylan me fit avancer dans ce qui semblait être une cuisine vieillotte, mais en bon état. Une table ronde se tenait au centre et Dylan piqua une pomme dans une corbeille à fruit. Je soufflai :
-Pour une ferme abandonnée, elle a l'air en bon état.
-On a tout retapé au fil des ans, expliqua Dylan avant de mettre ses mains en porte-voix : Hey ho ! Quelqu'un dans cette baraque ?
-Oui, mais je dors ! fit une voix venant de la pièce d'à coté.
Une fille finit par émerger et à s'accouder à l'encadrement de la porte. Grande et gracieuse, elle devait avoir deux ans de plus que moi, avait des cheveux blonds courts coupés à la garçonne et un visage fin et sévère. Ses yeux étaient gorgés de sommeil.
-Oh … Salut, mini-pouce, maronna la fille avant de me désigner d'un coup de menton. Qui c'est, une nouvelle recrue ?
-En quelque sorte, éluda Dylan, dont le visage s'était renfrogné. Travis, je te présente Allison. Allison, où est Clopin ?
-Dans le jardin avec Chloé. Pourquoi ?
-Je vais le chercher. Tu peux mener Travis dans la Salle de Réunion ?
Allison hocha doucement la tête et me dévisager de la tête au pied, comme si j'étais un phénomène scientifique particulièrement intéressant. Cette fille me faisait flipper. Je jetais un regard déboussolé à Dylan, qui me sourit avec un mélange de quiétude et d'insolence.
-T'inquiète, mauvaise herbe. Je suis bientôt de retour.
-Oui. Euh. Dépêche toi ?
Dylan ricana et sortit par la dernière porte. Je détaillai la pièce le plus que possible, ayant avec gêne conscience que les yeux d'Allison ne se détachaient pas de moi. J'avais tendance à considérer les enfants de Némésis comme des psychopathes depuis que j'avais appris que l'un d'entre eux avait sacrifié un œil à sa mère. Sympa, la maman.
-Hum, entonnai-je, légèrement mal à l'aise. Euh, elle est où cette salle de réunion ?
-A l'étage, répondit Allison avec un sourire. Suis-moi, je vais t'y mener.
Elle me fit un signe de la main et la suivit jusque l'escalier, de vieilles planches de bois dans lesquelles je n'avais aucune confiance, mais qui, à ma plus grande surprise, ne craquèrent pas. Nous nous retrouvâmes dans une grande pièce ouverte, avec une table bancale au milieu et des tableaux à feutre autour. Je regardais les différents tableaux, qui représentaient en fait des emplois du temps et des organigrammes d'organisation.
-Olala, maronnai-je en observant le planning qui prévoyait que Cholé et Spencer étaient de corvée jardin, Jennifer et Mac à la plonge et Lee et Cora à la cuisine. Mais c'est pire que la Colonie, tout ça.
-Rien ne peut être pire que ce genre de camp, répliqua durement Allison en s'appropriant une des chaises. On fait juste en sorte de survivre.
-Ouais, on me l'a déjà dit.
Elle me lorgna d'un air indifférent, presque mauvais. Ses paupières se plissèrent.
-Qui sont tes parents ? J'ai eu du mal à voir.
-Hermès.
La voix était puissante et venait de derrière moi. Lentement, le cœur battant à tout rompre, je me retournai. Dans l'encadrement de porte, un grand gaillard à la peau noir et aux yeux transperçant me fusillait du regard. Ses cheveux étaient coiffés en une multitude de tresses et attachés sur sa nuque. Derrière lui, Dylan se tenait droite, les mains derrière le dos. D'autres personnes me lorgnaient de part et d'autre de celui qui semblait être Clopin. Je les dévisageai, espérant trouver le visage de ma sœur parmi eux, mais non. Allison se leva immédiatement, et croisa les bras derrière son dos.
-Fils d'Hermès, répéta Clopin en s'avançant lentement dans la pièce. Je suis Clopin, fils d'Apollon, anciennement membre de la Cinquième Cohorte du Camps Jupiter. Ou est le deuxième ? s'enquit-t-il auprès de Dylan. Ils étaient deux.
-Retourné à la Colonie, répliquai-je alors, intimité malgré moi. Vous n'avez pas à vous en faire pour lui.
-Parce qu'on en a à s'en faire pour toi ?
Je fixai Clopin, puis Dylan. La jeune fille m'intima au silence d'un regard, et tourna sèchement la tête en direction des autres demi-dieux de la Cour.
-Vous n'avez pas autre chose à faire, bande de commère ?
-Serena reste, rétorqua alors Clopin sans regarder Dylan. Ainsi qu'Allison, Spencer et Giovanni.
-Et zbim la demi-princesse, marmonna un garçon d'environ seize ans, en toisant Dylan d'un air moqueur.
Mais le regard que Dylan lui fit en retour était bien plus meurtrier. Elle agrippa fermement le lobe de l'oreille du garçon et le tira sèchement dans la pièce. Il gémit en se laissant faire, et la jeune fille le lâcha sur une chaise avec des yeux assassins.
-Contente-toi de t'asseoir sagement et de la fermer.
-Acharne-toi sur les soldats, ai lieu de me piquer les miens, Blackraven, ricana Allison en caressant ce qui semblait être un fouet à sa ceinture.
-Ça suffit, siffla Clopin en fusillant les deux filles du regard. J'ai dit Spencer, Giovanni, Serena et Allison. Dylan tu restes. Vous vous la bouclez tous et les autres foutez le camp.
Et tout le monde s'empressa de lui obéir. Je les observai soit entrer dans la pièce avec empressement, soit la quitter comme si le Minotaure était à leurs trousses. Moi-même j'avais tressailli en entendant la voix de Clopin. Ce Sang-Mêlé avait une autorité tonitruante. Et un peu flippante. Dylan, Allison, deux garçons (dont celui que Dylan avait attaqué), et une fille d'environ huit ans s'installèrent autour de la table. Le garçon se frottait toujours le lobe de l'oreille en toisant Dylan d'un air mauvais. La jeune fille s'installa à coté de moi, le menton fièrement redressé. Mais ses doigts s'agitaient sur ses cuisses. Signe d'hyperactivité, ou de nervosité ? Clopin s'installa en bout de table, ses yeux sombres rivés sur moi, sans la moindre émotion. OK, je voulais bien admettre que j'étais assez mal à l'aise devant ce type.
-Bien, entonna-t-il doucement. Dylan m'a dit que tu étais un des deux fils d'Hermès de Denver. Donc tu as été à la Colonie. Et tu es maintenant ici.
-Effectivement.
-Pourquoi ?
Dylan me toisa d'un air entendu et ses recommandations à l'entrée de la ferme me revinrent un mémoire. Concentré mes paroles sur Alice. Etre humble. Surtout être humble. Alors ne pas laisser échapper ce petit sourire arrogant qui me venait spontanément aux lèvres.
-En réalité, je cherche ma petite sœur, Alice. Ça fait des années que je l'ai plus vu et je suis à sa recherche. Dylan l'a reconnu quand je lui ai montré la photo.
Je pris mon carnet et montrai la photo de ma petite demi-sœur. Clopin l'étudia sans que son visage ne laisse transparaitre quoique soit.
-On la connaît, effectivement. Mais ici, on l'appelle Camille.
-Il faut que je la voie, exigeai-je, avant d'ajouter sous le regard lourd de reproche de Dylan : s'il te plait, Clopin.
Clopin me fixa un instant sans rien dire et coula un regard sur les Sang-Mêlé qui étaient restés. Un des garçons, roux et aux trop nombreuses tâches de rousseurs, me dévisageait avec un sourire de coin.
-Il suit une voix tracée. Et ce n'est pas lui qui a tracé ce chemin.
-J'approuve, enchérit la fille – Serena ? – d'une voix fluette. Il ne ment pas, il cherche sa sœur. Mais il manque quelque chose. Comment as-tu su que tu devais venir à la Cour pour la trouver ?
Je les observai, médusé d'être ainsi mis à nu. Je lançai un regard nerveux à Dylan, mais celle-ci fixait le garçon qu'elle avait agressé, attendant visiblement qu'il se prononce. C'est ce qu'il fit, à contrecoeur.
-Je ne vois rien de dangereux. Tu as quitté la Colonie, non ? Alors je ne vois pas pourquoi il irait nous balancer. On le fait jurer sur le Styx et c'est bon.
-Travis, je te présente Spencer, fils d'Hécate, Serena fille d'Apatée et Giovanni, fils d'Athéna, fit alors Dylan avec un sourire. Spencer est un peu spécial car il arrive à lire des brides de destinées.
-La Croisée des Chemins, précisa le roux avec un haussement d'épaule. Enfin, je ne peux pas lire la croisée, juste évaluer si tu es à la Croisée des Chemins ou si tu es déjà engagé sur un chemin.
-La mère de Serena est la déesses des tromperies, alors elle aurait senti sur tu mentais.
-Je maintiens qu'il manque une pièce, marmonna-t-elle d'une voix enfantine.
-Et Giovanni est censé être le plus sage d'entre nous – mais ça, c'est encore à vérifier.
-Va te faire voir, semi-Princesse.
Clopin eut un sourire froid, et échangea un regard avec Allison, qui était restée impassible à coté de lui. Son visage était de marbre quand elle déclara :
-Comment as-tu trouvé la Cour ?
-C'est moi qui l'y ait emmené, répondit immédiatement Dylan avec aplomb. Il m'avait aidé contre des empousaiet l'une d'entre elle l'a blessé. Je n'allais pas le laisser mourir dans la ruelle alors qu'il venait de m'aider ?
-Tu aurais pu simplement le ramener chez lui, intervint Clopin d'une voix grave. Sa mère s'en serait occupée.
Dylan secoua fermement la tête, ses cheveux noirs volants sur ses épaules.
-Non. La blessure était trop grave, j'avais besoin de Chelsea. J'assume l'entière responsabilité de cette décision.
Allison dressa un sourcil, et une lueur ravie éclaira son regard. Ses yeux me faisaient froid dans le dos. Ils brillaient à présent d'un air presque malsain. Je toisai Dylan d'air nerveux. Elle-même s'était tendue, attendant le jugement de Clopin. Le fils d'Apollon jaugeait la jeune fille et une ombre peinée passa sur son visage.
-Dylan … Il me semblait que les règles étaient claires. Si le sujet n'a aucune volonté de rester à la Cour, alors il n'a rien à en savoir. Tu comptes rester à la Cour ? s'enquit-t-il à mon adresse.
-Non, admis-je, sachant qu'il ne servait à rien de lui mentir. Je suis juste là pour trouver ma sœur. Et je ne dirais rien sur la Cour, de toute manière, à qui pourrais-je le dire ? J'ai quitté la Colonie pour la Fac. Ma mère se fiche de ça et mon frère me fait la tête. Et j'ai juré sur le Styx.
-Mais même ! s'agaça Giovanni en plissant les yeux. Si on fait ça, alors tout le monde peut venir sonner à notre porte au moindre problème ! On est pas un asile de réfugié.
-C'est exactement ce qu'on est, au contraire, répliqua durement Dylan. Je te rappelle que tu vivais dans la rue quand Medhi t'as trouvé, Gio. Tu étais un chien errant. Personnellement, je trouve qu'il n'y a pas de danger. Travis a déjà juré sur le Styx qu'il ne parlerait à personne. Il veut juste retrouver Alice.
-Mais pourquoi tu es venu ici pour la trouver ? s'enquit la petite Serena en penchant la tête. Pourquoi as-tu montré la photo à Dylan ? Tu savais qu'elle la reconnaitrait ?
Mon cœur se serra quand les yeux francs et interrogateurs de la jeune fille se posèrent sur moi. Il était hors de question de lui mentir et c'était précisément la partie où Hermès était intervenu. « Trouve ta sœur. Aide-toi de la fille aux yeux qui changent de couleur ».
-Je l'espérais, entonnai-je prudemment. Je n'avais aucune piste alors quand j'ai compris que vous étiez plusieurs dans cette Cour … Peut-être avec un peu de chance, Alice y était-elle.
-Ce n'est pas un mensonge, dit Serena à Clopin quand il la consulta. Mais ce n'est pas la vérité non plus.
Je vis Dylan serrer les doigts sur ses genoux et le regard qu'elle me lança me disait que nous étions au pied du mur. Les yeux de Clopins se firent sévères.
-Nous voulons la vérité, Fils d'Hermès. Si nous ne l'avons pas, non seulement on ne te laissera pas voir ta sœur mais en plus tu risques de ne pas sortir d'ici vivant.
-D'accord, pas la peine de dégainer les menaces, râlai-je, m'attirant le regard acéré de Dylan. « Un miracle étonnant si vous en sortiez vivant », on m'a déjà prévenu.
-Et tu es venu quand même ? s'étonna Spencer, le fils d'Hécate. Tu savais qu'on allait peut-être te tuer.
Je soupirai profondément et jetai un regard à Dylan. Doucement, ma harceleuse hocha la tête en signe d'assentiment. Il ne servait plus à rien de mentir.
-Je veux vraiment trouver ma sœur, plaidai-je alors. Ça fait des mois que je me dis que je dois aller la voir, mais j'ai eu pas mal de soucis qui m'ont empêché de le faire. Et maintenant mon père vient de me dire qu'il fallait vraiment que je la retrouve alors il faut que je le fasse. S'il s'affole, c'est qu'elle doit être en danger. C'est lui qui m'a dit d'aller voir Dylan.
Comme prévu, les réactions autour de la table furent vives. Serena écarquilla les yeux de terreur, Allison lui jeta un regard noir et dégouté, Giovanni fronça du nez. Mais ce n'était rien par rapport à Clopin, qui après m'avoir dévisagé, impassible, se leva de table et ouvrit la porte d'un geste sec.
-Va-t'en, fils d'Hermès. Nous n'aidons pas les dieux.
-Mais ce n'est pas les dieux que je vous demande d'aider ! m'agaçai-je en me levant à mon tour. D'ailleurs je ne vous demande rien, juste de me laisser voir Camille, que je puisse retrouver ma sœur ! Si mon père m'a averti c'est qu'elle est sans doute en danger, vous voulez vraiment avoir la mort d'une fillette sur la conscience simplement pour faire obstacle aux dieux ?
Je l'avais dit, je savais embobiner comme personne. Les enfants d'Hermès étaient assez doué quand il s'agissait d'user de mots pour avoir ce qu'ils voulaient, de façon sournoise et insidieuse. Analyser pour appuyer là où ça faisait mal. Je vis Clopin hésiter. Non, visiblement, il ne souhaitait pas avoir la mort de sa protégée ou de sa possible sœur sur la conscience. Je m'engouffrai donc dans la brèche en racontant ce qui était arrivé à Camille, la façon dont elle était morte, comment j'avais recueillie une Alice brisée, comment j'avais souhaité la retrouver, mais que les événements m'avaient empêché. Sans desserrer la main sur la poignée, Clopin m'écouta, les yeux rivés sur les miens. Quand je me tus, il se tourna vers les Sang-Mêlé. Serena affirma que je n'avais pas menti, et Spencer hasarda que j'étais sur la voix que mon père m'avait tracé pour retrouver ma sœur. Cette dernière affirmation parut ne pas plaire à Clopin.
-Je n'aime pas être dans le dessein des dieux, répéta-t-il d'une voix profonde.
-Je ne te demande pas de l'être, je n'exige rien de toi, à part de me permettre de voir Camille. Après je partirais, et je jure – une nouvelle fois – sur le Styx que je ne parlerais de vous à personne.
Clopin me dévisagea de ses yeux sombres. Toute la pièce s'était tendue, en attente du jugement du chef de la bande. Même mon cœur battait à tout rompre. Finalement son regard parcouru la pièce, s'attardant vaguement sur Dylan avant de revenir vers moi.
-C'est d'accord. Tu verras Camille, après tu partiras et tu ne parleras jamais de nous. Si tu le fais, je peux t'assurer qu'on te retrouvera pour te tuer, je me suis bien fait comprendre ?
-C'est très clair, affirmai-je sans rien laisser paraître de mon soulagement. Tu n'as pas à t'inquiéter. Merci.
-Ne me remercie pas. Je fais ça pour Camille. Si elle est en danger, je suis heureux de le savoir pour pouvoir la protéger. Si c'est sa sœur qui l'est, je pense que ce sera Camille qui sera heureuse de le savoir. Maintenant, va. Nous devons encore discuter de certaines choses.
Son regard tomba sur Dylan, et mon sang se glaça dans mes veines quand je compris que c'était son sort qui allait être discuté. Ma harceleuse gardait un visage impassible, ses yeux sombres rivés sur Clopin, les bras croisés sur sa maigre poitrine.
-Attendez, intervins-je, la bouche sèche. Dylan a fait tout ça pour me sauver la vie et m'aider, c'est moi le seul responsable, vous n'allez pas …
-C'est à nous d'en juger, clama Allison avec un sourire presque ravi qui me donna froid dans le dos. Dylan a brisé nos lois.
-Elle aura dû me laisser mourir ?!
-Travis, souffla mon harceleuse en mettant une main apaisante sur mon bras. Ça va aller. Sors, va dans la cuisine.
-Mais …
-Je suis une grande fille, ajouta-t-elle d'une voix nettement plus dure. Laisse-moi maintenant.
La froideur dans sa voix me glaça un peu, mais moins que la résignation dans ses yeux. J'entendis à peine Clopin ordonner à Spencer, Serena et Giovanni de sortir avec moi. Je ne voulais pas sortir. Je voulais rester avec Dylan, les empêcher de lui faire du mal et prendre les responsabilités. Mais Spencer et Giovanni prirent chacun un de mes bras et me forcèrent à quitter la place. La culpabilité me rongeait les entrailles alors que je dévalais les escaliers, l'amertume me montant aux lèvres. Une fois au rez-de-chaussée, je me tournais vers eux avec humeur.
-Mais c'est franchement dictatorial ! J'aurais dû crever dans la ruelle c'est ça ?
-Ouaip, affirma Giovanni avec un rictus.
-La ferme, le rabroua Spencer avant de s'adresser à Travis. Je ne suis pas d'accord avec le fait de punir Dylan, mais Clopin est dur avec le secret. Il n'y a que comme ça qu'on peut survivre.
-Et qu'est ce qu'elle risque ?
Giovanni et Spencer échangèrent un regard, plus inquiet. Serena baissait les yeux sur ses chaussures, l'air mal à l'aise.
-Elle est mal, marmonna Giovanni en haussant les épaules. Très très mal.
