NB : Il y a eu un bug sur la fin du chapitre : c'est une partie que j'avais perdue et que j'ai du aller chercher sur un autre site, du coup la mise en page a l'air plus compacte : désolée pour ceux que ça dérange x)
Bonne lecture !
Chapitre 5 : Intrus à la Cour !
C'était des monstres.
Même le Minotaure me paraissait moins monstrueux.
Je n'osais pas la toucher. Elle était étendue devant moi, à plat ventre, inconsciente. Son visage était tourné vers moi, pâle. Le haut de son corps était dénudé, mais quelqu'un avait tenu à lui mettre une couverture.
Je la dévisageais, horrifié. Je voyais à peine qu'elle était à moitié nue. En revanche, ce qui emplissait mon champ de vision, c'était les traces rouges et sanglantes que laissait apercevoir la couverture dans son dos.
Je n'avais rien su. Spencer m'avait mené à la cuisine pour me donner à boire et à manger. Il m'avait expliqué comment il manipulait la Brume pour rendre le camps indétectable et je l'avais interrogé sur Camille, dont il ne savait rien, sinon qu'elle parlait peu et qu'elle avait accompagné un garçon nommé Lee jusque Aurora et qu'elle revenait ce soir. Il m'avait fait visité le jardin où j'avais rencontré une petite brune de quatorze ans nommée Cholé, qui s'occupait du potager, Mac, un gamin de sept ans fils de Mars qui, dès qu'il m'avait croisé, m'avait défié de le vaincre, et Jennifer, treize ans et petit génie de la mécanique qui installait un panneau solaire sur le toit. Elle avait expliqué que son objectif était de rendre la ferme indépendante énergiquement et ce de façon verte et durable. Je n'avais pu qu'admirer la volonté et les capacités de la fille d'Héphaïstos. Une heure avait passé, puis deux, et j'avais vraiment commencé à m'inquiéter pour Dylan. Puis Clopin était sorti de la ferme et m'avait mené dans une pièce où j'avais trouvé mon harceleuse dans cet état.
Ils avaient fouetté le dos de Dylan.
A cause de moi.
Mon premier réflexe avait été de planter mon poignard entre les yeux de Clopin. Mais mon inquiétude pour la jeune fille l'avait emporté et je m'étais précipité vers elle. Le chef en avait profité pour filer, se défendant en disant qu'il n'avait le choix, que personne n'était au dessus des règles. Sur ce, il avait fermé la porte, me laissant seul avec Dylan. J'étais resté devant elle, sans bouger, assis sur une chaise sans la quitter des yeux. Personne n'était venu. J'étais resté seul avec Dylan, la culpabilité me rongeant les entrailles parce que je me savais responsable de son état. Soudainement, la porte s'ouvrit et je sursautais. Une fille blonde entra et je reconnus Chelsea. Je me levai, prêt à m'excuser, mais la fille d'Apollon me gifla sans autre forme de procès.
-C'est de ta faute, siffla-t-elle, les larmes emplissant ses yeux bleus.
-Je sais, Chelsea, admis-je en mettant toutes les excuses que je pouvais trouvé en moi dans mon regard. Je suis désolé.
Elle hocha sèchement la tête, l'air satisfaite de me voir contrit, et baissa des yeux inquiets sur Dylan, l'air de ravaler ses sanglots.
-Bien. Alors … tu vas m'aider. Clopin a envoyé Lee me chercher en urgence pour que je puisse la guérir – c'est un fils d'Apollon, mais je suis meilleure que lui en guérison.
Avec précaution, nous relevâmes sa couverture. Peu m'importait sa nudité, c'était les stries écarlates et sanguinolentes sur son dos qui m'obnubilait. Clopin avait lancé un sort sommaire pour éteindre la douleur mais du sang s'écoulait toujours de ses plaies. Chelsea plaça ses mains à quelques centimètres du dos de Dylan et se mit à psalmodier. Ses paumes s'illuminèrent d'une douce lueur dorée et les plaies se mirent à arrêter de saigner puis à se refermer. Je sentais que la peau pouvait encore se rompre à tout instant et Chelsea me mit un pot emplit d'une substance verdâtre entre les mains et m'incita à en tartiner le dos de Dylan pour la fortifier. Elle-même s'agenouilla à hauteur du visage de la blessée pour qu'elle boive de l'ambroisie. Je commençais à enduire le dos de Dylan et elle commença à s'agiter.
-Chut …, la calma Chelsea en lui mettait une paille entre les dents. Bois.
-Ça pique, articula la jeune fille d'une fois rauque avant de boire.
-Comme les mauvaises herbes, tentai-je de plaisanter en achevant de vider le pot.
Je le tendis à Chelsea qui alla le ranger, me lançant un regard noir. Mais un faible sourire s'était étendu sur les lèvres de Dylan et j'y vis une lueur d'espoir. Je me rassis à ma place et la fille d'Apollon remit la couverture sur le dos de la jeune fille pour cacher sa nudité. Dylan ramena ses deux bras sous son menton et grimaça.
-Aïe, se plaint-t-elle en s'immobilisant. Chelsea, ta pommade sent mauvais.
-C'est pour que tu cicatrises bien, et c'est toi qui a fait cette pommade, lui rappela son amie d'une voix douce. Comment tu te sens ?
-J'ai le dos en feu, mais ça va mieux. Merci, Chelsea.
-De rien. Je vais aller chercher à boire et à manger et tanner cette imbécile d'Allison – et mettre la main au collet de mon frère. Toi ! (Elle enfonça un doigt dans ma poitrine). Veille sur elle, ça changera.
Sur ce, elle quitta la pièce avec un dernier regard tendre pour Dylan. Je me trémoussai sur ma chaise, mal à l'aise. Je me contentais de la regarder, avec gêne et inquiétude. La jeune fille avait fermé les yeux mais je voyais à la tension dans ses épaules qu'elle ne dormait pas. Elle paraissait moins enfantine, plus mûre que ce je pensais. Plus grande, également, sous ses couches de vêtement trop grand pour elle. Elle rouvrit les yeux, se rendit compte que je la dévisageais et sourit.
-J'hésite entre te dire « ne t'inquiète pas je ne vais m'envoler » ou « arrête de mater ». Quoi que, réflexion faite, il n'y a pas grand-chose à mater.
-Quoi ? Oh ! (Je rougis en secouant la tête). Non tu … tu es … euh… Je veille sur toi. Comme Chelsea l'a demandé. Et je me sens coupable, aussi. Beaucoup. Je suis vraiment désolé, Dylan.
La jeune fille eut un maigre sourire et eut un vague mouvement de tête pour me demander de m'approcher. Avec hésitation, j'avançais ma chaise de Dylan.
-Ce n'est pas vraiment de ta faute, avança-t-elle avec une moue fatiguée. Je savais que j'allais écoper de quelque chose dans ce goût là. Je ne savais pas qu'il allait demandé à Spencer et Serena de venir… Mais c'était la seule façon de retrouver ta sœur. Alors ne t'inquiète pas, mauvaise herbe. Tu vas voir Camille. Et retrouver Alice.
J'étais consterné de voir qu'elle ne m'en voulait pas le moins du monde. Au contraire, elle avait l'air de trouver ça normal de se faire fouetter pour que je puisse retrouver ma sœur. Cette pensée me troubla d'autant plus et je mis une main sur le bras nu de Dylan.
-Merci … d'avoir enduré ça mais … Je ne trouve pas ça normal, Dylan, c'est …
Dylan grogna en levant les yeux au ciel.
-Si tu veux me dire que cette pratique est barbare et que je me suis jetée dans les bras d'un tyran …
-C'est précisément ce que je veux dire ! Dylan … je suis sûr que même au Camp Jupiter ils ne sont pas aussi radicaux !
-Mais ils sont sous le joug des dieux.
-Alors il faut se faire fouetter pour ne pas être sous le joug des dieux ? Et tu ne vas pas me dire qu'en plus c'était normalce qu'ils t'ont fait ?
-Si. Enfin non. Travis … j'ai mal à la tête. On peut parler d'autre chose, s'il te plait ?
Je ravalai l'indignation et la rage qui me venait aux lèvres devant la mine pâle et fatiguée de Dylan. J'avais en quelque sorte provoquer cela, je n'allais pas ajouter au malaise de la jeune fille. Je me contentai alors de croiser mes bras sur ma poitrine l'air boudeur. Un long silence s'engagea alors, durant lequel je crus que Dylan s'était rendormie, jusqu'à qu'elle lâche dans un râle :
-Perséphone.
Je la contemplai, perplexe. Elle n'avait même pas ouvert les yeux, mais dut sentir mon incompréhension car elle poursuivit :
-Ma mère. C'est Perséphone. Je t'avais dit que tu ne trouverais pas.
-Tu plaisantes ?
Dylan laissa échapper un petit rire tremblant qui la fit grimacer.
-Pas le moins du monde. C'est pour ça que je t'ai dit que ma nature était liée aux saisons. Quand elle est sur l'Olympe, j'ai des pouvoirs proches de ceux des enfants de Déméter : affinités avec les plantes, la nature … En revanche, quand elle descend rejoindre Hadès, je change complétement de nature et je deviens une enfant des Enfers. Moins puissante que les enfants d'Hadès mais … j'ai des affinités avec les ombres, on va dire.
Je la dévisageai, estomaquée. De toute ma carrière de demi-dieu, je n'avais jamais entendu parler d'une telle chose et elle me paraissait incongrue.
-Mais … Genre, Hadès ne dit rien que sa femme ait des enfants mortels ?
-D'après ce que j'ai compris, ils ont une sorte d'accord, entonna doucement Dylan après quelques secondes de silence. Hadès a toujours eu énormément de respect pour ma mère et je crois qu'il aime – si on peut appeler ça aimer, dans leur monde. De telle sorte à ce qu'à chaque fois qu'il tombait amoureux d'une mortelle et avait un enfant avec lui, il autorisait Perséphone à lui répondre, en quelque sorte. Œil pour œil. C'est assez sexiste comme méthode du reste parce que ma mère n'a que le droit de « répondre », mais bon, on ne changera pas les dieux.
Elle avait prononcé ces dernières paroles avec amertume, mais je ne sus déterminé contre qui elle avait le plus de rancœur : sa mère ou les dieux. Je continuai de la fixer, abasourdi. Elle avait raison, je n'aurais jamais deviné.
-Et c'est pour ça que tes yeux changent de couleur ? Vert en été, noir en hiver ?
-Oui. C'est ça. C'est assez désagréable, parce que je change complétement d'une saison à l'autre. Un jour je suis capable de faire pousser une fleur juste en passant ma main au dessus du pot, le lendemain cette même fleur est capable de mourir si je la touche. C'est comme s'il y avait deux filles en moi.
-Moui. En somme, tu es schizophrène.
Dylan eut un sourire tenu, triste et amusé à la fois.
-C'est cela. On va dire ça. ça les inquiétait, dans la réserve où je suis née. Ma double personnalité, mes capacités. Certain y voyait un don de la nature que j'avais hérité de mon père – il était une sorte de guérisseur, tu vois ? – d'autre une malédiction et voulait se débarrasser de moi au plus vite. Ils ne le firent pas tant que mon père était en vie, mais quand il est mort … J'ai dû fuir.
Ma bouche se tordit pour réprimer la question qui me brulait les lèvres. Dylan dressa un sourcil et je compris à son regard qu'elle avait parfaitement compris ce dont je voulais parler.
-Cancer, lâcha-t-elle alors. On n'a pas beaucoup de moyen, dans la réserve. Pas du tout, même, c'est insalubre, l'eau courante marche à peine et j'ai passé des hivers entiers avec juste un feu pour me réchauffer. Je voulais qu'il aille à l'hôpital pour qu'on le soigne, mais mon père et les autres ne voulaient pas le confier aux hospices des blancs. C'est fier, un Ute. Peut-être un peu trop. Mon père était persuadé que la nature allait le guérir : il buvait des infusions, faisaient des randonnées régulières dans les Rocheuses, il ne mangeait rien qu'il n'ai pas produit lui-même … Dans un sens, je crois qu'il espérait que ma mère apparaisse miraculeusement et vienne le guérir, mais de toute évidence, ce n'était pas dans ses plans, puisqu'il est mort.
-Je suis désolé, Dylan.
Je savais que c'était la chose qu'il ne fallait surtout pas dire, la pire. Mais je n'avais que ses mots qui me venaient. A la culpabilité de la voir allongée sur cette table par ma faute s'ajoutait le poids d'avoir été si odieux durant ses années alors qu'elle avait tant souffert. Ma famille n'était pas parfaite. Mais j'avais encore ma mère. Dylan éluda mes excuses d'un haussement d'épaule.
-C'était il y a longtemps. Au moins, ça m'a permis de rencontrer ma mère. C'est elle qui m'a sortit de la réserve, avant même la crémation de mon père. Elle est venu me chercher et m'a conduite sur un chemin où j'ai trouvé Clopin.
-Et … comment ça s'est passé ? Avec ta mère, hein, pas avec Clopin.
-Assez mal, en fait, admit sombrement Dylan. Mon père l'a attendu tout le long de son agonie et elle n'a pas daigné se montrer, ni le sauver, ni soulager ses souffrances. Elle n'a rien fait, sinon m'arracher à la seule chose que je n'avais jamais connu. Je n'ai même pas eu le temps de dire au revoir à mon père. Il avait à peine fermé les yeux qu'elle m'avait emmené.
-Ils ne se rendent pas compte. Ils ne s'en rendront jamais compte, Dylan. La famille, l'amour, la mort, ils ne connaissent pas. Ils n'arrivent pas à comprendre.
-Et c'est bien pour ça que je les hais tant.
Cette haine, je la ressentais dans sa voix à sa façon d'évoquer sa mère, à la lueur sombre et dangereuse qui brillait dans ses yeux quand elle en parlait. Pas de doute qu'elle rêvait d'en faire un nugget façon Blackraven.
-Moi j'ai rencontré mon père avant la bataille contre Cronos, avouai-je, par soucis d'équité.
Elle m'avait raconté sa vie, ce que je n'avais jamais voulu savoir d'elle et qui maintenant me semblait précieux. A elle de se rendre compte qu'elle n'en savait pas autant sur moi qu'elle ne le pensait. Je lui parlai de cette rencontre, dans le train, de Luke, de la façon dont Connor m'avait blessé en repartant à la colonie. Elle m'écouta sans rien dire et je vis ses épaules se détendre, sa tête s'affaissait sur ses bras croisés. La conversation dévia, se fit plus joyeuse, mais Dylan finit par s'endormir, épuisée, et je fermai les yeux à mon tour.
Qu'avais-je fait ?
OoO
-Va-t'en.
Cet fut cette voix sèche et sourde qui me réveilla. Je m'étais assoupi, la tête sur la table sur laquelle se tenait Dylan. Je scrutai un instant son visage pour me rendre compte qu'elle dormait encore. Et elle était bien la seule.
-Je viens chercher Travis, fit une voix profonde. Pas la guerre.
-La guerre tu vas finir par l'avoir, persiffla la première voix, celle d'une fille.
C'était Chelsea. Je reconnaissais son timbre clair sous la surdité. La colère faisait vibrer sa voix.
-Si tu continues à nous traiter comme ça, tu vas vraiment finir par l'avoir.
-Chelsea …, soupira Clopin. Je suis obligé de faire ça. Sinon, il y a aura toujours quelqu'un qui se pensera obliger de révéler notre existence à quelqu'un. Je dois les en dissuader.
-En nous torturant ? Mais quelle idée ! Dylan … Elle n'avait rien fait de mal, bon sang ! Elle aidait juste Travis à retrouver sa sœur, je ne vois pas en quoi c'est répréhensible – et en quoi ça mérite … ça.
Un silence pesant s'installa alors dans la pièce. Je tentais d'ouvrir discrètement un œil. Clopin était dos à moi, ses longues tresses sur ses épaules. En revanche, je voyais parfaitement le visage de Chelsea, et les larmes de rage qui s'accumulaient à ses yeux.
-Je ne veux pas me disputer avec toi, lâcha alors Clopin de sa voix profonde. J'ai mes raisons. Vous saviez dans quoi vous vous engagiez en venant ici. Je ne l'ai jamais caché.
-On n'a pas quitté le Camp pour ça. Tu deviens comme eux.
Clopin s'avança brusquement et un terrible instant, je craignis qu'il ne frappe sa demi-sœur. Mais Chelsea ne flancha pas et le gratifia d'un regard furieux sans bouger d'un pouce.
-Alors quoi, tu veux y retourner ?
-Non. Mais je peux toujours partir d'ici.
La détermination luisait dans les yeux de Chelsea, et Clopin recula d'un pas, l'air de la considérer sous un autre œil.
-On en rediscutera quand tu seras calmée. Je dois parler à Travis, Camille est arrivée.
Mon cœur fait un véritable bond dans ma poitrine et j'eus du mal à rester impassible. Mes yeux se fermèrent et je tentais vainement d'apaiser ma respiration. J'entendis Chelsea soupira, puis sa voix fendre l'air :
-Tout ça n'a pas été fait pour rien. Vas-y.
Un instant plus tard, une grande main s'abattit sans délicatesse sur mon épaule, et j'imitais à la perfection un sursaut en levant sur Clopin des yeux faussement dérouté. J'étais excellent comédien, et visiblement, cela trompa le Chef de la Cour. Ses yeux noirs se plantèrent dans les miens et j'en profitais pour le fusiller du regard.
-Quoi ? lâchai-je de mon ton le plus farouche.
Ce ne fut pas difficile. Maintenant qu'il était devant moi, la colère et l'indignation se remettait à bouillonner en moi. Les plaies sur le dos de Dylan se superposèrent au visage grave de Clopin.
-Amène-toi. On doit parler.
Je fus fortement tenté de lui renvoyer la réplique bien acerbe qui me montait aux lèvres, mais la ravaler in extremis quand je me souvins pourquoi il était venu me chercher.
Camille.
Ce fut pour cette unique raison que je gardais la mâchoire contractée alors que je le suivais hors de la pièce. J'eus juste le temps d'accrocher le regard furieux et brillant de Chelsea avant que la porte ne se referme sur elle.
-Bien, dis-je en un souffle. Bon. Qu'est-ce qu'il y a ?
-Camille t'attend.
Je le savais, mais le réentendre fit bondir mon cœur. Je ne pus retenir un mouvement nerveux de la main et la passer dans mes cheveux. Les yeux noirs de Clopin me détaillaient.
-Je lui ai parlé, poursuivit-t-il d'une voix très grave. Elle n'a jamais entendu parlé de toi.
-Alors c'est vraiment Camille, soufflai-je, incrédule. Di Immortales … J'étais … Alice m'avait dit …
-Manifestement, il y a eu … une confusion.
Oui. Une confusion, c'était cela. Clopin désigna une porte, et je compris que ma sœur était à l'intérieur. Je déglutis difficilement.
-Tu peux y aller, elle t'attend. N'essaie pas de la convertir, d'accord ?
-Sinon quoi, tu vas la fouetter elle aussi ?
Une lueur dangereuse vacilla dans les yeux de Clopin et je regrettais presque d'avoir laisser échapper ma pique.
-Je n'ai pas à me justifier à quelqu'un d'extérieur à la Cour. Tu vas voir ta sœur, tu as ce pour quoi tu es venu maintenant. Parle-lui et va-t'en.
Sur ce, il fit prestement volte-face et s'engouffra dans la cage d'escalier dans un mot. Je fusillais sa nuque du regard avant de me tourner vers la porte close. Je restai un instant indécis, les doigts à un cheveu de la poignée, avant de me reprendre et de la pousser fermement. C'était une pièce télé, avec divers pouf et un vieux sofa vieilli sur lequel une fillette de douze ans était allongée, la télécommande entre les mains. Elle se redressa quand j'entrai et je pus voir son visage de lutin parsemé de tâche de rousseur, ses tresses noires de jais l'encadrant, et ses yeux noisette en amande, si espiègle, si semblables aux miens. Et des cicatrices. De terribles cicatrices, trois marques profondes qui labouraient la partie gauche de son visage, de son font à sa joue. C'était un miracle que son œil n'ait pas été touché. Mon souffle se bloqua dans la gorge. Il était impossible de ne pas reconnaître les traits asiatiques d'Alice sous les cicatrices. Pourtant, celles-ci étaient bien la preuve qu'elle ne l'était pas. La fille plissa les paupières.
-Hé bien. Tu as bien la dégaine du fils d'Hermès.
Le ton était cynique, et le sourire qui retroussa ses lèvres fines n'avait rien d'avenant. Malgré mon trouble, mon naturel me poussa à sourire à mon tour.
-Et toi, tu es le portrait craché de ta sœur.
-On est jumelle, rétorqua-t-elle. Et je suis sûre qu'Alice n'a pas ses jolies décorations.
D'un geste qui se voulait comique, elle désigna les cicatrices sur sa joue, les yeux brillants de défi. Ce fut plus horriblement triste qu'autre chose. Je la contemplai, incrédule. Je l'avais vu mille fois mourir en rêve, et pourtant elle se tenait là devant moi, vivante, me fixant avec des yeux téméraires pleins de rancœur.
-Tu … Tu es censé …
-Etre morte ? devina-t-elle avec dépit. C'est ce qu'on m'a dit, ouais. Pourtant … (elle se palpa les bras). Non, je ne pense pas être un fantôme.
-Le Cyclope, me souvins-je en fronçant les sourcils. Il … Il t'a jeté dans la rivière …
-Mais ça ne veut pas dire qu'il m'a tué.
Elle me contempla, un sourire narquois et amer aux lèvres. Son regard me balaya de haut en bas, et elle finit par marmonner.
-Enfin. Mais je suppose que si je suis censée être morte … ça justifie pourquoi Alice ne m'a pas cherché.
Cette phrase me fit comprendre en un éclair la dégaine farouche et la rancœur dans la voix de ma jeune demi-sœur. Mes sourcils se froncèrent.
-Oh je t'en pris … Ne me dis pas que tu lui en veux ? C'est pour ça, que tu es ici ? Tu en veux à papa de ne pas t'avoir protéger du cyclope à et Alice de ne pas t'avoir réconforter après ta mutilation ?
Les yeux de Camille se firent venimeux et je regrettais un instant mes mots. En sois, cela pouvait se comprendre. Je maudissais les dieux chaque fois que je posais les yeux sur une de mes cicatrices. Quelle colère devait bouillonner en Camille ? Ce monde lui avait ravi ces traits. Camille parut vouloir un instant se jeter sur moi, mais elle se reprit et lâcha :
-Pourquoi tu es là ? Qu'est-ce que tu me veux ?
-Alice a disparu.
Le visage de Camille ne laissa rien transparaitre, mais ses yeux se plissèrent légèrement. Malgré sa défiance, sa curiosité était piquée. Je lui racontais exactement la même chose qu'à Dylan et Clopin, et son visage se crispa à mesure de mes mots.
-Je ne me suis pas inquiété quand elle n'est pas revenue, mais d'après papa, il a matière à s'inquiéter. Il m'a demandé de la trouver. J'ai appelé ta mère, mais incapable de la joindre, ni d'avoir quiconque chez toi …
-C'est bizarre, admit Camille en penchant la tête. Alice adorait maman, elle ne voulait pas la quitter quand on est partie.
-Elle me l'avait dit, oui. Et je pensais que c'était pour ça qu'elle n'était pas revenue au camp. Je pensais vraiment qu'elle … qu'elle était juste rentrée chez elle.
Camille fronça les sourcils. Tout cynisme avait disparu de son visage et j'y vis peut-être l'espoir qu'elle s'inquiétait pour sa jumelle. Finalement elle soupira et agrippa la télécommande pour allumer la télévision.
-Allez viens. (Elle se vautra dans le vieux sofa et sélectionna un film). On va regarder Le Bossu de Notre-Dame.
-Quoi ?
-Le Bossu de Notre-Dame. Tu ne connais pas ? C'est là qu'on a trouvé notre hymne. Peut-être connaissez-vous ce repère que les gueux de Paris ont choisi …
-Oui oui, on m'a dit. « Un miracle étonnant si vous en sortez vivant ». Et vu comment vous traitez vos membres, je n'ai aucune difficulté à vous croire.
Les yeux bruns de Camille se durcirent et elle lança le film d'un geste rageur. Puis elle me gratifia d'un sourire torve.
-Allez frangin, viens t'asseoir. On discutera autour d'un bon dessin animé.
Comprenant que je n'obtiendrais rien d'elle tant qu'elle n'y serait pas disposée, je m'assis prudemment sur un pouf, les bras croisés sur ma poitrine. Durant toute la première partie du film, Camille n'ouvrit la bouche que pour chanter quelques chansons. Puis, au moment où Phébus et Quasimodo cherchait la Cour guidé par le collier d'Esméralda, elle fit grimper le son et lâcha :
-Ecoute, je ne suis pas d'accord avec tout ce que Jasper fait.
-Jasper ?
-Clopin, si tu préfères. Mais moi je préfère appeler les choses par leur nom, et il s'appelle Jasper. Bref. J'aime bien Dylan. C'est une super fille avec un caractère bien trempé, et elle donnerait sa vie pour la Cour. Elle ne mérite pas qu'on la traite ainsi. Et ce que tout le monde n'a pas dû te dire, c'est que ce n'est pas la première fois qu'une chose pareille arrive. On a un demi-frère ici, Milo – fils de Mercure, lui. Il est tombé amoureux d'une fille à Aurora et il lui a révélé des choses … qu'il n'aurait pas franchement dû lui dire. Je préfère te passer ce que Clopin lui a fait subir.
-Fouet ?
-Non. Il a été plus subtil. On a une cave dans cette ferme, sans fenêtre. Tu t'imagines enfermer là-dedans une semaine ?
Un frisson me parcourut des pieds à la tête. Pour un demi-dieu, cela devait être une expérience affreuse, et d'autant plus pour un fils de Mercure. Nous avions besoin de bouger, de parler, de voler. Rester seuls dans une pièce obscure … Cela me donner la nausée. Camille eut un sourire amer.
-Voilà. C'est assez affreux pour nous. Je t'assure qu'après Milo n'a plus rien dit.
-Mais pourquoi vous supportez ça ?
-On n'a aucune idée où aller, expliqua Camille avec un soupir. Dylan t'a sans doute dit que son père était mort ? Elle n'est pas seule dans ce cas. Spencer, Alison et Cholé par exemple aussi sont orphelin. La mère de Chelsea était une droguée de San Francisco qui ne s'est jamais occupée d'elle. Bref, on est presque que des gosses livrés à nous-même, qui avons la haine contre les dieux – parce que ça livre d'autant plus, tu comprends ? Alors la Cour, c'est notre seule maison.
-Et toi ? Ta mère est encore vivante. Tu pourrais rentrer chez toi.
Camille secoua doucement la tête avant de reporter son attention sur la télé. Quasimodo et Phébus avançaient dans un tunnel fort peu accueillant.
-Ah tiens, ça va être notre moment !
En effet, quelques secondes plus tard, un personnage haut en couleur – le fameux Clopin – surgit pour arrêter les deux intrus. La chanson débuta et je me retins de me boucher les oreilles alors que Camille récitait les paroles avec entrain.
-J'ai compris, laissai-je échapper alors qu'Esméralda les sauvait de la pendaison. Vous voulez vraiment copier le dessin animé ? Clopin veut tuer plein de gens et Dylan sauve tout le monde comme Esméralda ?
-Je la trouve aussi jolie qu'elle, en tout cas.
Je laissai échapper un grondement sourd qui fit sourire Camille. Elle s'enfonça encore un peu plus dans le sofa et croisa les jambes sur la table basse.
-Pour répondre à ta question, non, je ne veux pas rentrer tout de suite. Ma mère me croit morte, et crois-moi, elle était très heureuse de se débarrasser de nous quand on est partie. On lui menait la vie dure. Avant de partir, on restait sur deux visites de police au poste en deux semaines.
-La vie logique d'un demi-dieu enfant d'Hermès, souris-je, voyant dans l'expérience de Camille un reflet de la mienne. Mon frère et moi on faisait aussi les quatre-cents coups, ma mère n'en pouvait plus – et peut-être qu'elle était aussi soulagée aussi quand on est parti à la colonie. Mais maintenant je suis de retour chez moi, et je n'ai pas l'impression de ne pas être le bienvenu. Au fond, ma mère a été heureuse de me récupérer.
-Tu as peut-être raison, admit Camille en plissant les yeux. Peut-être que ma mère serait heureuse de me revoir. Mais je ne sais pas. Franchement, comment elles ont pu croire que j'étais morte ?
-Tu ne peux pas lui en vouloir, moi aussi j'aurais cru que tu étais morte.
-Et mon corps, elles l'ont cherché ? Elles ont voulu avoir des preuves de ma mort, me donner une tombe ?
Je soupirai et levai les mains en signe de reddition. Camille ne semblait pas être le genre de fille avec laquelle on pouvait discuter.
-Et en quoi je peux t'aider à trouver Alice ? Alors qu'elle ne m'a pas cherché ?
-J'en sais rien, moi, m'agaçai-je, aussi perdu qu'elle. Papa m'a dit de m'aider de « la fille aux yeux qui changent de couleur », et ce n'était pas complétement idiot parce m'aider de Dylan m'a permis de te retrouver. Je ne vois qu'une chose, c'est que tu dois m'aider à trouver Alice.
-Et comment ? Tu crois quoi, qu'on a un espèce de lien magique de jumelle ?
-Tu ne sais rien ? Tu n'as jamais eu de contact avec Alice ?
-Mais non !
-Même en rêve ?
-Mais …
Cette fois, Camille s'interrompit et tourna le visage vers moi, consterné. Ses sourcils se froncèrent et une de ses mains agrippa une de ces tresses noires.
-D'accord, admit-t-elle. Il se peut que j'aie rêvé quelque fois d'Alice.
-Et bien voilà, on avance !
Elle me jeta un regard noir et se dressa sur ses pieds pour faire les cent pas devant la télé. Pour une fois, elle ne semblait pas se soucier du Quasimodo enchainé à Notre-Dame qui hurlait derrière elle.
-Le dernier rêve date du mois dernier, se souvint-t-elle. Il faudrait que je m'en rappelle bien, mais je t'avoue que je l'ai refoulé de toutes mes forces.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé, Camille ?
Son visage balafré se crispa un peu plus, et elle me jeta un regard troublé. Ses prunelles noisette luisaient. Elle s'apprêtait à me répondre quand une secousse ébranla la vieille ferme. Camille vacilla et se rattrapa in extremis au sofa. Une explosion se fit entendre dehors et un son fort de trompette se fit entendre dans toute la ferme. Je me dressai vivement sur les jambes et échangeai un regard avec ma demi-sœur.
-Qu'est-ce qu'il se passe, cette fois ? Clopin a décidé d'ensevelir la ferme pour vous empêcher de parler ?
-Aucune idée, marmonna Camille en s'élançant vers la porte. Viens, vite !
Nous nous engouffrâmes dans le couloir pour voir l'ensemble de la Cour sur le pied de guerre : tous courraient dans tout les sens, armes au poing, visage déterminé et/ou angoissé. Camille attrapa le bras de Giovanni, le fils d'Athéna :
-Hey, Gio, qu'est-ce qu'il se passe ?
-Des gens en arme devant la Cour ! Clopin a sonné le tocsin : aux armes !
Et il repartit sec en direction de l'étage – et de la salle du conseil. Une porte s'ouvrit à la volée de l'autre coté du couloir et je vis les têtes blondes et brunes de Chelsea et Dylan émergeait. Cette dernière s'était rhabillée, mais grimaçait à chaque pas.
-Qu'est-ce qu'il passe ? Pourquoi Clopin a sonné le tocsin ?
-Des gens en arme dehors, répondit Camille, qui avait déjà à moitié grimper l'escalier. Réunion, dépêchez-vous !
-Un intrus qui débarque et on se fait attaquer …, râla Giovanni en me jetant un regard noir.
Mais le regard que Dylan lui réserva fut encore plus noir et il fila en haut sans demander son reste. Sans m'adresser un coup d'œil, elle grimpa les escaliers à la suite de Camille, aidée de Chelsea, et je ne pus que les suivre, alerté par cette soudaine attaque. Mais avant même que je ne puisse franchir le bas de la porte de la Salle du Conseil, Clopin fut sur moi. Je n'eu que le temps s'effleurer mon mousqueton cachant mon poignard avant qu'il ne me plaque contre le mur et le broie la trachée à l'aide de son coude. Malgré ma suffocation, je pus remarquer la lueur assassine dans ses yeux.
-Clopin ! glapit Chelsea en tentant de s'interposer.
Mais il l'envoya balader de sa main libre, tout en continuant de m'étrangler. Chelsea alla s'écraser sur le sol et Dylan se précipita vers elle. Je tentai vainement de le repousser, mais je manquais d'air, et ma carcasse de poussin crevé ne pouvait rien contre la forte silhouette de Clopin.
-Toi, gronda-t-il d'une voix sourde. Tu leur as dit, tu les as prévenu …
-Mais enfin c'est n'importe quoi ! protesta Camille sans intervenir – elle n'était pas plus épaisse que moi, et avait sans doute peur de subir le même sort que Chelsea. J'étais avec lui, il n'a même pas touché à son téléphone !
-Et les communications passent mal ces temps-ci, fit Jennifer, la fille d'Héphaïstos. Même les messages Iris, c'est peu probable qu'il ait pu les prévenir en aussi peu de temps …
Le regard de Clopin ne décoléra pas, mais la pression sur la gorge s'amenuisa quelque peu. Assez pour que je retrouve assez de lucidité pour mettre la main sur mon mousqueton. Avec soulagement, je le sentis se transformer en poignard de bronze céleste dans ma main et appuyai la pointe contre l'abdomen de Clopin. Son regard se glaça. La pression se relâcha encore un petit peu.
-Tu veux jouer à ça, fils d'Hermès ?
-Je veux juste que tu me lâches, répliquai-je avec difficulté. Je n'ai rien fait, je n'ai prévenu personne et je suis sûr que ta Serena peut te l'assurer.
-Exact, il dit la vérité, pépia la gamine avec un innocent sourire.
Je vis la détermination vaciller dans les yeux de Clopin et j'accentuai un peu la pression de mon poignard sur son ventre pour accélérer sa prise de décision. Finalement, il me lâcha complétement avec un cri rageur et je pus me masser ma gorge.
-Vous êtes vraiment nerveux, par ici, fis-je remarquer avec une pointe de sarcasme. Au lieu de m'agresser, quelqu'un peu m'expliquer ce qu'il se passe ?
-Viens voir par toi-même, rétorqua sombrement Camille, qui s'était glissée jusque la fenêtre.
Je la rejoignis rapidement, suivi par Dylan et Chelsea. La fille d'Apollon se massait l'épaule et je vis ses paumes s'illuminer.
-Non, vraiment, pas un tyran, marmonnai-je alors que Dylan ouvrait la fenêtre pour avoir une meilleure vue. Un type vraiment adorable qui maitrise ses émotions.
-La ferme, mauvaise herbe, répliqua justement celle-ci en pointant du doigt les troupes à nos portes. Regarde.
Je suivis le regard de Dylan et remarquai alors une horde de soldat amassé derrière ce qui semblait être une forêt d'épine. La nuit était tombée dans les plaines du Colorado, mais je voyais d'ici leurs casques et armes dorées, et leurs vêtements pourpres qui m'étaient un brin familier. Plus que tout, c'était l'étendard frappé d'un aigle et des lettres « SPQR » qui me donnait leur identité. Mes épaules se contractèrent.
-Tiens, de vieux ennemis …
-Je pensais que vous étiez devenus amis, entre-temps, railla cyniquement Camille.
-Pas en ce qui me concerne. Leur chef a failli réduire notre camp en cendre et ils ont blessé une de mes sœurs alors qu'elle était partie en éclaireuse.
Julia, une de mes sœurs préférée, était effectivement revenue avec une lance plantée dans l'abdomen. Elle avait été attaquée dans le dos, sans sommation et s'en était sortie de justesse.
-D'où viennent ces épines ?
-Rose, répondit Dylan en pointant quelque chose du doigt.
Je plissai les paupières pour remarquer difficilement une jeune fille assise en tailleur devant le mur d'épine. Ses cheveux sombres descendaient au raz de terre et ses yeux luisaient dans l'obscurité. Un romain tenta de passer la barrière, mais elle fit un geste de la main, et une liane d'épine vint l'agripper par la taille et l'envoya valser.
-C'est notre dryade protectrice, dirons-nous, expliqua Chelsea. Tu as remarqué les buissons de mûres derrière la ferme ? Hé bien c'est elle.
-C'est aussi la copine de Clopin, on croit, ricana Camille.
-On s'en fiche de ça, répliqua Dylan en grimaçant. Bon sang, qu'est-ce que la légion romaine fout ici ?
-Excellente question, on a qu'à leur demandé ! fit sournoisement Camille, avant de mettre ses mains en porte voix et de hurler : Qu'est-ce que vous nous voulez ?!
Spencer vint vivement tirer Camille en arrière et la fillette lui jeta un regard noir. Contre toute attente, la question de Camille eut une réponse parce qu'une voix féminine – et familière – répondit :
-Je suis Hazel Levesque, fille de Puton, et centurion de la cinquième Cohorte de la Douzième Légion Fulminata ! Baissez les armes, nous voulons juste parler !
Dylan avait écarquillé les yeux quand Hazel avait dit « fille de Pluton », et je me demandai un instant si c'était à elle que sa naissance « répondait ». Quant à moi, je poussai un profond soupir en cherchant le centurion du regard. Comme à son habitude, Hazel était perchée sur Arion, son mythique étalon que je soupçonnai pouvoir grimper sur la montagne d'épine sans sourcille. Une masse de cheveux frisés dépassait de son casque et la rendait reconnaissable. Cela m'agaçait profondément de voir tous ces visages que je voulais laisser derrière moi revenir ainsi au galop.
-Super, grommelai-je. Hazel Levesque, il ne manquait plus que ça.
-Tu la connais ? s'étonna Spencer, qui maintenant toujours Camille prisonnière dans ses bras.
-Vaguement. J'crois qu'elle sort avec le préteur, Zhang. Et c'est la sœur de Di Angelo. Ah, et c'est une héros de l'Olympe, aussi, elle faisait parti des sauveurs du monde cet été.
-Di Angelo? répéta Dylan.
-Fille de Pluton et Héros de l'Olympe, retint Alison en hochant la tête. Redoutable, donc.
-Qui sont les préteurs, actuellement ? s'enquit Chelsea.
Je sentis un brin de réelle curiosité dans sa voix. Visiblement, elle voulait avoir des nouvelles de son ancien monde, et je représentai sa seule source d'information. Elle me fit de la peine et ce fut pour cela que je répondis :
-Frank Zhang, un fils de Mars. Un peu nounours, mais ça va. Et l'autre … Elle est un peu flippante. Elle s'appelle Reyna, je crois.
Deux ou trois adolescents – ceux qui venaient du Camp Jupiter, sans doute – grimacèrent quand je prononçai son nom. Les sourcils de Chelsea s'élevèrent.
-Reyna, ça ne me surprend pas, elle avait une âme de chef. Mais j'aurais pensé … Enfin, il y avait un garçon qui aurait pu … (elle se mit à rougir). Jason, je ne sais pas qui tu vois …
-Grace ? (Je m'efforçai de ne rien laisser transparaitre. Je n'avais pas beaucoup aimé Jason pendant son passage à la Colonie. Trop sûr de lui, et il avait détesté nos blagues). Il a été préteur, mais …
-On s'en fiche bordel ! s'écria Dylan en refermant sèchement la fenêtre. Clopin qu'est-ce qu'on fait ?
Je voulus la secouer comme un prunier de s'en remettre à Clopin après ce qu'il lui avait fait subir. Et visiblement, Chelsea et Camille n'avaient pas un avis différent du mien car elles considérèrent Dylan avec un long regard agacé.
-On devrait leur parler, plaida Chelsea. On devrait tenter de savoir pourquoi ils sont là avant de se taper dessus.
-On sait pourquoi ils sont là ! répliqua Allison, la fille de Némésis. Enfin c'est évident, tu as vu comment ils sont armés ? Ils viennent forcément détruire la Cour !
-Et en plus ils nous ont vu, poursuivit Giovanni. On ne peut pas les laisser repartir.
-C'est stupide, ça ! protesta vertement Camille sans tenir compte de Spencer qui tentait de la faire taire. On ne va pas tous risquer nos peaux alors qu'on peut avoir un compromis, non ?
-Ils ne peuvent pas nous avoir trouver par hasard, la Brume de Spencer et la magie de Rose nous a toujours masqué, même des demi-dieux ! rappela Jennifer. S'ils nous ont trouvé, c'est qu'ils étaient aguerris et qu'ils savaient quoi et où chercher.
-Raison de plus pour savoir où est la faille, insista Chelsea. Si on ne leur demande pas comment ils ont su, et qu'on leur saute dessus, on ne saura jamais, et peut-être qu'une troupe encore plus nombreuse viendra dans quelques jours.
-Ou alors on sera tous morts parce qu'ils sont plus armés et mieux entrainés, enchérit cyniquement Camille.
-Clopin ! siffla Dylan. Prends une décision !
Je me retins à nouveau de donner une bonne claque derrière la tête de Dylan, mais elle ne vit pas mon regard réprobateur parce que le sien était fixé dans celui de Clopin. Les yeux sombres de Dylan étaient presque suppliants et je remarquai qu'elle s'appuyait un peu trop au rebord de fenêtre. Ses blessures n'étaient pas guéries et être debout l'affaiblissait. Ce fut sans doute ces traces manifestes de faiblesse qui réveillèrent Clopin. Ses yeux se durcirent.
-On ne peut courir aucun risque. Des demi-dieux et monstres sont déjà venus à nos portes et nous les avons repoussé. Nous le ferons une fois de plus.
-C'est une blague ? lâchai-je, incrédule. C'est quoi ton plan, vous les tuez-tous, et pas de quartier ?
-Tu n'as pas bien compris, fils d'Hermès (Clopin sortit un pièce en or de sa poche la jeta en l'air. Un instant plus tard, un javelot du plus précieux des métaux atterrit dans sa main et il le pointa sur moi en enfonçant son regard dans le mien). Nous les combattons tous et si tu ne te joins pas à nous sur ce coup là, tu seras le premier à mourir.
