Chapitre 1

La motion de censure lui était arrivée comme un cognard en plein ventre. Hermione en eut le souffle coupé. Malgré son expérience au Parlement Européen de la Magie, elle n'avait pas vu la manœuvre de son farouche adversaire, Ignacio Fortez. Deux jours auparavant, il lui avait pourtant donné son soutien en cas d'engagement de la responsabilité du gouvernement afin de faire voter au plus vite le projet de loi visant à reconnaître les droits universels à la magie pour tous les êtres vivants. Or le désastreux résultat s'affichait en énormes caractères devant elle : 233 voix pour, 239 contre. C'est donc d'un pas lourd, sous le regard victorieux d'Ignacio, qu'Hermione s'avança vers la tribune :

« Mes chers ami(e)s les député(s), je respecte bien sûr votre décision en démissionnant à l'instant de mon poste de premier ministre européen de la magie. J'espère que ce départ vous permettra d'examiner de nouveau ce projet de loi indispensable à la survie de notre espèce. Nous n'avons que trop méprisé les espèces... » La suite de son discours fut noyée dans un chaos d'applaudissements et de sifflements. Au milieu de la tempête, Ignacio Fortez la toisait, bras croisés reposants sur son imposante bedaine.

« Toi, tu ne paies rien pour attendre ! » lui promit Hermione en elle-même. Elle prit ensuite une porte dérobée afin de rejoindre au plus vite son bureau, y récupérer ses affaires et essayer de comprendre comment la situation lui avait échappé aussi vite… Elle ouvrit la porte de sa loge et une foule de hiboux l'aveugla un instant. Des milliers de missives l'attendaient, telle une marée blanche submergeant le bureau, se déversant sur le plancher, les fauteuils et la table basse. Hedwige l'attendait, perchée sur sa photo de mariage, une serre cachant l'une des mèches de son roux adoré. Elle reconnut instantanément l'écriture brouillonne d'Harry et découvrit un petit mot qui se voulait réconfortant :

« Suis de retour de mission à Londres, aies appris ta démission en direct, courage ! Ginny a mis des bières au frigo, passe ce soir, bises:) »

Pattenrond se frottait à sa cape d'hiver, suspendue près de la porte.

« Tu as raison, rentrons afin de mieux préparer notre revanche. Car nous n'avons pas dit notre dernier mot ! » Pattenrond cligna des yeux, approuvant cette pensée.

Ses conseillers eurent à peine le temps de rejoindre la loge de la fraîchement EX Première ministre européenne de la magie que celle-ci disparaissait dans un transplanage tourbillonnant, son chat sous le bras. Karl Etzog, son plus proche conseiller, se gratta le menton, décontenancé. Sa boss avait pris une belle déculottée, mais il était sûr qu'elle reviendrait, passionnée par la politique comme elle l'était !

Chapitre 2

Hermione atterrit avec grâce dans une rue de Notting Hill et posa Pattenrond à terre, qui connaissait déjà le chemin. Elle le suivit et ouvrit le portail en fer forgé du numéro 46. Sur celui-ci, elle glissa son doigt avec tendresse dans un coeur en fer forgé, où s'entortillaient deux lettres : H et G, avant de pénétrer dans un jardinet où régnait un joyeux bordel. Jeux d'enfants, plantes à l'abandon tranchaient avec deux ballets flambants neufs posés sur leurs socles en bois. Hermione s'engagea sur la petite allée bordée d'herbes folles mais Ron n'attendit pas qu'elle soit à la moitié du chemin pour lui ouvrir la porte et se précipiter vers elle :

« Hermioooone ! Je suis tellement tellement désolé ! »

Hermione profita de l'occasion pour ne rien dire et se perdre un instant dans les bras de son cher et tendre. Son mari sentait si bon, son pull était plein des odeurs cosmopolites de son tout nouveau restaurant...

« Là, mon amour, j'accuse le coup et j'ai surtout envie de me changer les idées ! Dit-elle enfin »

Elle s'écarta doucement de lui et se rendit compte qu'Harry se tenait dans l'encadrement de la porte, les mains dans les poches et un air franchement démuni sur le visage :

« Hermione… murmura-t-il »

Sans un mot de plus, ils se prirent la main les uns les autres, comme au temps de Poudlard et restèrent ainsi, les yeux fermés. Par un pacte silencieux, ils partageaient ainsi leurs victoires et leurs peines. .. Ils seraient restés ainsi plus longtemps si une voix n'avait lancé :

« Bon ça va bien là, vous avez fini de refroidir toute la maison ? Je suis dans le salon et je me les pèle à cause de vous ! » Ils rentrèrent bien vite pour calmer Ginny, qui accueillit chaleureusement Hermione et lui mit une bière dans la main, avant de la gratifier d'une bise sonore. « Welcome home » lui murmura-t-elle doucement à l'oreille.