Thésée avait raison. A peine était-il rentré que tout son département l'acharnait de questions. Ils étaient tous très curieux de ses rencontres avec les animaux, des paysages qu'il avait traversés. Jamais il ne mentionna sa fidèle valise comme pensionnat/hôpital pour animaux fantastiques, pour des raisons évidentes. Mais Pickett était vite devenu une star, et bien au-delà du département. Voir les gens lui porter autant d'intérêt l'avait inquiété au début, mais s'y accommodait finalement. Il était touché de voir que les sorciers s'intéressaient de plus en plus à la question des animaux fantastiques.

Cependant, tous ne s'intéressaient pas qu'aux animaux. La Gazette du Sorcier ressortait le même titre en boucle depuis plusieurs jours : Le mage noir Grindelwald arrêté ! La présidente Mme Picquery avait eu la bonté de ne pas trop parler de son rôle dans l'affaire, mais certaines choses ne pouvaient être cachées complètement. Le ministre lui-même était venu chercher Newt pour le féliciter, M. Fawley n'avait pas été des plus discrets, cela avait soulevé plusieurs questions chez certains journalistes.

Maintenant tout le monde attendait son livre.

Alors qu'il rentrait chez lui, épuisé le soir avec Thésée, un hibou vint à leur rencontre. Il fallut très peu de temps à Newt pour entendre son cœur battre dans sa poitrine, enfin : une lettre des américaines. Sa nervosité le faisait légèrement tiquer.

— Hé, ça va petit frère ?

— Pas de soucis. Répondit-il très vite.

— C'est une lettre de qui ?

— Oh, c'est personne.

Thésée haussa un sourcil. Newt se sentit incroyablement bête : pourquoi ne lui avait-il pas dit, tout simplement ?

— Ce n'est pas…

— Non, non, rien à voir. Répondit-il encore un peu plus froidement, sans le vouloir.

Mais Thésée ne dit rien de plus, pour le moment. Et c'était bien mieux pour Newt. Ce dernier s'engouffra dans la maison, saluant les hippogriffes un peu plus rapidement que d'habitude. Thésée se sentit obligé d'excuser Newt auprès des hippogriffes :

— Désolé les gars. Il reviendra plus tard, ne vous inquiétez pas.

Newt posa sa valise sur son lit, et ouvrit minutieusement la lettre.

« Décembre 1926.

Cher Newt,

Nous sommes contentes d'avoir reçu votre lettre. Nous vous souhaitons beaucoup de courage pour vos prochains jours en Angleterre, qui semblent chargés : les gens là-bas doivent attendre beaucoup de choses de vous, après cette longue absence.
A New York, les sorciers se remettent des événements, bien que la présence de Grindelwald reste une menace qui plane constamment. Les affaires du mage noir ne révèlent rien de bien intéressant, qui pourrait mener sur des pistes d'enquêtes concernant des partisans. Avec la disparition de M. Graves, du sénateur Shaw et des Bellebosse, la sécurité est renforcée de manière drastique, de nombreux contrôles sont effectués autant chez les sorciers que chez les Non-Maj'.
Le seul qui semble tirer profit de la situation c'est bien M. Kowalski. Il a mystérieusement pu ouvrir son commerce, du moins, commencer son aménagement. Nous observons toujours avec curiosité l'avancement dans sa quête.

S'il vous plaît, prenez soin de vous, et ne vous inquiétez pas : nous continuerons à vous tenir au courant de ce qui se passe ici à New York.

Amitiés,
Tina et Queenie. »

La lettre était tout à fait passionnante et douce. La fatigue et le stress que Newt ressentait s'envolait maintenant, ses joues avaient rosies : elles étaient toujours aussi généreuses, même après son départ. Sur certaines phrases qu'il relisait, il essayait de se remémorer le son de la voix de l'une des deux sœurs, bien qu'il soupçonnât que c'était Tina qui s'était chargée de la rédaction (avec quelques conseils de sa petite sœur derrière). Cette pensée lui arracha un grand sourire.

Concernant Jacob, Newt avait en effet gardé pour lui le don des coquilles d'œufs d'occamys. Il ne voulait pas impliquer des sorcières américaines dans les histoires des Non-Maj', avec cette loi Rappaport. Et il avait pensé que cela faisait une bonne petite surprise à Queenie. Elle devait être heureuse, oui.

Lorsqu'il revint au salon, Thésée l'observait minutieusement.

— Alors ?

— Tout va bien, désolé de t'avoir inquiété.

— Tu es sûr, Newton ?

— Oui, ce sont des amies, de New York.

— Des amies ?

Newt ne voyait pas le mal. Thésée sembla convaincu et se détendit manifestement. Pendant son absence, il semblait avoir ajouté quelques décorations de Noël. Newt se perdit dans les couleurs des quelques guirlandes placées ici et là, en plus du sapin.

— C'est pas grand-chose, mais ça met un peu d'ambiance. Dit Thésée en haussant les épaules.

— C'est parfait. Répondit Newt avec conviction.


Après s'être occupé des animaux (autant des hippogriffes que ceux dans la valise) et d'avoir avalé quelque chose pour lui-même, Newt se décida à répondre :

« Décembre 1926.

Chères Goldstein,

Votre lettre m'a fait beaucoup de bien, vraiment. Merci pour vos gentilles paroles. Je vous promets que le manuscrit sort bientôt, et que l'on se reverra.
L'ambiance à New York semble difficile. Je suppose que les aurors ont moins de repos qu'à l'ordinaire… Courage, Tina.
Je suis également heureux d'entendre que Jacob ait finalement obtenu son prêt. Sa boulangerie sera certainement très bien, il est passionné par la cuisine et veut faire plaisir aux gens.

Je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d'année,
Votre ami,
Newt Scamander. »

Newt relut sa lettre au moins une bonne quinzaine de fois. Pourquoi, nom d'une licorne, n'arrivait-il pas à écrire plus que ça ? A côté de celle des sœurs, sa réponse semblait ridicule. Mais c'était tout ce dont il était capable. Il fixa la lettre sur le hibou familial, Alfred, et après quelques caresses, ce dernier s'envola gentiment.