La plus étonnante des lettres que Newt ait bien pu recevoir à cette période, fut celle-ci :
« Mars 1927.
Cher Newt,
C'est Queenie. Je t'écris rapidement à l'insu de ma sœur Tina, parce que je suis allée rencontrer Jacob, sa boulangerie vient d'ouvrir ! Et, que dire… Tu serais vraiment étonné : il se souvient de tout (enfin presque) ! Ses pâtisseries ont la forme de tes animaux, et il a suffi que nos regards se croisent pour qu'il se souvienne (je l'ai lu dans ses yeux) !
J'ai dû me contenir pour ne pas lui parler et me contenter de ses gâteaux (qui sont délicieux au passage). Je sais que tu as un avis différent de Tina, c'est pour cela que je t'écris : ce n'est pas normal n'est-ce pas, qu'il se souvienne ? Dois-je en parler à Tina ? Dois-je adresser la parole à Jacob ? Je suis vraiment trop heureuse, je ne sais pas quoi faire, je ne veux pas faire d'erreurs, ni causer du tort à Tina.
Amitiés,
Queenie.
PS : C'est moi qui ramasse le courrier en général, tu peux envoyer ton hibou à la maison, comme d'habitude. J'imagine qu'il a un prénom ? »
Assis dans le fauteuil devant la cheminée, Newt relisait la lettre minutieusement. Jacob avait donc retrouvé la mémoire ? A vrai dire, le magizoologiste n'était qu'à moitié surpris : n'avait-il pas annoncé lui-même au non-maj' que le venin du démonzémerveille effaçait les mauvais souvenirs ? Cela avait été un concours de coïncidences, de bonnes coïncidences, qui avaient fait que Jacob ne puisse pas réellement oublier ses amis sorciers (et apparemment ses amis animaux aussi).
Il n'était pas étonnant de la part de Queenie qu'elle se soit risquée à aller voir Jacob. Et elle avait bien fait.
Newt attrapa rapidement de quoi écrire une réponse, ne souhaitant pas que l'attente de Queenie soit trop longue, au-vu de l'urgence. Il était touché de recevoir une confession, il aimait pouvoir partager une confiance avec des gens, cela lui avait manqué.
« Mars 1927.
Chère Queenie,
Tout d'abord, ne vous inquiétez pas : je m'attendais un peu, à vrai dire, à ce que Jacob montre ce genre de « signes ». C'est long et inefficace à vous expliquer ici, disons simplement qu'il n'y a que Jacob qui puisse ressentir de l'affection pour le monde des sorciers à New York, les autres non-maj' ne risquent pas de se souvenir de quoique ce soit.
Ensuite, concernant Tina, je pense que vous devriez lui en parler, il s'agit de votre sœur après tout. A vous de décider des risques… Si vous voulez la convaincre, peut-être devriez-vous lui dire que je suis moi-même impliqué dans l'histoire ? Que je lui expliquerai en temps voulu ?
Enfin, je le répète : ne vous inquiétez pas, ce n'est pas un problème majeur, au contraire – c'est une bonne nouvelle, non ? Si elle refuse toujours, s'il vous plaît tenez-moi au courant.
Amicalement,
Newt Scamander.
PS : Oui, votre fidèle postier se nomme Alfred. »
Newt donna la lettre à Alfred. Le pauvre n'avait jamais autant livré de lettres de sa vie, et New York n'était pas à côté. Malheureusement, il était impossible d'utiliser le service d'échange du MACUSA, avec des discussions comme les leurs. Tina n'était plus surveillée, mais il ne fallait pas s'attirer les foudres de l'oiseau-tonnerre du MACUSA.
— Hé bien petit frère, tu écris beaucoup à « tes amis ». Tu n'en as pas marre d'écrire avec ton manuscrit ?
Thésée venait d'arriver, et semblait avoir observé le début de vol d'Alfred.
— J'ai fini d'écrire mon livre, il est corrigé en ce moment. Dit Newt, pour changer de sujet.
— Ah oui, c'est vrai. Il sort bientôt, tu me l'avais dit.
L'auror se posa, comme à son habitude, d'une grande lourdeur sur un fauteuil qu'il fit apparaître de lui-même. Il fixait intensivement Newt, avant de continuer :
— La famille semble toujours un peu rancunière, après ton absence aux fêtes.
Newt ne répondit pas. La famille Scamander n'était pas simplement lui et Thésée. Il y avait une autre branche, mais le benjamin ne s'était jamais vraiment soucié de ces gens-là. Ils étaient aimables, et travaillaient dans le département de la Justice magique. Mais ces derniers n'étaient pas très ouverts d'esprit, et étaient indifférents à son travail à lui (comme beaucoup de gens, en fait).
Il savait qu'en allant aux fêtes là-bas avec eux, il aurait simplement répété en boucle sa bataille avec Grindelwald, et aurait dû écouter les avis « éclairés » des membres de sa famille jusqu'à pas d'heure. Ce genre de débats ne l'intéressait clairement pas. Son frère Thésée était un peu comme eux, mais contrairement à eux, il faisait au moins semblant de s'intéresser à la magizoologie.
Thésée soupira : « Très bien, j'ai compris. » avant de disparaître dans un autre coin de la maison.
Vie et habitat des animaux fantastiques fut rapidement connu et reconnu à travers l'Angleterre (« Je vous l'avais dit ! » criait Augustus Worme à tout va). De toute évidence, les sorciers étaient tous très curieux d'en savoir plus sur les créatures magiques, le manuel plaisait autant aux scientifiques / médicomages / professeurs à la recherche de rigueur et de savoir, qu'aux amateurs qui avaient simplement des animaux fantastiques de compagnie chez eux, ou alors avaient toujours eu cette envie d'exotisme sans voyager. Les aventuriers en manque d'aventures trouvaient aussi leur compte. Les nouvelles espèces magiques découvertes étaient un grand cabinet de curiosité.
Newt ne s'était pas attendu à autant de succès, clairement. Très vite, il fut pris dans un tourbillon de séances de dédicaces tout d'abord, avant que tous les sorciers se mettent à le prier de lui raconter deux ou trois voyages, imaginer sa vie loin des sociétés dans des paysages improbables, ou alors simplement un conseil pour leurs propres animaux fantastiques. Les journalistes y allaient gaiement, si bien que Newt refusait bon nombre d'interviews pour sa propre santé – Augustus le faisait mieux que lui.
Il était étrange d'avoir ennuyé les gens il fut un temps, et de constater que désormais l'Angleterre ne semblait plus vouloir se passer de lui. Enfin, ce sera sûrement momentané.
Aujourd'hui, son seul réconfort était réellement sa valise, et ses échanges avec les Goldstein. D'après Queenie, Tina semblait avoir accepté le fait que Jacob ait recouvré la mémoire (ce fut une longue discussion apparemment). Jacob et elle ne se voyaient qu'à de rares occasions, surtout à la boulangerie. Tina fermait les yeux. Newt pouvait ressentir son tiraillement depuis l'autre bout de l'océan, mais jamais l'auror américaine ne s'était confiée comme Queenie sa sœur l'avait fait.
Est-ce qu'elle m'en veut ?
Newt espérait que non, mais n'avait jamais eu le courage de demander à Queenie.
En plus de cela, sa célébrité soudaine l'empêchait de s'enfuir pour New York. Il avait enfin obtenu les copies souhaitées, et il allait offrir la première dès à présent, ce fut aussi une promesse, avant celle pour Tina.
Petite note : Pour répondre à Klaroline dans les reviews, oui, il y aura de tout ça bien entendu ! On ne peut écarter Jacob m'enfin :p
Patience ! :)
