Poudlard… Cela faisait plus de dix ans qu'il n'avait pas remis les pieds à l'école de sorcellerie. Le grand château se dressait toujours aussi fièrement dans le ciel. Il n'avait pas changé. Cet endroit lui rappelait bon nombre de souvenirs, et son cœur se serrait à la pensée de Leta. Si leur relation avait bien commencé et fut des plus douces, la rupture, elle, fut des plus brutales. Avant de venir, Newt s'était promis de ne plus y penser, mais comment résister ? Elle fut une grande partie de sa vie, et malgré tout, il savait qu'au fond de lui, la flamme brûlait encore pour Leta, timidement.
Mais l'heure n'était pas aux sentiments, pour l'instant.
En effet, la raison pour laquelle il était ici venait d'apparaître sous ses yeux, aux portes du château : Albus Dumbledore. Son ancien professeur de métamorphose, ce même homme qui l'avait tiré (plus d'une fois en réalité) d'un mauvais pas.
— Newton ! Bienvenue ! S'exclama le sorcier roux avec un grand sourire, les mains en l'air.
— M. Dumbledore.
— Vraiment navré de t'avoir fait venir jusqu'ici.
— Ce n'est pas un problème. Dit Newt, montrant avec amusement l'un des hippogriffes. Il fallait qu'il se défoule, de toute façon.
— Je vois. Répondit Dumbledore avec un sourire, ses yeux observant par-dessus ses lunettes en forme de demi-lune.
Une fois de plus, son ancien professeur ne semblait pas lui reprocher toute l'excentricité de la manœuvre, comme l'aurait fait n'importe quel autre sorcier soucieux.
— Si tu veux bien me suivre.
Newt hocha la tête et suivit calmement Dumbledore à travers le château. L'été, il semblait bien vide. Enfin, d'un autre côté, il n'aurait pas aimé croiser les yeux curieux des élèves pour l'instant. Un peu de repos lui faisait un bien fou. Arrivant rapidement dans la salle de classe de Métamorphose, il remarqua que le professeur l'avait transformé en vrai bureau de recherche.
— Désolé pour le bazar, je suis incorrigible.
— Monsieur, je crains que le mien de bureau soit dans un état encore plus désolant. Dit Newt en soulevant sa valise.
Albus Dumbledore lâcha un petit rire. Il lui avait donné le droit de le tutoyer, mais Newt se sentait encore trop petit à côté de son ancien maître pour se permettre cela.
— Cela fait du bien de discuter avec d'autres excentriques, sincèrement. Souligna Dumbledore avec amusement. Alors, ton livre ?
— Le voici.
Newt tendit un exemplaire rapidement, il avait la main dessus depuis un petit moment.
— Je peux ?
— Naturellement.
Albus Dumbledore sembla alors se plonger précipitamment dans la lecture de Vie et habitat des animaux fantastiques, pendant plusieurs minutes, accompagnant sa lecture de « Oh ! » ou « Ça par exemple ! » ou encore « Curieux, très curieux… ». Finalement, il releva son nez :
— La lecture me semble fascinante. Je comprends son succès. Tous tes voyages ont l'air si riches, et ton travail si minutieux, digne d'un Poufsouffle.
— Vous me flattez, professeur.
— Non, non c'est la vérité Newton : tu peux être fier ! Dis-moi, ma question peut sembler cruelle, mais quelle est ta créature préférée, par curiosité ?
Newt répondit, en se donnant un peu de réflexion :
— Il y a tellement d'espèces… Et celles dans ma valise sont comme ma famille, voir mes enfants pour certains…
Des petits gazouillements émanaient soudainement de la poche. Pickett sortit sa tête de sa cachette, rencontrant le perçant regard de Dumbledore.
— Un botruc, par la barbe de Merlin !
— C'est Pickett, on se soutient mutuellement depuis quelques années maintenant. Il avait attrapé froid, je l'ai glissé dans ma poche, et il ne me quitte plus désormais.
Apparemment, Pickett aurait aimé être le chouchou, sans distinction. Cette pensée amusa Newt. Le botruc avait son caractère, à la fois fort et réservé.
— Les botrucs ne font pas cela, habituellement. Remarqua Dumbledore en feuilletant son exemplaire. Il te considère comme son arbre ?
— Je ne saurais l'expliquer…
— Très intéressant.
— Alors, comment était-ce, New York ?
Newt s'était attendu à cette question. Cela faisait plusieurs minutes qu'ils discutaient maintenant, installés dans des chaises. Pickett ne semblait pas effrayé par la présence de Dumbledore, et s'était gentiment installé sur l'épaule du magizoologiste.
— Mouvementé.
— J'ai entendu et lu beaucoup d'articles, mais je voulais avant tout ton point de vue Newton.
— A priori, j'étais simplement de passage pour ramener un oiseau-tonnerre. Je ne savais pas qu'il y avait des événements étranges dans la ville. Le problème étant que certains de mes animaux se sont échappés de ma valise, cela m'a amené à séjourner un peu plus longtemps…
Dumbledore écoutait attentivement. Newt réfléchit un peu avant de continuer :
—Je me suis fait arrêté par une auror à cause de mes animaux, qui nous a ramené en plein milieu de la séance internationale tenue au MACUSA après la mort du sénateur de New York.
— La fameuse réunion des grands chefs. C'était un scandale, même ici au Ministère.
— Oui… Là-bas j'ai pu observer le mort, la présidente du MACUSA pensait que l'une de mes créatures était responsable… Mais il s'agissait… D'un obscurus.
Le professeur ne disait toujours rien, et encouragea Newt à continuer. Il avait un air très sérieux.
— On m'a fait enfermer, ma valise m'a été confisquée par la présidente, M. Graves – Grindelwald, fut chargé de la fouiller. J'avais rencontré une obscuriale au Soudan il y avait quelques mois de ça… N'ayant pas pu sauver l'enfant, j'avais conservé l'obscurus dans ma valise, pour l'étudier.
— Intéressant… Est-ce que tu l'as encore ?
Newt ne put s'empêcher de comparer Dumbledore à Grindelwald. Il y voyait d'un coup la même avidité dans le regard qu'avec le mage noir, si bien qu'il hésita. Pourquoi faisait-il cette comparaison ? Les deux hommes n'avaient rien en commun, pourtant. Avant son départ, Dumbledore lui-même lui avait parlé des obscurus, il n'y avait rien d'étonnant à sa question… N'est-ce pas ? Avec le temps, Newt avait développé une certaine affection pour l'obscurus de sa valise, et ne pouvait s'empêcher de ressentir le besoin d'être protecteur, d'en être le gardien.
— Oui. Oui, je l'ai encore. Grindelwald l'a jugé inutile, quand je lui ai expliqué que l'obscurus était parfaitement inoffensif.
— Très bien. Dit simplement Dumbledore.
Peut-être avait-il ressenti la méfiance de Newt.
— C'était également un obscurial qui était la cause des troubles à New York. Un cas tout à fait particulier. Il s'appelait Croyance Bellebosse, adopté par une famille anti-sorciers. C'est sûrement ce qui a fait qu'il ait développé un obscurus… Sa puissance était phénoménale, il a survécu avec un âge beaucoup plus avancé que la moyenne, c'était presque un adulte.
— Impressionnant. En effet, c'est très troublant.
Newt aurait aimé posséder peut-être pour une fois le don de Queenie. Dumbledore semblait dans une grande réflexion.
— Grindelwald cherchait Croyance, il voulait l'utiliser, lui, et la puissance des obscurials. J'en suis certain.
— Comment l'as-tu attrapé Newton ? C'est un grand mage noir, avec d'immenses pouvoirs.
Les journaux en avaient bien parlé pourtant, de la capture de Grindelwald. Newt soupira :
— Hé bien, il se trouve que j'avais sur moi une plante exotique, qui m'a permis de tenir fermement Grindelwald et le mettre à genoux.
Dumbledore laissa s'échapper un petit rire contenu.
— Ingénieux.
Newt avait toujours sur lui des poches aussi grandes et remplies que dans sa valise. C'était illégal, en vérité, mais il n'avait jamais complexé et avait toujours appartenu au monde de la débrouillardise.
— Sa baguette a été récupérée par le MACUSA, puis j'ai révélé son identité. J'étais intrigué pendant l'interrogatoire, d'autant plus lorsqu'il a tenu tête à tous les aurors…
Newt se souvint des paroles du mage noir. Sa voix résonnait dans sa tête : accepterons-nous de mourir un peu ? Il n'avait jamais compris le message. Pourquoi le lui avoir adressé ? Lorsque le magizoologiste sortit de ses pensées, il rencontra les yeux pénétrants de Dumbledore, si bien qu'il détourna son regard rapidement, mal à l'aise.
— Merci Newton. Tu as été brave, le MACUSA te doit beaucoup… Ils ont fermé les yeux sur la valise, je suppose, en contrepartie.
Dumbledore semblait à nouveau serein, comme Newt l'avait toujours connu.
— Une petite friandise avant de partir ? Proposa le professeur en tendant un paquet de bonbons magiques.
