L'Abraxan Rouge était un cabaret assez impressionnant. Chaque table représentait une nation, il y avait pas mal de pays européens évidemment. Newt remarqua rapidement qu'il n'y avait pas tant de chefs que ça, le ministre de la magie anglais M. Fawley devait avoir le sens de la fête plus que les autres. Enfin, il était réputé pour être l'un des rares à se soucier de la réelle menace du terrorisme de Grindelwald - d'autant plus que ce dernier était en prison à l'autre bout de l'océan.
La lumière de la salle était plutôt tamisée, tous les invités étaient habillés de manière chic, à la mode sorcière. Newt avait lui gardé son éternel look, il ne pouvait en être autrement avec son manteau si précieux. Thésée le lui avait reproché, mais Newt se souciait peu de l'avis des gens. Il était quelqu'un de pratique, et n'était pas du genre à se vêtir avec des paillettes.
La scène était mise en valeur, dessus un orchestre composé d'elfes jouait les airs sorciers tendances. Différents enchantements sublimaient la salle, de haut en bas. Newt se demandait alors constamment ce qu'il faisait ici. C'était un féru du travail, et avait du mal à se divertir comme les autres humains dans ce genre de regroupements. Autour de la table, Miss Tourdesac et M. Lasornette semblaient tout aussi mal à l'aise que lui… M. Fawley était entouré de Thésée et un autre auror anglais.
— Regardez ce lustre ! Et ces glaces ! s'extasiait Miss LaFolle. C'est magnifique ! Quel rêve !
— Rien ne vaut notre bon vieux Chaudron Baveur. Chuchota Thésée à son frère.
Newt eut un sourire.
Un bonhomme monta sur l'estrade, et salua chacun des pays. Cela lui rappela la diversité des visages et tenues qu'il avait eu à peine le temps d'observer au MACUSA, lors de la réunion après la mort du sénateur Shaw. Ici, il y avait beaucoup moins de pays mais tout autant de vêtements diversifiés et plus de gens.
Alors que le présentateur continuait à citer les invités, Newt regarda curieusement la table américaine dans l'espoir de pouvoir y retrouver un visage familier. Toutes les femmes semblaient suivre la même mode plus ou moins, mais le magizoologiste avait la prétention de pouvoir reconnaître parmi elles la seule et unique Porpentina Goldstein. Son cœur fit un bond, et il cligna des yeux plusieurs fois.
Par la barbe de Merlin !
Ce n'était pas ses habits habituels, mais il reconnaissait sa silhouette, son visage, son regard – même dans l'obscurité et malgré l'éloignement. Il était persuadé que c'était elle. S'il avait pu, Newt se serait levé directement pour aller la rencontrer, mais c'était impossible. L'ennui était devenu impatience, sa nervosité l'emportait sur tout le reste.
— Hé Newt, ça va ? demanda Thésée.
Newt se mit à regarder ses mains, ne souhaitant pas que son frère suive jusqu'où se portait son regard auparavant. Il acquiesça rapidement, cachant son emballement. Il osa questionner Thésée timidement :
— Les aurors ont reçu des ordres ?
— Pardon ?
— Patrouilles, ce genre de choses ?
Thésée le dévisagea pendant quelques secondes.
— Il y a quelque chose de suspect ? Qu'est-ce qu'il t'arrive enfin ?
Newt tira un peu le col de sa chemise pour se détendre. De toute évidence, Thésée n'était pas très réceptif aux questions.
— Non rien, par curiosité...
Thésée le jaugea pendant l'espace d'un instant encore avant de reposer ses yeux sur l'estrade.
La cérémonie d'ouverture au cabaret a duré jusqu'à 23h, avec les repas et musiques.
— C'était superbe ! Les français sont si charmants ! s'exclamait Miss LaFolle en direction du ministre.
Le temps a paru extrêmement long pour beaucoup d'intellectuels désintéressés, mais encore plus pour Newt. Enfin, au milieu de la cérémonie, il s'est souvenu avoir prévenu les sœurs Goldstein par lettre de sa participation à l'événement… Au dernier moment c'est vrai, mais il n'était pas du genre à se vanter de participer à ces festivals. Newt n'avait pas eu le temps de recevoir de réponse que déjà il embarquait pour la France.
— Allez, petit frère, avance. Il faut rentrer à l'Institut.
Thésée le fixait toujours avec un certain scepticisme. Newt se mit au pas à contre-cœur, jetant désespérément des regards dans la foule qui commençait à se lever et former une masse. Le magizoologiste se faufila habilement pour sortir du cabaret. Dehors, la nuit était agréablement fraîche, il fut rapidement suivi par les autres sorciers anglais. La vue qu'offrait le Sacré Cœur était assez impressionnante, beaucoup s'étaient arrêtés pour observer. Cassandra le rejoint et sembla observer les astres si visibles cette nuit-là, Newt s'éloigna d'elle avant de souffrir d'une autre malédiction.
Un bruit sourd résonna au sol. Baissant les yeux sur sa valise, il remarqua que celle-ci commençait à rouspéter. Les animaux le réclamaient déjà. Newt sourit et se dépêcha de traverser Paris afin de retrouver sa chambre. Même pour des sorciers, une valise qui faisait des bruits était quelque chose de louche. Heureusement pour lui, la fête continuait à l'extérieur, qu'il fasse jour ou nuit…
