Ils quittaient la table et commençaient à rentrer à l'Institut.
— Vous avez laissé votre petite sœur à New York ? Demanda le magizoologiste, le regard brillant de curiosité.
De mémoire, jamais Porpentina Goldstein n'acceptait les grandes séparations avec sa protégée. Queenie était toute sa vie, et les aurevoirs avaient dû être terribles pour elles. Seulement, Tina sembla hésiter avant de répondre dans un soupir exaspéré :
— Hé bien non, elle a voulu venir aussi.
— Elle est ici ? A Paris ? Demanda bêtement Newt.
— Oui. J'allais vous le dire, ce n'était pas un secret. A vrai dire, je m'attendais à ce que vous posiez la question...
— Oh.
Newt était content à l'idée de revoir Queenie. Elle était une sorcière brave et généreuse, tout comme sa sœur. Il craignait simplement ses pouvoirs de Legilimens, mais il fallait avouer que cela lui manquait peut-être un peu.
— Elle est ici, avec Jacob, rajouta-t-elle sur le même ton exaspéré.
— C'est vrai ? Jacob aussi ?
— Oui, il a des contacts en France, puisqu'il y a été pendant la Grande Guerre... Et… Enfin bref, ils se sont arrangés avec Queenie pour se retrouver. Vous savez, Newt, pour sa mémoire…
Il se souvenait parfaitement de ses correspondances avec Queenie. Tina semblait toujours aussi peu confiante à propos de cette histoire, et c'était plus que compréhensible étant donné sa position… Il semblerait néanmoins qu'elle ait accepté leur coup de foudre, pour le meilleur et pour le pire.
— Ils seront bien, rassura Newt. Ne vous inquiétez pas pour eux Tina. Je suis sûr que si la Présidente avait vraiment voulu les séparer, elle aurait déjà sévi.
— Si vous le dîtes… répondit-elle, incertaine.
Des aurevoirs tout aussi maladroits mais tendres qu'à leur retrouvaille. Ils se reverraient bientôt, et il retrouvera Queenie et Jacob aussi. Newt avait hâte, tout comme il était anxieux à l'idée de vouloir absolument retrouver des humains, dans le sens où il avait été toujours très solitaire... Et que cet attachement soudain l'effrayait un peu. Ils se quittèrent donc dans le hall, Tina ne devait pas manquer trop longtemps au poste.
Enfin... Lui aussi avait des obligations. Dommage que son groupe soit celui des auteurs et non celui des scientifiques, Newt préférait largement discuter avec Miss Tourdesac et M. Lasornette plutôt que Miss LaFolle et Miss Vablatsky.
Rejoignant les dames, il les salua poliment et brièvement alors que tous s'installaient dans un amphi à nouveau.
— Cet endroit me lasse, commenta Miss LaFolle. Les extérieurs sont si majestueux à Paris !
Newt eut un sourire, pensant que pour une fois, il était bien d'accord avec l'auteure. Bien que même les extérieurs furent artificiels.
— Pensez donc, ma chère Fifi, qu'il nous reste encore quelques jours ici à passer.
— Espérons que le décor change, Miss. Les étoiles ne vous ont rien montré à ce propos hier soir ? demanda Fifi avec impatience.
En fait, ça ne surprenait pas Newt, le fait que Fifi semblait attirée par les histoires des voyants. Les prévisions étaient en général bien plus palpitantes que la réalité. Le magizoologiste se souvenait amèrement des avertissements de la voyante, du fait que son cœur souffrirait encore. Newt ne voulait pas croire à toutes ces choses, mais ayant déjà été malheureux par le passé, il ne savait pas bien s'il ne devrait pas, après tout, s'y fier un peu pour l'avenir.
— Les étoiles montrent beaucoup de choses, disait Cassandra (sûrement contente que quelqu'un la regarde sans méfiance). Elles parlent énigmatiquement, mais je pense avoir compris…
— Vraiment ?!
— Des drames sont à prévoir… Il arrive… Beaucoup de sang, les étoiles…
Fifi poussa un cri aigu et se réfugia à nouveau contre Newt d'un bond. Heureusement, la réunion n'avait pas commencé.
— S'il vous plaît, mes demoiselles, dit-il. Calmez-vous.
Cassandra voulut en rajouter, mais Fifi lui demanda d'arrêter. Il était clair que les visions étaient loin d'être aussi roses que les livres de Miss LaFolle. Désormais, Fifi ne semblait avoir des yeux que pour lui, le temps qu'elle absorbe la nouvelle prévision.
— M. Scamander, c'est terrible !
— Je…
— Vous nous protégerez, n'est-ce pas ? dit-elle en lui attrapant le col. Vous qui avez si vaillamment combattu à New York ! Vous qui êtes si –
Sachant que rien ne servait de lutter, il soupira doucement :
— Ne craignez rien, Miss.
— Vous êtes si preux ! Comme votre frère ! Et doux, et poli, et charmant, et –
Newt se sentit un certain malaise. Il dût faire un contact qui lui demanda mille efforts, en retirant les mains de Miss LaFolle de son col. Cette dernière le dévisageait, mécontente de la rupture. Le magizoologiste fuyait simplement son regard.
— Merci, Miss. Concentrez-vous maintenant.
— … Pour vous… Mister Scamander… Toujours pour vous… ajouta Miss Vablatsky avec une voix dramatique.
Alors qu'il sortait en trombe de l'amphi, en direction de sa chambre pour aller s'occuper de ses créatures, une petite main lui attrapa soudainement l'épaule. Newt fit volte-face. Leta Lestrange, avec une longue et fine robe raffinée, se tenait devant lui. Il resta stupéfait pendant quelques instants avant de commencer à bégayer quelques excuses incompréhensibles à une vitesse ahurissante.
— Newt… murmura-t-elle, l'observant comme on observait tendrement un enfant.
— Je, enfin, qu'est-ce que, mais…
Il lâcha soudainement sa valise, le fracas résonna violemment dans tout le couloir et Newt eut à nouveau un vertige. Il attrapa machinalement son visage avec une de ses mains comme pour se protéger, avant de voir en face de lui Tina. Le magizoologiste haleta et fit les gros yeux, encore sous le choc.
— Nom d'une licorne, Newt, tu vas bien ? S'enquit Tina, en ramassant la valise avant qu'un autre malheur n'arrive.
— Merci, je…
Newt secoua vivement sa tête puis récupéra la valise doucement, les yeux fixant pendant un instant le sol avant de rencontrer à nouveau le regard de Tina. Il craint revoir à nouveau Leta, mais ce n'était pas le cas. La jeune femme le fixait d'un air inquiet, et cherchait une réponse dans ses yeux. Mais il n'en avait pas vraiment.
— Je suis désolé, la fatigue, dit-il à demi-sourire.
— Newt ?
Jamais Newt n'oserait lui expliquer ce qu'il venait de se produire. Comment le prendrait-elle ? Il ne souhaitait pas l'inquiéter davantage, ou pire, qu'elle pense qu'il voit en elle Leta. Ce serait une catastrophe.
— Je vais aller me reposer, je crois…
— Tu as besoin d'aide ?
Newt hésita un bref moment avant de répondre :
— Je vais juste nourrir mes créatures, et tu as ton travail d'auror, donc…
Tina se pinça les lèvres, puis abdiqua :
— Très bien.
— Tina…
— Ca va, juste je m'inquiète. Tu es si étrange d'un coup… Comme si…
Le magizoologiste ne souhaitait pour rien au monde inquiéter la splendide new yorkaise. Il n'avait cependant pas les mots pour la rassurer, mais un geste : Newt câlina tendrement et timidement la joue de Tina, replaçant une mèche de cheveux. Comme sur les quais la dernière fois.
— Décidément, cette mèche… Commenta-t-il finalement avec un nouveau sourire.
— Oui, acquiesça Tina touchée par le geste.
Alors qu'il rentrait -enfin- dans sa chambre, il n'eut pas le temps de tourner la poignée que déjà on le rattrapait à nouveau. Mais Newt pouvait-il ignorer son frère ? Certainement pas.
— Hé Newt.
— Oui, Thésée ?
— Je vois que tu passes du bon temps à Paris, dis-moi…
Newt ne répondit pas, mais se contenta de relever son regard vers Thésée comme pour le prier d'en venir droit au but.
— Tu sais, petit-frère, juste, comprends ma surprise… Je suis curieux c'est tout.
— Ce n'est pas ça, assura Newt maladroitement. Je suis fatigué, désolé.
Thésée commença à ouvrir la bouche mais se ravisa finalement. Avait-il vraiment l'air si pâle que ça ? D'un signe de tête il salua son frère, avant d'entrer dans sa chambre et rapidement s'enfermer dans la malette.
Dougal l'attendait patiemment, ce qui arracha un sourire au magizoologiste. Il déposa sa fidèle veste bleue et s'observa rapidement, pour détecter d'éventuelles traces de maladies quelconques. Mais ce ne fut pas le cas. Un nouveau soupir lui échappa, et il tomba sur le tabouret qu'il venait de tirer.
La demiguise s'approcha doucement auprès de lui.
— Coucou Dougal, lâcha-t-il affectueusement.
La créature semblait l'examiner, faisant travailler ses sens et ses pouvoirs. Si même Dougal s'y mettait, c'était qu'il avait effectivement de quoi s'inquiéter un peu.
— Qu'est-ce qu'il m'arrive à ton avis ?...
Dougal attrapa son bras et le câlina affectueusement, Newt la remercia gentiment.
La seule chose dont il était sûr, c'était qu'il ne s'agissait pas de surmenage… Ce festival était bien loin de son rythme de travail habituel. Le magizoologiste soupira puis laissa traîner son regard sur la photo de Leta Lestrange. Elle souriait, toujours aussi envoûtante. Avait-il rêvé ? Probablement. Mais alors, pourquoi cette illusion ? Pourquoi sur Tina ? De mémoire, cela ne lui était jamais arrivé auparavant. Etait-il fou ?
Après tout son vécu, Newt n'avait pensé à retomber en amour après Leta. La rupture avait été bien trop douloureuse. Enfin, rupture était un mot inapproprié. Il était parti, c'était lui qui avait mis fin à toute leur histoire, à contrecœur. Pendant tout ce temps, Newt était encore amoureux et s'en voulait d'être parti comme un voleur, la laissant seule. Il en était persuadé : il avait été lâche, il aurait pu aider Leta. Secrètement, il espérait pouvoir encore l'influencer aujourd'hui. Tout effacer pour tout recommencer.
Les sentiments étaient si compliqués. Quand il pensait avoir tourné la page, son passé le rattrapait. Newt avait cru en les paroles de Queenie, quelques temps plus tôt à New York, elle avait lu en lui et l'avait réconforté – peut-être plus qu'elle ne le pensait. Il s'était décidé à regarder vers l'avant à ce moment-là, mais il avait été naïf.
— Ouch !
Dougal venait de le pincer.
— Hé, qu'est-ce qui ne va pas ? demanda Newt étonné.
La demiguise s'en alla alors dans les parcs à l'extérieur au pas de course. Le magizoologiste resta planté là pendant quelques instants, dubitatif, avant de se décider à aller nourrir les animaux, pour passer à autre chose…
