Le lendemain, au petit-déjeuner du côté magique du Palais du Luxembourg.

— Alors Newt, que comptes-tu faire aujourd'hui ? demanda Thésée, ensorcelant son petit-déjeuner afin qu'il se fasse de lui-même.

Son frère le fixait toujours d'un air inquiet, il ne semblait pas croire en l'apaisement que pouvait apporter une nuit. Peut-être était-ce dû à son métier d'auror. Avait-il encore l'air de faire une tête de trois kilomètres ? Pire que d'habitude ? D'un geste de la main, il chassa les paroles de Thésée, accompagnant sa propre réponse :

— Prendre l'air, visiter… Je crois que ces amphithéâtres et ce monde m'assomment.

Comme pour rassurer, il ajouta plus ou moins convaincu par lui-même, un sourire maladroit. C'était la seule façon qu'il trouvait encore aujourd'hui pour se montrer convaincant auprès de ses proches. Ca ne voulait pas dire que ça marche réellement.

— Avec… Miss Goldsteeeein ? tenta Thésée en se penchant vers son frère, l'air décidément vicieux.

Newt se renfrogna dans sa chaise. Pickett dans sa poche semblait trembler également devant la perspicacité de l'auror.

Qu'est-ce que ? Comment ?

Qu'est-ce qui était le plus étonnant ? Newt s'attendait à ce qu'il remette le tapis comme on dit, mais… Je suis si flagrant ? Qu'a-t-il vu ? Et surtout, comment connait-il son nom ? A quel point est-il au courant ?

Comme d'habitude, Thésée semblait amusé comme un père devant son gosse face à l'expression d'inquiétude et de surprise de son petit frère. Cela agaçait encore plus le magizoologiste, qui aimait vivre avec son jardin secret. Secret. A nouveau, il avait l'impression de subir le regard legilimens de Queenie, sauf que son frère n'en était pas un, c'était d'autant plus vexant.

— Newton Artemis Fido Scamander, dit-il pour l'enfoncer un peu plus, vous êtes aussi discret qu'une goule chahuteuse dans un grenier. Surtout pour un auror de mon niveau…

En toute réponse, Newt jugea utile de simplement grogner quelques phrases incompréhensibles.

— … Réfléchis un peu mon vieux, franchement. Tu crois que, contrairement à toi, j'abandonne les femmes dans un couloir ? Je l'ai vite rattrapée la veille, après tout le bruit que tu as fait… (Newt fondait littéralement dans sa chaise) … Dans des réunions je l'ai déjà aperçue, elle est auror après tout hein ? Sans parler des événements de l'année dernière à New York et tes lettres…

Par la barbe de Merlin, pourquoi moi ?

— Mes lettres sont…

Newt n'eut pas le temps de se défendre lorsqu'il réalisa l'entièreté de la phrase de Thésée.

— … Tu l'as raccompagnée ? demanda-t-il d'une petite voix.

— Je suis un gentleman, répondit simplement son frère comme si c'était naturel.

Newt n'aimait pas ça, il avait tellement travaillé à tout cacher. Il n'avait jamais voulu que son frère se mêle de sa nouvelle vie, qu'il mette la main sur son nouveau monde, sur Tina.

— C'était inévitable. Tu ne pouvais pas me la cacher longtemps, ah ah !

— Pas trop fort… le pria Newt, désespéré.

Thésée semblait voir qu'il avait, une fois de plus, les pleins pouvoirs sur son frère. Et il s'en délectait. Ils ressemblaient à deux ados, Thésée aimait cette vision.

— Elle est charmante, appliquée, droite, amicale… Tout ton contraire en fait. Comment tu en es arrivé là Newton ? Sérieusement ?

Il avait raison. Lui-même ne savait pas. A première vue, rien ne pouvait les lier réellement : elle était dans la justice magique, lui était toujours là à porter des animaux, ingrédients et charmes hautement illicites. Elle était américaine, défendait sûrement la tea party et était pour le café, lui était un bon anglais raffolant de cette douceur qu'était le thé. Elle était une citadine accomplie, lui préférait la nature. Elle aimait les humains, lui ne savait pas toujours les apprécier pleinement ni se comporter avec eux comme il le faudrait. Elle était juive, lui ne croyait en rien – si ce n'était en ses animaux…

— Tu réfléchis trop, disait Thésée en touillant avec sa cuillère à l'aide d'un simple Wingardium informulé. C'est bien, les différences. C'est ce qu'il faut même. Regarde, papa et maman étaient différents eux-aussi.

Le cœur de Newt bondit un peu à la mention de sa mère. Elle lui manquait vraiment. Il était vrai que leurs parents étaient si différents, que certains se demandaient peut-être encore comment ils en étaient venus à s'aimer. Même s'il s'agissait d'un mariage arrangé, Newt avait toujours pensé qu'ils étaient amoureux. Au moins sa mère.

— Hmm, dit-il simplement en réponse.

Le magizoologiste était toujours soupçonneux des agissements de Thésée auprès de Tina, mais ne voulait pas paraître possessif. Il ne voulait pas non plus insister sur ses histoires de cœur. Thésée avait l'air de s'être fait une idée de toute façon. Une fois sa tasse vidée, il s'enfuit aussi rapidement qu'il en avait l'habitude.


Paris s'éveillait doucement, le vent se levait légèrement lui aussi. Newt déambulait dans les rues de la ville sans réel objectif, toujours bouleversé par tout ce qu'il se passait ici. Pourquoi tout semblait se resserrer autour de lui, comme dans un entonnoir, à chaque fois qu'il pouvait apprécier la présence de ses amis New Yorkais ? De quoi se mêlait Thésée ? Et cette voyante, pourquoi semblait-elle se délecter de son malheur à venir ? Mais surtout, d'où venait cette étrange vision de Leta ?


Les arbres de la forêt Interdite étaient les arbres les plus immenses qu'il n'avait jamais vu auparavant. Même chez lui, la forêt semblait désuète comparée à celle-ci. Newt avançait à pas de loup. Il avait réussi pour la première fois à dépasser la surveillance du concierge. Enfin, ce n'était pas comme si les gens lui prêtaient réellement attention. Sa mère lui avait conté de nombreuses fois l'existence de multiples créatures magiques ici, et il voulait les voir de ses propres yeux.

Elle ne l'avait, bien sûr, pas encouragé à s'y rendre. Mais la tentation était trop grande.

Il n'y pouvait rien, l'aventure l'appelait, et était bien plus tentatrice que toutes ces salles de cours tristes et jumelles remplies d'humains aussi peu intéressants les uns que les autres. La nature l'attendait, il ne savait pas vraiment pourquoi, mais c'était une sorte d'instinct.

Personne ne gardait la forêt, elle était belle et sauvage, comme il se l'était toujours figuré. Tout lui plaisait : l'ambiance, les traces, l'odeur, la diversité des plantes et des sons. Certains pourraient avoir peur, mais Newt n'était pas de ceux là – il le savait, il était différent. Ce n'était pas difficile à comprendre, quand tout le monde vous le rappelait sans cesse.

La brume l'envoutait, comme si elle pouvait dissimuler une nouvelle surprise après chaque pas. La forêt interdite avait un charme que lui seul comprenait, il en était persuadé.

— Lâche-moi ! Boule de poils !

Newt se cacha spontanément derrière un des troncs immenses. Une voix humaine ? Ce n'était pas normal ! Comprenant néanmoins la détresse de la voix aigüe, le jeune Poufsouffle respira un bon coup avant d'aller voir doucement ce qu'il se passait. Quelque chose clochait.

Alors qu'il s'approchait, une fillette semblait se détacher du décor, entourée de deux créatures qu'il identifiait comme étant des chartiers.

— Crâne d'œuf ! hurla joyeusement la créature.

— Oui, bien sûr ! La jeune fille rigolait.

Il s'agissait de deux jeunes chartiers, l'un d'eux jouait avec la robe de sorcière et l'autre dialoguait. Ce n'était pas un cri aigu d'appel à l'aide, mais simplement une élève qui plaisantait avec des animaux qui ne pouvaient lâcher que des insultes. Inutile de dire que ce fut le coup de foudre, Newt avait instantanément le cœur transpercé devant ce spectacle si particulier. Il n'y comprenait plus rien.

Les chartiers jouaient avec elle, ils ne l'insultaient pas vraiment. Elle le prenait bien, ne les repoussait pas, elle les comprenait.

— Qui es-tu ?

Newt sursauta et fit un bond en arrière qui le propulsa au sol tandis qu'elle cria : Attention à la racine !

Elle courut vers lui et l'aida à se remettre debout. Il était bouleversé par elle, littéralement, et il savait qu'il la regardait comme un gros bêta. Mais il n'y pouvait rien : une fois de plus, c'était plus fort que lui.

— Un Poufsouffle, ici ? ricana-t-elle légèrement.

Les deux petits chartiers arrivèrent, se frottèrent contre les chevilles (ils ne les mordent pas ! s'étonna Newt) de la jeune fille puis lancèrent à son égard :

— Sang-de-bourbe !

Newt fit les gros yeux, complètement abruti.

— Désolé, ils ne sont pas très futes-futes.

Une Serpentard, c'était une Serpentard. Peut-être était-ce elle qui leur avait appris ça ? Newt s'en voulut d'avoir pensé aussi vite à cette solution sans même connaître cette étrange fille.

— Il, il n'y pas de mal…

Est-ce qu'elle le défendait parce qu'il était un sang-pur ? Jamais Newt n'avait osé demander.

— Alors, je te repose la question, qui es-tu ? dit-elle en tenant ses deux petits protégés dans ses bras, qui gesticulaient en donnant parfois des morsures pour essayer de se libérer – en vain.

— Je suis…

— Newton Scamander.

Il sourit maladroitement, une fois de plus étonné par la perspicacité de l'élève. Il tendit la main machinalement, avant d'apercevoir à nouveau qu'elle tenait ses chartiers.

— Tu n'es pas malin. Commenta-t-elle avec toujours de l'amusement.

— Ce sont des chartiers, nota-t-il.

— Tu es plus malin qu'il n'y paraît, tout compte fait.

— Et tu es ?...

— Leta Rosier.

— Ca semble français…

— Bravo Sherlock Holmes.


Petite absence de fin d'année scolaire, je suis de retour :]
Encore plus motivée depuis l'annonce du tournage aha ! On en apprendra plus petit à petit concernant Leta, je m'approprie complètement le personnage pour le coup, étant donné qu'on ne sait rien d'elle à part ce fameux cadre et le discours de Queenie dans le premier film.