Les cafés parisiens dits « montparnos » étaient à eux seuls un élément touristique incontournable. Non loin du palais, Newt ne s'inquiétait pas réellement du chemin à prendre. Malgré sa déambulation d'humeur nostalgique, le magizoologiste appréciait les mouvements de Paris, regardant naïvement les gens (certainement en majorité des moldus) s'agiter et créer ce dynamisme citadin si particulier.

Il sortit un petit bout de papier pour y relire le nom du café « Le Dôme ». Newt releva machinalement la tête pour retrouver le bar promis, qui fut, par Paracelse, facile à repérer : les humains affluaient ici. Inspirant un bon coup, le sorcier s'immisça dans le café.

Après ça, les retrouver n'avait pas été difficile. Spontanément, un sourire éclaira le visage de Newt à la vue de ses amis. Queenie était la première qu'il avait aperçue, car elle avait toujours eu ce charisme incontestable même au milieu des foules. Son émotion était d'autant plus grande lorsqu'il aperçut ce bon vieux Jacob, occupé à rire comme d'habitude. Et enfin, son regard se déposa sur Tina, qui elle, les couvait d'un regard protecteur, habituelle grande soeur. Rien ne semblait avoir changé en quelques mois et malgré les problèmes de mémoire.

— Neeewt ! s'exclama la blonde, toute souriante (Par Merlin, ses pensées étaient-elles aussi bruyantes que toutes celles du café et ses alentours ?).

Tous les yeux du groupe se déposèrent sur lui, et il n'eut pas le temps de faire un pas que Queenie l'avait déjà pris dans ses bras. Le britannique retourna maladroitement l'étreinte, tandis que Jacob lui adressait un clin d'œil sympathique.

— Non tu n'y es pas honey, je t'ai juste aperçu ! On t'attendait tous tu sais !

— Je suis content d'être là aussi, annonça-t-il en se rapprochant de la table.

— Hey, salua Jacob accompagné d'une poigne de main. Ca fait du bien de vous, enfin de te voir. Revoir.

Newt l'inspectait avec un regard scientifique évident, et il fallait le dire, un certain amusement à la vue de la morsure de son murlap. Terrible accident, qui a apporté néanmoins du bonheur dans son malheur.

— Vous, enfin, comment vas-tu ?... Tes souvenirs te reviennent ?

— Hé bien, installe-toi Newt, je crains qu'il me reste beaucoup de souvenirs ! C'est dingue, vraiment dingue.

Alors que Jacob semblait repartir dans des réflexions, pour le coup plutôt lointaines à n'en point douter, le magizoologiste suivit son conseil et s'installa, plaçant sa valise en sécurité à ses pieds. Il était hors de question de refaire tomber quelqu'un avec, ou d'attirer les regards d'une façon ou d'une autre.

Son attention retomba sur Tina, avec qui l'exercice de salutations était une épreuve de tous les dangers à son sens :

— Bonjour Tina, dit-il avec un petit sourire.

Elle semblait l'observer avec un peu d'anxiété, et Newt se souvint alors de leur dernière séparation. Il ajouta alors rapidement :

— Je suis désolé, l'autre soir était un soir … Hem...

Il ne savait pas quoi dire. Tina posa une main sur son bras doucement.

— Newt, ça va aller ? Si le café te met mal à l'aise on peut..

— Que nenni, c'est parfait, assura-t-il tant bien que mal.

— Oh, Newt… dit une Queenie remplie d'empathie.

Elle a vu, pensa Newt. Il tenta néanmoins de cacher Leta, bien qu'il n'ait jamais eu de talent en occlumencie et qu'il ne s'en pensait de toute façon pas capable.

Jacob regardait les trois, la tête en arrière et les sourcils froncés, l'air soupçonneux de manquer encore quelque chose. Avant que Queenie ait pu ouvrir la bouche, un serveur arriva :

— Bon Jacob, mesdames, monsieur, que vous faut-il ?

— Des apéritifs mon gars ? articula-t-il avec un certain français, ce que le chef propose pour les boissons, je régale !

— Très bien Jacob ! répondit le serveur dans un rire amical avant de disparaître.

Après un petit instant, Newt sauta sur l'occasion :

— Alors, tes souvenirs ?...

— Ah ! Ben ça, c'est vraiment dingue !

Newt eut un nouveau sourire.

— Les filles m'ont raconté ce qu'il s'est passé, et je les crois. Mais je me souvenais déjà de certaines choses, comme tes animaux et toi Newt, de Queenie… De Tina, bien sûr, un peu…

Le magizoologiste laissa couler un regard amusé vers l'auror et glissa doucement en sa direction : « qui voudrait l'épouser ? » Pour toute réponse, Tina lui donna un petit coup de coude, sous le regard attendri de Queenie.

— C'est quelque chose votre monde… C'est fantastique même. Je veux dire…

— C'est le tien aussi maintenant, assura Queenie en s'agrippant à Jacob.

Un petit silence confortable s'installa dans leur discussion, Newt observait les deux avec une grande bienveillance. Après leur avoir laissé un moment et avoir reçu les apéritifs, il reprit dans un air de confidence :

— Tu ne t'en souviens peut-être pas, mais dans ma valise nous avions discuté des facultés d'un de mes animaux, le démonzémerveille. En fait... En fait la solution oubliettante efface les mauvais souvenirs. Aussi, la morsure de mon murlap a sûrement eu le bénéfice de t'apporter une protection aux charmes, dit-il en montrant la blessure du bout de ses doigts.

— Aux charmes ? demanda Jacob.

— Aux sortilèges, éclaira Tina. Je comprends mieux… D'ailleurs Newt, je me demandais... Pourquoi ne pas avoir mis le démonzémerveille dans ton livre ?

Newt était heureux de voir qu'elle ait approfondi au moins un peu la lecture du livre. Il l'avait souhaité, ne serait-ce qu'un peu. Au moins la page sur le niffleur, pensa-t-il avec humour et peut-être un peu de désespoir aussi.

— Pour plusieurs raisons, tout d'abord c'est une espèce qui voulait être tenue au secret par les habitants aux alentours pour l'instant, mais aussi parce que je n'ai pas fini de l'étudier. Il a tellement de capacités.

Le magizoologiste repensa aussi à Frank, l'oiseau-tonnerre. Et tout ce travail qu'il avait eu par courrier avec le MACUSA depuis le département des animaux pour aider la présidente dans le travail de préservation. Elle lui avait également demandé de ne pas publier certaines espèces phares d'Amérique du nord, ne souhaitant pas attirer des curieux et aussi surtout des malintentionnés.

— Ouais, ton travail c'est quelque chose. Mais tu aimes vraiment ça – je m'en souviens bien, c'est super. Bravo pour ton livre d'ailleurs !

Newt eut un déclic, et répondit tout sourire :

— Merci Jacob, j'ai un exemplaire pour toi aussi.

Là, il ouvrit sa valise « commune » et tira le livre, qu'il remit à son ami. Jacob lut le titre et la dédicace pour lui-même avant de dire :

— Incroyable, merci !

Et on le perdit dans sa lecture, ponctuée de quelques « oh » ou « aaah » ou « vraiment ? ». On aurait dit un enfant, et il l'était clairement, devant un bestiaire aussi peu conventionnel parmi les non-maj. Newt avait envie de l'entendre parler de sa boulangerie, mais pour l'instant, cela ne semblait pas possible.

— Ne t'en fais pas, répondit simplement Queenie à ses pensées. Vous aurez le temps.

Tina, qui avait tout observé jusque-là de la retrouvaille des deux hommes du groupe, intervint simplement comme à son habitude :

— Queenie, ne lis pas dans les pensées.

— Teenie, ses pensées british m'ont manqué à moi aussi, dit-elle avec un clin d'œil.

Newt rougit, les sœurs Goldstein recommençaient à se taquiner mutuellement durant le temps de l'apéritif.


Après s'être repus au café, le groupe marchait en touristes dans Paris guidés par l'infatigable Jacob, direction les bords de Seine. Queenie et lui menaient la cadence devant, sautillants et le livre sous le coude, tandis que Newt et Tina suivaient derrière plus posément. La balade était douce, quoique mouvementée par la ville rugissante des années folles. Newt avait même pu apercevoir un couple posé à un bar tenant en laisse un guépard.

— Paris est folle, commenta Tina à la vue du félin, repensant aux événements de Central Park.

— Je l'aime comme ça, assura-t-il.

Tina sourit.

— Pourquoi ça ne m'étonne pas ?

— Je suis bien malheureux si je ne peux plus vous étonner, Miss Goldstein.

Newt observa la réaction de Tina, craignant que son commentaire soit peut-être un peu trop…

— Hé bien… Je suis sûre que vous êtes plein de ressources Mr. Scamander, dit-elle en reprenant son ton, vous pourrez toujours m'étonner.

Leurs regards se croisent. Newt propose alors son bras droit galamment, et pour son plus grand soulagement, Tina l'accepta.


Petit mot : Wiiii ils sont réunis ! La fine équipe :]

J'espère que vous appréciez, ce n'est pas évident de faire ressortir tous les quatre personnages à la fois. Surtout du point de vue d'un magizoologiste introverti. :p