Joyeux Akuroku Day ! (oui, je sais c'était hier mais c'est l'intention qui compte!)
Chapitre 3 : La Mort et les réalités de la vie
Besoin de rien, envie de tout
J'ai cherché le garçon, je l'ai trouvé tout là-haut
Un t-shirt blanc jusqu'aux genoux
J'ai perdu la raison, j'veux ma dose de Roméo
Oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh,
Quelque chose d'étrange se passe autour de toi
Yelle
Le son du réveil tire Axel de son sommeil sans aucune forme de pitié pour ses doux rêves.
…. Ou plutôt le coma de six heures qui l'a englouti la veille. Il lui faut un moment pour réussir à émerger et mettre fin au bruit strident qui envahit toute la pièce. Un grognement plus tard, il passe la main dans ses épis pour se masser le crâne.
Il est beaucoup trop fatigué. Il faut vraiment qu'il arrête de se coucher si tard. Les jeux vidéo c'est bien, mais si c'est pour se…
Le roux plante au milieu de son chemin, jetant un coup d'œil en direction de l'ancienne porte de son frère. Son cerveau épuisé tourne à vide quelques instants avant de lui imprimer sur un petit ticket, en grands caractères, "Ding ding ! C'est pas la console qui fait que tu es crevé !"
D'un coup, toute l'étrange soirée de la veille lui revient en tête. Les trois potentiels colocs. Raymond et sa tête de Raymond. Puis ce dernier, étalé mort par terre et une Faucheuse à l'air de poupée de porcelaine blasée.
La Mort.
Et son nouveau coloc.
Il hésite presque une minute avant de se tourner d'un pas lent vers la porte de l'autre chambre, et de se planter devant. Une profonde inspiration, puis il toque.
Pas de réponse.
Une hésitation de plus, le temps pour son esprit de se dire qu'il a peut-être tout inventé, et puis il ouvre la porte. La chambre est vide, les draps sont faits. Il n'y a pas de faux de deux mètres appuyée contre le mur en face de lui.
… Mais il y a bien quelques sacs, par terre, près de la penderie. Des sacs remplis, il le sait, de longues robes noires en cachemire ou en soie, parce que ce gosse - en est-il seulement un ? - a des goûts de luxe.
Axel soupire, puis se détourne en refermant la porte.
Il faut qu'il aille aux toilettes.
.oOo.
Trois bons quarts d'heure plus tard, Axel est douché, habillé, un peu plus frais et en train de manger des tartines en réfléchissant à tout ce qui lui est arrivé la veille.
Visiblement, Roxas n'est pas dans les parages. Il a dû partir bosser, vu que sa faux n'est pas là non plus. Axel se demande un peu quand il rentrera… et surtout, s'il le fera en passant par la porte ou en se téléportant.
Il aimerait bien rester pour le savoir, mais il se trouve qu'il a lui aussi un boulot. Et si son responsable est sympa au niveau des horaires, il faut pas non plus qu'il exagère. Maintenant qu'il s'est trouvé quelqu'un pour payer le loyer avec lui, il ne faudrait pas qu'il perde son propre revenu.
Il ferme donc cérémonieusement la porte derrière lui - même s'il doute que son colocataire se souvienne de se servir des clés en revenant - et part en direction de l'arrêt de bus. Le trajet est aussi mouvementé que d'habitude. C'est à dire, pas du tout.
Quinze minutes plus tard, il pousse la porte du bâtiment principal en saluant le gardien d'une main. Il traverse tout le bâtiment jusqu'au bureau de son collègue, qu'il trouve en train de siroter un café.
- Yo, Saïx.
- Axel. Serais-tu tombé du lit ? C'est la seule explication pour te voir ici à l'heure…
- Mauvaise langue, je le suis toujours.
- Sur un autre fuseau horaire que le nôtre, peut-être, oui.
Axel lui renvoie une grimace - il sait que malgré son air qui illustre parfaitement l'expression "avoir un balai coincé dans le fondement", Saïx est en train de plaisanter.
Enfin… il en est quasiment sûr, en tout cas.
Une fois débarrassé de sa veste, Axel se tourne à nouveau vers lui, mains sur les hanches.
- Bon, je mets quelle casquette, aujourd'hui ?
- Nettoyeur. L'atelier B12 a bien besoin d'être dépoussiéré, la classe de débutants va suivre un cours là-bas. Et il y a pas mal de matériel d'acrylique qui va aussi avoir besoin d'un bon coup.
- De l'acrylique. Génial…
- Cache ta joie. Ta pause est à 13 heures. Après on a besoin de toi pour le cours d'anatomie avancée.
- Comme prof ?
- Rêve pas, à moins que tu puisses trouver quelqu'un pour prendre ta place.
- Hé, on peut toujours demander. Bon, ben, à plus tard du coup.
- Hmmm.
Il adresse un signe de la main à son collègue - et ami, quoi qu'on puisse dire. C'est grâce à lui qu'il a obtenu ce boulot, deux ans auparavant, en sortant de l'école d'art. Il aurait préféré pouvoir vivre de son art pleinement ou au moins devenir prof, mais il n'avait pas les qualifications requises, et l'école ne peut pas l'employer à temps plein pour ça.
Alors à la place, il fait un peu tous les petits boulots qu'on peut lui refiler. Du nettoyage des classes au remplacement du matériel, en passant par le rangement, l'assistance aux enseignants… ou même faire le modèle.
Et parfois, en de rares occasions quand le budget peut le permettre, il organise des ateliers pour enseigner certaines techniques de peintures moins… académiques. Ce sont probablement ses moments préférés.
Armé de son balai, il prend la direction de la salle que Saïx lui a indiqué. La première chose qu'il fait en entrant est d'ouvrir en grand les fenêtres - ce n'est plus de la poussière qu'il y a ici mais un autel au dieu de la décomposition, sans aucune hésitation.
Il lui faut bien deux heures pour réussir à remettre toute la salle en état et s'assurer qu'aucun étudiant ne mourra d'une crise d'asthme là-dedans. Ils auraient des problèmes sinon - même s'il peut dire qu'il connaît quelqu'un dans ce milieu, maintenant.
La pensée le fait vaguement sourire, tandis qu'il retourne ranger ses instruments de nettoyage… pour attraper du White Spirit.
Il déteste l'odeur de ce produit. Mais il n'y a malheureusement que ça qui puisse vraiment venir à bout des taches incrustées d'acrylique. C'est pourtant pas faute de répéter à ses collègues d'apprendre aux étudiants à nettoyer leur matériel. Mais non, ces derniers oublient toujours de laisser les pinceaux humides pour que la peinture ne sèche pas dessus, ou à correctement les nettoyer ensuite.
Et résultat ? Axel qui doit se farcir plus d'une centaine de pinceaux et de palettes, certains parfois recouverts de peinture séchée dans tous les coins.
Une très, très longue session de nettoyage à prévoir, donc. Et tout ça avec un robinet qui ne crache presque que de l'eau froide et lui gèle donc les doigts en moins de quatre minutes.
Le milieu de la journée est déjà bien dépassé quand il vient enfin à bout du dernier des pinceaux, toutes les palettes égouttant déjà sur le bord de la table à côté de lui. Il fait craquer ses cervicales en se relevant, et jette un coup d'œil à l'heure.
Treize heures moins dix. Après une matinée pareille, il sait que Saïx ne lui en voudra pas de prendre sa pause un peu plus tôt. Surtout avec ce qui l'attend droit derrière. Il aime son job, il ne va pas revenir là-dessus - il préfère pouvoir travailler au milieu de tout ce matériel qu'il aime tant plutôt qu'à la caisse d'un supermarché - mais parfois, il aimerait pouvoir rentrer autrement qu'épuisé et courbaturé par tout ce qu'il fait ici.
Sa demi-heure - bon, quarante minutes - de pause passe comme un éclair. Il a à peine le temps de déguster son sandwich décharné tout en se demandant si Roxas pourrait en aimer le goût, puis d'envisager une sieste, que Saïx passe déjà la tête par la porte de la salle de pause pour lui indiquer qu'on l'attend pour le cours de l'après-midi.
Avec un soupir, il hoche la tête… Puis se dirige vers les vestiaires, au bout du couloir. Quelques instants plus tard, il en ressort vêtu d'un peignoir, et rejoint une des salles de classe. Les élèves lèvent la tête à son entrée et il les salue d'un sourire et d'un signe de la main. L'enseignante, Tifa, est une de ses amies. Il l'a rencontrée en fac, alors qu'il n'était qu'un blanc-bec arrogant. Elle finissait sa dernière année et lui avait mis un sacré coup de poing, à l'occasion d'une de ses remarques fort peu élégantes. Il avait toujours pris soin, après, de ne pas la mettre en colère.
Craindre de perdre une dent à cause d'un uppercut ? Très peu pour lui de recommencer ça.
- Bienvenue, Axel. Jeune gens, voici notre modèle pour aujourd'hui. Il vous changera un peu du précédent, j'en suis sûre.
- Le précédent, c'était… ? releva Axel.
- Rude.
- Oh… En effet, changement radical.
Un clin d'œil de la brune, auquel il sourit, amusé. Niveau muscles, il ne faisait clairement pas le poids face à la montagne qu'était son collègue. Mais Tifa avait raison, ça leur ferait un changement appréciable.
- Bref, assurez-vous de croquer correctement ce sac d'os ! Axel, on commence par quelques poses basiques pour s'échauffer, cinq minutes chacune, ok ?
- Pas de problèmes.
Laissant tomber son peignoir, il grimpe sur l'estrade et commence par s'assoir sur la chaise qu'on a laissé là pour lui. Deux heures et demie de poses l'attendent, il vaut mieux qu'il se ménage pour commencer, s'il ne veut pas finir avec des crampes dans le dos comme lors de sa toute première séance.
Se concentrant sur le fait de figer ses muscles pour ne plus bouger d'un demi-centimètre, il laisse son esprit vagabonder, ne bougeant que lorsque la sonnerie indiquant la fin d'un temps de pose retentit.
Etrangement - ou pas ? - il se surprend à penser plusieurs fois à Roxas, et à son étrange air blasé. Qu'est-il en train de faire, lui ? Est-ce qu'il est déjà rentré ? Ou bien fauche-t-il encore les honnêtes gens qui cherchent de simples colocs ? Quelque part, c'est étrange de l'imaginer en train de cueillir des âmes. Surtout armé de cette faux qu'il trimballait hier, tellement plus grande que lui.
Le fait de penser à tout ça, nu au milieu d'un tas de gens en train de le coucher sur papier, lui semble encore plus loufoque. Une situation aussi irréelle… au milieu du réel. Parfois, il se demande s'il n'a pas tout rêvé, au final. Mais les sacs dans l'ancienne chambre de son frère, ce matin, étaient bien là pour lui prouver que ce n'était pas le cas. Il ne lui reste plus qu'à voir ce qu'il se passera, quand il…
- Axel ? Ouhou ?
- Hmmm ? relève-t-il, secouant sa tête pour sortir de ses pensées.
- J'ai dit, c'est fini. Tu peux te rhabiller, l'exhibitionniste.
- Dis pas ça, Tifa. On sait tous les deux que tu es folle de mon corps.
- Pour y mettre des coups, certainement, oui…
Le rouquin rit.
Puis, prudent, s'écarte d'un pas tandis qu'il remet son peignoir. Cette femme a tellement de force qu'elle serait capable de lui briser une côte en lui mettant un coup de coude. Et il n'a pas vraiment envie de tenter l'expérience.
Il salue les élèves qui sont tous en train de ranger leur matériel, et retourne dans les vestiaires se changer. Quelques minutes plus tard, il recroise Tifa, qui sort également de sa salle de classe.
- T'étais sacrément dans la lune toi, dis-donc !
- Mmmh, peut-être bien ouais.
- Une nouvelle conquête qui t'occupe l'esprit ? Tu veux en parler autour d'un verre, peut-être ? ajoute-t-elle avec un clin d'œil.
Sacrée Tifa.
Toujours à l'affût de ses histoires de cœur - pour le conseiller ou pour en rire, ça, il ne sait pas vraiment. Probablement un peu des deux.
- Ravale tes espoirs, Tif'. Je suis simplement crevé. Je crois que je vais plutôt rentrer chez moi m'écrouler, du coup.
- Oh, bon. Tant pis. Une prochaine fois, alors ?
- Ça marche. Bonne soirée !
- La même, Axel.
Après un rapide détour par le bureau de Saïx pour annoncer son départ, Axel quitte le bâtiment. Il est à peine 17 heures et le soleil brille, aussi décide-t-il de rentrer à pied, faisant un détour par la supérette non loin de chez lui pour acheter de quoi faire à manger pour ce soir. Tout en prévoyant, l'air de rien, de plus grosses doses.
Son cœur semble battre plus vite que la normale lorsqu'il arrive enfin en bas de son immeuble. Il fait un crochet par la boite aux lettres pour la trouver vide - tiens ? pas de courrier, ou quelqu'un est-il passé avant ? - puis monte les escaliers quatre à quatre.
La porte est fermée.
Et l'appartement vide.
- Roxas ?
Pas de réponses. Visiblement, Axel est rentré le premier.
Avec un soupir, il enlève sa veste, se débarrasse de ses chaussures et va se chercher de quoi grignoter dans son frigo. Quelques instants plus tard, il est écroulé sur le canapé, la télécommande dans les mains et la manette plus très loin.
Il a commencé un niveau hier, mais avec tout ça, il n'a jamais pu le terminer. Autant le faire mainte…
- Bonjour.
La voix derrière lui manque de lui faire ravaler son extrait de naissance.
- Ça va pas ? Tu es tout pâle, s'enquit la Faucheuse.
- Mec. On avait dit "pas de téléportation" ! Refais ça et c'est à mon âme que tu parleras !
- On avait aussi dit que je ne pouvais pas circuler dans l'immeuble habillé comme ça, j'ai dû choisir.
Il écarte les bras pour qu'Axel puisse admirer son choix du jour : la robe en voiles de mousseline. Effet Voldemort-dans-le-cimetière garanti.
Axel ne peut effectivement rien répondre à ça. C'est presque étrange d'entendre le gam… la Faucheuse faire preuve d'autant de logique. Cela dit, il soulève un point important. S'il veut conserver un cœur en bonne santé, il va falloir que Roxas puisse utiliser les portes.
Pendant un instant, il hésite. Il regarde sa manette. Puis le Voldemort miniature dans son salon. La manette. Voldemort miniature. Manette. Voldemort.
Enfin, un gros soupir.
- Bon. Faut vraiment qu'on t'achète des fringues.
- Je veux bien, mais mon budget est limité… Je l'ai achetée le mois dernier.
Il fait remuer les voiles de sa tenue de Mangemort, comme si ça allait faire comprendre à Axel pourquoi ça lui a coûté deux ou trois mois de salaire.
L'argument n'a pas vraiment d'effet sur lui. Il retient plutôt un autre soupir, et se pince l'arête du nez. Etrangement, il sent que ça risque d'être long.
- Pas grave. On fera avec les moyens du bord. Au pire je t'avancerai.
Mieux vaut ça que bouffer les pissenlits par la racine plus tôt que prévu.
Il jeta un regard en coin à son nouveau colocataire, prêt à lui dire de mettre une tenue plus adéquate pour aller faire du shopping que le dernier peignoir du croque-mort en vogue, avant que son cerveau ne le rattrape pour lui tapoter avec insistance sur l'épaule.
Il n'a pas de tenue plus adéquate. D'où la nécessité de cette expédition.
Cette fois-ci, le soupir arrive bel et bien.
Il tergiverse quelques instants, avant de se rendre compte que c'est bien la seule solution envisageable - à moins de proposer à la Faucheuse d'y aller à poil, et il n'ose vraiment pas le faire. Le gamin est capable de le prendre au pied de la lettre.
- Bon, viens avec moi. Je vais te prêter quelques fringues.
Roxas le suit jusque dans sa chambre, docile. Axel entreprend de fouiller sa propre garde-robe à la recherche de ses vêtements les plus petits. Il trouve un t-shirt de l'Incroyable Hulk qui a rétréci et qu'il ne peut plus porter mais qu'il garde quand même parce que bon, c'est collector (et parce que c'est Reno qui a fait de la merde avec la machine à laver ce jour-là, Axel pourra donc un jour s'en servir pour rappeler à son frère qu'il lui en doit une, preuve à l'appui). Le pantalon c'est moins simple, mais il finit par dégoter un truc qui ferme avec un lacet et qui peut se serrer tant qu'on veut.
Il faudra retrousser trois fois le bas du pantalon et le t-shirt va flotter sur le corps mince de l'adolescent, mais il faudra faire avec.
Axel est sur le point de quitter la pièce pour laisser Roxas se changer quand une dernière interrogation vient fourbement s'immiscer dans son cerveau.
- Euh… Tu as besoin de sous-vêtements ?
- C'est à dire ?
- Ben, de sous-vêtements quoi ! Ce que tu mets sous la robe ? Des chaussettes ? Des… Pitié, dis-moi que tu as au moins des chaussures.
Axel ne pensait pas qu'il en serait un jour réduit à espérer que son colocataire soit doté de chaussures. Est-ce que les situations bizarres de ce genre cesseront un jour ?
Roxas lève le bas de sa robe, révélant une paire d'Air Max évidemment noires.
- Tu veux voir le reste aussi ? demande-t-il sans sourire.
- … Je vais décliner cette proposition. J'te laisse te changer.
Sans laisser le temps à Roxas de répondre, Axel tourne les talons et referme la porte de sa chambre derrière lui. Il aurait bien répondu oui pour se foutre de sa gueule… mais il y a fort à parier que Roxas l'aurait pris au mot. Et il n'est pas sûr de vouloir voir les sous-vêtements d'un adolescent qui n'a même pas eu le temps d'avoir eu ses dents de sagesse avant de devenir immortel...
Peu importe l'âge qu'il a en réalité.
La Faucheuse le rejoint quelques instants plus tard. Et la vision qu'il offre est… magnifique. Axel a soudainement l'impression de se retrouver face à face avec un copier-coller rétréci de lui-même. Mais en blond. Avec les yeux bleus. Et une sale anémie, aussi.
Il lui faut quelques secondes avant de se gratter la gorge et de reprendre contenance.
- Euh, bon. Ça va, assez confortable pour toi ?
La Faucheuse se tortille un peu, frottant ses genoux l'un contre l'autre.
- Ça fait bizarre que mes jambes se touchent pas mais sinon ça va. On y va ? Il est déjà tard.
Axel choisit de ne pas relever la remarque et, à la place, hoche la tête.
- Tu as un style de vêtements que tu préfères ?
- Les…
- Et ne me réponds pas "les robes noires".
Roxas referme la bouche et reste coi.
Après quelques secondes de silence, voyant qu'il n'est pas décidé à répondre, Axel soupire.
- Bon. Bah on va aller dans le magasin le plus proche et voir si quelque chose te parle. Allez, viens.
Ils traversent le couloir et prennent l'ascenseur dans un long silence pensif, Axel réfléchissant à la distance qui sépare son appartement des différentes boutiques. Finalement, ce que lui a dit Roxas quelques minutes auparavant lui revient en mémoire, et il choisit de faire un petit détour. Une friperie sera économiquement plus intéressante pour son colocataire. Et plus diversifiée au niveau des styles, aussi, probablement…
Ils y parviennent en dix minutes. Axel reprend la parole, tandis qu'il ouvre la porte à son compagnon.
- J'te préviens, ce sont des vêtements de seconde main. Mais ils seront moins chers. Essaye de prendre au moins deux ou trois pantalons, pareil pour les t-shirts. Ok ?
- D'accord, répond la Faucheuse en entrant dans le magasin.
Il s'arrête et regarde autour de lui avec circonspection. C'est clairement pas H&M, c'est plus fouillis mais bien plus adéquat aussi. Une vendeuse les salue depuis le comptoir et s'approche, attirée sans nul doute par l'allure d'enfant égaré que Roxas se tape dans les vêtements d'Axel. C'est vrai qu'il est mignon, à le voir comme ça, mais si elle savait...
- Bonsoir messieurs. Je peux vous aider ? demande-t-elle avec un gentil sourire.
Roxas fait mine de répondre mais Axel l'interrompt aussitôt. Plutôt être grossier que de risquer qu'il demande le rayon des robes en broderie Anglaise.
- C'est gentil mais on devrait pouvoir se débrouiller. Merci.
Elle hoche la tête et recule, sourcils froncés. Axel se permet un sourire d'excuses, avant de concentrer son attention sur Roxas.
Ce dernier est en train de fureter entre les rayons de vêtements, ses doigts glissant sur les différents tissus.
- Tu vois quelque chose qui t'intéresse ?
Sans surprise, le blond sort un cintre sur lequel pend un chemisier en faux satin noir. Ruban au col et dentelles aux manches.
Axel a soudainement envie de mordre dans un coussin pour ne pas hurler.
- Ça j'aime bien.
- Roxas… ôte-moi d'un doute. Tu n'es pas une femme, si ?
- Non. Pourquoi ?
- Parce que ça, c'est un vêtement de femme.
Le blond lui renvoie son regard spécial je-suis-mort-à-l'intérieur. Celui qu'il lui lance quand un détail lui échappe et qu'il attend qu'Axel s'explique. Ce dernier commence à se demander s'il n'aurait pas dû d'abord lui faire un cours sur la mode moderne, avant de le balancer dans la première boutique de fripes venue.
Avec un soupir, il essaye de se limiter au minimum d'explications possible.
- De nos jours, il y a certains vêtements typés plus féminins ou masculins. Les robes, les jupes, la dentelle, les rubans et certaines couleurs sont clairement féminins. Comme ce que tu tiens là. Autre chose ?
Le peu de patience qu'il lui reste lui souffle que si Roxas ne se décide pas très vite pour quelque chose de classique - du même genre que ce qu'il a sur le dos en ce moment, mais à sa taille, Axel va craquer et choisir pour lui. Peut-être que ce ne serait pas plus mal, tout compte fait.
Sauf que les mains de la Faucheuse se resserrent sur le tissu.
- Mais je veux celui-là.
Regardant autour de lui, il repère un pantalon qu'il met en dessous du chemisier. Au moins c'est un jean, même si évidemment il est noir. Axel n'a rien le temps de dire que Roxas lui dépose ses frusques sur les bras et entreprend d'enlever le t-shirt qu'il porte.
Le plus vieux sent qu'il n'est plus qu'à un cheveu de la crise cardiaque. Ou de la rupture d'anévrisme.
- T-WOW ! Tu fais quoi là ?!
Roxas porte sur lui le regard de la candeur personnifiée.
- Ben j'essaye. Non ?
Inspiration.
Expiration.
Ne pas mordre dans un cintre ne pas mordre dans un cintre nepasmordredansuncintre!
Axel pointe du doigt un petit renfoncement au fond de la boutique.
- Quand on essaye des vêtements, on le fait dans un espace privé, chuchote-t-il furieusement. Il y a des gens que la nudité gêne !
Il glisse un regard noir vers les vêtements qu'il est toujours en train de trimballer. Un compromis est peut-être une bonne idée, s'il ne veut pas finir en crise de nerfs complète. Surtout qu'ils se sont déjà assez fait remarquer ; la vendeuse n'a plus bougé de derrière son comptoir mais elle les regarde comme si c'était eux qui avaient mis le feu à Notre Dame de Paris. Axel se pince le nez, expire encore une fois, puis se reconcentre sur Roxas. Ce dernier a déjà amorcé un mouvement en direction des cabines, et il doit l'attraper par l'épaule pour l'empêcher de décamper. Un regard étrange accueille son geste - mais il choisit de se concentrer sur le plus urgent.
- Minute, papillon.
- Quoi ?
- Ok pour que tu essayes… ça. Mais à une condition.
Roxas lui renvoie un regard plat. Il prend ça pour une invitation à continuer.
- Tu prends au moins trois t-shirts. De différentes couleurs. Vu ?
- … D'accord.
Cinq minutes plus tard Roxas se dirige vers la cabine avec les trois hauts promis - un t-shirt de Pink Floyd (noir MAIS avec le prisme coloré devant alors bon…), un gris anthracite ("C'est le gris le plus noir que j'aie jamais vu...") et un blanc. Il embarque aussi un blue-jean et un trois-quarts en treillis qu'Axel lui a presque fait prendre de force.
Les t-shirts vont… à peu près. L'encolure du blanc est si large qu'on voit ses clavicules et il lui couvre les cuisses. Axel tente plus ou moins de protester mais Roxas ne veut rien entendre ("Tu as dit pas de robe. Ce n'est pas une robe.") Le blue-jean est trop long pour que ça puisse se rattraper avec un revers mais au bout de trois quarts d'heure de travail acharné (avec des négociations pareilles on résoudrait le conflit israélo-palestinien, pense Axel), ils ressortent de la friperie avec deux gros sacs de fringues plus ou moins admissibles mais quand même beaucoup mieux que les déguisements de Shinigami qui occupent maintenant la penderie de Reno. Avec tout ça, le soir est tombé quand ils rentrent chez eux et Axel met une quatre-fromages surgelée dans le four pendant que son colocataire range ses nouvelles affaires dans sa garde-robe. Il est tellement fatigué qu'il n'a même pas le courage de laver un peu de la salade qu'il a au frigo pour accompagner sa pizza. Il se contente de l'engloutir et de s'effondrer sur le canapé avec un livre. Il craint un peu d'allumer la télé car il devine que si Roxas vient à passer par là, ça va demander un paquet d'explications et là, tout de suite… il n'a pas le courage.
