Et hop! J'ai un peu perdu le compte des jours mais je suis bien motivé à continuer à mettre en ligne cette histoire de manière plus régulière!


CHAPITRE SEPTIEME

Patinage (in)contrôlé

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Samedi 23 septembre 2023 – Dimanche 24 septembre 2023

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- Est-ce que tout le monde a sa lampe frontale ?

La question de Raiponce reçoit une marée de pouces levés. Sleepy lui lance un regard de connivence. Il tient les trois plans entre ses mains. La nuit n'est pas encore tombée mais ne tardera pas et tout le monde a enfilé pantalons et pulls, certains ont même mis leurs manteaux.

Le Chapelier Fou, qui a aidé à la conception des plans et se voit confié religieusement le papier, Wiggins, Bob, Quasimodo, Féline, Bunny et Merida s'occupent des haies et du labyrinthe du parc. Il est maintenu ouvert exceptionnellement et Benjamin Clawhauser accueille le petit groupe. Il s'assurera que tout se passe bien et refermera les portes quand tout sera prêt. Quasimodo est le premier à installer ses statues. Ensuite, le commerce de thé, les espaces de jeux et d'exposition sont installés et enfin les haies sont déplacées (elles sont sur des planches à roulettes) pour créer le labyrinthe.

Sleepy, maintenant parfaitement réveillé, Jim, Audrey, Hiccup, Tuffnut, Astrid et Guy ont pour mission de créer un labyrinthe amusant et non contraignant pour la cour de l'école. James Salten, le directeur, a été clair sur le fait qu'il ne voulait aucun retard à cause du labyrinthe. Pour éviter le problème, Jim et Hiccup (aidés par Tadashi et Honey Lemon) ont créé un système électrique qui guidera les élèves dix minutes avant la sonnerie de reprise des cours pour leur donner le temps de rejoindre leur salle de classe. Comme la plupart des élèves sont parfaitement au courant des jours du labyrinthe, ceux qui voudront jouer arriveront un peu plus en avance que d'habitude pour avoir le temps de se perdre. Et pour les récréations et l'heure de déjeuner, des panneaux apparaîtront pour guider Les élèves vers le self et le préau.

Ceux qui restent, c'est à dire Raiponce, Pascal, Eugène, Max, Jack, Tatiana et Jamie, ont pour rôle de créer le labyrinthe de l'école active. Cette fois, pas d'indications ni de chemins fléchés mais des panneaux pensés à l'avance pour que les plus observateurs se repèrent au bout de la première journée. Les panneaux sont presque tous dessinés par Raiponce ou d'autres membres du club d'art ou du mystérieux club des célébrateurs. C'est la brunette qui a conçu les plans et certains couloirs de l'école active risquent de changer.

Une fois réparti, chacun se dirige où il le doit. Le groupe Ecole et le groupe Parc partent ensemble pendant que le groupe Pôle leur tourne le dos. Il est temps de se mettre au travail.

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- Au fait Hiccup, avec Jack du coup...

- Mh ?

- Ben t'en es où ? Enfin vous en êtes où tous les deux ?

Astrid regarde Hiccup timidement alors qu'ils sont tous les deux en train de déplacer un panneau de bois. Les flèches indicatives sont déjà insérées dans les panneaux et il suffit de savoir desquels il s'agit pour les installer à des endroits stratégiques. Elles ne s'activeront et apparaîtront uniquement à la demande du directeur Salten. Sleepy dirige les opérations de loin. Efficacement et en silence, Guy et Tuffnut installent aussi les planches.

- Je... Je sais pas. On n'est pas amis en tout cas. Mais... Enfin je crois que je l'ai un peu oublié cet après-midi.

Le regard du jeune homme perd celui de son amie alors qu'ils relèvent la planche et la stabilisent. La blonde n'ose pas poser une autre question avant qu'ils aillent récupérer une autre planche dans la camionnette de Sleepy. La voiture est en fait celle du restaurant de Blanche donc elle appartient à tout le monde et sent la nourriture.

- Mais tu as envie de redevenir ami avec lui non ?

Ce n'est pas vraiment une question et Hiccup l'entend bien.

- Je sais pas je... Okay, je sais pas grand chose en ce moment. Mais. Oui. Je crois que oui. Mais ça me rend... triste ?

- Oh tous les deux ça bosse ou ça jacasse ?

Le rappel à l'ordre joueur de Guy les stoppe dans leur conversation pour un temps. Il porte une planche sans panneau indicateur à l'intérieur et elle est tellement légère qu'il peut faire ça seul et la soulever au-dessus de sa tête. Tuffnut n'est pas loin derrière lui et porte une planche de la même manière. Il fronce les sourcils et bouscule l'inventeur un peu pour le faire avancer avant de lever les yeux au ciel.

Efficacement, ils continuent d'installer le labyrinthe dans la cour de l'école, du portail jusqu'au préau et ne laissant qu'un grand espace libre autour de celui-ci. En cas d'accident ou de problème grave, un accès pour les pompiers a été préservé et il est accessible facilement par le bureau de Mr Stalen. Tout a été pensé et réfléchi.

Un peu à l'écart des allers et retours constants de ceux qui mettent en place les panneaux de bois, Audrey la brune et Jim tapissent le sol de la cour. Ils ont commencé là où les panneaux sont déjà en place et ils devront programmer les tapis après leur installation. Une fois programmés, ils s'illumineront pour guider les élèves. Une animation en pattes d'animaux à été créée pour l'occasion, pour que la direction soit claire. Ils ne parlent pas et préfèrent travailler tous les deux en silence mais les autres parlent et à peine arrivé, Jim a eu droit à un résumé par Eugène des évènements de l'après-midi. Alors au bout d'une heure d'installation mécanique de tapis, il finit par oser demander :

- Et sinon, toi et Merida vous…

Les mains d'Audrey se figent immédiatement sur le tapis qu'elle tient et elle ne relève pas a tête. Son éternelle casquette de mécanicienne cache ses yeux.

- Qui t'as dit ?

- Eugène.

- Le chacal.

Jim rit un peu. Il ne regrette pas une seule seconde d'avoir dénoncé la commère. Eugène aime raconter des histoires, qu'elles soient fictives ou réelles et Jim se doute qu'il a dû forcer le trait quand il a décrit le retour de Merida et Audrey en affirmant qu'il s'était passé quelque chose.

- Tu crois que je lui plais ?

La question prend Jim au dépourvu puisqu'il ricanait intérieurement des envolées poétiques de l'écrivain en herbe. Il se doit de faire demi-tour dans sa pensée pour essayer de revoir les moments que Merida et Audrey ont passé ensemble.

Il y en a peu, les deux filles ne sont pas dans les mêmes clubs à l'école active. Mais elles sont dans la même classe depuis l'arrivée de Merida en milieu d'année dernière.

- Pourquoi tu ne lui plairais pas ? T'as l'air d'être son type non ?

Alors qu'il se fait fusiller du regard, Jim fait semblant de ne rien voir et préfère se concentrer sur la pose du prochain morceau de tapis. Il est de notoriété publique que Merida est lesbienne, ou en tout cas Pitch s'est assuré pour que la rumeur se répande correctement en tant que vérité. Étonnamment, Audrey ne lui donne pas un coup. Elle détourne le regard et Jim croit la voir rougir un peu.

- Peut-être.

Elle hésite à lui poser une question qui lui brûle les lèvres, une question qu'il doit se poser aussi dès qu'il craque sur quelqu'un. Mais elle sait qu'il n'aime pas en parler alors elle se contente de continuer de travailler à ses côtés sans un mot, sans aborder le sujet. C'est vrai que parfois, ce n'est pas désagréable d'oublier.

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Dans le groupe Parc, le travail est fait de la même manière, de façon efficace et silencieuse. Ils doivent faire rouler les haies à l'endroit où les poser et de là, Bunny ou Quasimodo les descendent des socles à roulettes pour les poser au sol. Rien que pousser les haies alors qu'elles roulent est fatiguant et malgré leurs forces, Merida et Fanny se retrouvent vite à travailler en économisant leur souffle.

Quasimodo agit en solitaire avant d'aider à descendre les haies, déplaçant les statues qu'il est venu stocker plus tôt dans la journée et qu'il a peaufinées pendant tout l'après-midi. Le Chapelier et Lilian lui ont indiqué les emplacements choisis. Même si le travail est dur physiquement, la bonne humeur règne et les lampes frontales créent un éclairage dansant.

À minuit précise, Quasimodo accueille avec Clawhauser, Grumpy, Bog et Iridessa. Ils sont tous dans la voiture de la jeune femme qui est parfaitement réveillée malgré l'heure. Presque toutes les haies sont en place à cette heure et les derniers arrivants sont là pour installer les villages de fées. Il a été prévu d'en mettre uniquement dans le parc à deux endroits différents : un près du stand de thé du Chapelier, un autre dans un lieu de passage de part et d'autre de l'allée principale. Quelques maisons solitaires ou habitations suspendues seront éparpillées dans tout le parc à la demande de Grumpy.

Eilonwy qui a aidé à créer les personnages et leurs habitats miniatures n'est pas là ce soir (elle n'a pas pu sortir en pleine nuit) mais les gobelins, lutins et autres créatures qu'elle a modelés sont soigneusement déposés où elle le souhaitait.

Après encore une heure de travail, le labyrinthe est terminé et Bunny, Merida et Féline se reposent un peu, fascinés par la minutie qui a été nécessaire pour créer de tels décors. Quasimodo a créé les arbres, les pierres et les autres « gros » morceaux, comme les charrettes des lutins, les maisons ou les champignons géants. Grumpy est spécialisé dans les fées, délicates et taquines, à suspendre ou à poser avec précaution. Il ne laisse personne y toucher. Bog s'occupe de la partie naturelle des décors, avec de la vraie mousse, des feuilles, des glands ou des noisettes, il crée un environnement qui se fond dans la nature.

Eilonwy, bien qu'elle soit jeune, regorge d'idées et crée des créatures qui semblent obéir à des règles bien précises. Un peuple aux membres blancs et longs chevauche de faux écureuils, un autre est constitué de personnages tassés sur eux-mêmes à l'air affable qui conduisent des charrettes tirées par des oies ou des perdrix. Il y en a habillés d'herbe qui dévoilent des corps aux couleurs inhabituelles et dont la spécialité semble être la musique, d'autres ont des allures de chats anthropomorphes, dormant à l'ombre ou paressant. Une scène autour d'une souche creusée en montre un allongé sur une branche dans une position très panthère, le regard fixé sur l'homme-rat qui écrit à l'intérieur de la souche. Parmi tous ces elfes et lutins, elle a dispersé des personnes à la peau noire ou brune, gros ou sur fauteuil roulant. Ils sont partout et divers, représentation réaliste du monde humain et loin des peuples classiques des œuvres fantastiques.

Le Chapelier continue de mettre en place son stand, une longue table qu'il couvre de théières et de tasses. Quand il a terminé, il étend un drap rapiécé par-dessus la table et il vient les prévenir qu'il s'en va. Les autres le regardent partir, à pied dans la nuit. L'installation des villages n'a pas pris tant de temps que cela : Iridessa est là pour diriger les opérations et son avis fait lieu d'autorité quand à savoir si les éléments sont bien placés ou s'ils méritent d'être ajustés. À deux heures et demie, fatigués et rompus, ils ont donné la touche finale au labyrinthe : des plans de parchemins à des endroits stratégiques, dans des grandes boites pour que ceux qui ne veulent pas d'indications gardent le plaisir du labyrinthe, et des stands d'information empruntés au village médiéval pour les deux entrées.

Iridessa reconduit Grumpy, Bog et Quasimodo chez eux. A part le jeune bossu, aucun ne le montre mais ils sont heureux de faire partie du projet. Le sourire éclatant d'Iridessa est témoin de la fierté des créateurs.

Après avoir fermé les portes du parc définitivement, Clawhauser salue aussi les jeunes qui restent dormir et le petit groupe se dirige vers l'école active. Ils n'ont pas beaucoup à marcher et la joie d'avoir vu de belles choses les maintient éveillés.

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Le groupe Pôle a été le plus efficace. Raiponce, Eugène, Pascal et Max ont installé les lits dans la salle d'art pendant que Jack, Tooth et Jamie attendaient les autres. Quand le groupe Parc arrive, ils sont accueillis par un Jack trop fatigué et donc légèrement extatique. Il a l'habitude de rester éveillé la nuit mais rarement avec des témoins pour se rendre compte à quel point il pète les plombs après une certaine heure.

Il est en train de faire l'imbécile pour faire rire Jamie quand Lilian, Féline, Bunny et Merida les rejoignent. Surpris par leur arrivée, le faux albinos tombe de son perchoir, un petit rocher du parc de l'école active qui marque l'entrée du labyrinthe, et se brûle avec son mégot de cigarette.

Dans la nuit silencieuse, les rires des jeunes résonnent alors qu'ils se dirigent tous vers la salle d'art. Raiponce les accueille avec un grand sourire et tout le monde s'installe pour la nuit, attendant que le groupe de Hiccup revienne vers eux.

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Le trajet du groupe Ecole se fait dans le silence fatigué. Seul Sleepy, qui conduit la camionnette dans laquelle tout le monde s'est entassé, chantonne au rythme de ce que déverse la radio en tapotant sur le volant. Assis à côté de lui, Jim tente de garder les yeux ouverts mais sa tête rebondit contre la fenêtre. Avec la fatigue vient un léger inconfort et il doit se retenir de tirer sur la peau au-dessus de ses côtes. À l'arrière, dans l'illégalité la plus totale, sont éparpillés au sol Hiccup, Astrid, Audrey, Tuffnut et Guy. Hiccup est allongé contre Tuffnut, Audrey est pelotonnée contre lui, Astrid et Guy sont en face et les regardent d'un air soit attendri soit amusé.

Hiccup laisse courir ses doigts dans les cheveux blonds de Tuffnut, son autre main au creux du dos d'Audrey. Ils somnolent et c'est quand les portes claquent avec violence qu'ils ouvrent à nouveau les yeux. Hiccup se relève pour se trouver face à Sleepy qui sourit, Jim et Jack. Dans un brouillard ensommeillé, il lui semble voir le sourire de Jack trembler. Mais très vite, il entend une blague qui le détourne de ses illusions : il aimerait presque que Jack soit jaloux, qu'il réagisse, mais ce n'est pas le cas.

Les jeunes s'extirpent de la camionnette et Sleepy les salue avant de rentrer jusque chez lui, au restaurant de Blanche.

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Dans la salle d'art remplie de matelas, tout le monde est déjà installé. Des groupes se sont formés et au lieu de dormir en rang, il s'agit plutôt d'une organisation en fleur. Dans la plus proche de la baie vitrée, Raiponce est entre Eugène et Pascal. Maximus s'est installé non loin du copain de la jeune femme pour le tenir à l'œil. Leur fleur à quatre pétales est déjà somnolante.

Tatiana, Jamie, Bunny et Merida sont au centre de la salle, fleur à cinq pétales. Ils sont encore en pleine conversation et quand Jack réapparaît, ils se tournent vers lui dans un seul mouvement. Ils l'attendaient.

Il reste de la place de l'autre côté de la salle et le groupe qui arrive se répartit sur les derniers matelas. Wiggins et Féline s'installent côte à côte et discutent un peu, enfouis sous leurs couvertures. Hiccup, Tuff et Audrey sont les premiers à s'allonger dans ce qui deviendra la dernière des fleurs de matelas. Astrid, Guy et Jim se rajoute à leur étrange tas. Leur fleur est bancale, Audrey tend à rejoindre celle de Merida. Au milieu des dernières conversations, Hiccup intercepte le regard de Jack qui ne le lâche pas. Les yeux bleus glissent sur le bras de Tuffnut posé sur la taille du jeune metteur en scène.

Mais ce doit encore être une illusion.

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Dimanche 24 septembre 2023

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Le lendemain matin, Raiponce leur offre un petit-déjeuner éclair avant qu'ils se dirigent tous vers le parc pour ouvrir officiellement le labyrinthe. Celui de l'école active ne sera que très peu utilisé aujourd'hui, et de toute façon il ne demande pas à être surveillé. Si quelqu'un a vraiment un problème, il lui suffira de contacter Raiponce ou Hiccup à qui ont été confiés les téléphones des célébrateurs dont les numéros sont largement répandus sur les nouveaux faux murs.

Quelques uns s'en vont, abandonnant l'aventure labyrinthe maintenant. Jim, Guy, Audrey, Bunny, Merida, Jack, Tatiana, Jamie, Pascal et Maximus rentrent chez eux pour finir leur nuit.

Wiggins, Fanny et Raiponce se dispersent dans le labyrinthe avec des cartes et des plans pour aider les visiteurs de l'intérieur. Ils croisent le Chapelier qui est déjà à son stand, en attente des premiers clients et visiteurs. Eugène disparaît rapidement au milieu du village miniature, au bord du sentier, prêt à raconter ses histoires.

Enfin, à l'entrée du labyrinthe, Hiccup, Tuffnut et Astrid tiennent un petit stand et se relaient pour orienter les passants, leur distribuer des plans et donner les adresses des artistes qui ont travaillé sur l'œuvre qui se déploie dans le parc.

Les familles surtout se succèdent. Il y en a même qui viennent de la grande ville voisine. Elles profitent de ce jour sans école pour découvrir ensemble le labyrinthe. Ce n'est qu'une question de temps avant que Tatiana réapparaisse, accompagnant sa sœur et Emma-Katherine. Le père de Tatiana, Florent Hummingbird, les suit de son pas traînant en regardant autour de lui. Il accepte avec un sourire le plan que lui tend Hiccup. Toothiana lance un sale regard à Astrid mais en présence du paternel, l'échange reste silencieux.

Florent ne remarque rien de toute façon. Et il est bien trop content de son petit jour de congé avec ses filles pour se soucier de quoi que ce soit. Il a les impôts à payer, un boulot prenant, la cuisine à penser, la vaisselle à gérer, son agenda à organiser et un rendez-vous chez le médecin à prendre pour sa fille. Il ne peut pas en plus s'assurer qu'elle va bien. Elle lui dit qu'elle va bien alors c'est que ça va. Ses sautes d'humeur ne doivent être que purement adolescentes.

Hiccup lui aussi est comme absent ce matin-là. Astrid cesse vite ses tentatives pour le sortir de son mutisme et le laisse avancer en pilote automatique. Il tourne les pages de son livre avec un air absent, murmurant les phrases en bougeant silencieusement les lèvres, et reste tout contre Tuffnut. Mais le remède Lorenzo ne fonctionne plus pour oublier Jack.

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Raiponce a passé la matinée à distribuer ses plans à des parents perdus, à ramener des enfants égarés à l'entrée et à répéter cent fois les noms des créateurs du village miniature et des fées. Pour midi, elle retourne près d'Eugène et s'assoit contre la haie pour l'écouter parler.

Il a mis son costume de Flynn Rider, un vêtement médiéval au départ assez simple maintenant agrémenté d'une ceinture avec sacoches et de belles bottes de cuir, et raconte ses aventures à la première personne. Il est fascinant de le voir mimer des combats d'épée, passer d'une histoire à l'autre selon le public qui s'installe devant lui. Quand il croise le regard de Raiponce, il finit rapidement l'histoire en cours et enchaîne sur celle de la princesse qui est descendue elle-même de sa tour.

Flynn Rider n'est pas seulement un héros, il est aussi un conteur et à force de développer son personnage, Eugène lui a créé tout un monde dans lequel évoluer, peuplé d'histoires qui ne le concernent pas toujours. Raiponce lui a conseillé d'écrire, de poser tout ça sur le papier et de l'envoyer à un éditeur. Mais Eugène aime raconter. Ce n'est jamais deux fois la même chose quand c'est lui qui conte et il ne veut pas poser de mots définitifs sur ce qu'il dit.

Son personnage lui ressemble, mais en plus assuré, en plus à l'aise près des gens. À un moment, il avait voulu lui ressembler. Mais maintenant que Raiponce est arrivée dans sa vie, il préfère être lui-même et garder le jeu de rôle pour des occasions spéciales. Quand son public se disperse, en attente d'un nouveau rassemblement, il se rapproche de sa petite amie qui grignote un sandwich.

Il se penche pour en arracher un bout rapidement et elle le laisse faire, habituée.

- Comment ça se passe pour l'instant ?

- Bien. Très bien en fait. Ils sont... ils sont contents. Et moi aussi. Et toi ?

- Moi aussi.

Elle lui sourit doucement et pose la tête sur son épaule. Elle est un peu fatiguée en fait et il le sent bien. Le sandwich échoue sur ses genoux et il finit par le manger en entier alors que Raiponce somnole contre lui.

- C'est Flynn Rider !

Raiponce sursaute un peu et tente de revenir dans le monde réel.

- C'est vrai qu'il nous avait dit préférer les brunes, ricane l'enfant qui l'a réveillée.

La brune en question rougit et se tourne vers Eugène qui se contente de lever les mains en signe de paix, comme s'il était innocent. Raiponce jette un regard agacé à Antonio. Le gamin se contente de la fixer sans gêne apparente et elle détourne les yeux en premier, énervée. Elle ne peut pas encadrer ce gosse. Près de lui, Margo Gru a fait un pas en arrière, par respect. Raiponce finit par se relever, suivie d'Eugène, et ramasse son sac. Elle a autre chose à faire que de supporter un enfant mal élevé.

- Je te vois tout à l'heure ?

- Bien sûr !

Eugène l'embrasse rapidement avant de retourner à son public. Derrière Antonio, Moustique attend patiemment que Flynn Rider le remarque. Il est aussi en habits médiévaux, comme souvent, et porte une réelle admiration à l'imagination d'Eugène, à son personnage élaboré et à ses histoires. Ignorant Antonio, Eugène va directement vers Moustique et ébouriffe ses cheveux.

- Comment ça va, Moustique ?

- Très bien Flynn. Qui est cette jeune femme ?

Raiponce s'est fait arrêtée dans son élan par une maman perdue et tend l'oreille.

- Une princesse échappée de chez elle, je crois.

Satisfaite par le sourire d'Eugène, Raiponce s'éloigne finalement pour continuer son aide dans le parc et laisse Flynn et Moustique discuter. Antonio est parti aussi, vexé de ne pas attirer l'attention en traînant Margo derrière lui.

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- Hey Hiccup...

- Oh, salut Gogo.

- Je peux te parler deux secondes ?

- Ouais bien sûr, j'arrive.

- Tu me dis pas bonjour à moi !?

Hiccup lève les yeux au ciel en glissant un plan du labyrinthe dans son livre pour garder sa page. Tuffnut qui vient de protester bruyamment boude et fait la moue en attendant que Gogo se tourne vers lui. Elle soupire longtemps, lance un regard à Hiccup, et se penche finalement vers Tuffnut. Il se laisse faire en souriant quand elle l'attrape par le menton pour l'embrasser. Astrid, assise à côté du blond, ouvre de grands yeux. Elle ne connaît que très peu Gogo et voir Tuffnut aussi proche d'elle la surprend. Ses joues s'empourprent lorsqu'elle croit l'entendre murmurer... certaines choses au creux de l'oreille de Tuff.

- On se voit plus tard Arthur.

Sans se soucier du choc d'Astrid, Gogo rejoint Hiccup. Tuffnut se contente de s'étirer en soupirant d'aise et remonte ses cheveux en chignon. Astrid finit par lui couler un regard et murmure très bas :

- J'avais presque oublié ton autre prénom.

Pendant ce temps, à quelques pas, Gogo et Hiccup discutent à voix basse contre une haie. Gogo a l'air mal à l'aise et a croisé les bras pour masquer son trouble. Du bout du pied, elle pousse une pierre avant de commencer à parler.

- Harold.

- Ethel.

Les yeux bruns de Gogo jaillissent sous ses cils avec violence à l'entente de son prénom. Elle fusille du regard Hiccup en priant pour que personne ne l'ait entendu. Il vaudrait mieux pour lui. Mais au moins ils sont maintenant sûrs d'être sur un pied d'égalité. Et qu'ils vont bien parler de la même chose.

- Tu vas à la rencontre le mois prochain ?

- On ne peut rien te cacher.

- J'ai mes informateurs. Alors ?

Hiccup prend le temps de sonder les prunelles de son interlocutrice avant de répondre.

- Oui. Mon père ne me laisse pas le choix et j'ai raté celle de la rentrée. Pas deux mois de suite, c'est notre accord.

- Mh.

- Un message à faire passer ?

Gogo marmonne encore un peu et Hiccup patiente. Après deux minutes sans le regarder et à fusiller du regard sans raison Robin, Nick et Rox qui entrent dans le labyrinthe, elle finit par répondre lentement :

- Si mes parents... demandent... dis-leur que je vais bien.

- Je leur dirai. Autre chose ?

- Non.

La réponse est sèche. Pas méchante mais assurée. Hiccup se permet de prendre la main de Gogo et elle se serre très brièvement contre lui, un seul bras autour de ses épaules fines. Ça va très vite et personne n'a le temps de voir le contact. Elle se tourne ensuite vers Honey Lemon et Tadashi qui l'attendaient un peu plus loin.

Hiccup retourne vers Astrid et Tuffnut et ouvre à nouveau son livre. Il se sent un petit peu mieux.

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Jack ne revient vers le labyrinthe qu'après midi. Il passe devant le stand de Hiccup, Astrid et Tuffnut quand ils sont encore en train de se remettre de l'interruption de Gogo et de manger. Du coup, il a l'impression que personne ne le voit. La tête légèrement rentrée dans les épaules, il se glisse entre les haies et apprécie la fraîcheur qui saisit sa nuque d'un coup. Après le soleil d'automne qui lui tape sur le crâne depuis qu'il est sorti de chez lui, sa peau fragile apprécie pour un instant le courant d'air avant de frissonner à cause du changement de température.

- Hey Jack !

Il se retourne à l'appel de son prénom et se retrouve face à Raiponce. Elle tient par la main deux petits garçons l'un habillé tout en bleu et au visage couvert de peinture dans les mêmes tons et l'autre aux cheveux blonds et à l'air perdu. L'air farouche de l'enfant bleu disparaît quand il voit Jack et Stitch se précipite vers lui. Alors qu'il le soulève pour le porter un peu, Jack détaille le deuxième enfant qui l'observe avec curiosité. Un instinct au fond de lui le pousse à sourire. Comme s'il le connaissait et avait l'habitude de s'occuper de lui d'une façon ou d'une autre.

- Tu récupères les enfants perdus Raiponce ?

- Stitch a juste décidé de me suivre. Mais Zip est bien perdu...

- Bonjour Jack, murmure Zip finalement alors qu'il n'osait pas parler avant.

Jack se contente de hocher la tête positivement. Il n'arrive pas à se souvenir et il sent bien que... Zip attends quelque chose de lui. Alors il remonte Stitch sur sa hanche et l'enfant dessine un croissant de lune bleue sur sa joue. Raiponce le détourne de son jeu et Jack l'écoute en écartant tendrement Stitch de ses cheveux.

- J'ai croisé Kat avec Tooth et Baby T. Elles ont eu une bonne idée de prendre des ballons pour que tu les retrouves. Tu devrais vite les voir.

Jack approuve en silence. En effet, il suit les ballons depuis son entrée dans le labyrinthe. Puis il se rappelle de tout ce qu'a fait Raiponce pour lui et estime qu'elle mérite un peu mieux que le silence.

- Merci beaucoup ! Je vais les rejoindre et du coup on se voit plus tard ? Tiens je te rends Stitch. A plus bonhomme !

Le regard de Raiponce se concentre sur l'enfant qui salue Jack en bougeant doucement la main alors que Stitch revient vers elle en trottinant. Raiponce guide Zip vers la sortie (toujours avec Stitch sur ses talons qui a décidé de la suivre pour la journée apparemment) en parlant doucement et en restant à son rythme pendant que Jack part à grandes enjambées vers les ballons.

Il relève la tête régulièrement pour vérifier qu'il va bien dans la bonne direction. En moins de dix minutes, il a retrouvé les filles. Le père de Tooth et Babette traîne la savate devant les expositions et admire de petites fées piquées dans les haies.

- Jack !

Kat se jette dans ses bras et il l'intercepte de justesse, déséquilibré pendant une poignée de secondes. Tooth se rapproche de son pas aérien et Jack lui sourit. Il est détourné d'elle par Kat :

- Alors, comment c'était de mettre en place le labyrinthe ?

- C'était très sympa, répond Jack en haussant les épaules. On s'est amusé et j'ai rencontré plein de gens. Je n'arrive pas à croire qu'il me reste des gens à rencontrer.

- Wiggins par exemple ?

- Oui, par exemple. C'était très...

Jack ne sait pas comment finir sa phrase et la laisse en suspens en bougeant les mains de façon incertaine. Pendant que Kat et Babette l'inondent de questions pour savoir ce qu'il a pensé de telle ou telle personne, il ne se rend pas compte que Tooth l'observe. Avec ses cheveux blancs et ses yeux bleus. Elle commence à réellement croire qu'il est en train de devenir une nouvelle personne. Peut-être qu'il oubliera vraiment ses amis d'avant ?

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La journée passée au labyrinthe a épuisé Hiccup. Il rentre chez lui fatigué et content de son travail. Il sait parfaitement que certains des oiseaux de nuit de la ville viendront se promener parmi les haies pour admirer les œuvres de façon illégale. Tuffnut sera parmi eux et Hiccup lui fait confiance pour que rien ne soit abîmé. Ils sont peut-être des junkies bourrés mais ils sont respectueux de ce qui est beau.

Seul dans sa chambre, Hiccup écoute la discussion skype de Guy et Jim sans y participer. Il relit encore Lorenzaccio en discutant avec Tuffnut par SMS. Il a bien la confirmation qu'il va sortir ce soir avec les autres oiseaux de nuit de Nethertown. Et c'est tant mieux en fait. Tuffnut a besoin de sortir comme d'autres ont besoin de faire un footing toutes les semaines. Il ira sûrement un peu mieux au niveau du moral après une soirée de beuverie.

Lui, il ne sait plus quoi faire pour aller mieux au niveau du moral. Sortir ne fonctionne pas. Voir Astrid ne fonctionne pas tout à fait. Jack fonctionnait bien. Mais il n'est plus disponible. Hiccup regrette le temps où il pouvait lui envoyer un message et le voir débarquer à n'importe quelle heure en moins de dix minutes.

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Mardi 7 Décembre 2021

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Jack patine comme il respire. Son père le regarde depuis le bord de la patinoire. Il y a peu d'élèves dans son cours mais que son fils en fasse partie suffit à le satisfaire. Seul au milieu de la piste avec Elsa, Jack virevolte, tourne et saute. Sa cousine le suit de près, imite ses figures au centimètre et le dépasse finalement pour prendre la tête de leur cortège. C'est maintenant Jack qui suit Elsa. Celle-ci passe près de Linguini qui s'est arrêté pour les regarder. Jack, lui, ne se contente pas de passer et attrape l'apprenti cuistot pour le tirer à nouveau sur la glace.

Ils titubent parce qu'ils n'ont pas l'habitude de patiner ensemble mais rigolent beaucoup alors que Jack imite les figures d'Elsa et se laisse guider par Linguini. Ils trébuchent au bout de dix minutes et Elsa les évite en un saut gracieux qui la laisse dériver près des autres élèves. Tiana et Charlotte font une pause sur le bord parce que Tiana a un peu de mal à tenir le rythme. Alistair, le père de Jack, ne pousse pas ses élèves au-delà de leurs limites. Walden par exemple a mis plusieurs années à arrêter de tanguer sur ses patins.

- Allez, tout le monde, ne laissez pas la piste à ces deux idiots je sais que vous êtes capable de mieux !

Alors que Jack se retourne, outré d'avoir été traité d'idiot par son père, Thumper se lance sur la glace et lui passe sous le nez. Il patine à l'envers et le regarde moqueusement pendant très exactement deux secondes avant de se retourner et d'enchaîner les figures. Poussés par l'élan de Thumper, les autres envahissent la patinoire et Jack se désolidarise de Linguini pour concourir directement avec les meilleurs.

Alistair le regarde dépasser tout le monde. Il est plus doué que Thumper, il est plus doué qu'Elsa et Charlotte. Sa seule réelle concurrente est Kat, sa petite sœur. Et tout ce qui lui manque c'est les années que Jack à en avance. Alistair est détourné du spectacle de ses élèves sur la glace par une sonnerie derrière lui.

Sur le sac de son fils repose son téléphone. Quelqu'un essaye de le joindre. L'image de contact montre une personne androgyne perdue dans la veste bleue de Jack et à moitié cachée par une frange brune. Sans réfléchir, Alistair prend le téléphone et hurle par-dessus les rires. C'est la fin du cours alors il les laisse faire ce qu'il veut mais là, ça semble être une urgence.

- Jack ! Ton téléphone sonne !

Les rires diminuent deux secondes et Jack se tourne vers son père. Tout se passe au ralenti, avec la diminution du bruit Jack entend sa sonnerie d'un coup. Ce n'est pas la sonnerie habituelle, c'est celle de Hiccup. Il trébuche presque sur les autres élèves en se précipitant pour répondre.

- Oui Hiccup, qu'est-ce qui t'arrive ?

Rapidement, Jack va jusqu'à la porte et se débarrasse de ses patins. Au bout du fil Hiccup ne parle pas encore et tente de respirer plus calmement mais il panique et Jack l'entend même de si loin.

- Hey, Hiccup, je suis pas loin, j'arrive dans vraiment pas longtemps okay ? Hiccup...

- D'acc-cord. Je t'a-a-ttends.

La voix tremblante de son ami fait peur à Jack et il s'acharne sur ses chaussures plus violemment qu'il ne le faudrait.

- Merde, merde, merde...

Ses écouteurs emmêlés l'énervent.

- Tout va bien Jack ?

- Ouais Papa, ça va c'est bon. Je m'en vais plus tôt aujourd'hui. Je te laisse mon sac hein, merci. À tout à l'heure.

Alistair ne fait pas de commentaires alors que Jack enfonce ses écouteurs dans ses oreilles et s'en va en parlant d'un ton calme et mesuré, en désaccord avec le tremblement de ses mains. Son fils a disparu en moins de deux minutes. Il entend sa moto qui démarre au-dehors. Il va trop vite.

.

Hiccup ne va pas bien. Il ne sait pas pourquoi. Il ne sait pas comment. Ses barrières sont tombées. C'est arrivé d'un coup. Il n'a même pas réfléchi avant d'appeler Jack. À peine dix minutes plus tard, le bruit de moteur au bout du fil s'estompe.

- Je suis là Hiccup, à tout de suite.

Jack raccroche et Hiccup entend la sonnette de la porte d'entrée. Il va ouvrir et tombe dans les bras de Jack avant même d'avoir eu le temps de fermer. Jack l'enveloppe et le tient serré contre lui.

- Et bien alors ?

Jack est là. Hiccup soupire contre lui. Il pleure toujours mais peut-être que ça ira mieux. Tant que Jack est là.


J'espère que ce chapitre vous a plu et qu'il n'était pas trop confus, si j'y arrive je posterai à nouveau la semaine prochaine, n'hésitez pas à me laisser une review :D