Près de 18 mois après ma première publication ici, me revoici avec un nouvel OS. Pas de dramione cette fois-ci. Au gré de mes lectures (la situation très particulière que nous vivons en ce moment me donne enfin le temps de lire à nouveau), j'ai découvert d'autres pairing qui me semblent tout aussi intéressants, originaux... et qui ont remis mon imagination en état de marche ! J'ai d'ailleurs 2 autres idées de fictions longues, que j'ai d'ores et déjà commencé à coucher sur papier. Si vous êtes intéressé.e... Signalez-vous ! ;-)
Bonne lecture et n'hésitez pas à me faire part de vos remarques, je serai ravie de m'améliorer !
M
NB. Chacun a une façon différente de gérer son deuil. Ma façon de le présenter dans cet OS est tout à fait personnelle et n'engage que moi.
Disclaimer : Seule l'histoire m'appartient. Le reste est le fruit de l'imagination fructueuse de notre héroïne à tous, JKR.
2 mai 1998
Le silence. C'est ce qui la marquerait le plus, elle en était persuadée. Il y a avait eu les cris, les rires démoniaques, les hurlements de douleur. Il y avait eu les jets de lumière, rouge, verts. Il y avait eu le sang, la douleur. Il y avait eu la peur, cette peur lancinante qui vous traverse les os, qui vous ronge l'âme. Il y avait eu la colère, la rage, la haine parfois. Il y avait eu les morts qu'on enjambe, le regard qu'on détourne, la peine qui brise les entrailles et les larmes brûlantes qui dévalent les joues. Et, après tout ça, il y avait eu le silence. Rien d'autre que le silence. Elle avait rejoint sa famille de cœur dans la Grande Salle. Harry était venu à sa rencontre et l'avait serrée fort, très fort, jusqu'à l'étouffer.
« C'est fini. »
Elle lui fit un sourire triste, qui se fana quand elle aperçut les joues rougies de Ginny. Fred. Elle étouffa vainement un hoquet de douleur. George leva la tête et leurs yeux se rencontrèrent. Et ce qu'elle lut dans son regard lui disloqua le cœur. Elle aurait pu y trouver la peine, la douleur, la rage. Mais il n'y avait rien. Rien d'autre que du vide. Un vide aussi terrifiant que le silence qui les entourait. Juste du vide.
11 juin 1998
« George, c'est Hermione. Molly a préparé des cookies. Je peux entrer ? »
Pas de réponse. Il n'y avait jamais de réponse. Depuis plus d'un mois, ils se relayaient au Terrier. Elle dormait la plupart du temps au Square Grimmaurd avec Harry, Ginny et Ron les y rejoignaient souvent. Le jour, ils s'occupaient à remettre la vieille demeure en état. C'est fou ce que la poussière pouvait aider quand il s'agissait d'arrêter de penser. Charlie et Percy occupaient un appartement vacant sur le Chemin de Traverse, le temps de trouver mieux. Et puis, ils ne se sentaient pas capables de rester seuls avec leurs cauchemars et leurs fantômes. A deux, les soirées paraissaient moins longues. Arthur était retourné travailler au Ministère. Rien n'avait vraiment changé au Service des détournements de l'artisanat moldu. Ses collègues étaient même d'humeur joyeuse, la plupart du temps. La guerre était enfin terminée ! Mais Arthur n'avait pas vraiment le cœur à la fête. Molly quant à elle s'activait nuit et jour. Chambres, grenier, grange, cuisine, jardin : aucun recoin n'échappait à sa folie ménagère. Bill et Fleur passaient chaque jour au Terrier avec la petite Victoire. Le bébé apportait toujours un peu de joie dans le salon devenu bien silencieux. Certains soirs, des rires éclataient au coin du feu. Ils étaient un peu enroués, un peu éraillés. Mais la vie reprenait son cours, tout doucement.
Et puis il y avait George. George et son cœur fendu en deux. On ne le voyait presque plus au Terrier. Il descendait parfois boire un verre de jus de citrouille dans la cuisine. Mais il ne s'attardait jamais. Il n'était pas retourné à l'appartement qu'il partageait avec Fred. Mais c'était tout comme. A l'heure du repas, sa chaise restait désespérément vide, tout comme celle de son jumeau. Alors ils se relayaient pour lui apporter de quoi manger, lui proposer une partie d'échecs sorciers, une promenade, ou simplement un peu de compagnie. Mais George ne répondait jamais.
Ce soir n'échappa pas à la règle. Hermione soupira.
« Je les dépose devant ta porte. Ne tarde pas à les manger, ils sont encore chauds. Enfin, tu fais comme tu veux… »
Elle se sentit idiote à parler de cookies devant une porte close.
« George, je sais que je suis sans doute la dernière personne à laquelle tu aimerais parler mais… enfin… Si tu as besoin de moi je suis là. Je serai toujours là. D'accord ? »
Le silence. Encore et toujours cet horrible silence. Elle tourna les talons et rejoignit le salon d'un pas lourd. Molly lui lança un regard plein d'espoir mais son maigre sourire se fâna quand Hermione secoua la tête. Non. La fin du silence ne serait pas pour ce soir.
3 juillet 1998
Deux mois. Ca faisait deux longs mois qu'elle n'avait pas entendu le son de sa voix. Alors, quand il s'adressa à elle cette nuit-là, Hermione en fit tomber son livre.
« Salut Hermione. »
« George ! Aïe, foutu bouquin ! Pardon, je ne t'avais pas entendu arriver. Tu ne dors pas ? Bien sûr que tu ne dors pas, sinon tu ne serais pas là, quelle idiote. Je n'arrivais pas à trouver le sommeil, la chambre de Charlie est un peu fraîche alors, euh… et bien je suis venue lire ici comme tu le vois. Je… Je ne voudrais pas te déranger, je vais remonter » dit-elle en se levant précipitamment du canapé.
Elle prit la direction de l'escalier sans oser croiser son regard. Elle n'avait aucune envie d'y voir encore ce vide absolument horrifiant.
« Non, reste. »
Elle fit volte-face, stupéfaite. A vrai dire, il avait parlé si doucement qu'elle se demandait si elle n'avait pas rêvé.
« S'il te plait Hermione, reste. Je ne veux pas rester tout seul. »
19 juillet 1998
Hermione étouffa un baillement et resserra la petite couverture sur ses épaules. La chaleur était écrasante en ce mois de juillet, pourtant elle avait toujours froid. A côté d'elle, George fixait les flammes qui crépitaient dans la cheminée. Leurs retrouvailles nocturnes étaient presque devenues un rituel. La plupart du temps, ils ne partageaient rien d'autre que le silence de la nuit. Un silence reposant, rassurant, bien loin de celui qui avait bourdonné dans ses oreilles le soir de la bataille finale.
Parfois, elle lui proposait un thé ou un chocolat. Souvent, il acceptait. Sa voix était toujours un peu sourde, un peu cassée. Mais il parlait de nouveau et cela emplissait le cœur d'Hermione d'une joie indescriptible. Ils parlaient peu. La jeune femme sentait qu'il n'y avait rien à dire. Le silence et la présence rassurante de l'autre suffisaient amplement.
26 juillet 1998
« Hermione ? Hermione ! »
La jeune femme se réveilla en sursaut, désorientée. Ginny passait la tête dans l'embrasure de la porte.
« Ça va ? Je t'ai entendue hurler alors je suis venue voir si tu allais bien. Tu as encore fait un cauchemar. »
Hermione prit le temps de reprendre son souffle.
« Tout va bien Ginny, merci. Je… Je crois que je vais aller me servir un verre d'eau et prendre un peu l'air. Ne t'inquiètes pas pour moi, ça va aller. »
La rouquine fronça les sourcils, pas dupe, mais n'insista pas.
« Je ne suis pas loin si tu as besoin, d'accord ? »
« Je sais. Merci Ginny. »
Hermione descendit dans la cuisine du Square Grimmaurd. Elle entendait Kreattur s'affairer au loin. Son cœur peinait à reprendre un rythme normal. Elle soupira. Elle ne se rendormirait pas, c'était certain. Elle transplana au Terrier. George était là. Il tourna la tête vers elle et eut un faible sourire.
« Salut » souffla-t-elle. « Je n'arrivais pas à dormir alors j'ai pensé que peut-être… »
« Hermione. Je suis content de te voir. »
Elle lui offrit un sourire lumineux et alla s'assoir près de lui sur le vieux canapé de cuir. Son cœur battait à nouveau normalement.
17 août 1998
Quand Hermione passa la porte du Terrier ce jour-là, presque tout le monde était là.
« Excusez-moi Molly, j'ai été retenue au Ministère et »
« Ne dis pas de bêtises Hermione chérie » la sermonna la mère de famille. « Tu es la bienvenue ici à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit tu le sais bien. Viens donc t'installer avec nous, Ron a ramené des tas de cochonneries ! »
Hermione plissa le front et suivit la matriarche au salon. Effectivement, la minuscule table basse était jonchée de sucreries en tous genres.
« Je suis passé à la boutique » expliqua Ron devant son air interrogateur. « Elle est restée fermée depuis que… Et bien depuis… Enfin tu sais. Je devais simplement y récupérer quelques papiers normalement, mais je n'ai pas eu le cœur de laisser perdre toutes ces merveilles. Je me suis dit qu'il valait mieux les amener ici, plutôt que de les laisser moisir sur les étagères. Alors voilà ! »
« Ronald Weasley, ta gourmandise te perdra ! » soupira la brune en souriant malgré tout. « Qu'est-ce que c'est que ça ? » demanda-t-elle en attrapant un bonbon au hasard. La couleur violet criard de la sucrerie ne lui disait rien qui vaille.
« Aucune idée, mais il semble que rien ne soit trop dangereux ! »
« Parle pour toi » gémit Ginny. « Vous avez changé de couleur ! »
« Rassure-toi Ginny, je crois que les pastilles Lavieenrose ne durent qu'une dizaine de minutes » fit Charlie. « Hermione, si tu n'essaies pas, tu ne sauras jamais quel est l'effet de ce bonbon ! »
Hermione pesa rapidement le pour et le contre. Après tout, que pouvait-il bien arriver ? Elle avait survécu à une guerre, ce n'était pas un misérable petit bonbon qui allait lui faire peur ! Sans réfléchir davantage, elle engloutit la friandise et attendit. Rien. Pas de goût particulier, pas de problèmes de vue, pas de geste incontrôlé…
« Hermione ! Tu as… Tu as des… »
L'intéressée baissa le regard vers ses mains. Des plumes. Elle était en train de se couvrir de plumes jaunes. Elle allait hurler quand un rire tonitruant se fit entendre derrière elle. George se tenait assis dans l'escalier et riait à gorge déployée. Il riait, il riait à pleins poumons. Dans le salon, tout le monde était stupéfait. George rit durant de longues minutes. Il avait l'air d'un démon à se tenir les côtes en se balançant d'avant en arrière dans l'escalier. C'en était presque effrayant. Quand enfin il s'arrêta, il dut essuyer les larmes qui perlaient autour de ses yeux.
Dans le salon, Hermione soutint son regard. Elle essaya de paraître furieuse mais un sourire émergeait au milieu des plumes jaunes.
« Tu n'es qu'un idiot, Weasley. »
George croisa son regard rieur et reprit doucement son souffle.
« Et toi, tu es une fichue sorcière, Granger » répondit-il en lui adressant un sourire éclatant.
18 septembre 1998
Hermione réprima un frisson. La fin de l'été approchait et les nuits se faisaient plus fraîches. Elle se flagella intérieurement. Quelle idée aussi, de sortir sans veste ! Mais elle ne voulait pas retourner à l'intérieur. A l'intérieur, il n'y avait que le silence. Ce silence pesant qu'elle détestait, qui déterrait toutes ses angoisses. Le silence et le tic-tac effroyable de l'horloge du salon Weasley. Celle qui avait une aiguille manquante. Elle ne pouvait pas, elle ne voulait pas rester seule dans ce salon. C'était étrange, elle y parvenait parfaitement bien il y a quelques semaines. Mais depuis qu'elle et George avaient pris l'habitude de s'y retrouver, presque chaque nuit, elle ne pouvait concevoir d'y rester seule. Cette maison si chaleureuse le jour l'effrayait la nuit. Ce soir, George n'était pas là quand elle était arrivée du Square Grimmaurd. Elle l'avait attendu un moment. Il devait dormir. C'était une bonne nouvelle s'était-elle dit. Mais au fond d'elle, tout au fond, ce constat lui avait fait un petit pincement au cœur. Alors elle était sortie dans le jardin et s'était installée sur la balancelle pour observer les étoiles. Et voilà qu'elle frissonnait bêtement. Elle ferait mieux de rentrer au Square. Oui, c'était la meilleure chose à faire.
« Aaaaaaaaahhhh ! »
« Salut Hermione ! »
« George Weasley ! Non mais tu veux que je meure d'une crise cardiaque ou quoi ?! »
L'intéressé ajusta la couverture qu'il venait de déposer sur les épaules de la brune avant de s'installer à ses côtés.
« J'ai pensé que tu devais avoir froid. Quelle idée as-tu eu de sortir sans te couvrir ? »
La jeune femme resta silencieuse et le fusilla du regard, tentant de retrouver son calme.
« Eh quoi ?! Je t'apporte une couverture, je me soucie de ton bien-être et tout ce que je récolte, ce sont ces jolis yeux qui me tueraient sur place s'ils le pouvaient ? C'est injuste. »
« Tu n'es qu'un idiot, Weasley » grogna Hermione sans le quitter des yeux.
Son sourire s'élargit.
« Et toi, tu es une fichue sorcière, Granger ! »
Il n'ajouta rien et se cala plus confortablement sur la balancelle pour observer le ciel. Hermione finit par retrouver un rythme cardiaque correct et leva les yeux au ciel. Elle avait eu peur, mais au fond, tout au fond, savoir que George était à ses côtés, souriant enfin, lui réchauffait le cœur.
19 septembre 1998
Elle fut réveillée par un rayon de soleil qui lui chatouilla le nez. Elle ouvrit doucement un œil, puis deux et…
« George ! Mais qu'est-ce que ? Qu'est-ce qu'on ?! Oh… »
Hermione se redressa brutalement sous l'œil rieur du rouquin.
« Tu t'es endormie et je n'ai pas eu le cœur à te réveiller. Ginny m'a dit que tu faisais encore beaucoup de cauchemars » précisa-t-il l'air plus soucieux.
« Mais je… Quelle heure est-il ? »
« Aucune idée, mais probablement très tôt encore, le soleil se lève à peine. Tu ne seras pas en retard au Ministère ne t'inquiètes pas. »
« George… Je suis désolée, tu aurais dû me réveiller ! Tu as dû passer une nuit atroce à cause de moi ! »
« Crois-moi Hermione, ça faisait longtemps que je n'avais pas passé une nuit aussi paisible. Tout va bien, ne t'en fais pas. »
Elle marmonna quelques excuses supplémentaires et rougit légèrement.
« Bon eh bien… Eh bien je suppose que je vais y aller. S'il ne me voit pas, Harry va se faire un sang d'encre. »
« Passe-lui le bonjour de ma part. Oh et Hermione ? »
Il la rejoignit alors qu'elle s'éloignait déjà vivement.
« Oui ? »
« Joyeux anniversaire. »
Et il lui planta un baiser bruyant sur la joue. Le temps qu'Hermione réalise, le jumeau avait disparu.
14 novembre 1998
« Hermione ? Ça ne va pas. »
Ça n'était pas une question. Aussi ne prit-elle pas la peine d'y répondre. Cela faisait une petite heure qu'elle et George étaient installés sur le canapé du salon. Ils ne disaient rien. Mais ce soir, le silence pesait plus lourd que d'habitude. Elle leva les yeux vers le jeune homme. Un pli soucieux lui barrait le front.
« Ce n'est rien George, ne t'inquiètes pas pour moi. »
« Hermione. Qu'est-ce qui ne va pas ? Je t'écoute. »
Elle prit une longue inspiration. Peut-être que se confier l'aiderait à panser sa tristesse, qui sait ?
« C'est pas grand-chose, c'est juste que… C'est l'anniversaire de ma mère aujourd'hui. Oh bien sûr ça n'est pas la première fois que je ne le fête pas avec elle, j'étais à Poudlard les années précédentes ou bien… enfin bref. C'est juste que cette année, alors que la paix est enfin revenue, j'aurais aimé être à ses côtés, lui faire un gâteau aux prunes, c'est son préféré. Enfin c'était son favori avant, mais peut-être a-t-elle une nouvelle préférence désormais ? Et puis je ne sais pas, partager une tasse de thé, parler de cette nouvelle affaire passionnante que je gère au Ministère, et peut-être la regarder elle et mon père danser sur un vieux disque de Sinatra… Et je ne peux pas faire tout ça parce que… parce que… »
« Parce qu'elle ne sait pas que tu existes. »
La phrase était tranchante. En s'entendant, George se flagella pour sa maladresse. Ce qu'il pouvait être idiot parfois !
« Tu dois trouver ça bête hein ? Je veux dire, je suis là à m'apitoyer sur mon sort mais je sais qu'elle va bien et qu'elle est heureuse. Alors que toi, tu as… »
La fin de sa phrase mourut dans sa gorge.
« Ça n'a rien de bête, Hermione. »
« C'est juste que… Elle me manque, tu comprends ? »
« Oui je comprends. Je comprends parfaitement. Allez viens-là. »
Elle n'hésita pas une seule seconde à se réfugier dans les bras ouverts du rouquin. Elle laissa ses larmes couler sur son pull de laine marron, il lui caressa doucement les cheveux. Il n'essaya pas de trouver les mots pour la réconforter. Il n'y en avait pas. Seul le temps aidait à apaiser la douleur, il le savait.
« Hermione, je veux que tu me dises quand ça ne va pas, d'accord ? » fit-il finalement. Elle leva ses yeux rougis pour plonger dans les siens.
« Je suis là. Je serai toujours là. Tu me l'as dit une fois, à travers la porte, tu te souviens ? »
Elle hocha la tête, un peu mal à l'aise.
« Je ne savais pas que tu m'avais entendu. »
« J'ai entendu. Et ça vaut aussi pour toi, d'accord ? Je serai toujours là. Même si je ne suis qu'un idiot de Weasley. Tu vois, j'arrive encore à te faire rire. Tout ira bien ne t'en fais pas. »
« Et moi, je suis une fichue sorcière » rétorqua-t-elle avec un sourire triste.
Ils laissèrent le silence les réchauffer quelques instants.
« Hermione ? C'est quoi un disque ? »
Elle éclata de rire.
31 décembre 1998
Il l'avait entendue arriver derrière lui. Il avait reconnu ses pas, son odeur de vanille. Et, malgré sa peine, cela lui avait réchauffé le cœur, un peu. Depuis quand arrivait-elle à l'apaiser rien qu'en s'approchant de lui ? Il ne savait pas trop. Il n'avait d'ailleurs, pas trop envie de savoir. Ça le mettait un peu mal à l'aise, quand il se penchait sur la question. Mais les faits étaient là. Dès qu'elle entrait dans la pièce où il se trouvait, il allait mieux. Elle était sa bouée de sauvetage.
« George ? Tout va bien ? »
« Tout va bien Hermione. J'avais juste besoin de prendre un peu l'air, tu comprends ? »
« Oh. Je te laisse tranquille alors. »
« Non reste. S'il te plait reste. »
Hermione hocha la tête et s'accouda à la balustrade à ses côtés. De là où ils étaient, ils entendaient vaguement les cris et les rires des membres de leur famille qui se souhaitaient la bonne année. Oh bien sûr, la soirée avait été un peu étrange, la joie était un peu bancale. Mais ils avaient tous implicitement décidé, finalement, de laisser leurs peines en 1998 et de commencer 1999 sur de nouvelles bases. George avait passé une assez bonne soirée, contre toute attente. Il n'était pas revenu au Square Grimmaurd depuis des lustres et cela lui avait fait du bien de quitter le Terrier quelques heures. Ils restèrent silencieux un moment. Le silence qui les entourait était bienveillant, apaisant. Il les enveloppait d'une aura rassurante.
« Je vais rouvrir la boutique. »
« Tu… Quoi ? C'est vrai ?! »
« Oui. Ron m'a proposé son aide il y a quelques temps. J'y ai réfléchi et… Je ne sais faire que ça Hermione. Je ne peux pas rester enfermé au Terrier toute ma vie, je suis un poids pour Papa et Maman. Mais je ne me vois pas faire autre chose. Alors j'ai accepté l'offre de Ron tout à l'heure. Désormais, nous sommes associés. Dès demain, nous irons faire le ménage, un peu de rangement. Nous ouvrirons dès la semaine prochaine. »
« Je… Waouh ! George, c'est une super nouvelle ! »
« Je sens que c'est le bon moment. Et puis, c'est ce qu'il aurait voulu. Tu ne crois pas ? »
« Si. C'est sûrement ce qu'il aurait voulu. Il serait très fier de toi George. »
« Alors c'est décidé. En 1999, je redeviens le George d'avant. Celui qui rit, qui fait des farces, qui invente de nouveaux produits pour rendre la vie infernale aux Préfets de Poudlard ! Attends-toi à être la première cible de mes futures inventions Hermione Granger ! »
Elle rit doucement. Comme c'était bon de le voir si enthousiaste !
« J'ai hâte d'y être. Et George ? Bonne année. »
Il passa doucement sa main sur sa joue. Elle frissonna.
« Bonne année Hermione. »
16 février 1999
« GEORGE SEPTIMUS GIDEON WEASLEY ! REVIENS ICI TOUT DE SUITE ! »
Molly Weasley sourit en voyant Hermione Granger poursuivre son fils dans le jardin. Depuis la réouverture de la boutique, George reprenait du poil de la bête. Ron et lui formaient un binôme plutôt inventif en matière de farces et attrapes, à la surprise de tous à commencer par eux-mêmes. Et bien sûr, Hermione était souvent la cible de leurs créations. Avec son caractère de feu, il fallait bien admettre qu'elle était leur meilleure cliente ! Toutefois, et heureusement, sa colère ne durait jamais bien longtemps.
« Tu n'es qu'un idiot, Weasley ! »
« Et toi, tu es une fichue sorcière Granger ! »
Le sourire de Molly s'agrandit en entendant les rires de ses enfants dans le jardin. Enfin. La vie reprenait son cours. Cette vie était bruyante, tonitruante même. Les silences étaient de plus en plus rares au Terrier. Et tout ce boucan, ça faisait du bien.
21 mars 1999
« Hermione, si tu te voyais ! Tu es magnifique ! Ce troisième œil te va si bien ! »
« George Weasley, je vais te tuer. »
Ledit Weasley éclata de rire. Folle de rage, Hermione le bouscula pour monter l'escalier et rejoindre la salle de bains. Elle claqua la porte aussi fort qu'elle put mais entendit tout de même le rire du rouquin résonner dans la maisonnée. Elle soupira et eut un sourire en coin.
« Tu n'es qu'un idiot, Weasley » souffla-t-elle. « Et moi je suis une fichue sorcière » ajouta-t-elle dans sa tête.
Depuis le début de l'année, George prenait un malin plaisir à tester toutes ses nouvelles inventions sur elle. Elle n'était jamais épargnée. Heureusement, les effets des inventions de George et Ron ne duraient jamais trop longtemps. George. Qu'est-ce qu'il pouvait l'agacer parfois ! Elle se morigéna. Non, il ne l'agaçait pas. Pas du tout même. Ou alors pas longtemps. La vérité, c'est qu'elle n'arrivait pas à lui en vouloir. Il semblait si vivant, si heureux quand il riait perdre haleine. Même si c'était à ses dépens, Hermione voulait bien être le cobaye de milliers d'inventions pour entendre le rire du rouquin encore et encore. Au fond, tout au fond d'elle, il lui manquait. Elle le voyait presque aussi souvent qu'avant pourtant. Elle comme lui continuaient de passer presque quotidiennement au Terrier, malgré leurs plannings respectifs bien chargés. Mais leurs retrouvailles nocturnes avaient cessé. En début d'année, Hermione avait rejoint le canapé du salon. Une fois, deux fois, trois fois. George n'était jamais venu. Elle savait que c'était une bonne nouvelle. Cela voulait dire qu'il mettait en pratique ses bonnes résolutions. Mais leurs silences partagés lui manquaient. Le jour, il se comportait avec elle comme avant… avant tout ça. Il la faisait rire pendant les repas, il lui volait ses livres quand elle espérait bouquiner au calme devant la cheminée, il tentait de glisser discrètement tout un tas de substances plus que douteuses dans ses plats. Mais elle n'était plus qu'une amie parmi d'autres. Elle ne se sentait plus si spéciale. Et ça l'attristait, un peu. Elle se secoua. Qu'elle était sotte ! C'était George Weasley après tout. Que pouvait-elle espérer de plus ? Elle devrait se contenter de ça. Et puis, ils partageaient tout de même quelque chose.
« Tu n'es qu'un idiot, Weasley ! »
« Et toi, tu es une fichue sorcière, Granger. »
Peut-être que c'était elle l'idiote, finalement.
1er avril 1999
« George. George ! Arrête, tu vas tout casser ! »
Hermione avait rejoint le rouquin dans la réserve la boutique dès qu'elle avait pu. Elle ne savait pas exactement ce qui s'était passé. Elle discutait à la boutique avec Ginny et Harry quand soudain, elle avait entendu des éclats de voix, quelques allées plus loin. Elle avait aperçu Ron lever les bras entre George et un client, visiblement terrifié. Les yeux du jumeau lançaient des éclairs. Subitement, il avait fait demi-tour et avait couru se réfugier dans la réserve. Réserve qui allait bientôt n'être plus qu'un lointain souvenir s'il continuait de taper du pied dans chaque caisse et chaque bocal !
« George ! Mais enfin qu'est-ce que tu prends ?! ARRÊTE ! AIE !»
Elle lui avait empoigné le bras et, voulant se dégager, il l'avait repoussée si brutalement qu'elle avait basculé en arrière.
« Hermione ! Pardon, pardon je suis désolé ! Tu ne t'es pas fait mal ? »
Il s'était précipité pour la relever. Elle avait atterri dans ses bras. Ils étaient proches. Peut-être un peu trop proches pensa-t-elle. Elle ne s'éloigna pas pour autant.
« Juste quelques bleus aux fesses probablement, mais ça ira. Je peux savoir ce que t'a dit ce client pour que tu te mettes dans cet état ? »
« Il m'a… Il… Il m'a souhaité un joyeux anniversaire. »
« Oh… »
Hermione n'ajouta rien. Que pouvait-elle dire de toute façon ? Il était évident que les anniversaires de George ne seraient plus jamais joyeux. Le monde entier aurait dû le savoir. Elle serra les poings.
« N'y penses plus George. Ce type n'est qu'un idiot ! »
Le roux baissa les yeux vers Hermione.
« Ah non, c'est moi l'idiot tu te souviens ? Hors de question que tu me remplaces par ce sorcier de pacotille ! »
Elle eut un sourire tendre.
« Il n'y a aucune chance. »
3 mai 1999
Hermione sécha ses larmes. Elle avait pleuré pendant de longues heures avant de décider qu'elle s'était bien assez lamentée. Comme tant d'autres, Hermione avait été conviée par Minerva Mc Gonagall dans le parc de Poudlard hier, pour célébrer le premier anniversaire de la fin de la guerre. Bien sûr, l'heure était à la fête. La paix était là, durable, précieuse. Il fallait célébrer la victoire, les vivants, les lendemains qui chantent. Mais tous avaient peiné à retenir leurs larmes quand la nouvelle Directrice de l'école de sorcellerie avait cité les noms de tous les morts, un par un. Il y en avait des dizaines, peut-être des centaines. Ça avait été si douloureux. Lorsque le nom de Fred fut prononcé, elle l'avait cherché du regard dans la foule. Elle ne l'avait pas vu arriver, elle ne savait même s'il serait là, à vrai dire. Ce n'est que quelques heures plus tard qu'elle avait enfin repéré ses cheveux flamboyants. Il souriait à pleines dents. Et il n'était pas seul. Angelina Johnson, la belle Angelina, était pendue à son bras et riait aux éclats. Le son du rire de la métisse avait transpercé son cœur comme un poignard. Ginny, qui avait suivi son regard, avait tenté de la rassurer.
« Ils sont simplement amis tu sais. Tu n'as pas à t'inquiéter. »
« M'inquiéter de quoi ? Il peut bien sortir avec qui il veut, ça m'est complètement égal. »
Ça sonnait faux. Elle le savait. Mais Ginny n'avait pas insisté. Hermione avait passé une bonne partie de la nuit à pleurer à chaudes larmes avant que la détermination prenne le pas sur la tristesse. Et quoi ? George Weasley allait enfin mieux. C'était une bonne nouvelle. Elle avait été stupide d'attendre quoi que ce soit de plus de sa part. Hermione valait mieux que ça, elle le savait. Elle n'avait plus l'âge de jouer les adolescentes amourachées. La guerre lui avait arraché son innocence avant qu'elle n'ait eu le temps d'expérimenter les chagrins d'amour. Quoi qu'il en soit, il était hors de question de se laisser abattre. Elle avait vaincu le plus grand mage noir de tous les temps, par Merlin ! Elle se redressa devant le miroir et observa son reflet, l'air plus déterminé que jamais.
« Tu es une fichue sorcière, Granger. Montre au reste du monde de quoi tu es capable. »
6 juin 1999
« Weasley ! WEASLEY ! Cette fois-ci tu es allé beaucoup trop loin ! »
Hermione fulminait. Fait inhabituel, George n'avait pas tenté de s'enfuir cette fois. Il se tenait devant la brune, dansant d'un pied sur l'autre, l'air penaud. Quand Harry, rentré un peu plus tôt qu'Hermione du Ministère, avait informé George des conséquences de ses actions d'une voix froide, le rouquin avait pali. Etait-il effectivement allé trop loin ?
« Hermignonne, tu…»
« Ne m'appelle pas comme ça ! »
« Ça n'a pas pu être si terrible, si ? »
« Pas si terrible ?! PAS SI TERRIBLE ?! George Weasley j'ai passé une journée catastrophique à cause de toi ! Je n'ai pas pu plaider l'affaire sur laquelle je travaillais nuit et jour depuis des mois à cause de toi ! J'ai bien failli perdre mon travail à cause de toi ! Et tu trouves que ça n'est pas si terrible ?! »
Cela faisait bien longtemps que le Terrier n'avait pas connu pareil silence. Arthur, qui venait de transplaner dans le jardin, s'était arrêté à la porte d'entrée, l'air ébahi. Molly avait baissé sa baguette, si bien que les casseroles qui se lavaient toutes seules étaient retombées dans l'évier dans un bruit sourd. Ron qui avait levé le bras dans une vaine tentative de calmer son amie avait suspendu son geste et restait bêtement le bras en l'air. Harry et Ginny, qui discutaient près de la cheminée avaient levé la tête et restaient bouche bée.
George fit un pas en avant mais Hermione reprit sa tirade avant qu'il ait pu en placer une.
« Mais tu ne peux pas comprendre ça toi, n'est-ce pas George ?! Tu ne peux pas comprendre ça parce que tu ne penses qu'à toi ! Toi et tes farces et attrapes, toi et tes stupides blagues. Je n'aurai peut-être jamais la promotion que j'attends depuis des mois à cause de toi mais tu t'en fiches hein ? Tu t'en contrefiches parce que tu n'es qu'un égoïste George ! Et j'en ai plus qu'assez de toi et de tes petites blagues puériles qui ne font rire que toi ! »
Lorsqu'Hermione s'interrompit enfin, George ne souriait plus du tout.
« C'est vraiment ce que tu penses de moi Hermione ? C'est comme ça que tu me vois ? Comme un gamin immature et égoïste ? »
Lorsqu'Hermione répondit, sa voix était tranchante comme du rasoir.
« Tu n'es qu'un idiot, Weasley. »
« Et toi… Toi tu es une fichue sorcière, Granger. »
Il soutint son regard un court instant avant de tourner les talons et de disparaître dans les étages. Hermione, les larmes aux yeux, fit volte-face, bouscula Arthur toujours immobile dans l'embrasure de la porte et disparut dans le jardin.
31 juillet 1999
« Tu es resplendissante Ginny. »
Hermione eut un sourire ému en voyant son amie dans sa longue robe blanche. Enfin. Enfin ! Hermione était heureuse. D'ici quelques minutes, Ginny allait épouser Harry. Tout était parfait. Ou presque parfait.
« Et toi, tu es sublime dans cette robe. Le rose poudré te va décidément à ravir. Même si ton cavalier est tout même plus joli garçon que Viktor Krum ! Quoique, son métier est plus ennuyeux alors je suppose qu'ils sont quittes !»
La jeune femme éclata de rire.
« Comment s'appelle-t-il déjà ? »
« Il s'appelle Terence. »
« Par Morgane, même son prénom est ennuyeux ! Hermione tu sais que tu avais le droit de venir seule à mon mariage n'est-ce pas ? »
« Je le sais Ginny. Je suis venue accompagnée de Terence parce que j'en avais envie. Et, tout ennuyeux qu'il soit à tes yeux, c'est un gentil garçon. »
« Etre gentil n'est pas suffisant pour mériter une sorcière aussi exceptionnelle qu'Hermione Granger ! » plaisanta la rouquine. « Plus sérieusement 'Mione, tu ne crois pas que tu devrais… »
« Non, je ne crois pas » répondit-elle fermement. « Je suis fatiguée de tout ça. Mais peu importe, hors de question d'être en retard à ton propre mariage avec ces bêtises. Tu as un homme à épouser ! Alors ouste, hors de ma vue ! »
Il devait en être à son troisième verre de whisky pur feu au moins. Peut-être plus. Il n'avait pas compté. George pinça les lèvres l'air méprisant quand il la vit rire à l'une des plaisanteries de l'autre. L'autre. Il ne savait pas comment il s'appelait et il s'en fichait. Tout juste avait-il appris par Ron qu'il s'agissait d'un collègue de travail qu'Hermione avait rencontré au ministère. Hermione. Cela faisait plus d'un mois qu'ils ne s'étaient pas parlé. Elle lui manquait plus qu'il ne l'aurait cru. Vraiment, il n'arrivait pas à savoir. A partir de quand avait-elle pris une si grande place dans sa vie ?
« George ? Tu devrais y aller mollo sur le whisky, mon vieux. »
« Mmmh. »
« Tu sais, tu pourras la dévorer du regard comme ça toute la soirée, si tu ne vas pas t'excuser, elle repartira avec cet idiot de Terence Cornell et tu auras tout raté. »
« C'est moi l'idiot. »
« Je l'ai toujours su. Alors tu ne crois pas que tu devrais… »
« Fiche-moi la paix Bill ! »
« Comme tu voudras. Mais tu ne viendras pas me dire que je ne t'avais pas prévenu. »
Il ne savait pas où il avait trouvé le courage. Ou était-ce de l'inconscience ? Il ne savait pas trop. Toujours est-il qu'il avait fini par se lever pour les rejoindre sur la piste de danse. Il avait tapoté l'épaule du bellâtre et lui avait lancé, glacial :
« Vous permettez ? »
Devant son air revêche, le bellâtre en question s'était effacé. Hermione avait écarquillé les yeux mais était restée silencieuse lorsque George l'avait prise par la taille et avait commencé à tourner doucement. Elle n'avait fait aucun effort. Elle était restée, les bras ballants le long du corps, et s'était laissée porter par les bras du roux, le fixant en silence. Le silence. Ce silence insoutenable.
Finalement, au bout d'un long moment, George ne l'avait plus supporté.
« Tu es une fichue sorcière, Granger. »
« Et toi tu n'es qu'un idiot, Weasley. »
Il eut un frisson imperceptible en entendant le ton de sa voix. Il hocha doucement la tête.
« C'est vrai. Je ne suis qu'un idiot. Un idiot qui a besoin de te parler en privé. »
Sans crier gare, il l'attrapa sans ménagements et la hissa sur son épaule.
« Weasley ?! GEORGE WEASLEY ! JE T'ORDONNE DE ME LACHER IMMEDIATEMENT ! WEASLEY ! »
« Du calme, du calme la lionne ! Ne vous inquiétez pas Messieurs-Dames, je vous promets de vous la ramener en un seul morceau. Vous pouvez retourner aux festivités !
Et il quitta la piste de danse sans se soucier des hurlements de la brunette.
« Ginny, tu ne crois pas qu'on devrait… »
La jeune mariée eut un sourire énigmatique.
« Oh non Harry, surtout pas. Cette fois, je crois bien que George sait exactement ce qu'il fait… »
Ledit George, arrivé en lisière de bois, finit par reposer Hermione avec douceur.
« Non mais tu es sérieux ? Es-tu véritablement sérieux, George Weasley ?! Je peux savoir ce qui te prend ? »
« J'avais besoin de te parler loin des oreilles indiscrètes » répondit l'intéressé.
« Oh vraiment ? Voyez-vous ça ! Et ça ne pouvait pas attendre la fin du mariage de mes deux meilleurs amis ?! Qu'est-ce qui pouvait être si urgent pour que tu me mettes dans un tel embarras devant toute ta famille, George ?
George resta silencieux. Il fixait ses bottines vernies, semblant bien penaud tout à coup. En face de lui, Hermione sentit qu'elle allait perdre patience. Elle croisa les bras et lui jeta un œil sévère.
« Je t'écoute George. Qu'avais- tu de si important à me dire ? »
« Je t'aime. »
« Tu… quoi ? »
Le rouquin se gratta l'arrière de la tête, gêné.
« Tu m'as très bien entendu Hermione. Je t'aime. Je suis tombé amoureux de toi. Pour être franc, je ne sais toujours pas comment c'est arrivé. Mais tu étais là. Tout le temps. Tu étais toujours là, comme tu me l'avais promis. Et plus on passait du temps ensemble, plus je me sentais vivant. Je te faisais rire, et tu allais mieux toi aussi, je le voyais bien. Et puis, je ne sais pas trop quand ni comment, mais un beau jour, tu as cessé d'être juste l'amie de ton petit frère, celle qui passait des nuits blanches pour me remonter le moral. Tu vois ce que je veux dire ? »
Il s'interrompit un instant pour lever les yeux vers sa belle avant de les baisser aussitôt en croisant ses iris flamboyants.
« Enfin bref. Après la mort de Fred, j'ai vraiment pensé que je ne serais plus jamais capable de rire un jour, tu sais ? Et finalement, tu étais avec moi, et je riais. Je me sentais bien. Je voulais que tu te sentes bien toi aussi alors j'ai essayé de te faire rire. J'ai voulu attirer ton attention, je ne sais pas, t'impressionner. Je sais bien que ma méthode n'était sûrement pas la plus efficace mais tu dois me comprendre Hermione, je n'ai que celle-là ! Etre drôle, faire des farces, c'est tout ce que je sais faire. Et puis, ça avait toujours suffi avec les autres filles. J'aurais dû me douter que ça ne fonctionnerait pas avec toi. Parce que tu n'es pas comme les autres filles. Ce n'était pas par égoïsme que tu étais la cible de mes blagues Hermione, je ne voulais pas te causer du tort ! Simplement, c'était bien le seul moyen que j'avais trouvé pour que tu me remarques… Ça n'a pas très bien marché hein ? »
Il haussa les épaules l'air contrit.
« En tout cas je suis vraiment désolé Hermione. Je ne t'embêterai plus désormais, je te le promets. Et puis pour ce que ça vaut, moi je t'ai trouvé très mignonne avec tes cheveux bleus… »
Le silence qui suivit sa tirade dura longtemps. Très longtemps. C'était un nouveau type de silence. Ni pesant, ni léger, il était différent de tous les silences qu'ils avaient partagé. En tout cas, il était long. Très long. Suffisamment long pour qu'il se demande s'il n'allait pas changer de carrière et s'exiler en Roumanie pour aider son frère Charlie. Devant des dragons au moins, il ne pourrait jamais être aussi gêné qu'il l'était à cet instant, n'est-ce pas ? Il en était là de ses considérations lorsqu'Hermione prit enfin la parole.
« Tu n'es qu'un idiot Weasley. »
« Je sais. Je suis vraiment désolée Hermione. »
« Non, je veux dire, tu n'es vraiment qu'un idiot Weasley. »
Le jeune homme leva enfin les yeux et lui jeta un regard curieux. Elle avait un petit sourire en coin et le regardait avec un air de défi. Il fronça les sourcils. Et ce qu'il lut dans son regard lui disloqua le cœur. Il avait cru y trouver de la colère, de la rancœur, du dépit. Mais il y trouva tout autre chose.
« Tu n'es vraiment, vraiment qu'un idiot, Weasley » répéta-t-elle en souriant plus franchement.
Il ne lui fallut qu'une seconde pour franchir l'espace qui les séparait et fondre sur ses lèvres. C'était brûlant, volcanique, explosif. Vivant. Lorsqu'il la sentit lui rendre son baiser, il perdit pied. Il l'embrassa encore. Et encore. Et encore, et encore. Il crut qu'il ne pourrait jamais s'arrêter. Il sut qu'il ne pourrait jamais s'arrêter. Il voulait tout connaître d'elle. Ses lèvres. Sa langue qui dansait avec la sienne. Ses cheveux qui lui chatouillaient le nez. Son odeur de vanille entêtante qui l'enivrait. Ses mains qui fourrageaient dans ses cheveux roux. Lorsqu'il se détacha finalement d'elle, ce fut seulement parce que ses poumons menaçaient de quitter son corps s'il ne leur offrait pas une bouffée d'air.
« Et Terence ? »
« Qui ça ? Oh, ce Terence ? Même son prénom est ennuyeux, alors… »
Il rit. Elle aussi. Ils se regardèrent un moment en silence. Elle avait appris à l'aimer, ce silence. A l'apprivoiser aussi. Désormais, elle savait qu'elle aurait de nouveau droit aux silences de George Weasley. Et qu'ils lui seraient réservés, rien qu'à elle. Parce qu'à ses yeux, elle était spéciale. Parce qu'il était là et qu'il serait toujours là. Et cette pensée lui fit chavirer le cœur.
« Un idiot hein ? »
« Oh que oui ! Un sacré, un foutu sombre idiot ! Mais tu es mon idiot, Weasley », sourit la jeune femme.
« Et toi, tu es ma sorcière Granger. »
