Bonjour! Voilà encore un chapitre puisque je tiens mon rythme d'un chapitre par semaine tant que j'ai de l'avance!
Pour l'instant, je suis en pleine écriture du chapitre 13, si je rattrape mon avance, je commencerai à poster d'autres histoires liées à cet univers!
Bonne lecture!
CHAPITRE HUITIEME
Perdu·es
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Dimanche 24 septembre 2023
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Hiccup sait qu'il y aura des visiteurs dans le labyrinthe cette nuit. Ces visiteurs sont les membres de la population nocturne. Il n'en fait pas réellement partie : il ne sort pas assez dans le bar de Nethertown. Quand il sort la nuit c'est pour être seul et pas pour voir des gens. Mais la population nocturne est intéressante et hétéroclite. Nous allons en tout cas nous y intéresser. En parlant du meilleur ami de Hiccup.
Tuffnut se prépare avec précaution et méthode. Il commence à faire froid alors il enfile une vieille veste en cuir par-dessus son débardeur et sa chemise. Ses poches sont bourrées rapidement avec son tabac, ses filtres, ses feuilles et son téléphone. Il vient de laisser Hiccup après un dernier message.
- Non mais je rêve Tuff, tu sors ?
- Vas-y, dis-le plus fort pour que les parents l'entendent, siffle le garçon.
Il referme sa fenêtre qu'il avait ouverte pour sortir.
Avec un regard mesquin, Ruffnut s'adosse au bord de la trappe qui mène au grenier. Après quatorze années de chambre commune, il a demandé à aménager un espace pour lui. Comme la maison ne permettait pas de lui donner une chambre, ses parents ont fini par lui installer ses affaires au grenier. Il a dû devenir plus résistant au froid, parce que le chauffage n'est pas vraiment efficace là-haut, mais au moins il est seul.
- Tu veux bien me laisser, que j'y aille ?
- Oui oui, je te laisse. Je pense juste que ce n'est pas vraiment raisonnable. On commence à dix heures demain.
- Mêle-toi de tes fesses.
Agacée par l'humeur taciturne de son frère, Ruffnut ferme la trappe sèchement. Depuis qu'ils ne sont plus dans la même chambre, ils ne parlent plus comme avant. Elle descend l'échelle et rate le dernier barreau. Heureusement elle ne se fait pas mal mais le bruit qu'elle fait en trébuchant alerte ses parents qui lui rappellent qu'il est trop tard pour emmerder le monde.
Elle râle et va s'enfermer dans sa chambre sans leur répondre. Elle sait très bien que dans moins de vingt minutes elle pourra voir passer Tuffnut devant sa fenêtre. Il saute du toit jusqu'au sol à chaque fois qu'il fait le mur, avec le risque de se rompre le cou. Peut-être qu'il a besoin de ça. Allongée sur son lit, Ruffnut feuillette sans rien retenir ses cours pour le lendemain et regarde du coin de l'œil le corps de son frère se suspendre au bord du toit avant de tomber avec souplesse dans le jardin.
Leurs parents sont dans le salon et ne peuvent le voir alors qu'il se met tranquillement en route.
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Tuffnut arrive au Fidji vers vingt-deux heures. À son entrée, personne ne semble surpris. Il est devenu un habitué bien qu'il soit mineur. Kale se contente de le regarder pendant dix petites minutes pour évaluer son humeur avant de le laisser tranquille. Tuffnut a rejoint Gogo, Shenzi, Chel et Aurore à leur table. Il sent quand il arrive que la blonde ne va pas rester longtemps avec eux et il ne lui en veut pas : sa copine l'attend. Blanche sort moins qu'elle et le plus souvent Aurore ne reste pas tard quand elle n'est pas là.
Sans qu'il n'ait rien demandé, Marina lui apporte à boire. Le demi de Barbare (la vraie bière des vikings), est posé devant lui sous les sourires des autres. Il est assis en face de Gogo qui le regarde droit dans les yeux de façon presque gênante. Ça l'aurait gêné au début en tout cas. Mais maintenant il est habitué. À côté de lui se trouve Shenzi. Elle parle fort et rit encore plus fort. Il est impossible de passer inaperçu près d'elle. De l'autre côté, il y a Aurore qui le sépare de Gogo.
Gogo n'arrête pas de le regarder. Chel retrace les contours de son visage d'un doigt, juste pour essayer de détourner son attention et Tuffnut ne peut s'empêcher de sourire en baissant les yeux sur sa bière. C'est flatteur, même si c'est gênant.
Aurore les quitte tôt en effet. Peu de temps après son départ, Ondine prend sa place. Elle a laissé ses longs cheveux noirs détachés et porte une tunique bleue. Son cocktail est couleur lagon, dans un verre légèrement plus grand que celui des autres clients du bar.
- Hey Ondine, la salue Shenzi avec un sourire carnassier.
- Bonjour, chantonne l'asiatique.
Elle se tourne ensuite vers Chel tout particulièrement.
- Tu voulais faire un tour au labyrinthe du parc non ? Il paraît que Flynn y est encore.
Les yeux d'Ondine brillent un peu quand elle prononce le prénom du jeune homme. Elle aime les histoires de Flynn. Chel lui sourit.
- Fais attention tu vas rendre Kale jaloux.
Ondine agite une main légère comme si l'idée était stupide alors que Chel ricane. Tuffnut suit l'échange sans quitter Gogo du coin de l'œil.
- Pourquoi ne pas y aller maintenant ?
Tout le monde se tourne vers Tuffnut. Il vient de proposer une échappée du bar et c'est rare avant la fermeture. Ondine lui sourit et saute immédiatement sur ses pieds. Elle finit son cocktail en marchant vers le bar à pas légers, ondulant entre les tables pour rejoindre Kale. Chel, Gogo et Tuffnut finissent aussi leurs boissons plus tranquillement. Ils font confiance à Ondine pour relayer l'information. Dans un petit quart d'heure ils pourront se mettre en route.
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En effet, moins de quinze minutes plus tard, Tuffnut rejoint le petit groupe qui s'est formé au-dehors pour fumer une clope en attendant qu'ils se mettent réellement en route. Gogo lui vole sa cigarette sans lui demander et se serre contre lui dans la fraîcheur de septembre. Elle ne fait pas l'effort de se mettre sur la pointe des pieds pour lui parler : elle sait qu'elle a déjà toute son attention et son murmure est parfaitement entendu :
- Tu dors chez moi ce soir ?
Tuffnut lui reprend la cigarette des mains et se contente de se pencher pour l'embrasser légèrement avant de souffler un oui contre son cou. Gogo sourit aussi et ils prennent le temps de regarder autour d'eux les autres participants à leur escapade. Pocahontas et Nakoma, Spirit, Thumper, Miguel, Ariel, Ondine et Kale se regroupent au compte-goutte près de Tuffnut.
Sans que personne ne se le dise, il est devenu leur meneur. Il fait partie du groupe de ceux qui ont créé le labyrinthe après tout. Avant qu'ils ne se mettent réellement en route, Sinbad sort du bar avec les poings sur les hanches.
- KALE ! Ce sera retenu sur ta paye tu le sais ça ?
- Quelle paye ? demande Kale en souriant.
Il passe son bras autour des épaules d'Ondine et elle rit tout doucement alors que le groupe commence à partir vers le parc. Sinbad les regarde en secouant la tête. Wiggins apparaît près de lui avec un grand sourire pour lui demander à nouveau à boire et le barman rentre se mettre au comptoir. Il reste quelques clients à servir et il ne ferait jamais attendre Wiggins.
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Jack Frost ne sait pas où il est. Il est sorti après avoir dîné en tête à tête avec sa mère, quand elle le croyait couché et qu'il n'entendait rien venir de sa chambre. Il a laissé ses jambes le conduire jusqu'à une maison. Elle ressemble à toutes celles autour, massive et solide. Il a senti cette envie soudaine de sortir, de prendre l'air.
Il ne sait pas pourquoi il s'est arrêté précisément ici. Avant d'y penser, il a sorti son téléphone et ses doigts tapent un numéro qu'il ne se souvient pas connaître par cœur et il laisse sonner. La tonalité résonne comme derrière son crâne. Il a l'impression de vivre deux temps au même moment et que tout se confond. Et enfin, une voix presque endormie lui répond.
- Jack ?
Le ton est surpris et presque défensif mais Jack a l'impression d'en entendre un autre, joyeux, sur le même mot. C'est la même voix mais pas le même ton.
- Salut... Hiccup... Je voulais juste...
Sa respiration se coupe et il déballe la suite sans réfléchir :
- Joyeux anniversaire. On se voit pendant la répétition de mercredi.
Et il raccroche. Il n'a pas le temps de voir les lumières s'allumer dans la maison en face de lui, il remonte sa capuche pour cacher son visage et s'éloigne à grandes enjambées saccadées. Quand la porte d'entrée s'ouvre, il est déjà loin.
Hiccup reste dans l'entrebâillement de la porte pendant quelques secondes, son téléphone à la main. Il finit par retourner chez lui, remué. Son père le regarde passer depuis le salon, étonné de l'avoir vu se précipiter dans un sens puis dans l'autre. Hiccup ne s'en soucie pas et remonte en trombe dans sa chambre.
Il a composé le numéro d'Astrid en trois secondes et démêle ses écouteurs rapidement. Astrid ne répond pas.
- Merde !
- Harold ? Tout va bien là-haut ?
- Tout va bien papa. Rien de grave.
Mais rien ne va et tout est grave. Hiccup ne sait pas ce qu'il vient de se passer. Il n'avait même pas besoin de voir qui l'avait appelé pour savoir. Il a reconnu sa voix, alors qu'il ne lui a pas parlé depuis si longtemps. Pas réellement en tout cas. Ou alors si peu. De loin. Hiccup se jette sur son exemplaire de Lorenzaccio et relit encore et encore le monologue. Acte 4, scène 3.
- Sont-ce bien les battements d'un cœur humain que je sens là, sous les os de ma poitrine ?
Il répète la phrase jusqu'à n'en plus pouvoir. Sont-ce bien les battements d'un cœur humain que je sens là, sous les os de ma poitrine ? Sont-ce bien les battements d'un cœur humain que je sens là, sous les os de ma poitrine ? Sont-ce bien les battements d'un cœur humain que je sens là, sous les os de ma poitrine ? Sont-ce bien les battements d'un cœur humain que je sens là, sous les os de ma poitrine ? Sont-ce bien les battements d'un cœur humain que je sens là, sous les os de ma poitrine ?
Il ne veut plus être humain là, maintenant tout de suite. Son cœur lui fait mal et il veut devenir dur comme la pierre. Il veut se poser la même question que Lorenzo, arrêter de ressentir car ressentir est trop dur et qu'il n'y arrive pas. Sa cage thoracique va exploser, il voudrait s'arracher les côtes pour enlever ce qui lui fait si mal, là, à l'intérieur.
Hiccup ne sait pas combien de temps s'écoule, combien d'heures il reste en panique à attendre que la crise passe, qu'une explication tombe du ciel, à se demander comment Jack a pu savoir. Il passe son temps à vérifier tous ses comptes électroniques, pour voir si sa date de naissance apparaît quelque part. Mais ce n'est pas le cas. C'est quelque chose qu'il a banni il y a longtemps de son identité virtuelle.
Ce n'est que quand son souffle se calme un peu qu'il arrive à reprendre son téléphone. Il cherche très lentement dans son répertoire le numéro de Tuffnut alors qu'il le connaît par cœur et qu'il aurait pu y accéder bien plus vite. Il écoute la tonalité pendant de longues secondes. Finalement, la voix endormie de Tuffnut lui répond. Mais il ne dormait pas, Hiccup le devine au roulement étrange des mots au fond de sa gorge.
- Oui tu as un problème Hiccup ?
- J'ai... J'ai besoin de toi Art', tu peux passer ?
À l'autre bout du fil, Hiccup entend une voix féminine poser une question.
- C'est Hiccup, il a besoin de moi.
Tuffnut ne chuchote pas assez bas pour que Hiccup ne l'entende pas, n'écarte même pas le téléphone en fait et ça le fait sourire. Un ronronnement agacé retentit et le téléphone change de mains.
- Je t'envoie ton chevalier trésor. T'as de la chance de pas avoir appelé dix minutes plus tôt. Et que je t'aime bien aussi.
- Merci Gogo.
Les larmes aux yeux, Hiccup ne l'entend pas vraiment alors qu'elle rend le téléphone à Tuffnut et que celui-ci lui assure être là le plus vite possible. Ce n'est que quand il raccroche qu'il regarde l'heure. Il est trois heures et demie du matin. Il se sent un peu coupable puis ça passe. Son père à dû aller se coucher des heures plus tôt mais il ne l'a pas entendu. Le black-out lui fait peur, cela faisait un moment qu'il n'avait pas oublié, comme ça, ce qu'il s'était passé, mais il se force à se calmer et à reprendre une respiration régulière. Très lentement, il descend sans faire un seul bruit et va s'asseoir sur les marches du perron.
Tuffnut arrive en moins de dix minutes. La moto de Gogo glisse dans la nuit et elle s'arrête à peine devant chez Hiccup. Elle le salue de loin et repart en laissant tout juste le temps à Tuffnut de descendre. Il reste trois secondes à la regarder s'éloigner avant de se tourner vers Hiccup. Sa démarche souple rassure immédiatement l'adolescent qui se relève pour l'accueillir. Tout son corps lui fait mal.
Tuffnut le prend dans ses bras tout doucement et ses lèvres effleurent les siennes.
- Je prends une douche rapide et je te rejoins. Ça va aller ?
Hiccup n'a pas la force de parler et se contente d'un grognement. Il se serre dans ses propres bras et monte pour se mettre au chaud entre ses draps. La pièce sent encore la panique de tout à l'heure. Il ouvre sa fenêtre en grand et tasse la veste de Jack au fond de son placard avant de retourner sous sa couverture, soulevée au-dessus de sa tête comme une cabane. Il est parcouru de frissons et attend que Tuffnut le rejoigne, les yeux fermés pour ne pas voir la pièce tourner.
En respirant lentement, il suit les déplacements discrets de son ami dans sa maison. Le bruit de la douche, les pas de Tuffnut, tranquilles. Tuffnut ouvre la porte de la chambre, la referme. Il passe près du lit, effleure la forme de Hiccup sous la couverture, va fermer la fenêtre. Hiccup frissonne quand la couette s'ouvre et que Tuffnut se colle contre lui. Il le tient serré, solide, et a perdu l'odeur de tout à l'heure, l'odeur du sexe et de la transpiration.
- Alors, qu'est-ce qui s'est passé ?
- Jack s'est souvenu de mon anniversaire.
La voix de Hiccup tremble et Tuffnut ne fait aucun commentaire. Pour ne pas étouffer, Hiccup ressort de sous la couverture et se roule en boule contre son ami. C'est de lui dont il avait besoin. Il se contente de le serrer un peu plus et d'embrasser sa nuque. Ils s'endorment l'un contre l'autre. Et en un instant tout va mieux, tout va bien. Les choses se remettent en place et c'est comme un cliquetis sec derrière ses côtes. Le toucher platonique un peu flou de Tuffnut le calme et l'apaise.
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Lundi 25 septembre 2023
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Quand Stoïck entre dans la chambre de son fils le lendemain matin, il tente de ne faire aucun commentaire en voyant les deux formes endormies enlacées sous la couverture. Il est rare que Hiccup soit en retard et s'il ne s'est pas réveillé c'est qu'il y a une raison. Une dizaine de minutes plus tard, alors que Tuffnut est attablé avec eux pour prendre son petit-déjeuner et que Hiccup reste près de lui, Stoïck décide qu'il va définitivement laisser les amis de son fils s'occuper de l'affaire.
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Merida, elle, n'a aucune idée du micro drame qui vient de se produire chez ses nouveaux amis. Elle a passé sa soirée du vendredi avec Hiccup, Tuffnut, Kayley et Garrett à Outed et tout avait l'air d'aller bien. Et samedi pendant leur préparation du labyrinthe il ne semblait pas y avoir de problème non plus.
Elle ne pense donc pas à eux et, chose rare pour un lundi matin, elle se lève de bonne humeur. Elle se lève toujours tôt mais c'est rare qu'elle ouvre les yeux si tôt avant son réveil, surtout un lundi. Elle saute dans ses vêtements de matin en deux minutes et la routine prend toute la place dans sa tête. S'occuper d'Angus et le faire courir, nourrir les autres bêtes, prendre une douche.
Elle a hâte de voir le labyrinthe de l'école. Celui du parc était une réussite. Une fois assise devant son petit-déjeuner, elle oublie le flou des tâches matinales et parle avec Kayley qui l'envie. Garrett écoute leur conversation avec un sourire : il ne comprend pas le principe d'un labyrinthe, lui qui ne voit jamais où il va, mais ça a l'air d'être assez amusant.
- Les garçons, assez.
La voix d'Elinor calme pour une durée limitée les triplets. Ils n'ont pas de tâches le matin et se disputent tout ce qui peut être disputés sur la table. Leur mère sert des tasses de café ou de thé aux adultes. Fergus vient s'asseoir près de sa fille après avoir mis un peu plus en désordre ses cheveux et Elinor fait la moue.
- Très cher, peut-être pourriez-vous éviter d'aggraver la coiffure de notre fille ?
- Ils sont très bien ses cheveux ! rétorque Fergus.
- Je trouve aussi que tu es très bien comme ça, c'est même mieux.
Merida remercie presque Garrett puis finalement préfère lui envoyer une petite cuillère sur le front. Il ricane et Kayley lève les yeux au ciel. La grande famille est entassée dans la cuisine personnelle de l'auberge, séparée de celle où les repas pour les clients sont préparés. Elinor est intraitable sur l'hygiène et la cuisine de l'auberge n'est ouverte que quand il y a du monde à nourrir.
En moins d'une demi-heure, les enfants et jeunes sont prêts et pendant que Kayley et Garret vont profiter d'être levés tôt pour travailler leurs cours, Merida et ses frères se mettent tous en route pour l'arrêt de bus. Les triplets courent devant. À l'arrêt attendent déjà Rox, Rouky, Célien et Taran. Ils sont les premiers à monter dans le véhicule puisque le bus commence sa tournée ici. Il y aussi les enfants du Refuge qui montent un peu en retard.
- Bonjour ! les salue Joe Towne d'un air guilleret.
C'est à se demander s'il lui arrive parfois d'être triste. En passant près de lui, Merida se permet de recoller un peu sa fausse barbe derrière son oreille et il lui sourit encore plus. Elle le laisse à son excentricité et va s'asseoir près de la deuxième porte, au centre du bus.
Bunny ne parle pas beaucoup le matin et s'assoit derrière Merida en la saluant d'un grognement. Pitch Black reste à l'avant du bus, Wendy et John, les aînés Darling, s'assoient à côté l'un de l'autre non loin de lui. Jane et Peter se courent après jusqu'au fond du bus en dérangeant tout le monde et Hans fronce les sourcils en les voyant passer. Merida sait qu'il ne viendra pas lui parler. Tout le monde pense qu'il n'aime pas les gens mais c'est juste qu'il a du mal à se réveiller.
Guy et Jim discutent déjà d'un quelconque projet de bricolage en n'ayant pas l'air dérangés par l'heure matinale. Jim n'a pas l'air de se rendre compte qu'Ariel le guide et l'assoit à côté d'elle pendant que Guy se laisse tomber dans le siège de la rangée d'en face pour continuer leur conversation. Restent Ralph, Colette, Linguini, Bob et Joe qui se posent au hasard, les jumeaux éparpillés, Ralph dans un coin au fond et Colette et Linguini l'un à côté de l'autre sans parler. Kinaï, Koda et Kovu arrivent en même temps, un peu en retard, suivis de près par Lilo et Stitch. Taran garde une place pour Eilonwy et discute avec Rox et Rouky qui se sont assis l'un à côté de l'autre.
Merida s'endort à moitié jusqu'à ce que Jack s'assoit près d'elle. Ou plutôt, qu'il se laisse tomber à côté d'elle. Elle se secoue pour se réveiller alors que Tooth se glisse près de Bunny derrière elle et que Sandy s'assoit dans la rangée en face d'eux. Merida ignore les discussions alors que Jack lui demande :
- Alors, tu as hâte de voir le labyrinthe ?
La question est posée avec nonchalance et Jack remonte un bras derrière sa tête. Il ne regarde même pas vraiment Merida mais Kat qui a gardé une place pour Riley.
- Ouais. Pas toi ?
Merida sait parfaitement qu'il n'a jamais vu le labyrinthe. Enfin si, mais il ne s'en souvient plus et de toute façon elle ne le connaissait pas avant alors qu'est-ce que ça change pour elle ?
- Si, surtout qu'on a vachement bossé dessus. J'aime pas trop ne pas dormir pour rien.
- D'ailleurs t'as l'air d'avoir pas dormi cette nuit non plus. Pourquoi ?
Cette fois Jack lui lance un sale regard. Pourtant elle pose la question sans réel intérêt, juste comme ça. Il passe une main dans ses cheveux et fait un effort pour retrouver son sourire. Merida lève les yeux de son téléphone et le voit faire du coin de l'œil. Elle ne fait pas de commentaire et se contente d'effleurer du bout des doigts le côté de son crâne.
- Faudra refaire ta décolo bientôt.
Ça fait partie des phrases magiques. Celles qui permettent de sauver la conversation. Enfin de la détourner. Parce que Tooth qui est assise juste derrière eux (avec Bunny qui signe de loin avec Sandy) se lève aussitôt pour apparaître au-dessus de leurs sièges et s'exclame :
- Oh on prévient le groupe ! C'est quand que ça t'arrange Jack ?
Tooth est déjà en train de pianoter sur son téléphone et Jack suppose qu'elle est en train de poser la même question à leur groupe habituelle de décoloration. Cela crée une légère agitation dans le bus puisque Ariel se retourne sur son siège et se lève pour hurler qu'elle et Jim sont disponibles le week-end prochain.
- Oh ça va, tout le monde s'en fout ! lui fait remarquer Jim en posant la paume de sa main sur son oreille.
Elle lui tire la langue en se rasseyant et il perd tous ses moyens. Alors qu'elle saisit entre deux doigts la mèche violette de Jim qui est en train de passer au rose pour lui faire remarquer en riant qu'il a bien besoin de ça, il vire au rouge tomate.
Alors Merida fait semblant d'oublier qu'elle a demandé à Jack pourquoi il n'avait pas dormi et il se rencogne dans son siège avec un sourire en fermant doucement les yeux pendant qu'elle se tourne pour discuter avec Bunny.
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L'arrivée au lycée-collège se fait dans une bonne humeur étrangère au lundi matin. Ceux qui ont participé à l'élaboration du labyrinthe marchent avec la tête haute. Comme tous les matins, les "vikings" sont restés ensemble, de leur entrée dans le bus à leur descente. Tuffnut les rejoint : il était déjà devant le lycée. Mais même quand il complète leur groupe, Merida peut voir qu'il manque clairement quelqu'un. Il y a un déséquilibre, près d'Astrid au centre du groupe il y a une place vide.
En avançant entre Jack et Bunny, Merida se dit que c'est sûrement Hiccup qui crée ce vide. Il fait partie des vikings après tout, même s'il ne va pas au lycée. Ce doit être sa place, là, près d'Astrid.
- Wow.
Onceler a posé une main sur l'épaule de Merida pour mieux voir et passe à côté d'elle avec un grand sourire. Merida ne peut pas s'empêcher d'avoir le même en voyant le labyrinthe. C'est merveilleux. Contrairement au labyrinthe dans le parc, cette fois il ne s'agit pas de haies mais des grandes plaques de bois qu'ils ont peintes tous ensemble. Merida peut reconnaître certaines d'entre elles très précisément.
Elle n'a pas le temps de s'arrêter : derrière elle Bunny et Tooth sont pressés d'entrer et puis Jack lui prend la main pour qu'elle soit elle aussi entraînée par Onceler. Les vikings ont déjà disparus à l'intérieur, suivis de près par Taran et Eilonwy qui se tiennent par la main en riant.
Merida n'a pas très envie de se perdre totalement mais elle se retrouve vite distancée par Onceler et Jack, qui a fini par la lâcher pour courir avec son meilleur ami. Ils sont apparemment bien décidé à se perdre, eux.
- Alors princesse, on a peur de l'inconnu ?
- Ne dis pas n'importe quoi, imbécile.
Sans hésiter plus longtemps, Merida avance d'un pas décidé au milieu du labyrinthe. C'est... étrange. Tout le monde a l'air déterminé à jouer le jeu et part se perdre avec joie dans le labyrinthe. Le sentiment de fierté qui gonfle sa poitrine ne fait que grandir lorsqu'elle voit les dessins un peu maladroits d'Audrey la brune près de ceux, plus précis, d'Audrey la rousse. Bunny reste près d'elle alors que Tooth les laisse en prenant un autre chemin.
Merida regrette pendant un temps de ne pas avoir attendu les Audrey mais il est trop tard pour les retrouver maintenant. Elles se verront à la sortie du labyrinthe. Pendant dix minutes suspendues, elle guide Bunny sans réellement chercher à trouver son chemin. Elle ne voit pas le sourire de l'australien quand elle hésite à chaque intersection.
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Une fois loin du regard de ses amis, Tooth ralentit un peu. Elle peut encore entendre Jack et Onceler qui se courent après comme des idiots en faisant énormément de bruit. Et puis aussi d'autres élèves qui discutent, juste derrière les panneaux de bois. Elle remonte son casque sur ses oreilles et augmente le son de son téléphone pour ne plus rien entendre. Elle se permet d'être triste pendant quelques secondes. Ça lui arrive de plus en plus ces derniers temps et elle n'arrive pas vraiment à savoir pourquoi.
Elle ne sait pas non plus que Hiccup aussi ressent ce type de tristesse, parce qu'elle ne lui a jamais demandé en fait. Ils ne parlent quasiment pas, juste parce qu'il est ami avec Astrid. Leur relation est étrange, décousue. Quand Jack a un problème, n'importe lequel, c'est à Hiccup qu'elle pense en premier. Mais le reste du temps elle l'ignore. Elle ne veut pas qu'il s'approche plus de Jack, elle veut seulement... atteindre le même niveau d'amitié avec Jack.
Mais Tooth n'arrive pas à parler aux gens. Son père essaie de lui parler parfois mais elle n'y arrive pas. Sa petite sœur ne comprend pas tout. Personne ne comprend. Sauf peut-être...
Tooth enfonce ses poings dans ses poches et ses doigts se referment autour d'un bout de papier froissé. C'est Astrid qui le lui a donné il y a longtemps. Très longtemps. Tooth l'a toujours sur elle alors qu'elle aurait dû le jeter. Ça date de son malaise quand elles étaient en seconde et qu'Astrid était déléguée. Ça date de la boite avec un nom beaucoup trop compliqué qu'Astrid avait reconnu.
C'est le numéro de téléphone de Shenzi et les horaires de réunion de Outed, l'association LGBTQ+. Depuis presque deux ans, tous les vendredis Tooth hésite à se rendre dans cette association. Depuis presque deux ans, Shenzi l'attend et ne la voit pas venir.
- Nous prions les élèves encore dans le labyrinthe de suivre l'animation qui s'affiche au sol et les flèches au-dessus des panneaux. Aucun retard ne sera admis.
Elle ne sait pas d'où vient la voix de son proviseur adjoint mais elle ne le fera pas attendre. En baissant les yeux, elle peut voir des traces de pattes d'oiseau apparaître pour lui montrer le chemin. Hiccup, Guy et Jim ont calculé le trajet le plus court à partir de chaque intersection pour être sûrs que tout le monde retrouve la cour et soit à l'heure en classe. Tooth finit donc par rejoindre d'autres élèves qui traînaient aussi dans le labyrinthe.
Avant de retrouver réellement ses amis, Tooth prend une grande inspiration et lit les derniers messages sur la discussion des colorateurs. Tout le monde est enthousiaste. Un sourire revient sur son visage et personne ne fait de remarque quand elle se met dans le rang avant de monter en cours.
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Mercredi 27 septembre 2023
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Naveen se réveille ce matin-là en retard, comme tous les matins, et se sort de son lit en se traînant. Tiana est déjà levée et il peut l'entendre s'activer en cuisine pour préparer le petit-déjeuner pour Silver, Louis et d'autres squatteurs musiciens qui passent régulièrement manger là le matin.
Quand il descend les rejoindre, Silver le hèle immédiatement.
- Hey gamin, il y avait ça pour toi dans le courrier ce matin !
Tiana lance un regard intrigué à l'enveloppe. Naveen la retourne dans ses mains une ou deux fois avant de finalement l'ouvrir. Le papier est épais et semble très officiel alors qu'il n'y a que son prénom sur l'enveloppe. Ça vient très clairement des célébrateurs. Ils n'utilisent pas la poste habituelle.
De toute façon il y a tellement de membres dispersés partout dans la ville qu'il leur est facile de faire parvenir les lettres à leurs destinataires.
Naveen est heureux de faire partie de la prochaine célébration. Tout son groupe est convoqué (et il espère que les Sodomite Sisterz le seront aussi) pour jouer pendant l'après-midi du jour de célébration des bébés chiens ce week-end. Il n'y a plus qu'à réunir rapidement le groupe pour choisir les musiques !
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- Wow c'est vraiment bien fichu quand même !
L'exclamation de Jack résonne dans le couloir en faux-mur. Il est presque sûr qu'il y avait une salle de classe ici à un moment. Onceler lève les yeux au ciel à côté de lui. C'est bien fichu d'accord mais ils vont être en retard. Jack a l'air d'en avoir pas grand chose à faire. En fait, il essaye de sécher la séance de théâtre d'aujourd'hui. Du coup il a accompagné Onceler à sa réunion avec le groupe. Il s'agissait juste de se voir tous et de se mettre d'accord sur les musiques qu'ils joueront à la demande des Célébrateurs. Sauf qu'ils ont raté le moment où Hiccup est sorti pour guider les comédiens jusqu'à l'amphithéâtre et maintenant qu'ils doivent se débrouiller c'est moins simple.
- C'est chiant bordel ! se plaint Jim (et c'est vrai quoi, personne ne les avait prévenus que l'intérieur de l'école se ferait aussi labyrinther !).
Pascal, qui est avec Onceler et Jim dans le groupe de musique, leur fait alors remarquer qu'il y a le numéro de quelqu'un noté sur tous les panneaux positionnés dans l'école.
- J'appelle, annonce Onceler.
- C'est un miracle, soupire Jim en laissant tomber sa main sur l'épaule de Pascal.
Sans surprise, c'est Raiponce qui leur répond. Elle doit avoir pris la ligne en charge après midi puisqu'elle était en cours avec eux ce matin. Onceler préfère ne pas imaginer sur qui sont tombés les élèves perdus dans la matinée (Kale et Sinbad étaient en charge et ont pris leur rôle très au sérieux après avoir parlé avec Raiponce).
- Donne-moi juste le numéro de la plaque à ta droite et je t'oriente à partir de là !
Onceler regarde les plaques sur le mur. Il y en a tous les mètres avec des numéros aléatoirement choisis entourés de dessins. Il ne sait pas quand ils ont eu le temps d'organiser tout ça mais franchement. Franchement c'est une idée géniale et son agacement ne vient que de l'heure et demi qu'il vient de passer à composer à l'arrache une chanson sur les bébés chiens.
- On est près de la 2048.
- Oh ben c'est facile !
Et Raiponce les guide jusqu'à la salle de théâtre sans le moindre problème. Ils arrivent par en bas sans comprendre à quel moment ils ont changé de niveau et Onceler raccroche avec un air mort. Jim grogne bruyamment. Il ne sait même pas ce qu'il vient faire ici : il voulait aller à la salle du club de mécanique et a complètement oublié puisqu'il est arrivé et s'est perdu avec les autres.
- Fais chier bordel de merde.
Raiponce prend le temps de lui indiquer la route à suivre et de tout lui noter sur un papier avant qu'il reparte en claquant la porte. Porte qui se rouvre à peine quelques secondes plus tard sur un « BOOM BABY » retentissant.
- Ah désolé, mauvaise salle. Bon théâtre les théâtreux !
Et Kuzco s'en va comme il est venu. Il lui arrive souvent de débarquer dans les salles sans prévenir et tout le monde y est habitué. La légende raconte même qu'il est un jour entré comme ça dans le bureau du maire. Elinor soupire, agacée déjà par le retard de Jack et Onceler, et reprend son cours là où elle l'avait laissé.
La séance se découpe d'ordinaire en trois parties : jeux théâtraux, répétitions de la pièce et impro à la fin. Hiccup la laisse gérer les jeux théâtraux, prend totalement en main les répétitions et l'épaule pendant les improvisations. Sauf aujourd'hui.
- Où est Hiccup ?
La question de Jack ne trouve pas de réponse auprès de son groupe d'amis et il n'ose pas aller demander à Tuffnut ou Astrid ou quelqu'un qui saurait réellement. Il a peur de la réponse, vraiment très peur. Après ce qui s'est passé dimanche soir, il ne veut pas savoir pourquoi Hiccup ne viendrait pas au théâtre. C'est très probablement sa faute. Sa faute à lui et à sa grande gueule et à ses souvenirs de merde qui ne reviennent qu'à moitié ou même pas du tout en fait. Saleté de jambes qui se sont souvenues de sa maison.
Enfin tout de même. Il connaissait son numéro de téléphone par cœur. Pourquoi ? Alors que les autres commencent à se disperser pour répéter leurs scènes et qu'il se retrouve en face d'une Raiponce beaucoup trop enthousiaste à l'idée de l'aider à mettre en scène son monologue, Jack tente de se sortir Hiccup de la tête sans succès.
Il passe donc une heure à tenter de donner une intonation particulière aux phrases de Lorenzo. Et à se demander où peut bien être Hiccup. Pendant ce temps, Raiponce continue de préparer les patrons pour les costumes à l'établi de couture qu'elle a installé directement dans l'amphithéâtre. La séance sera plus productive pour elle que pour lui.
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Hiccup, du fond de son lit, tente de continuer à organiser les répétitions pour le spectacle en luttant contre la fièvre et le sommeil. La grippe c'est vraiment une belle saloperie.
En espérant que ce chapitre vous ai plu!
