A/N : Ce texte est écrit pour le jeu d'anniversaire du Fof du mois de mai, pour la contrainte d'écrire un univers alternatif autour des contes, légendes et mythologie.
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L'ambition, la joie et l'esprit
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Quand les trois filles de la famille Sheng approchèrent de l'âge de se marier, leur grand-mère tomba malade. Plusieurs médecins vinrent à son chevet et tous secouèrent la tête :
« Elle est âgée et son corps est affaibli. Nulle médecine ne peut la sauver sauf le fruit de l'arbre-cœur qui mûrit à chaque pleine lune. »
Le père de la famille Sheng baissa la tête et pleura des larmes amères, parce qu'il était fonctionnaire royal et ne pouvait quitter son poste assez longtemps pour aider sa mère. Le soir, quand il se confia à sa concubine préférée, celle-ci essuya ses larmes et dit :
« Mon tendre cœur, j'ai une solution. Je demanderai à notre fille Molan d'entreprendre le voyage en ton nom pour ramener le fruit. Elle est jeune, mais décidée et intelligente : elle parviendra à le ramener. »
Le lendemain matin, elle s'adressa à sa fille :
« Mon enfant, fait tes bagages et va chercher le fruit qui guérira ta grand-mère. »
Et comme Molan s'offusquait en disant qu'elles n'avaient jamais aimé sa grand-mère qui s'opposait trop souvent à leurs manipulations, sa mère continua :
« Tu es bientôt en âge de recevoir des prétendants. Pour moi qui n'ai pu assurer ton futur que grâce à l'amour que me porte ton père, je ne peux pas de donner une dot suffisante. Mais si tu sauves ta grand-mère, il te donnera des terres fertiles et des boutiques rentables qui te rendront désirable aux plus respectables familles qui assureront ton futur. »
Convaincue par la logique de sa mère, sa fille s'apaisa et prépara son voyage.
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Molan partit donc en direction de l'arbre-cœur, résolue à réussir sa quête. En chemin elle croisa d'abord un homme poussiéreux et à la barbe mal tenue qui portait un enfant dans ses bras.
« Mes excuses mademoiselle, mais vous avez l'air d'avoir parcouru une longue route. Pourriez-vous me dire si vous avez croisé un enfant qui ressemble à ce portrait ? C'est mon fils et il a été enlevé par une marâtre. »
Molan se recula d'un pas et répondit par la négative. L'homme soupira et disparut dans la foule pendant qu'elle reprenait son chemin.
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Quelques jours plus tard, Molan marchait à côté d'une prairie lorsqu'elle entendit des applaudissements et des encouragements. Elle tourna la tête et découvrit que de nobles familles avaient monté des estrades et disputaient des parties de polo. Quelqu'un l'appela :
« La duchesse Liang célèbre le printemps et tout le monde est bienvenu. Vous avez l'air d'avoir marché longtemps, venez vous rafraîchir avant de poursuivre votre route ! »
Heureuse à l'idée de reposer ses pieds, elle suivi la servante qui lui avait ainsi parlé pour remercier la générosité de son hôtesse. Elles croisèrent une adolescente en larmes.
« Pourquoi des pleurs en de si joyeuses circonstances ?, demanda Molan à la servante.
-Cette jeune fille a perdu sa mère très jeune et n'a que peu de souvenir d'elle. Sa demi-sœur a volé une bague qu'elle tenait d'elle et l'a parié pour un match de polo. Elle ne sait pas jouer et sa sœur est si douée à cheval qu'elle ne trouve personne pour relever le pari.
-Quel dommage, dit Molan. Si j'avais été à sa place, j'aurais trouvé depuis bien longtemps un moyen de détruire ma demi-sœur et la rendre incapable de me faire du mal, nouvelle épouse ou non ! »
Elle fut présentée à la duchesse, qui, en apprenant qu'elle n'avait guère d'amour pour les chevaux ou le sport, se désintéressa rapidement d'elle. Molan, marcha entre les estrades et entendit soudain que le sixième fils de la duchesse faisait un concours de poésie. Le fils était beau et joyeux, et elle savait son talent en la matière. Elle s'approcha donc pour y participer et resta jusqu'à la fin de l'après-midi à parler avec le sixième fils. Quant vint le soir, il la pria de ne pas le quitter tout de suite mais elle secoua la tête :
« J'ai une tâche à accomplir dont dépend ma destinée et il faut que je parvienne à l'arbre-cœur le jour de la pleine lune. Mais si vous attendez, je pourrai rester plus longtemps à mon retour. »
Charmé par l'esprit de Molan, le sixième fils de la famille Liang lui donna rendez-vous. Molan repartit l'esprit joyeux.
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Elle continua son voyage. L'arbre-cœur se trouvait dans une forêt pétrifiée, entourée par de hautes montagnes et le chemin était dur. Quel ne fut pas son soulagement quand elle vit une chaumière à la cheminée fumante au détour d'un tournant ! Elle frappa à la porte dans l'espoir de pouvoir y passer la nuit.
Une vieille femme lui ouvrit et lui offrit son hospitalité. Molan put se rafraîchir et retrouver son hôte pour manger.
« Rares sont les voyageurs qui passent sur ce chemin et tous ont une seule destination, dit momo Kong en servant du ragoût. Pourquoi cherchez-vous l'arbre-cœur ?
-Ma grand-mère est très malade et seul un de ses fruits peut la soigner, répondit Molan. Je ne suis que la fille d'une concubine et mon père a promis de rajouter à ma dot si je pouvais l'aider.
-Ah, dit la vieille femme. Hélas, l'arbre-cœur est vieux et capricieux et ne donne plus de fruit à chaque pleine lune. Comment pensez-vous le convaincre de vous en donner un ?
-J'ai mon esprit, répondit Molan. Je sais réciter des poèmes et jouer de la musique : je suis sûre de pouvoir le charmer pour qu'il me laisse un fruit. »
Momo Kong hocha la tête et lui proposa de réciter un poème. Molan s'exécuta et la vieille femme hocha la tête :
« Dans ma jeunesse, j'ai éduqué des enfants du palais impérial, révéla-t-elle. Vos parents vous ont bien éduquée car vous êtes aussi accomplie qu'eux. »
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La nuit suivante, la nuit de la pleine lune, elle s'installa au pied de l'arbre-cœur. Elle récita des poèmes et joua de la flûte pendant plusieurs heures et, enfin, vit une branche se baisser pour lui offrir un fruit. Elle s'inclina, rangea son instrument, et repartit en direction de sa maisonnée, ravie de son succès.
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Sur le chemin du retour, elle s'arrêta de nouveau chez Momo Kong.
« Puisque votre quête est finie, dit la vieille femme en regardant le fruit avec attention, savez-vous ce que vous réserve votre futur ? »
Molan sourit :
« Le futur est à la portée de mon intelligence et de ma beauté. Puisque j'ai réussi et que ma dot sera belle, je veux choisir un époux qui soit digne de mes attentes et rien ne me satisfera en-dessous d'un fils de duc car ma sœur aînée à épousé un comte. »
Momo Kong, qui avait vu fleurir les intrigues de palais, hocha la tête sagement et ne lui répondit rien. Molan repartit.
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Elle se dépêcha pour être sûre de ne pas manquer le rendez-vous proposé par le sixième fils de la duchesse Liang. Elle arriva en avance et lui envoya un message en le prévenant que ses habits avaient été abîmés par le voyage et qu'elle n'était pas présentable pour une rencontre. Le soir, un servant lui apporta des robes de la soie la plus fine et de délicats ornements à mettre dans ses cheveux, qu'elle enfila avec joie.
Elle le retrouva dans une auberge et ils parlèrent de poésie, de théâtre et de musique jusqu'au petit matin. Quand le ciel fut gris juste avant l'aube, Molan pleura.
« Ah, mon ami, soupira-t-elle quand le sixième fils de la duchesse Liang s'inquiéta, c'est que notre conversation a duré toute la nuit. Que va dire ma famille quand ils apprendront cela ? Je vais leur faire honte et je vais empêcher mes sœurs de faire un beau mariage ! Oh, quel malheur de n'avoir pas vu le temps passer ! »
Elle ne permit pas à son ami de la réconforter, invoquant la honte de ses ancêtres et le futur de ses sœurs jusqu'à ce qu'il promette de parler à sa mère de fiançailles. Alors enfin elle sécha ses larmes, lui promis d'obtenir de son père une dot qui ferait honneur à une famille de ducs malgré, et reprit son chemin.
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Enfin, elle foula les chemins familiers de la demeure familiale. Pleine du futur qui s'ouvrait à elle, elle serra sa mère dans ses bras, s'inclina devant son père et l'épouse principale, et demanda à voir sa grand-mère. Avec beaucoup de précaution, elle sortit le coffret où elle avait mis le fruit de l'arbre-cœur et retira le couvercle.
Aussitôt, tout le monde se recula et se couvrit les narines car le fruit exhalait une odeur pourrie et fermentée à la fois. Sa chair était flétrie et grouillait de vers.
« Comment oses-tu présenter une telle chose au chevet de ta grand-mère !, s'exclama l'épouse principale. Servant, allez jeter cette chose immédiatement. »
Molan tenta d'expliquer qu'elle avait bien atteint le but de son voyage et qu'elle ne comprenait pas comment une telle chose avait pu arriver, mais ses supplications et celles de sa mère ne purent assez attendrir le père pour qu'il la récompense de la dot promise.
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Le soir, alors qu'il soupirait au chevet de sa mère, son épouse principale vint le voir :
« Époux, je vous ai laissé envoyer Molan malgré mes réticences parce qu'elle est votre fille préférée. Mais son échec prouve que la fille d'une concubine est toujours inférieure à un enfant légitime : laissez ma Rulan prouver sa piété filiale et chercher le fruit de l'arbre-cœur. »
Le lendemain, sa mère s'adressa à Rulan :
« Mon enfant, fait tes bagages et va chercher le fruit qui guérira ta grand-mère. »
Rulan hésita : elle aimait sa grand-mère mais elle n'avait pas envie de commencer un voyage que sa sœur avait décrit comme long et difficile.
« Tu es bientôt en âge de recevoir des prétendants, insista sa mère. Tu es la fille légitime, mais ton père n'a jamais caché qu'il préférait l'enfant de la concubine Lin. Puisqu'elle a échouée, il faut que tu lui prouves que tu mérites son amour et son attention. »
Et Rulan, qui avait souffert des moqueries de Molan et qui avait toujours fini derrière elle fut convaincue, s'apaisa et prépara son voyage.
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Rulan partit donc en direction de l'arbre-cœur, résolue à réussir sa quête. En chemin elle croisa d'abord un homme poussiéreux et à la barbe mal tenue qui portait un enfant dans ses bras.
« Mes excuses mademoiselle, mais vous avez l'air d'avoir parcouru une longue route. Pourriez-vous me dire si vous avez croisé un enfant qui ressemble à ce portrait ? C'est mon fils et il a été enlevé par une marâtre. »
Rulan réfléchit et ne trouva aucun enfant sur son chemin qui correspondait à la description.
« Je ne peux pas vous aider, monsieur, mais je peux garder votre enfant pour faciliter vos recherches pour la journée. »
L'homme s'inclina devant sa générosité et Rulan joua avec l'enfant jusqu'à son retour. Quelle pitié, songea-t-elle en les regardant se perdre dans la foule, quand l'enfant était aussi bien élevée et joyeuse !
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Quelques jours plus tard, Rulan marchait à côté d'une prairie lorsqu'elle entendit des applaudissements et des encouragements. Elle tourna la tête et découvrit que de nobles familles avaient monté des estrades et disputaient des parties de polo. Quelqu'un l'appela :
« La duchesse Liang célèbre le printemps et tout le monde est bienvenu. Vous avez l'air d'avoir marché longtemps, venez vous rafraîchir avant de poursuivre votre route ! »
Heureuse à l'idée de reposer ses pieds, elle suivit la servante qui lui avait ainsi parlé pour remercier la générosité de son hôtesse. Elles croisèrent une adolescente en larmes.
« Pourquoi des pleurs en de si joyeuses circonstances ?, demanda Rulan à la servante.
-Cette jeune fille a perdu sa mère très jeune et n'a que peu de souvenir d'elle. Sa demi-sœur a volé un collier qu'elle tenait d'elle l'a parié pour un match de polo. Elle ne sait pas jouer et sa sœur est si douée à cheval qu'elle ne trouve personne pour relever le pari.
-Ah, quelle honte !, s'exclama Rulan qui pensait à sa sœur aînée. Oh, si je savais jouer au polo, je l'aurais aidé. »
Elle hésita, et puis elle retira un bracelet.
« Ce n'est pas grand-chose, mais donnez-lui ce bracelet. Il pourra lui servir de récompense si elle trouve un champion. Je les encouragerai des gradins !
Elle fut présentée à la duchesse qui reconnut son nom et l'invita à regarder les match avec elle. Rulan accepta.
« Je crois que j'ai déjà vu une de vos sœurs, dit la duchesse.
-Ma sœur Molan est passée par là il y a un mois, dit Rulan, mais elle n'a pas parlé d'une fête comme celle-là.
-C'était son nom. Elle allait chercher un fruit de l'arbre-cœur pour guérir sa grand-mère, n'est-ce pas ? C'est un acte de piété filiale qui fait honneur à tous les enfants de votre maison.
-Hélas, madame, le fruit qu'elle a rapporté n'était pas bon, révéla Rulan, et je suis maintenant chargée de la même quête. »
La duchesse Liang hocha la tête et changea de sujet de conversation. Quand Rulan la remercia de son hospitalité et annonça qu'elle devait repartir, elle appela son fils :
« Incapable !, le gronda-t-elle. Tu me dis que tu veux épouser une fille de la famille Sheng et qu'elle aura une dot qui fera oublier sa naissance, mais je viens de voir une de ses sœurs qui m'a dit que ce ne serait jamais le cas. Je t'interdis de la mentionner de nouveau ! »
Le sixième fils s'inclina devant la colère de sa mère.
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Comme pour sa sœur, Rulan s'engagea dans les montagnes et peina sur le sentier ardu qui l'amenait vers l'arbre cœur. Comme elle, elle fut emplie de soulagement en voyant la chaumière de Momo Kong et accepta avec joie d'y passer la nuit.
« Rares sont les voyageurs qui passent sur ce chemin et tous ont une seule destination, dit momo Kong en servant du ragoût. Pourquoi cherchez-vous l'arbre-cœur ?
-Ma grand-mère est très malade et seul un de ses fruits peut la soigner, répondit Rulan. Ma mère m'a fait promettre de l'aider.
-Ah, dit la vieille femme. Hélas, l'arbre-cœur est vieux et capricieux et ne donne plus de fruit à chaque pleine lune. Comment pensez-vous le convaincre de vous en donner un ?
-Oh, murmura Rulan qui ne s'était pas posé la question. Je pense que je peux l'amuser assez pour lui donner envie de m'en donner un. »
La momo sourit.
« Dans ma jeunesse, j'ai éduqué des enfants du palais impérial, dit-elle. Rares sont ceux qui avaient une telle joie de vivre. Je vous souhaite bon courage. »
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La nuit suivante, la nuit de la pleine lune, Rulan s'installa au pied de l'arbre-cœur. Elle bavarda avec bonne humeur et le divertit avec tant d'énergie qu'il baissa une branche et la laissa cueillir un fruit. Rulan lui offrit un ruban qu'elle noua autour de la branche en signe de remerciement et s'inclina avant de repartir en direction de sa demeure, heureuse à l'idée de réussir là où sa sœur avait échoué.
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Sur le chemin du retour, elle s'arrêta de nouveau chez Momo Kong.
« Puisque votre quête est finie, dit la vieille femme en regardant le fruit avec attention, savez-vous ce que vous réserve votre futur ? »
Rulan fit la moue :
« Je sais que ma mère va vouloir utiliser ce fruit pour obliger mon père à chercher un époux noble et influent. Mais je veux utiliser ce fruit pour lui demander qu'il s'assure qu'il soit gentil, quand bien même ses titres et sa richesse sont inexistants. »
Momo Kong, qui avait vu fleurir les intrigues de palais, hocha la tête sagement et ne lui répondit rien.
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Rulan, qui avait bien vu l'état du fruit qu'avait amené sa sœur fit de son mieux pour se dépêcher et pour garder la boîte au frais.
Sur la route, une carriole la dépassa et s'arrêta. Un jeune homme qui portait des habits d'érudit en descendit :
« Mademoiselle, vous avez fait tombé votre mouchoir. »
Elle s'en saisit et le remercia de son attention.
« J'ai l'impression que vous êtes pressés, continua-t-il. Nous allons dans la même direction que vous : pouvons-nous vous avancer ? Je suis là avec ma mère et sa servante : votre réputation sera protégée. »
Rulan hésita quelques secondes : la carriole n'était pas un palanquin, mais elle était fatiguée et ses pieds lui faisaient mal. Elle accepta.
Ils découvrirent bientôt que leur destination était la même, et que le jeune homme devait rencontrer son père pour affaire.
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Ils voyagèrent ensemble et, en rentrant dans la ville, le jeune homme se tourna vers elle :
« Votre quête et la guérison de votre grand-mère sont plus importantes que mon entrevue avec votre père. Nous allons passer la nuit dans une auberge et nous le préviendrons demain de notre arrivée. »
Rulan approuva, heureuse de le voir toujours aussi galant à son égard et lui promis que si elle le pouvait, elle parlerait en sa faveur à son père.
Elle revint donc dans la demeure familiale, présenta ses respects à ses parents.
« J'ai été aidé par un homme qui doit vous voir, dit-elle à son père, sans lui je ne serais pas rentrée aussi rapidement. Lorsque vous le reverrez, pourrez-vous le remercier encore de ma part ? »
Lorsqu'elle dit son nom, le père reconnu l'un des érudits qu'il souhaitait rencontrer pour le mariage de Molan. Il hocha la tête.
Ensembles, ils se rendirent au chevet de la grand-mère et Rulan ouvrit la boîte qui contenait le fruit de l'arbre-cœur et s'exclama de dépit : comme pour sa sœur, le fruit grouillait de vers et était inutilisable. Sa mère la gronda vertement, elle pleura parce qu'elle aimait sa grand-mère et qu'elle aurait voulu qu'elle guérisse, et se retira dans ses quartiers.
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Le soir, la sixième fille de la famille Sheng alla dans le bureau où son père soupirait :
« Mon père, dit-elle, mes sœurs sont parties avant moi parce qu'elles ont des mères pour s'inquiéter de leur futur. Mais maintenant que grand-mère est toujours malade et que mes sœurs ont échoué, je veux partir moi aussi. Elle m'a élevée et je veux qu'elle guérisse. »
Le père baissa la tête :
« Crois-tu vraiment que tu peux réussir là ou tes sœurs ont échoué ?, demanda-t-il.
-Je sais que grand-mère est la chose que je chéris le plus sur cette terre et que je suis prête à sacrifier tout pour qu'elle continue encore d'y demeurer, répondit Minglan. »
Le père soupira encore, mais il souriait un peu devant cette affirmation farouche et accepta qu'elle parte.
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Minglan partit donc de bon matin sur la même route qu'avaient foulé ses sœurs. En chemin, elle d'abord un homme poussiéreux et à la barbe mal tenue qui portait un enfant sous le bras.
« Mes excuses mademoiselle, mais vous avez l'air d'avoir parcouru une longue route. Pourriez-vous me dire si vous avez croisé un enfant qui ressemble à ce portrait ? C'est mon fils et il a été enlevé par une marâtre. »
Minglan n'avait pas vu l'enfant, mais elle dévisagea longuement son interlocuteur.
« Je vous connais, affirma-t-elle. Lorsque vous étiez enfant, vous m'avez aidé à trouver un docteur pour ma petite mère qui se mourrait. Vous êtes le fils du comte Gu, qui a perdu la faveur de notre empereur. »
L'homme éclata de rire :
« Est-ce ainsi que l'on parle à quelqu'un qui vous a aidé ?, s'amusa-t-il. »
Minglan sourit elle aussi, et regarda la petite fille qu'il tenait dans ses bras.
« Je n'ai pas vu l'enfant et je n sais pas comment vous aider dans vos recherches, dit-elle, mais j'ai une dette envers vous. Je vous prie d'examiner ce que je vais vous dire à cette lumière et vous rappeler que j'ai perdu ma mère comme vous avez perdu la votre. Ramenez l'enfant chez votre père ou chez une nourrice en qui vous avez toute confiance, et assurez-lui d'avoir l'éducation qu'elle mérite avant de reprendre vos recherches. Il est difficile d'être fille et de n'avoir personne pour vous protéger. Vous êtes son père et vous l'aimez : vous vous devez d'assurer son futur puisque sa mère n'est pas là pour le faire. »
Le fils du comte Gu réprima la colère née ses conseils et par respect pour elle, changea de sujet :
« Et vous ?, demanda-t-il. Vous parlez avec tant d'assurance que je sais que vous avez suivi l'histoire de mes échecs, mais je ne sais pas ce qui vous a mené à voyager seule sur ses routes plutôt que de broder chez vos parents. N'êtes-vous donc pas en âge de chercher un mari ?
-Ma grand-mère est très malade. J'ai promis de ramener un fruit de l'arbre-cœur, même si mes deux sœurs ont échoué avant moi et je ne sais pas si je peux réussir. Quant au mariage, je n'y pense pas, mon père doit déjà s'occuper de mes sœurs et sans mère pour me défendre, il ne se préoccupera pas de moi avant un moment. »
Le fils Gu éclata de rire :
« Je vois que vous êtes en effet trop occupée pour chercher un époux. Je vous souhaite bon courage pour votre quête et puissiez-vous réussir ! »
Elle le remercia et commença à repartir quand sa voix résonna dans son dos :
« Qui sait ? Peut-être que vous trouverez aussi votre époux comme le fruit qui guérira votre grand-mère. »
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Quelques jours plus tard, elle marchait à côté d'une prairie lorsqu'elle entendit des applaudissements et des encouragements. Elle tourna la tête et découvrit que de nobles familles avaient monté des estrades et disputaient des parties de polo. Quelqu'un l'appela :
« La duchesse Liang célèbre l'été et tout le monde est bienvenu. Vous avez l'air d'avoir marché longtemps, venez vous rafraîchir avant de poursuivre votre route ! »
Minglan hésita, et finit par accepter car le contraire aurait été impoli. Elle suivit la servante pour remercier son hôte et elles croisèrent une adolescente en larme.
« Pourquoi des pleurs en de si joyeuses circonstances ?, demanda Minglan à la servante.
-Cette jeune fille a perdu sa mère très jeune et n'a que peu de souvenir d'elle. Sa demi-sœur a volé un pic à cheveux qu'elle tenait d'elle et l'a parié pour un match de polo. Elle ne sait pas jouer et sa sœur est si douée à cheval qu'elle ne trouve personne pour relever le pari. »
Minglan serra ses lèvres et continua son chemin.
Elle fut présentée à la duchesse et s'inclina devant elle. Celle-ci reconnu son nom et l'invita à la rejoindre. Minglan bavarda avec elle en regardant les match, et vit apparaître le pic à cheveux que la servante avait mentionné.
« Madame, dit-elle, j'aimerais avoir une chance de le gagner, mais je ne connais personne à cette fête et je ne sais pas à qui demander pour avoir un partenaire. »
La duchesse Liang aimait beaucoup le polo et était impulsive. Plutôt que de lui pointer d'autres joueurs, elle appela sa servante :
« Prépare deux chevaux, ordonna-t-elle. Mon invitée et moi allons disputer cette partie ensemble. »
Puis lorsque la servante s'éclipsa pour suivre ses ordres elle se tourna de nouveau vers Minglan :
« Les autres parties avaient en récompense d'autres bijoux plus précieux que celui-ci. Pourquoi vous intéresse-t-il tant ?
-Madame, avez-vous remarqué la personne qui le regarde avec tant de désespoir à côté du terrain ? Il s'agit d'un souvenir de sa mère défunte. J'ai perdu ma propre mère et je sais à quel point de tels objets sont précieux et j'aimerais donc le lui rendre. »
La duchesse hocha la tête et se désintéressa du sujet. Une fois sur le terrain, elle découvrit que Minglan était une joueuse accomplie et elles gagnèrent facilement la manche sous les applaudissements de leur public.
« Ah ! Voilà qui me rappelle ma jeunesse ! J'ai été aussi décidée et énergique que vous en mon temps. Venez, que je vous présence à mon fils. Je suis sûre que vous allez vous entendre ! »
Minglan accepta parce qu'elle ne pouvait pas refuser, mais mentionna sa quête pour guérir sa grand-mère et réussi à partir peu après.
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Comme pour ses sœurs, Minglan s'engagea dans les montagnes et peina sur le sentier ardu qui l'amenait vers l'arbre cœur. Comme elles, elle fut emplie de soulagement en voyant la chaumière de Momo Kong et accepta avec joie d'y passer la nuit.
« Rares sont les voyageurs qui passent sur ce chemin et tous ont une seule destination, dit momo Kong en servant du ragoût. Pourquoi cherchez-vous l'arbre-cœur ?
-Ma grand-mère est très malade et seul un de ses fruits peut la soigner, répondit Minglan.
-Ah, dit la vieille femme. Hélas, l'arbre-cœur est vieux et capricieux et ne donne plus de fruit à chaque pleine lune. Comment pensez-vous le convaincre de vous en donner un ?
-Comment pourrais-je savoir comment convaincre un être que je n'ai jamais rencontré ? Mes deux sœurs ont tenté et ont échoué malgré leur talent. J'ai apporté avec moi des étoffes précieuses, des jeux et des poèmes, mais si vous avez des conseils à m'offrir à ce sujet, je vous prie de les révéler car ma grand-mère est très chère à mon cœur. »
Momo Kong hocha la tête :
« Dans ma jeunesse, j'ai éduqué des enfants du palais impérial, raconta-t-elle. Parmi eux, il y avait un jeune prince maladif qui était persuadé que seul un fruit de l'arbre-cœur serait capable de le guérir malgré les dénégations des médecins. Il envoya des servants et l'arbre-cœur leur dit que son fruit ne pouvait pas aider le prince. Devant les supplications des servants qui redoutaient leur punition, il accepta de les laisser en emporter. Comme le fruit n'avait pas d'effet, il tua les servant et envoya ses gardes. L'arbre fit la même réponse et les soldats lui arrachèrent un fruit de force avant de le ramener au prince. Comme il n'était toujours pas guéri, sa mère se rendit jusqu'à l'arbre et pleura des larmes amères pour son fils chéri. L'arbre répéta que ses fruits ne pouvaient pas le guérir et la mère revint au palais les mains vides en jurant de se venger. Elle ordonna à son frère d'enterrer au pied de l'arbre un charme qui attirerait vers et flétrissures sur ses fruits. Sa volonté fut respecté et depuis, même lorsque l'arbre-cœur accepte de donner ses fruits, ils ne peuvent sauver personne. »
Minglan posa sa tasse de thé et s'inclina pour remercier la vieille femme de son récit.
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La nuit suivante, la nuit de la pleine lune, Minglan arriva devant l'arbre-cœur et commença à creuser la terre. Les mains ampoulées, elle atteint enfin un bout de papier et le retira délicatement de la terre avant de le faire brûler. Dès que le dernier angle finit de se consumer, elle entendit l'arbre soupirer d'aise et baisser ses branches, au bout desquelles elle put cueillir un fruit.
Elle s'inclina devant l'arbre et repartit, heureuse à l'idée qu'elle pourrait sauver sa grand-mère.
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Sur le chemin du retour, elle s'arrêta de nouveau chez Momo Kong.
« Puisque votre quête est finie, dit la vieille femme en regardant le fruit avec attention, savez-vous ce que vous réserve votre futur ? »
Minglan resta silencieuse un long moment.
« Je ne sais pas de quoi mon futur sera fait, répondit-elle. J'aime les choses bonnes et belle, mais mon esprit est glacé et coupant comme un couteau. N'ai je pas hier encore tué la colère d'une mère qui a perdu son enfant juste pour sauver la personne que j'aime le plus sur cette terre ? Je ne regrette pas cette action. Que peut espérer une telle personne pour son futur ? »
Momo Kong, qui avait vu grandir bien des enfants, hocha la tête sagement et ne lui répondit rien.
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Sur le chemin du retour, Minglan ne s'arrêta pour personne. Cela faisait longtemps que sa grand-mère était malade et elle craignait d'arriver trop tard. Elle trouva sa maison dans un état de fébrilité qu'elle n'avait jamais connu. Sa servante, qui s'était précipitée à sa rencontre lui raconta en chuchota que sa sœur aînée avait été surprise dans les bras du sixième fils de la duchesse Liang, que leur famille risquait la ruine et qu'un général à la réputation sulfureuse en profitait pour demander en mariage l'une des filles de la famille Sheng, et son père s'osait pas refuser devant le scandale qui se profilait. Tant d'annonces funestes avaient empiré l'état de sa grand-mère.
« Prévenez mon père de mon retour, mais dites-lui que ce n'est pas la peine de m'accueillir tout de suite. Je vais chez ma grand-mère immédiatement, décida Minglan. »
Au chevet de sa grand-mère, elle ouvrit la boîte seule, et découvrit que le fruit était frais comme au premier jour. Elle le coupa et le fit manger tranche par tranche à sa grand-mère et vit la pâleur de sa maladie se dissiper lentement et l'intelligence acérée revenir dans son regard. Enfin, sa grand-mère avala le dernier morceau et soupira.
« Mes souvenirs sont flous, mais si tu es seule, c'est que notre famille traversent des remous. Allons ! Appelle quelqu'un pour que je m'habille en emmène-moi voir mon fils : il est temps que j'intervienne. »
