CHAPITRE 1
Les yeux fixes il regarda Rey monter dans le vaisseau et fermer la porte derrière elle. Elle ne pouvait pas faire ça ! Il l'avait tué pour elle ! Il lui avait proposé le monde ! Le pouvoir. Quelle droit avait-elle de l'abandonner ainsi ? Comment osait-elle lui tourner le dos ? Comment osait-elle lui montrer un visage déçue et triste, en se détournant de lui ? Elle ne pouvait pas faire ça. C'était impossible, c'était injuste. Il hurla. Elle n'avait pas le droit.
Sa rage était dévastatrice, une vague dévastatrice et salvatrice qui balaya tout sur son passage, ne laissant que la souffrance, le sentiment de trahison et le pouvoir d'un puissant désir de vengeance. Il se laisse dominer par ses sentiments les plus noirs. La Force obscure tournoya autour de lui, envoyant valser le mobilier contre les murs, une table se brisa en deux, les chaises furent réduites en petit bois, les verres et la carafe se brisèrent en milles éclats. En désespoir de cause, n'ayant plus rien à par des murs et lui même à détruire. Il abattit son poing contre un mur, puis l'autre. Une fois. Deux fois. Trois fois. Quatre fois. Cinq fois. Six fois. Le sang coula sur le sol, rejaillit sur les murs, ses jointures n'étaient plus que des lambeaux de chairs sanguinolents. Des gémissements jaillirent de sa poitrine, faibles au début puis de plus en plus forts. La fatigue prit le dessus, il n'avait plus assez d'énergie pour alimenter la noirceur qui l'habitait. Agenouillé il finit par pleurer sa peine, sa détresse, sa confusion, sa douleur face à la perte d'un être cher. De grosses larmes roulèrent sur son visage et s'échouèrent au sol.
Durant les mois qui suivirent il traqua la Résistance sans jamais réussir à revoir Rey. Même leur lien s'était dissipé. Ils n'étaient plus en phase. Il ne la voyait plus, il l'avait perdu. Dans ses rêves il tendait la main pour ne saisir que de l'air. Il était seul. Et désormais il rentrait à la base. Le Général Hux avait en son absence tenté et même réussi à prendre quelque peu le pouvoir, il avait du soutien et le jeune Sith devait récupérer son pouvoir. Sinon il risquait de tout perdre. Il était le nouveau Suprême Leader, il était temps qu'il s'impose comme tel. Il redressa les épaules, bomba le torse et somma qu'on lui prépare les appartements du feu Suprême Leader Snoke.
Lorsqu'il entra il put sentit l'odeur de Snoke encore présente dans l'air après pourtant toujours autant de temps. Personne n'avait dû entrer depuis sa mort. Non. Depuis qu'il l'avait éliminé, il pouvait encore sentir l'odeur de chair brulée, la sensation de son sabre laser le sectionnant. Il esquissa une grimace mêlant haine pure et profonde satisfaction. Avec sa disparition, il avait pris sa place, blâmant Rey et la Résistance de sa mort. Grâce à ce trône il allait pouvoir détruire les restes du passé : le Premier Ordre et la Résistance. Être à la tête d'une telle puissance militaire allait lui permettre d'éliminer tous ceux qui lui résisterait et cela lui permettrait de démanteler et reformer comme il l'entendait la dictature dont il est le dirigeant.
Les yeux brillants il explora, c'était immense et il perçut certaines pièces cachées, mais surtout un espace vide. Comme si la Force y était niée. Comment était-ce possible ? Cela pouvait-il réellement exister ? Il se souvint que son oncle, il y a très longtemps lui avait raconté une légende sur de petits animaux. Ysalamiri, de la planète Myrkr qui possédaient la capacité de créer un champ dans lequel les effets de la Force s'annulent. A l'intérieur ou à travers, impossible de percevoir quoique ce soit ou d'utiliser un quelconque pouvoir lié à la Force. Cette capacité était une protection contre leur prédateur naturel : le Vornskr. En effet cette créature est capable de percevoir l'utilisation de la Force, ce qui la met en rage. Il est dit que les Yuuzhan Vong remarquèrent cette particularité et utilisèrent les prédateurs de Myrkr pour créer les Voxyns, de véritables machines à tuer sensibles à la Force, et donc capables de sentir et de traquer les Jedi. C'était une légende, créée pour faire peur aux enfants. Enfin, c'était ce qu'il croyait avant qu'elles ne soient corroborées par Luc Skywalker quand il n'était encore qu'un enfant. Face à ce souvenir doux-amer un poids se retira de sa poitrine. L'obscurité se rétracta.
Il sentit l'excitation monter en lui, il se mit au milieu de la pièce et ouvrit ses sens. Dans l'un il sentit des présences humaines, il sentit sa gorge se nouer, ce devait être des esclaves sexuels. Dans l'autre il ne sentit rien, ce n'était sûrement que des objets inanimés. Dans une troisième pièce il perçut une présence menaçante et animale, une sueur froide le recouvrit soudain de la tête aux pieds. Il décida de commencer par cette pièce, il entra, sabre à la main, et à la lumière rouge il découvrit, enfermés dans de solides cages et écumants de rage, ce qui semblaient être des Voxyns... De grands reptiles aux yeux jaunes, longs d'environ quatre mètres et hauts de quatre-vingt centimètres, ils avaient également huit pattes, une tête plate avec une énorme et puissante mâchoire, un long corps tortueux entièrement recouverts d'écailles noires, de longues lignes de cils épais et sensitifs disposés le long de l'arrête dorsale, une longue queue terminée par de longs filaments blancs disposés en panache tel un redoutable fouet. Kylo Ren malgré tout son courage sentit ses forces faiblirent quand ses yeux sombres à lui croisèrent ceux clairs d'un jaune malsain de son prédateur. Éberlué il recula doucement, sans mouvement brusque, sans jamais tourner le dos à la créature.
Mais bordel qu'est-ce que Snoke avait dans le crâne pour avoir des bestioles pareilles dans ses appartements ?! Le Sith s'écroula au sol, tremblant. Il prit de profondes inspirations pour se calmer et réfléchir. Il réalisa que c'était pour Luc Skywalker et lui qu'elles étaient là. C'était pour pouvoir les éliminer. La rage l'envahit à nouveau, mais il se calma immédiatement en pensant que cet instrument de mort était désormais le sien. Mais il jubilerait plus tard. Pour prendre le temps de se calmer il choisit d'entrer dans la pièce qu'il pensait contenir des objets. Et en effet il découvrit une armurerie très complète. Je pourrais tenir un siège depuis mes appartements et attendre que le camp ennemi n'ait plus de munitions. Derrière la troisième porte il découvrit ce qu'il pensait : des femmes, de nombreuses origines différentes, plus belles les unes que les autres et plus terrifiées les unes que les autres. Mais en voyant la silhouette de celui qui entrait il les vit se détendre, puis se faire langoureuses et séductrices. Il avala sa salive et sortit précipitamment, mal à l'aise. Des flashs de Snoke avec elles lui firent monter de la bile à la bouche.
Pour entrer dans la dernière pièce, celle qui niait la Force il dût rassembler tout son courage. Même la pièce où était enfermés les Voxyns n'avait pas autant de précautions. De nouvelles sueurs froides le recouvrirent, il entra là aussi sabre à la main et sursauta quand la lumière s'alluma automatiquement. Un rire nerveux le secoua et une fois ses esprits repris, il découvrit alors une salle de soin complète, également une salle de torture et au fond il y avait une cellule. C'était des Ysalamiris qui bloquaient la Force. Le droïde médical vint le saluer.
— « La patiente a besoin de beaucoup de soins, cela va faire deux mois qu'elle n'a pas mangé et n'a pas été soignée selon les ordres du défunt Suprême Leader Snoke. »
— « Comment cela ? » Il ne comprenait pas.
— « Le dernier ordre a été de ne pas la soigner, la libérer de ses chaines, ou la nourrir. » Horrifié il regarda la pièce du fond, encore dans l'ombre. Maudits droides sans réflexion !
— « De quand date cet ordre ? »
— « Juste avant la mort du Suprême Leader. »
Il vacilla, et s'avança vers le fond. Avant d'ouvrir la porte il prit une grande inspiration.
En entrant, malgré sa respiration coupée, Kylo Ren fut prit à la gorge par l'odeur d'urine, d'excréments et de pourriture qui imprégnait l'air malgré le système d'aération et de ventilation, ses yeux s'humidifièrent à cause de l'atmosphère. Le Sith vit une forme pâle enchainée à une croix. Elle était reliée à des tuyaux, squelettique et sale, d'une puanteur insoutenable. Ses cheveux étaient emmêlés, crasseux de sang. Le sol était souillé de déjections et d'hémoglobine. Son corps était recouvert de longues et profondes cicatrices suintantes et purulentes. Il contempla ses poignets si fins qu'il se demanda comment ils ne se brisaient pas dans ses chaines. Il ne prononça aucun mot devant tant d'horreur, il était incapable de respirer tant la puanteur était forte. Ses plaies étaient à vomir, sa maigreur était terrifiante, ce n'était plus qu'un sac d'os putride dont la poitrine se soulevait à peine. Et pourtant la pauvre chose continuait de respirer, faiblement certes, mais régulièrement. Envers et contre tout, toujours en vie.
— « S'il a interdit toute forme de soin pourquoi est-elle reliée à ces tuyaux ? » Le robot s'approcha et débita sans aucune intonation.
— « Les deux injectent continuellement un produit dans son organisme. Le premier la coupe de la Force, elle ne peut plus la sentir et le second la prive de ses pouvoirs, il l'empêche d'utiliser la Force. »
— « Si l'un d'eux la bloque de la Force alors pourquoi l'emprisonner en plus à l'aide des Ysalamiris, qui ont la même fonction ? Et quels sont ses pouvoirs ? »
— « Je ne connais pas les réponses à toutes vos questions. »
Kylo Ren soupira.
— « Par contre je sais qu'elle a un pouvoir de régénération, mais j'ignore quels sont les autres. »
Le jeune Sith sentit sa mâchoire se décrocher, aussitôt il serra les dents pour éviter à sa dignité de partir en miettes. Régénération ? Une telle chose était-elle seulement possible ?
— « Que sais-tu ? »
— « Je sais que je la soigne depuis trois ans mais qu'elle était sous l'emprise du Suprême Leader Snoke depuis bien plus longtemps. Elle est celle qu'il blessait quand il était contrarié ou qu'il voulait passer le temps. »
Le Sith eut comme un sentiment de déjà vu en entendant cela. Il regarda le corps abimé de la prisonnière et en se tournant percuta le robot causant un bruit de ferrailles lorsque les instruments tombèrent au sol. Elle poussa un faible gémissement et quand il lui jeta un coup d'oeil elle le regardait. Ses yeux étaient gris.
Ce fut brutal.
Le temps se figea, il fut comme aspiré par ses iris couleur de brume, se souvenant de cette fois là. Il se revit hésitant devant la porte, se rappela Hux le regardant avec haine, la rage de Snoke et puis tout s'étiola quand la tête de la jeune femme retomba vers le sol. Il s'approcha vivement du corps inerte pour constater avec soulagement qu'elle s'était simplement évanouie. Il appela un Stormtrooper infirmier pour s'occuper d'elle.
— « Soignez la. Elle détient des informations que je veux. Si vous avez des questions posez les au droïde qui est là bas. »
— « A vos ordres Suprême Leader. »
Il s'apprêtait à partir quand il repensa soudain à un détail important, il se retourna.
— « D'autre part, savez-vous où se trouve le Général Hux ? »
— « Il est à la salle des commandes. »
Sans rajouter un mot Kylo Ren, dans une envolée de cape noire s'éloigna.
L'instant de nostalgie était brisé, il ne vit bientôt plus que les possibles avantages qu'une prisonnière si précieuse à Snoke pouvait représenter pour lui désormais. Ses yeux s'éclairèrent d'une lueur mauvaise et sa bouche esquissa un rictus. Il fallait la sauver. C'était une nécessité. Il fallait qu'il trouve quelque chose pour augmenter son pouvoir, son influence. Et il allait devoir faire preuve de doigté pour récupérer des informations. Il allait interroger Hux sur la captive. Il devait savoir quelque chose sur elle. Mais il ne pouvait pas se permettre d'entrer de force dans la tête de Hux. Il ne pouvait pas briser le fragile équilibre qui existait entre eux. Hux étant le chef des armées, lui-même étant le Suprême Leader et le dirigeant des Chevaliers de Ren. Il ne pouvait pas créer de soulèvement, il devait créer une unité. Il erra dans les couloirs, en pleine réflexion, se dirigeant lentement vers son but, il finit par se retrouver devant une immense baie vitrée, devant la démesure de l'univers, devant des milliards de brillantes galaxies. Il se sentit minuscule et fragile. Il serra les dents. Il n'était ni l'un ni l'autre, plus jamais. Se redressant de toute sa stature il attisa sa haine, qui comme un feu de napalm brûla tout sur son passage, consumant tout ce qui pouvait le rendre doux et sensible, détruisant et renforçant le côté obscur de la Force. Il se sentit puissant, envahit par une grande noirceur, gommant toute hésitation, toute réticence. Il carra les épaules, bomba le torse et redressa la tête. Assuré, confiant il alla chercher Hux.
