CHAPITRE 2

Le général sentit une présence derrière lui, elle était, sinistre, sombre et menaçante. Il retint un énième soupir. Kylo Ren était épuisant. Un gamin immature et capricieux avec un trop grand pouvoir par rapport à ses épaules. Des épaules qui n'étaient pas assez larges pour la charge de travail et les responsabilités qui en résultent. Un visage pâle, hanté et torturé qui ne lui inspirait que mépris. Il se retourna lentement, espérant sans succès qu'il disparaisse.

« Suprême Leader. »

« Général Hux. »

Tous deux se toisèrent avec morgue et arrogance, le plus jeune avait choisit de revêtir son masque, on ne pouvait deviner ce qu'il y avait en dessous. Était-il en train de sourire ? Était-il en train de grimacer ? Personne ne pouvait savoir. Il était beaucoup plus grand que le roux qui mesurait seulement un mètre soixante-quinze tandis que le brun faisait un mètre quatre-vingt-quinze. Celui-ci, malgré tout carra les épaules et leva le menton, assuré et hautain il esquissa un sourire crispé et ses yeux verts s'éclairèrent d'une lueur mauvaise. Il n'allait pas se laisser écraser par la stature de son ennemi. Il a juste été gâté physiquement par la nature, moi au moins j'ai été doté d'un cerveau.

« J'ai découvert la captive de Snoke en train de mourir de faim et de ses plaies dans ses appartements. »

Il susurra presque ses mots et vit avec satisfaction le visage de son subalterne se contracter, il figeait ses expressions, ne désirant sans doute pas qu'il puisse lire ce qu'il ressentait. Mais rien que cela il savait. Il se préoccupait d'elle.

« Oh. Qu'avez-vous fait ? »

« A votre avis ? »

Hux retint de justesse un rictus. Le Sith le testait. Il voulait savoir ce qu'elle était pour Snoke. Qui elle était. Il ne savait rien. Rien du tout. Il afficha une mine impassible et répondit d'une voix tranquille, il était relaxé désormais.

« Elle était importante pour feu le Suprême Leader Snoke. A votre place, je l'aurais fait soigner. »

« C'est en effet l'ordre que j'ai donné. »

« Où est-elle ? »

La question avait fusée. Il jura intérieurement, il ne l'avait pas calculé, c'était sortit tout seul, il se maudit quand il entendit le petit rire sardonique de Kylo Ren.

« Dans mes appartements c'est évident, pourquoi une telle question ? Qu'est-elle donc pour vous Général Hux ? »

Le ton dégoulinant de satisfaction — tel un chat ayant bouloté le canaris de sa maitresse — donna un haut-le-coeur à ce dernier. Elle était encore hors d'atteinte. Il ravala sa déception, il ne pourrait pas la voir. Il se mura dans le silence quelques secondes avec de répondre.

« En sécurité donc. Bien. »

« Vous n'avez pas répondu à ma question. Qu'est-elle pour vous ? »

Il était persuadé que sous ce foutu masque il souriait, un grand sourire dégoulinant de satisfaction. Une goutte de sueur coula dans le dos de l'homme. Qu'était-elle pour lui ? Il n'était même pas sûr de connaitre la réponse. Il l'avait rencontré quand il était encore un adolescent, c'était dix ans auparavant. Il lui apportait à manger et elle s'était mise à lui parler. Elle lui avait même valu une bosse énorme et un mal de crâne carabiné. Mais il était, à par Snoke et le droïde médical, la seule présence plus ou moins humaine qu'elle pouvait côtoyer. Il ne se souvenait plus exactement pourquoi il avait commencé à discuter avec elle après être partit sur d'aussi mauvaises bases mais il avait apprécié. Elle lui avait parlé de sa planète, verdoyante et à l'air si pur. De son peuple, en parfaite communion avec la Force, de leurs coutumes, il y avait même une famille royale ! Il se souvenait parfaitement de son sourire nostalgique lorsqu'elle lui racontait ses frasques enfant, il s'était gravé en lui. Le raclement de gorge du Sith lui permit de reprendre ses esprits.

« Quelle drôle de question. Elle est importante, elle est un précieux pion du feu Suprême Leader Snoke. »

« Si sa sécurité vous inquiète tant je pourrais vous la confier. »

Hux se raidit, il se tint plus droit que jamais, si c'était possible. C'était une carotte. Le bâton était juste derrière. Il ne pouvait pas... Il ne la lui confierait jamais réellement. Ce n'était pas réel. Il voulait juste voir sa réaction. Et il venait de l'avoir. Il tenta un sourire servile, baissant la tête comme s'il était soudain respectueux et humble.

« Elle ne pourrait être plus en sécurité qu'avec vous. »

Ces mots lui coutèrent mais il ne pouvait parler autrement. Même si ce doux sourire le hantait, comme un appel à l'aide, il ne pouvait rien faire. Il se redressa, au garde à vous, plaçant ses mains dans son dos il les tordit aussi fort qu'il le pouvait, ses jointures devinrent blanche, ses ongles s'enfonçant dans sa chaire, il s'arrêta juste avant de se faire saigner. Canalisant sa rage impuissante dans ce simple geste.

« Je vous laisse à vos activités. J'ai à faire. »

Hux se retrancha dans ses quartiers et se plongea dans ses souvenirs.

La première fois qu'il l'avait vue elle était assise tranquillement par terre dans une cellule contre un lit qui n'en avait que le nom, c'était juste une planche de bois cloutée sur des palettes. Il n'était qu'un adolescent dévoré par l'ambition mais totalement effacé qui avait tout juste été embauché pour faire de petites taches telle qu'apporter de la nourriture à une prisonnière. Il l'avait longuement regardé avant de réussir à ouvrir la bouche pour lui dire que son repas était là. Le premier mot lui venant à l'esprit avait été : coloré. Il n'avait jamais vu des cheveux avec autant de nuances. Un véritable arc en ciel pastel ! Elle avait les yeux fermés, la tête penchée légèrement en arrière découvrant une gorge blanche et fine, c'était comme si elle était endormie. Mais à peine avait-il finit sa phrase qu'elle se redressait et que deux yeux gris le transperçaient de part en part. Elle avait esquissé un sourire ravageur, provocateur.

« Salut toi. Qu'y a-t-il à manger aujourd'hui ? »

Il avait rougit jusqu'aux oreilles, assortissant son teint à ses cheveux et il s'était détesté de ce qu'il considérait comme une marque de faiblesse. Il s'était raclé la gorge pour reprendre contenance.

« De la soupe. »

« Oh non pas encore ? Tu veux pas me donner quelque chose d'un peu plus...consistant...? »

Le regard de la captive s'était fait sauvage et il crut voir des crocs étinceler dans son sourire.

Il avait eu toutes les peines du monde à déglutir, comme si c'était lui qu'elle allait dévorer tout cru. Et certainement pas de façon agréable. Etait-elle cannibale ? Il avait entendu parler de tribus lointaines qui dévoraient leurs ennemis. Mais était-elle seulement humaine ? Avec sa crinière, sa peau translucide et ses yeux perçants elle lui apparaissait comme une créature de conte de fée, ou de cauchemar. Comme si elle avait sentit sa peur, elle s'adoucit, l'acier de ses yeux se transforma en un beau gris perle. Comme pour lui dire : ne craint rien, je ne suis pas un monstre.

« Si tu pouvais mettre ces bestioles hors de ma vue je les trouve répugnantes. »

Sa voix était suave, caressante, manipulatrice. Hux se souvenait s'être tourné vers lesdites bestioles, il ne les avait pas trouvé si laides. Mais il les avait déplacé. Personne ne lui fait dis qu'il ne fallait surtout pas.

A peine avait-il terminé qu'il avait senti un changement dans l'air ambiant. C'était la même sensation qu'avant un orage, cette tension dans l'air, l'électricité statique qui s'accumule et qui n'attend qu'une occasion pour exploser et éclater. Il n'était pas lié à la force et pourtant il avait ressentit au plus profond de ses os et de sa chaire la ruée de la force jusqu'alors privée de contact avec la prisonnière, il se souvenait que ses poils jusqu'à ses cheveux s'étaient dressés sur tout son corps et son crâne. Elle avait éclaté de rire, un beau son salvateur qui avait transfiguré son expression. Elle s'était d'un mouvement souple des reins posée sur ses deux pieds, les cheveux en arrière, passant la main dans sa crinière elle avait levé l'autre main. Les barreaux s'étaient déformés, ployant sous une force invisible, fière et victorieuse elle était sortie.

« Merci. »

Elle avait passé la main dans ses cheveux pour les ébouriffer et sans aucune raison apparente il s'était évanouit.

Ce qu'il s'était produit après il l'avait appris d'autres personnes. Elle n'avait pas réussis à s'échapper, Snoke et les Chevaliers de Ren étaient intervenus. Ils avaient réussis à la tenir en échec, mais à vingt contre une il n'y avait pas vraiment de mérite et à lui injecter une substance qu'ils expérimentaient qui l'avait empêché d'avoir accès à la Force. Elle était trop faible. Étrangement il n'avait pu s'empêcher d'avoir pitié d'elle tout en l'admirant pour son audace. Il avait continué à lui servir ses repas et cela n'avait cessé que lorsqu'il avait commencé à réellement gravir les échelons, même si ce n'était pas l'entière vérité.

Lorsque la prisonnière fut amenée à l'infirmerie ce fut le branle bas le combat. Il fallait sécuriser la pièce où elle se trouvait, la laver, nettoyer ses plaies, les désinfecter et les recoudre. Seulement elle ne semblait pas guérir. Ce ne fut qu'après une longue discussion que le Suprême Leader décida de prendre le risque d'arrêter le produit stoppant sa capacité de régénération. Les infirmiers et les médecins s'extasièrent sur les possibilités immenses qu'offriraient son sang. Kylo Ren dût faire preuve de persuasion pour éloigner les vautours de sa prisonnière. Il ne pouvait prendre le risque qu'elle ne se réveille jamais à cause de leurs expériences sur elle. Mais il fut également stupéfait. Ils purent voir à l'oeil nu ses plaies devenir saines puis se refermer. Alors que cela ne faisait que deux jours, son corps, s'il était toujours d'une décharné était redevenu immaculé, seules quelques ombres révélaient ce qu'il avait pût se produire. Mais elle n'avait toujours pas repris conscience.

Kylo Ren l'avait fait installer sur un vrais lit, ainsi elle se sentirait surement reconnaissante lorsqu'elle ouvrirait les yeux. Les aides-soignants l'avait installé sur le dos, sa longue chevelure étalée sur son oreiller, ils étaient la seule note de couleur de la pièce, il tendit la main, une fois propre ils étaient redevenus soyeux. Il regarda autour de lui et, se voyant seul se permit de continuer son exploration, ses doigts glissèrent le long de sa mâchoire, sa peau était douce, il effleura de son index les lèvres moelleuses de la dormeuse, remontant sur sa joue dont il apprécia la courbe, il admira la finesse de ses traits. Même s'il devinait qu'une fois qu'elle aurait retrouvé son poids normal son visage plus rond, en forme de coeur avec des pommettes hautes. Il rougit, il n'avait jamais fréquenté de femme à l'exception de Rey et c'était la première fois qu'il pouvait en observer une de si près à loisir. Elle avait vraiment une peau très pâle, translucide, il pouvait voir sous son épiderme ses veines bleutées, par contre étonnement ses lèvres charnues étaient d'une belle couleur rouge une autre touche de couleur dans le paysage blanc qu'elle offrait. Ses cils, très sombres, si longs qu'ils reposaient sur ses joues l'intriguèrent, ils ombraient son visage paisible et il se demanda ce que cela donnerait si elle était éveillée. Il passa une main dans sa crinière, enroulant une mèche autour d'un de ses doigts, dans cette pièce il se laissa aller à des interrogations de jeune homme. Est-ce qu'il plairait à la gente féminine ? Il ne s'était jamais posé la question. Mais avec Rey et le désir de la posséder il avait commencé à y faire attention. Il était grand, large d'épaules et bien battit mais ses longs cheveux noirs et ses yeux sombres effrayaient bien des gens. Pouvait-il en être autrement ? Il secoua la tête. Pourquoi se souciait-il de tout cela ? Cela n'avait jamais fait partit de ses tourments jusqu'à présent. Pourquoi maintenant ? Alors que Snoke était mort et Rey partie cela l'atteignait-il autant ? Il ne désirait qu'une chose, créer un nouveau monde, un nouvel endroit où tout le monde pourrait vivre en paix, où il n'existerait plus ni Jedi, ni Premier Ordre, ni République. Un monde où il dominerait et exercerait sa voix, sa Loi. Un monde tel qu'il l'entendait. Et cette magnifique créature n'était rien d'autre que l'instrument qui lui permettrait certainement d'atteindre son but.

Elle le fascinait, il se demandait qui elle était, ce qu'elle était, pourquoi Snoke l'avait fait prisonnière et pourquoi elle lui avait tant tenu tête. Quelle était la source de sa force ? Il n'était pas parvenu à se défaire seul de l'emprise de Snoke. Comment avait-elle put résister si longtemps par elle-même ? Avec un dernier regard il se leva et quitta la pièce sans se retourner.

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