CHAPITRE 3 :
Lorsqu'elle ouvrit les yeux elle fut incapable de se situer. D'ordinaire elle se trouvait dans une pièce sombre avec pour seul mobilier une douche, des toilettes et un lit de camp. Mais là tout n'était que blancheur. C'était éblouissant. Elle n'était plus habituée à une telle lumière. Lorsque ses yeux se furent accoutumés elle put observer à loisir la pièce où elle se trouvait. C'était semble-t-il une chambre à part entière. Certainement dans une infirmerie. Il y avait une table de chevet avec une carafe d'eau et deux verres vides, une chaise dans un coin et une autre plus proche. Comme si quelqu'un s'était assis là, attendant son réveil, veillant sur elle. Mais c'était impossible n'est-ce pas ? Elle n'avait plus personne. Et dans cet endroit sinistre sur les deux seules personnes dont elle se souciait, l'une ne connaissait même pas son existence et elle n'avait plus parlé avec l'autre depuis des années plus depuis qu'elle avait grimpé les échelons. Ils étaient tous deux importants et elle une prisonnière. Oh dieu qu'elle détestait cette couleur blanche !
Elle soupira et tenta de se redresser, le corps tout engourdit de son long repos elle n'y parvint qu'à moitié et déjà lasse, épuisée se laissa retomber sur le lit et les oreillers moelleux sur lesquels elle reposait. Attendez. Ce n'est pas normal. Pourquoi c'est moelleux ? Depuis quand suis-je installée confortablement et plus sur un lit spartiate et dur comme de la pierre ? Elle n'en revenait pas. En s'examinant elle réalisa qu'elle n'était plus reliée qu'à une seule solution. Que c'était-il passé pour qu'ils soient obligés de lui retirer la perfusion stoppant sa régénération ? De plus, elle était attachée non par des menottes en métal qui lui irritaient et arraché la peau mais par des liens de contentions fourrés fait pour ne pas blesser.
Elle cligna des yeux et chercha à déterminer les derniers évènements. Snoke était plutôt joyeux, son apprenti avait finit par réussir à capturer Rey, cette vagabonde qui avait la fâcheuse manie de contrarier ses plans. Mais quelle trophée s'il parvenait à la corrompre ! Quelle puissance ! Il exultait à l'idée d'avoir sous sa coupe deux personnes avec une si grande affinité avec la Force. Quel délice que de les faire sombrer, de les faire partir à la dérive. Elle l'aurait presque vu saliver à l'idée de pervertir un autre apprenti de Skywalker.
Il avait donc pris son temps, découpant, taillant dans la chaire de sa souffre-douleur avec délectation, créant un tableau à vif grandeur nature. Que s'était-il passé ensuite ? Kylo Ren avait été annoncé et le Suprême Leader avait ordonné qu'elle soit reconduite mais pas soignée ni nourrie. Et ensuite plus rien. La porte était restée close, ils l'avaient laissé pour compte, encore suspendue par ses chaines, elle pouvait endurer la douleur, elle pouvait endurer la solitude, l'humiliation, mais être plongée dans le noir… Pour la première fois elle commença à craquer, sa forteresse mentale se fissura, ses yeux s'embrumèrent et de grosses larmes coulèrent sur ses joues. Elle ne pouvait même pas bouger, elle était immobilisée. A la place elle avait tiré sur ses chaines jusqu'à déchirer sa chaire, mais même ainsi ses poignets sanglants ne glissèrent, elle ne réussit pas à se libérer. Sa détresse se fit plus violente, elle ne se rendit compte qu'elle hurlait et pleurait que lorsque ses gorges vocales lui firent mal et que ses glandes lacrymales s'asséchèrent.
Ce face à face avec elle-même sans rien d'autre que ses souvenirs et son imagination pour éviter à la folie de la dévorer, sans eau ni nourriture ni soin. A pourrir sur pied. La fièvre l'avait rapidement prise, elle commençait même a avoir des illusions, mais au moins cela la tenait occupée. Avec le produit coulant dans ses veines et bloquant la régénération elle ne guérissait pas du tout. Délirante elle se replongea dans ses souvenirs, tentant de préserver sa santé mentale, sa planète verdoyante et luxuriante, l'air sur sa peau nue et la Force qui l'envahie et la transcende. Tout cela lui avait été arraché. Elle rêvait de sentir à nouveau le soleil sur sa peau, l'herbe entre ses orteils, la fraicheur d'une ombre, le chant des oiseaux, la douceur d'un chat. Avec la Force elle ressentait la vie, elle était le pont entre tous les êtres vivants, sans celle-ci elle était perdue. Comme privée de ses sens, de sa vitalité.
Et là, maintenant, dans ce lit moelleux elle sentit ses nerfs lâcher. Ce confort brisa ses derniers remparts. C'était trop pour elle. Pourquoi ils lui faisaient ça ? Elle s'enfonça dans les oreillers, tentant de se cacher, de dissimuler au monde les sanglots et l'eau qui dévalant ses joues la dévastaient. Elle se mordit les joues, étouffant sa peine, revoyant sa planète voler en éclat avec sa famille, ses amis, tout ce qu'elle avait connu, tout ce qu'elle aimait. Le rire satisfait de Snoke résonnait encore à ses oreilles, un fond sonore qu'elle souhaiterait tant effacer, c'était celui d'un être abject qui avait enfin réussis à mettre la main sur l'objet de ses désirs. Qu'est-ce qu'elle était naïve alors, elle pensait être là pour signer un contrat de paix. Le souvenir de sa peine, dévastatrice était encore vivace dans son esprit, la rage, le désir de vengeance, ne l'avait possédé que trop tard, alors qu'elle était déjà prisonnière et ne pouvant plus rien faire.
Le Sith arriva peu après et ne sût pas comment réagir face aux yeux rouges de la jeune femme. Non seulement elle était réveillée mais en plus elle avait pleuré… Il n'était habitué qu'à la jeune femme inanimé. Celle qui ne disait rien, ne bougeait pas. Il n'avait jamais réconforté quelqu'un, il n'en avait jamais ressenti le besoin, après tout il était un Sith. Comment réagir ? Que dire ? Rey saurait quoi faire… Il demeura muet, la scrutant du regard, sans faire de bruit, sans un mot, il chercha son regard et elle ne l'évita pas, il en fut surpris, il avait pris l'habitude que les autres fuient les contacts visuels lorsqu'il s'agissait de lui. Mais elle non, elle ne sourcillait pas, ils étaient encore un peu humide et il les trouva hypnotiques, ils étaient encore plus beaux qu'il ne les avait rêvé ou imaginé avec ses longs cils noirs. Ils lui rappelèrent la première fois qu'il l'avait vue. Et il n'osa pas prendre place à côté d'elle, sur cette chaise inconfortable sur laquelle il s'asseyait chaque fois qu'il venait la voir. Il n'était soudainement plus aussi sûr de lui, il rompit le contact le premier et préféra s'installer dans un coin opposé, dos au mur.
—« Il est mort n'est-ce pas ? »
Elle rompit le silence la première, sa voix était légèrement rauque, mais douce, elle demandait, avec bienveillance. Il n'y était pas habitué. Même le ton de Rey n'avait jamais été aussi indulgent à son égard.
—« Oui. » Il fût surpris par le son de sa propre voix, tellement grave par rapport à sa la sienne. Ainsi donc elle avait choisit de ne pas aborder le sujet de son moment de faiblesse.
—« Comment ? »
Il se figea. C'était une question délicate et encore douloureuse. La rage l'envahit mais il répondit tout de même, son élocution déformée.
—« …Rey, une… vagabonde devenue une pseudo Jedi. »
—« Mensonge. Elle n'en est pas capable. »
Il vacilla et ne put s'empêcher de répliquer aussitôt.
—« Tu la connais ? »
Un nouveau sourire vint éclore sur les lèvres de la jeune femme. Il jura mentalement, trahissant l'intérêt qu'il avait pour la vagabonde. Et elle qui ne cessait d'arborer ce sourire.
—« Je vous connais. Tu es plus dur. Je pense que c'est toi qui l'a tué. Et ce, pour la protéger à mon avis. »
Elle se voulait taquine, mais réalisa son erreur quand il leva la main et sembla vouloir l'étrangler mais encore une fois —comme chaque fois qu'il se trouvait dans cette pièce— il se sentit impuissant, la Force était niée par les Ysalamiris. Par dépit il s'approcha. Le coeur de la prisonnière rata un battement.
Il avait posé son masque, son casque sur la chaise à l'entrée, elle pût regarder sa face émaciée, le sang s'en était enfuit sous l'effet de la rage et sûrement de la peur, ses longs cheveux noirs encadrant son regard perdu elle eut l'impression de le revoir enfant, une nouvelle fois son coeur devint erratique, il était si beau son garçon perdu. Si inquiétant également, peut-être n'aurait-elle dû par parler autant, mais ça faisait tellement longtemps qu'elle attendait de pouvoir échanger avec lui. Elle le connaissait mais avait oublié qu'il ignorait tout d'elle. Elle n'était qu'une inconnue qui en savait vraisemblablement trop, une menace.
Il s'approcha d'elle, pour s'arrêter à quelques centimètres, il pouvait sentir son odeur de savon, elle pouvait sentir la sienne, légèrement musquée, masculine, de sa main gantée il effleura sa peau, il pouvait même à travers sentir sa chaleur, lorsqu'il enserra la gorge frêle de la jeune femme la soulevant presque du lit, il ressentit distinctement le pouls rapide et erratique de celle qu'il étranglait. Il sentait sa trachée compressée par sa propre poigne, ses doigts s'enfonçant dans les muscles de son cou tandis qu'il la soulevait au-dessus de son lit, seulement retenue par ses menottes, son poids pesant et ajoutant une charge traumatique. C'était la première fois qu'il avait un contact aussi personnel avec une femme, la première fois qu'il étranglait quelqu'un sans faire usage de la Force. Ça avait toujours été si détaché, si lointain, si froid… Elle était tout sauf ça, elle était chaude…
Elle ne gémit pas mais son visage devint bientôt bleu du manque d'oxygène. Elle le fixait toujours de ses grands yeux gris, ils étaient d'une belle couleur, il eut l'impression de s'y noyer, pourtant elle était aussi apaisante cette teinte, ils semblaient crier qu'elle ne lui voulait aucun mal et soudain il ne sût plus pourquoi il était en train de l'étouffer. Pourquoi est-ce que je veux la tuer ? Elle l'observait sans peur ni résignation. Semblant juste attendre qu'il se rende compte qu'elle n'était pas une menace. Devant son expression il se sentit honteux et la lâcha, abaissant sa main, stoppant toute action contre elle. Elle voulut tâter son cou mais fut stoppée par ses menottes. Elle esquissa un nouveau sourire. Comme si elle s'excusait. Il ferma les yeux, la colère affluant dans ses veines mais cette fois-ci dirigée contre lui-même. Il défit rapidement ses liens avec un air torturé avant de reculer précipitamment, heurtant la chaise derrière lui.
Elle regarda le jeune homme, puis ses poignets désormais nus, stupéfaite par sa soudaine libération.
—« Pourquoi ? »
—« Par ce que je ne suis pas Snoke. J'aimerais que tu me fasse confiance. »
Elle rit, un rire étouffé, elle toucha les bleus qui commençaient déjà à apparaitre sur son épiderme maltraité. Bientôt ils pourraient contempler la main du chevalier de Ren imprimée dans sa chaire.
—« Par ce que si j'essaye de te faire confiance tu me feras confiance ? Je n'y crois pas une seule seconde. Je suis une prisonnière tu ne me connais pas. Tu me libères peut-être maintenant mais tu me l'as bien prouvé juste avant. Je ne suis pas une invitée, je suis une captive. »
—« Alors parle moi de toi je voudrais en savoir plus. Que te voulais Snoke ? Pourquoi es-tu sa prisonnière ? »
Son hilarité s'accentua.
—« Wahou ! Pas du tout intéressées les questions pour faire ami-ami. » Sa voix ironique fit mouche et il sembla se recroqueviller sur lui-même. « Ah oui c'est vrais tu ignores tout. Si tu veux des réponses il faudra enlever les Ysalamiris. Je ne pourrais pas faire grand chose de toute façon. J'ai toujours l'autre produit dans mes veines, je serais toujours coupée de la Force. »
Il se figea, il voulait savoir, et cela à tout pris. Il avait confiance en lui-même, il était certain de pouvoir la stopper si un problème survenait. Il la scruta une dernière fois, son air de défie le fit douter mais son arrogance reprit rapidement le dessus. Ce n'est qu'une femme, et alitée qui plus est. Il alla donc éloigner les vilaines bestioles d'un pas assuré. Au moment exact où il ressortit de leur zone il se sentit enfin respirer, être coupé de la Force était pesant. Il se demanda comme elle le vivait au quotidien étant donné la torture que c'était pour lui le peu de temps qu'il en passait privé. Il ordonna aux Stormtroopers de retirer les horribles bestioles et ils s'exécutèrent immédiatement.
Simultanément il ressentit une immense vague de puissance jaillir et foncer vers la captive. Il n'avait jamais ressentit une telle connexion entre la Force et quelqu'un, pétrifié sur place il lui fallut quelques secondes avant de pouvoir entrer dans la pièce, il demeura sur le pas de la porte et pu voir un merveilleux sourire sur son visage. Il avait raison, cela lui manquait à elle aussi. Il fut éberlué par la façon dont la Force l'entoura comme aimantée, vivante et se rassasiant de la présence tant manquée. Elle ne pouvait pas l'utiliser, mais il comprit pourquoi Snoke avait prit tant de précautions, elle devait être extrêmement puissante. Mais pour l'instant elle semblait simplement paisible, apaisée, prenant des grandes inspirations elle avait presque l'air heureuse.
— « Merci. » Ça avait à peine été un murmure, mais il résonna chez Kylo Ren. L'avait-on jamais remercié dans toute sa vie ?
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