Ce texte a été écrit le 4 avril 2018 pour l'anniversaire de Roxane-James qui fêtait ses dix-sept ans.
C'était la première fois que j'écrivais sur les Maraudeurs en tant que groupe :') J'ai fait ce texte un peu à la va vite parce que j'ai pris connaissance le jour-même que c'était l'anniversaire de Roxane et je voulais poster à peu près dans les temps donc je m'excuse très franchement pour les erreurs et les maladresses.
Il se réveilla avec le poids de sa toute nouvelle nature dans l'estomac.
Un adulte - ça le prenait aux tripes.
Pendant la nuit, il s'était transformé en adulte.
Son corps était pourtant resté inchangé. Mais son esprit, lui, fourmillait de centaines d'idées enchevêtrées, de milliers de questions agitées, survenues comme par magie, pendant cette fameuse nuit.
Il venait d'avoir dix sept-ans. Il était beau comme un enfant, fort comme un homme.
C'était la dixième journée d'automne.
Dix-sept ans. C'était beaucoup ça, non ?
Il jeta un coup d'œil à ses camarades de dortoir. C'était encore des enfants - ils dormaient. Comment pouvait-on dormir, et aussi paisiblement ? Ils n'avaient pas les soucis d'adultes qu'il était en train d'expérimenter, aucun d'entre eux ne connaissait l'état dans lequel il se trouvait prisonnier. Il détenait sur ses amis une avance considérable, un savoir précieux. Il était le plus vieux. Le plus puissant et peut-être aussi le plus malheureux.
L'horloge indiquait 6:30. Jamais il ne s'était levé si tôt. Mais la nuit l'avait apparemment métamorphosé.
Alors, il bondit hors de son lit et hurla avec la fureur infernale de sa jeunesse : « DEBOUT LES ENFANTS ! LA FÊTE COMMENCE MAINTENANT ! ».
Ses camarades furent réveillés dans l'instant.
— James putain de Potter, tu veux bien éviter d'hurler DANS NOS TYMPANS DE BON MATIN ?
— C'est mon anniversaire. Je fais ce qu'il me plaît.
— Grmbl. C'est vrai que c'est son anniversaire. On n'a pas fini d'en entendre parler.
James accourut au chevet de son camarade, Arnold Mackenzie, et le secoua dans tous les sens.
— Debout Mackenzie, j'ai dit ! Cette journée doit être mémorable et tu vas m'aider à ce qu'elle le soit !
Grognant comme un ogre, Mackenzie se frotta les yeux tout en se redressant et marmonna plus pour lui-même :
— Godric, Merlin et Morgana, sauvez-moi.
James courut alors jusque dans la salle de bain en chantonnant, ignorant les bougonnements des autres. Il était ravi. C'était sa journée. Son moment. Il serait célébré et pourrait redoubler de pitreries sans que personne n'ose rien lui dire : il était un adulte désormais.
Une fois dans la douche, seulement à ce moment, la situation le frappa de plein fouet.
C'était maintenant que les responsabilités commençaient.
La vérité, c'était qu'à dix-sept ans, il était encore un enfant.
Il pensait que les mots d'amour sont dérisoires.
Il croyait encore aux mythes et aux héros.
Il était le roi des idiots. Et ça lui convenait très bien. Il n'avait jamais envisagé le futur. Le futur était un concept trop étrange pour un enfant. Il était un éternel enfant.
Alors, tout le poids de son nouvel âge se mit à l'écraser.
On s'était plié en quatre pour lui faire plaisir. Il n'y avait pas à dire, James Potter était comme un enfant-roi au milieu de ses sujets. Pour lui, on avait chantonné et festoyé. Même les professeurs, effrayés par la terreur Potter - qui s'était fait une réputation dès sa première année - avaient été plus qu'indulgents.
Mais depuis sa prise de conscience, il était déprimé. Rien n'avait pu le distraire de ce lourd fardeau que représentait son âge. Même l'idée de comploter n'avait plus la même saveur. Il en avait perdu toute légitimité et cela le démoralisait.
Quand les cours furent finis, il s'écroula sur son lit. Lassitude de la vieillesse, déjà. Les soucis. Les premières rides. Les devoirs. Les cauchemars. Il retint un frisson et finalement le frisson gagna sa bataille contre l'humain.
Il ne pouvait pas perdre contre le temps. Il ne pouvait pas se laisser si facilement abattre. Il ouvrit la carte du Maraudeur pour se donner au moins l'illusion d'une manigance.
Et, en observant le plan du château, il dut faire face à un nouveau choc.
Sur la carte, qu'il avait pourtant utilisée des tas de fois, un point clignotant attira son attention.
« Mais qu'est-ce que... »
Le point clignotait avec plus de vigueur encore et la curiosité maladive de James ne le supporta plus.
Il devait vérifier de quoi il en retournait.
Cela aurait pu être un piège ; une personne mal intentionnée avait peut-être ensorcelé son précieux parchemin. Mais, pour cela, il eut fallu que cette personne sache comment s'en servir. Or il était le seul à bénéficier de cette connaissance. À moins qu'Albus... mais pourquoi Albus lui aurait-il fait une blague d'aussi mauvais goût ?
Non, ce n'était pas logique.
Son âme s'anima soudain d'un plaisir qu'il croyait perdu ; la soif de l'aventure. La découverte de l'inconnu. Le besoin absolu de vérité.
La carte l'avait réveillé.
Suivant minutieusement ses indications, il atterrit au troisième étage, dans la grande galerie des armures.
Le point clignotant semblait désigner l'une d'entre elles. La sixième en partant de la droite, dans la rangée du fond.
Il comprit très vite qu'il allait devoir la déboîter s'il voulait déchiffrer l'énigme que lui proposait la carte.
À contrecœur, et en même temps bouillonnant de ce vieil enthousiasme qui l'avait caractérisé quand il n'avait pas encore dix-sept ans, il s'y colla.
Cachée à l'intérieur de l'armure, l'attendait une vieille lettre abîmée par les années.
Ni une ni deux, James l'avait récupérée.
Mais jamais n'aurait-il pu envisager ce qu'elle contenait, jamais n'aurait-il pu penser faire face à ces monstres sacrés, ces vestiges passés, qu'il avait toujours idolâtrés.
Il lut le contenu d'une traite, presque sans respirer.
« Si aujourd'hui tu as eu dix-sept ans, qui que tu sois, je te présente mes leçons de vie.
(Prends bien note)
(À respecter sans exception)
(ou le démon de la vieillesse viendra t'emprisonner)
(crois-moi, tu ne veux pas que cela arrive)
Cher imprudent, mes leçons de vie ou mes commandements, comme tu préfères, sont les suivants :
- À l'aventure tu partiras.
- Des professeurs tu te moqueras.
- Jusqu'à la folie tu t'abreuveras.
- Tous tes cheveux tu raseras. (Patmol me fait savoir qu'il n'est pas d'accord avec ce point) (en ce qui me concerne, je dis que rien ne vaut une nouvelle coupe de cheveux pour un nouveau départ) (même si cela ne s'applique pas à mon cas étant donné qu'il est impossible (je dis bien impossible !) de me couper les cheveux)
- Les filles tu complimenteras (les garçons si tu es une fille) (j'aimerais bien que tu sois une fille) (même s'il se pourrait que j'aie désormais l'âge de ton arrière-grand-père) (Merlin, l'idée est plus glauque que ce que je ne pensais) (je ferai mieux de me taire)
- Tes vœux les plus chers tu réaliseras.
- Ton cœur tu suivras.
- Tes proches tu chériras.
- Tes avis, même les plus extrêmes, tu donneras. ("tu crieras" me souffle Patmol)
- Des milliers de voyage tu réaliseras.
- Curieux tu seras.
- Tu dérangeras.
Ce n'est pas fini. Dans le caveau aux mille merveilles, il y a une chanson. Tu l'écouteras. Ce sera la voix de l'innocence et de la démence. Tu t'en enivreras. Tu resteras l'original que tu as toujours été. Le turbulent. Comme ils disent. Qu'est-ce que c'est donc, un turbulent ? Un mot sorti tout droit de leur imagination débordante pour nous retenir dans leur cage. La turbulence, ça ne veut rien dire. Parole de vieux sage, tu peux me croire.
À dix-sept ans, tu deviendras un homme et tu resteras un enfant.
Tu continueras à partir à l'aventure.
Ce ne sera qu'un doux chemin d'errance. Au milieu des ronces et des aubépines qui feront naître en toi le plus sincère et merveilleux des souvenirs. »
Une autre écriture s'était mêlée à la précédente, une écriture plus soignée, plus jolie, et en même temps, une écriture pressée, qui avait d'autres chats à fouetter.
« Cornedrue fait son poète. Il faut le lui pardonner. Il a eu dix-sept ans à l'instant, il ne sait plus où donner de la tête !
Je suis incompris.
C'est cela, cher ami. »
Sirius Black avait ensuite ajouté (c'était lui qui taquinait James juste avant, il en aurait mis sa main à couper) :
« Ecoute ce que dit Cornedrue, mais n'écoute personne, pas même lui. À cet âge-là, on se fiche de l'autorité. On se crée ses propres règles et on se rebelle. On ne se laisse pas dicter ses actes ou ses leçons de vie. On aura le temps de se coucher par terre quand on aura 80 ans. On aura le temps de s'en prendre plein la gueule par la société. Mais à dix-sept ans on peut encore faire comme il nous plaît. C'est un âge intermédiaire, dix-sept ans. Ce n'est plus l'enfance, ni tout à fait l'adolescence, mais ce n'est pas encore l'âge adulte. C'est le meilleur moment de ta vie. Le plus rare, le plus incompris, le plus inclassable. Profite bien, cher ami.
Oh et j'oubliais :
Il ne faut pas avoir peur. La peur, c'est une excuse pour éviter de se perdre. Or, on ne se perd jamais lorsqu'on ose risquer (et si l'on se perd, c'est pour mieux se retrouver). Oser ! C'est le secret de la réussite. Oser, toujours. Rire aussi, rire à chaque instant. Et vivre, vivre intensément.
(Voilà que je me prends moi aussi pour un poète. Cornedrue a une mauvaise influence sur nous).
Il reste une année avant de se tirer.
Et après, tire-toi. Envoie tout valser. »
Une troisième écriture (celle de Remus) était apparue, pour contredire son ami.
« Sirius se montre un peu extrême ici. Tu n'es pas obligé de tout envoyer valser.
(Sirius) C'est vrai : reste auprès de tes amis. Le reste, tu expérimentes. Tous ceux qui veulent te retenir, faut les virer. Sois toi-même, sois celui que tu veux être, pour ne jamais rien regretter ».
C'était Peter, ensuite, qui s'exprimait.
« On est très sensible, lorsqu'on a dix-sept ans, et tout ce qu'on vit semble décuplé, douloureux parfois. Quand j'ai eu dix sept-ans, je me suis senti grand et important, et je me suis aussi senti tout petit.
Ce que je veux dire, c'est que ce n'est pas grave si, à dix-sept ans, tu n'as pas encore d'ambitions ou de rêves. Si tu ne t'es pas déjà pris une cuite ou si tu n'as pas embrassé de filles. À dix-sept ans, on est jeune encore (et con (surtout très con)). Ne sois pas trop exigeant, chacun avance à son rythme.
Je suis heureux comme je suis, avec mes amis, et mon inexpérience sur à peu près tout à part les coups fourrés (et les animaux). Je ne suis pas aussi fou qu'eux mais je suis content.
Toi, qui nous lis, je te souhaite d'être tout aussi content le jour de tes dix-sept ans, et tous ceux qui suivront. »
L'écriture de Remus, certainement la plus appliquée de toutes, prenait la suite.
« Un grand poète moldu et français a dit un jour : On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Toi, l'étranger qui lira ces mots, tu peux effectivement suivre les leçons de vie de Cornedrue (du moins, certaines d'entre elles), parce qu'à cet âge-là, on n'est pas sérieux comme le dit le poème. On nous pardonne tout, à cet âge-là.
On a le droit à l'erreur. On est jeune, encore. On peut se tromper et recommencer et rechuter, se relever. On a la force de le faire. On peut s'endormir à cinq heures du matin un soir de pleine lune et enchaîner avec ses cours deux heures après sans avoir l'air fatigué. On est robuste et invincible.
À cet âge-là, on se perd dans nos livres et on observe la nature avec émerveillement.
Mais je crois que si tu devais retenir une chose - la plus importante - ce serait :
aimer et être aimé. C'est tout le mal que je te souhaite. »
(Sirius) : « Et ne jamais renoncer. Croire en sa chance, en ses rêves les plus idiots. Il faut créer. Oui, créer, inventer un truc totalement inattendu qui te rendra extatique encore, être jeune et idiot et intelligent et faible et brave et tendre et violent. »
(Remus) : « Il ne faut pas mettre de côté les responsabilités non plus ».
(Petite annotation de Sirius) : « Oh, chut avec tes responsabilités. Les responsabilités, elles viendront en temps voulu ».
« La messe a été dite. Repose ce parchemin où tu l'as trouvé, que ces leçons de vie circulent d'années en années ».
C'était James qui concluait.
Tout au bout de la lettre, l'oncle George et son défunt frère jumeau avaient ajouté une trace de leur passage. Un éloquent : « Méfait accompli ».
De longues minutes s'écoulèrent dans la galerie des armures où le temps semblait s'être arrêté.
Les mains tremblantes, James se saisit de sa plume pour ajouter sur le vieux parchemin une trace de son passage à lui aussi.
« Je suis venu ici. Grand-père, tes leçons de vie seront les miennes aussi. Aujourd'hui, j'ai eu dix-sept ans, et je resterai toujours cet enfant turbulent ».
Saisi par une forte émotion, il reposa la lettre dans sa cachette vieille de plus de cinquante ans, cette armure détériorée devant laquelle il était passé tant de fois sans ne jamais se douter du trésor qu'elle contenait.
Et il s'en alla, apaisé.
