Le défi 88 de la Bibliothèque de Fictions demandait : Votre personnage est dans un train pour rentrer chez lui mais celui-ci se retrouve coincé par la neige. Le voilà coincé pendant cinq heures à attendre que la route soit dégagée. En plus son voisin est insupportable.
Cedric regarda l'heure sur sa montre à gousset et soupira, Evangeline et les enfants l'attendaient et il avait hâte de rentrer. Il avait dû aller voir la Tante Adelaide, elle avait insisté pour qu'il aille la voir maintenant qu'il avait épousé Evangeline. Le brun ne s'était pas rendu compte tout de suite qu'il était amoureux de sa jeune domestique. Il se passa une main dans les cheveux et le train quitta enfin la gare. L'hiver avait été clément jusque là, mais il pouvait voir le ciel se charger de gros nuages lourds. Le brun ferma les yeux et pria silencieusement pour qu'il ne neige pas avant son arrivée chez lui.
Toutefois les prières de Cedric furent vaines. D'immenses flocons se mirent bientôt à tomber du ciel. Il soupira et une voix qu'il ne connaissait malheureusement que trop bien lança à quelques sièges de lui :
-Ce n'est pas possible ! Pourquoi est-ce que cette maudite neige se décide à tomber maintenant ?!
Cedric n'avait pas remarqué la présence de Selma Vavite dans le train. C'était bien sa chance ! Il allait sans aucun doute être en retard, mais en plus il allait être bloqué avec cette harpie de Selma Vavite. Il regarda dehors, la neige tombait si fort et si régulièrement qu'elle avait totalement bloqué la voie. Le train s'immobilisa et un contrôleur entra dans le wagon :
-Mesdames et Messieurs je vous prie de nous excuser pour la gêne occasionnée, les rails sont totalement bloqués. Il va nous falloir du temps pour dégager tout ça. Nous vous demandons à nouveau pardon.
Le brun soupira de nouveau, c'était horrible. Pour son plus grand malheur Selma le vit :
-Cedric Brown ?
-Madame Vavite ?
Ils se regardèrent et la fausse blonde vint à côté de lui :
-Que je suis heureuse de vous voir ! Au moins à deux l'attente sera moins pénible.
-Alors comment allez-vous ? D'où venez-vous comme ça ?
-J'ai été rendre visite au Duc Bensworth, il veut m'épouser.
-Félicitations.
-Merci, et vous-même ?
-J'ai été rendre visite à la tante de ma défunte épouse. Elle m'a demandé expressément d'aller la voir.
-Alors, votre vie avec votre domestique se passe-t-elle bien ?
-C'est ma nouvelle épouse. Oui tout se passe très bien, elle m'attend avec les enfants. Elle est enceinte, nous sommes tous très heureux.
-Un enfant de plus ? Vous en avez déjà tellement !
-Je sais mais c'est ainsi.
Le brun regarda la neige qui tombait toujours aussi abondamment. Ça ne semblait pas sur le point de se calmer. Selma lança :
-Le Duc Bensworth est le propriétaire d'une flotte de navire, il fait le commerce de soie. Il est l'un des hommes les plus riches du pays. Sa demeure ferait pâlir Buckingham Palace ! Il est veuf lui aussi, et cherchait une épouse. Il semblerait que j'ai été son premier choix.
Cedric se contentait d'hocher la tête, il ne l'écoutait pas vraiment. En réalité ses pensées étaient tournées vers sa famille qui l'attendait. Evangeline était enceinte de six mois déjà, il détestait l'idée d'être séparé d'elle trop longtemps. Ses enfants adoraient leur belle-mère, mais il savait à quel point c'était épuisant de s'occuper d'eux. À côté de lui Selma continuait de déblatérer des choses dont il se fichait totalement. Il se doutait qu'elle essayait de lui montrer ce qu'il avait perdu en préférant épouser Evangeline plutôt que lui. Mais le brun ne regrettait pas son choix, il n'aurait jamais été heureux avec Madame Vavite.
Le père de famille regarda sa montre pour la énième fois, ça faisait plus de cinq heures qu'ils étaient coincés ici. Sa tête allait exploser, il ne supportait plus le débit de parole de Selma. Il avait l'impression qu'elle ne reprenait jamais sa respiration car elle n'arrêtait jamais de parler. La neige tombait toujours et les nuages ne rétrécissaient pas. Cedric aurait voulu envoyer un message à sa famille pour les expliquer, il se doutait qu'ils devaient être morts d'inquiétude. À côté la veuve parlait encore et encore, elle ne remarquait même pas qu'il ne l'écoutait pas. Elle ne semblait pas se lasser du son de sa propre voix. Au contraire, elle aimait s'écouter parler, c'était évident.
Le contrôleur revint dans le wagon :
-Mesdames et Messieurs j'ai le plaisir de vous annoncer que nous avons dégagé les rails. Nous allons reprendre la route.
Une clameur de joie raisonna dans le wagon. Ils étaient tous heureux de pouvoir reprendre la route. Le brun remercia le Ciel d'avoir enfin abrégé sa torture, une minute de plus et il aurait étranglé cette peste de Vavite.
Le train reprit son chemin tranquillement. Cedric tapait du pied nerveusement, il était impatient de pouvoir enfin rentrer chez lui. Le train était une nouveauté, Tante Adelaide avait insisté pour qu'il l'emprunte car elle avait investi un peu d'argent dans les chemins de fer. Cedric trouvait cela épouvantable même si c'était plus rapide qu'une calèche. Le brun se jura de ne plus jamais prendre le train, il n'avait pas envie de revivre ce genre de désagrément à l'avenir si il avait besoin de voyager. Cedric était impatient de serrer sa famille dans ses bras et de lui raconter sa drôle de mésaventure.
Fin.
