Bonjour ou bonsoir,

Voici donc un nouveau chapitre, une nouvelle histoire et celle-ci est assez longue ! Mais je n'aurais jamais pu la réduire, il fallait que j'extériorise toutes les idées que j'avais en tête pour ce couple et elles étaient nombreuses ! Je pensais au départ ne faire qu'une des deux parties mais... au final, je me suis dit que ça couperait totalement le cours de mes pensées.

Je suis vraiment fière de cette histoire, même si je massacre totalement le passé prévu par Marvel mais en même temps on ne sait pas grand chose de Laura ou de Clint dans le MCU sooooooo on dit que ça va ? Je pense même que je vais la poster également en dehors de ce recueil d'OS mais je me tâte encore un peu, bref !

Deponia : Merci pour ta review qui me fait vraiment plaisir ! J'avais déjà entendu parler du complexe de Dieu mais je n'avais jamais vraiment regardé ce que c'était, alors je me suis couchée moins bête ce soir-là xD J'ai déjà quelques petites idées, même si le prochain OS devrait être la proposition de nagron (puisque j'essaye de faire dans l'ordre du mieux que je peux) mais sache que je pense tenir quelque chose pour cette histoire x)

Miss green rabbit : Merci pour ton commentaire ! Je suis ravie que cet OS t'ait plu ! Je ne m'attendais pas à écrire une suite mais pourquoi pas ! Et le mot clé va se révéler être intéressant à réaliser ! Je planche déjà dessus !

JulieMcKirk : Merci beaucoup pour ta review ! Je suis heureuse que le concept te plaise, surtout n'hésite pas à proposer un concept également !

Je m'excuse d'avance pour les fautes que j'aurais laissé dans l'OS ! J'espère qu'il vous plaira !

Participante : TecZenith.

Couple : Clint / Laura

Thème : ''Longtemps'' de Amir

Bonus : /

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ATTENTION : Si vous avez l'occasion d'écouter Lost on you de Lewis Capaldi en même temps, n'hésitez pas ! Je trouve que cette chanson accompagne presque parfaitement l'OS ! C'est cette musique, avec When we were kids de Walking on cars (mais je trouve que pour l'entièreté de l'OS, elle accompagne moins bien), qui était dans mes oreilles en boucle pendant l'écriture.

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Les Signes d'Amour.

Il soupira en voyant la ferme.

Là, juste là, sa femme et ses enfants étaient occupés de l'attendre. Il retint ses larmes.

Cinq ans. Cinq putain d'années. Il avait cru qu'il ne pourrait plus jamais tenir sa famille dans ses bras. Qu'il ne pourrait plus jamais les entendre rire, raconter leur journée ou même voir traîner leurs chaussures dans l'entrée.

Il avait cru qu'il ne pourrait plus jamais revoir Laura. Il avait cru qu'il n'aurait plus jamais été capable d'aimer une nouvelle fois. Il avait tout perdu ce jour-là.

Il s'avança lentement. Mais plus les secondes s'écoulaient plus il perdait patience. Il avait besoin de les voir, de sentir qu'il avait retrouvé sa famille pour de bon.

Son cœur se serrait au fil de ses pas de plus en plus rapides. Des frissons avaient pris part de tout son corps. Il courait. Il courait comme si sa vie en dépendait, comme si c'était la seule chose qu'il pouvait faire pour retrouver enfin un semblant de bonheur.

Les larmes coulaient sur ses joues sans même qu'il s'en rende compte.

« -LAURA ! »

Il avait crié avec toutes ses tripes, avec toute la force qu'il lui restait encore. Il avait été cassé, jamais combattre quelqu'un ne lui avait fait aussi mal. Mais ils étaient vivants et il se devait de le rester pour les revoir encore une fois.

Il y était presque. Les traits de la ferme se dessinaient de plus en plus nettement. Cette vieille bâtisse était sur le point de s'écrouler mais il savait, il savait, que Laura serait déjà occupée d'essayer de tout maintenir en place.

Il savait qu'elle aurait déjà entrepris de tout reconstruire, avec l'aide des enfants.

Combien de temps s'était écoulé depuis qu'il avait pu entendre la voix de sa femme pour la première fois depuis cinq ans ? Il avait l'impression que Bruce avait claqué des doigts depuis des mois.

La porte s'ouvrit et il vit la chevelure brune de Laura sortir. Elle le vit et ne mit qu'une seconde avant de se mettre en mouvement. Il n'avait jamais couru aussi vite de sa vie.

Elle courait, elle courait vers lui parce qu'il n'allait pas assez vite à ses yeux. Elle pleurait, elle pleurait depuis la veille quand elle avait entendu sa voix une demie seconde avant une explosion. Elle pleurait à l'idée qu'il lui soit arrivé quelque chose.

Et elle ne put s'empêcher de pleurer encore une fois en l'atteignant enfin. En le touchant enfin après ces heures d'angoisse.

Il l'avait pris dans ses bras et la serrait comme jamais il ne l'avait serré auparavant. Il ne voulait plus jamais la lâcher, il ne voulait plus jamais prendre le risque de la perdre. De les perdre.

Ils pleuraient tous les deux. Ils pleuraient de joie de se revoir enfin.

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Pour la première fois de sa vie, Clint ne savait pas ce qu'il foutait là.

Il avait marché pendant des heures dans la ville, complètement perdu. Il y avait eu beaucoup trop d'imprévus qui étaient arrivés ces derniers jours. Il pouvait faire face à la mort de son frère, à la fermeture du cirque, à la perte de ce qu'il avait toujours connu et de ce qu'il avait toujours aimé. Mais comment faire face à présent ?

Il était seul et complètement fauché. Il avait bien encore quelques dollars pour essayer de se trouver un hôtel pour la nuit mais pour tous les autres problèmes ? Il avait l'impression d'être sur le point de vomir en réalisant pour la première fois depuis des semaines qu'il n'avait aucun avenir.

Il dut se retenir au mur le plus proche pour ne pas complètement tomber de désespoir. Il mit quelques minutes avant de vraiment reprendre ses esprits.

Il était jeune, il devait forcément avoir une sorte… d'avenir non ?

Il prit une bouffée d'air pour essayer de revenir sur Terre.

Il devait forcément y avoir un moyen, non ?

Il secoua la tête en reprenant son souffle. Il fallait qu'il se calme. Il fallait qu'il pense à autre chose une seconde.

Il entra dans le premier café qu'il vit dans la rue. Il ne s'attendait pas à ce que le café en question ressemble plus à un salon de thé qu'autre chose. Peu importait. Il voulait se changer les idées, pas forcément se faire éjecter de l'établissement complètement bourré.

Il s'assit à une table de deux près de la vitrine, déposant son sac à côté de lui. L'air du salon était frais et les couleurs si reposantes. Cela sentait un mélange de chocolat chaud et de vanille.

Il ferma les yeux un instant, l'espace d'une seconde il se sentit un peu plus apaisé, comme protégé par le cocon qu'offrait ce petit café.

Il mit un moment avant de sentir une présence à côté de lui. Il ouvrit les yeux et vit une jeune fille lui tendre le menu avec le plus beau sourire qu'il ait vu. Il prit la carte et hocha la tête pour la remercier. Elle s'éloigna sous le regard de Clint, encore un peu charmé.

Même la carte était apaisante. Il se demandait comment c'était possible. Les couleurs étaient pastels et l'écriture manuscrite sur la papier était douce et ronde. Il se demanda si c'était cette jeune fille qui l'avait écrite.

Il lut attentivement la carte, plus pour tromper le temps que pour vraiment commander.

Il sursauta d'ailleurs en sentant une petite tape sur son épaule. Le cœur battant la chamade, il vit la fille de tout à l'heure lui demander ce qu'il voulait commander. Il replongea son regard sur le papier qu'il tenait. Il prit une inspiration, ouvrit la bouche mais finit par se raviser.

Le regard quelque peu fuyant, il lui indiqua le chocolat chaud.

Il releva la tête au moment où elle lui lança un regard interrogatif. Elle n'ouvrit pourtant pas la bouche et reprit la carte. Il se mordit l'intérieur des joues. Elle ne lui avait pas délivré de sourire cette fois-ci, juste un regard de pitié.

Son cœur se serra. Même cet endroit apaisant et presque magique lui fit l'effet d'un cloaque étouffant. Il prit une bouffée d'air mais rien n'y fit.

Il ferma les yeux mais sa bulle de tranquillité avait éclaté à l'instant même où le sourire de cette jeune fille s'était envolé. Même un chocolat chaud ne pourrait pas effacer ce regard.

Il attrapa un billet de 10 dollars dans le fond de son sac et le jeta sur la table au moment où il partait de ce café en courant.

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« -PAPA ! »

Laura eut juste le temps de se séparer de son mari avant qu'il ne tombe sous le poids de ses trois enfants se jetant sur lui. Il se foutait bien d'être par terre ou pas, il les prenait enfin dans ses bras. Il avait cru les perdre et voilà qu'il sentait une nouvelle fois leur étreinte.

Cooper pleurait silencieusement contre l'épaule de son père, Lila le serrait comme si elle ne l'avait pas vu depuis une éternité et Nathaniel pleurait, niché entre ses aînés. Ils avaient cru perdre leur père. Ils avaient tout entendu la veille.

Et le carnet qu'ils avaient trouvé n'avait pas aidé à les rassurer. Tous les quatre avaient lu la manière dont ils avaient disparu, la manière dont ça avait détruit Clint et la manière dont il avait brusquement arrêté d'écrire dans ce carnet, quatre ans plus tôt.

Ils étaient morts et ils ne s'en étaient même pas rendus compte.

Le brun souriait à s'en décrocher la mâchoire. Il riait. Il pleurait. Il se sentait revivre pour la première fois depuis cinq ans.

Laura avait fini par s'asseoir à côté de sa famille, passant tranquillement sa main dans les cheveux de Clint. De son autre main, elle leva son pouce, son index et son petit doigt*. Le brun la regarda et lui fit le même signe.

Il ne voulait plus les lâcher. Il ne voulait plus les perdre.

Il ferma les yeux.

Il n'aurait jamais pu les revoir si Natasha ne s'était pas sacrifiée. Comment avait-il pu seulement penser à mourir ce jour-là ?

Il avait cru avoir fait trop de choses, trop d'erreurs, trop de… de tout. Il ne pensait plus mériter ce genre de chose. Il ne pensait plus mériter cette famille. C'était égoïste. Il n'aurait pas eu à vivre avec ça par après.

Il prit une bouffée d'air. Il était vivant. Il était de nouveau père. Il retrouvait ce qu'il avait perdu.

Merci, Nat'.

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Les mains dans les poches, il marchait tranquillement. Il venait de finir sa journée. Ce n'était pas très bien payé mais le patron avait été le seul à accepter quelqu'un comme lui. Même si tout ce qui avait été retenu de son CV avait été sa force.

Il était groom dans un hôtel pas loin. Il n'avait pas grand chose à faire : prendre les valises des clients et les transporter jusqu'à leur chambre. Il allait à l'accueil, on lui donnait une carte : numéro des valises et numéro des chambres. Personne ne le voyait et personne ne lui parlait. C'était mieux comme ça de toute manière.

Pour le moment, il logeait dans les sous-sol de l'hôtel mais il épargnait depuis qu'il avait ce boulot pour pouvoir s'acheter un appartement, ou juste un local. En un an, il avait réunit assez pour pouvoir prétendre regarder les petites annonces.

Il acheta un journal et marcha encore un peu. Il n'avait pas envie de s'asseoir sur un des bancs publics alors il errait un peu dans les rues de cette immense ville. Il n'aimait pas vraiment les villes, elles étaient trop oppressantes. Quand on prenait l'habitude d'une vie nomade avec un cirque, il était moins évident de revenir à une vie bien sédentaire. Il n'avait pourtant pas le choix. Il paraîtrait qu'il fallait survivre.

Il leva le regard un instant sur les grattes-ciel. Il voulait un appartement au dernier étage. Il aimait l'idée d'être en hauteur. Il verrait la ville de haut. Il écraserait plus qu'il ne serait écrasé. Il serait proche du ciel, proche de la liberté.

Quand il revint sur Terre, il se retrouva dans cette petite rue qu'il avait trouvé un an plus tôt. Il s'arrêta de lui-même devant la vitrine du petit café. Alors il existait toujours ?

Les couleurs étaient toujours aussi reposantes et il huma l'odeur des pâtisseries qu'ils avaient dû commencer à vendre. Il n'avait jamais cherché à retourner dans cet endroit mais parfois il y pensait sans même s'en rendre compte. C'était le seul endroit où il s'était senti plus ou moins bien.

Son cœur battait la chamade quand il entra dans le bâtiment. L'odeur de chocolat chaud et de vanille était toujours là, accueillant tous les nouveaux clients. Il tourna la tête, la pièce était bondée. Il n'avait pas vraiment prévu que le café soit aussi rempli.

Tant pis, il avait décidé que, cette fois-ci, il aurait son chocolat chaud. Il prit une bouffée d'air, résolu. Il repéra une table vide près de la vitrine et se dirigea vers elle. Il attrapa une des deux chaises en même temps qu'une jeune femme attrapait l'autre. Il ne l'avait même pas vu venir !

Elle s'assit tranquillement sous le regard un peu perdu de Clint. Ce café ne devait pas vouloir de lui.

Il allait partir quand il sentit une main attraper son poignet.

Il se retourna. C'était la jeune fille qui l'avait retenu. Elle désigna la chaise tout en lui expliquant quelque chose, Clint ne comprenait pas un mot de ce qu'elle disait, il était absorbé par les yeux noisettes de la jeune femme.

Il finit par s'asseoir sous le regard satisfait de son interlocutrice. Elle souriait, le genre de sourire qu'on arborait inconsciemment quand on était heureux. Elle avait un bouquin à ses côtés, il lut à l'envers Les Misérables de Victor Hugo. Elle s'intéressait à la littérature française ? Il aurait aimé pouvoir s'intéresser à ce genre de chose.

Il fut sorti de ses pensées par la carte qui atterrissait directement devant ses yeux. Il y jeta un coup d'œil avant de regarder la serveuse qui levait les yeux au ciel. Clint baissa directement la tête en comprenant que c'était la même que l'année d'avant. Il se souvenait surtout qu'elle avait un magnifique sourire, et encore plus qu'elle avait fini par le dévisager comme si elle avait un imbécile devant elle.

Il eut envie de se lever et de partir. Partir le plus vite possible pour éviter qu'elle ne lui lance une nouvelle fois ce regard de pitié.

Il se mordit les joues et tapotait son journal posé sur la table à côté de lui. Son cœur s'emballait et pas dans le bon sens. La pièce bondée commençait doucement à l'étouffer. Il ne voulait pas revivre ce qu'il avait vécu la dernière fois.

Il sursauta en sentant un pied entrer en contact avec son tibia. Il releva la tête et vit la jeune femme en face de lui les sourcils froncés d'inquiétude. Alors c'était ça ? Il allait inspirer la pitié pour le reste de sa vie. Toutes les personnes qu'il croiserait auront donc le même regard, tout cela serait à l'infini ?

Elle lui dit quelque chose mais il ne comprit pas. Il la regardait, il essayait de se concentrer du mieux qu'il pouvait mais il n'y arrivait pas.

Alors, elle le pointa du doigt, fit un rond avec ses doigts et finit par lever l'index tout en touchant le milieu de son majeur de son pouce**.

Clint voyait bien qu'elle essayait de faire quelque chose mais il ne comprenait toujours pas et il eut la tête qui tournait de se dire que ce serait certainement son lot quotidien pour le reste de sa vie.

Elle se mordit la lèvre, sembla chercher quelque chose, fouilla les poches de son manteau et soupira de frustration de ne pas trouver ce qu'elle voulait. Elle finit par attraper son livre et l'ouvrit. Elle passait des pages, semblait lire à une vitesse phénoménale avant de s'arrêter sur une page. Elle posa le livre devant elle, dans le sens de lecture de Clint et pointa un premier mot sur sa page, puis un deuxième.

Il lut 'you' et 'fine'. Il la regarda et ne put retenir un faible sourire en coin de s'accrocher à ses lèvres. Il acquiesça.

Elle sembla satisfaite de cette réponse et lui sourit en retour. Enfin… avant que la serveuse ne revienne. Clint assista à une sorte de duel de regard entre les deux jeunes femmes. Il vit la serveuse le dévisager un instant et il comprit qu'elle attendait sa commande. Il pointa la ligne du chocolat chaud et il vit distinctement qu'elle leva les yeux au ciel en soupirant.

La jeune femme en face de lui commanda et attendit de voir partir la serveuse avant de la pointer du doigt et de désigner le titre de son livre. Clint pouffa de rire.

Il finit par fouiller ses poches et trouva un stylo. Il chercha une page qui n'était pas complètement noire d'encre sur son journal et, une fois qu'il en trouva une, il nota 'Merci'. Il montra le mot et elle sourit.

Elle lui demanda son stylo et il le lui donna.

'Tu ne connais pas la langue des signes ?'

Il secoua négativement la tête. Elle réfléchit un instant avant d'oser écrire.

'Tu es sourd depuis combien de temps ?'

Il calcula un instant, lui prit le stylo et indiqua : 'un an et demi'.

Elle sembla aussi surprise qu'effrayée.

'Comment tu communiques ?'

'Travail = cartes, social = ?'

Elle jeta un regard vers le bar en comprenant qu'il ne communiquait pas du tout avec le reste du monde. Clint se disait que si elle connaissait la langue des signes, c'était qu'elle côtoyait des sourds assez souvent. Elle devait donc savoir que les appareils auditifs étaient extrêmement chers. Très peu de gens avait les moyens pour s'en procurer.

Il la vit sursauter et se retourner vers la vitrine. Un jeune homme la regardait, il avait certainement frappé sur la vitre pour la faire réagir. Il lui fit un signe de la tête pour lui demander de venir et elle soupira.

Elle fouilla dans ses poches, déposa de l'argent sur la table mais hésita encore un instant. Elle prit le stylo et nota quelque chose rapidement sur le papier. Elle leva la paume en souriant avant de partir.

Clint la regarda quitter le café et rejoindre le jeune homme qui l'attendait. Il sourit et sembla lui poser une bonne dizaine de questions pendant qu'ils marchaient jusqu'au bout de la rue.

Il reposa les yeux sur la table et se rendit compte qu'elle avait oublié son livre. Il se leva en l'attrapant, sortit du café mais elle n'était déjà plus là.

Il revint s'asseoir et finit par lire le mot qu'elle lui avait laissé : 'J'ai un test la semaine prochaine alors ne tarde pas trop' suivi d'une adresse.

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Il avait bien fallu rentrer un jour. Clint avait souri en voyant l'état du salon : des matelas, des coussins et des couvertures partout. Laura avait dû trouver ça plus évident de dormir tous ensemble durant cette nuit d'angoisse.

Le brun se dit que ce serait certainement leur chambre durant quelques semaines encore.

Ils avaient parlé longuement, assis sur les matelas, chacun avec son assiette de raviolis sur les genoux. Clint avait écoutés ses enfants raconter leur soirée de la veille. Tout ce qu'ils avaient fait, essayé de faire également.

Ils évacuaient beaucoup de choses en lui parlant, en pouvant lui parler.

Et puis, ils lui demandèrent comment s'était passé la bataille. Il avait eu le cœur serré en racontant en résumé ce qu'il s'était passé. L'explosion de la base de Tony, Thanos, l'arrivée de tous les membres qui avaient perdu la vie cinq ans plus tôt,… La mort de Tony.

Il avait baissé les yeux, la gorge nouée et les larmes aux yeux.

« -Natasha… Natasha ne reviendra pas. »

Il essaya de sourire mais personne n'était dupe. Les enfants n'avaient pas pu se retenir de pleurer. Elle était leur tante, elle l'avait toujours été et ils se disaient qu'ils ne pourraient même pas lui dire au revoir.

Laura passa une main sur la nuque de son mari. Elle pleurait silencieusement mais elle savait que c'était Clint qui souffrait le plus. Natasha avait été sa meilleure amie. Il y avait des choses qu'ils partageaient qu'elle n'avait jamais entendu. Elle n'était pas jalouse, elle comprenait très bien la relation qu'ils avaient.

Elle n'avait jamais eu peur de Natasha parce qu'elle savait que la rousse ne lui cacherait jamais rien qui avait un rapport direct avec la santé mentale de son homme. Si c'était trop grave et que Laura pouvait y faire quelque chose, elle le lui disait.

Elle avait confiance en la rousse autant qu'elle savait que Natasha n'avait eu qu'eux comme famille. Aujourd'hui, ils perdaient une de leurs membres.

Les enfants avaient fini par s'endormir, fatigués de tant d'émotions. Clint s'était dirigé vers l'extérieur. Il était proche de minuit, l'air était frais mais supportable. Il avait besoin d'air frais pour réussir un minimum à retrouver ses esprits. C'était dur. Il venait à peine de les vivre qu'il les revivait.

Il avait cru mourir, il aurait voulu mourir et aujourd'hui il perpétuait la mémoire des morts.

Laura vint s'asseoir à côté de lui et lui passa un bout de son plaid XXL autour de lui. Elle posa sa tête sur son épaule et ferma les yeux un instant. C'était bon de le retrouver. Elle n'avait pas vécu ces cinq ans loin de lui, à croire qu'il était mort mais c'était comme si elle avait ressenti cette absence d'un coup.

Elle lui attrapa la main et laissa échapper un petit rire. Il se tourna vers elle et elle passa un doigt sur son bras.

« -Si un jour on m'avait que mon mari se ferait tatouer un bras dès que j'aurais eu le dos tourné, je ne l'aurais jamais cru. »

Clint rit.

Il n'avait rien trouvé de mieux pour essayer de se changer les idées. C'était stupide, peut-être mais sur le moment tout allait mieux. Elle n'avait pourtant pas encore repéré leurs quatre noms tatoués en une ligne à l'intérieur de son avant-bras.

Il regarda au loin. Ce calme lui avait manqué, ce sentiment de vide et de paix. C'était pour ça au départ qu'il avait choisi cet endroit. Pas un bruit, loin de tout. Il avait toujours besoin de s'isoler. D'être seul.

Il n'aurait jamais cru qu'un jour cette solitude lui pèserait autant. Tout était parti en vrille après le claquement de doigts de Thanos. Après avoir pleuré toutes les larmes de son corps, après avoir essayé de noyer tout cela avec l'alcool qu'il avait dans la ferme, il s'était rendu compte qu'il avait toujours détesté être seul sans Laura. Il avait appris à détester être seul sans les enfants.

Il avait perdu sa famille. C'était injuste.

Lorsque Natasha était arrivée, un soir où il n'était qu'une larve imbibée d'alcool dans son salon, elle avait parlé sans même réfléchir. Elle avait été un moulin à paroles plus qu'elle ne l'avait été dans le reste de sa vie. Elle avait expliqué le plan de Thanos sans même s'en rendre compte : faire disparaître la moitié des humains, de façon égale, riche ou pauvre, vieux ou jeune, malade ou sain.

Il avait hurlé comme jamais il n'avait hurlé. C'était injuste ! Il avait perdu toute sa famille et elle lui apprenait qu'il y avait certainement des criminels encore en vie ?

Il ne s'était jamais senti aussi en colère qu'à cet instant. Toute sa rage n'avait qu'une envie : exploser.

Elle avait essayé de le calmer mais c'était trop tard. Si Thanos avait cru être juste en ne choisissant pas les victimes de cette purge, lui serait juste en rééquilibrant cette erreur. Il avait passé presque cinq ans à traquer et à tuer tous ceux qui avaient commis le moindre crime.

Il baissa la tête.

Laura était toujours appuyée sur son épaule.

« -Laura... »

Elle ne se tourna pas, elle serra juste la main de Clint et, de l'autre, elle leva l'index et le pouce en forme de L, abaissant sa main avec un petit mouvement saccadé au milieu de son geste***.

Il ferma les yeux.

Elle avait raison. Autant profité encore quelques instants de ces retrouvailles. Autant ne pas tout gâcher maintenant.

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Il n'avait jamais trouvé son travail aussi ennuyeux et long que ce jour-là. Il avait le livre et le journal bien calé sous son oreiller. Dès qu'il finirait son service, il se changerait et foncerait à l'adresse qu'elle lui avait indiquée.

Il s'était rendu compte qu'il n'avait même pas son prénom !

Il sautillait tellement que la réceptionniste commençait à en avoir la nausée. Elle lui avait déjà tapé sur l'épaule plusieurs fois pour qu'il arrête de gigoter comme ça mais c'était plus fort que lui.

Elle soupira presque de soulagement en voyant la tête rousse de James, celui qui prenait le service après Clint. Lui ne se priva pas pour lâcher ce soupir.

Il n'avait jamais couru aussi vite. Dix minutes après la fin de son service, il était changé et courait déjà dans les rues, l'adresse au creux de la main et le livre bien calé au fond de son sac.

Il lui avait fallu trente minutes pour réussir à se repérer, ne pas se faire écraser et trouver enfin la maison en question.

Il avait le cœur qui battait la chamade. D'abord parce qu'il avait arrêté son entrainement sportif depuis qu'il travaillait dans cet hôtel et ensuite parce que c'était la première fille qu'il rencontrait qui n'avait pas eu peur de lui.

Il sonna et attendit, le cœur battant et les mains moites.

Et quand la porte s'ouvrit, ce ne fut pas elle qui apparut. Il fut décontenancé un instant et mis quelques secondes à comprendre que c'était le jeune homme qui l'avait appelé la veille.

Comme son interlocuteur semblait s'impatienter, Clint attrapa le livre et le montra. Le jeune homme soupira et se retourna. Il lança un dernier regard à Clint avant de disparaître dans le couloir.

Une minute à peine venait de s'écouler quand il vit la jeune femme arriver, pimpante et souriante. Comment faisait-elle pour être de bonne humeur deux jours de suite comme ça ?

Il lui tendit son livre et elle le prit en le remerciant de la tête. Elle attrapa le bras de Clint et l'entraîna dans la maison, puis dans ce qui semblait être son salon. Elle lui désigna le fauteuil derrière lui pour qu'il s'assoit et elle s'éclipsa dans la pièce d'à côté.

Quand elle revint, elle avait deux calepins et deux stylos. Elle en tendit un de chaque à Clint et commença à écrire sur le sien. Elle le lui tendit et laissa le temps à Clint de lire son petit texte le temps qu'elle aille chercher une chaise pour qu'elle puisse être en face de lui.

'Mon père est sourd de naissance, il m'a appris la langue des signes alors je vais te l'apprendre également. Il faut que tu puisses communiquer.'

Il leva la tête vers elle et secoua la tête négativement en lui rendant son cahier. Il s'en sortait pour le moment.

Elle fronça les sourcils et déposa son stylo et le calepin sur la table basse. Elle ferma son poing et laissa son petit doigt levé puis elle porta sa main à son front.

Il ne savait pas ce que ça voulait dire mais ça ne semblait pas être une déclaration d'amour.

Il soupira.

Il écrivit et lui tendit le papier.

'Merci mais ça va. Je voudrais simplement connaître ton prénom.'

Elle sourit en coin.

Elle leva la main droite et patiemment fit cinq gestes consécutifs : le pouce et l'index levés (L) ; le poing fermé avec le pouce relevé et collé à la main (A) ; l'index et le majeur collés et relevé avec le pouce sur les deux autres doigts (U) ; le même geste mais avec l'index croisé devant le majeur (R) ; le poing fermé avec le pouce relevé et collé à la main (A).

Clint cligna des paupières une ou deux fois. Elle ne le lâchera donc vraiment pas avec ça ?

Il écrivit : 'À quoi ça va me servir ?'

Elle se mordilla la lèvre inférieure et attrapa son stylo.

'À communiquer. Tu pourras trouver du travail avec des gens sourds aussi et qui te respecteront.'

Il fronça les sourcils.

'J'ai un travail et les gens sont corrects avec moi.'

Elle soupira.

'Je ne peux pas te promettre que les gens ne te regarderont plus avec un air de pitié mais tu pourras au moins les insulter sans qu'ils ne comprennent ce que tu dis.'

Clint sourit en coin et elle écrivit autre chose.

'Tu ne veux pas parler avec des gens qui comprennent ce que tu vis ?'

Il baissa les yeux. Il n'avait pas vraiment de réponse à ça. C'était surtout un nouveau monde qui s'ouvrait à lui, il avait réussi à s'acclimater à celui dans lequel il vivait pour le moment avec beaucoup de difficulté. Accepter, c'était recommencer.

Tout à coups, elle se leva et se dirigea vers le couloir d'où ils étaient venus. Elle mit un moment avant de revenir, accompagnée d'un homme plus âgé. Il avait les cheveux grisonnants et le même sourire éclatant et heureux qu'elle.

Elle nota : 'C'est mon père, il s'appelle Robert. Tu vas comprendre avec lui.'

Pendant qu'il lisait, Robert avait pris la place de sa fille. Il avait attrapé le stylo et le calepin également.

L'écriture de l'homme était un peu plus dure à déchiffrer mais il y arriva tout de même : 'Poses moi toutes les questions que tu veux.'

Clint regarda l'homme en face de lui avec un mélange de gratitude et de surprise. Il jeta un regard à sa jeune inconnue. Au moment où elle passait dans la pièce d'à côté, elle lui fit un clin d'oeil.

Elle voulait vraiment l'aider. Autant essayer, non ?

Il prit une grande inspiration et nota sa première question : 'C'est quoi la langue des signes ?'

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Ils étaient rentrées dans la maison en riant, trempés jusqu'aux os. Ils s'étaient fait surprendre par une averse soudaine.

Ils avaient décidé de marcher un peu, comme ils le faisaient lorsqu'ils venaient à peine d'acheter la ferme. Ils profitaient juste de l'air frais et du calme ambiant. Ils ne parlaient pas, ils n'en avaient pas besoin. Ils profitaient juste d'être ensemble.

Sauf que ce soir, la pluie s'était invitée à leur rendez-vous. Ils avaient essayé de se protéger avec leur plaid mais il avait laissé passer autant d'eau que s'il n'avait jamais été là. Et ils riaient comme s'ils étaient revenus à leurs vingt ans.

Ils étaient restés près de la porte pour éviter de réveiller les enfants. Laura se tordait les cheveux comme elle pouvait pour les essorer pendant que Clint retirait son gilet. Elle le regardait comme si elle tombait amoureuse de lui une nouvelle fois. Le brun souriait et elle vint l'embrasser.

Il finit par aller chercher des serviettes dans la salle de bain. Après cinq ans, elles sentaient un peu le renfermé mais ils n'avaient que ça. Il attrapa également de vieux t-shirt et leur jogging qui étaient restés là, bien sagement attendant leurs propriétaires.

Ils s'étaient changés aussi vite que possible pour éviter de mourir de froid et Laura l'entraîna vers les matelas. Ils n'avaient pas regardé l'heure depuis un moment mais il devait facilement être trois heure du matin. Peu importait, ils n'étaient pas fatigués. Pas aujourd'hui. Pas ce soir.

Elle s'était blottie contre lui mais il avait le cœur au bord des lèvres. Comme s'il réalisait à ce moment précis, entouré de tous ceux qu'il aimait, qu'il ne méritait pas ce bonheur.

« -Il faut que… Laura… Je... »

Il chuchotait. Il perdait ses moyens. Il ne voulait pas que ses enfants entendent ce qu'il avait fait mais il ne pouvait pas vivre une minute de plus en se disant que Laura n'avait pas le choix de le quitter ou de rester.

Il ne voulait plus jamais les perdre mais il détestait encore plus l'idée qu'ils vivent avec un assassin sans même le savoir.

Elle le regarda et s'assit en face de lui en comprenant que ce n'était pas quelque chose d'anodin.

Il s'assit également et soupira.

Il signa.

'J'ai fait des choses horribles.'

Il ne trouvait pas les mots. Mais il trouvait les signes. Il préférait toujours signer quand il ne se sentait pas bien. Quand il devait vraiment parler avec Laura.

Elle le savait.

'Explique-moi'

Il n'osa pas croiser son regard quand il lui répondit.

'J'ai tué des gens. Beaucoup de gens.'

Elle ne parut pas surprise.

'C'est déjà arrivé dans certaines missions pour le SHIELD. Quelle différence ?'

'Je l'ai fait consciemment. Je savais et je voulais les tuer. Je...'

Il passa sa main sur son visage pour essayer de se donner du courage.

'Vous étiez morts. Des innocents étaient morts. J'ai trouvé ça si injuste et… J'ai juste tué des gens qui le méritaient. Je trouvais qu'ils le méritaient alors je les ai tués.'

Laura ne signa pas. Elle avait les mains sur les genoux et elle ne bougeait pas.

Clint sentit son cœur se briser. Il ferma les yeux pour éviter de complètement fondre en larmes. Il ne méritait pas cette famille. Il s'était bercé d'illusion une soirée en se disant que tout irait mieux à présent. Mais il aurait mieux fait d'éviter de penser qu'il avait encore un avenir à leurs côtés en sachant ce qu'il avait fait.

Il sentit la main de Laura lui relever la tête. Elle secoua légèrement la tête. Elle ferma son poing, à l'exception de son petit doigt qu'elle avait relevé, et porta sa main à son front.

'Idiot.'

Elle avait froncé les sourcils et continua.

'Tu as sauvé bien plus de vie hier que tu en as prises. Tu penses que ça ne compte pas ?'

Les larmes coulaient seules sur ses joues.

'Je voudrais que ça compte.'

'Et c'est le cas ! Les gens que tu as tué à cause de SHIELD avaient aussi fait des choses horribles.'

'Mais...'

Il s'arrêta dans son second geste en voyant le regard qu'elle lui lançait.

'Tu es un idiot ! Je n'ai jamais cessé de t'aimer, de me sentir en sécurité avec toi ! Et pourtant le SHIELD t'a demandé de faire des choses parfois horribles. Tu es qui tu es. Le SHIELD t'a forgé plus que tu ne le voudrais, c'est pour ça que tu as réagis comme ça !'

Elle leva les bras, presque en signe d'exaspération.

'Je ne sais même pas comment j'aurais réagis si j'avais été à ta place. J'en serais peut-être morte de chagrin ! Et si ça avait un des enfants qui était resté ? Imagine si Nathaniel était resté seul ?!'

Elle pleurait silencieusement.

'Tu penses que j'arrêterai de t'aimer parce que tu as perdu les pédales en nous voyant disparaître ? Mais merde, Clint. D'autres gens sur cette planète ont dû commencer à faire pareil que toi, et puis tu penses que ceux que tu as arrêté se seraient gênés pour reprendre leurs affaires ? Tu as...'

Elle pleurait et elle finit par lui donner un coup de poing dans l'épaule.

'J'ai cru que j'allais te perdre hier. J'ai cru que tu étais mort et j'ai passé ma nuit à pleurer.'

Le cœur de Clint se serra.

'Je t'aime, idiot. Et ces cinq dernières années n'ont jamais existé pour moi. Elles ne devraient plus exister pour toi non plus.'

Il la prit dans ses bras. Parce que c'était ce dont elle avait besoin. Parce que c'était ce sont il avait le plus besoin. Il l'aimait comme il n'avait jamais aimé auparavant.

Il aurait tout donné pour qu'elle puisse vivre. Quand il les avait perdus, il avait tellement voulu pouvoir inverser le cours du temps, changer sa place contre la leur.

Aujourd'hui, il n'échangerait sa place pour rien au monde. Il était là, il avait sa famille, il avait tout ce qu'il voulait. Il avait tout ce dont il avait besoin pour espérer réussir à vivre à nouveau.

.

Il entra dans le café et rejoignit directement la petite table près de la vitre. Il était venu de plus en plus souvent dans ce café. Toujours accompagné.

La serveuse s'approcha de lui. Elle était nouvelle et remplaçait la première qu'il avait rencontré ici deux ans auparavant.

Celle-ci, une blonde au sourire éclatant, articula lentement et distinctement pour que Clint puisse lire sur ses lèvres : 'Le smoothie du jour est vraiment excellent.'

Il sourit en coin et hocha la tête avant de faire le signe pour 'H'. Elle sourit en coin en hochant la tête, c'était leur signe pour dire qu'il prenait sa commande habituelle.

Elle venait à peine d'atteindre le bar que son inconnue vint s'asseoir en face de lui, signant 'désolée pour le retard'.

Il sourit en secouant la tête. Cela faisait un an qu'ils se voyaient à peu près trois fois par semaines, deux fois chez elle pour qu'il apprenne la langue des signes américaine et une fois ici, juste pour parler.

Il avait appris son prénom au bout d'une semaine. Laura. Le jour où il avait réussi à lire son prénom pour la première fois, il avait souri tout le reste de la journée sans même comprendre vraiment pourquoi.

La plupart du temps, c'était elle qui se chargeait des cours mais de temps en temps Robert prenait le relais. Il était un peu plus brusque que sa fille et n'hésitait à l'engueuler avec des signes qu'il ne comprenait même pas encore, lorsqu'il mettait de la mauvaise volonté. Il aimait beaucoup Robert au fond.

Il avait appris que le jeune homme qui lui avait ouvert la première fois n'était autre que le cousin de Laura. Il passait la plupart du temps chez elle parce que c'était le seul endroit où il n'entendait pas sa mère hurler toute la journée.

Robert avait levé les yeux au ciel quand son neveu avait expliqué ça à Clint et il signa dans son dos qu'elle hurlait parce qu'il rentrait bourré avec ses amis tard le soir. Le brun se retint de rire en voyant ça.

'Il ne t'a pas trop maltraité aujourd'hui ?'

Clint secoua la tête à la question de Laura. C'était officiellement sa première journée comme surveillant dans l'école pour sourds du père de Laura. Il lui avait dit qu'il essayerait de le faire monter en grade plus tard mais qu'il devait d'abord faire ses preuves comme ça.

Le brun était ravi. Les enfants étaient incroyables et aimaient voir une nouvelle tête dans leur école. Ils lui avaient posé tellement de questions que Clint n'avait jamais autant souffert de ses bras, et pourtant il s'était déjà entraîné des heures et des heures à l'arc.

Il lui racontait un peu sa journée, le cœur tambourinant dans sa poitrine. Il avait décidé de lui déclarer sa flamme aujourd'hui.

Il avait mis des semaines et des semaines avant de se l'avouer. Laura était plus qu'une simple jeune femme qui lui avait permis d'avoir une vie meilleure. Elle était surtout la femme la plus intelligente, gentille et belle qu'il n'ait jamais vu. Il l'aimait.

Il voulait le lui dire, le lui avouer du plus profond de son être. Oh, il avait surtout peur en réalité. Si elle ne ressentait pas la même chose pour lui, il serait dur de se revoir par la suite. Il n'était même pas sûr qu'elle veuille encore l'aider pour apprendre encore toutes les subtilités de la langue des signes mais il voulait être au moins fixé.

Il avait ruminé toute la semaine, pesant le pour ou le contre mais la réponse s'était imposée d'elle-même. S'il n'osait jamais le lui avouer, il passerait peut-être à côté d'une belle histoire d'amour. Et ça valait totalement les risques qu'il devrait prendre.

Il finissait de raconter sa journée quand il remarqua qu'elle semblait assez nerveuse. Il fronça les sourcils et lui demanda ce qui n'allait pas en prenant une gorgée de ce smoothie maison qu'on lui avait apporté entre temps.

Elle se mordit la lèvre inférieure en tapotant nerveusement sa tasse de chocolat chaud et essaya de prendre une grande inspiration pour se trouver du courage.

'Comment tu es devenu sourd ?'

Le cœur de Clint s'emballa. Ils n'en avaient jamais parlé. Elle n'avait jamais vraiment semblé intéressée par cette information et, s'il avait pu l'oublier, il l'aurait fait.

Il essaya de cacher le fait que cette question le surprenait autant qu'elle le stressait.

'Pourquoi tu veux savoir ?'

Elle baissa la tête un instant et évita son regard en lui répondant.

'J'ai entendu certaines choses sur toi. Je veux avoir ta version.'

Des choses ? Il comprenait de moins en moins.

'Qui ?'

Elle fit un geste pour essayer de balayer la question.

'J'ai des choses à te dire mais j'ai besoin de savoir ça avant.'

S'il avait pu se noyer dans son smoothie, il aurait plongé au moment même où elle avait posé cette question. Mais il lui devait une réponse à présent. Il pensa un instant à lui mentir mais il ne voulait pas lui avouer qu'il l'aimait juste après lui avoir menti droit dans les yeux.

Il prit une grande inspiration avant de commencer.

Il lui expliqua comment son frère et lui s'étaient retrouvés dans un cirque, orphelins. Il passa en quelques signes son enfance et ses entraînements pour arriver au moment qui l'intéressait.

Il lui raconta en détail le jour où il avait pris en flagrant délits ses deux mentors en train d'établir un plan pour le braquage de la banque de la ville dans laquelle le cirque se rendait le lendemain. Il ne l'avait même pas fait exprès et avait été repéré directement. Il n'était plus un enfant mais il avait fini par considérer ses mentors comme des pères de substitution. Savoir que les deux personnes qu'on admirait le plus étaient des braqueurs en puissance l'avait complètement perturbé.

Il s'était arrêté dans son récit un instant. Il hésitait encore à tout lui raconter. Mais à ce stade, pourquoi lui cacher de petits détails ?

Après les avoir surpris, il avait couru en sens inverse vers le directeur du cirque. Il lui avait tout raconté mais, au lieu d'avoir la réaction qu'il attendait, ce fut tout l'inverse. Le directeur n'avait pas hésité à le menacer de son pistolet.

Clint avait eu la peur de sa vie ce jour-là, il avait cru sa dernière heure venue. Le directeur l'avait ramené sous la tente de ses complices en leur demandant comment ils avaient fait pour se faire avoir si facilement par Clint.

Tout avait été assez flou ce soir là mais il se souvenait qu'ils avaient débattu un instant de ce qu'ils allaient faire de lui avant de décider de d'abord lui faire regretter son intrusion dans des affaires qui ne le regardaient pas.

Ils l'avaient passé à tabac pendant ce qui avait semblé être des heures pour Clint. Avant qu'il ne voit un ses bourreaux s'écrouler devant lui. Quand il avait relevé le regard, il avait aperçu Barney, son frère, avec un des katanas de Sanaë. Il avait lancé l'arc de Clint aux pieds de celui-ci alors qu'il s'en prenait aux deux autres.

Clint avait mis un moment avant de retrouver ses esprits après les coups qu'il avait reçu et quand il reprit réellement conscience, le directeur s'était saisi de son arme et n'avait pas hésité un instant avant d'abattre Barney de sang froid. Clint ne s'était jamais senti autant en colère et sa douleur s'était estompée en moins d'une seconde. Il n'avait même pas réfléchi. Il s'était emparé de son arc et des flèches et, d'un geste, avait planté une flèche dans l'œil du directeur qui se retournait vers lui. Il réserva sa deuxième flèche à son mentor que Barney avait réussi à frapper assez fort pour l'étourdir.

'C'est après ça que je me suis rendu compte que je n'entendais plus. Ils m'avaient frappé assez fort pour provoquer des saignements et la déchirure de mes tympans.'

Il avait le cœur qui battait à tout rompre quand il posa ses mains à plat sur la table. Il n'osait même plus la regarder en face tellement il avait honte de ce qu'il avait fait.

Il n'était plus très sûr de lui avouer qu'il l'aimait en fin de compte.

Ils ne bougèrent pas pendant ce qui semblait être des heures pour Clint. Il se trouvait con à présent de lui avoir avoué tout ça. Ce n'était pas comme si, après tout, il avait complètement confessé des meurtres n'est-ce pas ?

'Et la police ?'

Clint se mordit l'intérieur des joues.

'Je suis allé les voir juste après avoir fait ça. J'ai tout écrit en leur disant que je n'entendais plus rien. Ils sont allés voir et m'ont expliqué qu'il n'y aurait aucune charge contre moi. Tout le pays était à la recherche de ces braqueurs de banque et, avec la mort de mon frère, ils ont considéré ça comme de la légitime défense.'

Elle resta silencieuse encore un instant avant de signer :

'Alors ça l'est.'

Clint ferma les yeux un instant.

'Non. C'est juste parce qu'ils allaient avoir la gloire d'avoir retrouvé des braqueurs recherchés à l'international et que ça ferait tâche d'avoir un meurtrier sur les bras. C'était plus glorieux de présenter ça comme de la légitime défense.'

Laura secoua la tête.

'Ils ont dit ça parce qu'ils ne voulaient pas que ta vie soit gâchée à cause de ces criminels. Tu es innocent.'

Clint baissa les épaules en signe d'abandon. Elle ne comprendrait certainement jamais ce qu'il pouvait ressentir là dessus. Il avait tué les personnes qu'il avait presque considéré comme ses pères et indirectement il avait tué son frère.

Il releva le regard quand il la vit taper du plat de la main sur la table.

'Tu as perdu ton frère et, si tu ne les avais pas tués, tu serais mort toi aussi !'

'Mais.'

Elle le coupa directement.

'Je t'aime, idiot !'

Il rougit instantanément alors qu'elle baissait les yeux.

'Mon père a voulu savoir à quel poste il pourrait te mettre à l'école et il a fait des recherches sur toi. Il est tombé sur une coupure de journal qui expliquait ce qu'il s'était passé. Je voulais juste savoir si tu aurais l'honnêteté de me l'avouer.'

Elle retrouva un peu de sa joie habituelle.

'Tu es promu au titre de prof de sport, d'ailleurs.'

Il rit. Et il pleura de joie en même temps.

Il avait cru que son cœur allait s'arrêter quand elle lui avait raconté ça. Mais elle ne semblait pas se moquer de lui. Elle semblait si soulagée qu'il lui ait tout raconté.

'Je t'aime aussi, Laura.'

Elle soupira, de soulagement et rit.

Il avait l'impression de voir un nouveau type de sourire sur le visage de Laura : un sourire amoureux. Et pour rien au monde il ne voudrait le lui enlever.

Ce jour-là, juste après leur premier baiser à la porte de chez Laura, il se promit de ne jamais la perdre, de la rendre heureuse comme elle le rendait heureux, de l'aimer comme jamais il n'aimerait quelqu'un d'autre.

Il se promit de l'aimer jusqu'à son dernier souffle.

.

La veille, ils avaient été à l'enterrement de Tony. Il avait retrouvé un peu tout le monde et il avait été heureux de les revoir. Dans toute cette tristesse, cela lui faisait du bien de revoir ceux qui avaient combattu à ses côtés.

Il avait parlé avec Wanda, assez longuement. Sans même qu'ils ne sachent vraiment pourquoi, ils avaient tissé des liens presque indéfectibles.

En rentrant à la ferme ce soir-là, il s'était dit qu'elle avait réussi à créer les mêmes liens qu'il avait eu avec Natasha, sans pour autant que ce soit exactement les mêmes.

Et il avait eu le cœur arraché en se rendant compte, réellement, qu'il avait perdu sa meilleure amie.

Il avait parlé à Laura. Il avait besoin d'un endroit où se recueillir, un endroit où il pourrait avoir la sensation que Natasha était proche malgré tout. Laura lui avait suggéré l'orée du bois, l'endroit que la rousse aimait tant. Clint avait acquiescé doucement.

Il avait passé la journée à trouver l'endroit idéal pour installer la croix qu'il avait fabriqué avec les moyens du bord. Il avait trouvé une photo, avait cueilli quelques fleurs qu'elle aimait tant et avait ajouté deux ou trois cookies, juste parce qu'il savait que c'était son péché mignon.

Le soleil commençait à décliner quand il avait fini de tout installer. Les enfants et Laura l'avaient rejoins. Cooper déposa un playmobil, le premier jouet que Natasha lui avait offert, Lila accrocha des bracelets sur un des bras de la croix et Nathaniel disposa des dessins au pied de celle-ci. Ils s'étaient ensuite assis aux côtés de leur parent.

La rousse n'aura pas eu un bel et grand enterrement mais elle était au moins dans le cœur de sa famille et aucun d'entre eux ne pourrait l'oublier un jour. Clint encore moins.

Après une dizaine de minutes , Laura se leva, posa une main sur l'épaule de son mari pour lui donner du courage et fit rentrer les enfants.

Le brun regarda la photo de Natasha. Il l'adorait. Elle souriait, ses cheveux roux encore courts et une joie de vivre qu'il n'avait que trop rarement vu sur son visage. C'était l'une des premières fois où elle avait osé être naturelle auprès de lui, auprès de Laura également.

Il baissa la tête, se retenant de pleurer.

Ta dette est payée.

Elle lui avait toujours dit qu'elle finirait par la rembourser. Il ne voulait pas qu'elle en parle, il n'y avait pas de dette pour lui. Mais à présent comment nier le fait qu'elle l'avait payé ?

Il sentit une main se poser sur son épaule. Il aurait reconnu celle de Laura entre mille, et ce n'était pas la sienne. Il leva le regard au moment où Wanda s'agenouillait à ses côtés.

Elle lui sourit en coin, les larmes aux yeux. Elle lui prit la main qu'il serra doucement. Il avait été là quand elle avait perdu son frère, elle voulait être là pour le soutenir.

Il sentit du mouvement derrière lui et ne sut retenir ses larmes plus longtemps en se retournant. Pepper et Morgan étaient là, accompagnées de Happy et Rhodes. Plus loin, Stephen Strange et Wong s'avançaient vers eux, aux côtés de Scott, Carol, T'challa et Okoye. Thor et le reste des gardiens de la galaxy marchaient d'un même pas vers eux. Bruce, les joues humides, s'avançait, son bras en écharpe. Bucky et Sam se relayaient pour pousser la chaise roulante de Steve dans les hautes herbes des alentours. Peter Parker rejoignit assez vite la famille Stark, comme s'il était arrivé un peu en retard.

Clint pleurait de voir qu'ils ne l'avaient pas oublié, qu'ils comprenaient que Natasha avait également eu un rôle important dans le retour de l'humanité.

Wanda serra un peu plus sa main et, étonnement, il sentit Rocket s'asseoir et poser sa tête sur son autre bras. Le brun sourit en coin. Il ne connaissait pas bien Rocket et sa troupe en général mais il l'avait vu discuter souvent avec Natasha.

Après un recueillement silencieux, Wanda déposa une fleur devant la croix improvisée de Natasha et elle fut suivie par chacun de ceux qui était venu. Un à un, ils déposèrent une fleur ou un objet qui leur rappelait Natasha.

Il faisait nuit quand ils se réunirent tous dans la ferme. Il n'y avait pas beaucoup de place et tout n'était pas encore complètement réparé mais ça suffisait aux personnes présentes.

Wanda avait expliqué à Clint que Laura leur avait tous envoyé un message pour les prévenir de ce qu'il voulait faire. Elle précisait qu'elle ne les obligeait pas à venir mais qu'elle voulait qu'ils soient au courant.

Le brun avait pris sa femme dans ses bras dès qu'il avait franchi la porte de la maison. Et il ne put que l'aimer encore plus qu'il n'était possible quand il se rendit compte qu'elle avait passé son après-midi à faire des sandwichs pour tout le monde.

Il discuta avec un peu tout le monde. Thor l'avait pris dans ses bras et lui dit qu'il avait vraiment cru qu'on pourrait la ramener, il aurait voulu pouvoir faire quelque chose. Steve, Sam et Bucky lui confièrent des lettres qu'ils avaient tous les trois écrites. Natasha leur avait sauvé la mise plusieurs fois et ils n'avaient pas pu s'empêcher d'écrire quelque chose pour la remercier.

Peter Quill, Drax, Mantis et Groot ne réussirent pas à dire grand chose, ils ne l'avaient pas vraiment connu mais ils avaient compris ce qu'elle avait fait pour eux. Rocket leur avait expliqué en long et en large comment ils avaient eu les pierres et il avait semblé réellement affecté par la perte de Natasha. C'était surtout pour lui qu'ils étaient venus. Et Rocket justement lui remit les bracelets armés de la rousse en avouant qu'il les avait piqués pour en faire quelque chose plus tard. Il joignit les bracelets d'un carnet de notes de Natasha. Il ne pensait pas que c'était grand chose puisque ça concernait les pierres mais il pensait que ça pourrait l'intéresser d'avoir encore son écriture. Clint avait souri et lui dit qu'il pouvait les garder s'il voulait. Il n'avait jamais vu un raton laveur aussi reconnaissant de sa vie.

Okoye avait fait un petit discours pour elle, pour vanter son acte et la remercier. T'Challa, Strange et Wong s'étaient joins à elle.

Carol et Scott discutaient ensemble quand ils avaient trouvé Clint alors ils joignirent leurs condoléances. Ils parlèrent du courage et de la force que leur inspirait Natasha. Que son geste ne serait pas plus oublié que celui de Stark.

Bruce semblait ne pas avoir dormi depuis des jours. Clint savait qu'il avait perdu un meilleur ami en plus de Natasha qui avait été l'une des seules à réussir à calmer Hulk. Il avait exprimé tout ce qu'il ressentait, comme s'il se sentait réellement seul au monde. Il avait perdu la seule personne qui lui donnait encore la certitude qu'il ne pourrait plus jamais être dangereux. La nuit, parfois, il avait peur que le Hulk revienne, qu'il reprenne sa place, en ayant marre de ce compromis entre la force et le scientifique. Il savait se rendormir parce qu'il pensait à Natasha. Comment faire à présent ?

La famille Stark, encore endeuillée de la veille, avait réservé un coin de leur cœur à Natasha. Ils savaient ce qu'elle avait fait et qu'elle méritait tout autant la reconnaissance qu'on donnait à Tony. Il savait que Pepper avait tout fait pour qu'on reconnaisse Natasha à sa juste valeur, autant que l'ingénieur. Mais la presse n'avait fait que la citer dans un coin en minimisant son sacrifice. Clint la remercia pour avoir essayé et elle fut touchée qu'il l'ait remarqué.

Quand il voulut trouver Wanda, Laura lui fit un geste vers l'extérieur en lui signant qu'elle était avec Peter. Il prit trois bières et sortit. Il s'assit à côté de Peter et leur distribua les boissons. L'adolescent avait refusé poliment d'abord mais s'était laissé convaincre par l'archer.

Il savait à quel point s'était dur de perdre quelqu'un qu'on admirait à cet âge là. C'était trop tôt pour perdre quelqu'un.

Clint remercia Peter d'être venu. Il ne pensait pas que le jeune homme connaissait Natasha. L'étudiant sourit en coin même si ce sourire transmettait plus de tristesse que de joie. Il expliqua que deux ou trois jours après la bataille contre Thanos il avait vu un tag représentant Natasha. Il avait interrogé Happy sur la rousse et il s'était rendu compte que c'était injuste qu'il ne lui rende pas hommage également. Alors quand il avait reçu un message de Happy pour lui dire qu'il venait ici, il avait sauté sur l'occasion.

Peter voulait remercier Natasha pour ce qu'elle avait fait parce que si elle n'était pas morte personne ne serait revenu. Tony avait sauvé l'humanité de Thanos mais Natasha avait rendu cela possible.

Cette bataille n'avait laissé personne indifférent. Tous les trois, assis par terre et regardant le ciel étoilé, repensaient à ceux qu'ils avaient perdu ce jour-là. Wanda avait perdu son âme sœur, Peter avait perdu son mentor, Clint avait perdu sa meilleure amie.

Ils ne pouvaient plus changer le cours du temps à présent, ils devraient vivre avec cette perte. Mais ce soir, ils avaient le cœur un peu plus léger en se disant qu'ils ne seraient jamais oubliés.

Beaucoup repartirent après cette soirée mais deux ou trois avaient décidé de rester dormir à la ferme. Wanda, Peter, Morgan et Rocket avaient élu domicile dans le salon. Les trois Barton avaient remis tous leurs matelas dans la pièce et avaient décidé de faire une nuit blanche pour parler de Natasha et de Tony. Peter avait dû promettre mille fois de prendre soin de Morgan à Pepper, Wanda avait tout de même prévu de rester pour parler de Natasha avec les enfants et Rocket n'avait pas pu s'empêcher de vouloir rester en entendant Wanda.

Quand Clint avait rejoins Laura dans leur lit ce soir-là, il ne put s'empêcher de se dire qu'il n'aurait jamais cru avoir une troupe aussi hétéroclite dans son salon un jour.

« -Merci. »

Il avait chuchoté ces mots pendant que Laura se blottissait contre lui. Elle sourit en coin.

« -Elle aurait été émue de voir que tout le monde est venu. »

Clint sécha les dernières larmes qui avaient encore élu domicile au coin de ses yeux.

Laura avait le cœur aussi serré que lui mais elle avait essayé de ne pas le montrer aujourd'hui. Elle ne retenait plus ses larmes maintenant qu'elle était seule avec Clint.

« -Tu veux me parler d'elle ? »

Il hocha doucement la tête. Il remerciait le ciel de lui avoir donné une femme qui le comprenait sans même qu'il ne parle, qui essayait de lui parler quand quelque chose n'allait pas, qui prenait le temps de l'écouter, qui criait parfois mais seulement quand c'était justifié.

« -Tu veux me parler d'elle ? »

Laura essaya de sourire mais elle ne put réellement faire semblant que la mort de la rousse n'était pas aussi importante pour elle. Au fond, elle avait perdu également sa meilleure amie. Elle n'avait peut-être pas combattu à ses côtés mais elles avaient vécu tout autant de choses ensembles.

Elles s'étaient confiées certaines choses, elles s'étaient fait confiance. Avec elle, Laura avait eu l'impression d'avoir à nouveau dix ans et d'avoir une amie qu'elle ne quitterait jamais.

La vie l'avait ramené à la dure réalité. Aujourd'hui, encore plus que les autres jours.

Alors ils parleraient d'elle parce qu'elle avait été un membre de la famille. Parce qu'ils n'arriveraient pas à l'oublier en un claquement de doigts.

.

Encore en plein doute, Clint entra dans l'appartement qu'il louait avec Laura. Ils s'étaient installés ensemble deux ans après s'être avoué qu'ils s'aimaient. Cela faisait cinq mois et tout se passait à merveille.

Le père de Laura l'avait promu au titre de professeur de sport après avoir fait ses recherches sur lui. Il avait vu qu'il était archer et qu'il avait donc de bonnes notions de sport. Le brun avait accepté instantanément. Son arc et ses flèches avaient toujours été dans un coin de sa chambre et il brûlait d'envie de pouvoir les reprendre et les utiliser à nouveau.

Robert était d'autant plus heureux de l'engager qu'il n'y avait encore eu aucun prof de sport capable de comprendre les enfants. Il avait dû demander à des entendants de donner cours mais ils n'avaient jamais eu autant de tact qu'un sourd pourrait en avoir.

Clint se faisait comprendre par les élèves et les comprenait en retour. Il savait quoi dire pour les motiver et pour leur expliquer ce qu'ils devaient ressentir durant le sport.

L'archer adorait son métier, il était valorisé, il pouvait utiliser son arc et les enfants étaient adorables avec lui.

Sauf qu'en se posant dans son café habituel cet après-midi-là, il s'était fait aborder par un homme en costard et la conversation qu'ils avaient eu l'avait mis dans un état de perplexité plus qu'important.

Il comptait en parler à Laura dès qu'il rentrerait mais, à la place de trouver le sourire éblouissant de la brune, il la vit assise dans le fauteuil, l'air complètement dépitée.

Il fronça les sourcils, ce n'était absolument pas habituel et cela l'alarma peut-être plus qu'il n'aurait fallu.

Il s'accroupit en face d'elle et lui releva le menton en lui souriant en coin. Il lui demanda ce qu'il se passait.

Elle le regarda un instant dans le vide et il avait l'impression de pouvoir sentir tout le stress qu'elle avait à lui parler. C'était quelque chose qu'il détestait, quelque chose qu'il aurait voulu bannir de sa relation : la peur de parler à l'autre.

Il insista. Il ne voulait pas qu'elle ait peur de lui parler de quoique ce soit.

Il la vit prendre une grande inspiration et signa, bien plus vite que d'habitude, tellement vite que Clint dut lui prendre les poignets pour qu'elle essaye de se calmer et de reprendre plus lentement. Elle semblait encore plus dépitée qu'avant.

'J'aurais voulu reprendre mes études de droit.'

Clint fronça les sourcils.

'Et tu le feras, on en a déjà parlé. Ton père veut bien financer tes études et je gagne assez pour payer l'appartement et subvenir à nos besoins. On va s'en sortir tous les deux.'

Il la vit retenir un sanglot.

'On s'en sortira à deux. Mais pas à trois.'

Le brun ne comprit pas tout sur le coup… Et puis tout s'illumina. Son cœur tambourina comme jamais il n'avait tambouriné dans sa poitrine. Il avait peur de mal comprendre.

'Tu… Tu es enceinte.'

Elle acquiesça.

Il voulut laisser éclater sa joie, le crier sur tous les toits. Il allait être père et c'était la plus belle chose qu'il ait pu imaginer au monde. Jamais il n'aurait pensé avoir la possibilité de fonder sa propre famille et voilà qu'il allait être père !

Mais il ravala sa joie quand il vit dans quel état d'angoisse était Laura.

'Ce n'est pas un problème ! Tu reprendras tes études quand même ! Je serais là pour m'en occuper quand tu étudieras, je me lèverais toutes les nuits pour que tu ne t'épuises pas et que tu puisses avoir tes heures de sommeil, je-'

Elle posa ses mains sur celles de Clint.

'Tu ne comprends pas. Mon père accepte de me payer mes études mais il n'aura pas assez pour nous aider avec le bébé. Tu gagnes assez pour deux mais ce sera trop juste pour trois. Je sais que tu es capable de faire toutes ces choses pour moi mais un bébé ne se nourrit pas que de l'amour des parents.'

Clint se laissa tomber à genoux sur le sol, les bras ballants. Il ne voulait pas qu'elle abandonne ses rêves parce qu'il ne gagnait pas assez d'argent. Il savait bien qu'elle ne pourrait jamais penser à avorter, elle choisissait entre ses études et son enfant et son choix était vite fait.

Pourtant le brun refusait cette constatation.

Il se mordit la joue et releva la tête.

'On m'a contacté pour un travail.'

Laura fronça les sourcils, prête à s'interposer pour qu'il évite de se surmener avec deux boulots mais Clint posa ses mains sur les genoux de la brune. Il continua doucement.

'C'est une organisation qui aurait besoin de mes compétences. Ils payent bien mais les horaires ne sont pas toujours les mêmes.'

Il avait hésité à réfléchir vraiment à la proposition de cet agent. Il n'avait pas eu beaucoup d'informations sur cette organisation, il savait juste qu'elle s'appelait le SHIELD et qu'elle visait à protéger la Terre de certaines menaces.

Clint se demandait quel genre de menaces pouvait avoir un impact sur l'entièreté de la Terre en même temps. Mais il n'avait pas eu le temps de poser ses questions.

'Ce serait des missions à remplir. Ils m'ont garanti que ces missions n'étaient pas si nombreuses que ça mais que certaines pouvaient durer plusieurs jours.'

Il sentait que Laura se tendait au fur et à mesure de la conversation.

'Le salaire est assez conséquent pour que je puisse prendre en charge tous nos besoins. Même celui d'un deuxième ou d'un troisième enfant ! Et...'

Il hésita à parler de cette partie là mais maintenant il devait tout dire.

'Ils me proposent de payer des appareils auditifs.'

Laura serra les poings avant de lui signer sa réponse.

'C'est risqué, Clint. Aucune organisation ne fait ça, c'est beaucoup trop louche pour que ce soit vrai.'

'Et si c'était vrai justement ? Laura ! Je… Je veux saisir la possibilité de subvenir à tes besoins, à ceux du bébé, je veux que tu réalises ton rêve et… Et je veux pouvoir entendre mon enfant.'

Il savait que Laura ne serait pas convaincue aussi vite. Elle ne voulait pas qu'il se mette en danger, mais elle ne voulait pas le priver de l'occasion d'avoir des appareils auditifs non plus.

Clint balaya tout ça avec ses mains et sourit à Laura.

'D'accord, compromis. Je vais finir l'année scolaire de toute façon, j'ai la possibilité de d'abord voir comment cela se passe dans l'organisation avant de vraiment m'engager. Je demanderais à faire ça en juillet. Si à la fin du mois, on considère que ce n'est pas clair, j'arrête tout et je continue à être prof de sport. On trouvera une solution pour le bébé et tes études.'

Laura hésita mais finit par acquiescer. Ils jugeraient ensemble de ce qu'il serait le mieux pour eux, ce qui serait le moins risqué.

Ils arriveraient à faire face, à concilier tout ce qu'ils voulaient faire.

.

Ils descendirent dès qu'ils comprirent que le soleil s'était levé. Ils avaient attendu un peu, juste pour dire de ne pas être trop matinaux mais ils n'avaient pas résisté longtemps.

Clint s'occupait de la cuisson des petits pains au chocolat et des croissants, de presser les oranges et faire le café pendant que Laura disposait tout sur la table. Ils étaient passés à côté de leurs enfants et de leurs invités encore endormis dans le salon. Ils essayaient de faire le moins de bruit possible pour éviter de les réveiller trop vite.

Ils appréciaient encore ce moment de calme dans la maison. Ils buvaient tranquillement leur café pendant que la maison dormait encore. C'était une sensation si agréable qu'ils n'auraient échangé cela pour rien au monde.

Après avoir parlé de Natasha pendant quelques heures, ils avaient commencé à parler d'eux. De leur début. Ils s'étaient rencontrés jeunes quand ils y pensaient, mais ils n'avaient jamais douté de leurs sentiments. Clint se souvenait de ses débuts comme prof de sport pour les enfants, il n'avait que vingt ans pourtant il s'en souvenait comme si c'était hier. Laura se souvenait qu'elle avait laissé tombé l'idée de ses études au début pour aider son père à l'école. Elle s'occupait des admissions des enfants et de rassurer les parents.

Ils avaient vite ressorti leur premier album photo. Au milieu, il y avait les photos de Laura enceinte. Il avait 23 ans, elle 22 et pourtant ils n'avaient jamais vraiment regretté de l'avoir gardé.

Clint avait fini par accepter le boulot de cette organisation. Coulson avait souri, un sourire paternel que Clint ne pensait ne jamais voir. Laura s'était inscrite pour ses études de droit, en précisant son état. Il n'avait pas fallu trop argumenter, son ventre commençait doucement à s'arrondir. La secrétaire avait sourit et lui avait expliqué ce qu'ils avaient comme disposition pour s'occuper d'elle, pour garder le bébé pendant qu'elle était en cours, etc.

Juste avant la rentrée de Laura, Clint avait reçu la grande nouvelle : il allait recevoir ses appareils auditifs le lendemain. Il voulait absolument que Laura soit là, il voulait que la première voix qu'il entendrait après presque cinq ans d'un silence absolu soit celle de Laura.

Il avait tout prévu, il s'était arrangé avec l'agent Coulson. Alors, ce jour-là, dès que le soleil avait pointé le bout de son nez, il s'était préparé en s'agitant dans tous les sens pour que Laura fasse de même. Elle avait ri en le voyant excité comme une puce.

Ils avaient pris le métro pour les plus longues minutes de la vie de Clint. Laura avait commencé en plus à fatiguer, le manque de sommeil et la grossesse n'avaient pas aidé. Alors il l'avait pris sur son dos dès la sortie du métro. Elle avait refusé au départ mais le brun savait contrer chacune de ses protestations. Alors il avait couru, elle sur son dos, leur bébé entre eux. Il avait senti ce ventre rebondi tout le trajet et il trouvait que c'était la meilleure sensation au monde.

Ils avaient fini par atteindre les bâtiments du SHIELD. Il avait mené Laura dans tout le bâtiment avant de trouver l'étage réservé à la médecine. Coulson, qui était le seul à parler la langue des signes, lui avait expliqué en long et en large comment mettre les appareils et comment les activer. Alors dès qu'il eut remis les si précieux appareils à Clint, il avait quitté la pièce.

Le brun avait eu le cœur tambourinant presque aussi fort que le jour où il lui avait dit 'je t'aime' pour la première fois. Il avait fait asseoir Laura, lui avait demandé de ne rien dire avant qu'il ne lui fasse un signe, il n'avait pas voulu qu'elle parle avant que les appareils soient réellement activés. Elle avait acquiescé en souriant.

Il avait mis les appareils, face au miroir, les avait activés et avait pris une grande bouffée d'air. Il avait vu Laura impatiente de pouvoir lui dire quelque chose, qu'il puisse entendre sa voix depuis tant de temps !

Clint s'était retourné, avait attrapé une boite dans sa poche, lui avait souri et s'était agenouillé. Elle avait mis ses mains sur sa bouche, sans voix.

Il avait articulé comme il le pouvait :

« -Veux-tu m'épouser ? »

Laura souriait, les larmes aux yeux.

« -Oui ! »

Et Clint avait trouvé que la voix de sa fiancée était la plus douce et la plus belle qu'il n'ait jamais entendu.

Aujourd'hui encore, elle souriait en y pensant. Elle portait toujours la bague de fiançailles qu'il lui avait offerte.

C'étaient des jours merveilleux, qui avaient laissé place à certains bien moins heureux.

Laura avait tourné les pages de l'album photos, il y eut un temps où elle ne pouvait pas voir ces photos-là. Clint n'avait pourtant pas arrêté de la mitrailler de photos ces mois-là. Il aimait surtout une photo en particulier : elle, entourée de feuilles éparpillées sur la table, réfléchissant à un problème de droit, écrivant ses réponses et ses théories sur son carnet bien calé sur son ventre. C'était le neuvième mois de sa grossesse, l'université lui faisait parvenir ses devoirs et ses cours, elle ne quittait plus les joggings trop grands de Clint et refusait de mettre autre chose que ses t-shirts.

Elle avait tourné la page et c'était une photo d'eux trois. Lui, elle et Bailey. La petite fille était née avec un gros problème cardiaque et des reins défaillants. Les médecins leur avaient expliqué que ce type de problème ne pouvait pas être opéré. Qu'elle ne survivrait pas à la semaine.

Ils avaient été dévastés mais ils avaient refusé de le montrer devant leur fille. Ils avaient décidé de lui montrer que la vie était belle malgré tout, que les choses étaient magiques et magnifiques. Ils lui avaient fait rencontrer son grand-père qui essaya d'être aussi fort que sa fille.

Bailey avait de grands yeux bruns et les cheveux aussi foncés que ceux de sa mère. Elle dormait souvent mais s'émerveillait dès qu'elle ouvrait les yeux. Elle s'était endormie pour le dernière fois trois jours après s'être éveillée au monde.

Ils avaient perdu leur monde ce jour-là.

Laura caressa doucement la joue photographiée de Bailey. Elle avait mis des années avant de pouvoir regarder la photo. Elle avait cru qu'elle était responsable de sa malformation. Qu'à force de se surmener pour ses études, elle avait loupé des étapes pour le bon développement de sa fille. Les médecins lui avaient pourtant répété maintes fois qu'elle n'aurait pas pu changer quoique ce soit, que c'était comme ça et qu'il n'y avait aucune autre explication que les cellules.

Clint l'avait compris et il passait ses soirées, quand il revenait du boulot ou d'une mission, à le lui dire. Il faisait en plus des recherches pour essayer de lui prouver qu'elle n'aurait jamais pu prévoir ça, qu'elle n'y était pour rien.

Laura lui avait hurlé dessus une bonne centaine de fois. Hurler qu'il ne comprenait rien, qu'il ne l'avait pas porté en lui, qu'il n'avait rien à se reprocher, lui. Elle hurlait pour essayer d'extérioriser sa peine comme elle le pouvait.

Et un soir il n'y était plus arrivé. Il avait hurlé aussi. Hurler qu'elle n'était pas coupable, qu'il avait mal, lui aussi, que lui aussi il avait perdu sa fille. Il lui avait hurlé qu'il avait peur, chaque soir, de rentrer, peur de la retrouver morte. Il avait hurlé qu'il avait peur de la perdre juste après avoir perdu sa fille, qu'il voulait l'aider, qu'il voulait lui redonner le sourire comme il avait pu le faire auparavant mais qu'il était terrifié de faire quelque chose de mal.

Ce soir-là, ils s'étaient regardé longtemps, ils avaient longtemps parlé, longtemps pleuré mais ils avaient réussi à apaiser quelques unes de leur peine. Et ils avaient décidé de faire en sorte que Bailey soit fière de ses parents, qu'elle puisse les retrouver un jour, pas maintenant, mais un jour et qu'elle puisse leur dire qu'elle était heureuse qu'ils aient tenu ensemble, pour elle.

Nathaniel fut le premier à se réveiller avec l'odeur des pains au chocolat. Il avait couru partout malgré la tentative de ses parents pour le calmer. Rien n'y avait fait et le résultat fut vite arrivé : tout le monde s'était réveillé.

Peter prit soin de donner à Morgan un petit déjeuner comme il le fallait, Wanda souriait devant son café en voyant l'agitation autour d'elle, Cooper et Lila se servaient comme à leur habitude en pleine conversation avec Rocket qui n'avait jamais vraiment pris de petit déjeuner Terrien. Et à ses dires, c'était 'carrément meilleur que ce que Quill le disait'.

Pepper vint manger avec eux pour midi, il faisait assez chaud pour faire un barbecue et ils avaient refait des stocks de nourriture pour une armée. Elle parlait tranquillement avec Laura et Wanda, Lila et Rocket s'occupaient d'allumer le barbecue pendant que Cooper montrait les petites créations qu'il bricolait dans la grange à Peter. Clint s'occupait de Morgan et Nathaniel en les laissant colorier ses tatouages, autant dire qu'il n'avait jamais eu autant de couleurs sur sa peau de sa vie mais l'œuvre d'art semblait plaire aux deux plus jeunes alors c'était tout gagné.

L'archer regardait en même temps toutes les personnes présentes dans son jardin et il souriait tranquillement.

Ils avaient mis du temps avant d'accepter la mort de Bailey. Ils avaient longtemps fonctionné à deux, essayé de recoller les morceaux un par un, trouvé un équilibre dans tout cela. Ils n'avaient plus vraiment pensé à essayer de nouveau.

Ils s'étaient mariés, Laura avait fini ses études et Clint était devenu un des meilleurs éléments du SHIELD. Il avait négocié la protection de Laura, qu'elle ne figure pas dans son dossier pour éviter qu'on puisse se douter qu'elle existe. Il préférait cela.

Ils avaient mis près de dix ans avant de trouver cette ferme au milieu de rien. Ils avaient passé quelques mois à retaper toute la maison, enfin surtout Laura qui venait de quitter la boite dans laquelle elle travaillait.

Un soir, en revenant d'une mission qui avait duré une semaine, il avait trouvé Laura et Robert dans la cuisine. Il n'avait pas trouvé cela plus étrange qu'habituellement. Robert venait encore souvent voir sa fille pour lui tenir compagnie.

Laura lui avait pris la main et l'entraîna vers l'étage. Il s'était laissé tirer et lorsqu'il était entré dans la pièce qu'elle ouvrit, il avait failli tomber à genoux. Les larmes aux yeux, il décelait un couffin au milieu de la pièce, des jouets dans un coin et des vêtements pour bébé soigneusement pliés sur une armoire.

Il ne se retint pas de signer. Il en perdait les mots. Elle acquiesça doucement, ils allaient avoir une famille une nouvelle fois. Et quelques mois plus tard les gazouillis de Cooper emplissaient la pièce.

Clint avait eu une famille. Et en regardant dans son jardin, il se dit que cette famille n'avait jamais cessé de s'élargir.

Il sourit à Laura quand elle croisa son regard. Elle lui sourit en retour et c'était tout ce dont ils avaient besoin. La vie ne les avait pas épargnés mais ils savaient qu'ils allaient la finir ensemble, quoi qu'il arrive.

Ils étaient là l'un pour l'autre, ils s'aimaient et ils n'avaient besoin que de ça pour voir l'avenir plus sereinement.

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* C'est, d'après ce que j'ai trouvé, le signe américain pour dire "Je t'aime".

** Toujours d'après ce qu'internet m'a dit, ce sont les signes pour "are you ok ?"

*** Internet est toujours ma source et me dit que c'est le signe de "Later", donc plus tard.