Je finissais de faire ma tresse en soupirant sous le regard impatient du gardien de prison : c'était la troisième fois que je tentais de camoufler mes cheveux sous ma casquette noire, en vain. Quelle idée aussi, de nous forcer à visiter une prison, comme si nous étions au collège alors que c'est notre dernière année de licence en fac de droit !

Une fois mes deux tresses faites, je les remonta sur mon crâne et plaqua ma casquette dessus puis lança un regard interrogateur à l'homme en costume : il hocha la tête d'approbation et s'éloigna de moi vers une autre fille, sans doute pour la réprimander comme il avait fait avec moi quelques secondes auparavant.

Et n'oubliez pas, cria un autre gardien de prison. Ne vous approchez sous aucun prétexte des cellules : soyez à plus d'un mètre des barreaux. Même si les prisonniers vous parlent, continuez votre chemin. N'oubliez pas qu'ils ont assassiné, violé et j'en passe ! Cette visite est dans le cadre de vos études : vous devez prendre en compte les conditions afin de compléter votre mémoire, ce n'est que du bonus. Vous allez y aller par petits groupes que je choisirai personnellement. Inutile de demander si vous pouvez y aller avec vos amis : ce sera une fille et un garçon. Et évidemment, je ne précise pas qu'il ne faut pas parler tout le long. Allons-y…

Je soupira une énième fois tandis qu'un frisson parcouru le long de ma colonne vertébrale : cela n'envisageait rien de bon, selon moi. Surtout qu'il y avait plus de filles que de garçons… Sasuke était absent, aujourd'hui. Je lança un petit regard à Naruto : le gardien l'avait mit avec Hinata, quelle chance ! Moi aussi, j'aurai aimé être avec Sasuke… Mais il n'est pas là pour une bonne cause : son frère est actuellement emprisonné dans cette prison. Pourquoi ? Il a tué ses parents il y a trois mois.

Ça avait été un choc pour nous tous d'apprendre tout ça. Je sens encore l'odeur de chair brûlée ce qui m'horrifia. Je n'habitais pas loin de la famille Uchiwa : ils étaient souvent invité par mes parents et vice versa. Je les aimais tous beaucoup… Sasuke était l'un de mes meilleurs amis, sa mère était d'une gentillesse et d'une douceur incroyable, son père avait un visage stricte mais plaisantait toujours et puis son grand-frère… ils étaient tous toujours si souriants, surtout Itachi, le meurtrier. Il était si doux et si gentil, toujours calme… Et il cachait bien son jeu.

Mademoiselle ? Dit une voix masculine. Vous allez devoir y aller seule, vous êtes la dernière. Appliquez bien nos règles et tout se passera bien.

Oui, je… Merci.

Je m'avança près de la porte qui laissa apparaître un long couloir. Je serra mon calepin dans mes bras et en avalant difficilement ma salive une dernière fois, je commença à marcher calmement. Des voix d'hommes qui suppliaient de les sortir de là, d'autres qui me disaient de m'approcher, d'autres qui… me disaient à quel point j'étais belle ? Ils avaient donc tout de suite vu que j'étais une femme ? Nos consignes avant de venir ici étaient de mettre des vêtements amples pour qu'on ne puisse pas voir nos formes. Il fallait aussi cacher nos cheveux mais, je voyais que ça n'avait pas marché. Les odeurs de transpiration se mélangeaient entre elles, la chaleur nous écrasaient tous, tout cela me donnait la nausée.

Soudain, prise par un vertige, je laissa tomber mon calepin à mes pieds et vit mon crayon roulé jusqu'aux barreaux d'une cellule qui semblait vide. Je fléchissais mes genoux en soupirant et ramassa mon calepin. Puis, j'avança de trois pas en étant accroupie et lança mon bras pour attraper mon crayon mais quelqu'un avait été plus rapide : une main jailli de la cellule sombre et ramassa mon crayon. Je leva les yeux et mon cœur perdit un ou plusieurs battements.

Un visage terne sorti de la pénombre. Un visage beau, mais ravagé par la fatigue, par la tristesse, par le désespoir. Il fixa mon visage avec des yeux vides, sans vie, comme s'il ne ressentait rien. Il avait une petite barbe naissante, des immenses cernes sous les yeux et ses cheveux longs tombaient sur ses épaules carrées. Lorsqu'il se redressa, je fis de même, fascinée par l'expression qui se dégagea de cet homme. Il me dépassait largement de deux têtes environ… Il était mince mais large. Il me tendit mon crayon tandis que je fixa son visage. Je sursauta lorsqu'il murmura mon prénom : Sakura.

Qu'est-ce que tu fais ? Cria une voix masculine que je devina être celle d'un gardien. Recule !

Je recula à contre cœur et continua mon chemin sous les cris du gardien. Je me mis à courir : je n'en pouvais plus d'être ici. Avant de quitter l'immense couloir, je jeta un regard derrière moi, le souffle court et je pu apercevoir le gardien frapper l'homme livide à travers les barreaux.

Je balaya du regard la dernière feuille de mon mémoire puis agrafa les dizaines de feuilles entre elles : c'était fini. En rangeant mes affaires, je jeta un regard autour de moi : des centaines d'autres élèves galéraient, affalés devant des tas de feuilles et des ordinateurs portables. Ça se passait toujours aussi mal pour ceux qui s'y prenaient trop tard.

Plusieurs jours s'étaient déroulés depuis notre visite à la prison et cet homme ne quitta pas mes pensées. Il sembla si familier… Et c'était normal, parce qu'il l'était. J'étais sous le choc, mais le soir-même, j'avais compris qu'il s'agissait d'Itachi et non pas juste d'un homme parmi tant d'autres. Il m'avait visiblement reconnu… Mais mon prénom sonnait si doux dans sa voix. C'était… tellement bizarre comme sensation.

Je secoua ma tête et quitta la bibliothèque sous le regard dégouté des autres élèves : Itachi était un meurtrier. Et vu ce qu'il avait fait, il était peu probable qu'il ressorte de prison un jour. Il n'avait pas encore été jugé, faute de preuves. Un tilt se fit entendre dans mon cerveau : lorsqu'il n'y a pas assez de preuves, l'inculpé peut être libéré, non ? Je fus ramenée sur terre grâce à la sonnerie de mon téléphone portable. Je le sorti de ma poche et décrocha :

Allô, maman ?

Sakura, ma chérie, il faut que tu ailles à la prison à ma place, s'il te plaît.

Ah ? Mais je-…

Je suis en pleine réunion, je n'ai pas le temps de t'expliquer mais vas-y, je t'expliquera plus tard.

Je-…

Elle avait raccroché. Je soupira une fois de plus : c'était devenu mon « action » fétiche depuis quelques jours car tout me blasait. Je devais probablement aller récupérer un papier ou quelque chose dans le genre, ce n'était d'ailleurs pas la première fois qu'elle me faisait ce coup-là. En plaçant mon sac sur mon épaule, je commença à me diriger d'un pas nonchalant vers cette la station de bus la plus proche.

Je regarda le policier nous mettre hors de la prison et en refermant la porte avec un sourire pressé et forcé. Le regard vide, je laissa tomber le paquet de feuille qu'on m'avait fourré dans les mains sous le sol : c'était quoi, ce bordel ? Mes parents ne m'ont strictement rien dit ! Ils auraient pu me prévenir !

Tiens.

Je regarda Itachi me tendre le paquet de feuille. Je me tourna entièrement vers lui et prit une grande inspiration en même temps que les feuilles.

Donc, ton avocate, c'est ma mère ? Demanda-je.

Je n'ai pas trouvé mieux.

Et donc, pour que tu puisses sortir, ma mère a accepté de t'héberger… chez nous ? Articula-je difficilement.

Tu as tout compris. Je suis en droit de sortir car on manque de preuve contre moi. Mais vu l'exception de la situation, je dois être sous la responsabilité de quelqu'un. Ton père s'est porté garant et à vrai dire, avant que j'aie demandé à ta mère de devenir mon avocate, elle avait déjà étudier la situation.

Je vais avoir un criminel chez moi, chuchoté-je complètement ahurie.

Exactement, retorqua-t-il avec un petit sourire en fourrant ses mains dans les poches de son jean.

Je lui lança un regard mauvais : que se passait-il dans la tête de mes parents pour faire un chose pareille ? Oui, nous étions amis depuis toujours, mais cela n'excuse en aucun cas un meurtre ! Les images des cadavres brûlés me revinrent en tête et l'envie de vomir monta en moi. Je déglutissais une dernière fois avant de me diriger une nouvelle fois vers la station de bus la plus proche avec cette fois, un tas de papiers sous le bras et un criminel dans le dos.

Je n'arrive pas à croire ce que vous êtes en train de faire ! M'écria-je en plaquant brutalement mes mains sur la table. C'est un criminel !

Sakura, tais-toi un peu ! Rétorque ma mère sur le même ton en posant sa tasse de thé. Tu n'as même pas encore étudié le cas. Si tu l'avais fait, tu aurais compris qu'Itachi est innocent !

En effet, je suis innocent, répondit le concerné.

Et tu crois qu'on peut boire de simples paroles ? Soufflé-je en m'installant à côté de ma mère et face à Itachi.

- Je n'étais pas là, le soir de l'incendie.

Je ferma ma bouche et écarquilla les yeux. Pourtant, je l'avais vu se faire arrêter ! Je jeta un rapide coup d'œil vers la paperasse de ma mère en vain.

Sakura, je sais que ce que tu as vu t'a beaucoup choqué, murmura-t-elle d'une voix douce. Mais il faut que tu mettes cela de côté et que tu m'aides dans ce cas, je sais que tu peux le faire.

J'ai vu Itachi se faire arrêter, répondis-je en reprenant mon sérieux. Il était bien devant les flammes.

C'était deux heures après le début de l'incendie, précisa le concerné.

Voici les éléments que nous avons, commença ma mère en balayant du regard les documents. Itachi était avec son groupe de musique chez le leader du groupe le soir du meurtre. Il a été appelé par un agent de police qui la prévenu de la situation. Une fois sur place, des agents de police l'ont donc arrêté pour meurtre et pour incendie volontaire et criminel. Ce sont certes peu d'éléments, mais ils suffisent à clamer son innocence. Malheureusement, pas aux yeux des juges qui travaillent sur ce cas : nous savons qu'Itachi s'est violemment disputé avec ses parents, deux jours avant le drame. Pour eux, cela prouve qu'Itachi a certainement cherché à se venger.

Et n'oublions pas la vidéo des caméras de surveillance, coupa Itachi, les bras croisés et le visage renfrogné. On voit un silhouette masculine y faire des allers et retours avec des bidons d'essence.

Et alors ? Cela peut être pleins d'hommes différents ! Dis-je en pouffant.

A 17 min et 56 secondes, l'homme en question regarde volontairement la caméra, expliqua Itachi. Il a son visage caché sous une cagoule certes, mais ses yeux me ressemblent. De plus, cet homme portait mes vêtements : ceux que j'avais laissé éparpillés dans ma chambre avant de me disputer avec mes parents.

Ce qui implique plusieurs choses : cet homme connaissait la maison des Uchiwa car il a regardé automatiquement la caméra. Seule une personne connaissant les lieux à ce réflexe, ajouta ma mère en fronçant légèrement les sourcils.

Ça implique aussi qu'il savait quelle chambre appartenait à Itachi, finissé-je à sa place. Il aurait très bien pu prendre les vêtements de Fugaku, de Mikoto ou de Sasuke. Donc, il voulait que ce soit précisément Itachi qui soit condamné !

Et je vous le dis tout de suite : je ne vois pas qui cela peut être. Je ne suis pas d'une immense aide mais, ma famille était aimée de tous, vous y compris. Donc je ne sais pas, un pyromane ou un serial killer, j'en ai aucune idée…

C'est impossible ! Rétorqué-je. Il n'y a eu aucun serial killer depuis au moins deux siècles dans cette région. Donc on exclu cette possibilité là d'ors et déjà. Ensuite, cela ne peut pas être un simple pyromane : tu oublies qu'avant que la maison soit incendiée, tes parents ont été brutalement assassinés ! Le meurtrier en question a brûlé le reste pour deux raisons : effacer les pistes et faire croire à autre chose, par exemple que c'est un serial killer ou un pyromane.

J'ai regardé les registres d'entrées et de sorties de notre village, commença ma mère en se levant pour marcher dans le salon. Aucun profil dit « atypique » a été remarqué. Pour faire simple, aucune personne ayant eu un lourd passé est rentré ici. Ce n'est donc ni un serial killer, ni un pyromane, mais quelqu'un que vous connaissiez.

Je regarda la mâchoire d'Itachi se contracter : sa vie avait tourné au cauchemar en l'espace de quelques minutes. C'est fou, comme on se croyait tous à l'abri de malheurs, jusqu'au jour où ça nous arrive.

Le plus dur dans tout ça, murmura Itachi le regard vide, c'est que notre dernier moment ensemble a été une dispute. Je n'ai même pas pu leur dire à quel point je les aimais…

Itachi, je sais que c'est dur mais il te reste Sasuke…

Il refuse de me voir et même de me parler. C'est peine perdue : même si vous prouvez mon innocence, notre famille est détruite à jamais. Maintenant, je ne vis que pour une seule chose, dit Itachi d'une voix forte et d'un regard meurtrier. Trouver qui a fait ça.