Trois ans plus tôt

Ce soir de juin, le Terrier dans l'obscurité, connaissait un calme méconnu depuis le retour de Voldemort il y avait de cela quatre ans.

Une semaine auparavant avait eu lieu la grande bataille au sein de Poudlard opposant Voldemort à Harry Potter.

Ce dernier était sorti vainqueur de l'affrontement, mettant ainsi fin au règne de terreur de Voldemort et de ses mangemorts.

Depuis la paix était revenue et chacun allait pouvoir prendre du temps pour panser ses blessures non seulement physiques mais aussi psychologiques, que les horreurs et pertes dues à cette guerre avait engendrées.

Durant la guerre, beaucoup de personnes avaient subi des pertes humaines. Ce fut notamment le cas des Weasley qui, au cours de cette bataille, perdirent leur fils et frère Fred Weasley.

Au lendemain de cette guerre, Ron Weasley n'arrivait pas à supporter toute cette peine que sa famille et lui-même ressentaient. En effet, malgré les efforts conjoints d'Harry et Hermione pour lui redonner le sourire, Ron endurait continuellement ce trou dans la poitrine lorsqu'il voyait le visage de George ou d'un des membres de sa famille qui lui rappelait trop cruellement celui qu'ils avaient perdu.

Quelques mois après la victoire, en ce soir d'Octobre 1998 au sein du Terrier, une chambre aux couleurs des Canons de Chudley n'était pas dans l'obscurité la plus totale. Cette chambre appartenait au plus jeune frère de la fratrie Weasley, Ron, qui semblait s'affairer à organiser ses affaires alors que le reste de la maisonnée dormait profondément.

Quand, le matin suivant, après s'être activée dans la cuisine dès l'aube, Molly ne vit pas descendre Ron, elle décida d'aller cogner à sa porte. En allant donc réveiller son plus jeune fils pour le petit déjeuner, elle découvrit son lit vide. Elle fut surprise, Ron n'étant pas de nature matinale, bien au contraire.

C'est alors à ce moment-là qu'elle vit le morceau de parchemin déposé sur le bureau. Elle se saisit du parchemin, son cœur s'emballant d'avance à la lecture des mots.

« Papa, Maman,

Je suis désolé de le faire de cette manière mais j'ai besoin de quitter d'Angleterre quelque temps pour essayer d'oublier et me reconstruire seul. Je suis lâche de ne pas vous le dire de vive voix mais tout mon courage, je l'ai épuisé au cours de cette guerre…

Dites à George, Bill, Charlie, Percy, Ginny, Harry et Hermione que je suis désolé.

J'espère qu'ils comprendront, et vous aussi, mon choix.

Un jour, quand je serai prêt, je reviendrai.

Je vous embrasse.

Ron »

Molly Weasley, à la lecture des mots de son plus jeune fils, s'écroula sur le sol. Elle venait encore de perdre un enfant.

C'est Arthur Weasley qui, en rentrant du Ministère de la Magie ce soir-là, ne trouva pas sa femme dans la cuisine et voyant que la maison entière semblait comme figée depuis le matin de son départ au ministère, commença à la chercher dans le Terrier. Il sortit bien entendu sa baguette, la guerre l'ayant rendu méfiant. De plus, il sentait que quelque chose était arrivé car cela ne ressemblait pas à Molly. Il finit par la découvrir à même le sol de la chambre de leur plus jeune fils, en train de serrer dans ses mains un parchemin

Les atrocités de la guerre l'ayant marqué de manière indélébile, instinctivement il s'imagina le pire et blêmit.

Mais il s'approcha tout de même de sa femme et demanda.

« Molly chérie, que se passe-t- il ?

Oh Arthur ! » sanglota-t-elle en se jetant dans ses bras en larmes.

Cette réaction finit d'inquiéter véritablement Arthur, qui eut peur pour Ron, mais Molly lui remit alors le parchemin.

Il s'en saisit, les mains fébriles, et se redressa, tendu par peur de ce qu'il s'apprêtait à lire. Il tiqua aux premiers mots « Papa, Maman ». Quand il finit de lire la note, son cœur ne tambourinait plus dans sa cage thoracique : il s'était brisé à la lecture de la lettre.

Il s'accroupit à la hauteur de Molly et l'enlaça doucement afin d'apaiser ses sanglots.

Ils venaient de perdre un autre de leurs fils quelques mois après la mort de son aîné. Le départ de Ron n'était pas éternel comme celui de Fred mais cela n'enlevait en rien le manque ressenti quand un être cher est absent de notre vie , surtout s'il s'agit d'un enfant.

Il avait dit qu'il reviendrait lorsqu'il serait prêt, sans préciser de durée sur son absence ni spécifier l'endroit où il partait. Arthur Weasley n'en voulait pas à son fils d'avoir eu besoin de partir pour apaiser sa peine et se reconstruire. Non, ce qu'il lui reprochait, c'est cette torture que cela allait être pour eux de ne pas savoir où il allait être et surtout s'il allait se trouver en sécurité.

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Les enfants Weasley ainsi que Harry et Hermione s'étaient réunis au Terrier à la demande d'Arthur et de Molly Weasley.

Cette invitation avait crée des questionnements dans l'esprit de chacun sur la raison de leur présence ici à cette heure si tardive.

« Les enfants, votre mère et moi on vous a demandé….

Hermione n'écoutait que d'une oreille distraite Monsieur Weasley, elle était bien trop occupée à chercher Ron du regard.

Tout le monde était là sauf lui. Il brillait par son absence, ce qui, selon Hermione, ne signifiait qu'une chose.

… Ron est parti, termina Arthur.

À l'annonce de cette nouvelle, dans le Terrier se fit entendre une cacophonie où se mêlaient les questions de chacun.

Hermione chancela à l'annonce de , qui confirmait son pressentiment. Harry à ses côtés la rattrapa de justesse.

« Hermione, ca va ? Lui demanda-t-il, inquiet de la perte d'équilibre et du teint blafard de son amie.

Oui Harry ça va aller, ne t'inquiète pas », tenta-t-elle de le rassurer en souriant faiblement.

Malgré le sourire d'Hermione, il ne fut pas tranquillisé et décida de rester près d'elle plutôt que d'aller auprès de sa petite amie Ginny, pour garder un œil sur sa meilleure amie.

Le départ de Ron était un nouveau coup dur pour tous les deux, pour le trio d'or qu'ils avaient été.

Harry était attristé et blessé par le départ de son meilleur ami mais pour Hermione, il savait que le coup était plus dur encore. Tout le monde savait, mis à part les deux principaux concernés, que Ron et Hermione étaient bien plus que de simples meilleurs amis l'un pour l'autre.

Certes Hermione ne semblait pas le réaliser, ou peut-être tentait-elle de le nier, mais nul ne doute que le départ de Ron risquait de l'obliger à se confronter aux sentiments particuliers qu'elle éprouvait à l'égard de celui-ci. Ainsi, à cet instant, ce qui inquiétait Harry, c'était que cette constatation tardive crée pour sa meilleure amie des regrets peut-être plus douloureux encore que l'absence de Ron.

« -Silence ! cria Arthur Weasley en mettant fin à la confusion ambiante. Ron a laissé une lettre expliquant son besoin de partir de l'Angleterre et nous devons respecter ça.

Il s'est enfuit Papa ! On a besoin d'être une famille soudée en ce moment et lui fuit tout simplement ! rétorqua Ginny avec colère

Ginny, ne sois pas si dure avec lui.

Non maman, Ginny a raison, il a fui sa famille et ses amis comme un lâche avec une simple lettre de quatre lignes », dit Georges avec hargne.

À cet instant Hermione ne pouvait qu'être d'accord avec Georges. Elle n'arrivait pas à réaliser que Ron était parti comme un voleur dans la nuit, en ne laissant qu'une simple lettre pour expliquer son geste.

C'était trop brutal comme au revoir, ca ne pouvait pas être la dernière chose qu'il leur dirait jamais. Il avait promis de revenir un jour mais quand ce jour arriverait-il ?

La lettre parvint enfin entre les mains d'Hermione, après avoir circulé entre les mains de l'ensemble des Weasley, qui ne trouvèrent aucune réponse à cette question dans les derniers mots de Ron.

Cette écriture brouillonne, Hermione l'avait tant de fois vue au cours de ces dernières années dans des devoirs ou des lettres de correspondance. Seulement, cette fois, la vue de cette écriture ne lui apporta aucune émotion connue jusque-là.

Elle avait connu l'exaspération à la lecture des devoirs qu'elle devait corriger derrière Ron ou le bonheur de recevoir une lettre de ce grand rouquin mais jamais elle n'avait ressenti une peine comme celle-ci.

La lecture des mots du jeune homme rendait la situation bien plus réelle que tous les mots du monde que pourrait prononcer Arthur Weasley et c'est pour cela qu'à cet instant la peine devint plus forte encore.

Une première larme coula sur la joue d'Hermione, suivirent d'autres larmes qui la poussèrent à sortir hors du Terrier pour que personne ne puisse voir la tristesse qu'elle ressentait face à la situation.

Elle courut jusqu'à la colline où elle s'assit, regardant la nature éclairée par la pleine lune. Ce matin elle s'était levée insouciante, du moins aussi insouciante que pouvait l'être une personne ayant connu la guerre, et ce soir son monde venait de s'écrouler, à nouveau.

Elle était perdue dans ses souvenirs avec Ron quand elle entendit un bruit de pas s'approchant. La guerre l'avait rendue méfiante mais elle ne se retourna pas et ne sortit pas sa baguette car elle savait à qui appartenait ces pas.

Elle sentit deux bras l'enlacer délicatement par-derrière et se sentit apaisée l'espace d'un instant. Elle n'était pas seule à avoir perdu quelqu'un ce soir et, surtout, elle n'était pas seule pour gérer cette peine.

« Il nous a laissés Harry…. , sanglota-t-elle

Oui mais je suis là moi, et je n'irais nulle part sans toi Hermione, je te le promets, rassura Harry en la serrant plus fort contre lui. »

Il était attristé de voir sa meilleure amie dans cet état mais ne savait pas quoi dire pour apaiser sa peine. Alors le seul moyen était d'être là physiquement en espérant que cela suffise.

« Tu as vu la lettre ? murmura-t-elle

Oui je l'ai lue .

Ça sonne comme un adieu plus qu'un au revoir n'est-ce-pas ? »

Harry ne savait quoi lui répondre, lui confirmer ne l'aiderait pas et répondre par la négative conduirait à entretenir un espoir de retour peut-être stéril.

Alors il choisit de ne pas répondre à la question d'Hermione.

Ce silence lui coupa le souffle et réduisit son cœur en miettes. Elle ressentit une douleur physique insoutenable : elle voulait hurler toute cette peine qu'elle ressentait mais elle n'en fit rien.

« Je sais pourquoi tu ne dis rien Harry…, déclara-t-elle au bout de plusieurs minutes. Alors à partir de maintenant, ça ne sera que nous deux. »

Ils se regardèrent quelques instants dans les yeux, se faisant la promesse silencieuse d'être toujours là l'un pour l'autre. Puis ils tournèrent les yeux vers l'horizon pensant à Ron. Ils espéraient que tout irait bien pour lui où qu'il soit sur cette terre.