Disclaimer : Downton Abbey est l'oeuvre de Julian Fellowes.
Résumé : Puisqu'elle n'avait jamais compté pour eux et qu'il était clair que son bonheur n'était pas quelque chose qui leur effleurait l'esprit, Edith prendrait elle-même sa propre félicité en main.
Note de l'auteur: Cet OS est une réponse au défi d'écriture n°89 de la page Facebook « Bibliothèque de Fictions ». Les conditions étaient : 100 mots minimum, utiliser la toute première phrase de sa toute première fanfiction publiée. Le fandom a le droit d'être changé, ainsi que les noms et lieux si jamais on le change. Ma phrase est : « Heero, si tu savais comme tu me manques ». (Lettre d'une petite soeur sans grand frère – Gundam Wing, 09/01/2008, )
Enterrer le passé
- Michael, si tu savais comme tu me manques...
Serrant contre elle sa petite Marigold, Edith tentait d'oublier le passé mais il revenait dans sa tête à chaque seconde, avec chaque rotation des roues de la locomotive qui la menait à Londres.
Michael était mort, l'était depuis bien longtemps, assassiné quelques jours après son arrivée en Allemagne. Elle ne savait pas encore qu'elle était enceinte. Tous ses mois d'angoisses, ses tourments, ce secret à porter seule pour ne pas entâcher le nom des Crawley, se rendre dans cette affreuse clinique, en ressortir avec le soutien inconditionnel de sa tante, devoir fuir et se priver des joies qui accompagnaient une grossesse, abandonner Marigold par deux fois pour préserver tout le monde...
Pour quel résultat au final?
Pourquoi s'était-elle donnée tant de mal?
Pourquoi avoir voulu tant respecter sa famille alors qu'au final, personne ne la respectait vraiment?
La seule exception, c'était Tom et c'était bien parce qu'il n'était pas issu de leur milieu. Il s'y était adapté à merveille, tout le monde l'avait adopté et aimé, lui-même avait fait beaucoup d'efforts, au nom de la mémoire de Sybil, pour le bien de Sybbie.
- Alors, pour l'amour du ciel, Edith, parlez-moi!
Tom était un homme bon et il lui manquerait beaucoup.
Mais elle ne pouvait pas rester à Downton, pas quand elle venait d'avoir une énième preuve qu'elle ne comptait pas, qu'elle n'avait jamais compté et que, quand on voulait qu'elle compte, il y avait toujours cette maladresse parce que cela n'était pas naturel de la compter. L'éternelle enfant du milieu, invisible, coincée entre une aînée dite splendide avec une langue acerbe et une benjamine qui était un véritable ange que l'on pleurait encore aujourd'hui.
Oh, Edith aimait sa famille, vraiment!
Elle ne pouvait pas nier que son père avait essayé d'être là pour elle et de la soutenir quand Michael avait disparu. Sa tante Rosamund l'avait accompagnée jusqu'en Suisse pour l'aider à accoucher et si elle n'approuvait pas toutes ses décisions, elle la traitait en adulte. Même sa grand-mère, à sa manière, tentait de concilier la réputation familiale avec le dilemne de sa petite-fille.
Mais c'était bien là le problème: la famille.
La famille comptait.
Ses sentiments, ses envies profonds, on s'en moquait bien.
Ah, si Mary avait été dans sa position!
Si Edith avait osé paraître pour montrer sa nouvelle coiffure le jour même où on aurait appris le décès de Matthew! Elle aurait été bien réprimandée et à raison, c'était d'une insensibilité folle. Mais Edith n'était pas à la place de Mary, Mary n'était pas à la sienne et à Mary, on pardonnait tout. Pas un seul mot contre elle alors qu'elle se montrait indélicate, pas même quand elle lui souhaitait de ne pas venir au picnic le lendemain parce qu'elle gâchait toujours tout! D'ailleurs, ce fameux picnic avait été maintenu... Oui, cela faisait plus d'un an que Michael était mort, la période de deuil n'avait plus à être observée officiellement mais quelle famille maintenait une sortie le lendemain du jour où l'une de ses filles apprenait le décès de l'homme qu'elle avait aimé? La réponse était simple: la sienne. Ils étaient tous partis, sauf Tom, la laissant seule avec sa blessure fraîche, seule pour la panser, seule dans son coin à pleurer toutes les larmes de son corps contre l'injustice de l'existence. Elle avait caché sa grossesse hors-mariage, avait accouché en secret, laissé Marigold derrière elle non sans y laisser une partie de son propre coeur, elle avait trouvé un moyen de la ramener sans pour autant répandre un air de scandale autour de sa famille.
A quoi cela avait-il servi?
Elle avait pris tant de précautions pour les protéger alors qu'ils ne se souciaient même pas de faire de même pour elle.
Pourquoi donc s'évertuer à les soutenir quand ils la laissaient dans son moment le plus noir?
C'était ainsi depuis le début, pourquoi avait-elle espéré que cela aurait changé?
A cause de la guerre?
Des liens du sang?
De la mort de Sybil?
Elle avait été naïve et payait le prix fort. Puisqu'elle ne comptait pas, puisqu'elle n'était rien de plus qu'une plante que l'on arrosait de temps à autre pour ne pas la laisser mourir, pourquoi rester à Downton?
Pourquoi se priver de sa seule joie en ce monde?
Pourquoi se faire mal?
Pourquoi jouer les filles, les soeurs dévouées, quand on ne vous rendait jamais la pareille?
Non, tout ça, c'était terminé.
Michael lui avait laissé un appartement, le journal, une source de revenus. Il lui faudrait tout arranger mais elle y arriverait. Dans une si grande ville que Londres, elle pourrait se fondre dans la masse, personne pour venir déranger une mère avec sa fille, juste une tête de plus dans cette mosaïque urbaine. Puisqu'Edith Crawley n'avait jamais semblé exister aux yeux de Downton, autant rendre cela officiel avec un nouveau départ, une nouvelle vie. Elle ne serait pas la risée du comté. Ils ne comprendraient jamais ses raisons et son histoire, ce n'était pas comme si on voulait la comprendre de toute façon. Elle songea à l'Amérique, là où personne ne la connaîtrait, là où elle pourrait dire être la mère de Marigold au lieu de la faire passer pour sa filleule orpheline. Elle avait tout le temps d'y penser. Loin de Downton, loin d'une famille qui la négligeait, elle trouverait un moyen de pouvoir avoir une vie qui lui correspondait enfin. Mais une chose était certaine: elle ne se séparerait plus jamais de Marigold.
Sa fin heureuse, peu importait sa forme, passait par sa petite fille chérie.
FIN
