Once More With Feeling

Les blas-blas de Xérès : déjà l'avant-dernier chapitre de cette fiction ! Il me tarde tellement de vous faire découvrir la suivante ! J'espère que ce chapitre continuera de vous plaire et j'en profite pour remercier Audie396, Wizzette, Plume et Drknite24 pour leurs reviews !

Bonne lecture !

Chapitre 5 :

Claire passa devant la chambre de Brianna, dont la porte entrouverte laissait entrapercevoir sa fille, que Phèdre tentait d'habiller avec une véritable robe pour la première fois depuis huit jours. Brianna grimaçait à chaque fois que Phèdre tirait sur les lacets de son corsage. Derrière elles, assis sur le rebord de la fenêtre, Bonnet tenait son fils dans les bras, avec une expression d'adoration qu'il arborait maintenant en permanence. Brianna disait même en riant qu'elle n'avait presque pas pu toucher son fils à part quand il consentait bien à s'en détacher pour la tétée.

Claire sourit et descendit les escaliers pour aller profiter un peu du vent tiède sur la terrasse ombragée. Comme à son habitude depuis plusieurs mois, son regard se perdit sur l'horizon, suivant la route qui menait à la plantation dans l'espoir d'y voir surgir les chevaux d'Ian et de Jamie. Elle ne scrutait pas le chemin plus d'une ou deux minutes, la plupart du temps, cela la rendait morose, mais ce matin-là un pressentiment la força à maintenir son regard quelques minutes de plus. Son estomac se noua lorsqu'une vague silhouette apparut dans le lointain et avant même que ses yeux ne puissent voir de qui il s'agissait, elle sut. S'élançant à toutes jambes, elle coupa à travers champs, sa robe relevée d'une main, tandis que l'un des chevaux accélérait à son tour pour venir à sa rencontre. C'était bien lui, son Jamie, son amour, qui lui revenait avec le jeune Ian, après des mois de séparation. Lorsqu'il ne fut plus qu'à quelques mètres, Jamie descendit de son cheval juste à temps pour accueillir entre ses bras son épouse. Ils s'embrassèrent tendrement pendant une longue minute, jusqu'à ce que le cheval d'Ian les rejoigne.

« Brianna ?, demanda Jamie, le cœur battant.

—En parfaite santé, et son fils également…, annonça Claire, rayonnante. Ian, tu devrais aller le rencontrer.

—J'y cours, tante Claire !, s'écria le jeune homme avec un sourire ravi.

—Peux-tu ramener le cheval de Jamie à l'écurie ? Je dois lui dire un mot… »

Le jeune homme saisit la bride de l'autre cheval et l'entraîna à sa suite sur la route, tandis que Jamie jetait un regard inquiet à sa femme.

« Qu'y a-t-il, Sassenach ? »

Claire pinça les lèvres et ses sourcils froncés lui indiquèrent qu'elle ne s'apprêtait pas à lui annoncer une bonne nouvelle. Elle prit son bras et ils entreprirent de rejoindre la maison à pied. Cela lui laisserait le temps de préparer Jamie à la situation.

« C'est Brianna, n'est-ce pas ? Qu'a-t-elle fait cette fois ?

—Elle a pris son avenir en main…, répondit Claire avec une hésitation. Crois-moi, j'ai tout d'abord pensé qu'elle faisait une énorme erreur, mais j'ai changé d'avis. Et j'espère que tu en feras autant.

—Arrête donc de parler par énigmes et dis-moi… »

Claire soupira. « Tu avais envoyé Murtagh traquer Stephen Bonnet, n'est-ce pas ?

—Fergus m'a dit dans une lettre qu'il s'était fait prendre par la garde, mais qu'ils avaient pu organiser son évasion. J'étais avec Tryon quand il a appris l'explosion de la prison, il a appelé cela 'un attentat contre l'Etat de Caroline du Nord'…, acheva-t-il avec un sourire narquois.

—Que t'a-t-il dit de plus, dans cette lettre ?

—Pas grand-chose… Pourquoi ? »

Claire voyait la propriété se rapprocher à grands pas et décida que c'était le moment ou jamais.

~o~

Dans sa chambre, Brianna soupira de soulagement lorsque Phèdre acheva de la vêtir et s'admira dans le miroir de sa chambre. Son ventre n'était pas exactement revenu à sa taille normale, mais au moins elle pouvait s'habiller à peu près comme n'importe quel être humain. Avec une grimace, elle plaqua une main sur le léger renflement qui transparaissait encore malgré le corsage, pour tenter de le faire disparaître mais en vain.

« Tu es magnifique…, fit la voix rassurante de Stephen dans son dos. Mais elle savait qu'il avait parlé sans même la regarder ou à peine, il n'avait plus d'yeux que pour leur fils et elle en ressentit une pointe de jalousie.

—J'ai vu ton regard quand tu es entré et que tu m'as vue après qu'il soit né, je sais que tu ne t'en remettras jamais… »

Stephen laissa échapper un rire mais se garda bien de la contredire. Brianna lissa les pans de sa robe, ravie de se voir enfin dans une tenue décente pour la première fois depuis une éternité. Lorsqu'une voix de stentor en provenance du rez-de-chaussée résonna dans toute la maison :

« Brrrianna Ellen Rrrrandall Frrraserr ! »

Elle vit Stephen sursauter comme si un coup de canon avait été tiré à deux centimètres de son oreille.

« Oh oh… », fit-elle écarquillant les yeux. Quand Jamie Fraser se mettait à rouler les R de cette façon, cela n'était jamais bon signe. Comme si elle avait eu besoin d'une confirmation, Lizzie fit irruption dans la pièce, totalement paniquée.

« Votre père est de retour, haleta-t-elle, avant que ses joues ne se teintent de pourpre : Et Monsieur Ian également…

—C'est aujourd'hui que je meurs, c'est bien ça ?, demanda Stephen d'une voix neutre, puis il se tourna de nouveau vers le bébé : Content de t'avoir connu, lad

—Reste ici avec lui. »

Brianna déposa un baiser sur le front de Stephen, puis de son enfant endormi et sortit de sa chambre en laissant la porte entrouverte. Elle descendit les escaliers, pour trouver le visage fermé de son père qui l'attendait au rez-de-chaussée. Néanmoins, lorsqu'il la vit, il sentit toute sa colère fondre et elle courut pour le prendre dans ses bras. Il l'étreignit avec force tandis qu'elle lui glissait à l'oreille :

« Ne sois pas en colère, je t'en prie, Da'. »

Jamie relâcha sa fille et reprit un air courroucé, tandis qu'elle enlaçait à son tour Ian, revenu des écuries.

« Je n'arrive pas à croire que tu aies permis à ce criminel de retrouver la liberté… As-tu une seule idée de tous les forfaits qu'il a commis ? Sans compter ceux dont ta mère et moi avons été victimes ?

—Il n'a jamais été mauvais avec moi. Et il est devenu le plus doux des hommes depuis qu'il est ici. Tu n'étais pas là, mais si tu l'avais vu changer, Da'…

—Un loup reste un loup. Pourquoi n'as-tu pas laissé ta tante te trouver un bon mari ?

—Un bon mari ? Stephen est un bon mari. Maman, dis-lui…

—J'ai déjà plaidé en sa faveur en chemin, répondit Claire en secouant la tête.

—Bonnet est un marin, Brianna. Le jour où il décidera qu'il aime davantage son bateau que toi, que crois-tu qu'il se passera ? Tu élèveras ton enfant au gré des vents, vous dormirez dans des tavernes ? Comme des malpropres ? C'est ce que tu veux ?

—Si je peux me permettre, Jamie, te rappelles-tu où nous vivions après notre mariage ? », demanda Claire en haussant un sourcil narquois.

Jamie se tut et la fusilla du regard.

« Où ça ? », demandèrent Ian et Brianna à l'unisson. Mais Jamie ne desserrait pas les dents.

« Dans un bordel… », acheva Claire pour que tout le monde puisse l'entendre. Jocasta, qui se tenait en retrait dans le salon, soutenue par Ulysse, leva les sourcils et laissa échapper un « oh » qui fit sourire la guérisseuse.

« L'une des conditions de sa libération imposées par l'Etat était qu'il ne pourrait plus jamais naviguer, ni enfreindre la loi d'aucune manière, reprit Brianna avec véhémence. Ce n'est plus le même homme. Laisse-lui au moins une chance de te le prouver !

—Je lui ai déjà sauvé la vie, et il m'a remercié en agressant ta mère puis en nous volant tout ce que nous possédions… », gronda Jamie, furieux.

Brianna secoua la tête et croisa les bras sur sa poitrine. « Très bien, tu ne lui fais pas confiance, soit ! Mais est-ce que tu as confiance en moi ? En maman ? Et Jocasta, crois-tu qu'elle l'aurait accepté aussi longtemps sous son toit si elle avait eu le moindre doute à son sujet ?

—Tu étais aussi un fuyard et un hors-la-loi quand je t'ai rencontré, murmura Claire en prenant la main de son mari dans la sienne.

—Mon sens moral était bien différent du sien…

—Qu'est-ce que la morale si ce n'est un ensemble de valeurs différent pour chaque époque, chaque peuple ? Ta morale n'en était pas une pour les Anglais que tu combattais.

Jamie serra les dents et Brianna abattit sa dernière carte.

—Je l'aime, Da', dit-elle à mi-voix. De tout mon cœur. Si tu ne crois pas en lui, crois au moins en ça. »

Elle sentit son père fléchir et après quelques secondes, il grommela : « Où est-il ?

—En haut, avec le bébé…

—Comment s'appelle-t-il ? »

Brianna sourit de toutes ses dents. « Nous n'avons pas encore décidé. J'attendais que toute la famille soit réunie… »

Jamie soupira et se dirigea vers les escaliers, avant d'être hélé par sa femme. « Je t'interdis de hurler, Jamie Fraser, si j'entends le moindre pleurs d'enfant, tu dormiras dans la grange avec ton cheval… »

Jamie poussa un soupir exaspéré et grimpa les marches aussi silencieusement que sa stature imposante le lui permettait. Dans l'entrée, il entendit Ian demander à Lizzie comment était le bébé et celle-ci lui répondre d'une voix suraiguë : « Oh, il est si mignon, il a de tous petits doigts, et des pieds… oh si minuscules… »

Arrivé au palier du premier étage, il sentit un courant d'air soulever quelques boucles de ses cheveux roux et avisa la porte entrouverte au bout du couloir sur sa gauche. Silencieusement, il approcha et regarda à l'intérieur. Bonnet, habillé comme un gentilhomme, était nonchalamment assis près de la fenêtre, un pied effleurant le sol et l'autre posé sur le rebord. Il tenait dans ses bras le bébé emmaillotté et silencieux, et le regard qu'il lui lançait était pétri d'un amour inconditionnel, presque surréaliste chez un homme comme lui. Jamie poussa la porte, qui grinça légèrement en s'ouvrant. Bonnet tourna la tête et une peur viscérale s'installa sur ses traits. D'abord interloqué, Jamie comprit que ce n'était pas lui seul qui faisait peur à Bonnet, mais l'idée qu'il puisse remettre en cause le bonheur que le pirate semblait avoir trouvé avec Brianna, lui faire tout perdre d'une seconde à l'autre. Les bras de Bonnet resserrèrent un peu plus l'enfant contre lui et Jamie leva une main en signe d'apaisement.

Derrière lui, Stephen vit que Brianna avait suivi à pas de loup et tendait l'oreille, prête à intervenir.

« Il est inutile de préciser que si vous causez le moindre chagrin à ma fille, Bonnet, je vous pendrai moi-même sur le champ…

—Ce n'est pas utile, en effet…, marmonna Stephen en balayant la pièce de ses yeux verts à la recherche d'une éventuelle porte de sortie. Mais Fraser bloquait la seule issue.

—Je ne sais pas ce que vous avez fait depuis que vous êtes ici, mais séduire ma fille était une chose. Ravir le cœur de ma femme et de ma tante, en revanche… n'est pas une mince affaire, et je sais de quoi je parle. » Jamie lui adressa un regard sévère. « Beaucoup de gens ont placé une confiance aveugle en vous et en Brianna. Ne les décevez pas, ou ma colère sera terrible.

—Oui, monsieur Fraser. »

Jamie s'avança un peu plus près de la fenêtre. Maintenant qu'il avait prévenu son futur gendre, il brûlait d'envie de découvrir son petit-fils. Stephen se tassa légèrement sur lui-même en le voyant approcher et Jamie fut ravi de cette réaction. Tant mieux s'il le craignait, même si Brianna n'aimerait certainement pas cela.

L'Ecossais baissa les yeux sur l'enfant et esquissa un sourire. Il aurait adoré le prendre dans ses bras mais il semblait si fragile… et si jamais il le réveillait, Claire lui avait fait comprendre qu'il n'aurait plus que ses yeux pour pleurer.

« Monsieur Fraser… ?, fit soudain Bonnet à voix basse. Je vous présente… mes plus sincères excuses… » Un véritable combat intérieur se menait dans la tête de Stephen, qui choisissait avec précaution chacun de ses mots. « Si j'avais su ce jour-là que… je devrais un jour vous demander la main de votre fille… je ne vous aurais pas volés, votre femme et vous… »

Jamie lui jeta un regard circonspect. « Vous auriez simplement volé quelqu'un d'autre…

—Oui, évidemment, fit Stephen avant d'écarquiller les yeux. Euh je veux dire, non, Monsieur. J'aurais aussitôt tâché de devenir un homme respectable et digne d'elle.

—C'est totalement faux et vous le savez très bien, rétorqua Jamie, qui prenait un plaisir extrême à le voir bégayer.

—Oui, Monsieur. »

Dans le couloir, Brianna secoua la tête et décida que cela se passait suffisamment bien pour pouvoir les laisser seuls. Elle s'apprêtait à redescendre lorsque la voix de Stephen s'éleva de nouveau.

« J'en déduis que vous n'avez pas retrouvé Roger MacKenzie ? »

Elle se figea et tendit à nouveau l'oreille.

« Je l'ai trouvé…, fit la voix de son père. Il avait pris la route de Wilmington à sa sortie de prison, puis il a croisé le chemin des Mohawks. Nous l'avons vu inconscient dans un ravin le long de la route de Baltimore. »

Stephen vit Brianna porter une main à ses lèvres et il sentit son cœur se serrer.

« Nous avons attendu qu'il aille mieux pour lui annoncer la grossesse de Brianna, et… il n'a pas supporté. Il est reparti en direction de Philadelphie. »

Un bruit dans le couloir fit pivoter Jamie mais Stephen fut plus rapide et déposa délicatement le bébé dans les bras de son beau-père avant de s'élancer à la poursuite de Brianna. Dans l'escalier, il la vit traverser le hall d'entrée sous le regard médusé des autres membres de la famille et sortir en trombe dans le jardin. Il savait déjà où elle irait. Sur le ponton, le long de la rivière, l'un de ses endroits préférés. Il sauta les quatre dernières marches d'un bond et sortit à son tour. Lorsque Jamie descendit avec l'enfant, une expression de totale incompréhension sur son visage, Claire l'accueillit avec les yeux plissés, comme s'il était responsable de la fuite de sa fille. Quant à Ian, il ouvrit grand la bouche et fondit sur son petit cousin comme une abeille sur du pollen.

« Brianna ! », s'écria Stephen en tentant de la rattraper.

Mais la jeune femme courait à perdre haleine, ne s'arrêtant que lorsqu'elle heurta la balustrade du ponton. Alors qu'il approchait, il pouvait voir son dos bouger au rythme de sa respiration effrénée.

« Je suis désolé…, lança-t-il en s'arrêtant à quelques mètres d'elle.

—Désolé de quoi ?, son ton était sec, cassant comme une branche morte.

—C'est moi qui ai volontairement lancé le sujet, je savais que tu nous écoutais…

—Le sujet aurait été abordé tôt ou tard de toute manière, cracha-t-elle avec véhémence. Qu'est-ce que tu attendais comme réaction, au juste ?

—J'espérais que cela ne te fasse rien. Mais de toute évidence, je me suis trompé. Sur beaucoup de choses… »

Son amertume était palpable et Brianna fit volte-face.

« Qu'essaies-tu de dire, exactement ?

—Que tu l'aimes toujours. MacKenzie. »

Bouche bée, elle lui adressa un regard empli de colère. « Comment peux-tu une seule seconde penser une telle chose ?

—Parce que tu es partie en courant ?, rétorqua-t-il sur le même ton. Parce que je savais qu'au fond de toi, je ne serais toujours que le second choix… »

Brianna secoua la tête. « Ce n'est pas pour ça que je suis partie. » Il laissa échapper un sifflement amer, comme s'il était persuadé qu'elle mentait. « Je ne suis pas triste, reprit-elle. Je n'ai pas le cœur brisé. Je n'espérais plus qu'une seule et unique chose de la part de Roger. Une seule… » Comme Stephen se contentait toujours de la regarder sévèrement, elle reprit : « Qu'il s'excuse. De m'avoir traitée comme une moins que rien, de m'avoir menti, d'avoir tenté de m'empêcher de retrouver mes parents, de m'avoir abandonnée et insultée… Il avait l'opportunité de le faire. Et encore une fois il n'a pensé qu'à lui. Comme il ne pensait qu'à lui lorsqu'il voulait m'isoler de toute ma famille, ou m'épouser pour que je lui appartienne à la manière d'un objet de collection derrière une foutue vitrine ! Penses-tu qu'en apprenant ma grossesse, il aurait fait preuve d'un élan de compassion ou même d'inquiétude pour ma santé ? Non ! Il s'est juste tiré en trouvant certainement encore un moyen de se faire passer pour la putain de victime ! »

Stephen cligna plusieurs fois des yeux, peu habitué à ce que sa douce fiancée s'emporte à ce point, ni avec un tel vocabulaire. Il vit Brianna reprendre son souffle et s'approcher de lui doucement. « Quand il m'a abandonnée, tu étais là. Quand tu as su pour ma grossesse, tu m'as suivie sans poser de questions. Quand mon ventre s'est arrondi, tu as posé tes mains dessus. Quand il est né, tu avais même plus peur que moi.

—C'était à la fois le pire et le plus beau jour de ma vie », commenta-t-il avec frisson.

Elle referma la distance qui les séparait et prit le visage de son fiancé entre ses mains.

« Je ne veux plus jamais t'entendre dire que tu es mon second choix, parce que pour moi, tu as été le premier et l'unique chaque jour depuis que Lord Grey m'a appris qu'il t'avait retrouvé. Et chaque journée passée avec toi n'est que la confirmation que ma décision était la bonne. »

Elle caressa les cheveux blonds du marin avec tendresse. « Quand Roger m'a demandée en mariage pour la première fois et que j'ai refusé, je lui ai dit que je ne me voyais pas me marier un jour. J'étais persuadée que le mariage n'était pas pour moi. Pas tout de suite en tous cas. Et puis je t'ai rencontré… Et j'ai changé d'avis… » Elle se hissa sur la pointe des pieds et l'embrassa avec fougue. Elle sentit les bras de Stephen enlacer sa taille pour la serrer contre lui de toutes ses forces.

Sur le perron de la maison, Jamie observait de loin le jeune homme et sa fille s'embrasser avec une passion qu'il ne connaissait que trop bien pour l'avoir lui-même vécue avec une certaine jeune Anglaise perdue en territoire hostile. Claire avait métamorphosé sa vie tout comme Brianna avait changé celle de Stephen Bonnet. La seule différence était que Bonnet pourrait voir son enfant grandir s'il se tenait loin de la contrebande et du crime, un privilège que Jamie n'avait jamais eu. Et si jamais Bonnet faisait le moindre pas de travers, il le renverrait en prison à coups de bottes dans le fondement. Il fit demi-tour pour pénétrer à nouveau dans la maison, laissant les deux jeunes gens à leurs embrassades, et son expression s'adoucit en voyant Ian porter son petit cousin fièrement sous le regard transi d'amour de Lizzie. Il vit Claire lui sourire et se dit que si elle avait pu donner une seconde chance à Bonnet après qu'il lui ait arraché son bien le plus précieux, son alliance, alors il pouvait faire de même. Pour Brianna. Pour sa fille.

~o~

Le premier dîner avec la famille au complet ne s'était pas déroulé sans mal, bien que toutes les femmes de la maison aient redoublé d'efforts pour ignorer les regards lourds et insistants que Jamie lançait en direction de Stephen. Le jeune Ian semblait un peu moins farouche mais Stephen supposa que l'attaque de leur embarcation avait dû quelque peu le traumatiser : en effet, dès que le pirate faisait un geste dans sa direction, Ian sursautait avant d'éclater d'un rire nerveux et de s'excuser en rougissant. Stephen avait une furieuse envie de l'asticoter en lui montrant son meilleur sourire carnassier de pirate sanguinaire, mais à peine avait-il retroussé ses lèvres que Fraser lui avait jeté un regard meurtrier, l'en dissuadant aussitôt.

Maintenant qu'il n'était plus en position de force, armé et entouré d'hommes, Stephen trouvait Jamie Fraser beaucoup plus menaçant que lors de leur deuxième rencontre. Lorsque Brianna finit par retirer le nouveau-né des bras de Ian pour aller le coucher, il sauta sur l'occasion et se proposa. Il monta aussitôt à l'étage, en veillant à ne pas réveiller son fils et en arrivant sur le palier, remarqua du mouvement dans sa propre chambre au bout du couloir. Phèdre et Lizzie s'y activaient, changeant les draps et tapant les oreillers. Il approcha, les sourcils froncés, et constata que toutes ses maigres affaires avaient disparu.

« Où sont… ? Pourquoi est-ce que… ?

—Madame nous a demandé de libérer cette chambre pour Monsieur Ian, répondit Phèdre avec un sourire.

— Monsieur Fraser a dit que vous iriez dormir dans l'écurie en attendant le mariage, mais je suppose qu'il plaisantait, renchérit Lizzie en rabattant le dessus de lit sur les draps propres. J'ai mis vos affaires dans la chambre de Miss Brianna, comme elle me l'a demandé. »

Stephen se retourna lentement et remonta le couloir dans l'autre sens, poussant la porte de la chambre avec prudence, comme s'il redoutait que ce soit une blague de mauvais goût. Son beau-père l'attendait peut-être à l'intérieur, armé d'un fusil, pour lui montrer une bonne fois pour toutes ce qui arrive aux pirates qui dévergondent les jeunes filles hors mariage, mais la chambre était vide. Dans les placards, ses vêtements propres avaient rejoint ceux de Brianna. Délicatement, il allongea le bébé dans son berceau sans le réveiller et comme chaque soir, se surprit à sourire comme un idiot en le regardant dormir.

« Je vois que tu as pris tes quartiers… , fit la voix de Brianna depuis la porte.

—Tu es sûre que… nous avons le droit ?

—Un peu de modernité, lad…, se moqua-t-elle en faisant directement référence à la phrase qu'il avait prononcée juste avant leur première nuit ensemble. Au diable les traditions… et maintenant que papa est là, nous allons pouvoir… » Elle laissa la fin de sa phrase en suspens et agita ses épaules avec un large sourire.

« Désolé, mais toutes les activités que j'ai envie de faire avec toi pour le moment n'incluent définitivement pas ton père…, murmura-t-il en l'enlaçant tendrement.

—Je parlais d'organiser le mariage.

—Ah ça… mais du coup, qui portera la belle robe blanche, lui ou moi ? »

Brianna éclata d'un rire silencieux, ne voulant pas réveiller le petit garçon dans son berceau, et posa la tête contre la poitrine de Stephen. Ils étaient serrés l'un contre l'autre depuis une bonne minute, lorsque Phèdre fit irruption dans la pièce avant de se figer, gênée. Elle n'avait pas encore l'habitude de voir un couple dans cette chambre et les familiarités que Brianna avait autorisées jusque-là ne seraient plus possibles si elle devait sans arrêt tomber sur eux dans des situations intimes.

« Pardonnez-moi, Mademoiselle, je… je venais vous aider à vous déshabiller comme tous les soirs et j'ai oublié que…

—Ce n'est rien, commença Brianna avec un sourire rassurant.

—Allez vous coucher, Phèdre, renchérit Stephen avec un sourire éloquent. Je m'en occupe. »

A cet instant, il ne sut dire laquelle des deux avait l'air le plus gêné. Les joues de Brianna étaient cramoisies et Phèdre regardait ostensiblement le sol avec des yeux ronds. « Bon eh bien… je vous souhaite une bonne nuit… à quelle heure dois-je vous réveiller, Mademoiselle ?

—Tard. Très tard. Nous n'allons pas beaucoup dorm-

—Faites comme d'habitude, Phèdre. Bonne nuit », l'interrompit Brianna en libérant la pauvre servante de l'humour impossible de son futur mari. Elle effectua une rapide courbette et sortit précipitamment de la chambre, refermant la porte derrière elle. « C'est malin… »

Stephen répondit par un gloussement tandis qu'il la faisait doucement pivoter pour dénouer les lacets de son corset dans son dos, avec des gestes lents et doux, comme s'il faisait durer le plaisir.

« Tu as réfléchi à un prénom ?, demanda-t-elle en tournant la tête vers le berceau.

—Et toi ?

—J'aimerais que ce soit toi qui choisisses…

—Tu ne veux pas avoir ton mot à dire ?, fit-il interloqué, mais elle haussa simplement les épaules.

—Je te fais confiance. Et moi, je choisirai le prochain… »

Les gestes de Stephen dans son dos s'arrêtèrent net pendant quelques secondes, avant de reprendre leur travail et Brianna sut sans même se retourner qu'il devait encore avoir cet air décontenancé qu'il arborait lorsqu'il réalisait qu'elle souhaitait réellement passer le restant de ses jours avec lui. Comme s'il ne s'était toujours pas habitué à l'idée que leur bonheur durerait.

« Le prochain… », murmura-t-il contre son cou. Brianna se sentit frémir au contact de son souffle sur sa peau. Bon sang, qu'elle avait hâte d'être remise de son accouchement pour pouvoir enfin lui faire l'amour. Des heures, des journées entières. Elle n'était pas sûre de pouvoir un jour se lasser de lui. « Alors ? Une idée ? », demanda-t-elle avant de ne plus pouvoir se contrôler et lui sauter dessus.

Il réfléchit un instant, tout en achevant de délacer le corset. Elle prit une grande inspiration une fois libérée de son carcan et le jeta sur une chaise. En se retournant, elle remarqua le regard brillant de Stephen et comprit qu'il avait effectivement une proposition en réserve depuis un moment sûrement.

« Daniel… Wee Danny, pour les intimes…

—Daniel ? Ne serait-ce pas à cause de ce Dieu par lequel tu jures sans arrêt ?, demanda-t-elle avec un sourire.

—Alors premièrement, Danu est une déesse… et deuxièmement, je trouve cela plutôt approprié. Parce que c'est ce qu'il est, non ? Un cadeau des dieux… »

Brianna perdit soudain son sourire et elle plongea son regard dans le sien. Qu'est-ce que j'ai dit… ?, s'affola intérieurement l'Irlandais.

« Répète ça…, murmura-t-elle, tandis que son cœur s'emballait.

—Quoi, un cadeau des Dieux ? »

Il n'eut pas le temps d'ajouter quoi que ce soit d'autre. Brianna s'était jetée sur ses lèvres avec passion. Lorsqu'elle s'écarta de nouveau pour reprendre son souffle, les seuls mots qu'elle put articuler furent simples, évidents :

« Je t'aime… »

Il la regarda, interdit et perdu, exactement comme elle savait qu'il le ferait.

« Tu n'es pas obligé de répondre, je sais que ce ne sont pas des mots faciles quand on n'a pas l'habitude, mais je me retiens depuis beaucoup trop longtemps… Je voulais juste que tu le saches…

—Depuis quand, demanda-t-il, d'une voix à peine perceptible.

—Je crois que je l'ai su quand tu as fait ce magnifique berceau… Je n'attendais rien de toi à part que tu sois là pour nous. Mais depuis le début, tu as fait beaucoup plus qu'être simplement là.

—Je n'attendais rien non plus au fond de ma cellule, quand tu as débarqué avec ton gros ventre et ta proposition insensée… », railla-t-il en caressant sa joue.

Ils échangèrent un baiser, puis un autre, tout en se débarrassant petit à petit de leurs vêtements. C'est presque nus qu'ils se glissèrent sous les draps et Brianna ne put s'empêcher de voir combien il la désirait. Avec la souplesse d'un chat, elle se glissa au-dessus de lui et entreprit de couvrir son torse de baisers, descendant toujours plus bas, le long de ses abdominaux, puis de ses hanches. La respiration de Stephen devenait saccadée et il la dévisagea avec un mélange d'inquiétude et d'avidité.

« Je croyais que tu ne pouvais pas encore…, souffla-t-il en essayant de garder le contrôle de lui-même.

—Moi non, mais toi oui… »

Et avec un dernier regard coquin, elle disparut sous les draps.

~o~

Posant son énorme panier de linge fraîchement lavé sur le sol, Lizzie passa sa manche sur son front en soupirant. La chaleur du mois de juin était étouffante, et bien qu'elle ait pu un peu se rafraîchir au lavoir, les bénéfices de l'eau claire avaient disparu pour laisser de nouveau place à la transpiration. Un léger vent agitait les branches des arbres et elle saisit le premier drap de la pile pour l'étendre sur l'une des cordes tirées par les autres lavandières.

Elle sursauta en sentant deux mains serrer sa taille par derrière, puis rougit en réalisant qu'il s'agissait d'Ian.

« Besoin d'aide ? », proposa-t-il avec son large sourire habituel. Elle hocha la tête précipitamment et il saisit un nouveau drap qu'il jeta par-dessus la corde. Après quelques secondes d'hésitation, il se tourna vers elle, les pommettes légèrement empourprées. « Serait-il possible… que Brianna se passe de vous demain soir ?

—Bien sûr, je lui demanderai, répondit-elle le cœur battant. Où allons-nous ?

—Oh… Je me disais juste que l'on pourrait aller admirer le soleil couchant depuis les collines, j'y ai vu de gigantesques mûriers et… les fruits ont l'air délicieux… »

Lizzie rougit et s'apprêtait à hocher la tête lorsque quelque chose à l'horizon, loin derrière Ian attira son attention. « Ian… il y a un homme…

—Oh, fit Ian, la mine soudain déconfite. Je ne pensais pas… que votre cœur était déjà pris, Miss Lizzie…

—Quoi ? Non, j'ai très envie d'aller admirer le soleil avec vous, Monsieur Ian, mais il y a un homme, là-bas, sur la route… », précisa Lizzie précipitamment, ce qui eut pour effet de rendre son sourire à Ian avant qu'il ne se retourne pour constater par lui-même.

« En effet », fit-il en mettant une main au-dessus de ses yeux pour se protéger du soleil. La silhouette de l'homme lui semblait familière mais il dut attendre que celui-ci fasse encore une centaine de mètres supplémentaires pour pouvoir l'identifier. Ian fronça les sourcils. « On dirait… Roger MacKenzie…

—Monsieur MacKenzie ?, s'écria Lizzie, portant une main à son cœur. Seigneur, vous devez retourner à la maison les prévenir. Je ne suis pas sûre qu'il soit le bienvenu… »

Ian hocha la tête et parcourut aussi vite qu'il le put la distance entre le lavoir et la maison. Lorsqu'il parvint hors d'haleine sur la terrasse couverte où Claire triait des plantes médicinales avec l'aide de Phèdre, celle-ci remarqua aussitôt son air alarmé.

« Tante Claire… Je crois que Roger MacKenzie va arriver… », haleta-t-il en pointant du doigt la route principale.

Claire poussa un juron à mi-voix et lâcha ses plantes pour se précipiter à l'intérieur de la maison.

Roger poussa un soupir de soulagement en approchant de l'immense bâtisse de Jocasta Cameron, où selon ses dernières informations, toute la famille Fraser devait être réunie. Il imaginait déjà ses retrouvailles avec Brianna, à la manière d'un de ces films hollywoodiens, où elle le verrait approcher de la plantation par une fenêtre à l'étage et courrait à travers champs pour se jeter dans ses bras. Lorsque la porte d'entrée s'ouvrit toute grande sur la silhouette familière de sa fiancée, il sentit son cœur battre à tout rompre. Toutefois, elle ne courut pas dans sa direction, se contentant de s'avancer de quelques dizaines de mètres sur le chemin.

Roger accéléra le pas jusqu'à arriver à sa hauteur et l'empoigna pour la serrer contre lui. Elle ne lui rendit pas son étreinte, se contentant de garder les bras le long du corps, immobile comme une statue.

« Mon amour… », murmura-t-il en déposant un baiser dans les cheveux bouclés de la jeune femme.

A sa grande surprise, Brianna plaqua ses deux mains sur son torse et le repoussa fermement.

« Que fais-tu ici, Roger ?, demanda-t-elle sèchement en secouant la tête.

—Je suis venu t'épouser… » Dans sa bouche, cela sonnait comme une évidence, mais apparemment pas pour elle. « Les mois ont passé, et je ne suis plus en colère, Brianna. Je t'ai pardonnée… » Il avança une main pour lui caresser la joue mais elle recula d'un pas pour se mettre hors de sa portée.

« Qu'est-ce qu'il te prend ?, demanda-t-il en fronçant les sourcils. C'est ta façon de me punir, c'est ça ? Pour t'avoir laissée m'attendre tout ce temps ? Tu ne penses pas que tu le méritais un peu ?

—Que je le méritais ?, répéta Brianna, estomaquée. C'est la meilleure… Personne ne te punit, Roger. J'ai refait ma vie, c'est terminé entre nous. Rentre en Ecosse et passe à autre chose. »

Roger laissa échapper un éclat de rire sardonique. « Brianna, as-tu la moindre idée de ce que j'ai enduré pour toi ?

—Ce que tu as enduré ? » Elle se rapprocha de lui pour planter son regard furieux dans le sien. « Tu m'as traitée comme une dépravée alors que je n'avais encore jamais été touchée par aucun homme, tu m'as menti pour tenter de m'empêcher de sauver mes parents, tu m'as abandonnée après avoir couché avec moi, puis de nouveau insultée et abandonnée quand j'ai eu l'audace de me consoler dans les bras d'un autre. Et tu débarques aujourd'hui, dix mois plus tard en pensant que j'ai bêtement attendu que tu décides si oui ou non j'étais digne de toi ? » Comme il ne répondait pas, elle reprit : « Je vais me marier, Roger, mais pas avec toi. Avec un homme qui m'aime et qui a aimé inconditionnellement notre fils dès la première fois où il a posé sa main sur mon ventre. Et quand je dis notre fils, tu ne fais pas partie de l'équation. »

Roger allait demander de qui elle parlait, lorsqu'il le vit, dans l'encadrement de la porte d'entrée, quelques dizaines de mètres plus loin. Stephen Bonnet, dissimulé dans l'ombre de la maison, dardait sur lui un regard meurtrier. S'il semblait vouloir passer pour un gentilhomme avec sa tenue propre et distinguée, Roger n'était pas dupe. Un rat d'égouts reste un rat d'égouts, quel que soit le costume dont on l'affuble.

« Alors c'est ça ? Tu t'es entichée de ce type, pendant que je croupissais en prison ? Si tu aimais être baisée comme les filles du port, il fallait le dire, je me serais donné moins de peine lors de notre première fois… »

La gifle de Brianna partit toute seule, claquant dans l'air avec la violence d'un coup de fusil. Les yeux de Roger lançaient des éclairs, tout comme à chaque fois qu'il lui disait ce genre d'horreurs. Comme au festival écossais lorsqu'elle avait refusé de l'épouser à vingt-deux ans à peine, ou comme lorsqu'il l'avait trouvée dans la chambre de Stephen à la taverne. D'une main, il lui serra le bras de toutes ses forces, arrachant à Brianna un glapissement de douleur.

« Tu veux savoir ce qu'il a fait, ton prince charmant ?, railla-t-il avec un rictus méprisant. C'est de sa faute si je n'ai pas pu revenir à Wilmington. Lui et ses hommes m'ont fait jeter en prison en me faisant accuser de vol à l'étalage. Voilà le genre d'hommes pour qui tu écartes les cuisses…

—Je suis au courant de ce qu'il t'a fait depuis des mois, c'est d'ailleurs parce qu'il me l'a avoué que j'ai su où envoyer Jamie pour m'assurer que tu étais en bonne santé à ta sortie et que tu rentrerais chez toi. »

La pression sur son bras se fit plus forte, tout comme la douleur, et Brianna sentit soudain quelque chose qu'elle n'avait jamais éprouvé en présence de Roger. De la peur. « Lâche-moi, tu me fais mal…

—Pourtant c'est plutôt ton truc, les brutes… Dis-moi, je te plairais peut-être davantage si je te prenais debout contre un arbre, comme a dû le faire cet animal… »

Brianna tenta de le gifler de nouveau de sa main libre, mais il l'immobilisa.

« Est-ce qu'il est au courant, Brianna…, reprit Roger dans un murmure menaçant. Est-ce qu'il sait d'où tu viens ? »

La jeune femme cessa de se débattre, sachant très bien de quoi il parlait. Les pierres, le voyage dans le temps, le fait qu'elle n'appartenait pas à cette époque et qu'elle serait probablement un jour amenée à retourner chez elle. Elle y avait déjà pensé, dans l'éventualité où Danny pourrait voyager lui aussi et qu'il attrapait une maladie rare, incurable ici mais pas dans le futur. Bien entendu, Stephen ne savait rien de tout cela et il était hors de question qu'il l'apprenne pour le moment.

« Roger…, fit-elle d'une voix suppliante.

—Non, hein ? Que penses-tu qu'il adviendra de votre histoire d'amour ridicule quand il saura ce que tu es ?

—Arrête… »

La voix de Brianna s'était brisée et comme à chaque fois que Roger prenait le dessus dans une dispute, elle sentait peu à peu ses défenses tomber les unes après les autres.

« Penses-tu qu'il comprendra ? Ou peut-être qu'il te prendra pour une sorcière et te fera brûler au bûcher.

—Ça suffit.

—Je suis le seul à qui tu peux tout dire, Brianna. Et je vais le prouver, maintenant… »

Mais Roger ne put jamais poursuivre son expérience. Trop occupé par son petit discours menaçant, il n'avait pas vu Claire et Ian ceinturer Bonnet pour l'empêcher de se jeter sur lui. Jamie en revanche, s'était élancé hors de la maison dès qu'il avait vu Roger attraper violemment le bras de sa fille. Quelque chose avait vrillé dans le regard de Bonnet à cet instant-là. Quelque chose que Jamie redoutait plus que tout au monde : que Bonnet bascule de nouveau vers son côté sombre, un aspect de lui-même que l'amour de Brianna avait réussi miraculeusement à enfouir au plus profond de sa personnalité. Jusque-là il avait tenu bon, ayant promis à Brianna avant qu'elle ne sorte retrouver Roger, qu'il ne ferait rien qui risquerait de le renvoyer en prison. Et il était hors de question que Jamie le laisse briser cette promesse. De toutes ses forces, l'Ecossais abattit son poing sur le nez de Roger, qui s'écroula sur le sol, du sang coulant abondamment sur son menton.

Roger se traîna quelques mètres sur le sol, hors de la portée de son ex-beau-père, tout en continuant de fusiller Brianna du regard. La jeune femme ne semblait même pas s'en rendre compte. Son regard était vide, ses lèvres tremblaient. En quelques secondes, Roger lui avait rappelé qu'il demeurait un gigantesque fossé entre elle et Stephen. Un fossé que l'esprit d'un homme du dix-huitième siècle pouvait ne jamais réussir à franchir. Tous les hommes n'étaient pas aussi ouverts au surnaturel que Jamie. Brianna porta lentement une main à son estomac. Sa poitrine se serrait de la même façon qu'à la taverne dix mois plus tôt, et elle sentait déjà le souffle lui manquer. Elle ouvrit la bouche, désespérée d'y faire rentrer de l'air, mais en vain. Puis tout devint noir.

~o~

La première chose que sentit Brianna fut le matelas moelleux de son lit dans son dos. La deuxième chose fut la petite serviette humide et fraîche qui avait été posée sur son front. Ses paupières papillonnèrent et elle vit l'expression inquiète de sa mère penchée sur elle.

« Brianna, chérie, comment te sens-tu ? »

Brianna ne répondit pas tout de suite et se redressa doucement, essayant de mettre de l'ordre dans son esprit embrumé. Roger… Roger l'avait menacée de dévoiler son secret à Stephen. Et elle avait paniqué. Beaucoup, manifestement.

« Je vais bien…, marmonna-t-elle en se redressant. Comment suis-je arrivée ici ?

—Ton père t'a rattrapée avant que tu ne heurtes le sol. Stephen est en bas, avec Danny. Tu veux que je le fasse monter ?

—Non… » Brianna soupira et passa une main sur son visage moite. « Roger a failli tout déballer, maman. Il voulait exposer la vérité à tout le monde. Il a dit… Il a dit que si Stephen savait, il me ferait brûler pour sorcellerie...

—Il n'y a aucun moyen de savoir à l'avance comment les gens de ce siècle réagiraient en apprenant notre histoire, Bri… mais je suis sûre que Stephen ne ferait rien de tel.

—Ça ne change pas le fait que je lui mens depuis le début alors que lui a toujours été honnête avec moi… »

Claire caressa les cheveux de sa fille. « Ce n'est pas un mensonge, tu lui diras quand tu seras prête… Tout comme j'ai attendu d'être prête pour tout révéler à Jamie. »

Brianna hocha tristement la tête.

« Essaie de rester un peu allongée au calme, je vais dire à Stephen que tu es réveillée… », reprit Claire avec un sourire encourageant avant de quitter la pièce. Trente secondes plus tard, l'Irlandais était déjà là, sans Danny qu'il avait laissé dans les bras de son cousin Ian. Malgré la rapidité avec laquelle il avait monté les escaliers, Brianna sentit que quelque chose n'allait pas. Le regard de Stephen était méfiant à son égard. Il ne s'approchait pas non plus d'elle comme il le ferait en temps normal.

Fébrile, Brianna se leva pour venir à lui, mais il recula d'un pas. Elle ne lisait plus une once d'amour dans ses yeux, ils semblaient feindre le détachement, comme s'il se moquait de tout et de tout le monde. Un peu comme ce matin-là, lorsqu'il s'était éclipsé en lui laissant une bague en dédommagement.

« Stephen…

—Alors, tu as fait ton choix, cette fois ? Qui reste, qui s'en va ? » Il balança les mains de haut en bas, mimant des poids sur une balance, avec une expression insolente.

« Arrête. Je sais ce que tu es en train de faire et je ne rentrerai pas dans ton jeu…, l'avertit Brianna, qui perdait patience.

—Mon jeu ? Oh, c'est vrai, j'oubliais que j'étais fiancé à une fille qui pense tout savoir de ce qu'il y a dans la tête des gens…

—Tu manques tellement de confiance en toi que maintenant que Roger est revenu, tu te persuades que je vais choisir de l'épouser lui plutôt que toi, juste pour avoir la satisfaction de te dire 'je le savais'… C'est toi qui est en train de provoquer une dispute, tu en es conscient ?

—Ou peut-être que c'est toi qui l'a provoquée en te laissant toucher et embrasser par MacKenzie sous mes yeux ?

—Je l'ai repoussé aussitôt !, se défendit-elle avec véhémence. Après tout ce temps, tu ne me fais toujours pas confiance ?

—C'est une question de logique… Les filles comme toi ne finissent pas avec les hommes comme moi. Et ce depuis la nuit des temps. J'ai juste été assez idiot pour y croire… »

Brianna inspira profondément et ferma les yeux. Tout ce qu'elle dirait se retournerait de toute façon contre elle. Stephen mobilisait toute son énergie pour ruiner leur relation et s'en échapper la tête haute par peur qu'elle ne le fasse elle-même. Sauf qu'elle ne le ferait jamais. Mais elle devait lui montrer maintenant. Et pas avec de simples mots.

En quelques enjambées, elle referma la distance qui les séparait et s'empara des lèvres de Stephen. Il tenta de reculer mais elle tint bon, tandis que ses mains s'affairaient sur la ceinture de son pantalon, puis sur les boutons de son gilet.

« Qu'est-ce que tu fais, lass… », gronda-t-il contre ses lèvres.

Elle jeta le gilet du pirate à terre, avant d'empoigner sa chemise, bien décidée à la lui retirer aussi. « Je suis à court d'arguments », murmura-t-elle dans son cou avant d'y mordiller un bout de peau.

« Je croyais qu'on n'était pas censés-

—J'ai trop attendu, j'en ai assez. Et visiblement, mes mots ne sont pas convaincants, alors je passe aux actes. »

Tirant sur les pans de la chemise de Stephen, elle l'amena jusqu'au lit et constata avec un plaisir non dissimulé que le feu qu'elle aimait tant s'était rallumé dans le regard de son fiancé. Il avança une main pour délacer son corsage mais elle secoua la tête.

« Trop long, j'ai envie de toi maintenant… », murmura-t-elle en l'embrassant de nouveau passionnément. Elle se laissa tomber sur le lit et l'attira contre elle, entre ses jambes. Empressées, les mains de Stephen remontèrent ses jupons le long de ses cuisses, jusqu'à ses hanches, tandis qu'elle défaisait les boutons de son pantalon.

Quelques secondes plus tard, il entrait en elle pour la première fois depuis leur nuit à Wilmington et Brianna poussa un long gémissement qui trahissait l'impatience avec laquelle elle avait attendu ce moment. La sensation de le savoir de nouveau en elle, malgré les interdits et la présence de sa famille un étage en dessous, était grisante et elle planta ses ongles dans le bas de son dos, incitant son fiancé à aller toujours plus loin en elle.

« Il n'y a toujours eu que toi », haleta-t-elle tandis qu'il allait et venait entre ses cuisses. « Je n'ai jamais désiré qui que ce soit aussi ardemment. Même pas lui… »

Stephen glissa ses bras dans le dos de Brianna, pour venir attraper ses épaules et la serrer de toutes ses forces contre lui, accentuant également la pression de son bassin contre le sien. La jeune femme se sentait comme prise dans la plus sensuelle des camisoles et elle ferma les yeux, rejetant la tête en arrière, pour savourer ce moment où elle retrouvait enfin son amant d'un soir. Nouant ses jambes autour de la taille de Stephen, Brianna suivit les indices que lui laissaient son corps pour trouver son plaisir, avant de se rappeler avec un sourire coquin des mouvements que sa mère lui avait recommandé de faire après son accouchement pour rééduquer son périnée. Guettant la réaction de Stephen, elle contracta les parois de son intimité, resserrant son emprise autour de lui. Il laissa échapper un gémissement de satisfaction et le sourire de Brianna s'agrandit tandis qu'elle constatait que l'exercice accentuait également son propre plaisir. Un hoquet lui échappa et elle pressa sa bouche contre l'épaule musclée de Stephen pour ne pas alerter toute la maisonnée. Non, elle ne se lasserait jamais de son corps, c'était impossible. Ils passeraient leurs années de mariage à faire l'amour et finiraient probablement même par oublier de se nourrir ou de respirer. Faire l'amour à Stephen était de nouveau son seul et unique projet de vie.

La jeune femme gloussa à cette idée saugrenue et sentit le regard enfiévré de son amant plonger dans le sien, avant d'être vite rattrapée par une nouvelle vague de plaisir lorsqu'il accéléra le rythme de ses coups de rein. Elle avait l'impression de le rendre fou de désir et elle adorait ça. « Plus fort », murmura-t-elle en le regardant droit dans les yeux.

Stephen esquissa un rictus carnassier, animal, tandis que ses bras la lâchaient pour s'agripper au montant du lit au-dessus d'elle, donnant toujours plus de force, d'impulsion. Leurs yeux ne se quittaient plus. Brianna luttait contre ses paupières pour les garder ouvertes, ne se lassant pas d'admirer l'expression de Stephen, aussi affamée qu'un loup face à sa proie perdue dans les bois. Brianna décida alors de porter le coup fatal. Haletante, elle glissa ses ongles dans les cheveux de Stephen et attira son visage contre le sien.

« Sur le dos, ordonna-t-elle sur un ton sans appel.

—Quoi ?

Il la regarda d'abord sans comprendre, mais Brianna n'avait pas le temps de lui laisser tirer ses conclusions. Elle tira légèrement sur les cheveux blonds de Stephen et réitéra son ordre :

—Sur. Le. Dos. »

Le pirate sourit et haussa les sourcils, avant de basculer avec elle pour inverser la situation. Sans le quitter des yeux, Brianna arracha le nœud, qui ne retenait déjà presque plus ses cheveux et laissa sa crinière retomber en cascade sur ses épaules. Se délectant de l'expression agréablement surprise et assoiffée du pirate, elle glissa de nouveau son sexe en elle et commença à onduler lentement tout en délaçant son corsage. Sa blouse ensuite. Lorsque ses seins furent libérés de toute contrainte, elle plaqua ses mains sur le torse de Stephen pour se maintenir bien droite sur lui et poursuivit ses ondulations, respirant exagérément pour que sa poitrine esquisse les plus délicieux des mouvements. Il semblait littéralement hypnotisé.

« Tu croyais m'avoir séduite… », haleta-t-elle tandis qu'elle accélérait doucement le rythme. « Mais en vérité, c'est toi qui m'appartiens… » Brianna se pencha vers son visage pour achever sa phrase : « tu m'appartiens depuis que je t'ai laissé me prendre sur cette table… »

Sans prévenir, Stephen se redressa et s'assit lui aussi, pressant leurs torses l'un contre l'autre. Serrant la taille de Brianna, il approfondit la pénétration en la tirant vers le bas, tout en déposant une série de baisers voraces sur ses seins nus. Il glissa une main entre eux pour venir caresser son clitoris de ses doigts et Brianna comprit bientôt qu'elle allait arriver au bout de sa prestation. Elle se sentait déjà presque à deux doigts de perdre la tête, mais maintenant… Elle ferma les yeux, priant pour arriver à réprimer ses cris de plaisir, ses bras se nouant malgré eux autour de la tête de Stephen. Elle gémit presque en même temps que lui, lorsqu'il plongea ses doigts dans la chair de ses fesses pour la maintenir fermement contre son bassin. Ils restèrent ainsi unis quelques minutes, luttant pour reprendre leur respiration et un rythme cardiaque normal. Lorsque ce fut à peu près le cas, Brianna baissa les yeux vers Stephen qui la regardait avec un sourire railleur.

« Vous auriez dû commencer par cet argument-là, Miss Fraser, on aurait moins perdu de temps… »

Elle rit en se rappelant qu'il lui avait dit presque exactement la même phrase après leur baiser dans sa cellule de prison et se pencha vers ses lèvres pour les embrasser langoureusement. « Et je ne manquerai pas de l'utiliser aussi souvent qu'il le faudra… »