Chapitre 3
Embarras
Lia observa en silence son cousin finir le pain qu'elle lui avait donné. Même si elle avait parfois du mal à le cerner, elle lui était très reconnaissante de ce qu'il avait fait pour elle. Depuis cette sombre nuit, il lui avait juré qu'il resterait avec elle et qu'il ne la laisserait pas tomber. Et bien que le jeune homme possédait lui aussi, un sale caractère par moments, il avait toujours tenu cette promesse.
Comme toutes les autres d'ailleurs. Raison pour laquelle qu'ils se retrouvaient aussi souvent que possible pour passer un peu de temps ensemble. Cela avait été toujours un code pour eux. Une façon de maintenir les liens malgré la vie instable et incertaine qu'ils menaient.
Et puis, cela réconfortait Lia de retrouver le garçon avec lequel elle avait toujours vécu. Même s'il n'était plus un petit garçon désormais. Elle tenait à lui plus que quiconque. Il était la seule famille qui lui restait. Et bien qu'ils étaient parfois en désaccords, elle voulait préserver ce lien qui les unissait. Une façon pour elle, de se rassurer…
Mais ils se retrouvaient uniquement pour quelques jours. Rarement plus d'une semaine. Tout comme lui, elle avait besoin de bouger, de voyager et n'aimait pas rester en place trop longtemps. Il fallait dire que c'était une chose plutôt dangereuse pour une femme. Encore plus une femme seule…
Ils vivaient donc leur propre vie chacun de leur côté et Lia
prenait grand soin à respecter une distance suffisante pour qu'ils n'envahissent pas sur la vie de l'autre. Même si… la pratique ne respectait pas toujours la théorie et ce, bien malgré eux.
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Lia s'étira en baillant avant d'émerger peu à peu de son sommeil. La jeune femme se redressa. Dehors, le soleil était déjà levé depuis plusieurs heures. Lia tourna la tête en direction de la couche de Bakura qui se trouvait à coté de la sienne, mais elle était vide. Il avait emporté ses affaires.
Un petit sourire se dessine sur ses lèvres. N'importe quelle personne aurait pris cela pour un manque de respect. Mais pas elle. Elle était habituée à ce qu'il parte sans lui dire au revoir. Et avec le temps, elle avait appris à ne pas s'offusquer de ses réactions quelque peu singulières parfois.
La vérité, est qu'il tenait à sa liberté plus qu'autre chose. Une chose que Lia comprenait parfaitement. La jeune femme rassembla ses affaires, puis quitta la tente. Dehors, la chaleur était déjà au rendez-vous. Presque étouffante.
Lia saisit son cheval, puis quitta le village dans lequel ils s'étaient installés durant la nuit, en direction de l'oasis la plus proche. Celle qui se trouvait à 1h de cheval. Un petit bain ne lui ferait sans doute pas de mal…
Elle attacha son cheval, puis fit le reste du chemin à pieds.
L'air était frais et agréable. Les arbres et la végétation accordaient au lieu une sensation vivifiante et si agréable par cette chaleur. Lia emprunta le petit chemin en pente raide menant aux cascades. Ses yeux s'écarquillèrent subitement.
Bakura se trouvait là, à quelques mètres en dessous d'elle. Et... nu comme un verre.
Une goutte de sueur perla le front de Lia alors qu'elle ravalait sa salive.
Une chance qu'elle ne l'avait vu que de dos... Ses joues prirent une teinte légèrement pourpre lorsque son regard croisa celui de Bakura qui s'était retourné pour lui adresser un sourire en coin des lèvres.
Lia détourna rapidement le regard et se pinça la lèvre inférieure. Les dieux merci, il s'était rhabillé. Le jeune homme enfila son manteau rouge et leva la tète en direction de sa cousine.
- Alors, comme ça on espionne ?
- Je ne t'espionnais pas ..! se défendit Lia. Je suis arrivée au moment où tu étais en train de sortir de l'eau.. ajouta-t-elle, gênée.
- Alors quoi ? Tu n'as jamais vu d'homme nu, cousine ?
- Ça, ça ne te regarde pas ! lâcha Lia en croisant les bras en détournant le regard.
- Bien. Je te laisse la place ! Je vais chercher quelques fruits avant de partir. Cela te laissera le temps de te prélasser tranquillement.
Lia attendit qu'il soit entièrement parti pour s'approcher de l'eau. Elle plongea sa main dans la sacoche accrochée à la ceinture de son pagne, et sorti une petite huile de bain qu'elle avait volé dans une maison. Un minimum d'hygiène oblige. Ce n'était pas parce qu'elle était une voleuse qu'elle devait sentir la vache.
Elle s'orienta en direction de l'une des cascades sous laquelle elle prit une première douche.
Elle se retira de l'eau, versa plusieurs gouttes d'huile sur ses mains, puis frotta soigneusement ses bras, ses jambes, ses pieds ainsi que son buste avant de repasser sous la cassade.
Lia retira ses vêtements qu'elle laissa sur le bord d'un rocher de la rive, tout en veillant à ne pas être vue, puis s'immergea dans l'eau pour terminer le lavement de ses parties intimes. Un soupir de plénitude illumina son visage.
La douceur et la fraicheur de l'eau contrastaient à merveille avec le soleil hardant qui cognait sur sa tête. Lia fit quelques traversées pour profiter un maximum de l'eau.
- Tiens, tiens ! Mais c'est notre petite sauvage du dessert ! Lança une voix d'homme près de la rive. Et, dans son plus simple appareil…
- Je me demande si ce qu'on raconte est vrai! Dommage qu'on ne puisse pas vérifier si elle est vraiment une femme, ah, ah !
La voix des hommes sortit brusquement Lia de sa plénitude. Lia tourna la tête en direction de la rive où se trouvaient les hommes.
- Allez, sois pas timide, viens nous montrer ou je prends tes vêtement ! lança le premier homme, alors que Lia lui lançait un regard noir.
- Quoi ?! Ça va pas la tête ! Allez vous en !
- On pourrait peut-être venir te rejoindre, qu'en dis-tu ? continua le deuxième homme en ricanant.
- Allez au diable !
- Ah, ah! Comme tu voudras ! De toute façon tu seras bien obligée de sortir d'ici. En attendant, je vais prendre ça… s'exclama le premier homme en ramassant les vêtements de la jeune femme.
- Hey ! Non ! Reposez-les de suite par terre !
- Sinon quoi ? Tu vas venir me le prendre des mains, chérie ?
Un grognement s'échappa des lèvres de Lia à cette réponse.
- Allez, adieu !
- Non revenez ! Rendez-moi mes vêtements !
Elle voulut sortir de l'eau pour leur reprendre ce qui lui appartenait. Mais se ravisa aussitôt. Elle ne voulait pas leur donner satisfaction de la voir sans vêtements. Bien sûr, elle pouvait les arrêter en leur envoyant une boule d'énergie et ainsi, reprendre ses vêtements. Mais rien ne lui garantissait qu'ils étaient seuls…
Comment allait-elle faire ?
La jeune femme patienta de longues minutes, s'assurant qu'il n'y avait personne. Puis se dirigea près d'une roche. Elle voulu se hisser sur une pierre pour se sécher, mais glissa et sa tête heurta une autre roche…
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Un gémissement s'échappa des les lèvres de Lia alors qu'elle ouvrait péniblement les yeux. Une grimace s'étala sur son visage lorsqu'une violente migraine martela sa tête à tempo régulier.
- Ah enfin tu te réveille, fit la voix de Bakura.
- Que… Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Tu t'es blessé à la tête et tu as perdu connaissance. Une chance que j'ai décidé de revenir pour te donner une partie des fruits, sinon…
Lia se redressa péniblement et se massa la tête avant de reprendre ses esprits.
- Je vois. Mais dis-moi… la dernière chose dont je me souviens c'était que j'étais nue avant de tomber. Et là, je me retrouve dans l'herbe et... elle souleva Légèrement le manteau pourpre qui dissimulait son corps. Et toujours nue... Alors, ma question est : comment suis-je passée de l'eau à ici...?
- C'est simple je t'ai portée.
- Oui… C'est bien ce qui me semblait… Donc, m'as vue nue...
- Tu aurais peut-être préféré que je te laisse baigner dans ton sang sur cette roche ?
- ... non, lâcha Lia.
Elle ne savait pas ce qui était le pire. Avoir été volé par ces types, ou le fait que Bakura l'ai vue toute nue. Bien que la première option était plutôt humiliante, la seconde l'était davantage.
Elle ne s'était jamais retrouvée comme ça. Et même si d'accoutumée elle jouait de son manque de poitrine pour paraître plus masculine aux yeux des autres, une partie d'elle souffrait de ça. Et elle aurait préféré que Bakura n'ait jamais à le voir... qu'allait-il penser à présent ?
Et pourquoi cette question semblait tout à coup si importante ?
- Alors, tu pourrais me témoigner un peu plus de gratitude.
- Oui, merci de m'avoir sauvée... dit elle en collant fortement le tissu contre elle avant de croiser les bras sur sa poitrine.
Bakura considéra un instant sa cousine. Elle ressemblait un petit oiseau qui venait tout juste de sortir de son nid. Un oiseau effrayé par l'immensité du monde qu'il entourait. Elle qui d'habitude était si forte, semblait si fragile, si vulnérable.
Quelqu'un qu'on avait envie de protéger. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement lorsqu'il vit quelques perles salées rouler sur les joues de Lia. La dernière fois qu'il avait vu Une telle réaction de sa part, c'était le soir du massacre dans leur village.
Mais là, personne n'avait été massacré. Alors, pourquoi pleurait-elle ? En la voyant trembloter tout en pressant fortement le tissu pourpre contre elle, il compris alors que sa réaction était en lien avait son accident. Et à sa nudité. Lia était une femme intelligente, et elle était encore habillée lorsqu'ils s'étaient quittés.
Ce n'était donc sûrement pas un hasard s'il l'avait retrouvée dans cet état. On lui avait probablement volé ses affaires. Mais il voulait écarter un dernier doute…
- Lia, je dois savoir... Est-ce qu'ils t'on manqué de respect ?
La jeune femme secoua la tête en signe de négation. Bien, c'était déjà ça, conclut Bakura pour lui-même. Mais pour une raison qu'il n'expliquait pas, cela ne sembla pas atténuer sa tristesse… Il n'était pas doué pour réconforter. Il ne savait pas vraiment comment s'y prendre. Il ne pouvait pourtant pas la laisser comme ça.
Lia sursauta et recula machinalement à l'instant où le jeune homme frôla sa joue droite tout en gardant le tissu contre elle. Il compris finalement que le problème ne venait définitivement pas de son accident. Mais de ses vêtements. Ou plutôt… son manque de vêtements. Il ne comprenait pourtant pas pourquoi elle en faisait tout un drame. Après tout, elle était une voleuse. Retrouver des vêtements n'allait pas être très compliqué pour elle.
- Lia, murmura-t-il en prenant la joue de la jeune femme. La seule chose que j'ai pensé en te voyant étendue, c'est « pourvu qu'elle n'ait rien de grave » et du peu que j'ai vu, tu n'as pas à rougir de ton corps… dit-il.
Pour seule réponse, Lia se blottit contre son torse nu sans un mot. Confus, Bakura caressa sa tête d'une main et entoura sa taille de l'autre pour tenter d'apaiser les tremblements de son corps.
- Je ne te laisserai pas… lui murmura-t-il doucement comme pour la rassurer.
