… .Quelques temps plus tard. ..

Un léger soupir s'échappa des lèvres de Lia alors qu'elle regardait la tablette de Pierre face à elle. Ce monstre avait été créé quelques temps après le massacre de son village. Diabound. Il avait été créé de la haine des villageois qui avaient été assassinés ce soir là. Et depuis lors, ce monstre habitait l'esprit de Bakura...

Plus la haine de son cousin grandissais, plus son monstre évoluait. Et c'était bien là le problème. Lia posa sa main sur l'immense tablette où le monstre était gravé.

La tristesse, la colère et la haine qui se dégageait de cette pièce était tout simplement inimaginable. Mais légitime cependant.

Elle n'aurait jamais pensé que cela prendrait une telle ampleur. Comment en était-il arrivé là ? Comment avait-il pu se laisser entraîner dans cet engrenage ? Bien sûr, elle comprenait ce sentiment de colère et ce désir de vengeance.

Mais elle savait mieux que personne que cette haine dissimulait quelque chose de bien plus profond.

Une tristesse et une détresse sans limite. Un sentiment d'abandon. Des blessures qui ne seraient probablement jamais validées. Pourtant, une partie d'elle continuait de croire que la vengeance n'était pas une fin en soi. Et qu'elle apportait bien plus de souffrance et de malheur que de bonheur.

Elle avait bien essayé de le raisonner. Mais sa colère était bien trop présente pour qu'il puisse l'écouter. Il semblait totalement obnubilé par cette vengeance.

Voir même, possédé. Oui, c'était le bon mot. Il était possédé... Et quelque chose lui disait qu'il ne s'agissait pas des esprits de leur village qui demandaient réparation.

Du moins pas uniquement.

Bakura semblait être aux prises de quelque chose de bien plus grand que ça. Quelque chose de terriblement dangereux. Était-il seulement conscient de tout cela ? Certaines de ses réactions laissaient penser qu'il était pleinement satisfait et consentant de tout cela. Mais était-ce vraiment le cas ? Rien n'était moins sûr…

Les yeux de Lia s'écarquillèrent lorsqu'elle vit des esprits sortirent de la pierre avant de tournoyer autour d'elle. L'un d'entre eux s'arrête face à elle.

- Lia, tu dois tu dois l'empêcher de parvenir à ses fins.

Lia cligna des yeux. Cette voix… elle avait l'impression de la reconnaître.

- M… maman ? appela-t-elle, hésitante, la voix tremblante.

- Oui, ma chérie ! Ne le laisse pas gagner.

- Mais comment faire ? Il… il ne veut pas m'écouter. Sa haine est tellement grande…

- Je sais. Mais toi seule es en mesure de le sauver.

- Que veux-tu dire ? Je ne comprends pas…

- S'il persiste dans cette voie et qu'il s'empare des objets du Millenium, il mourra !

- Quoi ? Les Objets du Millenium…?

- Ce sont des artefacts magiques qui ont créés à partir de notre chair et de nos esprits.

Un frisson glacial traversa l'échine de Lia à cette explication. Oui, maintenant elle s'en souvenait. Elle avait entendu ce mot de la bouche du soldat en chef ainsi que de l'un des prêtres… Mais pour une raison qui lui échappait, elle avait occulté ce passage-là de l'histoire.

C'était déjà assez difficile de se dire que tout son village avait été massacré…

Pourtant, il lui semblait avoir également entendu son cousin le mentionner lors d'une brève conversation. Peut-être était-ce plus facile de faire semblant de ne pas se souvenir après tout…

Si elle devait se remémorer chaque mots, chaque détails de ce qu'elle avait vu ou entendu, elle deviendrait probablement vite cinglée à force. Et ce n'était pas ce qu'elle souhaitait. Pas plus que de s'accrocher à un espoir qui lui apporterait plus malheur qu'elle en subissait déjà.

Non, elle ne pouvait pas participer à une telle action. C'était de la folie. Un suicide programmé. Ils étaient seuls face à un puissant empire ! Personne ne les écouterait. Personne ne les croirait… Leur souffrance, aussi réelle et intense soit-elle, ne serait jamais reconnue. Après tout… qui apporterait du crédit à deux voleurs issus d'un village de bandits ? Pas Pharaon, c'était certain !

Même s'ils parvenaient à obtenir leur vengeance, cela ne ferait pas revivre leur famille… Et seraient-ils seulement allégés de leur peine ? La réponse paraissait pourtant évidente. Pas pour tout le monde, manifestement…

- Je ne sais pas si je pourrai l'arrêter. Je n'ai aucun moyen d'action.

- Si, tu en as un.

- … Lequel ?

- Ta lumière, Lia !

- Ma... ma lumière ? Je ne comprends pas...

- C'est toi qui repousse les ténèbres qui se cachent en lui et qui conserve le peu d'humanité qui lui reste. Reste auprès de lui et il sera sauvé !

- Il ne veut pas être sauvé ! Il ne s'abaisserait jamais à ce que quelqu'un fasse ça pour lui. Il est beaucoup trop fier pour ça.

- Reste avec lui, Lia ! Reste avec lui… acheva l'esprit avant de disparaître.

Un nouveau soupir s'échappa des lèvres de Lia. Comment pouvait-on sauver quelqu'un qui refusait catégoriquement qu'on lui vienne en aide ? C'était une bataille acharnée, un combat de tous les instants…

C'était comme nager à contre-courant dans une tempête. Un pari audacieux. Mais elle n'était pas certaine de pouvoir réussir un tel tour de force…


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Voilà plusieurs semaines que Lia n'avait plus de nouvelles de son cousin. Et même si elle savait qu'il n'avait pas besoin d'elle, une partie d'elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Où était-il ? Et que faisais-t-il ? Malheureusement, elle n'avait aucun moyen de le savoir. Elle espérait seulement qu'il ne se mette pas dans des situations compliquées...

- Mana ? Mana où es-tu ? raisonna une voix masculine, inquiète au loin.

Lia tourna la tête, puis regarda en contrebas :

Un jeune homme aux yeux améthyste et aux cheveux tricolores stoppa son cheval et observa autour de lui. Les bracelets dorés qu'il portait à ses avant-bras ainsi qu'à ses mollets, laissait croire qu'il s'agissait d'un jeune homme de rang élevé. Probablement très élevé, à en juger par le bijou qu'il portait à son front.

Peut-être un prince.

Lia fronça les sourcils. Que faisait un jeune homme comme lui, seul dans les montagnes ? Cela n'était pas prudent. En particulier dans cette partie des montagnes…

Un léger soupir s'échappa des lèvres d'Atem. Quelle idée ils avaient eu d'aller se promener dans les montagnes ? Et sans escortes qui plus est ? Ce n'était pas raisonnable. Heureusement qu'il savait se défendre en cas de danger…

Mais pour l'heure, il devait retrouver son amie qui était partie à toute allure. Le soleil dardait ses derniers rayons lumineux dans un ciel dégradé de rouge et d'orange. La nuit n'allait pas tarder à tomber. Ce n'était plus le moment de jouer à cache-cache…

- Tiens, tiens, mais qu'est-ce que nous avons là ? s'exclama une voix masculine derrière lui.

Atem tourna la tête en direction de son interlocuteur. Ses yeux s'écarquillèrent de façon infinitésimale. Un groupe de dix bandits se tenait à quelques mètres de lui.

- Je suis Atem, prince d'Egypte ! Passez votre chemin.

- Le prince ? Voyez-vous ça ! Que fait donc le prince d'Egypte, seul dans les montagnes. Tu ne sais donc pas que ces lieux sont truffés de bandits ? continua le second bandits.

- Les amis, je crois que c'est notre jour de chance ! Ce n'est pas tous les jours que nous avons l'honneur de dépouiller un prince ! ricana le troisième bandit.

- Un petit coup de main, peut-être ? s'exclama-t-elle en sautant du haut du chemin rocheux pour atterrir face aux dix hommes.

- Qui es-tu ? interrogea Atem, surprit par cette soudaine apparition.

- Aucune importance, répondit Lia. Tu ferais bien de partir tant qu'il en est temps. Je me charge d'eux. Après tout, on a un petit compte à régler, n'est-ce pas ? ajouta-t-elle à l'intention de deux des dix bandits qui se tenaient face à eux.

- Ahah, mais je te reconnais ! La sauvage du désert ! Alors, voleuse, tu n'es toujours pas décidée à nous montrer si tu es bien une fille ou un homme ? ricana le premier bandit.

- Ne prends pas tes désirs pour la réalité. Je n'ai pas digéré le sale coup que vous m'avez fait. Et pour ça, vous allez payer !

- Oh… mais c'est qu'elle nous menace ! Tu crois que tu peux faire le poids face à nous ? Laisse-moi rire ! Écarte-toi, et on ne te fera aucun mal ! enchaîna le troisième bandit.

- Il a raison, ce n'est pas sûr pour toi ici, éloigne-toi, je vais m'occuper d'eux, intervint Atem, en tenant son épée.

- Toi ? Oh, je vois… Le prince veut prouver sa bravoure ! Très bien, je te laisse faire, lâcha Lia, d'un air sarcastique.

L'ombre d'un sourire se dessina sur les lèvres de Lia alors qu'elle observait la scène au loin. Elle était curieuse de voir comment ce prince allait s'en sortir seul face à dix hommes. S'il s'était bien entrainé à l'art du combat, il n'aurait certainement aucune difficulté à en venir à bout.

Mais elle connaissait que trop bien la réputation de ces hommes. Comment allait-il se débrouiller ? La cousine de Bakura observa le spectacle avec intérêt.

Comme elle l'avait pressenti, ce jeune homme possédait de bonnes bases. Il maniait plutôt bien l'épée également. Mais comme elle l'avait aussi prévu, ces hommes n'étaient pas des débutants et le jeune homme aux yeux Améthyste semblait maintenant avoir quelques difficultés…

- Bon, assez joué, il est temps qu'on en finisse, intervint Lia.

- Que fais-tu ? Je t'ai dit de rester éloignée. Je n'ai pas besoin de ton aide ! la coupa Atem.

- Qu'est-ce que tu peux être fanfaron… Enfin, venant d'un prince, cela n'est pas très surprenant, ajouta-t-elle avec sarcasme.

Atem voulut ouvrir la bouche pour répliquer, mais Lia ne lui en laissa pas le temps. Elle orienta sa main droite – tendue à plat – en direction des dix brigands. Une fraction de seconde plus tard, une boule d'énergie blanche et violette, jailli de la paume de sa main avant de frapper de plein fouet cinq des dix hommes qui tombèrent inerte sur le sol.

Elle s'apprêta à réserver le même sort aux derniers bandits, mais saisit par la peur, ces derniers s'enfuirent sans demander leur reste, sous les yeux médusés du prince. Comment… comment avait-elle fait cela ? À sa connaissance, seuls les monstres scellés dans la pierre qu'ils invoquaient étaient capables de faire ça.

- Comment… comment as-tu fait ça ? Et pourquoi t'es-tu interposé ?

- Tu n'aurais rien pu faire seul, face à de tels brigands, répliqua Lia en se retournant face à lui.

- Je ne t'ai rien demandé. J'aurais très bien pu m'en charger seul.

- Bizarre, ce n'est pas l'impression que j'ai eue en te voyant faire…

- Je n'ai que faire de tes impressions, voleuse.

- Voleuse ? Je te viens en aide, et tu oses m'accuser de vol ?

- C'est bien ce que tu aurais fait, s'ils n'étaient pas arrivés, n'est-ce pas ? J'ai vu que tu étais au-dessus de nous. Cela signifie donc que tu nous obsevait.

- Je n'ai que faire de ton argent. Est-ce l'amertume d'avoir failli te faire voler tes précieux bijoux qui te rends de mauvaise humeur ? Ou le fait que ce soit une femme qui t'ait sauvé la vie ?

- …

- Tu ne dis rien. Donc, je suppose qu'il doit y avoir un peu des deux. Prends le raccourci sur le nord, tu regagneras la ville plus rapidement.

- Je sais très bien où je dois aller !

- Très bien. Alors, adieu, s'exclama la jeune femme en s'éloignant.

- Attends !

Lia se retourna :

- Comment puis-je te remercier…?

- Laisse tomber, ce n'est pas la peine.

- Pardonne-moi, mais je me dois d'insister.

- Bien, bien. Dans ce cas… commença la jeune femme en s'approchant du jeune homme. Je crois que ceci fera parfaitement l'affaire ! acheva-t-elle avant de sauter sur son cheval pour s'en aller au galop, laissant le jeune homme aux yeux améthyste seul au milieu des montagnes.

- Hey ! Reviens immédiatement ! ordonna-t-il furieux.

- À la prochaine, prince d'Egypte !

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