Approche et Distance

Scorpius se réveilla avec un immense mal de crâne ce matin-là. Il brassa paresseusement dans son lit puis tenta de se rendormir avant d'ouvrir brusquement un œil inquiet.

Ouf. Heureusement il était seul. Il se rappelait très bien la soirée de la veille et avait eu peur de retrouver une Beth nue dans son lit, enfin « peur » n'était peut-être pas un mot très approprié... Non pas que ça l'aurait dérangé, loin de là, mais il ne fallait pas qu'il flanche maintenant. Pas pour une paire de fesses bien galbées et des yeux de tourterelle…

D'un coup de baguette, il ouvrit les rideaux de son lit et la lumière lui fit fermer les paupières.
Comme à son habitude, il poussa un grognement et se mit à râler contre la personne qui avait osé ouvrir les rideaux du dortoir sans son autorisation.
Un rire lui répondit et il se força à ouvrir les yeux une nouvelle fois pour expliquer le fond de sa pensée à celui qui se moquait d'un Malefoy !
En l'occurrence, Paul.

- Scorpius, Scorpius, Scorpius. Lui dit ce dernier en venant s'asseoir sur son lit. Alors, on a fait des folies hier soir ?

- Oh lâche-moi. Répondit le blond, un peu curieux tout de même de savoir ce qu'il entendait par-là.

- Excuse-moi mais tu es mal placé pour râler ce matin ! C'est tout de même pas moi qui ai dérangé tout le dortoir et ai empêché mes camarades de dormir parce que je fricotais avec Parkinson.

- Quoi ? S'écria Scorpius, inquiet.

Fricoter avec Beth ne l'effrayait pas, mais devant tout le dortoir… Un Malefoy reste discret tout de même, il entretient le mystère, un peu de tenue...

Paul partit alors dans un fou rire incontrôlable et Scorpius comprit qu'il se moquait de lui, il allait lui payer ça ! Discrètement, le blond se saisit de son oreiller qu'il envoya violemment dans la figure de son condisciple, Paul poussa un grognement enragé et les deux garçons se retrouvèrent rapidement à batailler sur le lit du blond dans une ambiance bonne enfant.

Alerté par le bruit, Jeremy sortit de la salle de bains torse nu, une serviette autour du cou.

- Le bourreau des cœurs fait des siennes ce matin ? Railla-t-il.

Scorpius et Paul se redressèrent et s'assirent sur le lit. Il était difficile, compte tenu de l'état de décoiffage avancé du blond, de l'associer à la famille Malefoy à ce moment là.

- Sans rire, les mecs. Qu'est ce que j'ai fais hier soir ? Demanda-t-il avec curiosité.

- Oh, et bien, tu as roulé des galoches à Parkinson pendant quoi, une heure ? Déclara nonchalamment Jeremy en allant revêtir un polo à l'effigie de Serpentard.

- Moi, je dirais entre une heure et demi et deux heures. Continua Paul en réprimant un rire.

- Tu ne t'en rappelles pas ?

- J'ai eu une dure journée hier ! Répliqua le blond, vexé.

C'était vrai en plus, et son mal de tête de ce matin n'arrangeait pas les choses.

- Mouai… Dit Jeremy avec un sourire narquois.

- Et, c'est tout ?

- A la fin de la soirée, elle t'a dit un truc à l'oreille et elle est partie dans son dortoir.

- Ah. Dit mollement Scorpius, agacé de ne pas se rappeler ce que Miss-salade lui avait dit.

- En tout cas, tu devrais te dépêcher Scorp, Nott est une vrai pile électrique ce matin…

- Une quoi ?

- Laisse tomber. Il tourne en rond, il veut absolument savoir ce que ça fait d'embrasser, je cite, « une bombonne ».

Paul se mit à rire.

- C'est quoi une bombonne ? Demanda Scorpius, les yeux ronds.

- Il s'est planté, il voulait dire… Je ne sais même pas ce qu'il voulait dire en fait, une « bonne » fille certainement. Bref, il veut savoir ce que ça fait d'embrasser Parkinson. Tu ferais mieux de descendre… et je crois que Josh a aussi des questions à te poser.

Scorpius se leva, un brin courroucé. Ses amis voulaient l'interroger ? C'était lui qui devait poser les questions, il n'avait rien fait de mal après tout. D'ailleurs, l'une des rares choses dont il se souvenait, était que c'était tout de même Parkinson, qui s'était jetée sur lui. Il était une victime, voilà, c'est cela, et ses amis voulaient l'auditionner…

Il se dépêcha de s'habiller et c'est en enfilant son pantalon qu'il fut prit d'horreur.

Si Weasley venait à apprendre ce qu'il s'était passé, tout serait fini ! Elle ne devait surtout pas savoir qu'il avait embrassé Beth sinon son plan serait fichu ! Il ne serait plus du tout crédible en amoureux transit. D'autant plus que la machine était en route.

Inquiet, il descendit dans la salle commune et retrouva Morgan et Josh, assis dans des fauteuils, un plateau remplit de bonnes choses posé sur la table basse devant eux.

Il s'assit brusquement et observa un instant le grand sourire de Nott.

- Alors alors champion ! Comment c'était ?

- Bien. Répondit brusquement le blond. Où est Parkinson ? Il faut absolument que je lui parle !

- Tu veux lui demander de sortir avec toi ? Railla Josh en haussant un sourcil.

- Rahh non ! Grogna Scorpius en s'emparant d'une brioche devant lui. Je veux lui dire de ne pas ébruiter ça dans tout le château !

Ses deux amis pouffèrent en se regardant.

- On dirait que tu ne connais pas ta propre maison. Déclara lentement Josh en attrapant une tasse de café. Ils ne veulent pas décevoir leur « Prince ».

- Hein ?

- J'ai entendu que certains t'appelaient comme ça depuis hier, tu as marqué pas mal de buts à toi tout seul, enfin si ça aussi, tu t'en souviens… avec cette soirée… mouvementée…

Une ride barra le front du blond, il n'aimait pas le ton inquisiteur que prenait son ami pour s'adresser à lui.

- Je peux savoir ce que t'as ? S'enquit-il brusquement en posant ses mains sur ses genoux. Vas-y, dis-moi, qu'est ce que j'ai encore fait ?

Josh soupira, il n'aimait pas particulièrement se disputer avec Scorpius.

- Je ne te reconnais plus Scorp, tu dis que tu veux séduire Weasley, tu dragues Beth à coté et tu finis pas l'embrasser toute la soirée, et ensuite ce matin tu t'inquiètes que Weasley soit au courant ? Faut pas se foutre de la gueule du monde. Soit c'est l'une, soit c'est l'autre, tu vas devenir maboul avec ces nanas.

Scorpius soupira, comme souvent, Josh parlait sagement.

- Pourquoi tu ne laisses pas tomber cette histoire une bonne fois pour toutes… Continua son ami.

- Ah non ! Le coupa le blond avec détermination. Mais tu as raison, je vais laisser tomber Parkinson.

Morgan écarquilla bêtement les yeux.

- Que, quoi ? Laisser tomber une bombe pareille !

- Comme tu veux. Répondit sèchement Josh en vidant sa tasse de café.

Lorsqu'il eut fini, il la posa sur le plateau et annonça :

- En tout cas, tu peux t'estimer heureux d'être à Serpentard, tout le monde se la ferme, et Morgan ici présent a encore fait de la prévention ce matin.

- C'est-à-dire ?

- J'ai lancé un sort de déclaration dans la salle commune, tout ceux qui sont descendus prendre leur petit-déjeuner ont entendu que « les histoires des Serpentards ne concernent qu'eux », qu'il fallait se « taire pour que les autres équipes n'apprennent rien de personnel sur nos joueurs pour ne pas les déstabiliser »… Je crois que ça a marché.

- Merci Nott, mais je doute que ça doit suffisant. Soupira Scorpius en songeant à ses groupies.

- Fallait y réfléchir à deux fois avant d'embrasser cette trainée. Dit calmement Josh.

- C'est elle qui s'est jetée sur moi ! Plaida Scorpius.

- Je confirme ! Renchérit Morgan. Une vrai nympho cette fille… Bon mais elle embrasse bien ou pas?

- Evidemment qu'elle embrasse bien idiot! Répondit le blond avec un sourire.

Morgan soupira de contentement avant d'ajouter:

- Tu sais qu'hier elle a voulu t'emmener dans son dortoir ?

- Quoi ? S'étonna Scorpius.

- Et bien oui, elle t'a demandé de la suivre dans son dortoir… comme tu ne marchais pas droit, j'ai préféré t'emmener dans le nôtre.

Scorpius souffla de soulagement et alla taper dans la main de son ami, il se demandait sincèrement comment tout ceci se serait terminé sans lui. En même temps, il ne put s'empêcher de sourire à la pensée que la Serpentarde avait le feu aux fesses. Si Weasley n'était pas là, Parkinson serait dans son lit depuis longtemps.

Il s'installa ensuite confortablement avec ses amis et se mit à déjeuner ils discutèrent d'autre chose et commencèrent même à faire leurs devoirs (enfin, seulement Flint).

*/*\*

Une demi-heure plus tard, Parkinson débarqua dans la salle commune et Scorpius bondit de sa chaise alors qu'elle s'approchait vers lui. Heureusement, elle ne se jeta pas à son cou ce qui rassura quelque peu le garçon, mais elle lui adressa un sourire lubrique.

Le blond marcha dans sa direction et l'attrapa par la taille, l'emmenant dans un coin de la salle commune en murmurant :

- Faut qu'on parle.

Beth le suivit sans rechigner. Ils s'assirent l'un en face de l'autre, Scorpius tentant d'ignorer tous les regards posés sur eux.

- Ecoute, pour hier soir… Commença-t-il.

- Quand on s'est embrassés ? Demanda Parkinson avec un petit rire.

- Oui. Dit Scorpius sans comprendre son petit manège. Ecoute, je ne peux pas. Déclara-t-il.

- Tu ne peux pas quoi ? S'étonna-t-elle.

- Je ne peux pas…sortir avec toi.

Parkinson sembla déconcertée pendant un instant, puis légèrement déçue ensuite.

- Mais… pourquoi ? Je ne te plais pas ? Articula-t-elle doucement, comme triste.

- C'est pas ça. J'ai…quelque chose à faire et je ne peux pas sortir avec toi pour le moment.

- Qui te parle de sortir avec moi ? Dit la brune avec légèreté.

Scorpius eut un petit sourire. Morgan avait raison, cette fille était une vraie nymphomane. L'héritier Malefoy resta muet un instant et Parkinson en profita pour reprendre la parole :

- C'est à cause de ton plan ? Celui dont tu dois me parler mais « pas maintenant » ? S'enquit-elle avec un sourire complice.

Scorpius du reconnaître que la brune l'avait bluffé. Elle n'était peut-être pas si idiote après-tout… Le blond se mit à la voir comme une complice.

- Tu peux garder un secret ? Demanda-t-il en la fixant, les paupières plissées.

Un large sourire étira les lèvres de son interlocutrice.

- Tu peux me faire confiance. Je serais muette comme une tombe. Assura-t-elle.

Le garçon ne savait pas vraiment pourquoi, mais il lui semblait que l'appui de Beth pouvait être intéressant, d'autant plus qu'il ne lui faisait pas tant confiance et que s'il lui expliquait pourquoi il ne voulait pas « être avec elle », elle ne ferait peut-être pas de gaffe devant Weasley.

- Je veux me venger de Potter. Lâcha-t-il.

Beth resta perplexe.

- Et alors ?

Scorpius se pencha et parla tout bas, juste au cas où des curieux chercheraient à les écouter.

- Et alors, répéta-t-il, je veux séduire Weasley pour le faire enrager.

La brune sembla un instant contrariée mais elle se mit à rire et Scorpius comprit qu'il avait mal interprété les gestes et expressions de Beth.

- Weasley? Rose Weasley? Répéta Parkinson en riant.

- Oui. Marmonna le blond, un peu honteux de devoir s'abaisser à draguer Weasley.

- Alors c'est pour ça ? Tu as peur qu'elle apprenne que tu fricotes avec une autre fille ?

- T'as tout compris. Répliqua-t-il.

- Elle est tellement... Enfin elle ne t'arrive même pas à la cheville Scorpius. Soupira-t-elle.

- Je sais, qu'est ce que tu veux, c'est mon plan, c'est comme ça. Dit-il tristement en haussant les épaules.

Lentement, il se releva avec un petit sourire désolé, songeant au fond de lui qu'il aurait bien aimé passer du temps avec Parkinson.

Mais la brune lui agrippa fermement le bras et il la fixa, sans comprendre.

- Tu sais Malefoy, y'a pas que toi qui a toujours eu ce que tu voulais. Déclara-t-elle avec sérieux. Je crois que tu as deviné ce que je veux. Je saurais être patiente. Conclut-elle avec un sourire et un clin d'œil.

Scorpius ne put s'empêcher de sourire en voyant l'entêtement de la brune, un tel comportement ne lui rendrait pas les choses faciles, mais c'était agréable de savoir qu'il pouvait toujours compter sur Beth si Weasley lui prenait trop la tête…

*/*\*

- J'ai pas envie d'y aller… Marmonnait Scorpius quelques minutes plus tard en jetant un coup d'œil à la pendule, la tête posée sur le bois d'une des tables de la salle commune des verts et argents.

- N'y va pas. Répondit Josh en haussant les épaules sans relever la tête de son parchemin d'arithmancie.

- Et laisser Potter gagner ? Tu rigoles ? Râla le blond en attrapant sa veste.

Il entendit vaguement Josh répondre « Gagner quoi ? » alors qu'il sortait de la pièce.

Sans plus attendre, il partit rejoindre Weasley devant sa salle commune, située au milieu d'un escalier. Il se cacha quelques marches plus haut et attendit patiemment que la rouquine sorte.


Rose et Alice achevaient leur devoir de botanique dans la salle commune lorsque Rose regarda l'heure.

- Faut que j'y aille. Dit-elle à son amie en rangeant ses affaires.

- Tu vas rejoindre Malefoy ? S'enquit Alice.

- Ouai. Répondit brièvement la rousse, en jetant des regards frénétiques dans la pièce.

Ce qu'elle redoutait arriva, Albus, qui se trouvait dans l'un des canapés avec ses amis, se leva et vint lui dire brusquement :

- Tu vas bosser les potions avec Blondasse ?

- Oui. Soupira Rose. Bon à tout à l'heure vous deux !

Pressée d'en finir avec Al, elle se dirigea vers le portrait de la salle commune mais remarqua bien vite que son cousin la suivait.

- Qu'est ce que tu fais ? Dit-elle en se retournant, craignant la crise.

- Tu verras. Répondit Albus, les mains dans les poches-arrières de son pantalon.

Il se baissa pour traverser le passage et passer sous l'arche en pierre qui menait au portrait.

- Non, Al, c'est bon maintenant.

Elle souhaitait juste l'inciter à la laisser tranquille mais Al était tenace…

- T'inquiète, je ne vais pas me battre avec lui, je m'en voudrais de t'empêcher de faire ton travail. Déclara-t-il. Plus vite ce sera fait, plus vite tu seras débarrassée de cette enflure.

Sur ce, il passa devant Rose d'un pas sûr, déterminé à mettre en garde Malefoy.


Ce fut une tête brune qui apparut en premier derrière le portrait. Scorpius l'aurait parié. Potter. Suivit de… Weasley fille. La voix de cette dernière retentit :

- Al', je t'ai dis que ce n'était pas la peine de venir !

- Si si. Tu ne le connais pas toi, ça se voit ! Répliqua Potter.

Potter ne changerait jamais… Il devait être très agaçant comme cousin ! Encore heureux que Weasley n'ait jamais eu – enfin d'après ce que Scorpius savait – de petit-ami sinon Potter aurait certainement voulu tout régenter entre eux ! Et comment il faisait avec sa petite sœur ? La gamine Potter trainait bien souvent avec un certain John Trane…et ça n'inquiétait pas Potter ? La bêtise de ce type dépassait l'entendement.

- Il a été correct en potions, pourquoi tu… Continua Weasley.

C'était plus qu'il n'en aurait espéré, Weasley l'avait trouvé « correct ». On voit qu'elle n'était pas habituée à fréquenter les Malefoys celle-là ! Scorpius était bien plus que correct, il était « agréable », « charmant », « sympathique », « intéressant » mais pas « correct » ! A la fois amusé et agacé, le blond décida enfin de se manifester.

- Aehm. Les interrompit-il, se raclant la gorge, en descendant les quelques marches qui les séparaient. Potter. Tu te joins à nous pour travailler ? Zabini va être content. Railla-t-il en croisant les bras.

- Je suis juste venu te prévenir Malefoy. Si tu emmerdes ma cousine, tu vas avoir affaire à moi ! Le menaça le Gryffondor.

Scorpius leva les yeux au ciel, cachant son air satisfait.

- Pitié Potter, on va travailler ! Tu crois que j'ai envie d'avoir un P en potion ?

- J'espère pas pour toi. Siffla l'autre.

- Bon Al', ça suffit. Marmonna Rose en regardant ses pieds.

Mal à l'aise pour un rien celle-ci, son cousin était vraiment un abruti. Potter acquiesça et rentra dans sa salle commune en dévisageant Scorpius.

L'ambiance se détendit une fois le brun parti.

- Eh ben, pas protecteur ton cousin. Plaisanta Scorpius pour décoincer Rose, qui gardait la tête baissée et semblait fixer un tableau en face d'elle.

- Ouai, désolé, il a toujours été comme ça… Marmonna-t-elle en commençant à descendre les marches de l'escalier.

- Ne lui dis surtout pas, mais je le comprends. Si j'avais une sœur ou une cousine, je ferais certainement la même chose. Je trouve ça sympa…vous êtes comme des frères et sœurs tous les deux, non ? S'enquit le blond en se mettant en route, s'étonnant lui-même des stupidités qu'il pouvait raconter.

- On a pratiquement été élevés ensemble. Répondit Rose.

- Il faut que tu saches. Ce n'est pas parce que je ne m'entends pas avec Potter que ça doit être pareil avec toi. J'ai franchement pas envie de te faire la guerre alors qu'on doit bosser ensemble. Qu'est ce que t'en dis ?

Merveilleux, bonne entrée en approche, utilisation des cours comme prétexte à la bonne entente, jusque-là, rien à redire, Scorpius se trouvait parfait dans son rôle.

- Je suis d'accord avec toi. On n'est plus en première année.

- Exactement. Répondit Scorpius en tirant la porte de la bibliothèque pour laisser passer Rose.

Surtout, surtout, songea-t-il, ne pas lui faire du charme maintenant, cela gâcherait tout, elle est dans une optique de travail. Patience…

Arrivés à la bibliothèque, ils ne perdirent pas de temps et parlèrent potion, s'installant dans un coin de la pièce, l'un à coté de l'autre. Comme le blond s'y attendait, Weasley ne tarda pas à rentrer dans le vif du sujet : potions, potions et encore potions. Elle ne cessait de poser des questions car, c'est bien connu, Weasley n'est pas une lumière en potions !

Scorpius lui expliqua alors comment préparer un filtre de mort-vivante alors que cela n'avait rien à voir avec leur sujet. Le garçon se sentit parfois un peu déconcerté en voyant Weasley tourner les pages de ses ouvrages sans faire attention à lui.

Alors il prit sur lui et, petit à petit, lui posa des questions sur sa vie. Si Weasley sembla d'abord surprise, elle se livra de plus en plus facilement, comme si elle parlait à un camarade normal.

Bon, c'est presque triste en fait, elle est gentille malgré tout. Mais le Serpentard ne pouvait tout de même pas s'arrêter à cela, le but n'était pas de faire dans le social et puis, d'après son plan (parfait), Weasley ne saura rien de ce qui s'est tramé dans son dos.

Malefoy resta alors très concentré, il n'avait pas vraiment besoin de se "concentrer" pour travailler potions, non il devait rester concentré pour son plan : ne pas dire ou faire quelque chose qui pourrait déplaire à Weasley. Ca l'agaçait de devoir se plier en quatre pour cette petite sainte nitouche. Ils se mirent à faire le travail, la rousse était sérieuse, appliquée et méthodique, il ne pouvait lui enlever ça. Que des qualités chiantes. Il se rapprocha un peu d'elle et une douce odeur lui chatouilla les narines. Intrigué, il se pencha sur Weasley qu'il ne vit pas se tendre.

- Qu'est ce que… Murmura-t-il. C'est toi qui sens comme ça ?

Les oreilles de Rose se colorèrent de rouge et Scorpius sourit en comprenant que c'est lui qui lui faisait de l'effet.

- Oui, certainement... Désolée, c'est mon produit…pour les cheveux…

Scorpius jeta un coup d'œil à ses cheveux, ils formaient de belles boucles et le garçon s'en voulu d'être aussi stupide. Forcément, elle devait utiliser un produit, il sentait bon d'ailleurs… Merlin il ne devait surtout pas dire à Flint qu'il trouvait que Weasley sentait bon sinon il allait se faire charrier…

- Non, ça sent bon. Dit-il simplement.

De toute façon, il n'aurait jamais dit à Weasley qu'elle puait, ce serait contre-productif !

Les minutes passèrent lentement alors qu'ils avançaient leur travail, le blond tentait de glisser de petites allusions bien placés, des remarques plaisantes. Mais Weasley était trop sérieuse. Bon sang qu'il était difficile de la faire rire, genre vraiment rire et pas juste sourire. Le blond était tout de même assez fier de lui, ses efforts étaient quand même récompensés car Weasley souriait de plus en plus, elle lui adressait des regards qui en disaient long (enfin, d'après lui) et sa présence ne semblait pas l'incommoder : au contraire, elle semblait l'accommoder.

Au bout d'une heure et demi, ils avaient presque terminé de travailler, et Malefoy, après avoir parlé potions, Elfes, profs, emplois du temps et bouquins, avait épuisé son quota de sujets de conversation. Ne sachant trop quoi dire d'autre à la rousse que de lui parler de cours une nouvelle fois, Scorpius s'accorda une « pause » et laissa son esprit divaguer vers ses camarades de dortoir.

- Au fait…est ce que tu sais ce qu'est une « pile électrique » ? Questionna-t-il, intrigué par les mots de Jeremy.

- Bien sûr. Répondit la rousse avec un sourire. Mais… tu t'intéresses au moldus ? S'enquit-elle en le fixant avec étonnement.

- Et bien oui. Bien sûr. Répéta-t-il avec un sourire. Pour qui tu me prends ?

La rousse s'empourpra.

- Je plaisante… Dit-il. Alors, qu'est ce que c'est, une pile ?

- Et bien… c'est euh… un petit truc un peu ovale qui transmet de l'électricité aux choses…

Devant le regard interdit du garçon qui ne comprenait rien, elle explosa de rire, elle-même n'était pas très sûre de sa définition…

- Malefoy, ne fait pas cette tête ! Continua-t-elle en riant.

- De l'ecletricité ?

- Bien oui, tu sais, les lumières des moldus.

- Ah… Et donc les piles allument les maisons des moldus ?

- Pas exactement, mais ça serait trop compliqué à expliquer, il faudrait que tu voies par toi-même.

- Tu as peut-être raison. Acquiesça-t-il finalement, conscient que Weasley lui évitait une longue et ennuyeuse explication.

Au moins, il l'avait bien fait rire. Un bon point. Il jeta un coup d'œil à l'horloge de la bibliothèque et remarqua avec joie qu'il ne restait plus qu'un quart d'heure avant la délivrance. Il chercha à renchérir encore sur sa connaissance des moldus, il n'avait pas vraiment pensé à ce sujet avant, songeant plutôt à séduire Weasley par sa grande intelligence, mais si sa – non connaissance – en matière de moldus pouvait également séduire la rouquine, il n'allait pas cracher sur cette opportunité inespérée.

Lorsqu'ils sortirent de la bibliothèque, Weasley s'enthousiasmait à propos de la qualité de leur devoir. Au moins, pensa le blond, elle était satisfaite d'être en groupe avec lui… Et puis, il devait avouer qu'elle avait tout rédigé ce qui l'avait personnellement bien arrangé.

Ils marchèrent dans les couloirs en direction de la Grande Salle pour déjeuner et la rousse lui lança alors :

- Au fait, félicitation pour le match.

Scorpius s'étonna qu'elle lui parle quidditch, il sourit en comprenant qu'elle avait du l'observer avec attention comme aurait dit une de ces camarades de Serpentard…

- Merci, ce n'était pas grand-chose, les Poufsouffles ne sont pas très doués.

Il s'en voulu tout de suite après avoir parlé, il s'était retenu tout l'après-midi de critiquer les élèves de Poudlard pour ne pas se mettre à dos la Gryffondor, mais il se détendit lorsqu'elle lui adressa un grand sourire.

- Mon cousin me dit la même chose.

- Potter… Murmura le Serpentard en plissant les paupières.

- Tu sais… Commença lentement Weasley. Je suis sûre que vous n'êtes pas si différents lui et toi.

Scorpius émit un grognement sceptique. Quelle idiote celle-là ! Oser le comparer à Potter !

- Pourquoi tu dis ça ? S'enquit-il, peu gracieux.

- Frank et Al étaient… euh disons « impressionnés » par ton jeu.

Scorpius carra les épaules, satisfait. Potty l'admirait. Il aurait pu le charrier avec ça s'il ne devait pas jouer ami-ami avec la rouquine. En même temps, c'était assez prévisible, il était doué, en tant que joueur de quidditch, Potter devait bien reconnaitre les bons joueurs quand il les voyait.

- C'est vrai que c'était impressionnant la… comment c'est déjà ? La feinte de Dasnif ?

Le blond tourna vivement la tête dans sa direction, étonné qu'elle connaisse le nom de l'inventeur de ce qu'on avait appelé après, la « feinte de la chute libre ».

- Waoh, qui aurait cru que Rose Weasley s'y connaissait en quidditch ? Lança-t-il avec un regard séducteur en direction de la rousse.

- J'ai juste entendu les garçons en parler. Confia-t-elle. En tout cas, ajouta-t-elle alors qu'ils atteignaient les portes de la Grande Salle, j'avais un groupe de jeunes filles derrière moi qui étaient carrément hystériques à cause de toi, tu as une touche avec les filles de quatrième année de Gryffondor. Dit-elle avec un sourire.

Scorpius tordit le nez et prit un air courroucé. Il fit un geste de la main, comme s'il chassait une mouche et déclara très sérieusement, sur le ton de la conversation :

- Bof, ce genre de fille ne m'intéresse plus.

Evidemment, la rousse ne sut que répondre et se contenta de faire quelques pas dans la salle commune en marmonnant un bref :

- Ah… Bon, et bien à la prochaine alors.

- Ouai. Répondit le blond en avançant lentement vers les Serpentards. A bientôt Rose.

Sur ce, ils se séparèrent et se dirigèrent chacun vers leurs tables respectives.


- Alors, alors ? S'exclama Alice, avec excitation en s'asseyant à coté de Rose, à table, quelques minutes plus tard.

- Ben rien, on a travaillé voilà tout ! Répondit la rousse, un peu agacée de voir que son amie se mettait dans un tel état pour pas grand-chose.

- Ce n'est pas comme s'il s'était passé quelque chose entre Malefoy et elle, ils avaient juste achevé un devoir de potions ensemble, pas de quoi se taper le cul par terre… Sans plus de cérémonies, Rose continua de manger.

- Comment ça rien ! Râla son amie. Vous avez parlé de quoi ?

- Euh. De potions ? Railla Rose en écarquillant les yeux.

La blonde se mit à dévorer son assiette avec application et Rose la vit clairement lever les yeux au ciel.

- Rose, ne me fait pas languir, vous avez bien parlé d'autres choses.

- Oh oui, de pile électrique et de cours.

- Vous êtes aussi déconcertant l'un que l'autre. Soupira Alice en plantant rageusement sa fourchette dans un morceau de viande.

Sur le coup, la rousse ne comprit pas pourquoi elle incluait Malefoy dans la discussion : « l'un que l'autre »…

- Pourquoi tu dis ça ? S'enquit-elle.

- Malefoy n'arrête pas de te regarder depuis tout à l'heure.

Surprise, Rose leva la tête et remarqua que, effectivement, Scorpius la regardait.

Le garçon lui adressa un petit sourire et tourna la tête en direction de son ami Nott qui parlait en gesticulant. Rose nota cependant que le blond lui jetait tout de même des regards.

Est-ce qu'elle devenait paranoïaque ? C'est pourtant vrai qu'il regardait vers elle, était-ce elle ou une autre fille qu'il regardait ? La rousse songea au ton qu'il avait utilisé quand il avait dit « ce genre de fille ne m'intéresse plus ». Etrange tout de même. Elle haussa les épaules et se leva avec l'intention d'aller poser ses affaires dans son dortoir et de rejoindre de nouveau son amie pour aller faire un tour dans le parc. En s'extirpant du banc, elle répondit à la blonde :

- Tu sais, j'ai entendu dire qu'il avait embrassé Parkinson hier soir, alors ça m'étonnerait que je l'intéresse comme tu sembles si bien le penser.

Alice la regarda, incrédule.

- Il a embrassé Parkinson ? Et il te regarde comme ça ? S'étonna-t-elle.

- Eh oui, tu vois, tout le monde peut se tromper Ali. Dit Rose avec un faible sourire. Je te retrouve tout à l'heure.

- Hum… Marmonna Alice en reportant son attention sur son assiette, visiblement très contrariée.


Rose sortit de la Grande Salle, satisfaite. Au moins, Alice cesserait de lui poser sans cesse des questions à propos de Scorpius Malefoy.

Malgré elle, la rousse était un peu déçue. Elle avait entendu ce matin qu'hier, pendant la petite fête des Serpentards, Scorpius avait embrassé Parkinson. Bon, ce n'est pas comme si elle était amoureuse de lui, mais elle devait avouer que ces derniers temps, elle pensait souvent au blond, elle s'était même surprise à imaginer… un « avenir » avec lui, comme ça, alors que son esprit divaguait, le soir, avant de s'endormir. C'était de la faute d'Alice aussi ! Elle lui avait mis Malefoy dans le crâne avec ses insinuations… Malefoy, intéressé par elle ? Impossible.

En fait, l'épisode d'hier soir n'avait fait que confirmer sa pensée première. Rose aurait même préféré qu'Alice et Malefoy (avec ses petits regards et ses allusions bizarres) ne mettent pas de telles élucubrations dans son esprit.

Après tout, une déception de plus ou de moins… enfin si l'on pouvait parler de « déception ».

Elle monta quelques marches d'escalier en direction de sa salle commune et aperçu Parkinson avec une autre fille, en haut de l'escalier. La brune la toisa avec hauteur, comme si elle était un scroutt à pétard, Rose avait remarqué qu'elle faisait souvent ça depuis quelques temps, et elle reprit sa conversation avec son amie.

La rousse n'avait pas entendu le début de leur discussion, mais lorsque Parkinson passa à coté d'elle, elle se mit à râler plutôt fort :

- Enfin tu ne vas pas croire ces stupidités ! Merlin si j'avais embrassé Malefoy je le saurais ! Ce n'est pas parce que j'ai parlé deux fois avec Scorpius que …

Rose n'en comprit pas plus, mais cela suffit à ce que son cœur se mette à battre plus fort. Beaucoup trop fort pour que ça soit normal. Alors les rumeurs étaient fausses. Parkinson avait dit qu'elle n'avait pas embrassé Scorpius, cela suffisait à réjouir la rousse. Pourquoi est-ce que Malefoy lui faisait tant d'effet ? Bah, pensa-t-elle, surement parce qu'il est l'un des mecs les plus mignons de l'école… si ce n'est le plus mignon.

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Pendant que Rose Weasley, enjouée, grimpait le reste des escaliers pour rejoindre sa salle commune, Wendy Wrecht, l'amie de Beth Parkinson, lui lança :

- Je peux savoir ce que tu racontes ? Je te parle de mes nouvelles chaussures et toi tu parles de Malefoy ? Et puis ne me fait pas croire que tu ne l'as pas embrassé, je t'ai très bien vu hier…

- Chut ! La coupa Parkinson.

Devant le regard étonné de son amie serpentard, elle expliqua :

- Weasley ne doit pas savoir, personne ne doit savoir.

- Pourquoi ?

- C'est…compliqué. J'ai parlé avec Scorpius ce matin. On a décidé ça d'un commun accord.

Les deux filles pénétrèrent dans la Grande Salle et le regard de Beth dévia sur une chevelure blonde platine, sur la table des leurs.

- Alors, tu vas laisser tomber Scorpius ? S'enquit son amie en s'asseyant en face d'elle.

- Pour quelques temps en tout cas. Répondit la brune en se saisissant d'un saladier remplit à ras bord d'une appétissante batavia.